La paragonimiase dans des momies coréennes du XVIIe siècle

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Quand je me couche le soir pour dormir, que j’aie pris une douche ou pas auparavant, il m’arrive souvent de ressentir de petites démangeaisons au niveau des ailes du nez et je suis convaincu que je ne suis pas la seule personne à faire cette expérience presque désagréable. Ce sont tout simplement des demodex qui commencent leur migration nocturne pour rechercher une nouvelle source de nourriture. Il y a trois ans, précisément le 31 août 2014, j’avais laissé un billet sur ce blog au sujet de ces créatures microscopiques qui colonisent les glandes sébacées de quelques-uns des 4 millions de poils qui recouvrent notre corps. Fort heureusement la grande majorité de ces poils sont invisibles sinon nous ressemblerions à nos cousins les singes. C’est fascinant comme nous sommes tous parasités par toutes sortes de bestioles toutes aussi repoussantes les unes que les autres et c’est en lisant un article paru dans le périodique BioOne originellement issu du Journal of Parasitology (voir le lien) qui décrit la présence d’un parasite dont j’ignorais l’existence et qui pourtant affecte des centaines de millions de personnes dans le monde que j’ai découvert le « ver du poumon », une pathologie pouvant être mortelle appelée paragonimiase.

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C’est en étudiant des momies datant de la dynastie Joseon en Corée du Sud que des archéologues de l’Université de Séoul ont eu la surprise d’identifier la présence d’un abcès au niveau du foie de l’une de ces momies (illustration) par exploration radiologique. Toutes sortes de parasites avaient déjà été identifiés dans des momies de par le monde mais c’est la première fois que le parasite Paragonimus westermani a été découvert dans une momies datant du XVIIe siècle parfaitement conservée. Il s’agit d’un ver plat microscopique muni de crochets qui va coloniser le foie où il peut provoquer des abcès, c’est le cas de cette momie, mais qui s’établit le plus souvent dans les alvéoles pulmonaires provoquant des hémorrhagies décelées par le présence de crachats contenant des traces de sang. Cependant cette parasitose est souvent mal diagnostiquée comme étant la tuberculose pulmonaire. Le cycle de vie de ce parasite est assez compliqué (CDC) :

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Lorsqu’un individu a ingéré un produit contaminé par les larves du ver, des crustacés comme par exemple des crevettes, les larves vont traverser la paroi intestinale puis le diaphragme puis encore la plèvre pour s’établir enfin dans les poumons, c’est assez effrayant. Eventuellement certaines larves vont aussi migrer vers le foie et provoquer un abcès. Les oeufs sont rejetés lorsque le sujet infecté tousse. Il avale éventuellement le mucus et ces oeufs se retrouvent ensuite dans les selles car ils sont protégés par une épaisse paroi.

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Les oeufs comme ceux retrouvés dans le foie de la momie (illustration, échelle 10 microns) vont alors coloniser des mollusques aquatiques au sein desquels ils se transforment en cercaires qui vont à leur tour infester des crustacés, crevettes ou écrevisses, qui lorsqu’ils sont ingérés et mal cuits vont envahir l’homme pour terminer ce cycle complexe.

Le réservoir est donc l’homme mais certains cas d’infestation ont été décrits au Japon chez des personnes ayant dégusté du sanglier. Il semblerait cependant que chez les sangliers le parasite reste à l’état larvaire. Ce parasite est très fréquent en Asie du Sud-Est, y compris en Chine et au Japon, mais il est également fréquent en Afrique et en Amérique du Sud. Chaque année plus de 20 millions de personnes sont victimes de ce parasites et environ 1 million en meurent de complications à la suite de pneumonies et de pleurésies infectieuses. Le cas de la momie coréenne est donc une exception bien qu’il n’existe pas de statistiques précises relatives aux abcès du foie provoqués par ce parasite.

Un conseil, si vous mangez des crevettes assurez-vous qu’elles sont bien cuites d’autant plus que la majorité des crevettes congelées qu’on trouve sur les étals des supermarchés européens proviennent d’Asie du Sud-Est. Bon appétit !

Source et illustrations : https://doi.org/10.1645/16-63, autre illustration CDC.

La vaccination rendue obligatoire en France et en Italie, après la Slovénie.

