L’alcool, un don des dieux !

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Les zoologistes ont toujours observé un comportement particulier de nos cousins les grands singes qui se délectent de fruits tombés à terre dans la forêt, que ce soient des bonobos ou des gorilles. En effet ils sont attirés par ces fruits car en raison du climat tropical ils ont tendance en s’ouvrant sur le sol après leur chute à fermenter rapidement. Je me souviens d’une mémorable soirée au sud du Sénégal arrosée de vin de palme qui en quelques heures seulement avait atteint un degré d’alcool largement suffisant pour se trouver dans un état d’euphorie agréable … La consommation d’alcool fut donc découverte probablement bien avant l’homme par les grands singes. Quand l’homme a-t-il maîtrisé la production de boissons alcoolisées ? Une question qui aura occupé toute la vie du Docteur Patrick McGovern en s’intéressant aux poteries retrouvées lors de fouilles archéologiques. Si l’alcool s’évapore et ne laisse aucunes traces imprégnées dans les fragments de poteries parfois datant de plus de 10000 ans, McGovern a retrouvé des éléments d’information relatifs aux ingrédients qui de toute évidence servaient à fabriquer des breuvages alcoolisés, que ce soient des fruits, du riz comme en Chine, du miel, ou encore d’autres céréales ou des graines de cacao en Amérique Centrale.

Pour McGovern la popularisation de l’alcool coïncide avec l’avènement de l’agriculture il y a environ 10000 ans mais les boissons alcoolisées étaient probablement connues depuis des dizaines sinon des centaines de milliers d’années avant que cette agriculture, orientée vers la production de céréales en particulier, soit appliquée à la production d’alcool. Selon McGovern l’attirance de l’homme (et des grands singes) est liée au fait que nous disposons de l’équipement enzymatique permettant à notre organisme de gérer la présence d’alcool présent dans l’alimentation. Cet enzyme appelé alcool-déshydrogénase est en grande partie produit dans le foie mais il est aussi présent dans la salive et le tractus intestinal. Il a pour fonction d’oxyder l’alcool et le transformer en acétate, un métabolite qui sera ensuite pris en charge pour toutes sortes de voies de biosynthèse.

McGovern a vérifié son hypothèse du lien entre l’attirance pour l’alcool et la présence de cet enzyme en étudiant le métabolisme des mouches des fruits ou encore des chauve-souris frugivores qui en mangeant des fruits partiellement fermentés ingèrent chaque soir l’équivalent pour l’homme de 10 verres de vin sans que pour autant leur habilité à voler soit altérée. Les conséquences de l’usage de boissons alcoolisées chez nos ancêtres du Paléolithique supérieur, toujours selon McGovern, sont multiples. L’état de légère ébriété aurait favorisé le renforcement des liens sociaux, permis l’apparition du langage, des arts rupestres, de la musique et pourquoi pas de la religion dont les premières manifestations furent le chamanisme. Les chamans étaient peut-être détenteurs du savoir-faire nécessaire pour la production de boissons alcoolisées, boissons qui furent importantes pour l’apparition d’une certaine hiérarchie dans les groupes humains, en quelque sorte un don des dieux, à consommer avec modération …

Source et illustration : Smithsonianmag.com

Alimentation et santé (6 et fin)

Alimentation et santé (6 et fin)

Il s’agira dans le dernier billet de cette série de café, de lait, d’oeufs et de gras. Encore une fois, exception faite de certains petits articles de politique, il m’arrive très rarement d’émettre une opinion personnelle. Je mets un point d’honneur à relater des faits scientifiques ou de société tels qu’ils ont été abordés par des journalistes, des chroniqueurs ou des bloguers comme votre serviteur mais j’essaie de privilégier les sources scientifiques initiales le plus souvent possible. De par ma carrière professionnelle passée, ayant acquis une certaine expérience en biologie et en chimie, ayant musardé quelques années dans le domaine de l’énergie nucléaire, je me permets d’aborder quelques sujets dérangeants et déformés par les médias que le public accepte tels qu’ils lui sont servis sur un plateau les yeux fermés sans exercer un instant un quelconque sens critique. Le climat, les vaccins, les plantes transgéniques, l’énergie nucléaire, la malbouffe, les mensonges, menu quotidien des politiciens, me donnent l’occasion d’affirmer ma position en la saupoudrant d’ironie quand il le faut. L’esprit humain ne peut pas filtrer toutes les informations qui lui parviennent en flux continu à chaque seconde de la journée, c’est impossible, et je tente d’effectuer chaque jour – quand je cherche un sujet d’inspiration pour mon blog – ce tri afin d’éviter de faire des erreurs. Comme, dit-on, l’erreur est humaine il m’est arrivé parfois de m’être trouvé abusé par une information littéralement gobée sans l’avoir pré-digérée et de me rendre compte de mon erreur. Dans ce billet, toutes les informations ont été vérifiées et recoupées. Il ne s’agit nullement d’inventions de ma part.

