Les arthropodes, autres commensaux de l’homme

Depuis des millénaires l’homme a toujours cherché un gite pour se protéger. Avant d’imaginer la construction de maisons il vivait dans des grottes puis quand il se rendit compte que les demeures en bois recouvertes de chaume lui permettaient de vivre de plus en plus confortablement il utilisa d’autres matériaux comme les pierres ou encore le torchis, un assemblage de boue et de petit bois. Ce type de construction aussi appelé pisé existe toujours dans de nombreux pays d’Europe. Finalement les constructions destinées à l’habitation permanente ont été munies de fenêtres et de portes. Aujourd’hui l’homme passe beaucoup de temps dans sa maison et il a avec les siècles appris à vivre avec toutes sortes d’insectes rampants ou volants, depuis les fourmis jusqu’aux petits mille-pattes en passant par des araignées, des cloportes et des parasites.

Les populations d’arthropodes présents dans les maisons se répartissent selon l’étage, le nombre de portes donnant vers l’extérieur et le nombre de fenêtres. Une étude réalisée par une équipe de zoologistes de l’Académie des Sciences de Californie à San Francisco a montré que cette répartition ne dépendait pas de la présence d’animaux de compagnie contrairement à ce que l’on aurait tendance à croire et que la diversité diminue en fonction de l’étage de la maison. Dans les sous-sols ils ont retrouvé la plus grande diversité d’arthropodes (illustration) alors que le deuxième étage et les greniers se sont révélés plutôt plus pauvres en diversité d’insectes. Dans les pièces à vivre les tapis et les moquettes constituent de véritables microcosmes d’arthropodes dont en particulier les acariens. En passant au peigne fin – une expression parfaitement adaptée à ce type d’étude – une cinquantaine de maisons d’habitation en Caroline du Nord il est apparu que sauf exceptions les punaises de lit et les puces étaient absentes des maisons. Les arthropodes vivant dans une pièce donnée forment une sorte de communauté qui s’auto-régule.

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Les familles les plus communément rencontrées sont les araignées, les fourmis, les scarabées des tapis, les moucherons et les cécidomyies provenant de l’introduction de plantes d’intérieur. Un autre arthropode relativement commun est le pou de la farine du genre Liposcelis, beaucoup plus répandu qu’on ne le croit quand il y a de la nourriture disponible. Il s’agit d’un proche cousin du pou des chevelures. L’homme vit donc en relative harmonie avec toutes sortes d’arthropodes qui sont pour la plupart et fort heureusement inoffensifs bien que certains d’entre eux puissent occasionner des allergies. Tous ces insectes participent cependant au renforcement du système immunitaire et sont donc paradoxalement utiles pour la santé …

Source et illustrations Scientific Reports, doi : 10.1038/s41598-017-15584-2

Le thon rouge de retour près des côtes de Scandinavie

Le thon rouge de l’Atlantique Nord aussi appelé bluefin tuna en anglais (Thunnus thynnus pour les connaisseurs) avait totalement disparu des eaux bordant le nord du Danemark et le sud de la péninsule scandinave depuis plus de 50 ans non pas en raison du changement climatique (c’était de l’humour) mais parce que la pêche intense l’avait privé de nourriture. Cette espèce de thon qui peut atteindre le respectable poids de 300 kg a soudainement réapparu dans cette zone où communiquent la Mer du Nord et la Mer Baltique et une équipe de biologistes de l’Université Technique du Danemark s’est empressée de les observer et d’en marquer pas moins de 18 avec des émetteurs GPS qui vont fonctionner durant une année afin de suivre leurs trajets migratoires dans l’Atlantique. Cette opération a été financée pour partie par la commission internationale de la conservation du thon rouge de l’Atlantique Nord (ICCAT). Ces sondes GPS enregistrent donc la position des poissons mais également la profondeur et la température des eaux. Les pêcheurs ont également participé au financement de cette opération unique en son genre dans cette région du globe.

