Le moment européen de la Chine est arrivé

Il serait difficile de mésestimer l’importance des visites de Xi Jinping à Rome, Paris et Monaco la semaine dernière. En mettant au coeur de l’Europe son initiative très médiatisée « Belt and Road Initiative » (ceinture maritime et voies terrestres, BRI), le Président chinois a confronté l’Europe à la question la plus fondamentale qu’il devra résoudre dans les années à venir : où en est-elle en tant que partenaire trans-atlantique avec les USA et comment se positionnera-t-elle en tant qu’extrémité occidentale du continent eurasiatique ? En effet, la simplification de l’ordre moderne, pour le dire autrement, commence juste à faire partie de l’Histoire. À Rome, le gouvernement populiste du Premier ministre Giuseppe Conte a invité l’Italie au programme ambitieux de la Chine visant à relier l’Asie de l’Est et l’Europe occidentale par le biais d’une multitude de projets d’infrastructure allant de Shanghaï à Lisbonne. Le protocole d’accord qu’ont signé Xi et le le vice-premier ministre Luigi di Maio comprends le développement de routes, de voies ferrées, de ponts, d’aéroports, de ports maritimes mais aussi des systèmes de télécommunication et des projets énergétiques. Parallèlement à ce protocole les investisseurs chinois ont signé 29 accords industriels et commerciaux d’un montant de 2,8 milliards de dollars.

L’Italie est le premier des 7 pays fondateurs de l’Union européenne à s’engager dans la stratégie BRI chinoise. Et l’Italie l’a fait deux semaines après la publication « Chine : Perspectives Stratégiques » par la Commission européenne, une évaluation de l’arrivée rapide de la Chine en Europe qui touche le coeur de l’ambivalence de l’Union :

« La Chine, dans différents domaines, est simultanément un partenaire de coopération avec le quel l’Union européenne a des objectifs étroitement alignés, un partenaire de négociation avec lequel l’Union européenne doit trouver un équilibre ménageant ses intérêts, un concurrent économique dans la poursuite du leadership technologique et un rival systémique promouvant un modèle alternatif de gouvernance. »

Il y a dans ce document beaucoup de points à assimiler. L’un d’eux est la préoccupation croissante des membres de l’UE et des hauts fonctionnaires de Bruxelles au sujet de l’émergence de la Chine en tant que puissance mondiale. C’est bien naturel, à condition de ne pas tomber dans une version moderne du « péril jaune » du siècle dernier. En second lieu les dirigeants de l’UE sont très réticents au sujet de l’attitude conflictuelle à l’égard de la Chine que Washington leur recommande. La voie de la sagesse que l’UE pourrait choisir est un indicateur fort que les Européens cherchent enfin une voix indépendante dans les affaires mondiales.

À la recherche de l’unité

Les Européens recherchent également un front uni dans les relations de leur continent avec la Chine. C’était le point de vue de Macron à l’arrivée de Xi à Paris et il a veillé à ce qu’Angela Merkel et Jean-Claude Junker soient présents sur le perron de l’Elysée pour saluer Xi. La principale raison pour laquelle l’Italie a envoyé une véritable onde choc à travers l’Europe lorsqu’elle a adhéré au projet de Xi est qu’elle a brisé la hiérarchie européenne à un moment critique.

Mais l’unité telle que Macron et Merkel l’envisagent va se révéler irréalisable. D’abord parce que Bruxelles ne peut pas s’ingérer dans les affaires souveraines d’un Etat de l’UE. Ensuite parce que n’importe quel Etat peut refuser la politique de Bruxelles s’il désire profiter des opportunités offertes par la Chine. L’illustration est qu’alors que Macron plaidait pour un front européen uni vis-à-vis de la Chine il signait ensuite des contrats avec Xi concernant Airbus, EDF et une multitude d’autres entreprises pour un montant de 35 milliards de dollars ! Il n’y a qu’une interprétation possible : la Commission européenne peut bien affirmer tout ce qu’elle veut comme prétendre que la politique de la Chine est de semer la division pour mieux conquérir l’Europe mais sur le terrain elle ne pourra pas empêcher la préférence des Chinois pour les accords bilatéraux. En rentrant chez lui, Xi s’est arrêté à Monaco pour finaliser l’accord de la Principauté décidé en février dernier pour permettre à Huawei, la société de télécommunication chinoise controversée, d’y développer le réseau 5G.

L’Italie était prédestinée pour dévoiler la forme que prendrait l’arrivée de la Chine en Europe. Le gouvernement Conte-Di Maio, coalition hétéroclite entre la Ligue du Nord et le Mouvement 5 étoiles est à contre-courant parmi les autres membres de l’UE. Il critique vivement Bruxelles et sa politique d’austérité. Il est farouchement jaloux de sa souveraineté et prône un assouplissement des liens de l’UE avec la Russie. Sur le plan intérieur l’économie italienne est affaiblie et les investissements étrangers sont pratiquement inexistants. Dans des domaines comme le textile ou la pharmacie peu de collaborations existent entre l’Italie et la Chine depuis des décennies. La carte ci-dessous montre clairement la position stratégique de l’Italie avec le port de Trieste qui est une porte d’entrée vers les marchés européens les plus solides.

