Années 2010 : La décade scientifique prodigieuse en bien et en mal …

Les années 2010 ont été la décennie au cours de laquelle on nous a rappelé que la science n’est qu’une méthode qui peut être rigoureusement appliquée, mais aussi sabotée, surfaite, sous-estimée ou ignorée. Si vous ne le traitez pas avec respect, vous n’obtiendrez peut-être pas le résultat optimal, mais ce n’est pas la méthode scientifique qui en est la cause.

Les physiciens ont détecté des phénomènes qui avaient été prédits il y a des décennies – les ondes gravitationnelles prédites par Albert Einstein en 1915 lorsqu’il formula la théorie de la relativité générale, la particule du boson de Higgs prédite en 1964 – indiquant qu’ils étaient globalement sur la bonne voie dans leur compréhension du fonctionnement de l’univers. Les astronomes ont ajouté des détails impressionnants. Des sondes de la Nasa ont trouvé d’immenses montagnes de glace sur Pluton et des molécules organiques – l’étoffe de la vie – sur Mars et une lune de Saturne. Et qui pourrait oublier les exoplanètes – ces planètes en orbite autour d’étoiles lointaines ? Des milliers d’entre elles ont été découvertes au cours des 10 dernières années seulement. Pas étonnant que la science-fiction soit en plein essor alors que jamais, quels que soient les progrès de la science à venir, ces planètes ne pourront être atteintes et colonisées par l’homme. Enfin une image composite a fourni une idée de ce que pouvait être un trou noir puisque par nature il est impossible d’observer un tel objet cosmique car il n’émet pas de lumière.

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L’existence des trous noirs a été formulée par la théorie de la relativité générale que publia Einstein en 1915 et il fallut attendre les travaux de Georges Lemaître en 1933 pour comprendre l’existence de l’ « horizon » des trous noirs, frontière gravitationnelle au delà de laquelle aucun photon ne peut échapper. L’image du trou noir obtenue est en réalité celle des gaz attirés par le champ gravitationnel du trou noir et des émissions de photons par ces gaz chauffés par leur attraction vers le trou noir. Ce trou noir a une masse égale à 6,5 milliards de fois celle du Soleil et l’image a été obtenue par interférométrie à l’aide de 8 téléscopes répartis sur la Terre entière.

Les biologistes ne se sont pas reposé non plus. Ils ont perfectionné un mécanisme de défense découvert dans les bactéries, le CRISPR-Cas9, le transformant en un puissant outil d’édition de gènes qui fonctionne chez les plantes et les animaux, y compris les humains. Ils ont ajouté plusieurs nouveaux ancêtres à l’arbre généalogique humain – et découvert des traces fantomatiques d’autres hominidés encore inconnus et sans nom. Et le très vieil ADN a commencé à révéler ses secrets quand les chercheurs ont réussi à l’extraire d’anciens restes corporels et à le séquencer. Cela a ouvert une immense fenêtre sur le passé de notre espèce, révélant que chaque personne vivant aujourd’hui est le produit de migrations multiples et que les relations entre les différentes vagues de migration ont toujours été compliquées. Les Néandertaliens, par exemple, et les humains modernes se sont probablement rencontré à plusieurs reprises dans le passé, mais ils se sont aussi accouplé mélangeant ainsi leurs gènes dont nous sommes porteurs d’une partie aujourd’hui.

Mais cette décade passée est aussi celle au cours de laquelle la science a été réquisitionnée par toutes sortes de personnes ayant des visées politiques, sociales et économiques à promouvoir. Les anciens chercheurs spécialistes de l’ADN ont compris très tôt le potentiel de politisation de leurs découvertes récentes – la science des origines humaines l’a toujours été – mais ils n’étaient toujours pas en mesure de contrôler pleinement le message. Ainsi, nous avons appris qu’en Amérique des suprémacistes blancs se livraient à de sinistres soirées en servant à leurs convives des aliments contenant du lait, soi-disant pour détecter des personnes d’origine non européenne qui ne peuvent pas digérer le lactose. Le même type d’utilisation fallacieuse de la science a consisté pour certains nationalistes hindous à affirmer sans fondements scientifiques factuels que toutes les personnes utilisant un langage dit d’origine indo-européenne étaient originaires d’Inde Des paléoanthropologues associés à des chercheurs sur l’ADN ont été accusés de s’engager dans une «ruée vers les os» indigne et de manquer de respect aux restes indigènes.