Il s’agira ensuite, selon les observation obtenues, de faire en sorte que ces thons viennent se reproduire dans ces eaux. De plus des échantillons de sang ont été prélevés sur la plupart des thons capturés à des fins scientifiques pour déterminer s’ils proviennent du Golfe du Mexique ou de la Méditerranée. Ce dernier point est important car ces deux sous-espèces de thon ont des régimes alimentaires ainsi que des habitudes migratoires différents.

Cette opération n’a pas été sans risques car les eaux dans cette partie de l’Europe sont particulièrement imprévisibles et il a fallu faire appel à la collaboration gracieuses de pêcheurs ayant une longue expérience dans le registre des poissons de plus de 100 kg. Pour information le plus gros thon rouge jamais capturé pesait 725 kg pour une longueur de 3,3 mètres. Ces thons peuvent atteindre des vitesses à la nage de plus de 80 km/h. Une femelle peut produire plus de 10 millions d’oeufs chaque année. Contrairement à la plupart des autres poissons, le thon rouge est un animal à sang chaud. Le thon rouge n’est – du moins temporairement – plus classé comme espèce vivante en danger.

Source : Technical University of Denmark (DTU).

Les forêts silencieuses de Guam

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L’archipel des Marianes comprend 4 îles principales, Guam, Rota, Tinian et Saipan. Les îles du nord furent placées sous protectorat japonais en 1919 à la fin de la première guerre mondiale lorsque le Japon occupa ces îles qui étaient alors une possession allemande depuis leur vente par l’Espagne à l’issue de la guerre entre les USA et l’Espagne qui prit fin en 1898. L’archipel des Marianes était en effet une possession espagnole depuis 1565. Les USA sortirent vainqueurs de la guerre contre l’Espagne qui leur céda l’île de Guam et les îles du nord furent vendues au Japon. En 1941, quelques jours après l’attaque de Pearl Harbor les Japonais envahirent Guam depuis l’île de Saipan. En juin 1944, les Américains, ayant « nettoyé » les îles Salomon de l’occupant japonais après de sanglantes confrontations (cf. la bataille de Guadalcanal) remontèrent vers les Marianes et attaquèrent les Japonais à Saipan puis reconquérir l’île de Guam. La bataille de Saipan fut un épisode particulièrement meurtrier et l’île est aujourd’hui très visitée par les Japonais qui viennent s’y recueillir autour des monuments commémoratifs des atrocités commises par les Américains en particulier à l’encontre de la population civile. Aujourd’hui les Marianes sont un territoire américain comme les îles Caroline et l’archipel des « petites » Samoa à l’est des îles Fiji.

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On ne sait pas comment les Américains transportèrent fortuitement un serpent arboricole, le Boiga irregularis, à la fin de la seconde guerre mondiale sur l’île de Guam, probablement en provenance d’Australie ou de Papouasie-Nouvelle Guinée, toujours est-il que ce vertébré non natif de l’île a provoqué des ravages sur l’environnement de Guam. Dix des douzes espèces d’oiseaux endémiques de l’archipel ont disparu de Guam, mais ce n’est pas tout, la forêt souffre de la raréfaction de ces oiseaux frugivores car lors de la digestion les graines sont littéralement pelées ce qui favorise la dispersion des graines et leur germination. Non seulement les forêts sont devenues silencieuses car les deux dernières espèces d’oiseaux qui ne sont pas des frugivores sont également en voie de disparition mais pratiquement aucun jeune arbre ne peut pousser correctement.

