L’arbitraire et la censure sont de retour en Occident

Par Thierry Meyssan (29 décembre 2020, voltairenet.org)

Note liminaire. Cet article paru avant les évènements du Capitole à Washington et la fermeture de tous les moyens de communications du Président Trump sur les réseaux sociaux est prémonitoire. Dans un prochain billet je disserterai au sujet de la « disparition » de Jack Ma.

À l’invention de l’imprimerie, de nombreux auteurs contestèrent les a priori de leur époque. Il fallut quatre siècles de combats pour que l’Occident finisse par garantir la liberté d’expression. Cependant avec l’invention d’Internet, la qualité d’auteur se démocratisa et la liberté d’expression fut immédiatement remise en question. Il faudra peut-être plusieurs siècles pour absorber ce choc et rétablir la liberté d’expression. En attendant, la censure est de retour.

Lorsque nous avons fondé le Réseau Voltaire, en 1994, notre première préoccupation était de défendre la liberté d’expression en France, puis dans le monde.

Or aujourd’hui, ce concept est, à notre sens, déformé et combattu. Nous allons donc tenter de définir encore cet idéal.

La circulation des idées connut un essor considérable avec l’invention de la typographie moderne, à la fin du XVème siècle. Il n’était plus possible de croire aveuglément des autorités, chacun pouvait se faire son opinion.

L’on s’accorda à affirmer que bien que le débat soit indispensable à l’évolution de la pensée humaine, certaines idées seraient dommageables pour la société et devraient donc être censurées. Les autorités devaient déterminer ce qui était utile et ce qui était nuisible. Mais la création du célèbre Index librorum prohibitorum (Index des livres interdits) par le pape Paul IV ne permit pas d’empêcher la diffusion des idées anti-papistes.

Notre point de vue, au contraire, est que, dans la plupart des cas, la censure est plus dommageable que les idées qu’elle interdit. Toutes les sociétés qui pratiquent la censure finissent par se figer. C’est pourquoi toute les autorités de censure ont un jour été renversées.

À ce stade là, deux grandes écoles s’affrontent. L’article 11 de la Déclaration [française] des Droits de l’homme et du citoyen stipule (1789) que la loi devra déterminer et réprimer les abus de la liberté d’expression, tandis que le 1er amendement à la Constitution US (1791) pose qu’aucune loi ne pourra limiter cette liberté.

Les États-Unis étaient une nation en formation qui venait de s’émanciper de la monarchie britannique. Ils n’avaient pas encore conscience des difficultés à vivre en société, mais avaient déjà souffert des abus du Pouvoir de Londres. Ils avaient donc une conception des libertés sans limites.

Il a fallu près d’un siècle pour que le législateur français parvienne à déterminer les limites de la liberté d’expression : la provocation à commettre des crimes ou des délits, l’injure et la diffamation. Par rapport au régime de censure, le contrôle n’est plus exercé avant publication, mais après.

Les pays latins appellent diffamation le fait de rapporter des éléments désobligeants sans pouvoir en produire la preuve, étant entendu que certains faits ne peuvent pas être prouvés (par exemple des faits amnistiés, des crimes prescrits ou simplement des éléments de vie privée) et donc ne sont pas publiables. Au contraire, les pays anglo-saxons n’appellent diffamation que des imputations dont on peut prouver la fausseté. Dans la pratique, les lois latines exigent que l’auteur prouve ce qu’il avance, tandis que les lois anglo-saxonnes posent au contraire que c’est à la personne diffamée de prouver que l’auteur raconte n’importe quoi.

Dans un cas comme dans l’autre, les tribunaux ne peuvent protéger la liberté d’expression que s’ils sont composés de jurys populaires (comme en Belgique) et non pas de magistrats professionnels (comme en France) susceptibles de défendre leur classe sociale. Ce fut le grand combat de Georges Clémenceau, réduit à néant lors de la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle les gouvernements reprirent le contrôle des procédures.

La liberté d’expression que l’Occident avait mis quatre siècles à élaborer a été totalement remise en cause avec l’apparition de nouvelles techniques informatiques de diffusion élargissant le nombre d’auteurs. Comme au XVIème siècle, après une courte période de liberté florissante, elle est en passe d’être entièrement contrôlée.

