Nouvelles du Japon : à propos de sushi et de sashimi

Dans la ville de Chuo-ku à Tokyo qui englobe le fameux quartier de Ginza et la gare ferroviaire de Tokyo Central il y a une multitude de restaurants de sushi et de sashimi. Déguster ces délicatesses typiquement japonaises n’est pas sans risque et l’expérience d’une jeune Japonaise de 25 ans vient le prouver. Avoir dégusté divers poissons crus dans un des restaurants spécialisés du quartier Tsukiji où se trouvait le grand marché au poisson de Tokyo qui vient d’être relocalisé mais où il reste encore une multitude de restaurants fameux cette personne commença à souffrir de douleurs au niveau de la gorge dès le lendemain de son festin. Après 5 jours, constatant que son état empirait elle alla consulter à l’hôpital international Saint-Luke toujours dans le même quartier.

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Un examen visuel diagnostiqua la présence d’un nématode noir de près de 4 centimètres de long qui avait élu domicile dans les replis de l’amygdale gauche de la souffrante. Le médecin put extraire sans difficulté le parasite et la jeune femme fut totalement guérie en quelques jours. Si ce ver Anisakis simplex de la famille des nématodes Pseudoterranova (ne pas confondre avec le think-tank écolo) avait atteint l’estomac il aurait été beaucoup plus difficile de traiter la patiente qui aurait alors été à la merci de toutes sortes de symptômes allergiques provoqués par la présence de ce parasite. Si le séjour de ce ver est rare au niveau du pharynx le nombre de cas ne cesse d’augmenter dans le monde ainsi que, naturellement, au Japon. Moralité de ce cours récit : dégustez des sushi et des sashimi avec précaution et à vos risques et périls car la larve du nématode est presque invisible.

Source et illustration : 10.4269/ajtmh.20-0175

Retour sur la grippe asiatique de 1957-1959

En 1957 dans ma campagne natale l’année fut marquée par l’arrivée du premier tracteur de facture américaine. Il était muni d’une grosse poulie latérale qui permit de remplacer la machine à vapeur servant à actionner la grosse batteuse qui allait de ferme en ferme pour traiter le blé. Les « évènements » d’Algérie constituaient le gros morceau des actualités à la radio puis ce fut le 4 octobre où nous écoutions tous l’étrange bip-bip venu de l’espace et bien que mes connaissances de l’espace étaient limitées à l’observation du ciel la nuit la comète de Arend-Roland que je pus observer au printemps de cette année-là me paraissait être liée à ces signaux provenant de l’espace. Personne ne savait que nous allions vivre un hiver difficile non pas en raison du froid, ce n’était plus qu’un mauvais souvenir de l’année précédente, mais avec l’arrivée d’une mauvaise grippe. Naturellement, où que l’on vive, à la ville ou à la campagne, nous n’étions pas préparés. Il n’existait que très peu d’antibiotiques à cette époque, de la pénicilline, quelques sulfamides et un tout nouveau produit, la streptomycine, qui n’était pas encore disponible. Une grippe se soignait donc avec les remèdes traditionnels que nos aïeuls avaient utilisé pendant des générations : des inhalations, des cataplasmes avec des graines de moutarde sur le torse, des soupes d’oignons et si la fièvre ne diminuait pas alors mes parents se résignaient à téléphoner au vieux docteur de famille qui de toutes les façons était impuissant devant un mal qu’il ne savait pas soigner. Il ne disposait que d’aspirine pour combattre la fièvre. Cette hiver-là un jeune poulain d’une des fermes du hameau mourut du tétanos et cet événement fit passer la grippe au second plan. L’animal fut enterré dans un grand trou et la carcasse fut transportée par les paysans avec des précautions particulières comme par exemple des grands gants de cuir aux mains et des tabliers de cuir ressemblant à ceux du forgeron maréchal-ferrant du village. Puis ils recouvrirent le corps du poulain avec de la chaux vive et rebouchèrent le trou. Enfin une petite clôture isola le petit tertre du reste du pré.

La grippe ne fit pas trop de ravages dans ce coin de campagne paisible, en dehors de quelques vieux dont on disait qu’ils étaient déjà tellement malades « qu’ils ne passeraient pas l’hiver », mais j’appris de nombreuses années plus tard, je veux dire récemment, en me plongeant dans un article paru en 2015 dans The Journal of Infectious Diseases que cette grippe provoqua la mort de 39800 personnes en France. Ce nombre répertorie tous les décès liés à des problèmes respiratoires au cours de la période 1957-1959 pour une population de 44,3 millions d’habitants. En Italie cette même grippe provoqua la mort de 27700 personnes pour une population de 49,2 millions d’habitants, en Espagne ce fut une hécatombe avec 94000 morts pour une population de 29,5 millions d’habitants, et enfin en Suède 8000 morts pour une population de 7,4 millions d’habitants. Il faut ajouter à cette série les USA avec 61500 pour une population de 170 millions de personnes et le Japon avec 89000 morts pour une population de 91 millions d’habitants.

Naturellement cette grippe à virus Influenza A ultérieurement identifié de type H2N2 ne fut pas traitée de la même manière que la récente grippe à SARS-Covid-19. Il n’y eut ni confinement de la population, ni port de masques ni tests de détection par PCR (cette technique n’existait pas et on ne connaissait rien ni des ARNs ni de l’ADN), bref, l’épidémie suivit son cours normal et il y eu deux vagues successives d’ampleurs variables selon les pays. Comme j’aime bien les règles de trois, ça a le mérite de clarifier les idées, je me suis donc amusé à calculer quelle serait aujourd’hui la mortalité d’une telle grippe avec les populations actuelles et les moyens sanitaires et hospitaliers de l’époque sans confinement, sans tests, sans pistage des cas positifs et avec peu d’antibiotiques pour traiter les infections pulmonaires bactériennes. Le résultat est le suivant :

France : 60200, Italie : 39900, Espagne : 151000, Suède : 11135, USA : 119400 et Japon : 123300. Comparons ce chiffrage virtuel avec les dernières données de la Johns Hopkins University. France : 30177, Italie : 35058, Espagne : 28422, Suède : 5639, USA : 143800, Japon : 985. Comment expliquer ces différences ? Il y a d’abord deux pays à écarter de ces comparaisons, d’une part l’Espagne alors sous la coupe de la dictature franquiste était un pays pauvre, avec peu d’infrastructures hospitalières, une industrie balbutiante et un degré de développement qui classerait aujourd’hui ce pays parmi ceux du « tiers-monde ». Le Japon sortait d’une guerre longue et meurtrière et son industrie et son commerce commençaient à peine à voir le bout du tunnel de la reconstruction. Le conflit coréen allait quelques années plus tard stimuler l’industrie japonaise mais le pays était encore en ruine. Pour les autres pays listés ici on ne peut que constater que la grippe coronavirale dont nous sortons à peine a été beaucoup moins meurtrière que la grippe asiatique, toutes choses égales par ailleurs comme ce fut l’hypothèse dans ce calcul. Pour les USA l’état de santé global de la population s’est dégradée au cours des 40 dernières années avec une épidémie alarmante de surpoids combinée au diabète. La dégradation de cet état sanitaire est bien montrée par une autre statistique qui montre une augmentation de la mortalité infantile et une diminution de l’espérance de vie. Ces données statistiques ont conduit Emmanuel Todd a écrire un livre intitulé « Après l’Empire » en 2001 prédisant la chute des USA. Enfin le Japon fait figure d’ovni avec une population de 126 millions d’habitants et 28 % de la population ayant plus de 65 ans. Le tissu hospitalier ainsi que la médecine de ville y sont très denses et la très grande majorité des Japonais ont accès à une protection de santé d’excellente qualité financée par les entreprises pour leurs employés. Les habitudes sociales ont fait le reste pour que le Japon ne comptabilise que 985 morts : port du masque dès que l’on présente des symptômes de rhume ou de grippe (les enfants apprennent cela à l’école), on ne se sert jamais le main, on se salue, et on ne s’embrasse jamais sur les joues …

Source des données statistiques : Journal of Infectious Diseases, 2016, vol. 213, pp. 738-745

Le prix d’un traitement du Covid-19 avec le Remdesivir : plus de 3000 dollars

Toutes ces histoires de patients facturés pour des dizaines de milliers de dollars pour des soins liés au coronavirus ont suscité des promesses de la part de la Maison Blanche que « tout sera couvert ». Pourtant, alors que des milliers d’Américains se plaignent des accusations liées aux tests COVID-19 et aux soins dispensés par leurs compagnies d’assurance, Gilead, la société pharmaceutique qui a poussé le Remdesivir dans la gueule du monde entier malgré le fait que la Dexaméthasone, stéroïde bon marché, a été prouvé – en au moins une étude de haute qualité – plus efficace pour réduire les taux de mortalité au cours des phases avancées de la grippe coronavirale, vient de publier son prix prévu pour une cure de cinq doses du médicament.