Respecter les morts est une chose, respecter les vivants en est une autre. Le monde a été choqué quand, en 2018, le biophysicien chinois He Jiankui a annoncé qu’il avait utilisé l’outil CRISPR-Cas9 pour éditer les génomes de deux fillettes jumelles, les premiers humains nés avec un ADN édité qu’ils peuvent transmettre à leur descendance sans que ces biologistes aient obtenu l’autorisation formelle du comité d’éthique en charge de ce type d’expérimentation. Des préoccupations également d’ordre éthique ont été soulevées quant à savoir qui a le droit de savoir quoi sur les dossiers de santé privés alors que les tests génétiques deviennent courants, et sur le prix prohibitif des thérapies géniques après l’approbation de la première d’entre elles en 2012 – puis retirée du marché. Par exemple le traitement contre la thalassémie découvert et mis au point au cours de ces années 2010 et commercialisé par la firme Bluebird Bio’s Zynteglo, une maladie génétique relativement courante, revient à 1,7 millions d’euros alors que ce sont des institutions publiques qui ont largement financé la recherche et le développement de ces « start-up » biomédicales. Des organismes accrédités par la Commission européenne ont évalué les aides européennes à ce genre de développement scientifique à un milliard d’euros. Pourquoi la science a-t-elle pu ainsi être déviée à des fins mercantiles aussi évidentes et choquantes ?

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Le premier vaccin contre le virus Ebola a été approuvé au cours de cette décennie (illustration). En République démocratique du Congo, où Ebola continue de faire des ravages, les agents de santé luttent non seulement contre la maladie, mais hésitent également à se faire vacciner. C’est maintenant un problème mondial, et bien que les raisons soient compliquées – et varient selon les personnes qui hésitent – au Royaume-Uni et aux États-Unis, Andrew Wakefield a beaucoup à se reprocher. Il a abusé de la méthode scientifique au cours d’une décennie précédente, lorsqu’il a fait de fausses allégations au sujet d’un lien entre le vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole) et l’autisme. La peur des vaccins s’est retournée contre ses détracteurs, le plus visiblement, sous la forme d’une résurgence mondiale de la rougeole. Mais ce n’est pas entièrement à cause des « fake-news » de Wakefield. En effet nous avons été si bien protégés par les vaccins par le passé que relativement peu de personnes en vie aujourd’hui se souviennent de ce qu’était la vie avant eux – comment, par exemple, les gens ont pleuré de joie lorsque le vaccin contre la polio de Jonas Salk a été annoncé en 1955 alors que des milliers d’enfants étaient paralysés pour la vie ou encore comment on vivait dans un monde au sein duquel on était menacé par la variole. La mémoire collective ne se souvient que de la peste ou du choléra que l’on peut encore combattre avec des antibiotiques mais elle a oublié les ravages provoqués par les maladies du passé d’origine virale pourtant incroyablement dévastatrices.

Dans le même registre d’une appréhension négative de la science ou de la déformation de faits scientifiques pourtant avérés la diabolisation du glyphosate qui a occupé une grande partie de cette décade des années 2010 est à classer parmi les impostures pseudo-scientifiques les plus significatives de cette décennie. Niant tous les avantages que peut présenter cette molécule très simple, peu coûteuse et non toxique, des organismes officiels ont, sous la pression d’organisations non gouvernementales, déclaré que ce produit phytosanitaire, pourtant mondialement utilisé depuis plus de trente années sans que jamais aucun effet sanitaire adverse ait pu être constaté, devienne par un effet quasi magique potentiellement cancérigène puis cancérigène avéré et enfin interdit par certains pays alors qu’aucune étude n’a été entreprise en profondeur pour apporter des éléments scientifiques incontestables affirmant ou infirmant les allégations qui vont provoquer des désastres dans le monde agricole. Pourtant de nombreux organismes officiels avaient reconnu et certifié que cette molécule était totalement sans risques ni pour la faune ni pour l’homme et que seuls les végétaux étaient affectés. La fausse science a pour le pire remporté le combat.

Au cours de cette décennie, nous avons beaucoup entendu parler de la diminution, dans le public, de la confiance dans les experts, mais il est difficile de savoir dans quelle mesure cette perception est réelle et dans quelle mesure elle se résume aux opinions minoritaires ressassées par les réseaux sociaux. En 2019, l’organisation américaine Scholars at Risk a rapporté que les attaques contre les communautés de l’enseignement supérieur avaient plus que doublé dans le monde au cours des trois dernières années, allant des restrictions de l’expression académique à l’emprisonnement injustifié et même à la violence. D’autre part, les enquêtes suggèrent que la confiance dans les scientifiques est assez stable à long terme, et le financement de la science a lentement augmenté dans les pays les plus riches du monde.

