Le mystère du bâillement

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Si quelqu’un vous demande : »pourquoi tu bâilles ? » et que vous lui répondez en énumérant toutes les raisons de votre bâillement, faites-en vite part à l’Académie des Sciences car vous pourriez recevoir le Prix Nobel de physiologie. La science n’a toujours pas trouvé d’explication à ce comportement pratiquement universel chez les vertébrés. Dans l’utérus l’enfant commence à bâiller dès la fin du troisième mois de gestation. Tous les vertébrés se livrent inconsciemment à ce genre de rite primitif, depuis les tortues et les poissons jusqu’aux oiseaux. Le bâillement a été très bien décrit par exemple par le Docteur Robert R. Provine, spécialiste mondial de la science du bâillement, dans un fameux article paru en 2005 dans la revue American Scientist. N’importe qui peut décrire un bâillement mais de là à en élucider les causes profondes est une toute autre histoire.

Tout ce qui a pu être observé – et non pas expliqué – est que le bâillement est contagieux dès l’âge de 5 ans. Chez les bonobos ce comportement est d’autant plus « contagieux » que les individus sont proches socialement. Les chiens sont sensibles aux bâillements de leur maître mais pour les chats rien n’a pu être prouvé en ce sens.

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Les physiologistes se perdent en conjectures … Le bâillement serait une manifestation de l’empathie. En effectuant une imagerie fonctionnelle par résonance magnétique de personnes observant des petits clips vidéo montrant des personnes en train de bâiller des zones particulières du cerveau étaient activées et ces zones cérébrales seraient impliquées dans l’empathie, c’est à peu près tout.

Le rire est également contagieux et bâillement et rire feraient appel à des circuits neuronaux primitifs qui ont résisté à l’évolution. Les bâillements sont seulement plus fréquents quand on a sommeil, c’est un fait indéniable qui n’a pourtant jamais pu être vérifié scientifiquement en effectuant par exemple un électro-encéphalogramme. Les tracés ne révèlent aucune différence de l’état d’éveil avant et après un bâillement. Certains biologistes ont rapproché les bâillements à un déficit en oxygène du sang, pourtant toutes les analyses effectuées dans ce sens n’ont jamais pu formellement valider cette hypothèse. Enfin, une conséquence du bâillement est l’ouverture des trompes d’Eustache qui abaisserait la pression de l’oreille interne. Or si cette hypothèse était exacte les passagers d’un avion bâilleraient plus souvent quand l’avion change d’altitude, ce qui n’est pas le cas.

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Continuez à bailler, même aux corneilles, en vous disant que vous ne savez pas pourquoi, ce comportement est totalement inexpliqué …

Inspiré d’un article paru dans Medical News Today

Les mitochondries : de « vraies » centrales thermiques

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Mesurer directement la température d’une cellule vivante ou d’un organite sub-cellulaire n’est pas possible car il n’existe pas d’appareillage microscopique pour effectuer une telle opération. Pourtant le Docteur Satoshi Arai de l’Université Waseda de Tokyo a découvert une sonde fluorescente capable de donner une indication précise de la température intracellulaire et il a découvert en collaboration avec des biologistes de l’Université de Séoul et un institut de recherche de Singapour quelque chose d’incroyable, les mitochondries, ces petites centrales de production d’énergie pour la cellule chauffent quand elles fonctionnent à plein régime. L’illustration ci-dessus est un résumé de la publication initiale de ces travaux tout à fait innovateurs : la sonde fluorescente appelée « mito-thermo-yellow » se fixe préférentiellement dans ce qui est appelé l’espace matriciel de la mitochondrie, là où a lieu la production d’énergie, et plus « il y fait chaud » plus la sonde perd de sa fluorescence. Le Docteur Arai a parlé de nanothermomètres pour qualifier cette découverte.