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La France a donc suivi l’Italie en ce qui concerne la vaccination obligatoire. Il est souhaitable que l’ensemble des pays européens prennent des dispositions coercitives pour que la vaccination soit rendue obligatoire en raison de la recrudescence de maladies parfois mortelles comme la rougeole qui peuvent être évitées par une simple vaccination. La Slovénie a pris en ce sens les devants en infligeant une amende sérieuse et dissuasive aux parents ne faisant pas vacciner leurs enfants.

Les gouvernements, outre l’aspect sanitaire bénéfique de la vaccination, doivent également prendre en considération le fait que la vaccination permet de substantielles économies au niveau de la protection santé. Dans tous les pays européens les systèmes de protection sociale sont très largement déficitaires et la vaccination contribue efficacement et pour un coût modique à améliorer la situation financière des assurances maladies qu’elles soient publiques ou semi-privées.

Car au final ce sont les contribuables qui paient et les associations et autres mouvements anti-vaccins dont les arguments n’ont strictement rien de scientifique ne font qu’alourdir la charge financière des systèmes de protection sociale. La France et l’Italie ont suivi les recommandations du CDC (Center for Disease Control), de l’Académie américaine de pédiatrie et de l’Académie américaine des médecins de famille (oui ! ça existe aux USA) et il serait erroné de prétendre que ces organismes oeuvrent pour les intérêts des laboratoires pharmaceutiques car il s’agit d’un grave problème de société.

Il existe 11 maladies qui peuvent être parfaitement évitées par la vaccination et qui représentent toutes, quand des cas se déclarent en raison de non-vaccination, un coût social important sur le court terme lors d’hospitalisations mais également sur le long terme en raison des séquelles sérieuses que peuvent provoquer ces maladies, sans oublier les préjudices au niveau des familles elles-mêmes en cas d’invalidités permanentes voire de décès. Les 11 maladies pour lesquelles la vaccination sera dorénavant obligatoire sont énumérées ci-dessous avec un bref aperçu des complications ou séquelles.

La diphtérie provoquée par une bactérie est une maladie extrêmement contagieuse et la toxine produite par cette bactérie peut provoquer une cardiopathie incurable voire la mort. Le tétanos, également provoqué par une bactérie très présente dans le sol peut entrainer la mort (20 % des cas) et si on en réchappe la convalescence peut durer plusieurs mois. La poliomyélite bien que devenue rare dans les pays de l’OCDE en raison de la vaccination systématique reste tout de même présente dans certains pays et la vaccination est toujours obligatoire car cette maladie n’est pas considérée comme éradiquée dans le monde (voir un précédent billet sur ce blog). Il existe un vaccin trivalent pour ces trois maladies et tous les enfants en âge d’être scolarisés doivent être vaccinés.

La coqueluche est également une maladie bactérienne qui peut durer plusieurs mois et éventuellement provoquer une encéphalite avec des séquelles sérieuses. Un adulte non vacciné peut en souffrir très gravement, voire en mourir. La vaccination contre cette maladie est fortement conseillée.

La vaccination contre la grippe (influenza), bien que son efficacité soit controversée en raison de la haute variabilité des antigènes de surface du virus, est néanmoins préconisée par le CDC pour les enfants afin d’atteindre ce qui est appelé par les spécialistes une immunité de groupe, l’un des bénéfices majeurs de la vaccination souvent ignoré (voir note en fin de billet). Le vaccin contre la grippe est réactualisé chaque année et il est communément conseillé aux personnes âgées bien que le bénéfice social puisse être optimisé en rendant la vaccination des enfants obligatoire, décision prise par les gouvernements français et italien.

Les vaccins récents protégeant contre les redoutables hépatite A et hépatite B sont préconisés par le CDC pour les enfants. S’il y a peu de cas mortels immédiats, il existe tout de même incontestablement une séquelle sur le long terme avec l’hépatite B qui est l’apparition d’un cancer mortel du foie. Ces deux maladies parfaitement évitées par la vaccination représentent un coût social important en raison des lourds traitements et des convalescences souvent longues et invalidantes.

Le vaccin trivalent contre la rougeole, les oreillons et la rubéole qui est la cible des mouvements sociaux anti-vaccins protège parfaitement contre ces trois maladies. La rougeole peut être mortelle et exposer son enfant non vacciné à cette maladie est criminel. Les oreillons peuvent provoquer une surdité et également une infertilité irréversible. Enfin la rubéole est une cause reconnue de malformations foetales.