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Afin de pallier à cette situation catastrophique il n’y a pas d’autre choix que d’exterminer ce serpent ce qui est impossible à réaliser ou alors d’introduire un prédateur avec tous les risques encourus pouvant aboutir à un autre déséquilibre du biotope originel. Il existe bien un prédateur très efficace du serpent brun. Il s’agit du varan des mangroves (Varanus indicus, illustration) mais introduire cette espèce risquerait de provoquer d’autres ravages car il s’agit d’un carnivore opportuniste qui ne dédaigne aucun animal depuis les petits crocodiles jusqu’aux taupes en passant par les poissons, probablement le seul lézart pouvant atteindre un mètre de long capable d’attraper des poissons dans l’eau. Le crapaud buffle (Rhinella marina) pourrait être également une solution pour éradiquer le serpent brun mais toutes les introductions de ce prédateur très prolifique ont conduit à des désastres des écosystèmes préexistants. Enfin la lutte chimique semble être la seule méthode appropriée mais difficile cependant à mettre en oeuvre. Le serpent brun est en effet extrêmement sensible au paracétamol et des souris mortes dans lesquelles avait été introduit du paracétamol ont été larguées par milliers avec des hélicoptères au dessus des forêts de Guam il y a déjà quelques années. Il s’agit d’une opération coûteuse et de longue haleine mais quel est le prix d’une forêt silencieuse où foisonneraient à nouveau des oiseaux au chant musical et enchanteur ?

Source et illustration : Nature, doi : 10.1038/ncomms14557

Relire aussi : https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/02/26/deserpenter-lile-de-guam-un-defi-pour-les-gis/

Le parasitisme chez les oiseaux, une affaire de mémoire

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En Europe les oiseaux qui parasitent les nids d’autres oiseaux font partie de la famille des coucous et dans les Amériques c’est le « vacher » (Molothrus alter illustration ci-dessus) qui se livre à ce genre de comportement. Jusqu’à une étude récente réalisée en Argentine on ne savait pas trop comment le vacher à tête brune (en anglais cowbird) s’y prenait pour aller déposer un oeuf au bon moment dans le nid de son hôte préféré le moqueur (Mimus saturninus, illustration ci-dessous), en anglais mockingbird. Le vacher se nourrit des insectes dérangés par les bovins lorsqu’ils broutent. Or il lui faut parasiter le nid d’un autre oiseau car il se déplace avec ces ruminants et ne peut donc pas, de par son habitude alimentaire, s’occuper de sa couvée. Il dépose le plus souvent un seul oeuf dans le nid d’un moqueur qu’il a soigneusement repéré car il lui faudra déposer cet oeuf au bon moment quand le moqueur aura tout juste commencé à pondre et il faut qu’il (la femelle) s’accouple pour féconder l’oeuf et attendre de pondre cet quand sa coquille est formée.

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Pour l’anecdote le moqueur (mockingbird) est appelé ainsi car il est capable d’imiter parfaitement le chant de bien d’autres oiseaux. Pour l’anecdote encore qui ne se souvient pas de l’immense film de Robert Mulligan « To Kill a Mockingbird » avec Gregory Peck dans le rôle d’un avocat défendant un noir accusé de viol (1962). Bref, on ne sait pas trop pourquoi le vacher choisit précisément le moqueur pour le parasiter, probablement parce que ces deux oiseaux sont de taille sensiblement identique. Le coucou a plutôt tendance à parasiter le nid des pies, un oiseau de la famille des corvidés remarquablement intelligent qui ne saisit pourtant pas ce qui lui est arrivé …

Pour comprendre comment les choses se passent une équipe de zoologistes de l’Université de Buenos-Aires a capturé des femelles de vacher et les a équipées d’un tout petit émetteur qui envoie des « bips » toutes les deux secondes pendant environ trois semaines. À l’aide d’antennes réparties sur le territoire d’étude l’analyse de l’intensité des signaux et le lieu de leur provenance par goniométrie il a été possible de suivre très précisément les agissements exploratoires du vacher. Il repère les nids en construction et quand il a compris que l’un des nids était terminé cela signifiait que le moqueur allait commencer à pondre. Selon les diverses femelles étudiées, une trentaine, il est apparu comme l’indique l’illustration ci-dessous que chaque oiseau n’avait pas tout à fait le même comportement dans le temps.

