La stupidité du principe de précaution : illustration avec le tritium à la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi

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Je me suis permis ici de faire figurer un article de Yann Rousseau paru le 28 janvier sur le site Les Echos pour illustrer l’incommensurable imbécillité des politiciens (japonais en l’occurence mais il en est de même en Europe) qui sont obnubilés par le principe de précaution et la peur irraisonnée du nucléaire civil. Certes il y a eu un grave accident nucléaire au Japon mais il faut relativiser la gravité de la situation. Durant ma carrière de recherche en biologie j’ai utilisé des doses importantes de tritium. Je me suis certainement contaminé sans le savoir comme j’ai aussi eu la surprise de m’être contaminé à deux reprises par de l’iode radioactif, ce qui est beaucoup dangereux. Et pourtant je suis toujours vivant et bien vivant …

« Comment 16 grammes de tritium dans un million de litres d’eau paralysent Fukushima »

Neuf ans après la catastrophe, le gouvernement japonais doit se prononcer sur le sort de l’eau « contaminée » qui s’accumule sur le site de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Tokyo préférerait un rejet en mer, conforme à ce que font les autres centrales [nucléaires] de la planète [situées en bord de mer], mais le projet tétanise la région.

Les cerisiers ont presque tous disparu de Fukushima Daiichi. Plantés à partir des années 1970 pour égayer la gigantesque centrale nucléaire du nord-est du Japon, la plupart des « sakuras » ont été abattus après la catastrophe de mars 2011 qui a ravagé le site et sa région. Plus de 800 des 1.200 arbres à fleurs recensés auraient été abattus sur les neuf dernières années, laissant place à un décor de science-fiction.

Pour figer les poussières radioactives, les collines sont désormais recouvertes d’un ciment gris clair et de longues dalles de béton renforcé sur lesquelles ont poussé partout de gigantesques citernes bleues et grises. La centrale est noyée sous ces 965 réservoirs contenant chacun près de 1.200 tonnes d’eau « contaminée ».

L’heure des choix

Tepco, l’opérateur, estime qu’il peut encore trouver un peu d’espace pour en construire quelques dizaines de plus. « Mais très vite, à l’été 2022, on va atteindre notre capacité de stockage maximale », explique Junichi Matsumoto, le porte-parole de la division en charge du démantèlement chez l’électricien. « Le gouvernement va devoir prendre une décision sur la gestion de cette eau », prévient-il, sans s’engager sur le sujet, conscient de son extrême sensibilité.

Depuis la catastrophe, Tepco pompe en permanence les eaux chargées en éléments radioactifs qui s’accumulent sur le site. Le groupe doit capter les eaux qu’il utilise pour refroidir les réacteurs 1, 2 et 3, mais également récupérer les eaux naturelles souterraines qui s’infiltrent toujours dans les sous-sols ravagés des tranches construites au pied d’une colline.

Reste le tritium

Au total, Tepco a déjà « récupéré » 1,18 million de mètres cubes d’eau qu’il a filtré dans ses trois usines de décontamination construites sur place. « Nous parvenons à retirer 62 des 63 radionuclides contenus dans ces eaux », détaille Kenji Abe, l’un des cadres de l’électricien. « Mais il en reste un, le tritium », ajoute-t-il avant de présenter au visiteur du jour un petit bocal pharmaceutique contenant 30 centilitres de cette eau de la discorde. « Elle n’a pas d’odeur, pas de couleur, elle est peu radioactive », insiste-t-il.

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Selon les calculs du ministère japonais de l’Industrie, l’ensemble de l’eau stockée sur le site contient 860 TBq (terabecquerels) de tritium soit l’équivalent de… 16 grammes de cet isotope radioactif de l’hydrogène. En décembre dernier, les autorités nippones ont expliqué que ces eaux pourraient  soit être évaporées dans l’air, soit être progressivement diluées en mer sur une vingtaine d’années.

En France aussi…

Tokyo rappelle que de l’eau tritiée a été rejetée dans l’océan pendant des décennies, avant la catastrophe, sans qu’aucun dégât sur l’environnement ne soit jamais constaté. Les autres centrales nucléaires de la Terre rejettent aussi de l’eau tritiée », note encore Masato Kino du ministère de l’Industrie.