Pris dans leur ensemble, peut-être que ces indicateurs reflètent que la méthode scientifique est celle que nous devrions être heureux d’avoir dans notre arsenal.

En conclusion la science doit être conduite en respectant les lois mais elle doit également être respectée par les politiciens et les organisations non gouvernementales. Il reste cependant l’abcès que constitue l’application du principe de précaution. Si à l’évidence des biologistes chinois ont transgressé les lois éthiques fondamentales ils ont également passé outre ce principe de précaution. Ce principe reste encore trop strictement appliqué et il pourrait tuer toute initiative scientifique dans un proche avenir. Ce principe de précaution doit certainement être aussi appliqué aux fausses nouvelles scientifiques, c’est-à-dire à une déformation de l’information scientifique à des fins mercantiles ou idéologiques. Cette attitude est devenue trop courante pour ne pas être mentionnée ici.

Inspiré d’un article de Laura Spinney, journaliste scientifique correspondante de The Guardian à Paris

Petit compte-rendu d’une conversation à bâtons rompus avec un ingénieur informaticien.

Ce billet est un peu particulier car il est intimiste dans la mesure où je livre à mes lecteurs un peu de ma personnalité sans aucune gène.

En 48 heures à mon retour du Japon un ami de lycée de mon fils puiné, lui-même informaticien, qui était venu le nez en l’air pour chercher ici à Tenerife des opportunités de travail, a passé deux soirées avec moi avant de retourner en France. Plongés l’un comme l’autre dans des discussions variées, je n’ai pas mémorisé tous les sujets abordés. Comme j’ai coutume de le pratiquer avec mon blog, j’aborde toutes sortes de sujets, en particulier avec un homme qui atteint la quarantaine mais reste d’une curiosité redoutable, une qualité considérable. Si mon blog est pluridisciplinaire c’est tout simplement parce que c’est une conséquence de ma curiosité et, donc, nos conversations ont débordé de diversité.

Le premier point abordé fut le climat, le réchauffement climatique maintenant dénommé le « changement climatique » (on ne sait jamais …) et l’effet de serre du CO2 devenu un dogme, comme le dogme de l’immaculée conception pour les catholiques. On parle tellement du changement climatique dans les médias qu’on se trouve dans un véritable état nauséeux ! J’ai osé lui raconter cette histoire que j’aime raconter aux Espagnols à propos du dogme de la virginité de Marie, eux pour qui la Vierge est une véritable idole qu’on promène dans les rues comme étaient vénérés Vénus et Jupiter dans le panthéon romain. J’ai choqué plus d’un Espagnol en lui expliquant que, selon mon analyse, Marie a trompé son naïf d’époux, pauvre charpentier (ou berger, je ne sais plus) insignifiant, en forniquant avec le Saint-Esprit, c’est ce l’on nous raconte mais elle aurait pu être infidèle avec n’importe quel autre homme, pour mettre au monde un enfant adultérin. Il fallait que Joseph soit le cocu de l’histoire. J’ai failli être lynché par des Espagnols profondément choqués par mes propos.

Cette obsession du climat est l’enfant adultérin de l’écologisme militant et de la fausse science répandue par les instances onusiennes en charge de sauver la planète, Gaïa, la nouvelle divinité des temps modernes, et il faut y croire sinon … sinon on est taxé de fascisme. C’est tout simplement renversant ! Quand j’ai prononcé le mot fascisme j’ai apporté quelques explications. En effet l’écologisme est une émanation de l’ultra-gauche, idéologie reprise par les puissances financières afin de réaliser in fine de gigantesques profits en culpabilisant – c’est le rôle de cette ultra-gauche – l’ensemble des populations, surtout des pays les plus avancés (car c’est là où se trouve la richesse) pour mieux les rançonner.

Et puis comme j’avais effleuré la religion en des termes non pas sarcastiques mais humoristiques j’ai exposé mon point de vue sur le parallélisme saisissant entre cette entreprise de sauvetage de Gaïa, la nouvelle déesse, et le système scandaleux des indulgences mis au point par la papauté pour s’enrichir sur le dos des gueux. Mon interlocuteur était « scotché » comme on dit maintenant et j’étais assez fier de ma démonstration.