Jadis, les Français et les États-uniens parlaient à la fois de la liberté d’expression et de la liberté de la presse (c’est-à-dire de la possibilité d’exercer la liberté d’expression dans des journaux). A contrario, aujourd’hui la liberté de la presse est souvent invoquée pour dénier la liberté d’expression des simples mortels accusés, eux, d’être des « conspirationnistes », c’est-à-dire des incultes, des irresponsables et des dangers pour la société.

Généralement les partisans de la censure préalable n’invoquent pas leur volonté de contrôler les opinions politiques des masses, mais se placent sur le terrain de la religion (protéger la société de l’hérésie) ou de la morale (prévenir la corruption de la jeunesse par la pornographie). L’apparition des « réseaux sociaux » offre un nouveau contexte pour ressortir de vieux arguments.

Les religions établies étant en recul progressif dans l’Occident contemporain, elles sont remplacées par une nouvelle sans Dieu, mais avec ses dogmes (le consensus) et ses clercs (jadis les journalistes, aujourd’hui les propriétaires de Twitter, Facebook, Instagram, YouTube, etc.). Par exemple, l’on devrait convoquer un référendum en France pour inscrire dans la Constitution la phrase suivante : « La République garantit (1) la préservation de la biodiversité, (2) de l’environnement et (3) lutte contre le dérèglement climatique ». Trois propositions dénuées de sens puisque la biodiversité n’est pas un stade, mais un processus ; que l’environnement n’a jamais été préservé, mais toujours modifié ; et que le climat n’est soumis à aucun règlement. Il est déjà question de censurer cette remarque qui trouble le consensus, d’abord sur les réseaux sociaux, puis dans la société en général.

Chacun d’entre nous est choqué par la pornographie infligée aux enfants et souhaiterait spontanément les en préserver. Certes, mais jadis les petits paysans regardaient les animaux de la ferme – pas toujours très tendres et moraux -, aujourd’hui les petits écoliers sont persuadés que les animaux ne s’accouplent que pour perpétuer leur espèce et regardent des films – pas toujours très tendres et moraux – sur leur smartphone. Historiquement, la plupart des régimes autoritaires ont commencé par censurer la pornographie avant de s’en prendre à des idées politiques. Il est donc beaucoup moins risqué pour tous d’instaurer des procédures de contrôle parental plutôt que d’ouvrir la voie à la perte de nos libertés.

Dernières remarques : un grand pas en arrière a été franchi en 1990 avec les lois européennes réprimant le « négationnisme », puis dans les années 2000 avec les privilèges accordés aux réseaux sociaux, et enfin dans les années 2010 avec les agences de notation.

On aurait compris que des lois répriment des formes de réhabilitation du régime racialiste nazi, mais pas qu’elles s’érigent en gardien de la Vérité. Surtout, et c’est là le point le plus important, elles ont rétabli des peines de prison pour les contrevenants. Il est donc possible aujourd’hui en Europe de se retrouver en prison pour ses idées.

Les forums internet (dont Twitter, Facebook, Instagram ou YouTube) ont obtenu un ahurissant privilège aux États-Unis afin de conquérir le monde. Ils sont considérés à la fois comme des transporteurs d’information (comme les Postes) et comme des régulateurs de l’information qu’ils véhiculent ; comme si les Postes avaient le droit de lire ce qu’elles acheminent et de censurer ce qui leur déplaît. Assurant qu’ils ne sont que des transporteurs neutres, ces forum protègent l’anonymat de leurs clients. Il s’en suit qu’ils véhiculent tous parmi leurs messages certains provoquant la commission de crimes et de délits, injurieux et diffamatoires et qu’ils couvrent leurs auteurs. Alors qu’en matière de presse écrite, l’imprimeur qui refuse de révéler le nom de son client est considéré comme responsable des propos qu’il a imprimé, ces « transporteurs d’information » se sont érigés en « régulateurs ». Ils refusent toujours de livrer le nom des coupables, mais détruisent souverainement les comptes qu’ils jugent contraires à leurs idées. Ce faisant, ils s’érigent en juges, sans lois, sans débats, ni appels.

Le 28 mai 2020, le président Donald Trump leur a retiré ce privilège ouvrant la voie à une régulation par la Justice, mais il est peu probable que le Congrès US transformera cette décision de l’Exécutif en loi. D’autant que des propriétaires de ces forums ont déjà créé avec l’Otan des agences de notation des sites internet qui échappent à leur contrôle (dont NewsGuard). Il s’agit pour eux d’enfouir les mauvais pensants dans les profondeurs des moteurs de recherche jusqu’à les faire disparaître. L’arbitraire et la censure sont de retour.

