Grande-Bretagne : L’énergie nucléaire est nécessaire pour produire de l’hydrogène

Traduction d’un article paru sur le site World Nuclear News

Pour faciliter une décarbonisation rapide et réduire la dépendance aux combustibles fossiles, l’énergie nucléaire et les énergies renouvelables sont nécessaires pour la production d’électricité et d’hydrogène, a conclu une nouvelle étude indépendante. L’étude, réalisée par Aurora Energy Research, examine les avantages du déploiement à la fois du nucléaire et des énergies renouvelables pour la production d’hydrogène, afin de soutenir la transition énergétique et d’atteindre les objectifs climatiques du Royaume-Uni. Le rapport – intitulé « Decarbonising Hydrogen in a Net Zero Economy » – a été commandé par Urenco et a été soutenu par l’Agence internationale de l’énergie atomique, EDF et Lucid Catalyst.

Il fait suite à la stratégie du gouvernement britannique sur l’hydrogène, publiée le mois dernier. La Stratégie sur l’hydrogène indiquait que le nucléaire offrait un certain nombre d’options pour produire de l’hydrogène propre, mais ce rapport ne modélisait pas les coûts et la compétitivité de la contribution du nucléaire. « La majorité des études sur l’avenir du secteur de l’hydrogène en Grande-Bretagne se concentrent sur l’hydrogène électrolytique issu de sources d’énergie renouvelables (SER) et l’hydrogène fossile avec capture et stockage du carbone (CSC) », indique le rapport. « Le potentiel du nucléaire à participer à l’économie de l’hydrogène n’est souvent pas pris en compte en raison des coûts élevés des actifs récents et du manque d’orientation politique claire conduisant à la suspension des projets prévus.

« Cette étude examine comment le soutien politique aux nouvelles technologies nucléaires et aux modèles commerciaux pour fournir de l’hydrogène électrolytique à faible émission de carbone pourrait réduire les coûts nucléaires et des systèmes tout en réduisant la dépendance aux combustibles fossiles lorsqu’ils sont déployés aux côtés des SER sur la voie du zéro net ».

Le rapport d’Aurora utilise la suite de modélisation intégrée de l’entreprise pour capturer les interactions du marché et les impacts du déploiement des SER et du nucléaire pour atteindre le zéro net. Le scénario interne Net-Zero d’Aurora reflète tous les objectifs récents du gouvernement britannique, y compris les 40 GW d’énergie éolienne offshore du livre blanc sur l’énergie et la capture de 10 millions de tonnes de dioxyde de carbone via le CSC d’ici 2030. La capacité électrique installée devrait passer de 107 GW en 2021 à 257 GWe en 2050, portée par la croissance rapide des énergies renouvelables et la capacité de pointe. La capacité de production nucléaire passerait de 9 GW à 21 GW sur cette période. La production d’électricité passerait de 312 TWh en 2021 à 643 TWh en 2050, la production nucléaire passant de 59 TWh à 159 TWh. Parallèlement, la capacité de production d’hydrogène passerait de 5 GW à 69 GW sur la même période.

Le modèle de décarbonisation d’Aurora diffère des approches traditionnelles en ce qu’il suppose que toutes les technologies de production sans émissions sont traitées sur un pied d’égalité et rivalisent sur le plan des coûts. Après 2030, les enchères de capacité ne sont disponibles que pour les producteurs zéro carbone et les coûts nucléaires et les applications du marché sont pleinement représentés dans le modèle.

L’étude a révélé que pour faciliter une décarbonisation rapide et réduire la dépendance aux combustibles fossiles, le nucléaire et les énergies renouvelables sont nécessaires pour la production d’électricité et d’hydrogène. Ensemble, le nucléaire et les énergies renouvelables peuvent fournir les volumes d’hydrogène nécessaires pour un net-zéro en 2050. Le déploiement de grands volumes de nucléaire parallèlement aux énergies renouvelables est économiquement efficace, réduisant la valeur actuelle nette des dépenses totales du système du Royaume-Uni de 6 à 9 % (40 à 60 milliards de livres sterling ) à l’horizon 2050. Il a également constaté que la combinaison de l’hydrogène et du nucléaire conduit à des coûts compétitifs. L’utilisation conjointe de la chaleur et de l’électricité d’une centrale nucléaire pour la production d’hydrogène offre un avantage de coût important. Les émissions cumulées de gaz à effet de serre jusqu’en 2050 peuvent être réduites de 80 millions de tonnes de CO2 et la consommation de gaz sous forme d’électricité et d’hydrogène conduirait à une réduction de la consommation de 8000 TWh thermique.

Le dernier rapport fait suite à l’étude 2020 d’Aurora Hydrogen for a Net Zero GB: An Integrated Energy Market Perspective. Il note que bien que la nouvelle étude se concentre sur le Royaume-Uni, les résultats étant applicables à d’autres pays, y compris les pays en développement. « Il existe un potentiel passionnant pour combiner le nucléaire, les énergies renouvelables et l’hydrogène pour offrir une économie nette zéro », a déclaré Felix Chow-Kambitsch d’Aurora Energy Research. « Le nouveau rapport d’Aurora est la première étude du genre à démontrer comment le nucléaire peut compléter les énergies renouvelables et l’hydrogène. Atteindre les volumes d’hydrogène requis pour un net-zéro sans combustibles fossiles sera un défi sans hydrogène électrolytique issu du nucléaire et des énergies renouvelables. Un système énergétique avec une grande ambition dans l’énergie nucléaire peut réduire sa dépendance aux combustibles fossiles, réduire les émissions de carbone et réduire les coûts du système ».

« L’énergie nucléaire a clairement un rôle important aux côtés des énergies renouvelables dans la transition vers une énergie propre en soutenant une production d’électricité fiable et à faible émission de carbone et la production future d’hydrogène », a déclaré Boris Schucht, PDG du groupe Urenco. « Pour réaliser cela, nous devons débloquer les investissements, en créant un nouveau modèle de financement pour le nucléaire et un environnement de marché pour l’hydrogène. Le développement de réacteurs à haute température serait un moyen pour le nucléaire de soutenir l’hydrogène, étant donné que ces conceptions sont très efficaces pour la production d’hydrogène. « Cette dernière recherche est une étape importante pour permettre aux décideurs politiques d’ouvrir la voie à la livraison de net-zéro d’ici 2050. Nous attendons avec impatience des conversations constructives dans les mois à venir et une forte collaboration entre l’industrie et le gouvernement sur ce travail essentiel ».

Notes. Urenco est une entreprise britannique d’enrichissement d’uranium majoritairement détenue par l’Etat. Dans le scénario retenu dans le rapport Aurora les énergies dites renouvelables, moulins à vent et autres panneaux solaires, seraient entièrement dédiées à la production d’hydrogène par électrolyse de l’eau. Si la production d’électricité par ces éoliennes devait être intégrée au réseau il faudrait en effet des productions d’appui avec des turbines à gaz. Cette éventualité est donc considérée comme devant être exclue du scénario 2050. Enfin le Président de la République française a récemment déclaré que le pays devait s’intéresser au petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR) alors qu’il a obtenu autoritairement la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim et ordonné l’arrêt du projet Astrid. Peut-être confondait-il les usines de production électriques utilisant le gaz naturel pour pallier avec les SMRs à l’intermittence des énergies dites renouvelables. À l’évidence il ne sait pas de quoi il parle et sa politique énergétique est totalement erratique.