Tout naturellement nous en sommes venus à parler de sexe et je lui ai dit que pour moi parler de sexualité, de la manière pour un homme de procurer le maximum de jouissance à sa partenaire, pour un hétérosexuel que je suis, c’était comme de disserter de la meilleure recette de gratin de pomme de terre. Faut-il une ou plusieurs pointes d’ail dans le gratin, des oignons ou pas, du fromage ou pas de fromage, un gratin lyonnais ou un gratin dauphinois ? C’est comme dire si on met son doigt, ou une autre pièce de son anatomie, ici, là, un peu plus haut, ou un plus bas, pour que votre petite amie en redemande et qu’elle soit comblée de plaisir. J’ai fait une digression sur l’ail, c’était tout à fait à propos puisque l’ail contient de l’allicine. Mon interlocuteur était peu perdu alors je lui ai expliqué que l’ail était reconnu par la pharmacopée populaire comme favorisant la virilité de l’homme, normal puisqu’il contient de l’allicine qui est un puissant vaso-dilatateur ayant, de loin, les mêmes effets que le sildenafil, plus connu sous le nom de Viagra.

Comparer l’art de faire l’amour avec l’art de préparer un gratin de pomme de terre n’est pas anodin. En effet, il n’y a que deux activités importantes dans la vie de tous les jours, en particulier pour les Français : le sexe et la bouffe ! Et pour se nourrir il faut de l’argent, donc travailler, c’est ce qui gouverne tout individu et par extension le monde entier : le sexe et l’argent. J’ai été taxé de pessimisme mais j’assume pleinement ma position.

Pour le climat, je lui ai fait remarquer que le CO2 n’était pas toxique puisque lorsque nous respirons, nous exhalons de l’air carrément vicié puisqu’il contient plus de 2000 ppm de CO2. Et toujours à propos du climat, je lui ai fait remarquer que l’IPCC avait inventé le mouvement perpétuel avec son effet de serre rétro-forcé qui présente l’incroyable propriété de s’auto-alimenter, sans entrer dans trop de détails de thermodynamique. Tous les sujets « climatiques » brûlants ont été abordés en particulier l’énergie. Comme mes lecteurs le savent je suis un fervent partisan de l’énergie nucléaire mais que je ne crois pas à la faisabilité de la fusion. Mon interlocuteur était surpris que je considère que le projet ITER c’est de l’argent jeté non pas par les fenêtres mais directement à l’égout. Et si on veut « sauver le climat », c’est ce que nous ressassent les médias inlassablement, au point de finir par être soi-même lassé, la seule solution est de développer l’énergie électrique basée sur la fission nucléaire, que ce soit à partir d’uranium ou à partir de thorium. Et il y en a assez dans la croute terrestre pour satisfaire la soif d’énergie du monde entier pendant plusieurs millénaires sans mentionner les ressources infinies en uranium de l’eau de mer que l’on sait « capter » maintenant …

Dans le cours de nos conversations longues et arrosées cet ami de mon dernier fils me demanda de me définir. Vaste question ! Je me servis un whisky, je m’en souviens très bien, parce qu’il est très difficile de se définir soi-même globalement, c’est-à-dire en ne tentant pas de dissimuler les travers de sa personnalité. Il s’agit d’un exercice difficile. Ou bien j’entrais dans les détails ou alors je sortais un salve de qualificatifs éculés que tout le monde connait. J’optais pour cette deuxième solution. C’est ainsi que je me définis : je suis libertaire ou pour être plus précis libre penseur, anti-militariste, anti-clérical, apolitique ou plutôt politiquement incorrect, (ex)scientifique attéré par l’usage politisé que l’on fait aujourd’hui de la science. Ça fait beaucoup ! Par contre j’ai quelques qualités, la curiosité, le sens de l’humour, l’amour de la vie et de l’esthétique qu’il s’agisse de la musique, des romans, des films, de la nature, et bien entendu du corps d’une belle femme ou du visage d’un jeune enfant tout fier d’avoir fait ses premiers pas …

Et puis cet ami de mon fils m’a posé l’ultime question que j’attendais : pourquoi tenir un blog ? Depuis que j’ai cessé toute activité professionnelle j’ai toujours aimé écrire mais je n’ai jamais fait l’effort d’aller solliciter un éditeur pour rendre publics des essais intimistes. À quoi bon éventuellement gagner quelques euros en autorisant un éditeur à s’approprier la plus grande part des bénéfices incertains pouvant émerger d’une telle entreprise. Tenir un blog c’est informer gracieusement de potentiels lecteurs aussi honnêtement que possible en abordant des sujets parfois soumis à une véritable censure par les grands médias. Et cette gratuité est fondamentale car elle préserve ma liberté d’expression. Et je suis assez fier, parfois, de secouer les neurones de mes lecteurs.

