Nouvelles d’Espagne : dons d’organes

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En Espagne si une personne n’indique pas formellement et officiellement qu’elle refuse que le corps médical lui prélève un organe pour sauver une vie lors de son décès à l’hôpital alors le corps médical a toute latitude pour procéder à un prélèvement sans en informer la famille. Cette disposition a été mise en place à la suite de la création de l’Organización National de Trasplantes (ONT) en 1989, une agence technique en charge de la coordination des activités de transplantation d’organes dans le pays.

L’organisation repose essentiellement sur la collaboration directe des médecins hospitaliers oeuvrant dans les unités de soins intensifs. Tous les malades considérés comme donneurs potentiels sont immédiatement « groupés » et leurs données immunitaires transmises à l’ONT via les antennes provinciales disséminées sur tout le territoire espagnol afin d’identifier les receveurs potentiels aussi rapidement que possible grâce à une banque de données gérée par l’ONT. Une logistique permettant d’acheminer les organes dans les meilleures conditions a été également mise en place à la suite de la création de l’ONT.

Dans ces conditions l’Espagne est le pays champion du monde des transplantations d’organes et il devrait servir de modèle pour la plupart des pays de l’OCDE. Reste à préciser les critères de définition de la mort. Pour le médecin la mort est l’arrêt définitif du fonctionnement du coeur et le cas de la mort cérébrale reste encore un sujet à débat relevant de l’éthique mais qui devrait être abordé compte tenu du nombre de receveurs potentiels. Un malade en état de mort cérébrale et maintenu en vie à l’aide de machines devrait être « déconnecté » et un ou plusieurs de ses organes deviendraient immédiatement disponibles pour une transplantation réalisées dans des conditions optimales. Reste que le corps médical considère qu’il s’agit toujours d’un geste classé dans la catégorie de l’euthanasie, mais gageons que dans ce dernier cas des dispositions législatives adaptées permettront de sauver des vies …

Source : bioedge

Un pré-diagnostic simple des AVC maintenant disponible

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Chaque année 15 millions de personnes subissent un AVC (accident vasculaire cérébral), six millions en meurent et 5 autres millions restent handicapés à vie. Ces données terrifiantes ont conduit une petite société de haute technologie à se pencher sur le difficile problème de la détection précoce des risques d’AVC et du diagnostic des micro-ischémies cérébrales pré-existantes indicatrices d’un risque plus élevé d’accident circulatoire cérébral majeur. Ce diagnostic requiert un appareillage coûteux pour procéder à une imagerie par résonance magnétique nucléaire et bien que ces appareils soient en fonctionnement 24 heures sur 24 mais naturellement pas utilisés de manière optimale il est difficile d’y avoir accès pour un simple diagnotic de dépistage.

Une petite start-up américaine, CRV Medical, a eu l’idée d’appliquer un logiciel largement utilisé par les compagnies pétrolières de logging pour explorer rapidement et efficacement les flux sanguins des artères irriguant le cerveau.

Le logging fait appel à une analyse tridimensionnelle des données sismiques et soniques lors de la recherche de champs pétrolifères ou de gisements de minéraux et les logiciels d’analyse des infra-sons ont été adaptés et appliqués à l’analyse fine de ceux générés par le flux sanguin dans les artères carotides. Toute anomalie de ce flux sanguin est alors détectée, ce qui permet au praticien, à la suite d’un examen simple, rapide et précis que peut effectuer un auxiliaire médical non qualifié, de décider d’un traitement afin de prévenir la venue d’un grave AVC.

Le Cartotid Stenotic Scan (CSS) a reçu l’approbation de la Food and Drug Administration à la suite de nombreux essais qui ont confirmé la validité analytique du logiciel dont l’adaptation à ce type d’application a nécessité plusieurs années de travaux. Il s’agit d’un détecteur muni de plusieurs microphones et les signaux sont analysés en temps réel afin d’identifier rapidement les patients à risque. Chaque équipement d’un prix voisin de 50000 euros et d’une utilisation simple permettra de sauver des vies quand on sait que les AVC sont la deuxième cause de mortalité chez les personnes de plus de 60 ans et la sixième cause de mortalité dans la tranche d’age 15-59 ans.

Source et illustration : cvrmed.com/innovation/ via oilprice.com

Le dépistage précoce de la maladie d’Alzheimer

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C’était déjà connu, la perte de l’odorat (anosmie) est liée à la dégénérescence des neurones et l’un des organes « périphériques » du cerveau, si l’on peut dire ainsi, le plus rapidement atteint par ce phénomène est le bulbe olfactif. Il en résulte ce que l’on appelle une anosmie partielle ou totale. Mais la façon d’apprécier cette perte de l’odorat était mal codifiée et ne pouvait pas être utilisée dans le cadre d’un diagnostic simple et rapide du développement des troubles cognitifs et par conséquent de la prédisposition à la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson. C’est maintenant chose faite à la suite de travaux réalisés à l’Université de Pennsylvanie. Il s’agit d’un test simple comprenant 16 odeurs différentes que le sujet doit identifier. Pour rendre cette opération rapide et fiable pour le praticien chaque odeur est présentée au patient dans des pages d’une sorte de catalogue où se trouvent énumérées 4 possibilités d’identification. Le test ne dure que quelques minutes et le patient doit, pour chaque odeur qui lui est présentée à l’aide d’un bout de papier comme ont coutume de le faire les parfumeurs dans leur atelier ultra-secret, identifier cette odeur.

