Histoire de bisons

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C’est en comparant attentivement des peintures pariétales dans diverses grottes du sud de la France occupées par les hommes il y a 30 à 40000 ans que des paléontologues ont découvert que nos ancêtres avaient représenté deux espèces de bisons différentes. Or le bison d’Europe qui a échappé de justesse à l’extinction massive de la « mégafaune » qui sévit à la fin du Pléistocène à la faveur d’un changement climatique profond ne ressemble ni à celui représenté à Lascaux ni à celui peint dans la grotte Chauvet même si ces représentations sont stylisées. Ci-dessus le bison peint dans la grotte de Lascaux et ci-dessous celui peint dans la grotte Chauvet.

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Une équipe internationale allant de la Russie à l’Australie en passant par la France et l’Allemagne a voulu en avoir le coeur net. Il s’est agi de retrouver des ossements de bisons et ce fut chose faite dans l’Aven d’Arquet situé pas très loin de la grotte Chauvet mais aussi dans bien d’autres sites éparpillés dans toute l’Europe. Le séquençage de l’ADN mitochondrial tant de 38 restes d’ossements datant de 50 à 14000 ans que des bisons européens actuels a permis d’établir une sorte d’arbre généalogique du bison d’Europe actuel appelé « wisent » :

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Le bison d’Europe dont il n’existe plus aujourd’hui que quelques 4000 individus à l’état semi-sauvage résulte d’un croisement des deux espèces de bisons peints dans les grottes il y a 40000 ans environ. Il s’agit du bison des steppes, aujourd’hui disparu, ayant une sorte de crinière et de longues cornes et de l’autre bison peint dans les grottes sans trop de crinière et avec de plus petites cornes, également disparu aujourd’hui, mais dont le bison actuel d’Europe (de l’Atlantique à l’Oural) est issu. La très forte pression de sélection qui eut lieu à la fin du Pléistocène sélectionna cet hybride qui résista donc à l’extinction massive de la mégafaune européenne qui comprenait, entre autres animaux, les mammouths laineux et également des animaux apparentés aux rhinocéros.

Source : Nature communications, doi : 10.1038/ncomms13158

Des dinosaures dans les Pyrénées : ils ont laissé des traces !

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La partie méridionale de la chaine des Pyrénées renferme un trésor paléontologique qui a été systématiquement étudié par une équipe de scientifiques de l’Université Autonome de Barcelone dirigée par le Docteur Victor Fondevilla. Il s’agit de traces de sauropodes, des dinosaures géants pouvant peser jusqu’à 90 tonnes, herbivores et vivant dans ce qui était alors une savane humide densément recouverte de plantes variées. La région étudiée se trouve au sud-est de Seo de Urgel et est un assez vaste synclinal – une sorte de cuvette appelée par les spécialistes formation de Tremp – constituée de grès et de conglomérats, cuvette comblée en partie par des sédiments. Les traces de sauropodes ont été découverte tout autour de la formation géologique de grès. Ces roches ont été datée par une technique dite de paléomagnétisme et remontent pour celles où ont été retrouvées les traces de dinosaures à environ 300000 ans avant la transition crétacé-paléogène (ou crétacé-trias) qui fut provoquée par un évènement cosmique de grande ampleur conduisant à la disparition soudaine des dinosaures, en particulier ceux ayant atteint des tailles géantes qui étaient les derniers représentants de ces animaux.

Les traces retrouvées constituent donc une signature ultime de la présence des sauropodes européens.

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Cette illustration montre clairement diverses traces soit en relief soit en creux et ceci s’explique facilement dans la mesure où la surface du sol sur laquelle ont marché ces dinosaures a ensuite été recouverte d’alluvions qui au cours des dizaines de millions d’années suivantes ont été progressivement transformés en roches plus ou moins tendres selon l’activité géologique et les constituants de ces sédiments. Dans l’illustration ci-dessus les barres représentent 15 centimètres. Il s’agit donc d’espèces d’hadrosaures de taille sensiblement moins imposante que ceux qui ont aussi laissé des traces en Amérique du Nord dans le Colorado.

L’ensemble de ces empreintes de pieds de dinosaures a été reconstitué de la manière suivante :

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Plus incroyable encore est la découverte sur le même site d’une « empreinte » de peau d’hadrosaure. L’animal s’est probablement ébroué dans une rivière et a laissé cette empreinte au fond des sédiments qui ont été à la suite d’une crue recouverts d’alluvions. Les temps passants les sédiments ayant « reçu », si on peut dire les choses ainsi, cette empreinte de peau ont disparu laissant les alluvions eux-mêmes transformés en grès avec les millions d’années reconstituer l’aspect initial de cette peau comme si les temps géologiques avaient effectué un moulage :

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À quelques mètres de cette traces incroyable de peau a été découverte l’empreinte du pied d’un titanosaure, le plus grand sauropode. Il est donc possible que cette peau ait appartenu à ce genre de dinosaure, sans toutefois qu’il soit possible de l’affirmer. La barre noire représentant 5 cm il est donc facile d’imaginer que ces immenses sauriens possédaient une peau granuleuse ressemblant à celle de certains lézards d’aujourd’hui.

Sources : PlosOne, doi : 10.1371/journal.pone.0072579 en accès libre et Geological Magazine, doi : 10.1017/S0016756816000868 , article aimablement communiqué par le Docteur Fondevilla qui est chaleureusement remercié ici.