Lundi, Gilead a dévoilé son plan tarifaire alors que cette compagnie se prépare à commencer à facturer le médicament au début du mois prochain (plusieurs gouvernements ont déjà passé des commandes). Compte tenu de la forte demande, grâce en partie à une couverture médiatique à couper le souffle et malgré les données d’études encore douteuses du médicament, Gilead se sent apparemment justifié de facturer 3 120 $ pour un patient recevant le traitement le plus court et le plus courant et 5 720 $ pour le traitement plus long pour patients plus gravement malades. Ce sont les prix pour les patients ayant une assurance commerciale aux États-Unis, selon le plan tarifaire officiel de Gilead.

Comme d’habitude, le prix facturé dans le cadre de plans du gouvernement sera plus bas, et les hôpitaux bénéficieront également d’une légère remise. De plus, les États-Unis sont le seul pays développé où Gilead facturera deux prix, selon le PDG de Gilead, Daniel O’Day. Dans une grande partie de l’Europe et du Canada, les gouvernements négocient les prix des médicaments directement avec les fabricants (aux États-Unis, les lois obligent les fabricants de médicaments à «escompter» leurs médicaments pour les régimes d’assurance-maladie et de « Medicaid »).

Mais selon O’Day, le prix du médicament est «bien inférieur à la valeur qu’il apporte» au système de santé. C’est peut-être de l’humour, qui sait ?

Cependant, nous dirions que ce n’est pas vrai. Le Remdesivir a été développé par Gilead pour traiter Ebola, mais le médicament n’a jamais été approuvé par la FDA pour cette utilisation, ce qui a obligé Gilead à mettre le médicament en suspens jusqu’à ce que le COVID-19 présente une autre opportunité. Même avant la fin de la première étude, la société faisait déjà de la propagande sur la nature prometteuse du médicament. Pendant ce temps, le CDC, l’OMS et d’autres organisations soulevaient des doutes quant à l’efficacité des médicaments stéroïdes, comme ils l’ont largement fait aussi pour l’hydroxychloroquine …

Des mois plus tard, la seule étude sur la Dexaméthasone, un stéroïde bon marché qui coûte moins de 50 $ pour un traitement de 100 doses, a montré que la Dexaméthasone est jusqu’à présent le seul médicament qui s’est avéré efficace pour réduire la mortalité liée au COVID-19 (voir note). Le Remdesivir, malgré le fait qu’il ait été testé dans plusieurs essais de haute qualité, ne l’a pas été.

Alors, pourquoi le gouvernement américain en partenariat avec Gilead continue-t-il de faire connaître ce médicament douteux et incroyablement cher au public? (Inspiré d’un article paru sur le site ZeroHedge ce lundi 29 juin 2020).

Note. Le traitement hydroxychloroquine = Azithromycine préconisé par le Professeur Didier Raoult est appliqué dans la phase précoce de la maladie, lors de l’apparition des premiers symptômes grippaux associés ou non à l’anosmie (perte de l’odorat) alors que le traitement Dexamethazone est appliqué en phases II et III de la maladie lors de l’apparition des premiers symptômes de gène respiratoire nécessitant un traitement sous oxygène des patients (essais Recovery de Juin 2020).Le fait que le CDC et l’OMS encouragent la prescription du Remdesivir paraît suspect. Ces organisations sont-elles liées aux intérêts du « Big Pharma » ?

Berezina, par Michel Onfray

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Copié-collé d’un article du philosophe Michel Onfray mis en ligne sur le site RT-France

La réponse de la France face à la propagation galopante du coronavirus en Europe est-elle suffisante ?