Les Britanniques se préparent à un automne difficile

Il reste quelques centrales électriques utilisant du charbon comme combustible en Grande-Bretagne et l’organisme gouvernemental qui achemine et distribue l’électricité a demandé à EDF de rallumer deux unités au charbon dans le Lincolnshire en vue de pallier à l’arrêt programmé de deux réacteurs nucléaires (Hunterston B et Dungeness B) qui ne pourront plus assurer la production de base pour assurer la stabilité du réseau. Ce lundi 6 septembre 2021 le charbon produisait encore 3,9 % de l’énergie électrique en Grande-Bretagne, 47 % provenant d’usines brûlant du gaz naturel, 1,9 % provenant des moulins à vent et 11,4 % des panneaux solaires le reste provenant du nucléaire et de quelques rares usines brûlant des combustibles dits renouvelables. La situation des Anglais risque aussi de se détériorer pour deux raisons. L’engouement pour le gaz naturel en remplacement du charbon a provoqué une flambée des prix qui se répercute sur la facture des clients finaux, qu’il s’agisse d’industriels ou de particuliers, et en raison d’une inflation latente mais qui se concrétise chaque jour le gouvernement doit jouer sur le velours.

L’augmentation du prix du gaz naturel a atteint 40 % depuis le début de l’année 2021 avec des pointes à 80 % sur le marché spot et la tendance n’est pas orientée vers la baisse. De plus la décision de fermer définitivement toutes les usines à charbon restantes à la fin de 2025, on appelle ce genre de décision une planification forcée, risque de rendre la situation ingérable au cours de l’hiver à venir, les capacités d’importation depuis le continent restant limitées, situation qui s’aggravera ensuite pour aboutir au plan californien de réduction de la consommation électrique par délestages intempestifs et imprévisibles. Voilà une belle illustration des délires des écologistes. Sans l’achèvement des travaux du gazoduc Nord-Stream-2 prévu en cette fin de mois de septembre l’Allemagne, qui a choisi une politique énergétique encore plus stupide, aurait pu se trouver dans une situation encore plus critique. Les Anglais devront attendre l’achèvement du projet Hinkley Point C qui pourrait aller plus vite que Flamanville et l’EPR finlandais puisque la Chine est partenaire de ce projet à hauteur de 30 % …

Conclusion de ce billet : on ne construit pas une maison sur du sable et on ne peut pas construire une économie moderne sur du vent …

Source partielle : Paul Homewood

Le projet fou d’ITER construit sur du sable ?

Le sable dont il est question dans ce titre dérangeant réside dans le fait que beaucoup de questions et de problèmes au sujet du fonctionnement futur de l’usine expérimentale de production d’énergie par fusion nucléaire ne sont toujours pas résolus. Alors que 22 milliards de dollars ont été déjà investis dans ce projet et que le coût total avoisinera 65 milliards pour un résultat déjà prévu comme médiocre, i y a deux points centraux qui ont été dès la phase initiale de ce projet totalement éludés : l’approvisionnement en tritium d’une part et le remplacement des boucliers de protection de la « bouteille magnétique » confinant le plasma à haute température. La meilleure combinaison pour atteindre une fusion est un mélange des isotopes de l’hydrogène appelés deutérium et tritium. La fusion de deux de ces noyaux produit de l’hélium avec une production d’énergie très importante mais aussi l’apparition d’un neutron également de haute énergie (14 MeV). L’énergie récupérable provient donc de l’énergie cinétique du noyau d’hélium (3,5 MeV) produit et de l’augmentation de la température du bouclier de protection par le bombardement neutronique. Par rapport à la fission d’un noyau d’uranium-235 c’est tout simplement ridicule. L’énergie cinétique des produits de fission, krypton-92 et baryum-141, provoque un fort échauffement des barres de combustible. Les neutrons lents non impliqués dans une autre fission chauffent également l’eau de refroidissement dans le cas des PWR ou tout autre fluide caloporteur. Avec le projet ITER il apparaît donc deux gros problèmes non encore résolus. Combien de jours ou d’années le bouclier de protection des circuits magnétiques supra-conducteurs résistera-t-il au bombardement neutronique intense, principale source de chaleur récupérable du système ? La réponse est très claire : on n’en a aucune idée ! Le simple changement de ce bouclier après par exemple 2 ans de fonctionnement satisfaisant, c’est-à-dire en récupérant plus d’énergie qu’il n’en faut pour créer le tore de plasma à très haute température, provoquera la production de 3000 tonnes de déchets radioactifs. Cette technologie n’est donc pas du tout propre comme la propagande le prétend.

Mais il y a un autre problème très préoccupant. Du deutérium il en existe dans l’eau de mer, la production d’eau dite lourde ne pose pas de problème et l’électrolyse de l’eau lourde produit du deutérium. Pour le tritium c’est une toute autre histoire. La plus grande usine au monde de retraitement des combustibles nucléaires provenant de toute une série de pays clients à la Hague en France évacue dans la Manche 11000 Tbq (tera Becquerel) chaque année soit environ 40g de tritium ! On ne va pas très loin avec de telles quantités, environ 120 litres sous forme gazeuse. L’autre technique de production de tritium consiste à bombarder l’isotope léger du lithium (Li-6) présent dans la nature avec des neutrons. C’est économiquement abordable mais complexe à mettre en œuvre. J’ai parcouru le site www.ITER.org mais ces problèmes pourtant majeurs ont l’air d’être résolus puisqu’ils ne sont mentionnés nulle part. J’émets tout de même quelques doutes mais je peux me tromper. Quand on sait qu’avec des surrégénérateurs valorisant l’uranium-238 l’ensemble de l’humanité peut disposer d’électricité à un prix abordable pendant des milliers d’années pourquoi gaspiller des fortunes pour un projet qui risque bien de se terminer par un fiasco total. D’ailleurs les Américains, contributeurs à hauteur de 9 % dans ce projet commencent à se poser de sérieuses questions …

Les critères ESG vont accélérer la misère des pays de l’Afrique sub-saharienne

Les pays d’Afrique ont besoin de sources d’énergie fiable et non de l’hypocrisie des pays riches

Au début du mois d’avril 2021, sept pays européens se sont engagés à mettre fin à leur soutien financier pour les projets de combustibles fossiles à l’étranger. Ils rejoignent les États-Unis et d’autres pays européens dans l’arrêt du financement des projets d’infrastructure énergétique dans les pays pauvres qui dépendent du charbon, du gaz et du pétrole. Cette interdiction entraînera la pauvreté dans des régions telles que l’Afrique subsaharienne, mais n’aura que peu d’impact sur les émissions de carbone du monde.

L’Afrique représente environ 17% de la population mondiale, mais moins de 4% des émissions de carbone annuelles. Il n’est pas loyal que les pays riches luttent contre le changement climatique en pénalisant le développement des pays à faible revenu au nom de la résilience climatique. Au lieu de cela, les pays riches devraient aider les gouvernements africains à poursuivre un large éventail de sources d’énergie pour un développement rapide et durable.

L’infrastructure faisant appel aux combustibles fossiles qui existe déjà en Afrique est à forte intensité de carbone et sert à ses pays les plus riches. L’Afrique du Sud et plusieurs pays d’Afrique du Nord ont ensemble les deux tiers de la capacité de génération d’électricité du continent. Les 48 autres pays ont une capacité de 81 gigawatts entre eux, sur un total de 244 gigawatts pour le reste de l’Afrique et 9 740 Gigawatts pour le monde. L’Ethiopien moyen ne consomme que 130 kilowatt-heure d’électricité par an, soit le montant qu’un citoyen des États-Unis consomme en 4 jours.

Ce déséquilibre est à la fois une cause et une conséquence du manque d’infrastructures modernes en l’Afrique. Pour des centaines de millions de personnes sur ce continent, l’énergie est rare, la nourriture coûte cher et est souvent importée, et un emploi à temps plein est difficile à trouver. Une grande partie de ce qui est nécessaire au développement – routes, écoles, logements, énergie fiable – ne peut être réalisée rapidement avec une énergie décarbonée dite verte uniquement.

Le gaz naturel est un combustible fossile, mais il pourrait contribuer considérablement pour sortir efficacement les communautés de la pauvreté. Il est à peu près deux fois plus efficace du point de vue des émissions de carbone qu’une source d’énergie comme le charbon et est abondant dans de nombreux pays africains hors de l’Afrique du Nord, y compris le Nigéria, le Mozambique, l’Angola et la République démocratique du Congo. Le Energy for Growth Hub, un réseau de recherche international, estime que si les 48 pays triplaient leur consommation d’électricité la nuit grâce à une utilisation du gaz naturel, les émissions de carbone résultant représenteraient moins de 1% du total mondial.