En France, le site de retraitement de la Hague en a rejeté, lui, en 2018… 11400 TBq selon Orano, qui précise dans son rapport environnemental que la limite autorisée sur le site français est de 18500 TBq. Le complexe français écoule ainsi en vingt jours ce que la centrale de Fukushima Daiichi voudrait rejeter en… vingt ans. Depuis l’accident, ce n’est pas si simple. Nous avons un important problème de perception et nous devons obtenir l’accord de chacun », souffle le haut fonctionnaire.

Pêcheurs en souffrance

En dehors du site, le projet d’un rejet en mer fait l’unanimité contre lui. Dans le port d’Onahama, aussi situé dans la préfecture de Fukushima mais à une cinquantaine de kilomètres plus au sud,  les associations de pêcheurs sont catégoriques. « Nous souffrons déjà des rumeurs blessantes sur nos poissons », s’inquiète, un matin de criée, Hisashi Maeda, de la coopérative de la pêche au chalut.

Malgré des milliers de tests et l’absence de concentration de radio-césium supérieures aux standards internationaux les plus rigoureux, les consommateurs continuent de bouder les produits locaux. En 2019, les ventes de la préfecture n’ont représenté que 15 % des volumes enregistrés avant la catastrophe. Les marins pensent qu’un rejet, forcément mal compris, porterait un coup terrible à la filière.

Défiance générale

Les ONG sont tout aussi méfiantes. « Il y a d’autres solutions que le rejet dans l’air ou l’eau comme le fait croire le gouvernement, explique Kazue Suzuki, de Greenpeace. Mais les technologies d’extraction du tritium sont coûteuses et donc ils ne veulent pas les envisager », avance l’experte  qui préférerait voir appliquer une stratégie de stockage de long terme et dénonce les erreurs passées de Tepco.

En septembre 2018, l’électricien avait dû admettre qu’une grande partie des eaux stockées sur le site contenait, contrairement à ses premières estimations, encore des radionucléides bien plus dangereux que le tritium. « Nous sommes aujourd’hui certains que 25 % peut être relâché sans problème. Et nous allons retraiter les 75 % qui auraient encore des concentrations d’autres radionucléides supérieurs aux standards », promet Kenji Abe, son bocal d’eau à la main.

Auteur : Yann Rousseau, à Fukushima Daiichi. Illustrations provenant de l’article des Echos

Bref commentaire. La deuxième illustration a probablement été mise en scène pour la cause journalistique. En effet le tritium se désintègre pour former de l’hélium-3 avec émission d’un anti-neutrino et d’un électron de faible énergie (rayonnement beta) qui ne traverse ni le verre ni le plastique. L’opérateur vérifiant la radioactivité du flacon d’eau avec un compteur de type Geiger recherchait des éléments radioactifs émettant des rayons gamma émis par les produits de fission de l’uranium ou par l’uranium combustible lui-même. Il faut enfin se souvenir que du tritium est naturellement présent dans l’eau car il apparaît massivement au cours de la collision d’un atome d’azote avec un neutron de haute énergie provenant du rayonnement cosmique. Ma conclusion, personnelle et que je ne partage qu’avec moi-même, est qu’il faut rejeter toutes ces « eaux tritiées » dans l’océan et il ne se passera strictement rien, les poissons contiennent déjà du tritium mais aussi, et surtout, du potassium-40 beaucoup plus radioactif que le tritium. Mais le principe de précaution étant respecté au Japon il suffirait qu’un tremblement de terre d’intensité moyenne détruise quelques-uns de ces immenses réservoirs construits à la hâte pour qu’on n’entende plus parler de ce tritium …

Et si le changement climatique était la cause de la chute de Rome?

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Pour l’historien Kyle Harper, c’est au refroidissement global et à la première pandémie de peste bubonique que l’on doit l’effondrement de la puissance romaine (Article paru sur le quotidien suisse romand Le Temps)

Pourquoi Rome est-elle tombée? La question a longtemps hanté les nuits des historiens. Comment le plus grand empire du monde préindustriel a-t-il pu trébucher, s’enliser et mourir, lui qui a son apogée faisait le tour de la Méditerranée, brassait des multitudes de peuples sous le sceau rassembleur de la citoyenneté, frappait une monnaie unique, développait des axes commerciaux et maintenait la paix sur trois continents? Bien sûr, les fameuses «invasions barbares» ont longtemps servi de clé de compréhension. En corollaire, la non moins fameuse «décadence». Les vigoureux peuples du Nord venaient remplacer naturellement des élites romaines avachies et corrompues.