21. Le café et la bière sont des diurétiques

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Consommés modérément, en d’autres termes normalement, le café (caféine) et la bière, sous-entendu l’alcool, ne présentent aucun effet diurétique et ne risquent donc pas de provoquer une déshydratation de l’organisme. Une étude détaillée parue en 2016 dans la revue Clinical Nutrition (doi : 10.3945/ajcn.115.114769) est très claire : ce qui importe dans les boissons est surtout l’apport en eau à l’organisme. La balance hydrique de notre corps varie au cours de la journée. En effet, nous éliminons presque en continu de l’eau alors que nous ne buvons pas de manière continue. L’organisme dispose de moyens efficaces pour réguler cet état de choses en particulier avec les reins. Dans cette étude un indice d’hydratation des boissons (BHI ou beverage hydration index) a été défini de manière très simple en étudiant 72 sujets adultes et en bonne santé. Il leur a été demandé de boire en 30 minutes un litre de boissons comme ci-après. L’indice d’hydratation de la boisson considérée a été défini comme la quantité totale d’urine éliminée après 4 heures en comparaison de la même quantité d’urine éliminée en absorbant un litre d’eau. Le BHI est défini comme étant de 1 pour l’eau et le volume d’urine après 2 heures (ligne pointillée) éliminée après avoir bu 1 litre d’eau est divisé par le volume éliminé par ingestion des autres boissons. Les résultats sont tout à fait parlants. Les boissons suivantes ont le même effet que l’eau sur l’hydratation de l’organisme : coca-cola, coca-cola pauvre en calories (light), thé chaud, thé froid, café, bière, jus d’orange, eau gazeuse et boisson énergisante pour sportifs. Aucune différence avec l’eau ! Seuls les solutions salines de réhydratation par voie orale, le lait entier, le lait écrémé et dans une moindre mesure le jus d’orange permettent une réhydratation relative du corps puisque la quantité d’urine éliminée est inférieure après 4 heures de délai. Ceci s’explique très bien car le lait et la solution saline de réhydratation contiennent des sels minéraux, sodium, potassium, magnésium ou encore calcium. L’alcool et la caféine n’ont donc rien à voir avec l’hydratation du corps ou le maintien de cette dernière en équilibre. Une idée préconçue à mettre aux oubliettes.

22. Boire du lait c’est bon pour les os

Une étude réalisée à l’Université de Zürich englobant 195000 femmes de 60 ans et plus buvant ou non au moins un verre de lait chaque jour n’a pas pu mettre en évidence de différence quant à la fréquence de fractures du col du fémur. Cette étude est certes limitée aux seules femmes mais elle montre néanmoins que la disponibilité biologique du calcium présent dans le lait n’est pas celle que l’on croit. Cependant le lait constitue en lui-même un aliment à part entière car il apporte des sucres, des graisses, des protéines, des vitamines et des sels minéraux et il permet à l’organisme de maintenir l’homéostase hydrique (voir ci-dessus). Boire du lait n’est pas néfaste pour la santé, au contraire, mais pour la solidité des os il y a un gros doute.

23. Ne pas manger trop d’oeufs, c’est mauvais pour le cholestérol

Lorsque la doyenne italienne de l’humanité est décédée (voir le lien), l’information qui fit le tour du monde fut qu’elle mangeait depuis l’âge de 20 ans trois oeufs par jour dont deux crus. Après tout deux oeufs crus battus, agrémentés de sel, poivre, quelques fines herbes et saupoudrés de parmesan rapé pourquoi pas ? Toujours est-il que la croyance populaire dit que les oeufs augmentent catastrophiquement le taux de cholestérol sanguin. C’est du moins ce que vous dira votre médecin en vous regardant dans les yeux et si votre taux de cholestérol ne « lui convient pas » il vous prescrira des statines. Ben voyons !