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Par exemple la femelle 2681 a inspecté le nid du moqueur depuis moins de 10 mètres le jour même où la ponte a débuté (temps zéro dans l’échelle de temps) et a déposé son oeuf le lendemain (flèche orientée vers le bas). La femelle 2874 par contre a fait plusieurs visites les trois jours précédant le début de la ponte du moqueur et a curieusement attendu 4 jours pour venir parasiter le nid en effectuant quotidiennement des visites de près (moins de 10 mètres) comme de plus loin. Quant à la femelle 3850 il ne lui a fallu que deux visites pour comprendre qu’il était favorable de venir parasiter le nid deux jours après la première ponte. L’étude détaillée des allers et venues des vachers a indiqué en outre qu’ils faisaient preuve d’une mémoire spatiale et temporelle très précise car ils ne repèrent pas seulement un unique nid « parasitable » au bon moment, ils se ménagent en quelque sorte un certain choix. Enfin, à l’aide de petites caméras vidéo l’étude a également montré que le vacher ne dédaignait pas revenir inspecter le nid parasité et éventuellement détruire quelques-uns des oeufs de l’hôte pour mieux assurer la couvaison du sien. Ce comportement a fait l’objet de nombreuses études d’où il est ressorti que cette attitude est risquée puisque le vacher peut se tromper d’oeufs et également détruire le sien. Au cas où le moqueur abandonne son nid quand il a été dévasté par le vacher, ce qui n’arrive heureusement pas de manière systématique, le vacher ira alors à la recherche d’un autre nid à parasiter. Extraordinaire comportement de ces oiseaux parasites …

Source et illustration : Behavioral Ecology and Sociobiology, doi : 10.1007/s00265-016-2250-8, autres illustrations Wikipedia (en tête d’article le vacher, dans le texte le moqueur.

La sterne arctique, oiseau de tous les records !

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Aristote pensait que l’anguille sortait de terre à l’âge adulte. Ce n’est que 2000 ans plus tard que l’on découvrit que les anguilles qui remontent puis descendent les rivières d’Europe du Sud se rassemblaient dans la Mer des Sargasses au nord-est des Bermudes. Il fallut encore attendre la miniaturisation des équipements électroniques – les géolocalisateurs – et les satellites pour qu’enfin il soit démontré que les anguilles descendent effectivement les rivières, traversent le détroit de Gibraltar et se retrouvent dans cette zone particulière de l’Atlantique nord après avoir parcouru plus de 3000 milles marins. Elles frayent à plus de 1000 mètres de profondeur puis meurent. La vie précoce des jeunes anguilles reste un mystère et elles s’en reviennent par dizaines de millions sous formes de larves vers l’Europe, subissent une sorte de métamorphose en arrivant au début de l’été à l’embouchure des rivières de prédilection de leurs ancêtres sans qu’on sache encore vraiment comment elles les ont retrouvées. Les jeunes anguilles remontent alors ces rivières et elles constituent en Islande et dans le nord des Iles britanniques un met de choix pour les sternes arctiques.

Et justement ces mêmes progrès dans les équipements électroniques ultra-miniaturisés de localisation ont également permis d’étudier la migration des sternes qui viennent nidifier dans ces régions éloignées de l’Atlantique Nord au milieu du printemps. La sterne est un petit oiseau marin pesant à peine 100 grammes et elle a très mauvais caractère surtout quand elle s’occupe de sa couvée ! Je me souviens avoir été attaqué avec mon fils par une nuée de sternes dans le nord-est de l’Islande car nous avions eu la malencontreuse idée de nous promener précisément là où elles nidifiaient en groupes serrés pour prendre quelques photos. Nous étions terrifiés et avions l’impression de revivre une de ces scènes mémorables du film d’Alfred Hitchcock.