Invincible en apparence

Dans Comment l’Empire romain s’est effondré, Kyle Harper remet tout à plat en introduisant deux acteurs jusqu’ici négligés: le changement climatique conjugué à l’arrivée des premières grandes pandémies. Professeur d’histoire à l’Université d’Oklahoma, Harper reconstitue l’histoire d’un empire invincible en apparence, miné puis anéanti par des facteurs écologiques insurmontables. Passionnante démonstration de ce que la vie et la mort d’une civilisation ne tiennent pas uniquement aux intrigues de palais ou aux affrontements militaires, mais tout autant, si ce n’est plus, à des facteurs non humains: «Les sociétés dépendent de leur fondement écologique», écrit Harper en référence à une géniale intuition de Malthus.

La première pandémie

A la réflexion, c’est non pas la chute mais la longévité de Rome qui impressionne. Le climat, là aussi, a joué le rôle d’allié dans les grandes heures de la république et de l’empire d’Auguste. Toute la Méditerranée est alors baignée d’un soleil généreux qui favorise l’accroissement démographique, donc la levée d’impôts et l’expansion de l’empire. Même le Sahara est vert ! Mais vers 150 après J.-C., une instabilité climatique s’installe, conduisant à une ère nettement plus froide appelée petit âge glaciaire de l’Antiquité tardive. Eruptions volcaniques cachant le soleil et ruinant les récoltes, famines, épidémies microbiennes : l’empire vacille, des villes sont anéanties, mais il résiste tant bien que mal… jusqu’à la première grande pandémie de l’histoire.

Les pestes dites antonines (165) ou de Cyprien (251) n’étaient que des répétitions générales. La peste de Justinien, qui démarre en 541 et qui connaît d’innombrables recrudescences, est le premier cas de peste bubonique de grande ampleur. Les estimations de mortalité sont immenses, entre le tiers et la moitié des sujets de Justinien. Chose fascinante, écrit Harper dans son livre savant mais accessible au grand public, c’est que, dans un monde qui n’a pas la moindre notion d’hygiène, le spectaculaire réseau de routes et l’existence de grandes métropoles densément peuplées ont sans doute largement favorisé la propagation des pandémies. L’empire a ainsi contribué à sa propre perte du fait même de son génie constructeur.

Fièvre eschatologique

Par ailleurs, Harper constate que les Huns – dont personne ne nie qu’ils sont le déclencheur d’un effet domino de peuples en marche qui va bouleverser les structures de l’empire – ont connu un bouleversement profond qui a changé le centre de gravité de leur empire nomade du côté de l’ouest. Là aussi peut-être, un effet des maladies dont on sait qu’elles ont voyagé loin. Autre élément soulevé par l’historien : les conséquences de ces dévastations dans l’Antiquité tardive sur les mentalités. Dans les lambeaux de l’empire devenu chrétien, on vit le sentiment de la fin du monde prochaine. La venue de l’islam, avance Harper, qui va bientôt conquérir la majeure partie de l’empire d’Orient, n’est pas étrangère à cette fièvre eschatologique.

Entre la Rome qui fêtait avec confiance ses mille ans d’existence en 248, avec la certitude d’être pour toujours le centre du monde, et la Rome dépeuplée et saisie d’angoisse trois siècles plus tard, avec ses églises remplies de survivants implorant la Vierge de les épargner, avec des campagnes vides et totalement méconnaissables, c’est un monde qui trépasse. Et même si l’humanité ne s’est pas éteinte, avec de nouvelles dynamiques débouchant sur de nouvelles entités politiques et sociales, on ne peut s’empêcher de lire en filigrane, dans l’étonnant destin de l’Empire romain, un avertissement adressé à notre civilisation globale du XXIe siècle, qui met la planète entière en surchauffe.

Commentaire.