Capture d’écran 2019-04-02 à 21.08.27.png

L’initiative visionnaire « Belt and Road » de Xi devrait maintenant décoller en Europe. L’accord avec l’Italie, la tournée européenne de Xi et le sommet UE-Chine prévu à Bruxelles le 9 avril prochain indiquent que ce moment est arrivé.

Changement de relations

Il n’est pas très clair que les Européens aient vraiment compris l’importance stratégique des évènements de la semaine dernière. Les Dirigeants Européens se sont engagés dans une voie qui va presque certainement modifier les relations trans-atlantiques établies de longue date. L’Europe commence – enfin – à agir de manière plus indépendante en se repositionnant entre le monde atlantique et les nations dynamiques de l’est et la Chine est la première d’entre elles. Pourtant aucun dirigeant européen n’a encore abordé cette question. Mais cette situation ne saurait être surestimée. Les relations trans-atlantiques sont de plus en plus tendues depuis la présidence Obama. Les décisions antagonistes de Trump, la dénonciation de l’accord de Paris sur le climat et de l’accord sur le nucléaire iranien ont intensifié les frictions mais rien n’indique qu’un dirigeant européen devienne l’avocat d’une rupture des relations avec Washington.

La question centrale aujourd’hui est de savoir comment les relations américano-européennes vont évoluer au fur et à mesure de la présence chinoise de plus en plus évidente sur le sol européen. Les Européens semblent se préparer à un nouveau chapitre de leur histoire trans-atlantique mais rien n’indique comment Washington réagira à une réduction de son influence depuis longtemps non contestée par les capitales de l’Europe occidentale.

Il y a l’autre question à laquelle l’Occident devra répondre : la « perspective stratégique » de la Commission européenne qualifie la Chine de « rival systémique promouvant des formes alternatives de gouvernance ». Ce thème récurrent pose deux problèmes. D’abord rien ne prouve que la Chine ait insisté ou voudra insister pour que d’autres pays se conforment à ses normes politiques en échange d’un avantage économique. Cela est une pratique habituelle parmi les pays occidentaux et les institutions internationales telles que le Fond monétaire international ou la Banque mondiale. Ce n’est pas le cas de la Chine. Ensuite alors que nous avançons vers une parité entre Occidentaux et non-Occidentaux – une caractéristique incontournable du XIXe siècle – il deviendra impossible de supposer que les démocraties parlementaires de l’Occident puissent établir les critères selon lesquels tous les autres pays peuvent être classés et évalués. Les Nations ont des traditions politiques très différentes, c’est à chacune de les entretenir ou de s’en éloigner. La Chine comprend cela, à l’Occident d’en faire de même.

Article de Patrick Lawrence, correspondant à l’étranger de l’International Herald Tribune pendant de nombreuses années, paru le premier avril 2019 sur le site Consortium News traduit pour mes fidèles lecteurs par mes soins.

Lawrence peut être contacté sur son site web : http://www.patricklawrence.us , illustration Wikimedia

Allemagne-USA : Ça va devenir de pire en pire

Capture d’écran 2019-03-25 à 22.52.12.png

L’Allemagne s’oppose ouvertement aux exigences du Président Trump de dépenser plus pour sa participation au budget de l’OTAN. L’Ambassadeur américain à Berlin criant au scandale a provoqué des appels de plusieurs partis politiques à son expulsion.

De tous les pays européens c’est l’Allemagne qui a le plus souffert de la colère de Trump depuis son arrivée à la Maison-Blanche. En deux ans les relations bilatérales entre Washington et Berlin se sont effondrées sous le poids des attaques verbales de Trump.

Trump a reproché à l’Allemagne ses pratiques commerciales déloyales dans le cas de ses exportations lucratives d’automobiles. Trump a carrément accusé l’Allemagne de trahison dans ses relations avec la Russie en matière d’approvisionnement en gaz naturel allant jusqu’à menacer de sanctions économiques les entreprises impliquées dans le projet de gazoduc NordStream 2 sous la Mer Baltique.

L’Allemagne a vigoureusement rejeté les accusations de Trump, affirmant que son industrie automobile était un investisseur important dans la création d’emplois aux USA et que sa politique énergétique relevait de sa souveraineté dans le cadre des principes objectifs du marché.

Trump n’a cessé de reprocher à l’Allemagne de ne pas assez dépenser pour ses engagements pris avec l’OTAN estimant que la protection américaine lui était suffisante. Lors du dernier sommet de l’OTAN en 2018 Trump a demandé à la Chancelière d’augmenter le budget militaire de son pays pour atteindre l’objectif de 2 % du PIB. Pendant de nombreuses années après la fin de la guerre froide les dépenses militaires allemandes ont accusé un retard de 1 % du PIB et Trump considère que l’Allemagne, la plus grande puissance économique de l’Europe, devrait doubler son budget de la défense alors qu’il a tendance à diminuer. L’Ambassadeur US Richard Grenell a ainsi dénoncé le « refus » de l’Allemagne à respecter ses engagements vis-à-vis de l’OTAN.