Le gaz naturel offre également le meilleur moyen de moderniser la production et le transport de la nourriture. Malgré des efforts impressionnants dans les systèmes d’irrigation solaire à travers l’Afrique, le gaz naturel est toujours meilleur pour l’agriculture à grande échelle car il est fiable, peu coûteux et brûle plus proprement que d’autres combustibles fossiles. Il peut être stocké jusqu’à son utilisation. C’est l’une des meilleures matières premières pour produire des engrais synthétiques; Il peut alimenter des voitures, des bus, des camions et des navires, ainsi que des systèmes de stockage réfrigérés. Cela signifie que moins de nourriture se gâteront et les agriculteurs peuvent fournir plus de nourriture avec moins de terres.

Une interdiction des investissements non ESG dans les combustibles fossiles n’aura aucune incidence pour propulser la croissance des énergies renouvelables en Afrique car cette croissance est déjà en cours. L’électricité pour l’Éthiopie, le Kenya, le Malawi, le Mozambique et l’Ouganda – qui représentent ensemble un cinquième de la population de l’Afrique – provient principalement de ressources renouvelables telles que l’énergie hydroélectrique. De plus, le développement des combustibles fossiles peut être utilisé comme des sources renouvelables, posant les bases pour des projets plus ambitieux. Une thèse de doctorat soutenue en 2020 a révélé que des générateurs de gaz mobiles seraient essentiels pour que l’Afrique du Sud accélère sa transition vers une électricité renouvelable, car les sources du vent et de l’énergie solaire sont trop imprévisibles si elles étaient développées. L’offre intermittente d’un grand parc éolien au Kenya a rendu très coûteux le fonctionnement du réseau de distribution électrique.

Les critiques surviendront à l’encontre de ceux qui participent au développement des combustibles fossiles. Les gouvernements locaux tenteront alors de trouver des sources d’investissement dans les énergies renouvelables mais ces gouvernements pourraient a contrario subir la pression des lobbies des carburants fossiles. On comprend ces préoccupations, mais, parlant comme défenseur de la durabilité, on comprend que les combustibles fossiles sont encore nécessaires. Les institutions financières internationales doivent donner la priorité au financement des projets énergétiques renouvelables dans la mesure du possible et les pays riches doivent investir dans la recherche et le développement qui diminueront les coûts des énergies renouvelables. Ils ne doivent pas non plus escompter le sort de la pauvreté : près de 600 millions d’Africains n’ont pas d’accès fiable à l’électricité. Dans la logique du réchauffement climatique les catastrophes naturelles et autres risques climatiques deviendront plus fréquents, la nécessité de routes, d’hôpitaux, de réseaux de puissance fiables, de systèmes d’alerte, d’approvisionnements alimentaires robustes et d’autres infrastructures nécessitant une énergie fiable deviendra alors plus préoccupante.

Plutôt que d’interdire les combustibles fossiles dans les projets de développement, l’Union européenne, les États-Unis et la Banque mondiale devraient adopter des critères de financement qui envisagent la croissance économique aux côtés de l’impact sur le climat. Par exemple, l’exploitation d’une ressource substantielle de 4200 milliards de mètres cubes de gaz naturel le long de la frontière Tanzanie-Mozambique élargirait l’accès à l’électricité et générerait des revenus indispensables dans deux pays à faible revenu et à faible développement. On peux imaginer un système à plusieurs niveaux dans lequel les pays disposant de revenus plus faibles par habitant, de faibles émissions ou d’une utilisation élevée d’énergie verte sont considérés comme plus éligibles aux projets de développement qui dépendent des combustibles fossiles. Toute infrastructure construite doit être moderne et bien entretenue, afin de réduire les déchets causés par des fuites et la nécessité de brûler le méthane dans les gisements.

La plupart des émissions de carbone entraînant un réchauffement climatique proviennent de pays riches, qui reposent toujours sur des combustibles fossiles. Ce serait la hauteur de l’injustice climatique d’imposer des restrictions aux nations les plus axées sur les infrastructures modernes et les moins responsables des défis du climat mondial.

Traduction d’un article de Vijaya Ramachandran paru dans revue Nature :

https://doi.org/10.1038/d41586-021-01020-z

Autre source : https://scholar.google.com/scholar?cluster=97184080316210347&hl=en&as_sdt=2005&sciodt=0,5

Note. Vijaya Ramachandran est une collaboratrice du Center for Global Development. Elle a également travaillé à la Banque Mondiale.

Petite expérience de physique à l’usage des climato-réalistes

Je vais deux fois par mois reconstituer mon stock d’excellentes parts de tarte fabriquées par le meilleur pâtissier de Tenerife, le meilleur car il a appris son métier en France. Je congèle ces tartes puisque j’en achète une dizaine de parts au même moment. La photo ci-dessous est celle d’une part de ces tartes que je préfère. Sur un fond de pâte brisée est déposée une couche de de frangipane dans laquelle sont inclus des raisins secs qui ont macéré au préalable dans ce que je crois être du Porto ou un autre vin d’Andalousie. En surface se trouve une couche de pâte d’amende caramélisée recouverte enfin de sucre glace. C’était pour vous mettre en appétit.

J’ai réalisé cette expérience très simple en deux étapes. Comme indiqué sur la photo la part de tarte est posé sur une fourchette à dessert et elle n’est pas en contact avec l’assiette. J’ai constaté que le fond de l’assiette se refroidissait très sérieusement. J’en ai déduit que de l’air entourant la part de tarte se refroidissait et tombait alors littéralement vers le fond de l’assiette dans un mouvement de convection. Mais je n’étais pas satisfait de cette première observation que je ne pouvais pas quantifier à moins de disposer d’un appareil de photo infra-rouge.

J’ai réalisé la même phase de décongélation quelques jours plus tard d’une autre part de tarte identique en prenant cette fois la précaution de recouvrir la fourchette et l’assiette d’un film alimentaire en polyéthylène dans le but d’éliminer toute convection de l’air entourant la part de tarte qui en se refroidissant tout en réchauffant la tarte n’irait pas ensuite refroidir l’assiette. Et surprise, mais je m’y attendais un peu, le fond de l’assiette s’est également refroidi tout autant que s’il n’y avait pas eu ce film plastique. Que s’est-il passé ? La part de tarte se trouvait à la température de – 20°C et la température de l’assiette à + 25°C. Parler de thermies, de frigories n’a aucun sens puisque l’assiette est isolée par le film alimentaire et qu’il n’y a plus de convection ou de conduction directe pouvant favoriser un transfert de « froid » de la part de tarte vers l’assiette plus chaude. En réalité la part de tarte est un puits de photons infra-rouges émis par l’assiette. Certes la part de tarte émet des photons infra-rouges mais ils sont beaucoup moins énergétiques que ceux émis par l’assiette, la différence de température étant de 45°C au début de cette petite expérience. Ceux de mes lecteurs familiers de la loi de Stefan-Boltzmann trouveront que la différence de longueur d’onde entre les photons émis par le fond de l’assiette et ceux émis par la part de tarte est de 0,166 micromètres.

C’est peu me direz-vous mais savez-vous combien de photons infra-rouge votre corps émet chaque seconde ? Un adulte émet chaque seconde 45 milliards de milliards de photons de longueur d’onde d’environ 9,70 microns. Et pour l’assiette située sous la tarte il en est de même à une petite différence près : l’assiette ne consomme pas d’énergie pour maintenir sa température constante comme nous le faisons à chaque instant, donc nécessairement l’assiette se refroidit : elle perd de l’énergie en émettant des photons et elle en émet d’autant plus que ces photons sont littéralement piégés par la tarte.