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Sans jeu de mot on peut dire que ces travaux constituent un sujet chaud car les applications biomédicales sont nombreuses, en particulier dans le domaine de la localisation et de l’ablation de tumeurs cancéreuses, la plupart d’entre elles étant plus « chaudes » que le reste de l’organisme. Il fallait néanmoins confirmer dans le détail ces travaux et c’est maintenant chose faite. Une équipe de biologistes de l’hôpital Robert Debré à Paris dirigée par le Docteur Pierre Rustin s’est penchée sur la réponse de ce nanothermomètre avec des mitochondries à l’intérieur de fibroblastes en culture, donc dans des conditions proches de celles de l’organisme. Et effectivement la découverte du Docteur Arai a été pleinement confirmée : quand les mitochondries consomment de l’oxygène, autrement dit quand elles produisent de l’énergie dans des conditions optimales, leur température interne peut atteindre 10 °C de plus que celle de la cellule elle-même maintenue à la température physiologique de 37 °C. Il existe toutes sortes d’outils chimiques pour explorer le fonctionnement des mitochondries et toutes les vérifications ont été effectuées afin de confirmer que l’élévation de température est bien corrélée à la respiration qui est elle-même étroitement dépendante du flux d’électron le long de ce que les spécialistes du métabolisme énergétique appellent la « chaine respiratoire ».

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Ces travaux bousculent et remettent littéralement en question les travaux réalisés précédemment avec les mitochondries. Pour ma part, j’ai étudié durant de nombreuses années des mitochondries isolées et jamais personne dans le laboratoire aurait eu l’idée de les étudier à une température de 50 °C, c’est carrément brûlant ( ! ), et pourtant de telles conditions sont plus proches de la réalité physiologique. Il est donc maintenant évident que les mitochondries se trouvent au centre de la régulation de la température du corps pour les animaux dits à sang chaud dont nous faisons partie, leur rôle étant donc de fournir de la chaleur outre de l’énergie sous forme d’ATP.

D’autre part ces résultats font apparaître enfin l’extrême sensibilité des mitochondries aux phénomènes oxydatifs délétères pour la santé cellulaire qui sont probablement accélérés à de telles températures. Il paraît évident que la moindre perturbation de la régulation de ces réactions chimiques parasites conduit à de graves troubles physiologiques dont on cerne déjà les conséquences, en particulier dans les processus de développement des maladies neuro-dégénératives. Tout un pan de la biologie doit donc être revu à la lumière de la confirmation des réelles conditions opérationnelles des mitochondries.

Sources et illustrations :10.1101/133223 et S. Arai Chem Commun, 51, 8044 (2015)

L’eau : un véhicule pour des virus pathogènes ?

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Pour étudier l’espérance de vie des virus dans l’eau, une préoccupation sanitaire majeure dans le monde entier, des biologistes se sont intéressé à la survie de divers virus de l’herpès du cheval comme modèle d’étude. Ce genre d’approche peut être parfaitement transposé à l’homme car le virus de l’herpès humain est très proche de celui du cheval. Il y a aussi un aspect intéressant au niveau vétérinaire car parmi les neuf types de virus équin des recombinaisons entre le type 1 et le type 9 font apparaître un autre type qui devient pathogène pour toutes sortes d’animaux, depuis l’ours polaire jusqu’au rhinocéros.

Selon l’acidité, la salinité, la température et la charge en matières organiques de l’eau, le virus peut survivre sans encombre dans l’eau au delà de trois semaines. Jusqu’à ce travail publié dans la revue Nature Scientific Reports (voir le doi, en libre accès) seuls les virus susceptibles de contaminer l’eau avaient été étudiés, des virus comme les entérovirus par exemple dont le plus connu est celui de la poliomyélite. Pour d’autres agents pathogènes, l’eau n’était pas considérée comme un véhicule pour ces derniers. Ce résultat remet donc en question les précautions d’hygiène à prendre par exemple dans les piscines publiques car il y a tout lieu de penser que le virus de l’herpès humain peut se transmettre facilement par l’eau.

Source : Nature, doi : 10.1038/srep46559 illustration virus de l’herpès humain (Wikipedia)

Revoir aussi : https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/05/17/nager-en-piscine-cest-bon-pour-la-sante/

Pourquoi la poitrine reprend sa taille normale après l’allaitement

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Toutes les femmes qui ont porté puis nourri au sein un ou plusieurs enfants le savent, leur poitrine grossit durant leur grossesse puis à la fin de l’allaitement celle-ci diminue de volume (illustration ci-dessus : poitrine de femme enceinte, source Wikipedia). Mais que se passe-t-il au juste au niveau des glandes mammaires pour que la poitrine retrouve sa taille d’avant la grossesse ? C’est une question pas si anodine qu’il n’y paraît que s’est posée une équipe de biologistes de l’Université de Manchester car il existe des troubles chez certaines femmes dans le processus de retour à une taille normale de leur poitrine à la fin de l’allaitement mais aussi dans diverses situations physiologiques car l’organisme entier doit sans cesse créer de nouvelles cellules et également éliminer celles qui sont mortes. Le décryptage de l’élimination du surplus de cellules des glandes mammaires constitue donc une bonne approche pour comprendre cet aspect général du renouvellement cellulaire d’un quelconque organe de notre corps.

