Un vaccin contre le streptocoque B

Le dépistage systématique de la présence de streptocoque B chez les femmes enceintes par frottis vaginal suivi d’une antibiothérapie par voie intraveineuse lors de l’accouchement chez celles qui sont porteuses de cette bactérie a permis de réduire considérablement sa transmission chez le nouveau-né. Cette bactérie en apparence anodine est présente chez près de 20 % des femmes enceintes et elle peut provoquer des fausses-couches mais aussi et surtout méningite et septicémie chez le nouveau-né. Le pourcentage de femmes porteuses de cette bactérie atteint 35 % dans les Caraïbes et 11 % en Asie du Sud-Est. Les pays où l’on compte le plus grand nombre de femmes enceintes infectées sont l’Inde (2,4 millions), la Chine (1,9 million), le Nigeria (1 million) et les USA (940000).

La mise au point récente d’un vaccin financée par la fondation Bill et Melinda Gates est prometteuse dans la mesure où son efficacité est de l’ordre de 80 %, ce qui pourrait permettre d’éviter plus de 200000 infections de nouveaux-nés dont une grande majorité décède et les autres souffrent plus tard de séquelles neurologiques graves.

Source et illustration : Clinical Infectious Diseases, doi : 10.1093/cid/cix663 . GBS = group B streptocoque, stillbirth : avortement spontané, « RIP » : requiescant in pace …

Maladie d’Alzheimer : un tournant décisif dans la recherche ?

Je suis un septuagénaire encore alerte, du moins je le pense, et chaque fois que je trouve un article scientifique au sujet de la maladie d’Alzheimer j’éprouve une certaine forme d’angoisse pour ne pas dire d’effroi car cette maladie pernicieuse dégrade progressivement les capacités intellectuelles sans que l’on s’en rende vraiment compte, l’horreur ! Je me souviens d’un homme très élégant d’un certain âge qui se promenait dans la rue toujours accompagné de son chien pas très loin de mon modeste meublé à Santa Cruz de Tenerife. Son chien connaissait le parcours invariable et quotidien de son maître mais un jour je le croisai dans une rue qui ne semblait pas faire partie de son itinéraire de marche paisible et le chien paraissait particulièrement agité et tirait de manière inaccoutumée sur le cordon de cuir qui le reliait vitalement à ce monsieur. Ce vieil homme ne savait plus où il se trouvait et fort heureusement son chien fidèle le ramena chez lui. Depuis quelques mois je n’ai plus jamais eu l’occasion de le rencontrer dans la rue, sa maladie a certainement pris une tournure critique …

Tout ceci pour relater une découverte fortuite réalisée avec des souris relative à cette terrible et redoutable maladie, redoutable dans la mesure où le malade ne se rend pas compte de son évolution puisqu’il perd lui-même conscience de sa propre identité et je le répète ici pour bien signifier ma préoccupation. Deux équipes de biologistes, du Canada et de Chine, ont identifié des perturbations métaboliques hors du cerveau qui semblent induire la maladie d’Alzheimer, syndrome pourtant considéré comme strictement cérébral. En d’autres termes cette maladie apparaitrait quelque part dans le corps et la protéine défectueuse appelée beta-amyloïde qui provoque le développement de la maladie dans le cerveau migrerait vers celui-ci. Techniquement cette protéine défectueuse peut effectivement apparaître dans n’importe quel organe du corps puis traverser la barrière cérébrale insidieusement si on peut énoncer les choses ainsi et déclencher la maladie dans l’organe – le cerveau – le plus vulnérable à la beta-amyloïde du moins au niveau de ses conséquences.

Pour arriver à cette découverte surprenante mais aussi très inquiétante le Docteur X-L Bu a d’abord observé que chez des souris génétiquement modifiées pour reproduire la maladie d’Alzheimer leur sang véhiculait la protéine beta-amyloïde. Avec son équipe il a procédé à une expérience particulière consistant à greffer littéralement ce type de souris à une souris saine pour qu’il s’établisse un flux sanguin continu, en quelque sorte entre des souris artificiellement siamoises. Le résultat fut que la souris saine, c’est-à-dire non génétiquement modifiée, les spécialistes disent une souris sauvage ou « naïve », a développé très rapidement la maladie d’Alzheimer.