Excellente nouvelle année 2020 à tous mes lecteurs …

Japon : réflexion sur la notion de groupe sociétal et de respect

Quand je séjourne au Japon j’observe mes petits-enfants et je constate que l’école occupe une grande importance dans leur vie. Il y a dans leur école l’omniprésence de l’éducation – ou plutôt de la formation – des enfants à l’appartenance à un groupe. Les enfants ne se reconnaissent pas en société, l’école étant une petite société à l’échelle réduite, mais en tant que membres du groupe que constitue la classe dont ils font partie. Les élèves doivent le respect à leurs enseignants et ce souci du respect constitue le fondement de l’appartenance au groupe. Au Japon, bien qu’étant en apparence individualiste, chaque individu a toujours présente à l’esprit cette appartenance au groupe et sans respect de chacun, des règles de vie en groupe et du prolongement de la personnalité que constitue cette appartenance au groupe alors toute recherche d’une vie harmonieuse serait vaine.

Par exemple, puisque j’ai mentionné les chemins de fer japonais dans divers billets, chaque employé des compagnies de chemin de fer – outre Japan Rail il y a aussi une multitude d’autres compagnies privées – fait partie du groupe qui gère une ligne et sa première préoccupation est le bon fonctionnement de la ligne de chemin de fer au sein de laquelle il travaille. Comme on l’apprend aux enfants des écoles chaque jour, chaque mois, chaque année, le respect est la règle de vie fondamentale. Sans respect, faut-il le répéter, toute vie en groupe serait impossible. C’est la raison pour laquelle il n’y a jamais de grève dans les chemins de fer au Japon et pour la même raison les trains sont toujours scrupuleusement à l’heure à moins de 30 secondes près.

L’appartenance à un groupe professionnel, par exemple une grande entreprise, signifie que l’employé, quel que soit son niveau de responsabilité, respecte son entreprise à laquelle il doit tout y compris sa retraite constituée par capitalisation. Jamais, toujours pour la même raison, il n’y aura de conflit social comme il en existe régulièrement dans de nombreux pays européens. Cette attitude fondée sur le respect de chacun, du bien public et du style de vie quotidienne s’acquiert dès le plus jeune âge et si cette formation, en quelque sorte, n’a pas été fructueuse, alors la vie de l’enfant devenu adulte est presque marginale voire impossible. Le système éducatif japonais est sélectif en ce sens que si un enfant de 14-15 ans n’est pas « fait » pour poursuivre des études secondaires il est orienté vers l’apprentissage de métiers manuels et il se comportera dans la vie quotidienne en adoptant une attitude marginale. Par exemple on n’a pas le droit de fumer dans la plupart des rues de Tokyo mais aussi de n’importe quelle autre ville. Apparemment seuls les ouvriers s’arrogent le droit de transgresser cette interdiction. Ils se comportent comme leur groupe à eux mais ils ne respectent pas les lois non écrites de l’ensemble de la société qui est le super-groupe auquel ils appartiennent pourtant. Dans la vie professionnelle l’employé d’une grande société comme Mitsubishi ou Sumitomo est partie intégrante du groupe professionnel pour la vie, bien que l’emploi à vie dans une grande entreprise industrielle soit remis en question timidement en raison de l’évolution des technologies. Mais l’esprit de groupe reste omniprésent et cet esprit sera après la retraite entretenu par des repas, des réunions et diverses autres manifestations qui rappellent à l’individu qu’il n’est une personne respectée que s’il reste au sein de ce groupe bien que n’exerçant plus aucune activité professionnelle.

C’est ainsi que la société japonaise est stratifiée en groupes, sans qu’il y ait de systèmes de castes comme c’est le cas en Inde. Est-ce le secret du degré de civilisation et d’efficacité d’un tel pays, dans tous domaines, qu’il s’agisse de la recherche de l’excellence ou de la possibilité d’une reconnaissance de chaque individu dans sa valeur intrinsèque par le groupe auquel il appartient ? Peut-être bien et c’est ce qui explique l’attitude des enfants qui n’ont de cesse, au cours de leur scolarité, de tenter d’intégrer la plus prestigieuse ‘junior high », on dirait en France le lycée.