Le pneumocoque à l’origine d’infections respiratoires et de la sphère ORL peut entrainer la mort par choc septique ou des séquelles invalidantes comme la surdité voire des dommages cérébraux graves. La vaccination contre le pneumocoque est préconisée pour les enfants.

Les méningocoques A et B (10 % de cas mortels) provoque des séquelles graves telles que paralysies partielles, surdité voire épilepsie récurrente. Cette maladie représente un coût social et familial important et la vaccination des enfants est vivement conseillée, toujours par le CDC.

La poliomyélite reste endémique dans quelques pays du monde et la vaccination est obligatoire en raison des séquelles invalidantes provoquées par cette maladie.

Le vaccin contre la varicelle, maladie longtemps considérée comme bénigne, est également préconisé pour les enfants en âge d’être scolarisés car il s’agit d’une maladie très contagieuse qui peut également provoquer des complications neurologiques.

Restent la vaccination contre certains types du virus du papillome qui est très vivement conseillée pour les préadolescents avant leur maturité sexuelle, dès l’âge de 12 ans, filles et garçons. Ce virus est la cause reconnue maintenant du cancer du col de l’utérus, d’un grand nombre de cancers de l’anus et de diverses affections cancéreuses génitales mais également de l’oropharynx. Les économies au niveau de la protection sociale qui peuvent être atteintes par la vaccination contre ce virus sont considérables bien que la mise au point récente du vaccin ne puisse pas encore établir leur montant exact.

Voilà en bref le panorama des vaccinations qui seront obligatoires en France et dans quelques autres pays dans de brefs délais n’en déplaise aux détracteurs de la vaccination dont les arguments relèvent du plus exécrable obscurantisme datant d’une publication mensongère d’Andrew Wakefield en 1998 qui prétendit de façon totalement erronée que la vaccination provoquait l’autisme …

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Sources et illustration : CDC et World Economic Forum. Autre illustration : tylervigen.com. Un bel exemple de relation cause-à-effet qui n’a jamais été prouvé pour l’autisme et la vaccination !

Notes. Mes lecteurs croiront que je ne sais pas compter mais le CDC classe effectivement 11 « gestes » de vaccination : influenza, trivalent tétanos-diphtérie-coqueluche, papillome, méningocoque A, méningocoque B, pneumocoque, hépatite A, hépatite B, polio, trivalent rougeole-oreillons-rubéole et enfin varicelle.

Quant à la France, comme l’Italie, elle se contentera de la vaccination obligatoire contre les 11 maladies suivantes : diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche, hépatite B, rougeole, oreillons, rubéole, influenza, pneumocoque et méningocoque C. Les pénalités seront sévères (3750 euros d’amende et/ou 6 mois de prison) pour les parents récalcitrants. Enfin un carnet de vaccination à jour sera obligatoire pour l’inscription d’un enfant en crêche et à l’école maternelle.

L’immunité de groupe est atteinte quand tous les membres d’un groupe, par exemple une classe d’enfants en âge d’être scolarisés, sont vaccinés. Le risque de contagion est alors significativement diminué. De très sérieuses études réalisées au Japon notamment indiquent que la vaccination contre le rotavirus à l’origine de la majorité des gastroentérites pourrait atteindre cette immunité de groupe, cette maladie étant hautement contagieuse.

L’affaire rocambolesque du talc pour bébé de J & J (suite)

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Comme de bien entendu ça se passe aux USA, pays où il y a plus d’avocats que de personnes incarcérées pour diverses raison en particulier la couleur de leur peau (population carcérale américaine : 2,5 millions, plus que dans n’importe quel pays totalitaire passé ou présent) mais il ne s’agit pas du sujet évoqué dans ce billet. La firme Johnson & Johnson a été condamnée ce lundi 21 août 2017 par un tribunal de Los Angeles à verser 417 millions de dollars dont 70 millions de dollars en dommages compensatoires et 347 millions en dommages punitifs à une femme de 63 ans qui la poursuivait car elle considérait que son cancer des ovaires avait été provoqué par le talc pour bébé qu’elle appliquait autour des parties intimes de son anatomie depuis l’âge de 11 ans. Pour bien comprendre le caractère surréaliste de cette histoire il faut faire quelques remarques au sujet du talc, J & J faisant face à plus de 4800 procès et ayant donc déjà été condamné à payer plus de 700 millions de dollars à divers plaignants (voir le lien sur ce blog), merci pour les avocats !