Cette expérience inattendue prouve que cette maladie peut très bien trouver son origine hors du cerveau. C’est terrifiant mais également porteur d’espoir car si les chercheurs arrivent à déterminer par quel mécanisme la protéine beta-amyloïde apparait par exemple dans la peau ou les intestins il se peut qu’ils découvrent un traitement efficace. En effet le problème de la fameuse barrière de perméabilité cérébrale est un facteur limitant pour l’étude de toute thérapeutique médicamenteuse susceptible sinon de vaincre cette maladie du moins de la retarder. Ces travaux parus dans le journal Molecular Psychiatry constituent donc un immense espoir pour la recherche médicale dans ce domaine.

Source : Science Alert et doi : 10.1038/mp.2017.204

Retour de la grippe aviaire ?

 

C’est un évènement étrangement passé sous silence en cette période automnale connue pour favoriser l’apparition de la grippe saisonnière : les statistiques chinoises de la santé font état depuis le début de l’année 2017 de 1600 cas de grippe H7N9 ayant provoqué le décès de 640 personnes. Ce qui est rassurant est l’absence de transmission directe entre êtres humains, du moins pour l’instant. Seules les personnes en contact avec des poulets ont souffert de cette grippe. On serait tenté d’en rester là et d’être optimiste puisque ce virus était et est toujours considéré comme peu pathogène pour l’homme. Une équipe de biologistes de l’Université de Tokyo dirigée par le Docteur Yoshihiro Kawaoka s’est procuré le virus prélevé sur les crachas d’un Chinois décédé de la grippe et a étudié le virus en détail. Pour ce faire l’ARN du virus, le support génétique et non pas un ADN, a été séquençé et le virus a été ensuite entièrement synthétisé au laboratoire. Les résultats sont particulièrement inquiétants car il est parfaitement transmissible entre furets, les animaux de laboratoires utilisés pour étudier ce virus de la famille des Influenza A. De plus il est résistant aux anti-virus traditionnellement utilisés comme le Tamiflu. Il est également hautement pathogène chez les souris et les babouins.

Ce qui inquiète les biologistes au plus haut point est la présence dans l’échantillon de deux souches de virus qui diffèrent par des mutations ponctuelles affectant le gène codant pour la neuraminidase, le « N » de H7N9, et également le récepteur du virus qui lui permet de se fixer sur les membranes cellulaires de l’hôte. Ces mutations ont été caractérisées et conduisent à une résistance du virus aux anti-viraux normalement utilisés pour juguler les grippes graves. Il est dont presque certain maintenant que ce virus est perpétuellement mutant et il suffirait d’une autre de ces mutations fortuites pour que le virus puisse alors se transmettre d’homme à homme aussi facilement qu’il est transmissible d’un furet à un autre furet bien qu’ils se trouvent chacun dans une cage séparée de quelques dizaines de centimètres lorsque ces animaux « éternuent ». Un éternuement sans précaution projète en effet des microgoutellettes à près de 2 mètres !

Les biologistes de l’Université de Tokyo, en collaboration avec une équipe de l’Université du Wisconsin considèrent qu’il est de la plus haute importance de surveiller de très près l’évolution de ce virus qui pourrait être à l’origine d’une pandémie redoutable, ce virus ayant tendance à non seulement infecter les voies respiratoires mais également de provoquer des encéphalites mortelles. Le fait que les anti-viraux connus n’aient aucun effet sur l’activité neuraminidase de ce nouveau virus mutant aggrave encore la situation.

Source : https://doi.org/10.1016/j.chom.2017.09.008

Invraisemblable, la tuberculose tue près de 2 millions de personnes par an.