Et qu’apprenons-nous sur nous-mêmes dans le contexte actuel ? Analyse par Michel Onfray, philosophe et écrivain. PHASE 1 Il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que, la Chine ne passant pas pour très économe de la vie de ses citoyens, le confinement de l’une de ses villes de plusieurs millions d’habitants par les autorités communistes témoignait de facto en faveur de la gravité de cette crise du coronavirus. Je l’ai pour ma part fait savoir sur un plateau de télévision fin janvier. Ce pays, dont il est dit qu’il prélève dans les prisons les condamnés à mort qu’il exécute afin de vendre leurs organes frais au marché noir des transplantations partout sur la planète, n’est pas connu pour son humanisme, son humanité et son souci des hommes concrets. C’est le moins qu’on puisse dire… En prenant ces mesures, il disait à qui réfléchissait un peu qu’il y avait péril en sa demeure, donc en la nôtre. Qui l’a vu? Qui l’a dit? Qui a compris cette leçon? La plupart ont vu et dit ce que les agents de l’État profond disaient qu’il fallait voir et dire. Mais, comme pour illustrer la vérité de la sentence qui dit que le sage montre la lune et que l’imbécile regarde le doigt, il y eut quantité de prétendus sachants pour gloser sur le doigt et oublier la lune: c’était une gripette, elle ferait moins de morts qu’une vraie grippe, la véritable épidémie, c’était la peur des gens -et les intellectuels et les journalistes du régime libéral en profitaient pour rejouer la scie musicale du peuple débile et de la sagacité des élites… Pendant que la populace achetait des tonnes de papier toilette, ce qui permettait d’avouer qu’elle avait, disons-le comme ça, le trouillomètre à zéro, les comités de scientifiques invisibles chuchotaient à l’oreille du président ce qu’il convenait de faire entre gestion de l’image présentielle et santé publique, proximité des élections municipales et mesures d’hygiène nationale, situation dans les sondages et décisions prophylaxiques. Un mélange de Sibeth Ndiaye et de docteur Knock fabriquait alors la potion infligée par clystère médiatique au bon peuple de France. Nul besoin de préciser qu’il s’agissait d’une soupe faite avec une poudre de perlimpinpin aussi efficace qu’un médicament commandé sur internet… en Chine! Quel était cette position magique? Une grande admonestation libérale, un genre de leçon de chose prétendument antifasciste. Il s’agissait de montrer aux abrutis de souverainistes la grandeur de l’idéologie maastrichienne: plus de frontières, libre circulation des hommes, donc des virus! Les chinois étaient contaminés mais ils n’étaient pas contaminants: nous étions immunisés par la beauté du vaccin de Maastricht! Pendant qu’ils fermaient leurs frontières, nous ouvrions les nôtres plus grand encore -si tant est que cela puisse être encore possible… Nous nous offrions au virus. Voilà pourquoi, sur ordre du chef de l’État, le gouvernement français s’est empressé d’aller chercher sur place les expatriés français qui travaillaient en Chine. On n’est jamais mieux servi que par soi-même: si l’on devait se trouver contaminés, qu’au moins ce soit en allant nous-mêmes chercher le virus sur place et le ramener en France. Mais pas n’importe où en France, non, pas à Paris, bien sûr, ni au Touquet, mais en province qui est, en régime jacobin, une poubelle ou un dépotoir dont on se souvient toujours dans ces cas-là. Une première livraison s’est faite dans le dos du maire d’une commune du sud de la France, une seconde en Normandie où nous avons l’habitude des débarquements. La mode à l’époque, nous étions dans le premier acte de cette histoire, consistait à rechercher le client zéro: celui qu’il aurait fallu confiner chez lui pour que rien n’ait lieu, un genre de bouc émissaire à traire. C’était chercher la première goutte du raz-de-marée avec le projet de l’enfermer dans une bouteille afin que la catastrophe n’ait pas lieu. Il fut dit que, peut-être, ce numéro zéro serait à chercher sur la base militaire d’où étaient partis les soldats français missionnés pour aller taquiner le virus chinois sur place avant de rentrer chez eux. Que croyez-vous qu’il advint à ces militaires ayant été au contact de gens immédiatement mis en quarantaine après leur retour de l’empire du Milieu? Ils ont été renvoyés chez eux en permission… Pas question de les mettre en quarantaine! Quelle sotte idée c’eut été! Qu’on aille donc pas chercher aujourd’hui le client zéro car il se pourrait bien qu’on puisse obtenir des informations qui nous permettraient demander des comptes au ministre de la défense et au chef des armées auquel il a obéi. PHASE 2 L’acte deux a été guignolesque: le tsunami arrivait et on lui avait creusé des voies d’accès sous forme de canaux à gros débits, et ce avec l’aide du génie militaire français. S’y est ajouté le génie du chef de l’État. Le grand homme qui se prenait pour de Gaulle et Gide en même temps, mais aussi pour Stendhal (on est beylien ou on ne l’est pas) nous a délivré la parole jupitérienne: il fallait se laver les mains, éviter la bise et éternuer dans son coude -j’imaginais qu’anatomiquement il était plus juste d’envoyer ses postillons dans le pli de son coude car je me suis luxé l’épaule en essayent d’éternuer « dans » mon coude… Du savon, du gel et un coude: nous étions prêts, comme en 40, le virus n’avait qu’à bien se tenir. Il a continué à progresser bien sûr. Et le pouvoir a fait semblant d’estimer que le plus urgent était toujours de savoir qui avait postillonné le premier. Il n’y avait pas de foyers d’infection mais des clusters, ce qui changeait tout. Il s’agissait en effet de ne pas donner raison aux benêts qui estiment, comme moi, qu’un peuple n’est pas une somme d’individus séparés, comme les monades de Leibniz, ce qui est l’idéologie libérale, mais une entité qui est elle-même une totalité. Aller chercher le virus en Chine c’était une fois encore estimer que la minorité (d’expatriés) pouvait imposer sa loi à la majorité (du peuple français). Que périsse le peuple français, mais les maastrichtiens n’allaient tout de même pas donner tort à leur idéologie alors que le réel invalidait déjà leurs thèses dans les grandes largeurs! L’élément de langage maastrichtien fut: le virus ignore les frontières -comme Macron et les siens qui les ignorent tout autant… La plume du chef de l’État lui a même fourbi la formule adéquate: « Le virus n’a pas de passeport »- on dirait un titre de San-Antonio. Tous les pays qui, comme Taïwan ou Israël (dont on n’a pas parlé, un pays qui, lui, a le sens de son peuple), ont décidé la fermeture des frontières, sont passés pour des populistes, des souverainistes, des illibéraux, des passéistes qui n’avaient rien compris à la grandeur nihiliste du progressisme. Or, ces faux progressistes vrais nihilistes n’aspirent qu’à une seule chose: le gouvernement planétaire d’un État universel où les techniciens (les fameux scientifiques, comme il y en aurait au GIEC ou dans ce comité invisible qui conseille (!) Macron) gouverneraient le capital en faisant l’économie des peuples. Le coronavirus leur donne une autre leçon politique: la suppression des frontières c’est la possibilité pour tout ce qui menace contamination de se répandre à la vitesse de la lumière… Le virus n’ignore pas les frontières, mais les frontières savent et peuvent le contenir. PHASE 3 La preuve, le troisième acte décidé par… Emmanuel Macron lui-même. Dans un premier temps, le Président tire une salve pendant un long monologue d’une demi-heure: fermeture des crèches, des écoles, des collèges, des lycées, des universités, réduction des contacts avec autrui, en priorité les personnes âgées. Et puis, bien sûr, le coude et le savon, le gel et la bise, des armes de destruction massive. Or, qu’est-ce que ce confinement sinon l’invitation à fabriquer autant de frontières qu’il y aura de Français? La frontière nationale n’est pas bonne, mais la frontière qui sépare de son prochain est présentée comme la solution, la seule solution nous dit-on. Le virus qui ignore les frontières se trouve donc tout de même contenu par les frontières pourvu qu’elles soient érigées par chacun contre son prochain pensé comme un contaminateur potentiel. Ce qui marcherait pour les monades ne marcherait donc pas pour les États! Étrange paralogisme … Il faut donc radicalement éviter les contacts et les brassages, il faut donc remettre ses voyages et ses déplacements, il faut donc rester le plus possible chez soi, mais mais mais: le premier tour des élections municipales n’est pas reporté! Comprenne qui pourra! On dit que Gérard Larcher, président du Sénat, se serait opposé au report des élections: mais qui est ce monsieur auquel le président de la République mange dans la main? Quel est son pouvoir? Des dizaines de millions d’électeurs sont donc invités à se ruer en direction de lieux confinés, les bureaux de vote, dans lesquels, tout le monde en conviendra, on évite les contacts et les brassages et on montre qu’on doit préférer rester chez soi pour éviter les promiscuités. Le lendemain, quelques heures après la prise de parole présidentielle, le Premier ministre est envoyé au front pour enfoncer le clystère plus profond: fermeture des cafés, des restaurants, des boîtes de nuit, des musées, des bibliothèques, de tous les lieux publics, etc. Mais, toujours: maintien du premier tour des élections municipales. On se lavera les mains avant et après, on respectera une distance d’un mètre avec son voisin, puis on mettra son bulletin dans l’urne. Il faudra bien empoigner le rideau à pleine main pour l’écarter afin d’entrer dans l’isoloir, mais aucun risque – le savon veille… Magique! Que s’est-il passé le lendemain du jour de la décision de ce presque couvre-feu? il faisait beau, dans les rues de Paris, des gens ont fait leur footing, d’autres se sont un peu dévêtus pour prendre le soleil près du canal Saint-Martin, certains faisaient du vélo ou du roller, de la trottinette aussi. Ils transgressaient la loi? Et alors. Pas un seul policier n’a verbalisé qui que ce soit. Tout le monde se moque de l’État qui n’a plus d’autorité et plus aucun moyen de faire respecter l’ordre républicain! La peur du gendarme est une vieille lune qui a rejoint celle des dragons et du diable! De la même manière qu’une jeune fille porte un voile musulman en présence de Macron, ce qui est formellement interdit par la loi, et que rien ne se passe, le mépris affiché des décisions du chef de l’État témoignent de la déliquescence dans lequel se trouve le pays et dans quel mépris est tenue la parole de cet homme. Les libéraux et leurs cervelles soixante-huitardes voulaient des monades et des consommateurs en lieu et place de citoyens et de républicains? ils les ont… Ils souhaitaient jouir sans entraves? ils jouissent sans entraves… Ils affirmaient qu’il était interdit d’interdire? ils se croient résistants en se faisant la bise… Ils croient toujours que CRS=SS? Ils n’auront pas même vu la queue d’un policier municipal à vélo ou en mobylette, sinon en roller, pour leur rappeler que Jupiter dans son Olympe a décidé qu’il fallait éternuer dans son coude. Olympien comme le comédien d’un club de théâtre dans un lycée, Emmanuel Macron a dit: « Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite, sans condition de revenus, de parcours ou de profession, notre État-providence, ne sont pas des coûts ou des charges, mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. » Et puis ceci: « Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. » Quel talent! Quel menteur! Quel bouffon! Mais quel mauvais comédien… Cet homme qui a mis sa courte vie au service du Veau d’Or fait semblant aujourd’hui de découvrir que piétiner l’intérêt général, conchier le bien public, compisser la santé dans les hôpitaux quand elle était pilotée par les comptables, ce n’étaient peut-être pas exactement les bons choix! Qui croira cet hypocrite dont toute la politique depuis qu’il est au pouvoir consiste à détruire le système de santé (et de retraite) français? C’est la quintessence du projet politique libéral mené sans discontinuer par les présidents de la V° république depuis la mort du général de Gaulle. Quiconque écoute les personnels de santé depuis des mois (ils sont en grève depuis un an…) sait qu’en temps normal, avec cette politique libérale, ils sont débordés et impuissants tant l’hôpital public est malade sinon mourant. Qui pourra croire que la France est en état de recevoir un afflux massif de malades du coronavirus alors que la congestion était déjà là avant l’épidémie ? Ce qui est dit par quelques spécialistes de la santé c’est, je vais l’exprimer de façon brutale, que lors du pic à venir, phase 4, nommons-là comme ça, il faudra, faute de places pour tous, trier les arrivants et laisser les vieux à leur sort, donc à la mort… Voilà où mène le libéralisme initié par Pompidou & Giscard, augmenté par Mitterrand en 1983, accéléré par le traité de Maastricht en 1992 et tous ceux qui, droite et gauche confondue, communient dans cette idéologie, puis par Macron qui, depuis son accession à l’Élysée, a voulu activer ce mouvement à marche forcée.       Voici une autre leçon donnée par cette crise, en dehors d’apprendre l’impéritie du chef de l’État: les caisses sont vides quand il s’agit d’augmenter le SMIC ou le salaire des plus modestes; elles le sont quand ces mêmes personnes doivent être soignées (on ne compte plus ceux qui ont renoncé à s’occuper de leurs dents, de leur ouïe, de leur vue  à cause de leur pauvreté ; elles le sont quand il faut se soucier des paysans dont l’un d’entre eux se suicide chaque jour ; elles le sont quand il faut construire des écoles ou des universités, doter les hôpitaux de matériel performant, humaniser les prisons, recruter des fonctionnaires, financer la recherche scientifique dont nous aurions bien besoin aujourd’hui, laisser ouvertes des écoles de campagne, maintenir en vie les lignes de chemins de fer en dehors des grandes villes et des grands axes; elles le sont quand il faudrait se donner les moyens de récupérer la multitude de territoires perdus de la République), elles le sont si souvent quand il faudrait construire une République digne de ce nom. Mais il y a de l’argent pour faire face à cette crise économique qui s’annonce… Tous ces gens mis au chômage technique par cet état de siège seront payés -par les assurances chômage. C’est bien sûr très bien, mais il y avait donc de l’argent… Plus un café, plus un restaurant, plus un lycée, plus une école, plus un commerce, sauf liste donnée, plus un cinéma, plus une salle de spectacle ne sont ouverts, mais Macron nous assure que « l’État prendra en charge l’indemnisation des salariés contraints de rester chez eux ». Mais alors, bonne nouvelle, l’État existe encore? Il peut fonctionner? Il sait faire autre chose que prélever les impôts et recouvrer les amendes? Il sait faire autre chose qu’envoyer sa police et son armée tabasser les gilets-jaunes? Il sait faire autre chose que de subventionner des médias publics pour diffuser massivement l’idéologie maastrichtienne? Il sait faire autre chose que de libérer les élus délinquants renvoyés chez eux?  Vraiment? Ce virus fait donc dire des bêtises à Macron: on pourrait donc être solidaires et fraternels en France? On pourrait estimer que le consommateur hédoniste n’est pas l’horizon indépassable de notre modernité et qu’on peut aussi être un citoyen responsable? On pourrait trouver de l’argent public pour financer des solidarités nationales au-delà des habituels bénéficiaires? Il y a là matière à révolution: il est bien certain qu’Emmanuel Macron est le dernier homme pour la réaliser. Après le virus, il faudra y songer. En attendant, l’Allemagne ferme ses frontières avec trois pays, dont la France! Maastricht tousse, crache et menace l’embolie.