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Comme l’indique ci-dessus le résumé graphique des travaux réalisés et parus dans la revue Developmental Cell (voir le doi et en accès libre car sponsorisé par la fondation Wellcome) les macrophages, ces lymphocytes sanguins mangeurs de détritus, prennent en charge les cellules mortes (apoptotic cell) de la glande mammaire (dans l’illustration entourant le canal de sécrétion, la lumière, entourée de cellules sécrétrices de lait dites luminales) mais ce mécanisme doit être finement régulé afin d’éviter une dégénérescence de la totalité de la glande mammaire. La femme est en effet programmée pour porter plusieurs enfants comme la plupart des mammifères, et la poitrine doit être capable de subvenir aux besoins nutritionnels d’un futur enfant après avoir été nettoyée des cellules devenues inutiles à la fin de la lactation. Les macrophages ne suffisent pas pour mener à bien ce rôle de nettoyeurs et les cellules myo-épithéliales leur donnent un petit coup de main si on peut dire les choses ainsi.

La régulation de cet évènement appelé involution est critique pour maintenir la glande mammaire dans un état opérationnel futur et cette régulation est sous le contrôle d’une protéine dite « signal » appelée Rac-1 dont le rôle central a été mis en évidence en annihilant son expression chez des souris. La première portée de souriceaux de ces souris se porte presque bien mais il se passe déjà quelque chose de pas normal car ils n’arrivent pas à atteindre le même poids que des souriceaux témoins. Par contre pour la deuxième portée c’est la catastrophe car les glandes mammaires sont devenues incapables d’excréter correctement du lait, de plus défectueux dans sa composition, et tous les souriceaux meurent de malnutrition. Le Rac-1, cette protéine signal exprimée dans tous les tissus, joue donc un rôle central dans la reconfiguration de la glande afin d’assurer à la descendance suivante un apport optimal en lait. En son absence les canaux d’excrétion se remplissent de cellules mortes car la machinerie d’élimination de ces dernières est devenue totalement inefficace. Non seulement les macrophages n’ont pas fait leur travail mais les cellules myo-épithéliales sont devenues également inopérantes. Un désastre !

Comme quoi notre organisme est sous l’influence d’une myriade de systèmes de régulations liés les uns aux autres dans une harmonie extraordinaire et le moindre grain de sable, une petite mutation sur le gène d’une petite protéine, et tout se dérègle.

Source : Developmental Cell, doi : 10.1016/j.devcel.2016.08.005

Un tout petit pas vers la production « bio » d’ammoniac.

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La production industrielle d’ammoniac catalysée par des oxydes de fer selon le procédé Haber-Bosch (1909) requiert de fortes pressions, 200 bars, et des températures élevées, 450 °C, outre la production en parallèle d’hydrogène dont la principale source est le gaz naturel et la purification de l’azote atmosphérique par liquéfaction, deux postes également gros consommateurs d’énergie. Les chiffres concernant la production d’ammoniac sont éloquents : 140 millions de tonnes produites annuellement représentant 3 % des émissions de CO2 dans l’atmosphère. Le dogme du changement climatique d’origine humaine a donc stimulé la recherche dans le domaine de la production d’ammoniac à l’aide de catalyseurs d’origine biologique – des enzymes – car la nature sait très bien produire de l’ammoniac dans des conditions de température et de pression tout aussi naturelles. L’un des microorganismes candidat pour tenter de réaliser une production d’ammoniac à l’aide d’enzymes est l’Azotobacter vinelandii qui possède l’équipement nécessaire pour réaliser les deux réactions nécessaires, casser la molécule d’azote N2 extrêmement solide et produire des ions hydrogène. Il s’agit d’une nitrogénase, un enzyme fonctionnant avec du fer et du molybdène comme cofacteurs mais grand consommateur d’énergie fournie sous forme d’ATP par la cellule. L’autre enzyme fournissant les ions hydrogène H+ à partir de l’hydrogène moléculaire H2 contient deux métaux, du fer et du nickel. Pour casser une molécule d’azote il faut consommer 16 molécules d’ATP pour arriver au final à deux molécules d’ammoniac NH3 :