Le talc est constitué de particules solides et insolubles dans l’eau de silicate de magnésium. Il est fortement hygroscopique, il assèche donc la peau lors de la transpiration, et sa structure cristalline en feuillets facilite la friction de la peau, il n’y a plus d’irritations et celle-ci reste « douce ». Le talc utilisé dans l’industrie cosmétique ne contient pas d’amiante et ce point particulier est vérifié soigneusement car certains gisements de talc contiennent de faibles quantités d’amiante et le talc qui y est extrait n’est pas autorisé pour des usages cosmétiques. Cette régulation a été mise en place en 1970 aux USA puis a été appliquée dans tous les pays du monde. Le silicate de magnésium du talc n’a jamais pu être prouvé comme carcinogène tant sur des animaux de laboratoires que sur des cellules humaines en culture y compris à fortes doses. C’est d’ailleurs lors de ces études que l’interdiction du talc contenant de l’amiante a été mise en place, les animaux de laboratoire inhalant ce type de talc ayant développé des cancers de la plèvre.

L’argument des plaignants américains à l’encontre de J & J se base sur une classification controversée du talc par l’IARC ou Centre international de recherche sur le cancer, cet organisme onusien situé à Lyon, France, au sujet duquel j’ai déjà eu l’occasion de disserter, qui a classé le talc comme « possible carcinogénique » pour les humains alors qu’il n’existe aucune évidence scientifique pour étayer cette classification tout aussi absurde que de déclarer le glyphosate cancérigène « possible » (voire « probable ») pour la plus grande satisfaction des avocats qui sont payés à la commission, du moins aux USA. Les procès intentés à l’encontre de J & J se basent donc sur une « possible » accessibilité du talc jusqu’aux ovaires, c’est en tous les cas l’argument avancé par les avocats : les particules de talc seraient-elles munies de flagelles comme les spermatozoïdes ?

L’influence du fumeux principe de précaution a donc permis à l’imbécillité humaine mercantile de franchir une nouvelle étape. C’est la seule conclusion qui puisse être trouvée pour cette histoire caricaturale et rocambolesque. Aux dernière nouvelles J & J a fait appel de la décision du tribunal de Los Angeles en raison du manque de preuves scientifiques dans les affirmations fantaisistes des avocats, mais le mal est fait et l’opinion publique, encore une fois et comme dans de nombreuses autres situations, considérera dorénavant le talc comme cancérigène, comme les pommes de terre frites, le glyphosate, la viande grillée, les « ondes » et pourquoi pas le clair de Lune pendant qu’on y est … Tous ces plaignants, plutôt que de s’adresser à des avocats, devraient consulter un psychiatre, voire plusieurs spécialistes, car ils sont vraiment dérangés mentalement !

Sources de l’information et illustration : Les Echos, American Cancer Society, et aussi sur ce blog : https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/02/25/apres-lamiante-le-talc/

Encore une histoire de vaccins et d’autres maladies négligées

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À l’époque de mes grands-parents, tous nés avant la fin du XIXe siècle, il n’existait ni vaccins ni antibiotiques pour se prémunir d’une mort certaine provoquée par de nombreuses maladies qui décimaient parfois des villages entiers. Au cours de mes recherches généalogiques je pus constater que par exemple au tout début du XVIIIe siècle, durant le mois de janvier de l’année 1703, les trois quarts de la population du village dont sont originaires mes ancêtres paternels disparurent. Les registres paroissiaux ne mentionnent pas les causes de cette épidémie mais aujourd’hui une telle situation, d’autant plus au fin fond de la campagne savoyarde, ne pourrait pas se reproduire aussi dramatiquement. Ce genre d’épidémie existe encore malheureusement dans certains pays du monde et ceci malgré les progrès constants de la médecine.

Le premier grand succès de la vaccination est incontestablement l’éradication de la variole qui décima des peuples entiers du temps des Conquistadors en particulier, une arme infiniment plus redoutable que le mousquet ou l’épée ! Émergèrent également les antibiotiques avec Alexander Fleming et la pénicilline (1930) suivie des sulfamides au cours des années 1930 et 1940. Aujourd’hui le monde entier se trouve confronté à la résistance de certaines bactéries à tous les antibiotiques connus en raison d’un usage abusif de ces derniers. De plus il n’existe pas de vaccins pour se protéger contre ces bactéries résistantes et la situation est donc doublement alarmante de même qu’il n’existe pas d’antibiotiques (antiviraux) efficaces pour soigner une maladie d’origine virale à quelques très rares exceptions près.