Il en est de même entre la surface de la Terre et les couches élevées de l’atmosphère malgré le fait que les échanges sont compliqués par des phénomènes de convection puissants et l’intervention de la vapeur d’eau qui introduit un facteur supplémentaire de transfert de chaleur. Cette petite expérience observationnelle prouve qu’il ne peut pas exister de transfert d’énergie sous quelque forme que ce soit d’un corps froid vers un corps chaud. C’est pourtant ce qu’avance la théorie de l’effet de serre du CO2. Pour les curieux tous les calculs figurant dans ce billet sont déduits de la loi de Wien ( https://en.wikipedia.org/wiki/Wien%27s_displacement_law ). Je tiens à remercier Valentine, étudiante en classe préparatoire aux grandes écoles d’ingénieurs, qui a effectué les calculs pour son vieux grand-père.

Cryptomonnaies : pourquoi la Chine encourage-t-elle cet engouement ?

La Chine avec sa population stabilisée à 1,39 milliards d’individus voudrait paraître le bon élèves de l’énergie propre à l’horizon 2050. C’est pourquoi le développement du programme électro-nucléaire est classé prioritaire. Après avoir sorti de la pauvreté cinq cent millions de personnes, plus que la population de l’Union européenne, en moins de 20 ans l’augmentation du niveau de vie de ce pays va inexorablement avoir pour conséquence une augmentation de la consommation d’énergie. Cette tendance va s’accélérer avec la production massive de véhicules électriques.

Mais, contrairement à ce que l’on pourrait croire en Occident, il existe un autre secteur de consommation d’énergie qui devrait préoccuper le gouvernement chinois, il s’agit des cryptomonnaies. En Europe et aux USA on croit que les cryptomonnaies ont été créées par les Occidentaux et sont utilisés par eux seuls. C’est loin d’être le cas. Le premier à avoir imaginer ce que l’on appelle maintenant la « blockchain » est un cryptographiste appelé David Chaum au début des années 1980. Il faudra près de 30 ans pour que les progrès de l’informatique permettent une concrétisation du concept de chaine de documents contenus dans un bloc d’informations crypté et certifié par un code unique, transférable et considéré comme une valeur liquide. C’est à peu près ce que j’ai compris de la « blockchain. C’est Satoshi Nakamoto qui a dans les faits introduit la blockchain en 2008 mais on ne sait pas s’il s’agit d’un individu ni même s’il s’agit d’un Japonais.

Bref, la blockchain est devenue un véritable sport national en Chine, une sorte d’échappatoire à la main-mise de l’Etat central sur les individus, une bouffée d’oxygène idéologique. L’essor des cryptomonnaies chinoises est devenu tel qu’il représente aujourd’hui plus de 65 % de toutes les transactions cryptées du monde. Tout le monde parle en Occident du Bitcoin mais c’est un nain par rapport au Poolin, la cryptomonnaie la plus populaire de Chine suivie par AntPool, une émanation lointaine d’Alibaba, le plus grand groupe de commerce digital du monde fondé par Jack Ma maintenant en délicatesse avec le pouvoir central chinois pour abus de position dominante sur le marché digital. Les tribulations à la limite de la légalité d’un Elon Musk au sujet du BitCoin semblent alors totalement ridicules et tous les commentaires des analystes financiers le sont encore plus !

Curieusement ce même pouvoir central chinois laisse le champ libre aux cryptomonnaies dans ce pays pourtant dominé par le parti communiste. Il ressort que les cryptomonnaies sont devenues en Chine le nouvel opium dont les citoyens ont besoin pour vivre un quotidien le plus souvent morne et répétitif. Si un de moi-milliard de personnes ont été sorties de la pauvreté en un temps record, les estimations révèlent qu’un demi-milliard de personnes utilisent quotidiennement des cryptomonnaies aujourd’hui en Chine. Mais il y a un problème : la consommation d’électricité nécessaire pour le mining, en d’autres termes la mise en place de transactions cryptées. Aujourd’hui la blockChain consomme plus d’électricité en Chine que toute l’Italie, soit 300 TWh par an ! Qu’à cela ne tienne, la Chine construit des centrales électriques brûlant du charbon en attendant que les quelques 20 réacteurs nucléaires en cours de construction soient opérationnels, car il y a une urgence pour maintenir la population dans le calme …

Energie : l’Allemagne décide seppuku …

Après le grand tsunami du 11 mars 2011 le Japon a pris des mesures drastiques pour pallier au manque d’énergie électrique à la suite de la fermeture de toutes les centrales nucléaires du pays et de quelques centrales électriques thermiques classiques endommagées par le très puissant tremblement de terre. Une multitude d’entreprises ont choisi de s’équiper rapidement de groupes électrogènes pour ne pas surcharger le réseau gravement impacté par le manque de production d’électricité. C’est ainsi que les ingénieurs japonais de la firme Mitsubishi ont alors construit des dizaines de centrales électriques utilisant le charbon comme combustible. Ces usines ultra-modernes atteignent des rendements thermiques proches de 45 % et les équipements auxiliaires de traitement des fumées permettent de ne rejeter que de l’eau et du CO2 dans l’atmosphère, les oxydes d’azote et les poussières étant parfaitement bien piégés. En Allemagne, c’est une autre tectonique qui ravage doucement le pays et provoque un tsunami d’incohérences environnementales dans le but de sauver le climat. Outre le fait que les décisions gouvernementales prises sous la pression du parti vert, les Grüne, paraissent aberrantes depuis la fermeture de plusieurs unités de production électriques nucléaires en choisissant de développer encore plus avant l’installation de moulins à vent, la dernière décision en date révélant la totale stupidité du gouvernement allemand.

Confrontée aux remontrances répétées de la Commission européenne, l’Allemagne, plus gros « pollueur » européen car plus gros émetteur de CO2 de l’Union, a décidé de moderniser ses centrales électriques à charbon. Ce fut chose faite par Vattenfall, société suédoise gérant une grande partie du parc de production électrique allemand, quand fut décidée à la fin des années 2000 la construction de l’usine de Moorburg près de Hambourg. Cette usine comprend deux chaudières délivrant une puissance électrique de 775 MW électrique chacune avec un rendement thermique de 46,5 %. Ceci signifie que l’installation, à puissance électrique égale, émet 25 % de CO2 en moins par rapport à une installation plus ancienne. De plus les eaux de refroidissement répartissent 650 MW thermiques dans le réseau urbain de chauffage. Enfin cette installation peut être pilotée à hauteur de +/- 300 MW électriques en moins de 15 minutes afin de pallier aux fluctuations induites sur le réseau électrique par les sources d’énergie intermittentes dites « renouvelables » comme les moulins à vent géants dont on aperçoit quelques spécimens sur l’illustration.

Le plan de diminution de la consommation de charbon décidé en 2019 par le gouvernement a pris acte le premier Décembre 2020 de la fermeture à la fin de l’année 2021 de cette installation ultra-moderne quasiment neuve connectée au réseau électrique à la fin de l’année 2016 ! Comme elle appartient à 100 % à Vattenfall les contribuables allemands paieront … Les « experts » verts ont clairement indiqué que la ville et la région de Hambourg ne couraient aucun risque puisque 1600 moulins à vent d’une puissance nominale de 5 MW électriques chacun avec un facteur de charge de 20 % pourront aisément remplacer cette usine. Les contribuables allemands paieront aussi avec leur facture d’électricité l’installation de ces moulins à vent, priés d’oublier en faisant preuve de civisme que le kWh allemand est déjà le plus cher d’Europe. Le gouvernement allemand est devenu l’otage des partis écologiques et il ne respecte plus les citoyens qui, comme des moutons bien dressés pour avoir peur du CO2 (comme du SARS-CoV-2) acceptent en silence cette politique énergétique ubuesque. Dans ces conditions l’Allemagne a fait le choix de sombrer dans une profonde récession dont la conséquence sera un appauvrissement de la population et on sait comment ce genre de situation s’est terminé dans le passé, à une différence près : l’Allemagne entrainera tous les autres pays européens dans ce marasme. Le programme allemand de transition énergétique est le suivant : 1 : fin du nucléaire en 2022, 2 : fin du charbon en 2035, 3 : fin du gaz et du pétrole en totalité en 2050. Messieurs les Allemands tirez les premiers, le gouvernement français a fermé la centrale de Fessenheim et s’est trouvée dans l’obligation d’autoriser la réouverture d’urgence de 4 centrales à charbon. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes écolos qui en sont arrivés à adorer le diable CO2 …

Le grand « reset » basé sur l’énergie verte est voué à l’échec.