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La « chute » de cet article contredit les remarques initiales. En effet, l’optimum climatique romain (lien sur ce blog) connut des températures moyennes d’environ 2 degrés supérieures à celles observées aujourd’hui. Il n’est pas nécessaire de réfléchir très longtemps pour comprendre que ce sont ces températures moyennes élevées qui favorisèrent une plus importante évaporation des mers et des océans provoquant des pluies plus abondantes et par conséquent des récoltes également plus abondantes. La prospérité que connut l’Empire romain est à rapprocher avec celle que connut 1000 ans plus tard l’Europe avec la construction des cathédrales.

https://jacqueshenry.wordpress.com/2019/12/06/etre-climato-realiste-est-une-vraie-mission-episode-4-temperature-et-co2-zoom-sur-les-derniers-milliers-dannees/


Brève. La psychose du coronavirus chinois

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Il est tout à fait incroyable que le monde entier soit transporté par une panique incompréhensible à propos de ce virus qui sévit en Chine depuis quelques semaines.

Il y aurait déjà quelques 130 morts … Mais ce n’est encore rien, le pire est à craindre. Il n’existe ni vaccin ni médicaments pour combattre ce virus.

Et alors ? Où est le problème toutes proportions gardées si on garde en mémoire le nombre de morts provoqués par la rougeole dans le monde en 2019 : plus de 140000, et pas seulement des enfants !

Pourtant il existe un vaccin particulièrement efficace pour juguler cette maladie qui tue, preuve en est la statistique de l’OMS. L’opinion publique devrait plutôt être prise de panique en raison de la montée en puissance des mouvements et autres associations d’obscurantistes qui sont opposés à la vaccination.

Petit cours de « leçon de choses » à la maison

Dans mon enfance nous apprenions toutes sortes de « choses » à l’école et l’instituteur appelait ces cours des leçons de choses. Ils stimulèrent ma curiosité et je ne l’ai toujours pas perdue. Il y a quelques jours je suis allé au marché et j’ai acheté pour un prix modique une barquette d’un demi kilo de fraises magnifiques que j’ai laissé sur la table. Un ami est venu me rendre visite et il a tout de suite senti l’odeur particulière et inoubliable des fraises. Pourtant les fraises étaient protégées par un film en plastique constitué de PET (polyéthylène-téréphtalate) c’est-à-dire la même matière que celle des bouteilles d’eau minérale. Sa finesse, quelques microns seulement, le rend extensible. Cet ami était étonné que l’odeur des fraises se répande dans la pièce en traversant le film de plastique. J’ai alors vérifié que l’ensemble de la barquette était bien enrobé dans le film. Et je me suis demandé pourquoi l’arôme de la fraise traversait ce film pourtant sensé être imperméable aux odeurs.

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Le PET est un polyester très « hydrophobe » c’est-à-dire qui n’aime pas l’eau. Quant à l’arôme de la fraise c’est un cocktail complexe d’au moins huit lactones volatiles. Les lactones sont également des esters un peu particuliers puisqu’ils se forment entre une fonction acide et un alcool (-OH) de la même molécule pour former des cycles à 5 ou 6 atomes selon la position de l’ -OH qui sont stables. Voici deux lactones constituant l’arôme de la fraise parmi les 8 lactones du même type que l’on retrouve dans ce fruit :

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Ces molécules également hydrophobes traversent donc le film de PET, du moins celui utilisé par le maraîcher de l’île de Tenerife qui cultive les fraises en question. Les récepteurs olfactifs du nez arrivent à détecter ces lactones pourtant présentes et détectables à des concentrations de l’ordre de quelques parties par milliard (ppb). Mais il ne faut pas se méprendre au sujet de cette grandeur physique. En effet dans un litre d’air qui contient 10 ppb d’une de ces lactones il y a tout de même 267000 milliards de molécules « vraies » de la gamma-octalactone représentée ci-dessus, par exemple, de quoi provoquer un signal électrique suffisant au niveau des récepteurs olfactifs pour que le cerveau l’interprète et le mémorise, une faculté de « mémoire des odeurs » du cerveau qui m’a toujours fasciné.

Enfin pour terminer cette petite leçon de choses je me suis aussi rendu compte que les fraises devaient être consommées rapidement car elles ont tendance à pourrir, ce qui est rassurant puisqu’elles ne sont donc pas traitées chimiquement. Cette pourriture est typique du champignon Botrytis cinerea qui affectionne particulièrement le raisin.

L’outil CRISPR-cas9 : un espoir pour sauver les bananes ?