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En capturant des sternes et en attachant à l’une de leurs pattes un petit appareil électronique pesant moins d’un gramme il a pu être enfin possible de suivre la spectaculaire migration de ces oiseaux qui font quasiment l’aller-retour entre les cercles polaires arctique et antarctique chaque année. Des biologistes de l’Université de Newcastle ont ainsi pu retracer l’incroyable périple de ces oiseaux fascinants qui volent presque d’une traite en parcourant l’incroyable distance de 25000 kilomètres en se nourrissant de poissons marins à l’occasion afin d’atteindre les confins du continent antarctique pour y séjourner durant l’été austral.

La sterne est l’oiseau migrateur de tous les records puisqu’elle parcourt durant sa vie (15 à 30 ans) environ 4 fois la distance Terre-Lune !

Inspiré d’un article paru dans le Guardian, illustration Université de Newcastle. Staging area : zone de transit.

Les orques : de fins dégustateurs ?

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C’est en utilisant des chiens « renifleurs » que des biologistes sont arrivés à retrouver les excréments des orques flottant à la surface des eaux baignant l’archipel des îles San Juan situées dans le Détroit de Juan de Fuca tout près de Vancouver.

Pourquoi s’intéresser aux fientes des orques, tout simplement pour savoir de quoi ces mammifères marins, familiers des touristes qui fréquentent les parcs d’attraction marins, avec leur drôle de peau noire et blanche, se nourrissent en pleine mer. Certes l’étude parue dans le journal scientifique PlosOne et réalisée dans cet endroit particulier n’est pas représentative des habitudes alimentaires des orques du monde entier ( DOI : 10.1371/journal.pone.0144956 ) mais elle a le mérite de détailler si l’on peut dire ce que préfère l’orque au cours des saisons.

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Dans le nord-est de l’Océan Pacifique coexistent deux populations d’orques, ceux qui se nourrissent de mammifères marins, otaries et autres marsouins, et ceux qui se nourrissent de poissons. On ne sait pas trop s’ils arrivent à se rencontrer et à se lier d’amitié. Les mangeurs de poissons résident plus au sud que ceux qui préfèrent les phoques, surtout les bébés phoques, ce qui ferait bondir d’horreur BB (Brigitte Bardot). Jusqu’à ce que cette récente étude le précise on ne savait pas trop de quoi se nourrissaient ces orques « résidents » car ils restent dans les parages de cet archipel très recherché par les pêcheurs de saumon, très probablement de ce poisson, mais encore fallait-il le prouver.

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En collectant les excréments des orques il a fallu réaliser une analyse détaillée des fragments d’acide ribonucléique encore présents afin d’identifier la composition du menu de ces cétacés plutôt voraces. À l’issue de ces travaux il est apparu que les orques évoluant dans cette région se nourrissent exclusivement de saumons avec une très nette prédilection pour le saumon Chinook (Oncorhynchus tshawytscha) qui n’est pourtant pas l’espèce la plus abondante. L’analyse des acides nucléiques a aussi permis de préciser une petite variation du menu des orques au cours de l’été. Les orques ne dédaignent pas les saumons coho (O. kisutsh) en fin d’été lorsque ceux-ci s’apprêtent à remonter les rivières pour frayer. Au milieu de l’été l’espèce la plus abondante est le saumon sockeye dit aussi saumon rouge (O. nerka) qui ne se trouve que dans l’Océan Pacifique Nord-Est. Malgré la surabondance du sockeye les orques préfèrent néanmoins et toujours le chinook. Seraient-ils de fines fourchettes ?

Note : Le saumon coho est considéré comme le nec plus ultra des saumons. Pourtant les orques semblent partager l’avis des consommateurs de saumon que nous sommes puisque le saumon élevé en captivité (2,5 millions de tonnes chaque année) dans les fermes marines est essentiellement du saumon chinook !