Pour digresser sur ce dernier point j’analyse le cas de ma petite-fille qui serait à peu près en classe de sixième dans le système français. Elle a décidé sans aucune influence de la part de ses parents de tenter d’intégrer une « junior high » prestigieuse et elle se soumet trois fois par semaine à des leçons particulières dans le but de préparer le concours de sélection d’entrée à cette école qui aura lieu dans un peu plus d’un an. L’année scolaire débute en effet le premier avril au Japon. En quoi consiste cette formation spécifique ? Le calcul mental et la vitesse avec laquelle une division ou une multiplication avec des nombres à trois chiffre sont effectuées, la vitesse d’écriture, de lecture, la qualité de l’élocution ! Je suppose qu’un de mes lecteurs ayant trempé un peu dans l’enseignement croira que je suis en plein délire. C’est pourtant la vérité.

Alors, si ma petite-fille réussit ce concours très sévère, elle fera partie d’un groupe restreint constituant la future élite de la nation mais ce groupe sera toujours une partie intégrée dans le super-groupe du pays sous-entendant que tous les individus respectent les us et coutumes et se respectent les uns et les autres. Sans ces bases fondamentales qui constituent le fondement d’une civilisation et sa pérennité, quelle que soit la nature d’un sous-groupe du pays, toute vie en commun devient impossible.

Tokyo et ses environs : un univers de contrastes (suite)

Nous sommes allé, mon fils et moi-même à Kawagoe dans la préfecture de Saitama. Pourquoi passer une partie de la journée dans une ville-dortoir de près de 300000 habitants entourée de cultures maraîchères et de rizières, finalement sans caractère ? Il n’y a pas de montagnes à l’horizon et à première vue cette ville ressemble étrangement à n’importe quel quartier de Tokyo sinon qu’il n’y a pas d’immeubles de bureaux mais d’immenses complexes de tours, surtout près de la gare ferroviaire, qui sont de vastes concentrations d’appartements permettant aux employés qui vont travailler à Tokyo chaque matin de vivre dans le calme et surtout de pouvoir supporter d’éventuels loyers ou impôts fonciers s’ils sont propriétaires beaucoup moins élevés qu’à Tokyo même ou ses proches environs. Pour se rendre à Shinjuku depuis Kawagoe, Shinjuku étant l’un des centres d’affaires de Tokyo et abondamment pourvu de connections ferroviaires ou de métro (il y a 9 lignes de métro à Shinjuku), il faut endurer une heure et quart de train entassé comme des sardines dans une boite chaque matin et chaque soir.

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Nous sommes allé en vélo (électrique pour votre serviteur) depuis la maison de mon fils jusqu’à à la gare de train sur une ligne qui dessert le grand-ouest de Tokyo et comme il se doit – tout est parfaitement organisé – les vélos ont été garés dans un parking sous-terrain, presque du luxe.

La particularité de Kawagoe réside dans le fait qu’elle n’a pas été bombardée en 1944 et 1945 par les Américains tout simplement parce que cette ville ne présentait aucun intérêt stratégique. Il y a donc de beaux restes d’architecture ancienne et on peut se faire une idée de ce que pouvait être une ville japonaise avant la deuxième guerre mondiale. Presque à l’ombre des grands édifices résidentiels il existe encore de nombreuses petites demeures ayant résisté au temps et aux tremblements de terre. Il y a peu de touristes tout simplement parce qu’ils dédaignent ce genre de d’expédition réservée aux curieux. Ci-après quelques photos, dont une petite tour permettant de sonner le tocsin en cas d’incendie :

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Les toits en tuiles vernissées étaient universellement utilisés à l’époque. Les tuiles sont épaisses et pesantes, encastrées les unes dans les autres et emboitées avec des crochets. De lourdes et imposantes faîtières les maintiennent en place en cas de typhon. Les volets épais sont en bois massif de thuya pour protéger l’habitation des typhons dont on voit deux troncs dans le cliché pris dans le petit parc entourant un temple bouddhiste situé près de ce quartier préservé où un shogun résida quelques jours en des temps reculés.

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Notes. La ville de Saitama, 1,3 millions d’habitants, se trouve à 30 kilomètres du centre de Tokyo. Elle fait partie de la conurbation de Tokyo, étant reliée par un réseau complexe et dense de communications ferroviaires et de métros. La ville de Kawagoe accueillera une partie des compétitions olympiques de golf en 2020 et pour l’anecdote elle est jumelée avec Autun en France.