Ce test a été validé en étudiant 728 adultes dont 292 étaient sains, 262 souffraient de la maladie d’Alzheimer et 174 de troubles cognitifs légers. Le test s’est révélé beaucoup plus précis que toutes les autres approches couramment utilisées pour diagnostiquer précocement la maladie. Les résultats de l’étude conduite par le Docteur David Roalf ont été pleinement concluants. Ils ont montré que les patients souffrant de troubles cognitifs légers à divers degrés allaient fatalement évoluer vers une forme plus grave de la maladie. De plus ce test s’est avéré fiable à plus de 87 %. L’équipe impliquée dans cette étude envisage de rechercher si par voie de conséquence les neurones des terminaisons olfactives ne relâcheraient pas des protéines marqueurs de la maladie qui pourraient être détectées dans les sécrétions nasales. Il s’agirait alors d’une confirmation directe de la pertinence de ce test. Après les asperges, le nez nous réserve encore des surprises …

Source : doi : 10.3233/JAD-160842

Frankenstein !

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Il s’agit d’une étude de cas comme disent les médecins mais d’un cas effrayant. Une jeune femme souffrant de douleurs abdominales fut diagnostiquée comme victime d’une crise d’appendicite. À l’examen par échographie le médecin découvrit une importante tumeur de 10 centimètres de diamètre au niveau d’un ovaire et il fut procédé à l’ablation de cette masse de chair. Jusque là tout allait bien mais quand le chirurgien entreprit une analyse détaillée de cette tumeur il était en présence d’un tératome contenant des cheveux, des fragments d’os et un cerveau miniature vaguement protégé par une ébauche de boite crânienne … Une vision véritablement cauchemardesque !

Le Docteur Shintaku du centre médical pour adultes à Shiga au Japon a confirmé que les neurones de ce petit cerveau présentaient une activité électrique et étaient donc si l’on peut dire fonctionnels. L’étymologie du mot tératome provient du grec teratos qui signifie monstre. Ce genre de tumeur est activement étudié car il s’agit de cellules différenciées provenant de cellules germinales ovariennes qui ont échappé pour une raison encore inconnue à toute régulation de la multiplication cellulaire. Dans le cas particulier de cette jeune Japonaise il s’agissait d’un oeuf non mature qui a commencé à se diviser anarchiquement comme s’il avait été fécondé. Le fait que la tumeur contienne un tronc cérébral parfaitement reconnaissable (photo de droite au dessus de la lettre A) est extrêmement rare.

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La jeune femme ne souffre d’aucune séquelle et a repris une vie normale après cette intervention chirurgicale.

Source et illustration : Neuropathology, doi : 10.1111/neup.12360

C’est officiel, notre corps possède un organe supplémentaire !

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C’est la très respectable revue médicale The Lancet qui l’affirme en fanfare, notre corps dispose d’un nouvel organe à part entière : le mésentère. Maintenant on pourra aller voir son médecin et lui dire : »Docteur, j’ai mal au mésentère ». Il vous prendra pour un fou dangereux parce que le mésentère n’est que très peu innervé.

C’est le chirurgien de la Reine Victoria, Sir Frederick Treves, qui s’intéressa tout particulièrement à cet ensemble de tissus lâches plus ou moins adipeux qui maintiennent les intestins et en assurent l’irrigation sanguine. Treves fut le premier chirurgien à pratiquer une opération de l’appendicite, d’où sa notoriété.

Maintenant que le mésentère est officiellement reconnu comme un organe à part entière, tout naturellement un nouveau chapitre de la médecine va s’écrire et décrira les fonctions nouvelles, si tant est qu’elles sont encore inconnues, de ce nouvel organe qui va être l’objet de toutes les curiosités. Ça ne changera pas la face du monde et la Terre continuera à tourner sur elle-même. Dans le domaine de la médecine on n’arrête plus le progrès …

Source et illustration : The Lancet, doi : 10.1016/S2468-1253(16)30026-7

Les drogues les plus dangereuses ne sont pas celles que l’on croit …

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La revue The Lancet a publié il y a quelques mois un article classant les diverses drogues licites et illicites selon leur degré de dangerosité pour l’utilisateur et également pour son entourage. L’alcool arrive en première place suivi de l’héroïne et le tabac est confortablement installé à la sixième position. Il s’agit d’un classement prenant en compte l’effet direct sur l’individu mais également celui parfois dévastateur sur l’entourage de ce dernier. Pour l’alcool les accidents de la route, la dégradation de la santé et les scènes de ménage ont été pris en compte dans ce classement. Mais qu’en est-il exactement de la dépendance aux drogues ? Et là c’est un peu la surprise selon cette étude !