Brève d’actualité :Coronavirus et chloroquine : fakenews ?

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Lorsque j’ai vécu ma première crise de paludisme j’étais dans un état tellement minable que le pharmacien de Port-Vila au Vanuatu consentit à me donner un petit sachet contenant 15 comprimés de chloroquine (Nivaquine) dosés à 100 mg de matière active chacun. Dans ce pays comme dans bien d’autres contrées c’est la loi car ces 15 comprimés pris en une fois peuvent presque tuer une personne adulte. La posologie du traitement était la suivante : 5 comprimés le premier jour en une prise, 4 le second jour, puis 3, puis 2 et enfin le dernier comprimé. Normalement la crise est terminée. Le Plasmodium vivax, celui qui est toujours dans mon foie bien confortablement installé depuis 22 ans, était et je pense est toujours sensible à la chloroquine. Ce parasite se manifeste plusieurs fois par an pour me signifier que c’est lui qui contrôle la situation. La crise était appelée autrefois « fièvre tierce » car elle comporte trois crises fébriles séparées les unes des autres par un intervalle de 40 heures assez précisément. Ces épisodes de fébrilité intense suivis de frissons tout aussi intenses sont beaucoup moins violents si on prend de la chloroquine. Mais encore aujourd’hui je ne me traite plus avec ce médicament pour deux raisons.

D’abord les crises sont maintenant très atténuées mais prendre 500 mg en une prise le premier jour pour non seulement faire chuter la fièvre mais aussi tuer les Plasmodium circulants dans le sang vous rend tellement malade qu’il est difficile de se lever de son lit pour satisfaire des besoins naturels me paraît être une vue de l’esprit pour traiter un malade qui souffre de cette grippe à coronavirus. De plus j’ai cru comprendre qu’il fallait administrer 2 fois 500 mg de chloroquine chaque jour pendant 10 jours ! pour soi-disant traiter cette grippe. C’est n’importe quoi ! Un gramme par jour représente presque les deux tiers de la dose léthale. Pourquoi ? Parce qu’avec de telles doses que je qualifierais d’extravagantes la température du corps diminue tellement, jusqu’à 35 degrés (je n’ai jamais testé !), qu’on se trouve dans un état tout simplement comateux profond.

J’aimerais bien savoir si les médecins qui prétendent pouvoir traiter une infection virale avec ce produit savent vraiment de quoi ils parlent, en d’autres termes s’ils connaissent cet effet collatéral inévitable de la chloroquine qui peut tout simplement tuer une personne soufrant déjà de pneumonie. En conséquence je pense que cette annonce est une grossière « fake-news » … mais je ne suis pas virologiste ni médecin et je peux me tromper, du moins je l’espère en pensant à cette terreur irraisonnée qui se répand sur la planète entière.

Dans trois mois on n’en parlera même plus ! Les autorités sanitaires mondiales feraient mieux de s’occuper efficacement de la malaria qui détient le record du nombre de morts chaque année : un demi-million ! Mais tout le monde s’en moque, ce sont des pauvres (le plus souvent des « blacks ») vivant des des pays pauvres où il n’y a pas d’usines pour produire des smart-phones. C’est vraiment très glauque comme fake-news !

Illustration : mon propre stock de Nivaquine que je n’ai pas utilisé depuis 20 ans mais qui peut encore tuer promptement et en douceur.

Brève. La psychose du coronavirus chinois

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Il est tout à fait incroyable que le monde entier soit transporté par une panique incompréhensible à propos de ce virus qui sévit en Chine depuis quelques semaines.

Il y aurait déjà quelques 130 morts … Mais ce n’est encore rien, le pire est à craindre. Il n’existe ni vaccin ni médicaments pour combattre ce virus.

Et alors ? Où est le problème toutes proportions gardées si on garde en mémoire le nombre de morts provoqués par la rougeole dans le monde en 2019 : plus de 140000, et pas seulement des enfants !

Pourtant il existe un vaccin particulièrement efficace pour juguler cette maladie qui tue, preuve en est la statistique de l’OMS. L’opinion publique devrait plutôt être prise de panique en raison de la montée en puissance des mouvements et autres associations d’obscurantistes qui sont opposés à la vaccination.

Les couettes garnies de duvet … danger !

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À l’approche de l’hiver – on y est officiellement depuis ce samedi 21 décembre – pour ne pas trop aggraver le réchauffement climatique (c’est de l’humour) les bons citoyens choisissent pour dormir de ne pas forcer sur le chauffage de leur chambre et alors ils se pelotonnent dans la position du foetus sous une couette. Chers lecteurs ne vous souciez pas de votre serviteur, ce 21 décembre à 21 heures, quand j’écrivais ce billet la température était encore de 25 degrés dans mon modeste meublé, toutes fenêtres ouvertes, ici à Tenerife. Et la nuit j’utilise une couette légère synthétique, c’est tout à fait suffisant. Mais dans les contrées plus septentrionales où les températures hivernales deviennent inhumaines les couettes sont plus épaisses et elles sont garnies de plumes ou de duvet. Il ne faut pas rêver ce n’est pas du duvet d’eider mais très prosaïquement du duvet de poulet d’élevage comprenant aussi des plumes de ces mêmes poulets qui ont été traitées industriellement pour ressembler à du duvet.

Jusque là pas de souci sauf que de plus en plus de médecins s’inquiètent d’inflammations pulmonaires provoquées par les micro-particules relachées par ce « duvet ». Les symptomes ressemblent à une allergie avec le souffle court et une toux rauque. Le médecin questionne alors son patient et lui demande s’il a un animal de compagnie comme un chat ou un oiseau, mais très rarement il lui demande s’il connait la nature du remplissage de la couette qu’il utilise pour dormir confortablement la nuit. Le patient va subir toutes sortes d’examens qui seront majoritairement non concluants et le médecin traitant prescrira au final des anti-inflammatoires stéroïdiens.

Le problème est cependant beaucoup plus préoccupant car l’inflammation pulmonaire provoquée par la poussière de plumes de gallinacés peut provoquer à la longue une destruction partielle de l’épithélium pulmonaire et exposer la personne exposée à des infections pouvant être fatales. Une étude de cas réalisée à l’hôpital d’Aberdeen (voir le lien) a conduit le corps médical à étudier en détail les anticorps d’un patient sévèrement atteint d’une inflammation pulmonaire inexplicable et ils ont découvert qu’ils étaient dirigés contre certaines protéines de plumes d’oiseau. Comme le patient n’avait pas d’oiseau comme animal de compagnie les médecins ont donc identifié le coupable : la couette garnie de duvet de vulgaire poulet.