En 2015, année des dernières statistiques mondiales publiées par l’OMS (organisation mondiale de la santé ou WHO), 10,4 millions de nouveaux cas de tuberculose ont été recensés entrainant la mort de 1,8 millions de décès directement liés à cette maladie. L’Inde se trouve à l’épicentre de cette catastrophe sanitaire puisque toujours la même année il y a eu dans ce pays un demi-million de morts en raison de cette maladie infectieuse pour laquelle il existe pourtant un vaccin, le BCG, dont l’efficacité a été prouvée dès 1908 par les Professeurs Calmette et Guérin à l’Institut Pasteur de Lille en France.
Le BCG reste le vaccin le plus utilisé dans le monde, 170 millions de doses sont produites chaque année, mais son efficacité requiert des « rappels » périodiques, protocole que la plupart des pays n’ont pas mis en place, et en particulier en Inde. Ce qui devait arriver … arriva. Aujourd’hui certaines souches du Mycobacterium tuberculosis sont devenues résistantes à tous les antibiotiques connus et il s’agit pour l’Inde de tenter une éradication de la maladie. Or un tel programme est immense et extrêmement coûteux puisqu’il a été évalué à 2,5 milliards de dollars par an dans ce seul pays. Il n’y a pas d’autre solution viable que la vaccination obligatoire avec des rappels périodiques, le dépistage des foyers infectieux par les personnels para-médicaux opérant dans les dispensaires, comme cette approche permit au XXe siècle de circonscrire la syphilis par simple identification des personnes porteuses de cette maladie afin qu’elles se soumettent à un traitement adéquat.
Dans la recherche de l’excellence sanitaire dans un pays comme l’Inde qui a pourtant réussi à pratiquement éradiquer la poliomyélite – aucun cas déclaré depuis 5 ans – il s’agit d’un challenge qui peut être atteint à force d’opiniatreté et de civisme.
Source : adapté d’un article paru dans The Conversation, illustration : Reuters

 

Un cas de « conscience » pour les comités d’éthique

 

Capture d’écran 2017-10-03 à 12.45.08.pngLors d’un traumatisme crânien grave à la suite d’un accident vasculaire cérébral provoqué par un choc violent ou la rupture spontanée d’une artère crânienne la victime peut se retrouver dans un état végétatif profond et durable et le corps médical ne dispose d’aucun moyen pour « ramener » le patient à la vie consciente. Au delà d’une année dans cet état les chances de guérison s’amenuisent. Cependant certains patients resteront dans un état végétatif profond alors que d’autres retrouveront une vie presque normale comme par un effet du hasard. Compte tenu des dispositions légales prises par certains pays d’Europe, et d’ailleurs, en faveur de l’euthanasie il est donc opportun d’interpeller le législateur au sujet des décisions que pourrait prendre la famille au sujet d’un patient en état végétatif prolongé. Le corps médical peut assez précisément quantifier les dommages subis par le cerveau mais il ne peut toujours pas pronostiquer un retour vers un état plus ou moins conscient du malade, les chances d’une amélioration même infime s’estompant avec le temps.

Un article paru dans le périodique Current Biology (voir le doi en fin de billet) va créer à n’en pas douter un tsunami dans les certitudes du corps médical. Un homme, accidenté de la route à l’âge de 20 ans, ayant vécu durant 15 ans dans un état végétatif qui était considéré comme irréversible a fait l’objet de travaux d’une équipe médicale de l’Institut des Sciences Cognitives Marc Jeannerod à l’Hôpital Neurologique de Lyon (France) et ce patient a récupéré quelques signes de conscience. La technique utilisée a consisté à stimuler à l’aide d’impulsions électriques répétées le nerf vague en y implantant des électrodes au niveau du thorax. Cette approche n’est pas nouvelle puisqu’elle est utilisée dans le traitement de certains cas d’épilepsie que le patient lui-même peut activer quand le dispositif de stimulation est implanté en permanence et que ce sujet ressent les signes avant-coureurs d’une crise. Les essais conduits sous la direction du Docteur Jacques Luauté ont consisté à procéder à des stimuli du nerf vague du patient durant un mois avant que quelques signes de conscience réapparaissent. Ce patient a pu ainsi répondre à des commandes simples comme ouvrir ou fermer les yeux, rester éveillé quand un assistant médical lisait un livre ou encore manifester une certaine surprise quand un visage inconnu s’approchait dans son champ visuel.