Tokyo ville de contrastes (épisode 2) : les chemins de fer à Tokyo

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J’ai fait un cliché de qualité médiocre des proches environs de la gare ferroviaire de Shimbashi située à deux stations au sud de la gare centrale Tokyo-station, soit environ 3 kilomètres. On discerne dans ce cliché le viaduc ferroviaire en briques rouges et le passage d’une rame de la ligne Yamanote. Tokyo-station, qui n’a aucun caractère central sinon qu’elle est proche du Palais Impérial, a été construite au cours des années 1910 à la demande de l’armée qui exigeait une ligne de chemin de fer reliant Tokyo à Nagoya par l’intérieur afin d’éviter d’exposer les trains circulant sur la voie côtière vers le sud de Honshu en direction d’Osaka à d’éventuels bombardements par les marines étrangères. Ce projet a été réactualisé il y a une dizaine d’années seulement pour créer une ligne de shinkansen ultra-rapide (350 km/h) pour relier ces deux villes et elle sera opérationnelle au milieu des années 2020. Au début du XXe siècle la gare de « Tokyo-central » était donc le point de départ de cette ligne future qui s’appelle aujourd’hui la Chuo Line qui s’arrête quand elle atteint les montagnes de l’ouest de l’agglomération de Tokyo sans être jamais allée jusqu’à Nagoya.

Vers le sud il existait toujours au début du XXe siècle la station terminale appellée Shimbashi de la première ligne de chemin de fer allant jusqu’à Yokohama dont la création remonte à la fin de la guerre russo-japonaise en 1872. Shimbashi, donc à environ 3 kilomètres de Tokyo-central, fut reliée à celle-ci vers 1920 par un long viaduc partiellement construit avec des briques qui a résisté à de nombreux tremblements de terre dont celui particulièrement dévastateur de 1923 quelques années seulement après sa construction et qui détruisit la presque totalité de Tokyo. Ce viaduc pas très élevé, une dizaine de mètres tout au plus, permettait la libre circulation entre les quartiers est et ouest de la ville.

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Il est toujours là et des milliers de trains l’empruntent chaque jour excepté les shinkansen pour lesquels une voie parallèle a été créée spécialement. Depuis ce tremblement de terre qui traumatisa le peuple japonais ce tronçon de viaduc est scruté minutieusement. Les arches ont été renforcées avec du béton armé (je n’ai pas su déterminer en quelle année) et les espaces situés sous ces arches sont louées par la compagnie JR (Japan Rail) à diverses sociétés dont majoritairement des restaurants. Il y a des travaux incessants sur ce viaduc, voie névralgique du système ferroviaire de la ville de Tokyo. L’illustration ci-dessus montre une série de capteurs destinés à surveiller le pilier entre deux arches 

On se trouve là devant un vestige du passé comme la gare de Tokyo au beau milieu d’édifices flambants neufs construits pour résister aux pires des tremblements de terre comme celui du 11 mars 2011.

Pour l’anecdote, la gare de Tokyo a reçu quelques bombes larguées par des B-29 au plus fort du bombardement de Tokyo par les Américains mais ni ce viaduc ferroviaire ni le palais impérial n’ont été pris pour cible par les Américains. La rumeur dit que cette voie ferrée fut épargnée car les yankees avaient mis sur le papier un grand plan d’invasion de toute l’île de Honshu. Cette liaison ferroviaire aurait été d’une extrême utilité pour convoyer les troupes sur le territoire japonais.

Petite histoire tokyoïte : les « like » de Facebook.

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Je ne suis pas du tout un fanatique du réseau social Facebook, pire encore je suis viscéralement opposé à l’intrusion de cette société dans ma vie privée puisque tout ce que laisse un amateur de ce réseau est mémorisé pour être analysé afin d’orienter les aspirations de celui-ci à qui la société de la Silicon Valley insèrera sur ses fils de discussion des publicités ciblées, gratuitement mais pas tout à fait pour tout le monde. Facebook est une immense tentacule qui s’infiltre dans la vie privée de ses utilisateurs à leur insu. Les fameux « like », icônes sur lesquels les fanatiques de ce réseau « cliquent » permettent à Facebook tout simplement d’augmenter son chiffre d’affaire car plus il y a de « like » pour une page publicitaire plus l’annonceur paie pour cette dernière. Mais au fait qui a inventé les « like » ? Attention, seul le rapprochement entre Facebook et la suite de ce billet est humoristique.