Avant propos. Après la pandémie coronavirale les « forces de l’ombre » ont immédiatement embrayé sur le climat et la situation préoccupante qui doit être traitée aussi efficacement que cette pandémie. Je fais de l’humour mais les chefs d’Etat européens ont insisté à l’issue de leurs négociations marathon que les capitaux débloqués pour aider les pays européens les plus fragilisés devraient respecter des « critères climatiques », je n’invente rien. On ne peut que s’attendre à de très mauvaises surprises. Ci-après figure la traduction d’un article de Gail Tverberg, une actuaire partageant en partie les thèses de Jean-Marc Jancovici au sujet de l’énergie et du pic pétrolier. On ne sait d’ailleurs pas trop si Jancovici s’inspire des thèse de Gail Tverberg ou l’inverse dans la mesure où Tverberg travaillait dès le début des années 1970 pour une compagnie d’assurance américaine, elle est donc bien plus âgée que Jancovici. Diplômée de l’Université de Chicago Tverberg s’est intéressée au cours de sa carrière à l’évolution des prix de l’énergie. Elle n’a jamais dissimulé sa sympathie pour les mouvements écologistes dont en particulier Greenpeace et elle est convaincue de l’imminence du réchauffement climatique. Ce long article que j’ai pris la peine de traduire puisqu’il ne figure nulle part en français a le mérite d’être clair et semble-t-il objectif. Pour Gail Tverberg, c’est du moins ce que j’ai compris, coronavirus ou pas, c’est le marché qui décidera et les décisions politiques ne pourront pas influer sur les tendances économiques à moins de continuer à détruire les économies occidentales. Dès lors l’épicentre mondial de l’économie se déplacera vers l’Extrême-Orient, et il est inutile de le nier c’est déjà le cas. J’ai inséré quelques remarques et précisions entre parenthèses et en italique.

Il semble qu’une réinitialisation d’une économie devrait fonctionner comme la réinitialisation d’un ordinateur : éteignez-le et rallumez-le : la plupart des problèmes devraient être résolus. Cependant, cela ne fonctionne pas vraiment de cette façon pour l’économie. Examinons quelques-uns des malentendus qui amènent les gens à croire que l’économie mondiale peut évoluer vers un avenir à énergie verte.

[1] L’économie ne ressemble pas vraiment à un ordinateur qui peut être allumé et éteint : l’économie est plutôt comparable à un corps humain mort, une fois éteinte.

Un ordinateur est quelque chose qui est fabriqué par des humains. Il y a un début et une fin au processus de création. L’ordinateur fonctionne parce que l’énergie sous forme de courant électrique le traverse. Nous pouvons couper et rallumer l’électricité. D’une manière ou d’une autre, presque comme par magie, les problèmes de logiciels sont résolus et le système fonctionne mieux après la réinitialisation qu’avant (ce qui n’est pas toujours le cas).

Même si l’économie ressemble à une construction faite par les humains, elle est vraiment extrêmement différente. En termes de physique, c’est une « structure dissipative ». L’économie ne peut « croître » qu’en raison de sa consommation d’énergie, comme le pétrole pour alimenter les camions et l’électricité pour alimenter les machines.

Le système s’auto-organise en ce sens que de nouvelles entreprises sont créées en fonction des ressources disponibles et du marché apparent des produits fabriqués à partir de ces ressources. Les anciennes entreprises disparaissent lorsque leurs produits ne sont plus nécessaires. Les clients décident de ce qu’ils achètent en fonction de leurs revenus, du montant de la dette dont ils disposent et du choix des produits disponibles sur le marché.

Il existe de nombreuses autres structures dissipatives. Les ouragans et les tornades sont des structures dissipatives. Les étoiles aussi. Les plantes et les animaux sont des structures dissipatives. Les écosystèmes de toutes sortes sont des structures dissipatives. Toutes ces choses grandissent pendant un certain temps et finissent par s’effondrer. Si leur source d’énergie est supprimée, ils échouent assez rapidement. La source d’énergie pour les humains est la nourriture de divers types; pour les plantes, c’est généralement la lumière du soleil (avec le CO2 comme aliment de base).

Penser que nous pouvons éteindre et rallumer l’économie revient presque à supposer que nous pouvons ressusciter les êtres humains après leur mort. C’est peut-être possible dans un sens religieux. Mais supposer que nous pouvons le faire avec une économie nécessite un énorme acte de foi.

[2] La croissance économique est assujettie à un modèle fini, plutôt que simplement augmenter sans limite.

De nombreuses personnes ont développé des modèles reflétant le fait que la croissance économique semble se produire par vagues ou par cycles. Ray Dalio montre un graphique décrivant sa vision du cycle économique dans un aperçu de son prochain livre « The Changing World Order ». La figure 1 est le graphique de Dalio, avec quelques annotations que j’ai ajoutées en bleu.

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Les modélisateurs de toutes sortes aimeraient penser qu’il n’y a pas de limites dans ce monde. En réalité, il y a de nombreuses limites. C’est le fait que les économies doivent contourner ces limites qui conduit à de tels cycles. Quelques exemples de limites incluent des terres arables inadéquates pour une population croissante, l’incapacité de lutter contre les agents pathogènes et un approvisionnement énergétique qui devient excessivement coûteux à produire. On peut s’attendre à ce que les cycles varient rapidement, à la fois à la hausse et à la baisse du cycle plus rapidement.

Le danger d’ignorer ces cycles est que les chercheurs ont tendance à créer des modèles de croissance économique future et de consommation d’énergie future qui sont loin d’être synchronisés avec ce à quoi on peut vraiment s’attendre. Les modèles précis doivent inclure au moins une version limitée du dépassement et de l’effondrement sur une base régulière. Les modèles de l’économie future ont tendance à être basés sur ce que les politiciens aimeraient croire ce qui se produira, plutôt que sur ce que l’on peut s’attendre à ce qu’il se produise dans le monde réel.

[3] Les prix des produits de base se comportent différemment à différents stades du cycle économique. Au cours de la seconde moitié du cycle économique, il devient difficile de maintenir les prix des matières premières suffisamment élevés pour les producteurs.

Il est communément admis que la demande de produits énergétiques sera toujours élevée, car tout le monde sait que nous avons besoin d’énergie. Ainsi, selon cette croyance, si nous avons la technologie pour extraire les combustibles fossiles, les prix finiront par augmenter suffisamment pour que les ressources en combustibles fossiles puissent être facilement extraites. Beaucoup de gens craignent que nous ne « manquions » de pétrole. Ils s’attendent à ce que les prix du pétrole augmentent pour compenser les pénuries. Ainsi, de nombreuses personnes pensent que pour maintenir un approvisionnement adéquat, nous devrions nous préoccuper de compléter les combustibles fossiles par l’énergie nucléaire et les énergies renouvelables.

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Si nous examinons les prix du pétrole (graphique 2), nous voyons qu’au moins récemment, ce n’est pas ainsi que les prix du pétrole se comportent réellement. Depuis la flambée des prix du pétrole en 2008, le gros problème est que les prix tombent trop bas pour les producteurs de pétrole. À des prix bien inférieurs à 100 dollars le baril, le développement de nombreux nouveaux champs pétrolifères n’est pas économique. Les bas prix du pétrole sont particulièrement un problème en 2020, car les restrictions de voyage associées à la pandémie de coronavirus réduisent la demande (et les prix) de pétrole même en dessous de ce qu’ils étaient auparavant.