Un autre grand succès de la vaccination est la presque totale éradication de la poliomyélite après la vaccination systématique contre cette maladie virale handicapante et parfois mortelle depuis la mise au point d’un vaccin par le Docteur Jonas Salk en 1952. Selon les statistiques de l’OMS moins de 40 enfants ont été paralysés par la polio dans le monde en 2016, essentiellement dans trois pays où cette maladie reste endémique, le Pakistan, l’Afghanistan et le Nigeria.

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Un troisième grand succès de la vaccination est l’éradication totale du continent nord-américain de la rubéole. Il n’existe pas de données récentes de l’OMS au sujet des pays de l’OCDE dans lesquels il est systématiquement conseillé aux femmes en âge de procréer de se faire vacciner contre cette maladie en raison des graves malformations foetales qu’elle provoque si ces dernières n’ont pas reçu le vaccin rougeole-oreillons-rubéole dans leur enfance. En 2016, dans le monde, 120000 enfants sont nés malformés, sourds ou aveugles en raison de cette maladie contractée par la mère en cours de grossesse. Il y a donc encore beaucoup de travail pour sensibiliser les populations afin que les femmes soient vaccinées systématiquement contre cette maladie.

Venons-en à trois parasitoses qui font l’objet de campagnes d’éradication systématique dans le monde et pour lesquelles il n’existe pas de vaccin. La dracunculose (voir le lien sur ce blog) ou encore « ver de Guinée » est en passe d’être éradiquée des pays infestés grâce à l’action de la fondation Carter. En 1989 il y avait 892926 cas en Guinée équatoriale uniquement et depuis le début de l’année 2017 seulement trois cas ont été identifiés dans ce même pays :

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La filariose lymphatique ou éléphantiasis également provoquée comme la dracunculose par un ver cette fois dont les larves sont inoculées par des moustiques a fait l’objet d’une vaste campagne d’éradication par voie médicamenteuse, le réservoir du parasite étant exclusivement l’homme. L’objectif peut-être ambitieux est d’éradiquer ce parasite aux alentours de 2020. Le traitement chimiothérapeutique consiste en une prise annuelle par toute la population concernée d’une combinaison de deux drogues tuant les micro-filaires. Il y a encore 81 pays dans le monde (Afrique et Asie) où cette parasitose est endémique. En 2015 six pays ont été officiellement reconnus comme nettoyés de ce parasite. Il s’agit du Cambodge, des Iles Cook, de l’archipel des Maldives, de Niue, du Sri Lanka et du Vanuatu. Vingt-neuf pays sont encore activement surveillés et l’objectif d’éradication totale pourrait être atteint durant la décennie 2020, toujours selon l’OMS.

Enfin l’onchocercose (voir le lien sur ce blog) ou cécité des rivières dont le véhicule est cette fois une mouche fait l’objet d’une campagne d’éradication dans 36 pays d’Afrique sub-saharienne et d’Amérique du Sud. Les larves du ver parasite sont sensibles au Mectizan, gracieusement fourni par les laboratoires Merck à la Fondation Carter qui est activement impliquée dans l’éradication de cette parasitose. Les résultats sont encourageants car la Colombie a été officiellement nettoyée de ce parasite en 2013, l’Equateur en 2014, le Mexique en 2015 et le Guatemala en 2016. Il reste encore beaucoup de travail pour éliminer totalement cette maladie invalidante.

Sources : Cartercenter.org et OMS. Autres lectures sur ce blog :

https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/02/07/la-dracunculose-deuxieme-maladie-bientot-eradiquee-de-la-planete/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/05/11/des-smartphones-pour-combattre-lonchocercose-et-le-loa/ Illustration : distribution de médicaments pour l’éradication de la filariose lymphatique en Afrique