La Columbia Journalism Review explique comment la Fondation Gates manipule les médias.

La plupart des articles publiés par la Columbia Journalism Review (CJR), un « magazine » bisannuel essentiellement numérique publié et édité par la Columbia School of Journalism et son personnel, sont moralisateurs et vus à travers une lentille de propagande crypto-marxiste, écrite par un cortège apparemment sans fin d’écrivains de magazines qui ont perdu leur poste de journalistes. Mais il arrive de temps en temps, tout comme pour le New-York Times (NYT), le Washington Post et CNN que CJR ait raison. Et heureusement pour nous, tôt ce mois-ci, lorsque le site CJR a publié cet article perspicace décrivant l’influence de la Fondation Gates sur les médias qui la couvrent.

La plupart des lecteurs n’ont probablement pas réalisé combien d’argent la Fondation Gates dépense pour soutenir des entreprises médiatiques y compris à but lucratif comme le New York Times et le Financial Times, certains titres les plus florissants financièrement grâce à leurs lecteurs fidèles. Pour la plupart des entreprises de médias, qui n’ont pas les moyens financiers des deux titres cités ci-dessus, les liens financiers vont encore plus loin. Schwab commence son article avec son exemple le plus frappant : la NPR (National Public Radio).

En août dernier la NPR a fait la chronique d’une expérience dirigée par l’Université d’Harvard pour aider des familles à faible revenu à trouver un logement dans des quartiers plus riches, pour pouvoir donner à leurs enfants l’accès à de meilleures écoles et une opportunité de « briser le cycle de la pauvreté ». Selon les chercheurs cités dans l’article, ces enfants pourraient entrevoir des revenus de plus de 183 000 $ au cours de leur vie, une prévision stupéfiante pour un programme de logement encore au stade expérimental. Si vous vous renseignez un peu en lisant l’histoire, vous remarquerez que chaque expert cité est connecté à la Fondation Bill & Melinda Gates, qui aide à financer le projet. Et si vous faites vraiment attention, vous verrez également la note de l’éditeur à la fin de l’article, qui révèle que la NPR elle-même reçoit un financement de Gates.

Le financement de la NPR par Gates « n’a pas été un facteur expliquant pourquoi ou comment nous avons fait l’histoire », a déclaré la journaliste Pam Fessler, ajoutant que ses reportages allaient au-delà des personnalités citées dans son article. L’histoire, néanmoins, n’est que l’une des centaines de rapports de la NPR sur la Fondation Gates ou le travail qu’elle finance, y compris une myriade d’articles favorables aux points de vue de Gates ou de ses bénéficiaires.

Et il s’agit d’une tendance plus large – et d’un problème éthique – avec des philanthropes milliardaires qui financent les médias. La Broad Foundation, dont le programme philanthropique comprend la promotion d’écoles sponsorisées finance en partie des reportages du LA Times sur l’éducation. Charles Koch (Broad Foundation) a fait des dons de bienfaisance à des institutions journalistiques telles que le Poynter Institute, ainsi qu’à des organes de presse tels que le Daily Caller, qui soutiennent sa politique conservatrice. Et la Fondation Rockefeller finance Vox’s Future Perfect, un projet d’établissement de rapports qui examinent le monde « à travers le prisme de l’altruisme efficace » et se penche souvent sur la philanthropie.

Alors que les philanthropes comblent de plus en plus les déficits de financement des agences de presse – un rôle qui est presque certain de s’étendre avec la crise que traversent les médias à la suite de la pandémie de coronavirus – une préoccupation peu analysée est de savoir comment cela affectera la manière dont les salles de rédaction glorifieront leurs bienfaiteurs. Nulle part cette préoccupation n’est plus importante qu’avec la Fondation Gates, l’un des principaux donateurs des rédactions et un sujet fréquent de couverture médiatique favorable.