Source : PlosOne, illustrations PlosOne et Wikipedia.

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Et dans l’ordre le chinook, le sockeye et le coho. Il faut être un pêcheur professionnel pour les différencier …

Espèces en voie de disparition : le changement climatique n’a rien à voir !

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En 2013, je relatais la mort des coraux de par le monde. Naturellement cette mort des coraux fut reprise par les médias et on accusa immédiatement le réchauffement climatique comme pour la soit-disante disparition programmée des ours polaires. Si la disparition des ours polaires n’a jamais pu être vérifiée, au contraire ils prospèrent, le blanchissement des coraux reste toujours d’actualité et on continue à incriminer l’acidification des océans comme en étant la cause première alors qu’il s’agit d’une attaque virale et ce dernier fait a été prouvé (voir le lien sur ce blog). Pour les grenouilles et autres crapauds qui disparaissent, même scénario : c’est la faute du climat, du CO2 et des activités humaines. Pas du tout et des zoologistes sérieux viennent encore de le démontrer.

On sait depuis 1998 que les amphibiens meurent en raison d’attaques fongiques (voir le lien en accès libre) et les spécialistes de l’environnement s’affairent pour tenter de sauver des espèces de grenouilles en voie de disparition dans de nombreuses régions du globe. C’est la tâche presque insurmontable à laquelle s’est consacré Jaime Bosch du Muséum National d’Histoire Naturelle espagnol dans l’île de Mallorca dans l’archipel des Baléares. Cette île est l’hôte du crapaud accoucheur (Alytes muletensis) en voie de disparition en raison de l’infection de sa peau par un champignon pathogène (Batrachochytrium dendrobatidis) qui comme son nom l’indique s’attaque spécifiquement aux batraciens. Si la peau d’un batracien perd ses fonctions de respiration et de perméabilité à l’eau, l’animal est condamné. Ce crapaud ne se trouve que dans l’île de Mallorca et la situation pouvait sembler maîtrisable puisqu’il n’existe que 5 points d’eau où ce crapaud se reproduit. La stratégie du zoologiste a consisté à récupérer des têtards au printemps dans un de ces points d’eau avant qu’ils ne soient contaminés, de les élever au laboratoire dans des conditions sanitaires exemptes de champignon et de les réintroduire à l’automne lors des premières pluies qui alimentent à nouveau les trous d’eau asséchés durant la période estivale sans pluie.

L’accessibilité aux trous d’eau situés dans des canyons profonds est malaisée et il faut parfois se faire hélitreuiller ! Espérant que les pluies laveraient des trous d’eau de tout champignon la réintroduction des crapauds pourrait réussir. Las ! Les crapauds furent à nouveau contaminés. Mais Jaime Bosch ne s’est pas découragé. Il a tenté la décontamination d’un trou d’eau avec du Virkon, du peroxysulfate de potassium utilisé pour « nettoyer » les piscines. Et après avoir réintroduit les crapauds ceux-ci se trouvèrent en parfait état. Après cinq années de travail, il ne reste plus qu’une seule mare à décontaminer sur l’île et Mallorca pourra alors être déclarée officiellement débarrassée du champignon mortel pour les batraciens.

Cette intervention couronnée de succès est unique en son genre mais inapplicable sur d’autres sites comme par exemple les forêts humides d’Amérique Centrale où les batraciens auront bientôt presque tous disparu, mais pas à cause du réchauffement climatique, tout simplement en raison de la présence de ce champignon pathogène qu’on ne peut pas éradiquer totalement car il faudrait désinfecter toute la jungle …

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Vue de l’un des trois trous d’eau du canyon Torrent de Ferrerets sur l’île de Mallorca en cours de désinfection.

Source (et illustrations) en accès libre : http://dx.doi.org/10.1098/rsbl.2015.0874

https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/09/13/rechauffement-climatique-non-un-virus/

http://www.pnas.org/content/95/15/9031.full