La rougeole revient sur la sellette

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Après la mort en France le 27 juin dernier d’une jeune femme en état de détresse respiratoire provoqué par la rougeole se pose à nouveau le problème de la vaccination obligatoire. Cette personne faisait partie des « gens du voyage » et n’était pas vaccinée. Il est inacceptable que des personnes meurent de ce genre de maladie très bien prévenue par la vaccination rougeole-oreillons-rubéole. La rougeole n’est pas une maladie bénigne puisque l’OMS a répertorié ces six derniers mois 3300 cas de rougeole en Europe et 35 morts dont un enfant de six ans le 22 juin en Italie auxquels il faut ajouter ce dernier décès au CHU de Marseille-Nord. La rubéole provoque des malformations foetales chez les femmes enceintes et les oreillons peuvent conduire à des complications variées dont des méningites, des pancréatites ou une infertilité permanente chez l’homme. Que les « gens du voyage » ne se vaccinent pas est une chose mais que des mouvements anti-vaccins persistent à promouvoir le refus de la vaccination sous prétexte qu’un escroc comme Andrew Wakefield a lié la vaccination à l’autisme en est une autre. Il n’existe aucune preuve scientifique d’un lien de cause à effet entre l’autisme et la vaccination et prétendre le contraire est une attitude anti-scientifique et criminelle. D’autres mouvements prônant de laisser la nature faire son oeuvre sont également des criminels !

Devant cette situation la France a décidé de rendre obligatoire dès 2018 la vaccination contre 11 maladies faisant suite à l’obligation par la loi de la vaccination des enfants en âge d’être scolarisés en Italie, pays où la rougeole a été particulièrement dévastatrice ces six derniers mois. En France 79 cas ont été dénombrés depuis le 1er janvier de cette année. Alors que depuis 2008 le nombre de parents réfractaires à la vaccination de leurs enfants a atteint près de 30 % 24000 cas de rougeole ont été répertoriés par les autorités sanitaires dont 1500 ont conduit à des hospitalisations de longue durée et dix personnes en sont mortes. Inacceptable selon le premier ministre français …

Sources : OMS, illustration : The Independent

Les hallucinations auditives : le mystère est (presque) levé.

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Entendre des voix est un phénomène classé par le corps médical dans le registre des hallucinations et selon les spécialistes de la question ce n’est pas aussi rare qu’on pourrait le croire. Pour tenter de comprendre quelles sont les motivations inconscientes (ou conscientes) conduisant un sujet à avoir des hallucinations auditives un médecin et deux de ses étudiants de la faculté de médecine de Manchester (UK) ont organisé une sorte de recrutement de personnes entendant des voix dans la région et ont fini par rassembler avec peine 40 participants en utilisant tous les canaux d’information disponibles y compris en faisant appel aux congrégations religieuses et aux psychiatres. Toutes ces personnes d’un age moyen de 39 ans, majoritairement des blancs se répartissant presque à égalité entre femmes et hommes ont signé un document autorisant les chercheurs à poursuivre leurs travaux et dans ce cadre à leur fournir tous les renseignements utiles.

Vingt-deux participants relevaient de situations psychiatriques bien identifiées et furent analysés séparément. Il s’est agi de quantifier l’hallucination auditive en termes d’intensité des voix entendues, de degré de plaisir, de satisfaction ou au contraire de détresse provoqués par cette hallucination. Plus délicate fut l’appréciation de la relation entre les hallucinations et le but recherché par le sujet dans la mesure où pour le corps médical ces hallucinations répondent à un désir ou à un objectif bien précis et qu’elles ne sont pas provoquées par l’intervention d’une force surnaturelle. Les participants furent donc sollicités pour réaliser une introspection susceptible d’éclairer les médecins quant à leur motivations intimes provoquant ces hallucinations. Dans beaucoup de cas il s’est avéré que la situation que vivaient ces personnes était liée à une détresse émotionnelle, en particulier en ce qui concernait les sujets étudiés relevant d’une thérapie psychiatrique relative le plus souvent à une schizophrénie bien diagnostiquée. Mais ces hallucinations pouvaient également être provoquées par le désir d’ « entendre » une voix douce et rassurante uniquement par satisfaction sans qu’il existe par ailleurs une quelconque détresse émotionnelle.

Cette étude reste, certes, limitée en ce qui concerne le nombre de participants – des gens qui entendent des voix ça ne coure pas les rues – mais elle a eu le mérite de montrer qu’entendre des voix était un mécanisme lié à l’expérience personnelle actuelle de chaque individu. Un participant a déclaré entendre une voix le prier de travailler avec acharnement pour réussir ses examens à l’Université … Cette approche a démystifié ce symptôme tout aussi bénin que le somnambulisme en ce qui concerne les sujets dont la santé psychique n’est pas mise en cause. Quid des bergères de Fatima et de celle de Lourdes, quid de Jeanne la Pucelle, de Paul sur le chemin de Damas ou encore de Blaise Pascal ? Y a-t-il des médecins au Vatican ?