Inutile de jeter votre couette emplie de duvet pour affronter le froid et en même temps respecter le climat (encore de l’humour), il n’est pas écrit que vous deveniez allergique à ce duvet, mais en cas de doute …

Source : BMJ case report, doi : 10.1136/bcr-2019-231237

La promotion des « anti-vaccins » ? Ça se passe sur Facebook !

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Les vaccins sont les produits pharmaceutiques les plus efficaces sur le long terme et les moins dangereux si on considère leurs effets secondaires minimes. La vaccination a permis d’éradiquer la variole et la poliomyélite est en passe de devenir la seconde maladie virale qui pourra être considérée comme éradiquée sur la totalité de la planète dans moins de 10 ans. Contrairement aux antibiotiques qui ciblent l’agent pathogène – celui-ci peut rapidement devenir résistant – les vaccins éduquent l’organisme humain (ou animal) à se défendre lui-même en stimulant ses défenses immunitaires. Pourtant les « anti-vaxxers », les anti-vaccins en français, répandent inlassablement de fausses nouvelles (on dit maintenant des fake-news) au sujet des vaccins dont l’une des plus emblématiques est la toxicité – toujours non prouvée scientifiquement – de l’hydroxyde d’aluminium, un adjuvant communément utilisé pour la formulation des vaccins largement préférable à de nombreux autres adjuvants mal contrôlés comme le bien connu adjuvant de Freund qui est une émulsion de mycobactéries désactivées dans de l’huile minérale.

Pour que les militants anti-vaccins répandent leurs fausses nouvelles dans le monde entier ils ont choisi un support publicitaire lui aussi universel : il s’agit de Facebook ! Une récente étude parue dans le journal scientifique Vaccine ( doi : 10.1016/j.vaccine.2019.10.066 ) a consisté à entrer le mot « vaccine » dans la plateforme créée par Facebook en 2018 appelée Ad Archive dans le but d’améliorer le transparence au sujet des publicités liées de plus ou moins près à la politique et aux sujets d’importance « nationale ». Le mot « vaccine » a été entré à deux reprises dans cette plateforme, en décembre 2018 puis en février 2019, et l’opération a permis d’identifier 505 pages publicitaires relatives aux vaccins. Ces pages ont été classées en trois catégories : pro-vaccins, anti-vaccins et sans relation avec les vaccins. Dans les deux catégories retenues 53 % des pages publicitaires étaient en faveur de la vaccination et les autres (145 au total) étaient « anti-vaccins ».

Les pages publicitaires promouvant la vaccination insistent sur l’aspect humanitaire et philanthropique de ce geste thérapeutique et sur la politique adoptée pour cette promotion. Les pages relatives aux anti-vaccins insistent essentiellement sur le danger de ce geste.

Une analyse plus fine de ces pages publicitaires anti-vaccins a fait ressortir que la très grande majorité d’entre elles était le fait de deux organismes nord-américains résolument opposés aux vaccins. Les pages publicitaires sur Facebook ne sont pas gratuites, elles coûtent à l’annonceur au moins 500 dollars, c’est un minimum, et ce prix est réactualisé ensuite en fonction du nombre de vues. Certaines des pages anti-vaccins ont été consultées quotidiennement par plus de 50000 personnes et il faut beaucoup de dollars pour qu’elles perdurent sur Facebook … Les deux organisations qui ont décidé d’investir dans ce type de publicité mensongère sont le « World Mercury Project » (lien en fin de billet) dirigé par Robert Kennedy Jr et le « Stop Mandatory Vaccination » développé par l’activiste Larry Cook (lien) et à alles seules ont monopolisé plus de la moitié des pages publicitaires anti-vaccins de Facebook. Cook finance ses pages publicitaires par « crowd-funding » et certaines plateforme de ce type lui sont maintenant interdites ainsi que ses clips vidéo sur Youtube.

Les adeptes de l’anti-vaccination se font doublement prendre pour des imbéciles car ils se sont convaincus de la dangerosité des vaccins en finançant eux-mêmes ces dites pages. Ils sont donc eux-mêmes complices de la dissémination de fausses nouvelles auxquelles ils croient !

Robert Kennedy, qui a créé d’autres organismes de protection de l’environnement, est le fils de Bobby Kennedy, ancien avocat général américain. Il s’est heurté à la désapprobation totale de son frère, de sa soeur et d’une de ses nièces qui l’ont fait savoir publiquement dans le magazine Politico ( https://www.politico.com/magazine/story/2019/05/08/robert-kennedy-jr-measles-vaccines-226798 ) en mai dernier.

Outre le fait que cette publicité est mensongère elle a rapporté tout de même plus de 80000 dollars à Larry Cook de la part de ses généreux donateurs et Cook a dépensé depuis le mois de mai de cette année 2019 la somme de 1776 dollars pour maintenir ses pages de fake-news sur Facebook. Il ressort donc que les gogos qui se laissent piéger par ces escrocs alimentent le train de vie de ces derniers et ils mettent en danger la santé et même la vie de leurs enfants (quand ils en ont) mais aussi la santé de la société en général. Cette étude fait aussi ressortir, mais ce n’était pas son but, l’aspect bassement mercantile de l’organisation de Mark Zuckerberg pour qui tous les prétextes sont bons à prendre pour réaliser des profits qui, dans le cas des campagnes anti-vaccins devraient être condamnés par la loi et ceci d’autant plus sévèrement que les algorithmes de micro-ciblage des utilisateurs de Facebook dont les profils, préalablement finement analysés, permettent de cibler ces utilisateurs naïfs de Facebook, organisation qui gère 3 milliards d’utilisateurs dans le monde. Et plus ce ciblage d’une sophistication inouie permet d’obtenir des ouvertures de ces pages de publicité plus Facebook revalorise ses tarifs … Quel fantastique business !

https://worldmercuryproject.org/advocacy-policy/criminal-conduct-poul-thorsen/

https://www.thedailybeast.com/anti-vaxxer-larry-cook-has-weaponized-facebook-ads-in-war-against-science?ref=scroll

Histoire de la typhoïde : une maladie maintenant négligée dans les pays occidentaux

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De nouveaux variants génétiques résistants à tous les antibiotiques connus d’une maladie mortelle mais considérée comme « ancienne » – la fièvre typhoïde – traversent les frontières internationales et soulèvent quelques inquiétudes. Des cas ont été répertoriés au Pakistan, en Inde, au Bangladesh, aux Philippines en Irak mais aussi au Guatemala, au Royaume-Uni, aux USA, en Allemagne et plus récemment en Australie et au Canada. Ces dernières années ces germes résistants ont aussi envahi de nombreux pays africains. En l’absence de statistiques globales et fiables l’extension de la typhoïde résistante aux antibiotiques est probablement beaucoup plus importante qu’on ne le croit.

L’agent de la fièvre typhoïde est une bactérie, Salmonella enterica serovar Typhi, S.typhi pour faire simple, et cette fièvre est mortelle dans 20 % des cas si ceux-ci ne sont pas correctement traités. S. typhi se répand de personne à personne avec l’eau et les aliments qui ont été contaminés par une eau elle-même contaminée par des eaux usées. Par conséquent la fièvre typhoïde est associée à une mauvaise gestion de l’eau et à des pratiques sanitaires défectueuses. L’apparition de souches très difficiles à traiter constitue une perspective particulièrement alarmante. Alors que jamais auparavant on n’a autant voyagé et que le commerce est devenu mondialisé il apparaît inévitable qu’une épidémie locale de typhoïde puisse avoir des répercussions internationales. Les souches de S. typhi multirésistantes isolées en Europe, en Australie et en Amérique du Nord provenaient de personnes qui avaient voyagé, en particulier au Pakistan où une importante épidémie de typhoïde sévit depuis plusieurs années avec 5274 décès dans la Province du Sindh depuis 2016. La souche pakistanaise est résistante à tous les antibiotiques à l’exception de l’azithromycine, un macrolide de la famille de l’érythromycine.

En Grande-Bretagne, compte tenu des liens avec certains pays d’Asie du Sud-est, environ 500 cas de typhoïde difficilement traitable sont répertoriés chaque année. Aux USA, il y a eu récemment au moins 309 cas de typhoïde, 80 % d’entre eux décrits pour des personnes ayant voyagé dans les jours précédents. En Allemagne, 56 cas ont été comptabilisés en 2018, pratiquement tous associés à des personnes ayant voyagé.