Curieusement, les prix du charbon (figure 3) semblent suivre un modèle très similaire aux prix du pétrole, même si l’on pense généralement que le charbon est disponible en grande quantité, et que le pétrole est généralement considéré comme en état de pénurie.

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En comparant les figures 2 et 3, nous constatons que les prix du pétrole et du charbon ont atteint un sommet en 2008, puis ont fortement reculé. Le moment de cette baisse des prix correspond à la «crise de la dette» à la fin de 2008 qui est illustrée à la figure 1.

Les prix ont ensuite atteint un autre sommet en 2011, après plusieurs années de Quantitative Easing (QE). Le QE vise à maintenir le coût d’emprunt à un niveau bas, encourageant le recours à davantage de dette. Cette dette peut être utilisée par les citoyens pour acheter plus de produits fabriqués avec du charbon et du pétrole (comme des voitures et des panneaux solaires). Ainsi, le QE est un moyen d’augmenter la demande et donc de contribuer à augmenter les prix de l’énergie. Au cours de la période 2011-2014, le pétrole a pu mieux maintenir son prix que le charbon, peut-être en raison de sa pénurie d’approvisionnement. Une fois que les États-Unis ont mis fin à leur programme de QE en 2014, les prix du pétrole ont chuté brutalement (figure 2).

Les prix étaient très bas en 2015 et 2016 pour le charbon et le pétrole. La Chine a stimulé son économie et les prix du charbon et du pétrole ont pu augmenter à nouveau en 2017 et 2018. En 2019, les prix du pétrole et du charbon chutaient à nouveau. La figure 2 montre qu’en 2020, les prix du pétrole ont de nouveau chuté, à la suite de toute la destruction de la demande causée par tous les arrêts économiques provoqués par la pandémie. Les prix du charbon ont également chuté en 2020, selon Trading Economics ( https://tradingeconomics.com/commodity/coal ).

[4] Les prix bas depuis la mi-2008 semblent conduire à la fois au pic du pétrole brut et au pic du charbon. La production de pétrole brut a commencé à baisser en 2019 et devrait continuer de baisser en 2020. L’extraction du charbon devrait commencer à baisser en 2020.

Dans la dernière section, j’ai montré que le pétrole brut et le charbon ont tous deux le même problème : les prix ont tendance à être trop bas pour que les producteurs réalisent un profit en les extrayant. Pour cette raison, les investissements dans de nouveaux puits de pétrole sont réduits et des mines de charbon non rentables sont fermées ( https://www.oilandgas360.com/coronavirus-threatens-to-hobble-the-u-s-shale-oil-boom-for-years/ , https://www.argusmedia.com/en/news/2115543-china-outlines-coal-capacity-plan-for-2020 )

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La figure 4 montre que la production mondiale de pétrole brut n’a pas beaucoup augmenté depuis 2004. En fait, la production de l’OPEP n’a pas beaucoup augmenté depuis 2004, même si les pays de l’OPEP font état de réserves de pétrole élevées et, en théorie, ils pourraient pomper plus de pétrole s’ils le voulaient.

Au total, les données de BP montrent que la production mondiale de pétrole brut a chuté de 582 000 barils par jour si on compare 2019 à 2018. Cela représente une baisse de 2,0 millions de barils par jour de la production de l’OPEP, compensée par des augmentations plus faibles de la production aux États-Unis, au Canada et Russie. La production de pétrole brut devrait encore baisser en 2020, en raison de la faiblesse de la demande et des prix.

En raison de la faiblesse des prix du charbon, la production mondiale de charbon est sur un plateau cahoteux depuis 2011. Les prix semblent être encore plus bas en 2020 qu’en 2019, exerçant une pression à la baisse supplémentaire sur l’extraction du charbon en 2020.

[5] Les modélisateurs ont oublié le fait que l’extraction de combustibles fossiles disparaîtrait à cause des bas prix, laissant presque toutes les réserves et autres ressources dans le sol. Les modélisateurs ont plutôt supposé que les énergies renouvelables seraient toujours une extension d’un système alimenté par des combustibles fossiles.

Ce que la plupart des gens ne comprennent pas, c’est que les prix des produits de base sont fixés par les lois de la physique, de sorte que l’offre et la demande sont en équilibre. La demande est vraiment très proche de «l’abordabilité» (néologisme déduit de « affordability »). S’il y a trop de disparité salaire / richesse, les prix des matières premières ont tendance à baisser trop bas. Dans un monde globalisé, de nombreux travailleurs ne gagnent que quelques dollars par jour. En raison de leurs bas salaires, ces travailleurs faiblement rémunérés n’ont pas les moyens d’acheter une grande partie des biens et services du monde. L’utilisation de robots a tendance à produire un résultat similaire car les robots ne peuvent pas réellement acheter des biens et des services fabriqués par l’économie.

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Ainsi, les modélisateurs examinant le rendement énergétique de l’énergie investie (energy return on energy invested, EROI) pour l’éolien et le solaire ont supposé qu’ils seraient toujours utilisés à l’intérieur d’un système alimenté par des combustibles fossiles qui pourrait fournir un équilibrage fortement subventionné pour leur production intermittente. Ils ont fait des calculs comme si l’électricité intermittente équivaut à l’électricité qui peut être contrôlée pour fournir de l’électricité lorsque cela est nécessaire. Leurs calculs semblaient suggérer qu’il serait utile d’installer des énergies éolienne et solaire. Ce qui a été oublié, c’est que cela n’était possible que dans un système où d’autres carburants permettraient un équilibrage à un coût très bas. (EROI : https://en.wikipedia.org/wiki/Energy_return_on_investment )

[6] Le même problème de faible demande conduisant à des prix bas affecte des produits de toutes sortes. En conséquence, il est peu probable que de nombreuses ressources futures sur lesquelles les modélisateurs comptent, et sur lesquelles les entreprises dépendent pour emprunter, ne soient pas vraiment disponibles.

Des productions de toutes sortes sont affectées par une faible demande et des prix de vente bas. Le problème à l’origine des prix bas semble être lié à une spécialisation excessive, à une utilisation excessive des biens d’équipement pour remplacer la main-d’œuvre et à une mondialisation excessive. Ces questions sont toutes liées aux besoins d’une économie mondiale qui dépend d’un haut niveau de technologie. Dans une telle économie, une trop grande partie de la production de l’économie est consacrée à la production d’appareils et à la rémunération de travailleurs hautement qualifiés. Il en reste peu pour les travailleurs non qualifiés.

Les bas prix de vente des produits de base empêchent les employeurs de payer des salaires adéquats à la plupart de leurs travailleurs. Ces bas salaires, à leur tour, alimentent les soulèvements que nous avons constatés ces dernières années. Ces soulèvements font partie des «Révolutions et guerres» évoquées dans la figure 1. Il est difficile de voir comment ce problème disparaîtra sans un changement majeur de «l’ordre mondial», mentionné dans la même figure.

Étant donné que le problème des bas prix des produits de base est très présent, notre capacité à produire des batteries de secours de toutes sortes, y compris la capacité de fabriquer des batteries, devrait devenir un problème croissant. Les produits de base, comme le lithium, souffrent de prix bas, tout comme les prix bas du charbon et du pétrole. Ces bas prix entraînent des baisses de leur production et des soulèvements locaux (cf. les évènements de Bolivie et https://www.benchmarkminerals.com/lithiums-place-in-chiles-social-unrest/ ).

[7] Prises isolément les énergies renouvelables intermittentes ont une utilité très limitée. Leur vraie valeur est proche de zéro.