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Et pourtant une étude réalisée par l’école de médecine de l’Université d’Harvard portant sur plus de 37000 personnes pendant 8 ans n’a pas pu vérifier toutes les études réalisées sur des modèles animaux en laboratoire ! En effet c’est à partir d’études sur les animaux de laboratoire, en particulier les rongeurs, que le corps médical s’est forgé une opinion au sujet des oeufs et du cholestérol. Un telle investigation remet radicalement en question la transposition à l’homme de tous les travaux réalisés avec des animaux et pas seulement en ce qui concerne la nutrition. Il faut aussi prendre en considération les nombreux essais cliniques décidés sur des êtres humains après des résultats de laboratoire sur des animaux, surtout des souris et des rats, compte tenu de la différence incontournable entre les rongeurs et nous-mêmes.

L’étude réalisée à l’Université d’Harvard a aussi indiqué que l’abus d’acides gras saturés et « trans-« , ceux qui sont produits par hydrogénation partielle des huiles végétales, était au contraire propice à l’élévation du taux de mauvais cholestérol dans le sang, nommément les LDLs. Rien à voir avec les oeufs ! Encore une idée totalement fausse (source JAMA, doi : 10.1001/jama.281.15.1387).

24. Manger « gras » fait grossir

L’affaire des graisses qui font grossir, car il s’agit bien d’une histoire montée de toutes pièces, remonte à la fin des années 1970 quand une étude financée par la Fondation Américaine de la Recherche sur le Sucre affirma que les graisses faisaient grossir. Cette étude réalisée également à l’Université d’Harvard parut dans le JAMA et fit à l’époque grand bruit pas seulement aux USA. Progressivement, sous la pression constante du lobby des producteurs de sucre et avec la complaisance du corps médical, la population se reconvertit aux carbohydrates. On connait aujourd’hui les immenses dégats de l’abus de sucres sur les maladies cardiovasculaires, l’obésité et le diabète.

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Soixante pour cent de la population américaine est en surpoids ou franchement obèse et l’Europe n’a pas attendu pour rattraper les habitudes alimentaires riches en sucres de la malbouffe industrielle et de la restauration rapide. Une récente étude parue dans le British Medical Journal a clairement montré que l’abandon ou la réduction des graisses dans l’alimentation ne reposait sur aucune évidence scientifique sérieuse. Le beurre, les oeufs, les graisses animales furent diabolisés et il est encore difficile aujourd’hui de s’affranchir même au niveau personnel de cette propagande du lobby des producteurs de sucre. En ajoutant à ce désastre nutritionnel l’utilisation de sirops enrichis en fructose et d’huiles végétales partiellement hydrogénées on obtient un cocktail alimentaire parfait pour se ruiner la santé (lien, doi : 10.1136/openhrt-2014-000196)

Source : Business Insider. Fin de cette série

https://jacqueshenry.wordpress.com/2017/04/19/la-doyenne-de-lhumanite-est-decedee/

Alimentation et santé : rumeurs et mensonges (5)

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Dans cette rubrique qui semble attirer quelques réactions véhémentes de certains de mes lecteurs – je ne leur en veux nullement – je rappelle que je n’ai jamais été qu’un modeste biologiste académique ce qui ne m’empêche nullement aujourd’hui de porter un regard critique sur beaucoup de sujets de société. Je ne suis inféodé à aucun mouvement politique ou idéologique ni rémunéré par une quelconque compagnie industrielle ou commerciale. Si dans les pages de mon blog je conteste le réchauffement climatique global d’origine anthropique c’est tout simplement parce qu’il est assis sur des bases scientifiques fausses qui nient les lois fondamentales de la physique. Il s’agit donc d’une imposture planétaire dangereuse que je n’ai jamais cessé de dénoncer. Dans le domaine de la politique, en particulier française, je constate que la notion de démocratie est devenue une fiction. En dehors de la Suisse et peut-être de l’Islande, il n’y a plus de démocraties dans le monde mais seulement des gouvernements à la solde des puissances financières qui contrôlent les informations et les gouvernements se moquent allègrement des citoyens dont ils sont pourtant supposés assurer un certain bien-être, encore que cette notion soit toute relative. Dans le domaine de la santé ou de l’agriculture et aussi du climat, des domaines de choix pour des activistes ignorant tout de la vraie science, on assiste à une inflation de démagogie qui a atteint des niveaux surréalistes. En ce qui concerne l’alimentation l’histoire du gluten est une illustration de la stupidité effrayante des foules qui se laissent manipuler par des espèces de gourous à la Al Gore (ou à la Hulot en France) et ont perdu tout sens critique tant la propagande est organisée pour ternir au quotidien la science et les progrès technologiques qui sont néfastes pour Gaïa, suivez mon regard.