Le retour de la typhoïde constitue un véritable choc pour l’organisation des systèmes de santé des pays occidentaux riches. Entre la fin du XIXe siècle et les années 1950, l’amélioration des conditions sanitaires, la vaccination et les antibiotiques ont pratiquement éliminé cette maladie de la plupart des pays dits riches. Après deux générations le retour de la typhoïde mortelle dans ces pays est devenu une réalité. Comment en est-on arrivé là ? La réponse n’est pas très plaisante à exposer car elle est liée au fait que l’éradication de cette maladie au siècle dernier (XXe siècle) était considérée comme un acquis alors que le germe de la typhoïde existe toujours et n’a jamais été éradiqué comme ce fut le cas pour la variole et comme la typhoïde était devenue dans les pays riches une maladie « ancienne » les contrôles sanitaires aux frontières devinrent plus laxistes puisque ces pays occidentaux en étaient venus à considérer que cette maladie était une maladie réservée aux pays pauvres et aux analphabètes. Cette négligence est en passe de devenir très coûteuse pour les pays riches. Et pour contrôler cette nouvelle typhoïde multi-résistante aux antibiotiques cela dépend des nouvelles technologies de prévention, de diagnostic et de traitement. Il est tout aussi crucial de ne pas oublier le passé afin d’être capables de maîtriser cette nouvelle typhoïde comme nous avons été capables de le faire par le passé mais sans répéter les erreurs qui ont été accumulées alors.

La typhoïde tuait les pauvres mais aussi les Rois.

Des analyses génomiques et archéologiques ont clairement montré que la typhoïde a toujours circulé dans les populations humaines depuis des millénaires. Si on ne peut pas établir une rétrospective exacte en se référant aux seuls écrits passés, la typhoïde était considérée comme une maladie mystérieuse qui tuait aussi bien les rois et les riches que les pauvres dans le monde entier. La typhoïde était redoutée par les armées en temps de guerre. Durant la deuxième guerre des Boers (1898-1902, lien) l’armée britannique fit état de plus de 8000 morts provoqués par la fièvre typhoïde. En dépit de sa fréquence la cause de la typhoïde et son mode de transmission restaient mystérieux. Beaucoup d’experts considéraient que c’était une maladie de l’ « air malsain » ayant pour origine les denrées pourrissantes et les odeurs d’égouts. De plus il n’y avait pas beaucoup de possibilités d’établir un diagnostic précis permettant d’exclure d’autres cas de fièvres. La notion moderne de la typhoïde en tant que maladie avec des signes cliniques précis, principalement transmise par l’eau et la nourriture ayant une origine bactérienne, n’émergea que progressivement au cours du XIXe siècle après que des pandémies répétées de choléra [maladie distincte de la typhoïde qui ne doit pas non plus être confondue avec le typhus] encouragèrent les spécialistes à se pencher sur les modes de transmission du choléra par l’eau. Ce concept de transmission par l’eau coïncidait dans de nombreux pays occidentaux avec des travaux d’amélioration des infrastructures sanitaires et ceci encouragea des investissements dans le traitement des eaux usées et dans les installations de distribution d’eau potable.

Par exemple dans la ville universitaire anglaise d’ Oxford le spectre de la typhoïde favorisa des interventions radicales sur les infrastructures et les réseaux hydrologiques. Henry Liddell, doyen du Christ Church College, père d’Alice, l’inspiratrice du conte de Lewis Carroll « Alice au pays des merveilles », dont l’épouse avait failli mourir de typhoïde, supervisa personnellement les travaux d’amélioration des réseaux d’eaux usées en enterrant les canaux d’égouts en 1863. Vers 1870 ces travaux, favorisés par des investissements massifs du gouvernement permirent de doter la ville d’Oxford d’un réseau d’égouts modernes, de restaurer toutes les fosses septiques fuyardes, d’interdire tout puisement d’eau dans des puits proches des systèmes d’égout et de construire une station de filtrage de l’eau potable de la ville. Le cas de la ville d’Oxford n’était pas isolé puisqu’au tournant du siècle la majorité des grandes villes européennes et de bien d’autres pays étaient dotées d’infrastructures sanitaires efficaces en ce qui concernait l’eau.

Il apparut très vite, malgré quelques erreurs de parcours, qu’il existait une corrélation claire entre l’amélioration de la qualité de l’eau et le recul de la mortalité due aux maladies transmises par l’eau dont en particulier la typhoïde.

De la prévention à l’éradication.

L’apparition de nouvelles technologies ont ensuite permis d’infléchir l’occurence de ce qui était considéré comme une maladie pouvant être évitée. En 1897, Maisdstone fut la première ville anglaise traitant la totalité de son système d’adduction d’eau potable avec du chlore. La vaccination émergea d’une autre façon pour protéger les populations sans infrastructure sanitaire. Imaginée par des biologistes anglais et allemands en 1896, les premiers vaccins contre la typhoïde étaient fabriqués avec des bacilles tués par la chaleur et comptèrent parmi les premiers vaccins anti-bactériens. Durant la seconde guerre des Boers les troupes britanniques « quittant la civilisation » pouvaient choisir de se faire vacciner. Cette première expérimentation de vaccination avec des bacilles inactivés fut marquée par des problèmes de qualité du vaccin et d’effets secondaires qui rendaient la vaccination particulièrement difficile à supporter. Cependant avant la première guerre mondiale toutes les grandes puissances utilisaient des vaccins améliorés pour protéger les troupes et les voyageurs.

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Le nouveau statut de la typhoïde comme maladie pouvant être évitée fut célébré comme étant une grande réussite de la « science occidentale rationnelle ». L’idée d’une éradication émergea également ce qui stimula la nouvelle profession qu’était devenue la bactériologie. Les travaux de recherches montrèrent rapidement que la situation était beaucoup plus complexe qu’on ne l’imaginait. Bien qu’il apparut de plus en plus clairement que le mode de transmission était l’eau et les aliment souillés, le fait que la bactérie pouvait être également transmise via les selles par des porteurs sains durant des années après avoir guéri de la maladie devenait un sujet de préoccupation. Ce concept de « porteurs sains » avancé par le bactériologiste allemand Robert Koch en 1902 réduisit significativement les espoirs d’éradication de la maladie. Comment un porteur sain de la maladie pouvait-il constituer un danger pour les autres ?

L’approche pour cerner ce problème soulevé par Koch suivit en droite ligne les valeurs socio-culturelles de l’époque. Alors que toutes les personnes suspectées d’être des « porteur sains » de la maladie furent contraintes de rester dans leur communauté si elles s’astreignaient à des précautions d’hygiène (comme par exemple de ne travailler ni dans la production d’aliments ni dans le traitement ou le transport de l’eau potable) certaines personnes furent isolées par la force. Décider de qui pouvait inspirer confiance ou devait être isolé ne relevait plus de la neutralité stricte et refléta rapidement les préoccupations du moment, à savoir l’immigration, le racisme, le chauvinisme, les normes sexuelles et le militarisme naissant. Par exemple en Allemagne les bactériologistes tentèrent de nettoyer les zones de déploiement militaire identifiées comme devant être empruntées pour envahir la France en testant les communautés, en établissant des listes de porteurs sains et en plaçant certaines personnes en isolement dès 1904. Les populations habitant dans le centre du Reich échappèrent à ces contraintes mais les autorités militaires nourrissaient quelques scrupules en ce qui concernait la mise en place de ces mesures dans les zones jouxtant la frontière française sous un prétexte strictement militaire. Pendant toute la première guerre mondiale les soldats allemands étaient examinés en routine et les porteurs sains potentiels issus de région où des épidémies de typhoïde avaient eu lieu par le passé ne pouvaient pas être enrôlés dans l’armée. Encore une fois personne n’était traité sur le même plan d’égalité comme certaines population d’origine juive de l’est du Reich régulièrement accusées d’être des porteurs sains susceptibles de répandre la maladie.

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Aux USA Mary Mallon, une immigrante irlandaise surnommée plus tard « Typhoid Mary », devint la porteuse saine la plus connue après avoir infecté les familles pour lesquelles elle faisait la cuisine. Elle fut placée en quarantaine entre 1907 et 1910 et à nouveau internée de 1915 jusqu’à sa mort en 1936 après avoir enfreint les conditions de sa remise en liberté en exerçant à nouveau le métier de cuisinière sous un nom d’emprunt (illustration datant de 1909). Les autorités britanniques quant à elles enfermèrent en majorité des « porteuses saines » présumées sous le prétexte qu’elles n’étaient pas saines d’esprit car elles ne comprenaient pas pourquoi elles étaient obligées de se soumettre à des mesures sanitaires strictes. Beaucoup d’entre elles furent isolées dans l’asile de fous Long Grove situé à Epsom entre 1907 et jusqu’en 1992. Depuis cette date de sérieux doutes au sujet de la réelle folie de ces femmes émergea dans l’opinion.