L’équipe du Docteur Luauté a alors procédé à une série d’investigations non invasives au niveau de l’encéphale du patient au cours de la période de stimulation du nerf vague et à la suite de cet épisode. Comme il s’agit d’une étude de cas sur un unique patient il est évident qu’aucun effet placebo n’a pu être pris en considération d’autant plus que la famille de ce patient alimentait le secret espoir d’une amélioration de l’état de ce dernier. Les électroencéphalogrammes détaillés et soumis à une analyse spéciale dont je ne détaillerai pas le pourquoi ni le comment avant et après stimulation du nerf vague (VNS) parce que je n’ai rien compris ont indiqué que certaines régions du cerveau de ce patient ont « récupéré », certes modestement, une activité décelable expérimentalement (weighted symbolic mutual information, wSMI) en imagerie par émission de positrons (PET-scan, figure ci-dessus) et avec les signaux électriques cérébraux theta comme l’indique la figure ci-dessous.

Capture d’écran 2017-10-02 à 17.35.30.png

Il est naturellement hors de question de généraliser cette étude à tous les cas existants de « mort cérébrale » ou d’état végétatif prolongé qui sont péniblement supportés par les familles en particulier quand il s’agit de sujets jeunes. Ces résultats obtenus sur un unique malade dont le cerveau a subi de graves sévices en particulier dans la région du cortex frontal et choisi à dessein car son cas était considéré comme irrécupérable vont donc créer quelques remous dans le Landernau des comités d’éthique. Deux questions vont se poser : faudra-t-il adopter une telle technique de simulation systématiquement ? Mais apparaîtra alors un deuxième dilemme : dans quel état se retrouvera le patient après une stimulation du nerf vague, l’équipe médicale ayant procédé à cet essai ayant exclu le facteur chance compte tenu de l’état du cerveau de ce patient … Des questions auxquelles il appartiendra au législateur de répondre car il est opportun de rappeler ici que le maintien en vie de ces patients est coûteux pour la société et très douloureux pour les familles et que les espoirs d’amélioration s’amenuisent avec les années. Un très grave problème de société est soulevé par cette étude qui va très certainement être suivie par d’autres essais cliniques dans les prochains mois et années. Avec de l’optimisme il est toujours permis d’espérer …

Source : http://dx.doi.org/10.1016/j.cub.2017.07.060

Obésité et cancer : un lien ?

Obésité et cancer : un lien ?

L’illustration ci-dessus se passe de commentaires. Ça se passe à New-York, inutile de le préciser (source Associated Press). Cette photo appelle déjà un commentaire cinglant : les femmes n’ont plus aucun respect de leur corps. Elles se laissent envahir par de la mauvaise graisse, mangent n’importe quoi et ensuite elles se plaignent auprès de leur médecin car elles ont des difficultés pour marcher – un détail, la canne – ou pour se torcher le c**, beaucoup plus prosaïquement. Je suis délibérément cru dans mon propos qui décrit parfaitement la réalité. Il en est de même pour les hommes, je ne voudrais pas être taxé de misogynie … Bref, les statistiques américaines relatives à la santé ont conclu qu’en 2014 six-cent-trente mille cancers, soit 40 % des cancers décrits et répertoriés par l’administration, avaient été provoqués par le surpoids ou l’obésité ! Il est important sinon honnête de rapprocher cette statistique d’une autre donnée tout aussi officielle : aux USA 71 % de la population souffre de sur-poids ou d’obésité pathologique. L’obésité favorise donc, si mes calculs sont exacts, l’apparition de 29 % de la totalité des cancers. Parmi les cancers liés à l’obésité on retrouve, toujours selon le NIH (National Institute of Health) douze types de ces derniers : oesophage, thyroïde, vésicule biliaire, estomac, sein, foie, pancréas, rein, ovaires, utérus, côlon et rectum. C’est beaucoup ! Mais pas autant qu’on pourrait avoir tendance à le croire en rapprochant les cas de cancers et l’obésité. Encore une étude statistique sans valeur aucune qui compare des serpillières et des mouchoirs de soie … L’obésité favorise beaucoup plus significativement les maladies cardio-vasculaires, l’apparition de diabète (avec ses conséquences variées) et divers troubles squelettiques et circulatoires. Manger avec modération est incontestablement salutaire pour la santé en général. Notre corps nous est « confié » à la naissance, alors pourquoi ne pas en prendre soin comme on prend soin de sa voiture ou de sa maison. Il s’agit d’une forme de respect fondamental de la vie, mais c’est un autre débat.

Source : ats