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Des chimistes de l’Université de l’Utah se sont donc attaqué à ce problème délicat en rassemblant dans une sorte de pile « à combustible enzymatique » d’un type nouveau d’un côté une hydrogénase et de l’autre coté une nitrogénase, les deux compartiments de cette pile étant séparés par une membrane poreuse aux ions hydrogène H+. Le compartiment hydrogénase a été enrichi en hydrogène gazeux et l’autre compartiment enrichi en azote également gazeux, le tout étant strictement isolé de tout oxygène qui détruirait instantanément ces deux enzymes. En remplaçant l’ATP par d’autres produits donneurs d’électrons cette pile enzymatique a été capable de produire de l’ammoniac et donc de casser la molécule d’azote tout en produisant – Oh surprise – un peu d’électricité puisque les électrons doivent transiter d’une des électrodes vers l’autre comme l’indique le schéma tiré de l’article paru dans Angewandte Chemie (voir le doi). Dans ce schéma MV est le méthyl viologène et PEM la membrane perméable aux ions hydrogène H+. En bleu à gauche l’hydrogénase et à droite le complexe nitrogénase.

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Il existe tout de même de gros problèmes à résoudre avant d’arriver à produire de l’ammoniac par cette approche. D’abord il faut disposer de ces deux enzymes qui sont plutôt difficiles à purifier car ils sont détruits par des traces d’oxygène. D’autre part le transfert d’électrons est assuré par de l’ATP et produire cet ATP in situ, c’est-à-dire dans la pile enzymatique elle-même, semble totalement irréaliste dans l’état actuel des connaissances biochimiques. La modélisation présentée par le Docteur Minteer devra donc attendre probablement très longtemps pour atteindre une quelconque application industrielle.

Source : Angewandte Chemie ( 10.1002/anie.201612500 ) aimablement communiqué par le Docteur Shelley D. Minteer qui est vivement remerciée ici.

Notes explicatives. Dans la plupart des cellules vivantes l’ion hydrogène H+ est produit à partir de l’eau avec apparition simultanée d’électrons et non pas de l’hydrogène gazeux. La modélisation réalisée par l’équipe du Docteur Minteer a utilisé l’enzyme hydrogénase purifié à partir de la bactérie Desulfovibrio gigas pour la beauté de la démonstration, si on peut dire les choses ainsi. Le méthyl viologène est un pigment artificiel accepteur d’électrons.

Nous sommes constitués de poussière d’étoiles …

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Carl Sagan (illustration Wikipedia), fameux astrobiologiste et auteur de nombreux ouvrages de vulgarisation scientifique, avait coutume de dire que nous sommes tous constitués de poussière d’étoiles, et c’est vrai. L’astronome Jennifer Johnson de l’Université de l’Ohio a coloré le tableau périodique des éléments en fonction de l’origine de chacun d’entre eux et je me suis amusé à digresser sur cette belle illustration dont on apprend beaucoup. Notre corps est composé de 7 octillions d’atomes (nombre qui s’écrit avec un 7 suivi de 27 zéros) que ce soit l’azote et le phosphore de notre ADN, le calcium de nos os et de nos dents ou encore le fer de notre sang … Tous proviennent de l’explosion d’étoiles massives ou naines mis à part l’hydrogène (et l’hélium) qui préexistaient dans l’univers depuis le « big-bang » datant conventionnellement de 13,8 milliards d’années. Comme notre étoile, le Soleil, ne date « que » d’environ 5 milliards d’années, il s’en est passé des choses en 8,8 milliards d’années et tous les éléments chimiques plus lourds que l’hélium proviennent d’explosions d’une (ou plusieurs) étoiles ayant précédé la naissance de notre Soleil et de son système de planètes.