Le déclin de la maladie s’accentua par la suite et les cas de porteurs sains mis en isolement ne firent plus que très rarement la une des journaux. À la fin de la seconde guerre mondiale les espoirs d’éradication de la maladie s’amplifièrent comme en Europe et en Amérique du Nord avec des installations d’épuration des eaux usées fonctionnant bien, la chloration de l’eau, la surveillance scrupuleuse des cas de typhoïde et du devenir des porteurs sains, avec la vaccination et l’arrivée des thérapies antibiotiques efficaces pour les victimes de la maladie (chloromycétine en 1948) et les porteurs sains (ampicilline en 1961) cette maladie devint progressivement une menace négligeable. Bien que des cas de typhoïde furent constatés comme par exemple sur des gros bateaux de croisière, dans des stations balnéaires et accessoirement dans des villes focalisèrent l’opinion publique car cette maladie devint de plus en plus une maladie du passé, héroïquement vaincue par les actions sanitaires de grande ampleur et les progrès de la médecine. Il n’y avait donc pas vraiment de raisons de se soucier d’une réemergeancee de cette maladie en faisant entièrement confiance à la science oeuvrant pour son éradication définitive.

Une division infectieuse.

En réalité cette confiance aveugle était une erreur. Si la typhoïde avait pratiquement disparu des pays riches elle restait endémique dans la plupart des autres pays du monde. Durant la deuxième partie du XXe siècle, la division infectieuse fut renforcée par une relative désinvolture des campagnes d’éradication de la maladie. Il aurait fallu des investissements de grande ampleur pour procurer aux « pays du sud » une source sure d’eau propre et potable, pour organiser des usines de retraitement des eaux usées et la mise en place de structures médicales appropriées pour, sur une longue période, maîtriser non seulement la typhoïde mais également bien d’autres maladies dans le sud global. Or ces investissements restent non coordonnés et largement insuffisants. Plutôt que de s’occuper de ce problème les pays riches n’ont eu d’autre objectif que de protéger leurs propres populations prioritairement avec la vaccination, les antibiotiques et en mettant en place des régulations de bio-sécurité pour éviter que des voyageurs et des migrants importent la typhoïde. Cette stratégie économiquement rentable sur le court terme s’avérera extrêmement coûteuse sur le long terme. Pendant la guerre froide autant les pays occidentaux que ceux du bloc de l’est aidèrent les « pays du tiers-monde » que ce fussent des aides gouvernementales ou via des organisations non gouvernementales pour maîtriser des maladies très dévastatrices comme la malaria ou la variole, autant la typhoïde fut plutôt délaissée. Et pendant ce temps-là l’accroissement des populations des pays du sud aggrava les problèmes d’accès à une eau de qualité, mais aussi l’accès à la santé et, combinés au retard pris pour développer des structures adaptées pour la santé comme les hôpitaux et les dispensaires, cet ensemble de circonstances fit le lit pour un développement parfait de la typhoïde dans les pays du sud. De plus l’utilisation intensive d’antibiotiques pour juguler les épidémies locales favorisa l’apparition de souches résistantes.

Accroissement continuel des cas de typhoïde.

En 1967, des biologistes en Grèce et en Israël signalèrent l’isolement d’une souche de S.typhi avec résistance au chloramphenicol transmissible à d’autres souches. La même année des experts britanniques analysant des souches de S.typhi provenant du Koweit notèrent une résistance transmissible horizontalement non seulement contre le chloramphenicol mais également contre l’ampicilline et les tétracyclines. Cinq ans plus tard une sérieuse épidémie à Mexico City qui affecta plus de 100000 personnes révéla que la souche était multirésistante mais heureusement encore sensible à l’ampicilline. Des résultats similaires furent signalés par l’Inde et le Vietnam. La réponse des pays occidentaux fut à nouveau un renforcement des contrôles sanitaires des voyageurs et des campagnes de vaccination plutôt que de mettre en place avec les pays concernés des stratégies de grande envergure pour combattre les facteurs déclenchant ces épidémies dans les pays à faible revenu et favorisant l’apparition de nouvelles résistances aux antibiotiques. Les commentaires des pays occidentaux à propos des épidémies mexicaine et indienne furent une trop grande confiance aux antibiotiques pour juguler les épidémies et un usage inapproprié de ces derniers. Rarement les facteurs déclencheurs de ces épidémies furent évoqués, comme l’accès aux soins médicaux, la rareté d’une eau potable de qualité et des systèmes d’évacuation et de traitement des eaux usées adéquats et aussi, ironiquement, que la plupart des antibiotiques avaient été importés des pays occidentaux, les seuls producteurs de ces produits.

À l’évidence la priorité des pays occidentaux, encore une fois, était la bio-sécurité de leurs populations alors que la responsabilité collective mondiale n’était pas de leur ressort. De ce fait les aides financières, médicales et techniques de ces pays occidentaux restèrent limitées en regard des immenses contraintes apparues avec l’urbanisation, conséquence de l’accroissement de la population dans les zones à risque endémique. Et dans le même temps la principale préoccupation des pays occidentaux fut d’éviter « l’importation de souches résistantes étrangères » en consacrant des sommes d’argent conséquentes pour contrôler les frontières, les voyageurs et les migrants aux frontières : culturellement la typhoïde est une maladie réservée aux populations peu civilisées. En réponse à l’épidémie mexicaine les autorités sanitaires américaines ont non seulement renforcé leur contrôle des souches de S.typhi étrangères mais ils ont intensifié leur contrôle des population « hispaniques » locales tout en diabolisant les déplorables habitudes d’ « hygiène hispanique » même s’il n’existe aucune évidence scientifique à ce sujet.

Encore et toujours de la négligence.

Négliger tout effort international pour combattre la typhoïde a perduré au cours des années 1980 et 1990 et fut conforté par de nombreuses lacunes dans le système de surveillance sanitaire mondiale, une multitude de pays « du sud » n’étant pas pris en considération. De plus les décideurs accordaient beaucoup d’espoirs aux nouveaux traitements thérapeutiques. Les instabilités économiques et politiques provoquèrent un retour en arrière des systèmes de santé dans ces pays, par exemple dans les pays de l’ancienne sphère soviétique après la chute de l’URSS et aussi dans les pays en voie de développement dont les économies étaient sous la surveillance de la Banque Mondiale pour implémenter la politique de globalisation de l’économie. Par conséquent tous ces pays, sans services de santé adéquats puisqu’ils traversaient une crise économique parfois durable, n’eurent pas d’autre choix que de trouver des antibiotiques moins coûteux pour contrôler les épidémies. Ce phénomène coïncida avec la désaffection des grands laboratoires pharmaceutiques occidentaux pour la recherche de nouveaux antibiotiques, le retour sur investissements n’étant plus assuré, en d’autres termes les antibiotiques ne sont plus « profitables ». En 1988, une épidémie de typhoïde frappa le Cashmire et la bactérie se révéla être résistance aux trois principaux antibiotiques normalement utilisés. Des observations similaires furent communiquées en provenance de Shanghaï, du Pakistan et du delta du Mékong. Des études génétiques révélèrent qu’une grande partie des résistances était associées à la dispersion d’un haplotype spécifique ayant incorporé un groupe de gènes hérités simultanément. Les souches ayant acquis cet haplotype furent appelées séparément H58, se répandirent et dispersèrent cette résistance (dispersion génétique horizontale à l’aide de plasmides) non seulement contre les vieux antibiotiques de première ligne mais de manière croissante contre les antibiotiques gardés « en réserve » telles que les fluoroquinones et les céphalosporines. À la fin des années 1990 la majorité des souches isolées lors d’une épidémie qui frappa le Tajikistan étaient résistantes aux fluoroquinones puis des résistances sporadiques aux céphalosporines furent signalées au début des années 2000.

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L’épidémie actuelle qui sévit au Pakistan depuis 2016 est due à une souche ultra-résistante qui est un variant de H58 et n’est plus sensible qu’à un seul antibiotique, l’azithromycine. Il suffira d’une seule mutation supplémentaire pour que S.typhi acquiert une résistance totale à tous les antibiotiques connus à ce jour.