Je voudrais en terminer en répondant collectivement à ceux de mes lecteurs qui ont bien voulu laisser des commentaires sur les sujets abordés dans cette série. Puisque l’on constate une recrudescence de maladies dites infantiles dans le monde, l’utilisation abusive d’antibiotiques prescrits à tort et à travers par des médecins harcelés par des visiteurs médicaux à longueur de journée y est pour une grande part. Ces antibiotiques affaiblissent le système immunitaire et l’enfant n’est plus correctement armé pour se défendre. Je pense que le corps médical porte une grande responsabilité dans cet état sanitaire des enfants (et même de beaucoup d’adultes). Existe-t-il des études scientifiques honnêtes montrant clairement l’effet néfaste des antibiotiques sur l’organisme ? J’en doute, car les intérêts financiers en jeu sont immenses …

Dans le présent billet je parlerai des rhumes, du jeûne thérapeutique ou encore des boissons énergisantes. Bonne lecture …

17. Manger un ice-cream est mauvais si on est enrhumé

Encore une affirmation mensongère qui a été dénoncée dans une étude réalisée par la très sérieuse Mayo Clinic. Il y a même deux affirmations erronées dans cette mise en garde. Les produits lactés provoqueraient une sécrétion abondante de mucus nasal et le froid stimulerait la croissance des virus dans la gorge. La grande majorité des rhumes accompagnés ou non de maux de gorge sont d’origine virale et les produits lactés apportent des calories à l’organisme et un ice-cream présente au contraire quelques pouvoirs analgésiques bienfaiteurs mais le froid ne stimule en aucun cas la croissance des virus au niveau des muqueuses. Quant à la surproduction de mucus nasal supposée provoquée par les produits lactés et/ou le lait, jamais aucune preuve tangible n’a pu établir de relation de cause à effet.

18. Faire craquer les jointures des doigts provoque de l’arthrite

Une étude documentée parue en 2011 dans le Journal of the American Board of Family Medicine a définitivement mis un terme à la croyance consistant à affirmer que faire craquer les articulation des doigts de la main provoquait l’apparition d’arthrite (JABFM, vol. 24(2) 169-174). Au contraire, cette pratique qui peut être compulsive chez certaines personnes, n’a pas d’explication claire mais ne favorise pas, selon cette étude, l’apparition d’arthrite quel que soient l’âge, le sexe, l’origine ethnique ou le temps passé durant lequel les sujets étudiés faisaient craquer leurs jointures. On pourrait être tenté d’extrapoler cette étude aux personnes faisant « craquer » leurs vertèbres cervicales. J’ai cherché dans la littérature scientifique si une étude similaire avait été conduite à ce sujet mais sans succès. (Illustration Wikipedia)

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19. Fièvre : faire la diète, rhume : se nourrir

Il s’agit en quelque sorte d’une maxime qui est déjà mentionnée en 1574 dans le dictionnaire de médecine de John Withals qui notait que « le jeûne est un grand remède contre la fièvre ». La croyance populaire dit que manger quand on a de la fièvre entretient celle-ci puisque les aliments apportent des « calories » à l’organisme. Stricto sensu le terme calorie appliqué à l’alimentation ne signifie pas grand chose et prête plutôt à confusion. Quand on a de la fièvre l’organisme lutte contre les « pyrogènes », des substances d’origine virale ou bactérienne. Or l’organisme a justement besoin d’être alimenté pour entretenir cette lutte. De plus l’organisme sait parfaitement réguler les besoins en énergie en stockant temporairement celle-ci sous forme de glycogène et éventuellement en graisses. Une alimentation équilibrée quand on a de la fièvre est donc recommandée et dans cette situation il faut aussi beaucoup boire pour lutter contre la déshydratation, c’est du moins ce que conseillent les spécialistes en la matière.

Ces observations m’ont interpellé car j’ai souvent observé que mes enfants puis, une génération plus tard, mes petits-enfants choisissaient spontanément de se mettre à la diète quand ils avaient de la fièvre. Ma grand-mère préconisait un bouillon de poule pour combattre la fièvre et si le cas lui paraissait sérieux un grog ou un vin chaud quand j’étais enfant. Il s’agissait surtout d’apport de liquide, ce n’est pas le peu d’alcool qui reste dans un vin chaud qui enivrera un enfant … Enfin les rhumes sont d’origine virale et tout ce que le pharmacien ou votre médecin vous conseillent est inutile : il faut laisser l’organisme construire ses défenses immunitaires et souvent la fièvre est létale pour les virus. Pour ma part quand j’ai un mal de gorge je me gargarise profondément et à la limite de la douleur avec du rhum de Marie-Galante : les virus n’aiment pas beaucoup l’alcool et l’effet est spectaculaire.