Ce n’est qu’un rappel supplémentaire que tous les rapports de la NPR sur le coronavirus et la Chine sont suspects en raison de ses liens avec Gates et, par extension, avec l’OMS. En avril, nous avons noté qu’un article de la NPR était un exemple flagrant de journalisme qui n’avait pas clarifié explicitement tous ses liens sources vers la Chine, bien que quelques indices aient été inclus au sujet du laboratoire P4 de Wuhan. Bien sûr, même CJR a laissé de côté certains exemples marquants du penchant des médias pour la protection de Gates. Il aurait été un ami proche de Jeffrey Epstein :

La Fondation Gates s’illustre par le niveau élevé d’influence qu’elle exerce sur les médias, mais ce n’est pas la seule. La Fondation Clinton a bénéficié d’un traitement tout aussi léger de la part de la presse grand public, sinon plus. Peu de reportages peu flatteurs ont été faits sur la Fondation Clinton jusqu’à ce que Steve Bannon aide Peter Schweizer à produire le « Clinton Cash ». Lisez le passage de l’article de CJR ci-dessous:

« J’ai récemment examiné près de vingt mille subventions caritatives que la Fondation Gates avait accordées jusqu’à la fin juin et j’ai trouvé plus de 250 millions de dollars destinés au journalisme. Les destinataires comprenaient des opérations d’information comme la BBC, NBC, Al Jazeera, ProPublica, National Journal, The Guardian, Univision, Medium, The Financial Times, The Atlantic, le Texas Tribune, Gannett, Washington Monthly, Le Monde et le Center for Investigative Reporting, des organisations caritatives affiliées à des organes de presse, comme BBC Media Action et Neediest Cases Fund du New York Times, des sociétés de médias telles que Participant, dont le documentaire Waiting for « Superman » soutient le programme de Gates sur les écoles sous contrat, des organisations journalistiques telles que le Pulitzer Center on Crisis Reporting, la National Press Foundation et le International Center for Journalists, et une variété d’autres groupes créant du contenu d’actualité ou travaillant sur le journalisme, comme la Leo Burnett Company, une agence de publicité que Gates a mandatée pour créer un « site d’information » pour promouvoir le succès des groupes d’aide humanitaire. Dans certains cas, les bénéficiaires disent avoir distribué une partie du financement sous forme de sous-subventions à d’autres organisations journalistiques – ce qui rend difficile de voir le tableau complet du financement de Gates dans le quatrième pouvoir que constituent l’ensemble des médias ».

La fondation a même aidé à financer un rapport de 2016 de l’American Press Institute qui a été utilisé pour élaborer des lignes directrices sur la manière dont les salles de rédaction peuvent maintenir leur indépendance éditoriale par rapport aux bailleurs de fonds philanthropiques. Une constatation de haut niveau : « Il y a peu de preuves que les bailleurs de fonds insistent sur une révision éditoriale ». Notamment, les données d’enquêtes sous-jacentes de l’étude ont montré que près d’un tiers des bailleurs de fonds ont déclaré avoir revu au moins une partie du contenu qu’ils avaient financé avant leur publication.

La générosité de Gates semble avoir contribué à créer un environnement médiatique de plus en plus convivial pour l’organisme de bienfaisance le plus visible au monde. Il y a vingt ans, les journalistes ont examiné la première incursion de Bill Gates dans la philanthropie comme un moyen d’enrichir son éditeur de logiciels, ou un exercice de relations publiques pour sauver sa réputation déchirée à la suite de la bataille antitrust meurtrière de Microsoft avec le ministère de la Justice américain. Aujourd’hui, la fondation fait le plus souvent l’objet de profils doux et d’éditoriaux élogieux décrivant ses bonnes œuvres.

Pendant la pandémie, les médias se sont largement tournés vers Bill Gates en tant qu’expert de la santé publique sur les coronavirus – même si Gates n’a aucune formation médicale et n’est pas un fonctionnaire de la santé publique. PolitiFact et USA Today (gérés respectivement par le Poynter Institute et Gannett qui ont tous deux reçu des fonds de la Fondation Gates) ont même utilisé leurs plateformes de vérification des faits pour défendre Gates contre les « fausses théories du complot » et la « désinformation », comme le fait que la fondation a procédé à des investissements financiers dans des entreprises développant des vaccins et des thérapies contre les coronavirus. En fait, le site Web de la fondation et les formulaires fiscaux les plus récents montrent clairement les investissements de la Fondation Gates dans de telles entreprises, y compris Gilead et CureVac.