Dans l’espace jouxtant l’école nationale de shiatsu située dans le quartier de Korakuen à Tokyo se trouve une statue de Tokujiro Namikoshi (1905-2000), le fondateur de la nouvelle thérapie shiatsu, littéralement en japonais « pression avec les pouces ». Les meilleurs praticiens de cette technique de massage pas vraiment agréable car souvent très douloureuse furent traditionnellement des aveugles, comme il y a des aveugles pour accorder les pianos. Lorsque le Général McArthur s’installa durablement avec ses conseillers à Tokyo et dans l’ensemble du pays en conquérant et vainqueur son objectif était de briser la culture et les traditions japonaises. Il s’attaqua de front au massage shiatsu et des milliers d’aveugles se retrouvèrent sans emploi. Cette acte scandaleux de McArthur émut la population et les aveugles purent finalement après des mois de tractations retrouver le seul travail qu’ils étaient capable de pratiquer.

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Quand je suis allé pour la première fois me soumettre à un massage à l’école nationale de shiatsu à Tokyo dans le quartier de Korakuen, pas très loin du Tokyo Dome, ce fut un aveugle qui s’occupa de moi, il y a maintenant une quinzaine d’années. Il m’a fait dire par une employée du cabinet de massage ouvert au public parlant anglais que je devrais moins picoler … Il y a donc une statue du maître Namikoshi devant l’entrée de cette école et le « like » à la Facebook pour signifier que c’est avec les pouces que repose toute la magie de cette technique de massage.

Tokyo : ville de contrastes (épisode 1)

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L’immense ville de Tokyo, environ 14 millions, d’habitants fait partie avec une dizaine d’autres villes de la plus grande conurbation du monde avec près de 39 millions d’habitants autour de la baie éponyme. C’est une ville sans unité architecturale aucune, une sorte de patchwork hétéroclite de quartiers d’affaire d’avant-garde et de zones résidentielles. En quelques dizaines de mètres on passe d’un univers à un autre en particulier dans le « centre » de Tokyo. Ce centre a une superficie sensiblement identique à Paris « intra-muros ». Il est délimité par la ligne de chemin de fer en boucle Yamanote d’une longueur égale à celle du périphérique parisien comportant 30 stations pratiquement (il y en avait 29 il y a un an mais une extension de la gare de Shinagawa en a fait le trentième) toutes reliées à des correspondances ferroviaires aériennes ou des lignes de métro souterraines. De plus toutes les stations de train y compris dans les quartiers périphériques de la ville hébergent des gares routières desservant judicieusement les quartiers alentour. L’ensemble de tous ces transports en commun est unique au monde de par sa densité, ses interconnections, sa ponctualité et sa propreté. Dans les mailles de ce lacis très dense de transports en commun se trouvent donc des « quartiers » présentant tous leur particularisme dont l’origine pourrait être expliquée par un historien érudit spécialisé de cette ville.

Il y a des quartiers qui concentrent les magasins où on peut acheter de la vaisselle et des équipements pour la cuisine, d’autres où il y a une multitude d’échoppes d’instruments de musique, d’autres entièrement consacrés à l’électronique ou encore ceux qui regorgent d’articles en cuir. Il y a quelques jours déjà je suis allé me promener en famille dans le quartier d’Ochanomizu à l’intérieur de la voie circulaire Yamanote, cette station faisant partie de la Yamanote. Il y a aux alentours de cette station de train le « Tokyo Dome », stade de base-ball couvert, un sanctuaire shinto d’un extrême dépouillement, une cathédrale catholique, une église orthodoxe monumentale et plusieurs universités dont la prestigieuse Meiji University. Cette université privée n’a pas de « campus » mais c’est seulement un grand édifice d’une trentaine d’étages assez austère de par son architecture. À quelques pas de là on trouve des gargotes étonnantes (illustrations) dans des petites rues étroites probablement très fréquentées le soir par la faune estudiantine. À Tokyo, trouver un endroit pour se restaurer n’est pas vraiment un problème : il y a plus de 170000 restaurants et la plus forte densité de restaurants « étoilés Michelin » : 224 ! Vous avez bien lu. Voici deux clichés donnant une idée précise des côtés inattendus de cette ville : un restaurant où on mange du poisson et tout près un bar à saké …

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Première illustration : Meiji University