20. Les boissons énergétiques sont bonnes pour les sportifs

J’en ai déjà dit un mot sur ce blog et je ne ferai pas de commentaire sur cette affirmation qui n’est que le résultat d’un marketing agressif. Ces boissons contiennent des quantités extravagantes de caféine et de sucres. À consommer avec encore plus de modération que le Pastis …

Sources : Business Insider, Mayo Clinic, Scientific American et lien mentionné dans le texte. Illustrations disponibles publiquement.

Dans la rubrique fromages français, le camembert

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Après les comtés, emmenthal et autres « gruyère » il y a aussi le cas du Camembert avec un C comme il se doit. Le Camembert est un fromage à pâte molle originaire du village de Camembert situé en Haute-Normandie et fabriqué avec du lait de vache cru. C’est le deuxième fromage le plus populaire en France et sa production atteint 360 millions de pièces par an ! Naturellement il est inutile de rêver, tous ces fromages ne sont pas produits dans le village de Camembert comme les « chardonnay » produits dans le monde entier ne proviennent pas tous du village de Chardonnay en Saône-et-Loire. Pour le Camembert comme pour les fromages du type comté et autre emmenthal il existe une classification de leur origine géographique.

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Stricto sensu le fromage produit sur la commune de Camembert (illustration) devrait être le seul à pouvoir bénéficier de l’appellation d’origine contrôlée (AOC) et donc le législateur a étendu la définition du camembert par une indication d’origine géographique qui concerne pratiquement toute la Normandie, à condition que la fabrication de ce fromage respecte des critères bien précis : il doit être fabriqué avec du lait cru non filtré contenant au moins 38 % de matière grasse. Ce lait doit provenir de vaches exclusivement nourries avec de l’herbe ou du foin provenant des prés de Haute-Normandie. Le fromage doit être moulé à la main dans des moules spécifiques et le lait ne doit pas voyager sur une distance supérieure à celle que parcourt une vache quand elle broute au pré …

Autant dire qu’aucun fabricant de camembert ne respecte ces directives à la Prévert ! Aujourd’hui seulement 4 millions de camemberts ( 1 % de la production totale) sont produits chaque année en respectant ces normes strictes et les petits éleveurs et fromagers qui subsistent encore sont rachetés par de grosses entreprises les uns après les autres. Dans quelques années on ne trouvera plus que du camembert industriel sans saveur tout juste bon à être regardé de loin en souvenir du bon camembert d’antan. Dans le village de Camembert ne subsistent que trois fermes produisant ce fromage : La Ferme du Champsecret, le Domaine de Saint-Loup et la fromagerie Durand (illustration). Elles subsistent uniquement parce que la loi indique que ce fromage doit être fabriqué avec du lait cru d’origine locale selon les critères énumérés plus haut et le prix du fromage s’en ressent sérieusement.

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Or cette contrainte est ignorée par les producteurs industriels qui utilisent du lait pasteurisé, d’une part, et affinent le fromage dans des conditions hygiénique qui ne permettent pas au camembert d’acquérir sa saveur particulière. Deux indications permettent de différencier le fromage industriel du fromage artisanal : la croute de ce dernier doit être légèrement brune et la pâte centrale doit être légèrement fluide (illustration) et avoir tendance à s’étaler sur le plat à fromage mais un peu moins rapidement que celle du Brie, un fromage très proche du camembert.

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Les grands groupes industriels comme Lactalis ou Isigny fabriquent un camembert de piètre qualité infiniment moins goûteux et coûteux que le camembert artisanal en respectant (plus ou moins) la provenance géographique du lait mais celui-ci est pasteurisé et bientôt un « bon » camembert « fabriqué en Normandie » ne sera plus qu’un lointain souvenir … Je tiens à signaler à mes lecteurs qu’on trouve d’excellents camemberts fabriqués dans l’île d’Hokkaido au Japon ainsi qu’aux USA dans l’Etat du Minnesota.

Source et illustrations : Bloomberg

Les gigantesques responsabilités de la Commission Européenne

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Il y a quelques jours je me suis trouvé surpris devant le rayon fromages de mon petit-supermarché. Il y avait en vente sur le rayon du « Gruyère français » à côté du Roquefort et du Camembert. J’ai bien mis un G majuscule puisqu’il s’agit du nom du charmant village de Gruyères qui se trouve en Suisse dans le canton de Fribourg et non pas en France. J’en étais resté à l’emmenthal, au comté et autres fromages de Savoie en ce qui concerne ce type de fromage et pour moi le Gruyère provenait exclusivement de Suisse. Hélas, j’ai constaté que j’étais dans l’erreur car j’ignorais que la Commission Européenne avait légiféré – à la demande conjointe de la France et de la Suisse – au sujet des appellations d’origine contrôlée (AOC), des appellations d’origine protégée (AOP) et des indications géographiques protégées (IGP) – il faut apprécier la subtilité de ces nuances considérables … Les Suisses, on les comprend aisément, voyaient d’un très mauvais oeil que les Français usurpent l’origine de leur fromage provenant presque exclusivement de la vallée de la Saane.