Si l’électricité n’est disponible que lorsque le soleil brille ou lorsque le vent souffle, l’industrie ne peut pas planifier son utilisation. Son utilisation doit être limitée aux applications où l’intermittence n’a pas d’importance, comme le pompage de l’eau pour que les animaux la boivent ou le dessalement de l’eau. Personne n’essaierait de fondre des métaux avec de l’électricité intermittente parce que les métaux se solidifieraient au mauvais moment, si l’électricité intermittente disparaissait soudainement. Personne n’alimenterait un ascenseur avec de l’électricité intermittente, car une personne pourrait facilement être piégée entre les étages. Les propriétaires n’utiliseraient pas l’électricité pour alimenter les réfrigérateurs, car il est fort probable que les aliments se gâtent lorsque l’électricité est coupée pendant de longues périodes. Les feux de signalisation fonctionnent parfois, mais pas d’autres.

Le Liban est un exemple de pays dont le système électrique ne fonctionne que par intermittence. Il est difficile d’imaginer qu’un autre pays veuille imiter le Liban. Le manque d’approvisionnement en électricité fiable a contribué à l’apparition des manifestations au Liban ( https://english.alarabiya.net/en/features/2019/10/25/Daily-power-cuts-expensive-generators-Electricity-woes-spark-Lebanon-protests )

[8] Le véritable coût de l’énergie éolienne et solaire a été caché à tout le monde, en utilisant des subventions dont le coût total est difficile à déterminer.

Chaque pays a sa propre façon de subventionner les énergies renouvelables. La plupart des pays accordent à l’éolien et à l’énergie solaire une subvention de priorité. Les investisseurs reçoivent également une rémunération à taux fixe. Ces deux éléments sont des subventions. Aux États-Unis, d’autres subventions sont enfouies dans le système fiscal. Récemment, il a été question d’utiliser le QE pour aider les fournisseurs d’énergie éolienne et solaire à réduire leur coût d’emprunt.

Les journaux rapportent régulièrement que le prix de l’énergie éolienne et solaire est à la «parité du réseau», mais ce n’est pas du tout comme si on comparait deux pommes dans un panier. Pour être utile, l’électricité doit être disponible lorsque les utilisateurs en ont besoin. Le coût du stockage est beaucoup trop élevé pour nous permettre de stocker l’électricité pendant des semaines ou des mois quand elle est produite.

Si nous devions utiliser l’électricité intermittente comme substitut aux combustibles fossiles en général, nous aurions besoin d’utiliser l’électricité intermittente pour chauffer les maisons et les bureaux en hiver. Le soleil est abondant en été, mais pas en hiver. Sans stockage, on ne peut même pas compter sur les panneaux solaires pour fournir aux propriétaires de la chaleur pour préparer le dîner après le coucher du soleil le soir. Une quantité incroyablement gigantesque de stockage serait nécessaire pour stocker la chaleur de l’été à l’hiver.

La Chine précise qu’elle dispose de 42 milliards de dollars de subventions non remboursables pour l’énergie propre, et ce montant augmente chaque année. Les pays s’appauvrissent maintenant et les impôts qu’ils peuvent percevoir sont moins élevés en raison de l’appauvrissement des populations. De ce fait leur capacité à subventionner un système électrique coûteux et peu fiable disparaît. ( https://www.bloombergquint.com/technology/china-has-a-42-billion-clean-energy-debt-and-it-s-getting-worse ).

[9] L’énergie éolienne, solaire et hydroélectrique ne représente aujourd’hui qu’un peu moins de 10% de l’approvisionnement énergétique mondial.

Nous nous faisons des illusions si nous pensons que nous pouvons nous en sortir avec un si petit approvisionnement énergétique total.

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Peu de gens comprennent ce qu’une petite part de l’énergie éolienne et solaire du monde fournit aujourd’hui. Les montants indiqués à la figure 6 supposent que le dénominateur est l’énergie totale (y compris le pétrole, par exemple) et pas seulement l’électricité. En 2019, l’hydroélectricité représente 6,4% de l’approvisionnement énergétique mondial. Le vent représente 2,2% et le solaire 1,1%. L’ensemble des trois représente 9,7% de l’approvisionnement énergétique mondial.

Aucun de ces trois types d’énergie n’est adapté à la production d’aliments. Le pétrole est actuellement utilisé pour labourer les champs, fabriquer des engrais, des herbicides et des pesticides, et pour transporter les produits de l’agriculture réfrigérés jusqu’au marché.

[10] Peu de gens comprennent à quel point l’approvisionnement énergétique est important pour donner aux humains le contrôle sur d’autres espèces et agents pathogènes.

Le contrôle d’autres espèces et agents pathogènes a été un effort en plusieurs étapes. Ces dernières années, cet effort a impliqué des antibiotiques, des antiviraux et des vaccins. La pasteurisation est devenue une technique importante dès les années 1800.

Le contrôle humain sur d’autres espèces a commencé il y a plus de 100 000 ans, lorsque les humains ont appris à brûler de la biomasse pour de nombreuses utilisations, notamment pour la cuisson des aliments mais aussi pour effrayer les prédateurs ce qui a conduit à la destruction de forêts entières pour améliorer leur approvisionnement alimentaire. Dans mon article de 2018, « Supplemental energy puts humans in charge », j’ai exposé les preuves de l’importance du contrôle du feu par les humains. Dans les couches inférieures d’une grotte en Afrique du Sud, les grands félins étaient les dominateurs : il n’y avait pas de dépôts de carbone provenant du feu et des os humains rongés étaient dispersés autour de la grotte. Dans les couches supérieures de la même grotte, les humains avaient clairement pris le contrôle de l’espace. Il y avait des dépôts de carbone provenant de feux et des os de grands félins qui avaient été rongés par les humains étaient éparpillés autour de la grotte ( https://ourfiniteworld.com/2018/08/02/supplemental-energy-puts-humans-in-charge/ ).

Nous avons affaire au COVID-19 aujourd’hui. Les hôpitaux d’aujourd’hui ne sont possibles que grâce à un mix énergétique moderne. Les médicaments sont très souvent fabriqués à partir de pétrole. Les équipements de protection individuelle sont fabriqués dans des usines du monde entier et expédiés là où ils sont utilisés, généralement en utilisant du pétrole pour le transport.

Conclusion

Nous semblons en effet nous diriger vers une grande réinitialisation. Cependant, il y a peu de chances que l’énergie verte puisse jouer le plus qu’un petit rôle. Les dirigeants sont souvent confus dans leurs décisions en raison de la modélisation erronée qui a été effectuée. Étant donné que l’approvisionnement mondial en pétrole et en charbon semble décliner à court terme, les chances que la production de combustibles fossiles augmente un jour aussi haut que les hypothèses formulées dans les rapports du GIEC semblent très minces.

Il est vrai que certains appareils à énergie verte peuvent continuer à fonctionner pendant un certain temps. Mais, alors que l’économie mondiale continue de se dégrader, il sera de plus en plus difficile de fabriquer de nouveaux équipements d’énergie renouvelable et de réparer les systèmes existants. On peut s’attendre à ce que les prix de gros de l’électricité restent très bas, d’où la nécessité de continuer à subventionner les énergies éolienne et solaire.

La figure 1 indique que nous pouvons nous attendre à davantage de révolutions et de guerres à ce stade du cycle. Au moins une partie de ces troubles sera liée aux bas prix des produits de base et aux bas salaires. La mondialisation tendra à disparaître. La réparation des lignes de transport de l’électricité deviendra un problème croissant, tout comme de nombreuses autres tâches associées à la disponibilité de l’approvisionnement en énergie.