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Dans ce tableau périodique aux couleurs de l’arc-en-ciel ou presque on retrouve les éléments les plus courants constitutifs de la matière vivante dans la deuxième ligne après l’hydrogène lui-même l’élément le plus abondant dans notre corps : carbone, azote et oxygène (C, N et O). Dans la troisième ligne figurent deux métaux essentiels à la vie, le sodium et le magnésium (Na et Mg) puis le silicium le phosphore, le soufre et le chlore (N° 14, 15, 16 et 17), des éléments essentiels à la vie mis à part le silicium (voir notes) et tous issus de l’explosion d’une étoile massive. Dans la quatrième ligne, les deux premiers éléments sont encore très important pour la vie, le potassium et le calcium (K et Ca). Viennent ensuite une série de métaux dits de transition dont certains jouent un rôle incontournable dans certaines activités métaboliques : le chrome (Cr, trivalent) complexé à certains facteurs à activité insulinique, puis le fer, le cobalt, le nickel, le cuivre et le zinc, tous cofacteurs d’enzymes ou de pigments. Le fer est un élément structural de l’hémoglobine, le cobalt fait partie intégrante de la vitamine B12 et le cuivre et le zinc sont impliqués dans de nombreuses voies métaboliques importantes. Le rôle biologique du brome (Br) n’est pas prouvé chez les mammifères. Dans la cinquième ligne du tableau périodique la situation est plus claire puisque deux éléments seulement se retrouvent dans notre corps, le molybdène (Mo) et l’iode (I). Le molybdène est essentiel pour certaines activités enzymatiques de détoxification et l’iode se retrouve exclusivement lié aux hormones thyroïdiennes T3 et T4.

En résumé notre corps a besoin pour vivre de 20 éléments, tous formés au cours de l’explosion d’une étoile massive ou d’une étoile dite naine blanche mis à part l’hydrogène, la mère de tous les autres éléments chimiques. Le système solaire est issu de l’explosion d’une étoile massive et tous les éléments constitutifs de la croute terrestre sont issus de cette étoile et nous-mêmes sommes finalement de la poussière d’étoile.

Surgit alors une question à laquelle il est impossible d’apporter une réponse dans l’état actuel de nos connaissances mais qui préoccupa Carl Sagan : cette étoile massive ancêtre de notre Soleil était-elle entourée d’une ou plusieurs planètes sur lesquelles apparut une forme de vie durant les quelques 8 milliards d’années précédant son explosion puisqu’on a retrouvé des molécules chimiques relativement compliquées sur des comètes ? La vie n’est-elle pas l’aboutissement d’un processus naturel quand les conditions favorables à son apparition sont réunies comme sur notre Terre ? Nous ne pouvons pas affirmer que seule notre Terre est favorable à la vie dans l’Univers.

Source : sciencealert.com

Notes. Les éléments en grisé, technetium et promethium, sont instables et n’existent pas dans la croute terrestre. Le promethium fait partie de la famille dite des « terres rares » et a été prédit comme devant exister selon le tableau périodique des éléments. L’isotope 99 du technetium est par contre produit industriellement par bombardement neutronique d’uranium 235 hautement enrichi (donc de qualité militaire) car il est utilisé dans le monde entier pour divers radiodiagnostics médicaux. C’est la raison pour laquelle cette production est étroitement contrôlée. J’ai écrit quelques billets sur les problèmes d’approvisionnement en Tc-99 sur ce blog.

La liste ci-dessus a été établie de mémoire et si je me suis un peu attardé sur le cas du molybdène c’est tout simplement parce qu’il m’est arrivé au cours de ma carrière de biologiste de m’intéresser un temps à un enzyme, la xanthine oxydase, nécessitant un atome de molybdène pour être fonctionnel. Quant au silicium, le métal le plus abondant dans la croute terrestre, il semble jouer un rôle limité dans les propriétés structurales du collagène et de l’élastine, des protéines constitutives de l’ensemble de l’organisme dont en particulier les vaisseaux sanguins ou encore la peau. L’aluminium, l’autre métal le plus abondant dans la croute terrestre, n’a paradoxalement aucun rôle biologique.