Puisqu’il était nullement question de se faire la guerre pour des morceaux de fromages (la France et la Suisse sont en paix depuis la célèbre bataille de Marignan-1515) les deux pays se sont mis d’accord après moult discussions autour d’une table largement approvisionnée en gruyères et vins blancs secs du Valais tout proche pour qu’il existe une distinction visuelle entre les deux fromages : le gruyère suisse n’a pas de trous, comme le Comté, et le « gruyère français » doit avoir des petits trous, moins gros que ceux de l’emmenthal, appréciez encore la nuance. Tout est donc rentré dans l’ordre fin 2013 et depuis lors l’emballage doit préciser l’origine géographique (IGP) du gruyère français (AOP), l’appellation d’origine contrôlée (AOC) étant exclusivement réservée au fromage suisse.

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Le morceau de « gruyère français » que j’ai donc acheté, fort bon par ailleurs mais que je qualifierais de comté plutôt que de « Gruyère » de par sa fermeté moindre et sa saveur plutôt plus douce que son homologue suisse, est commercialisé par la Société Entremont basée à Annecy en France et fabriqué dans le Jura (FR 39.555.0 CE) et il est bien spécifié qu’il s’agit d’une dénomination géographique protégée (denominacion geografica protegida) conformément aux directives de la Commission Européenne. Il s’agit donc bien de comté (fabriqué dans le Jura, 39) puisqu’il n’a pas de trous, ce qu’exigent les Suisses, et non de « gruyère français » si on veut couper le morceau en quatre, mais la seule explication que j’aie pu trouver à cette ambigüité est le fait que les Espagnols connaissent le nom de « Gruyère » et ignorent qu’il existe un fromage français en tous points identique, ou presque, appelé comté. Il reste que cette histoire rocambolesque de fromages a bien fait chauffer les neurones des fonctionnaires de la Commission Européenne.

Illustration village de Gruyères avec en arrière plan le Moléson. Prochain article sur les fromages, le Camembert

http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2013:036:0001:0002:fr:PDF

Alimentation et santé : rumeurs et mensonges (4)

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Les mensonges et les fausses informations parfois émises par des scientifiques peuvent conduire à des désastres sociétaux comme vous allez le découvrir en particulier quand il s’agit d’informations mensongères au sujet de la santé.

13. Si vous faites tomber de la nourriture au sol, vous avez 5 secondes …

Il paraîtrait que si on fait tomber un morceau de gâteau par terre en le ramassant pour le manger pas plus de 5 secondes après, on ne risque pas de contamination. Encore une idée préconçue erronée car il suffit de quelques millisecondes aux bactéries présentes partout pour contaminer ce morceau de gâteau et vous devrez vous résigner à le jeter plutôt que de le manger. Les règles d’hygiène élémentaire ont disparu depuis l’avènement des produits d’entretien de toutes les couleurs et parfumés à la jonquille ou à la résine de pin. Ces produits sont totalement inefficaces et ils ne donnent qu’une impression de propreté : « Ça sent le propre », « Monsieur Propre » … Depuis que les hôpitaux ont abandonné l’usage de l’eau de Javel (hypochlorite de sodium) on ne compte plus le nombre de morts par infections appelées du nom savant d’infections nosocomiales. Pourquoi ? Tout simplement parce que les hôpitaux sont devenus des endroits insalubres et c’est la même chose chez soi. Pour ma part le fais le grand ménage une fois par semaine dans mon modeste logement et je suis à peu près certain qu’il est ensuite propre. J’utilise comme mes grand-mères de l’eau de Javel diluée quatre fois pour laver le sol. De plus, comme dans beaucoup de pays dont en particulier le Japon, je quitte mes chaussures dès que je rentre à la maison. Pourquoi a-t-on interdit l’eau de Javel dans les hôpitaux, pourtant le seul antiseptique efficace à 100 % ? Il n’y a pas de mystère, ça ne coûte rien et les grandes multinationales de la propreté n’en tireraient aucun profit. Ceci explique cela.