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On trouve champion de la dépendance l’héroïne malgré son effet dévastateur par over-doses. Il faut en effet à peine plus de 5 fois la dose que s’injecte un héroïnomane pour en mourir. Or cette dépendance entraine l’utilisateur dans une spirale dangereuse et morbide car il lui faut toujours plus de drogue pour atteindre la satisfaction recherchée. Pour mémoire le marché mondial de l’héroïne est évalué à 80 milliards de dollars par an, ça laisse rêveur.

La deuxième drogue pour laquelle la dépendance apparaît rapidement est la cocaïne qui comme l’héroïne maintient le taux de sérotonine cérébrale à son maximum quoique un peu moins efficace que cette dernière drogue. Marché mondial de la cocaïne : 100 milliards de dollars par an, ça laisse aussi rêveur.

La nicotine arrive en confortable troisième place en ce qui concerne la dépendance. En 2002 (dernières statistiques disponibles) il y avait plus d’un milliard de fumeurs sur Terre, quelle quantité de CO2 et de microparticules délétères pour le climat rejetés dans l’atmosphère ! L’OMS considère qu’en 2030 plus de 8 millions de personnes passeront de vie à trépas pour avoir fumé durant leur vie. Comme l’héroïne et la cocaïne la nicotine augmente le taux de sérotonine dans le cerveau mais à peine dix fois moins que l’héroïne.

Viennent en quatrième place les barbituriques mais ces drogues qui à faible dose procurent une certaine euphorie ont été remplacés par d’autres produits de synthèse. De plus les barbituriques ne sont pas facilement accessibles sur le marché sous-terrain des drogues.

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Vient enfin l’alcool qui selon les doses peut être aussi efficace que l’héroïne pour augmenter le taux de sérotonine cérébral. Selon l’étude du Lancet une personne sur cinq ayant consommé de l’alcool devient dépendante et l’OMS estime qu’il y a plus de 2 milliards de consommateurs réguliers de boissons alcoolisées dans le monde. À consommer, donc, avec modération … Café, alcool et nicotine sont donc les drogues les plus couramment utilisées dans le monde.

Source et illustration : Lancet

Remarques sur la doxycycline

Remarques sur la doxycycline

Un de mes lecteurs très fidèles m’a envoyé directement un commentaire au sujet des « molécules de Yamanaka » qui à juste titre soulève quelques questions importantes. Tout d’abord il ne s’agit pas de molécules au sens strict du terme puisque ce sont des facteurs de transcription, en d’autres termes des outils dont dispose la cellule pour initier et/ou moduler la synthèse d’ARNs messagers ou de signal à partir d’un gène codé par l’ADN. Les modulateurs agissant sur la production de facteurs de transcription peuvent être de diverses origines. Dans les travaux relatés sur ce blog (voir le lien) les biologistes du Salk Institute ont utilisé la doxycycline, un antibiotique tétracyclique :

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Les doses utilisées lors de cette étude qui, faut-il le rappeler a été effectuée sur des souris, sont très inférieures à celles prescrites pour observer un effet antibiotique. De surcroit la posologie était de 2 jours par semaine tout au cours de la vie de la souris et non pas sur une durée relativement courte comme tout antibiotique qui est administré rarement au delà de 6 à 10 jours consécutifs, sauf situations exceptionnelles.

C’est sur ce point que peut être justifiée la remarque de mon lecteur. Connait-on tous les effets au niveau moléculaire, c’est-à-dire de l’ADN et en particulier de l’expression des gènes, des antibiotiques couramment utilisés ? Et je me pose la question moi-même ! La doxycycline utilisée en particulier pour soigner l’acné est-elle aussi anodine que le prétendent les laboratoires pharmaceutiques ? N’y aurait-il pas des effets sur le long terme ? Tous les résultats et utilisations diverses de certaines molécules de synthèse ou naturelles autorisées à la vente doivent, selon mon humble avis, être agrégés afin d’éventuellement reconsidérer leur autorisation de mise sur le marché. Si la doxycycline induit la synthèse de facteurs de transcription chez la souris, il pourrait en être de même chez l’homme. Il y a donc me semble-t-il une urgence, dès qu’un fait nouveau apparaît dans la littérature scientifique, à reconsidérer cette autorisation de mise sur le marché de certains produits de synthèse (ou naturels) dont l’usage est reconnu comme sans danger.

Voilà du grain à moudre pour les législateurs …

https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/12/27/lelixir-de-jouvence-pour-bientot-pas-si-sur/