Source : https://ourfiniteworld.com/2020/07/17/why-a-great-reset-based-on-green-energy-isnt-possible/

Commentaire de votre serviteur. L’exposé de Gail Tverberg est sans appel. Sa conclusion est effrayante mais on n’est pas obligé d’y croire. Je reste optimiste quant à un sursaut de sagesse et de lucidité de la part du monde politique qui selon cette conclusion devrait craindre pour son avenir car à un moment ou à un autre les peuples se retourneront contre les politiciens. Mes lecteurs savent que je suis un fervent partisan de l’énergie nucléaire or Gail Tverberg ne mentionne jamais cette source d’énergie électrique dans son exposé. De mon point de vue un « grand reset » énergétique consisterait en une décision de dimension mondiale pour développer à une vitesse accélérée l’énergie nucléaire en privilégiant les « SMR », petits réacteurs nucléaires modulaires, adaptés aux réseaux d’électricité existants. Des organismes intergouvernementaux tels que l’IAEA pourraient voir étendre leurs missions pour contrôler le cycle du combustible ainsi que la sécurité des installations. Sans développement massif de l’énergie nucléaire l’humanité signe son arrêt de mort en se donnant les moyens d’éviter le scénario catastrophe de Ray Dalio (fig. 1) car l’énergie nucléaire est la seule alternative plausible d’autant plus qu’avec le développement attendu des réacteurs à neutrons rapides les réserves en uranium et thorium permettraient à l’humanité de vivre avec les standards de vie actuels pendant des dizaines de milliers d’années. La notion de « monde limité » (finite world) revêt alors une signification contestable.

 

Transition énergétique : encore plus d’impôts et de taxes !

Alors que le parti vert-pastèque a « pris le pouvoir » dans plusieurs grandes villes françaises et que le gouvernement rajoute une couche de la même couleur sur l’orientation politico-écologiste de la fin du quinquennat de Macron avec cette mascarade dite « citoyenne » du comité des 150, une véritable caricature de démocratie, dans le but de taxer encore et encore les classes moyennes et les sans-dents des provinces roulant dans de vieilles diesel en fumant une gauloise, la situation est tout aussi préoccupante en Grande-Bretagne et le Brexit n’y est pour rien.

Le monde politique britannique est plus pragmatique et plus réaliste. Boris Johnson sait qu’il y a de plus en plus de sujets de Sa Majesté faisant partie maintenant d’une sous-classe sociale pudiquement appelée les « pauvres énergétiques ». Ce sont des ménages qui, l’hiver, choisissent de ne pas chauffer leur logement pour pouvoir se nourrir et de circuler à pied ou en vélo (quand ils peuvent s’en offrir un) sur de longues distances car ils n’ont plus les moyens financiers de posséder une voiture. Cette classe sociale est déjà soumise à une multitude de taxes mises en place sous la pression du lobby écologiste dont l’objectif final est « zéro émissions de carbone ». Les taxes sur le gaz naturel domestique et le gasoil destiné au chauffage des logements représentent 3 milliards de livres sterling par an. À ces taxes il faut ajouter une contribution des consommateurs d’électricité de 10 milliards de livres pour la promotion des énergies vertes. À ces mêmes taxes il faudra ajouter 2,5 milliards de nouvelles taxes dites « taxes carbones » dont la mise en place est planifiée pour la fin de l’année 2020. L’ensemble de ces taxes, au final, va complètement effacer la suppression de la contribution de la Grande-Bretagne au budget de l’Europe consécutive au Brexit.

La situation fiscale du Royaume-Uni vérifie le vieil adage qui dit qu’il est facile de créer un nouvel impôt mais qu’il est toujours très difficile de le supprimer. En ce qui concerne l’agriculture les exploitants agricoles vont devoir payer à hauteur de 300 millions de livres par an un impôt spécial sur les émissions de gaz à effet de serre et le diesel pour les machines agricoles ne sera plus détaxé le premier janvier 2021. La pompeuse « Commission Zéro Carbone », un influant lobby vert britannique (lire ci-après) considère qu’en ce qui concerne l’agriculture ce sont les consommateurs qui adopteront des régimes alimentaires « bas carbone » (je ne sais pas ce que cela signifie) et mettront en place des circuits courts de distribution de l’alimentation. J’aimerais avoir des éclaircissements sur la distribution de denrées alimentaires directement du producteur au consommateur dans une agglomération comme celle de Londres …

L’industrie et le commerce ne sont pas en reste. En dehors des secteurs industriels gros consommateurs d’énergie, la grande majorité de l’industrie et du commerce seront affectés par les taxes « vertes » à hauteur de 2 milliards de livres de nouvelles taxes « carbone » par an. Afin d’éviter que les pays étrangers d’où sont importés des biens de consommation courante et des pièces destinées à l’industrie manufacturière nationale considèrent que le gouvernement britannique a mis en place des taxes douanières, ces dernières ont été renommées « taxes carbone » sur les émissions de carbone délocalisées. Peut-être que la France et d’autres pays de l’Europe continentale devraient s’inspirer des Anglais pour stimuler la « relocalisation » de leurs industries manufacturières. Je reste franchement rêveur sur ce dernier point.

Le Premier Ministre Boris Johnson s’émeut du danger que représentent toutes ces taxes dans le cadre de la reprise économique de l’après-Covid, situation qui pourrait également compromettre son avenir politique.

Note. En dépit de son nom la « Zero Carbon Commission » n’est pas un organisme officiel. Ses membres comprennent John Sauven, Directeur exécutif de Greenpeace UK, Georgia Berry, Directrice de la communication de OVO, le deuxième plus grand distributeur d’électricité et de gaz naturel de Grande-Bretagne, la Baronne Bryony Worthington, activiste climatique célèbre, le Professeur Fankhauser de l’Institut Grantham du changement climatique, le Professeur Ekins de l’institut des ressources renouvelables de l’University College de Londres, le Docteur Rhian-Mari Thomas du groupe de pression bancaire du Green Finance Institute, Lord Turner, ancien président du Commitee on Climate Change et Nick Butler ancien vice-président de BP : http://www.publicfirst.co.uk/new-report-for-the-zeroc-commission.html

Nouvelles du Japon. Énergie : ce sera le charbon !

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Au Japon il n’y a ni pétrole, ni charbon ni uranium. Le pays est dépendant à 100 % des pays étrangers pour son approvisionnement en énergie. Certes il existe dans les profondeurs océaniques des hydrates de méthane et les Japonais sont pionniers dans la mise au point de l’exploitation industrielle de ce gisement (voir lien en fin de billet) mais il faudra encore attendre au moins dix ans pour que la technique d’exploitation de ce type de gisement devienne économiquement rentable.

Pour l’instant l’urgence du Japon est de produire une énergie à un prix abordable pour l’industrie et les secteurs tertiaire et résidentiel. Après le grand tsunami du 11 mars 2011 la production d’énergie électrique d’origine nucléaire a été fortement réduite et le Japon n’a plus d’autre choix que de mettre en œuvre des centrales électriques brûlant du charbon, la forme d’énergie fossile la plus rentable et la moins coûteuse. Tournant délibérément le dos aux accords de Kyoto, à la COP21 et à la propagande climatique douteuse de l’IPCC le Japon a donc décidé de construire 22 nouvelles centrales électriques utilisant le charbon comme combustible. Dans la région, la Chine, le Vietnam, la Corée, l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines et naturellement l’Inde ont fait le même choix et ce n’est pas un hasard puisque la Chine est le premier producteur de charbon au monde suivi par l’Inde. Viennent ensuite dans la même région l’Indonésie puis le Vietnam comme producteurs notoires. Le principal fournisseur du Japon est l’Australie, cinquième producteur mondial, qui produit 90 % de son électricité à partir de charbon. Ce pays a également tourné le dos à la COP21.

Seuls les « vieux » pays européens ont choisi de se faire seppuku en développant de manière outrancière les énergies dites renouvelables. Après la crise sanitaire de ces derniers mois l’Europe, déjà à l’agonie, va précipiter sa mort certaine avec sa politique énergétique stupide, subissant la pression des mouvements écologistes. Au Japon ce n’est pas à l’ordre du jour. Et ce pays se trouve de surcroit au sein du nouvel épicentre de l’économie mondiale.

Source : The Economist  Note. Dans la catégorie dite renouvelable la principale source japonaise est l’incinération des ordures. Il existe par exemple dans l’agglomération de Tokyo de nombreuses petites installations d’incinération utilisant les ordures ménagères et industrielles pour produire de l’électricité tout en réduisant les coûts de transport.

https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/03/12/une-avancee-decisive-dans-lexploitation-de-lhydrate-de-methane/