14. Les vaccins peuvent être dangereux

Je ne reviendrai pas ici sur la nouvelle phobie des vaccins qui s’est propagée à la suite de la publication par Wakefield d’un article falsifié relatif au lien entre l’autisme et les vaccins en 1998 dans la revue The Lancet. Cet individu a avoué ses turpitudes, s’est rétracté et a été mis au ban de la société par l’Ordre britannique des Médecins. La rumeur s’est pourtant propagée et amplifiée malgré toutes les études scientifiques rigoureuses qui n’ont jamais pu prouver par la suite qu’il y avait un quelconque lien entre vaccins et autisme. À ce sujet le lien suivant est tout à fait instructif (www.pbs.org/wgbh/nova/body/autism-vaccine-myth.html).

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La France, patrie de Pasteur, se distingue par son attitude irraisonnée puisque près de la moitié de la population considère que les vaccins sont dangereux. Il faut dire que la justice française s’est distinguée par son imbécillité en admettant que les téléphones portables étaient dangereux pour la santé, or comme ce sont les mêmes groupes d’activistes qui colportent les même rumeurs, suivez mon regard … L’italie pour sa part vient de rendre la vaccination des enfants des écoles obligatoire, 15 % des parents refusant de faire vacciner leurs enfants.

Aux USA, pays où la rougeole avait été virtuellement éradiquée, passant de 500 000 cas annuels en 1960 à une centaine en 2000, le CDC a constaté ces derniers mois une recrudescence de la maladie. Tous les cas de rougeole déclarés proviennent d’immigrés non vaccinés, en particulier en provenance de Somalie.

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15. Les yaourts remettent de l’ordre dans les intestins

Bien que les yaourts – non sucrés et non aromatisés – ne soient pas mauvais en soi pour la santé il ne faut pas croire que les bactéries lactiques qu’ils contiennent ont le pouvoir de modifier la flore intestinale. C’est un mythe savamment vendu à grands coups de publicité par les fabricants de yaourts. À l’heure actuelle, aucun biologiste digne de ce nom ne sait comment modifier la flore intestinale en raison de sa complexité – plus de 250 bactéries intestinales sont encore inconnues et n’ont jamais été étudiées en détail ! Le marché des « probiotiques » se porte bien, merci, il atteint plus de 25 milliards de dollars par an. Quant aux yaourts sucrés ils sont plutôt dangereux pour la santé puisqu’ils apportent un supplément de sucres dont l’organisme se passerait volontiers. Le seul avantage du yaourt par rapport au lait est qu’il ne contient pratiquement plus de lactose, une caractéristique le rendant assimilable par les personnes souffrant d’intolérance au lactose.

16. Manger une pomme chaque jour, c’est bon pour la santé

Comparée à beaucoup d’autres fruits la pomme est plutôt pauvre en vitamines et en fibres contrairement à la croyance populaire. Par conséquent manger une pomme chaque jour pour rester en bonne santé est une vue de l’esprit. L’argument serait que la pomme est riche en vitamine C. C’est faux : une pomme n’apporte que 6 % du besoin quotidien ce cette vitamine. De là à prétendre que manger des pommes est bon pour soigner la grippe (illustration Red delicious, qui n’a de délicieux que le nom)…

Source : Business Insider, suite dans un prochain billet. Illustrations : World Economic forum, CDC et Wikipedia

Alimentation et santé : rumeurs et mensonges (3)

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Où il s’agira de chewing-gum, d’alcool, de jus de fruits et tout simplement d’eau. Encore une belle illustration de croyances populaires qui frisent parfois le comique.

9. Il faut 7 ans pour digérer du chewing-gum

Le chewing-gum moderne n’a plus rien de commun avec les premières gommes à mâcher produites industriellement à la fin du XIXe siècle. Ces gommes étaient préparées à partir des sécrétions d’un arbre d’Amérique centrale appelé chicle (Manilkara zapota), une sorte de latex que les Mayas avaient coutume de mâcher probablement pour occuper leurs maxillaires. Dans le célèbre film Docteur Folamour (Dr Strangelove, 1964) de Stanley Kubrick, le Général totalement paranoïaque Buck Turgidson incarné par George C Scott ne cesse de se goinfrer de chewing-gum lors d’une réunion critique au Pentagone avec le Président des USA (Peter Sellers) alors que des bombardiers stratégiques se rapprochent de l’URSS. La paranoïa des généraux américains est toujours d’actualité mais c’est un autre problème.