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La course à l’ingénierie génétique de la banane de nouvelle génération est lancée. Le gouvernement colombien a confirmé le mois dernier qu’un champignon destructeur de bananes avait envahi les Amériques – la source d’une grande partie de l’approvisionnement mondial en bananes. L’invasion a provoqué une nouvelle urgence aux efforts pour créer des fruits qui peuvent résister au fléau.

Les scientifiques utilisent plusieurs approches expérimentales pour sauver la banane. Une équipe australienne a inséré un gène de résistance de bananier sauvage dans la variété commerciale la plus connue – la Cavendish – et teste actuellement ces bananes modifiées au cours d’essais sur le terrain. Les chercheurs se tournent également vers le puissant et précis outil d’édition de gènes CRISPR pour renforcer la résilience de la Cavendish contre ce champignon, connu sous le nom de Fusarium wilt tropical race 4 (TR4) et provoquant la mort des bananiers, maladie initialement appelée maladie de Panama.

La reproduction de la résistance au TR4 dans le Cavendish en utilisant des méthodes conventionnelles (sélection d’hybrides) n’est pas possible car la variété est stérile et se propage par clonage. Ainsi, la seule façon de sauver la Cavendish pourrait être de modifier son génome, explique Randy Ploetz, phytopathologiste à l’Université de Floride à Homestead. La variété Cavendish représente 99% des exportations mondiales de bananes.

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James Dale, biotechnologue à l’Université de technologie du Queensland à Brisbane, en Australie, a commencé à recevoir des demandes de renseignements sur ses bananes génétiquement modifiées (GM) en juillet, alors que les premières rumeurs montraient que TR4 avait atteint la Colombie. Ensuite, la Colombie a déclaré une urgence nationale, affirme Dale, « car la menace est immense. »

Une alternative séduisante

Ce n’est pas la première fois qu’une variété de banane commerciale est menacée d’extinction. Dans la première moitié des années 1900, une autre souche du champignon Fusarium appelée TR1 a presque anéanti la meilleure banane de l’époque, la Gros Michel. Mais les agriculteurs avaient un renfort dans la Cavendish, qui était résistante au TR1, assez ferme pour résister à la manipulation pendant l’exportation et avait une texture et un goût largement acceptables. Dans les années 1960, de grands producteurs de bananes comme Chiquita, maintenant basés à Fort Lauderdale, en Floride, se tournaient vers la Cavendish.

Cette fois-ci il n’y a pas d’alternative facile. Rodomiro Ortiz, généticien des plantes à l’Université suédoise des sciences agricoles d’Alnarp, dit qu’aucune espèce de bananier naturelle n’a les qualités qui ont rendu la Cavendish si populaire et la capacité de résister au TR4.

Et le champignon est un adversaire coriace. Il ne peut pas être tué avec des fongicides, et il peut persister dans le sol sous forme de spores jusqu’à 30 ans. Cela a permis au TR4 de se répandre lentement dans le monde, probablement en faisant de l’auto-stop sur du matériel contaminé ou dans le sol. La souche a commencé à détruire les cultures de bananes dans les années 1990 en Asie avant d’envahir l’Australie et les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique. Maintenant, TR4 est dans les Amériques, et les chercheurs disent que la Cavendish pourrait s’éteindre complètement au cours des prochaines décennies à moins qu’ils ne puissent modifier cette variété pour la rendre résistante au champignon.

L’équipe de Dale s’est concentrée sur la modification des plantes de Cavendish en insérant un gène de la banane sauvage Musa acuminate malaccensis qui confère une résistance au TR4. Après avoir publié des résultats prometteurs en 2017 à partir d’un petit essai sur le terrain, Dale a commencé une étude plus vaste il y a 15 mois. Dale et ses collègues ont planté des Cavendish transgéniques sur un demi-hectare de terrain infesté de TR4 dans le nord de l’Australie. Les bananes transgéniques se portent bien, dit Dale, tandis qu’environ un tiers des bananes régulières qu’il a plantées à des fins de comparaison sont infectées par le champignon.

Il prévoit de demander aux régulateurs australiens l’autorisation de commercialiser cette banane transgénique Cavendish après la fin de l’étude en 2021. Mais il est impossible de prédire si les autorités donneront leur feu vert, ni combien de temps pourrait durer la procédure d’approbation.