Nouvelle génération de vaccins.

Cette histoire discontinue de la typhoïde montre clairement les limites de la politique sanitaire adoptée tant au niveau local que régional ou international quand il s’agit de tenter d’arrêter la progression de la maladie aux frontières d’un Etat. Soit on justifie les actions menées en dehors de toute considération éthique ou de responsabilité collective, soit on met en avant l’intérêt particulier d’un Etat dans son devoir de protéger sa population. L’apparition des multi-résistances aux antibiotiques est une menace globale et elle ne pourra être appréhendée efficacement que dans le cadre d’une action internationale encore plus robuste. Fort heureusement une nouvelle génération de vaccins pourrait aider à circonscrire les épidémies récurrentes de typhoïde dans le monde entier. Le nouveau vaccin Vi conjugué (TCV, voir le lien) mis au point par la fondation Vaccine Alliance (Gavi) a passé avec succès les tests d’autorisation de mise sur le marché. Il s’agit du Typbar-TCV en dose unique autorisé dès l’âge de six mois qui a été récemment licencié en Inde, au Népal, au Cambodge et au Nigeria. D’autres vaccins sont en cours d’étude ou d’homologation. Le vaccin Typbar-TCV a été développé par la compagnie indienne Bharat Biotec et non dans un pays occidental, ce qui constitue une grande différence. Il a été conçu dans un pays frappé par des épidémies récurrentes de typhoïde. Ironie de l’histoire de ce vaccin, il a d’abord été testé sur des enfants en Grande-Bretagne. En 2017, une centaine de volontaires ayant été vaccinés avec ce produit ont bu un grand verre d’eau contaminée avec des S. typhi vivantes pour tester l’efficacité du vaccin. Ça se passait justement à Oxford où eurent lieu quelques années auparavant quelques cas de typhoïde et l’évènement encouragea le gouvernement britannique à préconiser la vaccination contre cette maladie.

On assiste donc à un complet retournement de situation dans la manière d’appréhender ce problème sanitaire. Ce sont les pays concernés qui en bénéficient en premier lieu et non pas l’inverse comme par le passé.

Un problème « bio-social ».

Les nouveaux vaccins sont, certes, prometteurs pour contourner le problème des résistances aux antibiotiques mais la question fondamentale de l’accès des populations à une eau potable de qualité reste pendant dans de nombreux pays. Le risque encouru avec ces nouveaux vaccins est de délaisser encore une fois les investissements nécessaires dans des infrastructures permettant aux populations d’avoir accès à une eau potable de qualité. Si on remonte à l’ « histoire » du combat contre la typhoïde on se rend compte de l’importance de la prise en charge de la lutte pour une eau propre. Elle commence au niveau des villages et des villes comme ce fut le cas jadis à Oxford. Chaque ville ou village devra développer son propre système de production d’eau de qualité. Ce qui manquera malheureusement toujours ce sont les aides financières. La Salmonella typhi s’est remarquablement bien adaptée à nos habitudes de vie et elle porte l’empreinte génétique des interventions humaines pour la combattre. Les combats futurs contre cette bactérie, qu’ils soient de dimension biologique ou sociale, ne pourront qu’être une combinaison raisonnée de l’ensemble de ces deux approches.

Traduction d’un article paru sur le site The Conversation

Illustrations : The Conversation

Liens : http://www.bbc.co.uk/history/british/victorians/boer_wars_01.shtml

https://academic.oup.com/cid/article/69/Supplement_5/S385/5587093

https://www.bbc.com/news/uk-scotland-north-east-orkney-shetland-26957972

https://cmr.asm.org/content/cmr/28/4/901/F5.large.jpg?width=800&height=600&carousel=1

https://www.gavi.org/library/news/press-releases/2017/millions-of-children-set-to-be-protected-against-typhoid-fever/

Les « bienfaits » des antibiotiques : un cas d’école !

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C’est l’histoire d’un homme de 46 ans en bonne santé, sans histoires, qui se blesse le pouce bêtement. On est en Caroline du Nord et 2010 et non pas au XIXe siècle. La plaie s’infecte au point que le médecin traitant de ce monsieur décide de lui administrer un traitement antibiotique adéquat afin de stopper l’évolution vers l’avant-bras de l’infection. L’homme en question doit ingérer trois fois par jour 250 mg de cephalexine pendant trois semaines. Le traitement est un succès total.

Pourtant quelques jours après la fin du traitement cet homme commence à se plaindre d’épisodes de dépression, de brouillard mental, d’agressivité incontrôlable, un comportement jusque-là inconnu pour cet homme paisible et plutôt sobre. Son changement profond de personnalité le conduit à consulter un psychiatre qui le traite tout de suite avec des anti-dépresseurs puissants, genre Prozac. Malheureusement pour cet homme il doit conduire sa voiture pour aller travailler et c’est alors que tout se complique. Il est arrêté un matin par la police pour conduite en état d’ivresse. Il refuse de se soumettre à un alcootest et la police le contraint à une prise de sang à l’hôpital bien qu’il jure n’avoir pas consommé une seule goutte de boisson alcoolisée. La prise de sang révèle une alcoolémie de 2 grammes par litre. Naturellement le doute s’est installé dans l’esprit des policiers. Il est remis en liberté quelques heures plus tard car son alcoolémie est redevenue proche de zéro.

Totalement incrédule, cet homme sobre, relate son aventure à sa vieille tante qui lui suggère d’acheter un analyseur d’haleine pour vérifier si son taux d’alcool exhalé par les poumons reste normal ou est fluctuant pour une raison inconnue. Constatant des variations inexpliquées de cette alcoolémie cet homme décide de se soumettre à des analyses complètes. Le corps médical ne trouve rien d’anormal excepté la présence dans ses selles de Saccharomyces cerevisiae, la levure de bière banale, et de Saccharomyces boulardii bien connue des amateurs de suppléments nutritionnels sous le nom d’ « ultra-levure ». Le corps médical suspecte alors chez cet homme un syndrome d’ « auto-brasserie » aussi appelé syndrome d’auto-fermentation intestinale parfaitement explicable par la présence dans les selles de levures. Pour débarrasser cet homme de ses états d’ébriété involontaires, bien que s’étant astreint à une totale abstinence de toute boisson alcoolisée il fut donc traité avec des doses massives de nystatine, un antibiotique bien connu pour traiter les invasions de Candida, et ceci pendant trois semaines.

La rémission ne fut pourtant que passagère car quelques semaines plus tard il se retrouva en état d’ébriété involontaire et il fit une chute qui provoqua un traumatisme crânien et nécessita son hospitalisation. Entouré de médecins allant de la médecine interne à la neurologie et en passant par la psychiatrie et la gastroentérologie, rien que ça, le mystère s’épaissit car les prises de sang révélèrent à nouveau des alcoolémie erratiques variant de 0,5 à plus de 4 grammes par litre de sang. Le corps médical avait oublié de noter que cet homme, bien qu’en cours de traitement avec des antibiotiques, adorait les pizzas et les boissons sucrées … Des explorations intestinales à l’aide de sondes endoscopiques révélèrent la présence de Candida albicans et parapsilosis. Les traitements antibiotiques avaient donc été inefficaces. La seule issue fut de rétablir la flore intestinale détruite lors du tout premier traitement antibiotique pour l’infection de son pouce. Cet homme prit donc des doses tout aussi massives non plus d’un quelconque antibiotique mais de Lactobacillus acidophilus, une bactérie qui présente la propriété notoire d’éliminer par compétition les levures présentes dans l’intestin.

Dans des condition de stricte anaérobiose comme celles existant dans l’intestin les levures (Candida ou Saccharomyces) sont parfaitement capables de produire de l’alcool, un cul-de-sac métabolique, avec les conséquences décrites dans cette histoire qui dura plus de 8 ans, la victime des antibiotiques essayant de trouver une solution à son problème en Caroline du Nord puis dans l’Ohio et enfin à New-York. L’enseignement de cette saga incroyable est évident : le corps médical prescrit trop d’antibiotiques sans mesurer (ou se soucier) des conséquences – le médecin, pour se couvrir, parlera d’effets secondaires – en particulier sur le « microbiome » intestinal. Tout déséquilibre induit par les antibiotiques au sein de l’harmonieuse coexistence de centaines d’espèces de bactéries intestinales peut avoir des conséquences très graves et aussi, comme dans le cas de cette histoire, imprévisibles et débilitantes.

Source. doi : 10.1136/bmjgast-2019-000325 illustration : Wikipedia, Candida albicans