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Aujourd’hui le chewing-gum contient à peine plus de 20 % de produits naturels, tous les autres ingrédients sont synthétiques et découvrir la composition du chewing-gum ( https://en.wikipedia.org/wiki/Chewing_gum ) vous coupera toute envie d’en mettre la moindre parcelle dans votre bouche. La rumeur prétend que si on avale du chewing-gum il faut sept ans pour le digérer. La gomme contenue dans ce produit est indigeste et se retrouve comme beaucoup d’autres constituants des aliments qui sont également indigestes au fond de la cuvette des toilettes quelques heures après leur ingestion quoiqu’en dise la rumeur. (George Scott, illustration Imdb)

10. Si vous buvez trop de gin vous devenez agressif

La simple idée que différents alcools influent différemment sur le comportement quand on en a abusé est totalement faux. Et pourtant certaines personnes prétendent que le vin les endort alors que le whisky les rend volubiles ou que la vodka les aide à faire des prouesses au karaoké. En réalité une étude anthropologique parue en 2003 relative au comportement en état d’ivresse indique qu’on apprend à réagir différemment selon l’alcool que l’on boit. Il s’agit d’un phénomène socio-culturel parfaitement identifié par les anthropologues qui n’a rien à voir avec la nature et la provenance de l’alcool. L’alcool c’est toujours de l’alcool que ce soit du vin, du champagne, du whisky, de la tequila ou de la vodka. Pour ma part je préfère le rhum agricole de Marie-Galante qui est unique au monde par sa teneur en alcool ( 59 °C), sec, avec du jus de citron vert et du sucre de canne mais surtout pas d’eau, c’est mauvais pour les ancêtres, un dicton marie-galantais. Pour mes lecteurs parisiens on trouve du rhum Bielle au centre commercial Auchan Gallieni (terminus de la ligne de métro n° 3). À consommer avec modération comme tout alcool (Illustration personnelle).

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11. Les jus de fruits et de légumes aident à se « détoxifier »

Il n’y a pas un numéro de magazine destiné surtout aux femmes qui ne vante les bienfaits des jus de fruits et autres carottes ou broccoli. Il paraît que les « jus » aident l’organisme à éliminer les mauvaises toxines du corps. Les sportifs et les célébrités du petit écran y vont de leurs couplets pour inciter la population crédule à se gaver de jus de couleur verte, rouge ou orange pour leur plus grand bien. C’est totalement faux et qui plus est néfaste pour la santé ! Il est préférable de manger une pomme plutôt que du jus de pomme, industriel ou fait maison, car le jus est appauvri en fibres, en pigments et en vitamines contenues dans le fruit. L’organisme possède deux organes dont la fonction est d’éliminer en continu toute espèce chimique toxique, il s’agit du foie et des reins, et rien dans les jus de légumes ou de fruits ne permet d’accélérer ce processus. Appauvris en fibres et auxquels ont été ajoutés des agents conservateurs, les jus de fruits ou de légumes industriels sont aussi toxiques pour la santé que les sodas, c’est du pur gaspillage potentiellement dangereux ! Pour ma part, les seuls fruits que je daigne avaler sont des abricots secs et des dattes.

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12. Pour sa santé il faut boire 8 verres d’eau par jour

L’eau est un composant essentiel de notre corps puisque celui-ci est constitué d’environ 60 % de ce liquide incolore, inodore et insipide. Le mythe des 8 verres d’eau quotidiens provient d’une étude réalisée en 1945 par le National Food and Nutrition Board aux USA qui concluait son étude ainsi : « dans la plupart des cas un adulte en bonne santé a besoin de 2,5 litres d’eau quotidiennement, la majorité de cette eau étant contenue dans la nourriture« . La fin de la phrase est passée aux oubliettes et la croyance populaire n’a retenu que les deux litres et demi soit 8 verres. Aucune étude scientifique sérieuse n’a pu démontrer un quelconque effet bénéfique sur la santé de l’ingestion d’une telle quantité d’eau chaque jour. Il n’y a aucun effet notoire sur le diabète, la tension artérielle, l’élimination de toxines, l’indice de masse corporelle, l’élasticité de la peau. Le seul bénéfice médicalement avéré de boire de larges volumes d’eau a été identifié pour les personnes souffrant de coliques néphrétiques encore que de larges volumes d’eau ne réduisent pas la taille des gros calculs. Le seul et unique avantage de l’eau par rapport aux autres boissons est que ce liquide n’apporte aucune calories. Pour ma part, je ne bois jamais d’eau (sauf quand je suis au volant d’une voiture) mais je me rattrape abondamment sur la bière.

Source : Business Insider, suite dans un prochain billet