Même si la banane transgénique de Dale obtient l’approbation, la commercialisation pourrait être un problème. Les cultures génétiquement modifiées ont longtemps été confrontées à des pressions publiques dans le monde entier, en particulier en Europe. «Dale possède maintenant d’excellentes bananes qui semblent presque immunisées contre le TR4», explique Ploetz. « Mais la question de savoir si les consommateurs achèteront ce produits est un autre problème. »

Transformer des bananes avec CRISPR

Dans une tentative de rendre les bananes biotechnologiques plus agréables au goût pour les régulateurs, Dale édite également le génome de Cavendish avec CRISPR pour augmenter sa résilience au TR4, au lieu d’insérer des gènes étrangers. Plus précisément, il essaie d’activer un gène dormant dans la Cavendish qui confère une résistance à TR4 – le même gène qu’il a identifié chez M. acuminate var malaccensis. Mais le travail en est encore à ses débuts. « Il faudra encore quelques années avant que ceux-ci ne soient mis sur le terrain pour des essais« , explique Dale.

D’autres chercheurs utilisent CRISPR pour renforcer les défenses de la Cavendish de différentes manières. Leena Tripathi, biologiste moléculaire à l’Institut international d’agriculture tropicale de Nairobi, au Kenya, utilise l’outil d’édition de gènes pour supprimer les gènes Cavendish qui semblent rendre la plante vulnérable au TR4. Jusqu’à présent, elle n’a édité que du tissu Cavendish en laboratoire. La prochaine étape consistera à faire pousser les tissus en jeunes plants (illustration), puis à voir si les plantes survivent à l’exposition au TR4. Des chercheurs philippins ont proposé d’aider à tester la Cavendish édité par Tripathi dans leur pays; TR4 y est présent, mais pas au Kenya.

Enfin une start-up biotechnologique, Tropic Biosciences à Norwich, au Royaume-Uni, essaie d’utiliser CRISPR pour renforcer le système immunitaire de la Cavendish. Toutes les plantes produisent des petits brins d’ARN qui contrôlent l’activité de certains de leurs propres gènes. Et des études récentes suggèrent que certains de ces brins d’ARN peuvent parfois supprimer les gènes des agents pathogènes, paralysant ainsi les envahisseurs. Il s’agit d’un processus naturel d’interférence ARN. La société de biotechnologie utilise CRISPR pour modifier les brins d’ARN dans la Cavendish afin qu’ils réduisent au silence les gènes dans TR4.

Mais on ne sait pas comment les régulateurs du monde entier accueilleront les bananes modifiées par génie génétique. En 2016, le département américain de l’Agriculture a décidé de ne pas réglementer un champignon de consommation courante dont le génome a été édité à l’aide de CRISPR, suggérant qu’il pourrait traiter les bananes éditées de manière similaire. De surcroit les gouvernements de Colombie, du Chili, du Brésil, du Japon et d’Israël ont publié des déclarations officielles indiquant qu’ils pourraient également être indulgents avec les cultures éditées par CRISPR. L’Union européenne a toutefois déclaré qu’elle évaluerait les cultures modifiées génétiquement aussi strictement que les autres aliments génétiquement modifiés.

Ortiz soutient les efforts d’ingénierie des chercheurs, mais il met en garde contre le fait de se concentrer uniquement sur une solution biotechnologique au fléau rampant des bananes. Il y a plus d’un millier d’autres types de bananes en dehors de la Cavendish, dit-il. Ils ne produisent pas des rendements aussi élevés que ceux de la Cavendish, peuvent être expédiées facilement et ont à peu près les mêmes propriétés organoleptiques, et Ortiz dit que les entreprises commerciales de bananes pourraient essayer de créer un marché pour ces variétés alternatives. « Nous devons exploiter la diversité disponible« , dit-il, « et avoir une campagne de marketing qui dit que vous pouvez profiter de la banane par d’autres moyens.« 

Inspiré d’un article publié sur le site de l’hebdomadaire scientifique Nature.