Source : Psychology and Psychotherapy, doi : 10.1111/papt.12135 en accès libre, illustration Bernadette Soubirou (Wikipedia)

Réflexions personnelles sur la protection sociale santé

Réflexions personnelles sur la protection sociale santé

En Espagne, mon pays de résidence depuis maintenant 9 années, la sécurité sociale fonctionne à deux vitesses. Il y a les riches qui ont les moyens financiers de s’assurer auprès d’une compagnie privée et avoir accès à des cliniques privées luxueuses et il y a le système public pour les pauvres, pour faire court. Le système public est « gratuit », à une nuance près tout de même puisqu’il est financé par les impôts et les charges sociales que tout un chacun paie, personnes physiques ou morales y compris d’ailleurs ceux qui s’assurent auprès d’une compagnie privée. Et pour bien comprendre la suite de ce billet il faut décrire comment fonctionne ici en Espagne l’assurance maladie publique.

À chaque « assuré », terme que j’utilise bien qu’il soit impropre (je préférerait le terme « assujetti » à une protection sociale étatique), est attribué un « centre de santé » et un médecin référant. La procédure pour une consultation est assez complexe et longue : il faut fixer un rendez-vous par téléphone ou par internet avec son médecin (c’est un robot qui répond) puis faire la queue dans le centre de santé, parfois plusieurs heures, pour enfin décrire ce dont on souffre quand on se trouve devant son médecin généraliste attitré. Le médecin ne vous ausculte même pas, il ne regarde pas votre gorge ni le blanc de vos yeux, il se borne à pianoter sur le clavier de son ordinateur et vous prescrit éventuellement une prise de sang. S’il a selon vos dires déterminé le mal dont vous souffrez il vous prend un rendez-vous avec un spécialiste s’il en a le temps sinon c’est à vous de le faire muni d’un numéro administratif auprès des hôtesses du centre de santé ou encore par téléphone avec un robot qui vous répond. Le délai peut aller de quelques jours pour un rendez-vous avec un cardiologue et jusqu’à 6 mois pour un ophtalmologue. Les consultations avec le spécialiste ont lieu dans un autre centre de santé plus vaste et on refait la queue encore une fois plusieurs heures. Le spécialiste va éventuellement vous prescrire toutes sortes d’examens complémentaires qui ont alors lieu à l’hôpital où vous ferez encore la queue de nombreuses heures. Il faut absolument se munir d’un livre ou de mots croisés (ce que votre serviteur fait) pour tuer le temps …

Il reste tout de même une possibilité pour court-circuiter ce système bureaucratique kafkaïen, l’urgence ! Le centre de santé accepte les cas d’urgence s’ils ne relèvent pas de soins lourds en milieu hospitalier en d’autres termes si votre vie n’est visiblement pas en danger et s’il n’y a pas de sang qui coule sinon vous êtes immédiatement évacué vers les urgences de l’hôpital en ambulance.

Pour illustrer cette dernière possibilité des urgences il m’est arrivé il y a quelques mois de souffrir de douleurs relativement intenses très précisément au niveau du coeur. Je suis allé à pieds de chez moi dans « mon » centre de santé et j’ai décrit à la fille de la réception ce qui m’arrivait avec mon espagnol approximatif. Moins de dix minutes plus tard on me faisait un électro-cardiogramme et deux jours plus tard, compte tenu du peu de gravité révélé par les tracés de l’EEG non pas par mon médecin attitré mais par la technicienne qui a acquis avec les années une certaine habitude en interprétation des EEGs, je me retrouvais dans le cabinet d’un cardiologue dans l’autre centre de santé qui conclut rapidement mais après des examens approfondis, nouvel EEG, échographie, Doppler, etc … que j’avais un coeur de jeune homme et que mes douleurs n’étaient que de bénignes contractures musculaires inter-costales.

Il est également possible d’aller directement dans un des services d’urgence de l’hôpital mais comme partout en Europe les services d’urgence ressemblent à la cour des miracles et il vaut mieux ne pas être mourant pour attendre qu’un infirmier s’occupe de vous.