Mes lecteurs croiront que j’ai oublié le fluor et si je ne l’ai pas mentionné c’est tout simplement parce que cet élément n’a aucune activité biologique connue. L’effet supposé bénéfique du fluor sur les caries dentaires n’est qu’un artefact largement exploité par les fabricants de dentifrices. Il n’y a pas de fluor dans la dentine ni dans l’émail dentaire. Le seul effet du fluor pourrait être une conséquence de son activité inhibitrice sur les phosphatases, des enzymes pouvant être excrétés par les bactéries des plaques dentaires et attaquant éventuellement l’émail. Je sens que ma remarque risque de soulever une polémique mais j’en assume l’entière responsabilité …

Enfin il était opportun de rappeler cette citation prémonitoire de Carl Sagan datant de 1995 tirée de son livre Demon-Haunted World : Science as a Candle in the Dark traduit par mes soins le mieux possible :

 » La science est beaucoup plus qu’un corpus de connaissances. C’est une façon de penser. J’ai comme une vision du monde dans lequel vivront mes enfants et petits-enfants où l’Amérique sera une économie de services et d’information, quand la quasi-totalité des industries manufacturières aura émigré vers d’autres pays, quand des outils technologiques impressionnants seront entre les mains d’un très petit nombre, alors plus personne représentant l’intérêt public ne pourra prendre conscience de ce problème. Les gens auront perdu la possibilité d’organiser leur propre vie ou de remettre en question le rôle des responsables [politiques]. En nous raccrochant à nos boules de cristal et en consultant nerveusement nos horoscopes, notre sens critique aura décliné, nous serons devenus incapables de faire la distinction entre ce qui est bon et ce qui est vrai, alors nous glisserons presque sans nous en rendre compte dans la superstition et l’obscurantisme« .

Le texte anglais est ici : Science is more than a body of knowledge; it is a way of thinking. I have a foreboding of an America in my children’s or grandchildren’s time — when the United States is a service and information economy; when nearly all the key manufacturing industries have slipped away to other countries; when awesome technological powers are in the hands of a very few, and no one representing the public interest can even grasp the issues; when the people have lost the ability to set their own agendas or knowledgeably question those in authority; when, clutching our crystals and nervously consulting our horoscopes, our critical faculties in decline, unable to distinguish between what feels good and what’s true, we slide, almost without noticing, back into superstition and darkness.

Le pipi aux asperges

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Dans son oeuvre célébrissime Marcel Proust avait digressé sur l’odeur des madeleines mais il fit également une observation à propos des asperges assez réaliste qui changeaient « son pot de chambre en un vase de parfum » (Du côté de chez Swann, À la recherche du temps perdu, 1922). Proust faisait donc partie des 40 % de personnes capables de sentir les dérivés soufrés volatils éliminés par les reins dans l’urine, dont en particulier le thiométhane CH3-SH, après avoir mangé des asperges.

Pourquoi certaines personnes sont totalement insensibles à cette odeur particulière de leur propre urine après avoir mangé des asperges – sauce mousseline, comme c’est bon ! – était resté un mystère depuis bien avant Proust puisque Caton l’Ancien mentionnait cette odeur particulière de l’urine à l’asperge dans son traité De Agri Cultura (160 avant JC).

Ce mystère vient d’être éclairci par une équipe de biologistes de l’Université d’Harvard dirigée par le Professeur Lorelei Mucci. Il a fallu analyser en détail le génome de 6909 personnes et déterminer la relation existant entre l' »anosmie à l’asperge » et des mutations discrètes de l’ADN. Toutes ces mutations se sont révélées liées aux gènes codant pour la famille des récepteurs olfactifs qui se trouvent sur le chromosome 1. Il s’agit d’un ensemble très complexe de protéines situées dans les terminaisons nerveuses tapissant les fosses nasales et envoyant des signaux spécifiques au cerveau. Les mécanismes de détection des odeurs sont peu connus et ces travaux révèlent cette extrême complexité dans la mesure où pas moins de 871 mutations ponctuelles sont significativement liées à cette anosmie particulière au thiométhane. Il est donc aisé de comprendre que trois personnes sur cinq soient incapables de « sentir » l’odeur caractéristique de l’urine à l’asperge contrairement à Marcel Proust. En ces temps de fêtes il est opportun de noter que l’asperge contient (surtout les feuilles) des substances qui stimulent l’activité de l’alcool-déshydrogénase du foie. Cet enzyme est directement impliqué dans la prise en charge de l’alcool, comme son nom l’indique. Un bienfait inattendu des asperges ?

Sources en accès libre : Journal of Food Science, doi : 10.1111/j.1750-3841.2009.01263.x et British Medical Journal, doi : 10.1136/bmj.i6071