Autres liens à propos des régulations : https://www.nature.com/articles/d41586-018-05814-6

https://www.nature.com/news/gene-edited-crispr-mushroom-escapes-us-regulation-1.19754

Relire aussi sur ce blog : https://jacqueshenry.wordpress.com/2017/11/20/un-immense-espoir-pour-sauver-la-banane/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/01/15/vers-une-disparition-des-bananiers/

L’adénocarcinome mortel du pancréas provoqué par un champignon ?

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En janvier 2019 il était question sur ce blog d’une bactérie se trouvant communément dans la bouche et provoquant l’apparition de plaques dentaires. Il s’agissait de Porphyromonas gingivalis dont on a montré la présence d’un marqueur spécifique (ARN-16S) systématiquement dans les cerveaux de malades morts de la maladie d’Alzheimer et j’avais qualifié cette découverte de terrifiante. Auparavant un lien non ambigu entre cette même bactérie P. gingivalis et la polyarthrite rhumatoïde avait été démontré. Mais tant la bouche que les fosses nasales ou encore la peau sont colonisées par toutes sortes de microorganismes dont des champignons. C’est au tour d’un champignon très commun sur la peau mais pouvant provoquer toutes sortes de dermatites, Malassezia globosa, qui vient d’être identifié comme lié à l’adénocarcinome du pancréas, un cancer fatal dans tous les cas. L’identification de la présence de ce champignon a été réalisée à l’aide de sondes ADN en lien avec l’adénocarcinome.

Ce champignon microscopique entre dans le tube digestif facilement puisqu’il se trouve partout sur la peau et il a été également identifié comme l’un des facteurs promouvant certaines formes d’ulcères de l’estomac. Normalement le système immunitaire prend en charge ce type de microorganisme . Au niveau de la peau des réactions immunitaires parfois intenses peuvent provoquer des dermatites récurrentes mais au niveau du tube digestif c’est une autre propriété de ce champignon qui lui permettra de survivre et de coloniser éventuellement le pancréas. La première étape permettant l’apparition des conditions requises pour que l’adénocarcinome du pancréas se développe est une réaction immunitaire dirigée contre le champignon. Cette réaction provoque une inflammation du pancréas par l’activation de la « cascade du complément » : le composant C3 de cette cascade est activé par une protéine (MBL, mannose binding lectin) reconnaissant un sucre, le mannose, présent à la surface du champignon.

Le processus d’apparition d’une tumeur est alors initié et l’issue est généralement fatale car le diagnostic est souvent tardif. Les biologistes de la faculté de médecine de l’Université de New-York n’ont pas encore de réponses et ceci d’autant moins que ce champignon est très commun sur la peau.

Source : https://doi.org/10.1038/s41586-019-1608-2

Lien : https://jacqueshenry.wordpress.com/2019/01/27/maladie-dalzheimer-coup-de-theatre-terrifiant/

https://en.wikipedia.org/wiki/Complement_system

Mille milliards d’euros pour sauver le climat en Europe. Qui va payer ?

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(Article paru sur le site Project Syndicate)

Sous la présidence d’Ursula von der Leyen, la Commission européenne met en place de grands projets pour lutter contre le changement climatique. Avec un investissement prévu de 1000 milliards d’euros, cette commission espère transformer l’Europe en une économie neutre en carbone d’ici 2050. 

Mais une grande partie de ce « pognon de dingue » pour satisfaire les fantasmes de ce qu’on appelle désormais le « Green New Deal à l’européenne » proposé par la Commission proviendrait d’effets de levier financier. En 2020, l’UE n’allouera officiellement à ces fins que 40 milliards d’euros environ, dont la plupart sont déjà inclus dans le budget des années précédentes. Ce seront sans doute seulement 7,5 milliards d’euros de financement supplémentaire dans le cadre de ce plan qui seraient en fait nouveaux. L’astuce encore une fois, comme Jean-Claude Junker, l’homme à la sciatique chronique, l’avait pratiquée, consistera à procéder à des opérations hors-bilan administrées par la Banque Européenne d’Investissements (BEI)

En substance, l’UE a fait et fera donc encore ce que faisaient les grandes banques avant la crise financière de 2008, c’est-à-dire lorsqu’elles ont contourné la réglementation en déplaçant une partie de leurs activités vers des produits hors bilan et des véhicules financiers à usage spécial. Dans le cas de l’UE, les garanties offertes par la Commission et les différents États membres de l’UE sont suffisantes pour une cote de crédit élevée, et donc pour l’émission d’obligations européennes. Les fonds générés seront utilisés à des fins publiques et privées, et parfois même pour des partenariats public-privé. Mais si les garanties devaient être honorées un jour ce sont alors les contribuables de la zone euro qui paieraient la facture.