De la même manière que les médias d’information ont donné à Gates une voix démesurée dans la pandémie, la fondation a longtemps utilisé ses dons caritatifs pour façonner le discours public sur tout, de la santé mondiale à l’éducation en passant par l’agriculture – un niveau d’influence qui a permis à Bill Gates de se placer sur la liste Forbes des personnes les plus puissantes au monde. La Fondation Gates peut souligner d’importantes réalisations caritatives au cours des deux dernières décennies – comme aider à lutter contre la polio et investir de nouveaux fonds dans la lutte contre le paludisme – mais même ces efforts ont attiré des détracteurs experts qui disent que Gates pourrait en fait causer plus de mal que de bien et détourner l’opinion de projets de santé publique plus importants et vitaux. Avec pratiquement toutes les bonnes actions de Gates, les journalistes peuvent également trouver des problèmes avec la puissance démesurée de la fondation, s’ils choisissent de creuser leurs informations. Mais les lecteurs n’entendent pas ces voix critiques dans les nouvelles aussi souvent ou aussi fort que celles de Bill et Melinda. Les nouvelles sur Gates ces jours-ci sont souvent filtrées à travers les perspectives des nombreux universitaires, organisations à but non lucratif et groupes de réflexion financés par Gates. Parfois, ces informations sont livrées aux lecteurs par des rédactions ayant des liens financiers avec la fondation.

La Fondation Gates a refusé plusieurs demandes d’entrevues pour cette histoire et ne fournirait pas sa propre comptabilité pour savoir combien d’argent elle a investi dans le journalisme. En réponse aux questions envoyées par courrier électronique, un porte-parole de la fondation a déclaré qu’un « principe directeur » de son financement du journalisme est « d’assurer l’indépendance créative et éditoriale ». Le porte-parole a également noté qu’en raison des pressions financières exercées dans le journalisme, bon nombre des questions sur lesquelles la fondation travaille « ne bénéficient pas de la couverture médiatique approfondie et cohérente qu’ils avaient autrefois, des problèmes mal étudiés et mal signalés ; ils ont le pouvoir d’éduquer le public et d’encourager l’adoption et la mise en œuvre de politiques fondées sur des données probantes dans les secteurs public et privé ».

Alors que le CJR finalisait sa vérification des faits de cet article, la Fondation Gates a offert une réponse plus précise : « Les récipiendaires de subventions au journalisme de fondation ont été et continuent d’être parmi les médias les plus respectés au monde … La ligne de questionnement implique que ces organisations ont compromis leur intégrité et leur indépendance en rendant compte de la santé mondiale, du développement et de l’éducation avec un financement de base. Nous contestons fermement cette notion ».

La réponse de la fondation a également ouvert d’autres liens qu’elle entretient avec les médias d’information, notamment « la participation à des dizaines de conférences, telles que le Festival de journalisme de Pérouse, le Global Editors Network ou la Conférence mondiale sur le journalisme scientifique », ainsi que « aider à renforcer ses capacités d’aide grâce au financement du Innovation in Development and Reporting Fund ». L’ampleur des dons de Gates aux médias d’information reste inconnue, car la fondation ne divulgue publiquement que les sommes accordées par le biais de subventions caritatives, et non par le biais de contrats. En réponse aux questions, Gates n’a divulgué qu’un seul contrat, celui de Vox, mais a décrit comment une partie de cet argent contractuel est dépensée : production de contenu sponsorisé et parfois financement « d’entités à but non lucratif non médiatiques pour soutenir des efforts tels que des formations de journalistes, des réunions médiatiques et des participations à des événements ».

Au fil des années, les journalistes ont enquêté sur les angles morts apparents dans la façon dont les médias d’information couvrent la Fondation Gates, bien que ces reportages ciblés aient diminué ces dernières années. En 2015, Vox a publié un article examinant la couverture journalistique non critique généralisée entourant la fondation, une couverture qui survient alors même que de nombreux experts et universitaires envoient des signaux d’alarme. Vox n’a pas cité les dons de bienfaisance de Gates aux rédactions comme facteur contributif, pas plus qu’il n’a abordé le passage d’un mois de Bill Gates en tant que rédacteur invité pour The Verge, une filiale de Vox, plus tôt cette année. Pourtant, le média a soulevé des questions critiques sur la tendance des journalistes à couvrir la Fondation Gates comme une organisation caritative impartiale au lieu d’une structure de pouvoir. Cinq ans plus tôt, en 2010, CJR a publié une série en deux parties qui examinait, en partie, les millions de dollars destinés à PBS NewsHour, ce qui, selon lui, évitait de manière fiable les reportages critiques sur Gates. En 2011, le Seattle Times a détaillé ses inquiétudes quant à la manière dont le financement de la Fondation Gates pourrait entraver les reportages indépendants …

Source : https://www.cjr.org/criticism/gates-foundation-journalism-funding.php