En venant m’installer ici à Tenerife un anglais, à la retraite comme moi, me peignit un tableau tellement sombre du système de santé publique espagnol qu’il me conseilla vivement de souscrire à une assurance maladie privée, ce que je fis. Mais à ce sujet, et je suppose qu’il en est de même dans tous les pays développés, plus on vieillit plus les mensualités sont élevées. Pour vous donner un ordre d’idées, au tout début (mais après trois mois de carence obligatoire à la suite d’une visite médicale détaillée dans les locaux de la compagnie d’assurance) je payais chaque mois un peu moins de 200 euros. Au delà de 70 ans la cotisation passe à plus de 300 euros mensuels et si on est un trop gros « consommateur » (je reviendrai sur ce terme) la compagnie d’assurances a tendance à augmenter encore plus rapidement la cotisation. J’ai donc mis fin à mon contrat et aujourd’hui je m’adresse pour mes petits bobos au système public.

Récemment j’ai pris conscience du coût effectif de la santé que l’on a trop tendance à considérer comme gratuit et je relate ici précisément les évènements que j’ai récemment vécu et qui sont riches d’enseignements. Quand j’étais assuré avec une compagnie privée, j’étais allé consulter un ophtalmologue qui m’avait bien mis en garde qu’il fallait que je consulte régulièrement car l’état général de mes yeux n’était pas optimal. Il y a quelques semaines je souffris d’un accès d’infections au niveau de l’oeil gauche, un truc que les spécialistes appellent la blépharite et qui est en fait une sorte d’acné au niveau des cils. Ce n’est pas très douloureux mais c’est gênant. Je m’étais également aperçu que ma vision de l’oeil droit était un peu trouble. Je voulais revoir la même ophtalmologue et je sollicitais donc un rendez-vous en consultation dite privée dans la clinique privée luxueuse où j’avais vu ce médecin il y a environ 7 ans et dont j’avais oublié le nom.

Coût de la démarche : 100 euros plus des pommades et des compresses non remboursées, naturellement. Tout ça pour m’entendre dire que pour mes yeux tout allait bien sinon un début de petite cataracte au niveau de l’oeil droit et qu’il fallait que je soigne cette blépharite. Rien de nouveau, donc, sous le soleil. Si je m’étais adressé au système public « gratuit » j’aurais tout simplement attendu quelques mois pour un rendez-vous avec un ophtalmologue. La question que je me suis posé par voie de conséquence est la suivante : le système de santé public dit gratuit est-il vraiment gratuit ? Pas vraiment. Je ne vois pas pourquoi le système public serait moins coûteux qu’une consultation privée comme celle à laquelle j’ai consenti financièrement uniquement par confort. J’en arrive à la conclusion évidente qu’on devrait clairement préciser aux personnes dépendant du système de santé gratuit combien il leur en coûte réellement quand ils vont consulter un médecin en dépit des nombreuses heures d’attente (j’ai aussi fait la queue dans la clinique privée) et de la lourdeur administrative du système. Il faudrait dire clairement aux patients combien leur consultation a réellement coûté à la société et leur faire comprendre également que ce prix apparaît dans les impôts et autres charges sociales payées par chacun, y compris les « pauvres » en France en particulier car tout le monde est assujetti à la CSG (contribution sociale généralisée) qui est un impôt – une flat-tax comme disent les Anglo-saxons – déguisé car son utilisation n’est en théorie qu’exclusivement consacrée au financement de la protection santé, ce dont je doute.

Le système de santé public a donc ôté tout sens critique et toute responsabilité au citoyen lambda : il croit que c’est gratuit mais c’est un leurre et pourtant il devient consommateur outrancier de ce service mis à sa disposition « gratuitement ». J’ai fait part de mes réflexions à ma copine et je lui ai demandé ce qu’elle ferait si on augmentait son salaire de 30 %, en d’autres termes si elle percevait outre son salaire net toutes les charges que son employeur et elle-même paient, mais qu’elle devrait alors prendre en charge elle-même le coût de sa santé en faisant nécessairement des choix comme par exemple ne pas s’assurer contre les risques mineurs mais seulement les gros risques. Il est évident que sa « consommation » médicale serait rapidement réduite, y compris les arrêts de travail pour maladie, et qu’elle se trouverait du jour au lendemain magiquement en bonne santé alors qu’elle va consulter son médecin pour le moindre mal de tête. Comme elle est politiquement orientée plutôt vers le socialisme (elle aime bien Maduro) elle considère que l’assurance maladie « gratuite » et gérée par l’Etat est un dû, un progrès social ! Ah bon ?