Ces budgets parallèles prévus sont problématiques, non seulement parce qu’ils permettraient à la Commission de contourner l’interdiction d’emprunter à laquelle elle est soumise par les traités, mais aussi parce qu’ils impliquent in fine la Banque centrale européenne. Certes, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a déjà annoncé qu’elle souhaitait que la banque joue un rôle plus actif dans les activités respectueuses du climat au sein de la zone euro, alors de ce fait la BCE examine dès à présent l’opportunité de poursuivre les achats ciblés d’obligations émises par des institutions qui auront reçu le « sceau d’approbation climatique » de la Commission. Comment cela fonctionnera-il ? Nul ne le sait car ce mécanisme d’approbation est pour le moins opaque.

Dans la pratique, bien sûr, cela signifie très probablement que la BCE rachètera les obligations «vertes» actuellement émises par la BEI. Ces achats réduiront alors les taux d’intérêt auxquels la BEI peut s’endetter, ce qui conduira inévitablement à l’activation de l’imprimerie de la BCE pour fournir les fonds nécessaires à la politique climatique.

Certes il est louable de vouloir agir sur le changement climatique (ce n’est pas moi qui l’affirme, ce sont les mots d’Hans-Werner Sinn). Mais dans le cadre du plan actuel, la BCE serait alors poussée dans une zone grise plus vraiment légale. La BCE n’est pas contrôlée démocratiquement, mais plutôt gérée par les technocrates de son conseil d’administration. Chaque État membre, petit ou grand, nomme son propre représentant, qui dispose alors de droits de vote égaux, d’une immunité personnelle et de l’autonomie de fonctionner sans aucune responsabilité parlementaire puisque comme chacun sait le Parlement européen n’a pas de pouvoir. En outre, en vertu du traité de Maastricht, le conseil d’administration de la BCE est principalement tenu de maintenir la stabilité des prix et ne peut soutenir des mesures de politique économique distinctes que si cela ne met pas en danger sa capacité à remplir ce mandat. Dans le cas de l’accord « vert », les dangers sont évidents. Si la demande supplémentaire créée par l’expansion des projets verts est financée par l’impression d’argent au lieu de collecter des impôts, elle ne retirera pas la demande des autres secteurs de l’économie européenne et sera donc potentiellement inflationniste.

De telles situations conduisent à se remémorer l’article 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Cet article interdit strictement à la BCE de participer au financement «des institutions, organes, bureaux ou agences de l’Union, des gouvernements centraux, régionaux, locaux ou d’autres autorités publiques, d’autres organismes de droit public ou des entreprises publiques des États membres ». Mais, bien sûr, la BCE a déjà contourné cette règle en achetant environ 2000 milliards d’euros de dette publique sur le marché, outrepassant ainsi les limites de son mandat à un degré juridiquement douteux.

Les derniers plans pour contourner le traité de Maastricht n’amélioreront pas les choses. Avant la crise financière, la BCE ne s’intéressait qu’à la politique monétaire. Pendant la crise, elle s’est transformée en une autorité de sauvetage public qui a sauvé des banques et des gouvernements en faillite. Maintenant, elle devient un gouvernement économique qui peut « imprimer » son budget comme bon lui semble.

La violation évidente de l’esprit du traité de Maastricht sera double : l’UE assumera la dette secrètement, et elle le fera par le biais de l’imprimerie. En tant que tels, les plans de la Commission saperont davantage la crédibilité de l’institution même sur laquelle l’Europe s’appuie pour sa stabilité financière et macroéconomique et ses perspectives de croissance à long terme – et cela à un moment où le monde devient encore plus incertain, compétitif et agressif. Dans ces conditions on ne peut que craindre un avenir très sombre pour l’Union européenne et tout cela risque de très mal se terminer.

Hans-Werner Sinn est professeur d’économie à l’Université de Munich. Il a été président de l’Institut Ifo (Institut de recherche économique de l’Université de Munich) et siège au conseil consultatif du ministère allemand de l’économie. Article paru sur le site Project Syndicate