Grenell est en quelque sorte le torchon rouge de Trump et ce n’est pas la première fois qu’il invective l’Allemagne en des termes qu’aurait bien pu lui dicter Trump. Grenell ne cesse de critiquer le projet NordStream 2 et les relations entre l’Allemagne et le géant chinois Huawei. Ses dernières accusations au sujet de l’OTAN ont suscité la fureur des politiciens et des médias allemands. Wolfgang Kubicki, leader adjoint du Parti Démocrate Libre, a même déclaré que « un ambassadeur n’est pas censé agir comme le porte-parole d’une puissance occupante« . Le New-York Times a relevé que cette situation était la pire que l’on puisse imaginer à moins d’un mois du 70e anniversaire de la fondation de l’Alliance atlantique, une grande fête qui aura lieu à Washington mais qui pourrait être sévèrement refroidie par l’attitude négative de l’Allemagne. Sur la trentaine de pays membres de l’OTAN seuls sept d’entre eux ont augmenté leur budget militaire pour se rapprocher de l’objectif des 2 % décidé avant l’élection de Trump et celui-ci a même menacé de retirer les États-Unis de cette organisation si les membres européens ne se pliaient pas à ses exigences financières.

L’Allemagne et les autres pays européens devraient prendre au mot le coup de bluff de Trump et lui répondre : « vas-y ! ». Car en effet la présence de troupes, de missiles (y compris nucléaires) et d’avions américains sur le sol européen ne l’est pas pour protéger les pays européens mais pour projeter l’hégémonie américaine sur ses vassaux en particulier pour qu’ils ne rétablissent pas de relations normales et naturelles avec la Russie. Les pays européens doivent protester vigoureusement contre l’augmentation des dépenses militaires qu’exige Washington de leur part car à quoi sert cette dépendance pathologique aux dépenses militaires ? À l’évidence il s’agit pour les USA de tirer parti de l’économie des pays européens pour grossir les profits des géants de l’armement américain. C’est un véritable racket adossé à l’empoisonnement des relations internationales avec la Russie et la Chine organisé dans ce seul but, afin de justifier le siphonnage de l’argent public des Européens vers les grands groupes de défense américains.

Capture d’écran 2019-03-24 à 18.26.57.png

La plus grande menace sécuritaire des pays européens est la croissance massive de la pauvreté, des inégalités et des privations selon le dernier rapport de l’OCDE. Le discours alarmiste des Américains à propos de la Russie et des autres « ennemis étrangers » est une ruse grossière pour l’utilisation abusive et obscène de l’argent public des pays européens pour engraisser le colossal complexe militaro-industriel américain qui parasite totalement la société américaine elle-même. Une contradiction hautement risible est que Trump est censé être une « marionnette russe » selon ses ennemis politiques nationaux et pourtant il fait valoir le prétexte anti-russe au nom du complexe militaro-industriel encore plus que n’importe quel autre président auparavant (voir note en fin de billet).

L’Allemagne et d’autres pays européens ont bien raison d’ignorer le diktat de Trump au sujet des dépenses de défense douteuses. L’argent serait bien mieux investi nationalement dans un développement social productif et véritablement bénéfique. On sent venir une confrontation entre l’Allemagne et les USA. L’Allemagne s’est trop longtemps laissée malmener par la « puissance occupante » américaine. Avec les humiliations insultantes de Trump cette situation n’a fait que s’aggraver. Jusqu’à quel point les Allemands peuvent-ils tolérer cet abus de pouvoir des Américains ? Et ce d’autant plus que l’opposition aux diktats américains ne fait que croître dans l’opinion publique et pas seulement en Allemagne.

Traduction d’un article de Finian Cunningham, journaliste anglais, paru sur le site informationclearinghouse.info

Illustration trouvée sur le site de Mish Shedlock : petit coup d’oeil sur le complexe militaro-industriel américain en milliards de dollars.

Note. Le rapport du procureur Mueller fait clairement mention d’aucune interférence de la part de la Russie au cours du processus des élections présidentielles américaines. L’affaire est donc close, du moins pour l’instant.

L’Empire américain : une réalité historique

Capture d’écran 2019-03-10 à 12.45.07.png

Le grand empire américain tel qu’il était en 1941, l’année de l’attaque de Pearl Harbor par l’aviation japonaise, comprenait les 50 Etats contigus. Les autres territoires comme l’Alaska, achetée à la Russie en 1867, Puerto-Rico, les Philippines, l’archipel d’Hawaï et une multitude d’îles et îlots disséminés sur l’Océan Pacifique n’étaient pas des Etats mais des territoires majoritairement peuplés de gens de couleur qui étaient considérés par l’Administration centrale comme des sous-hommes sans droits civiques. Cette tradition raciale était le direct héritage des massacres systématiques des Amérindiens dont les survivants furent parqués dans des réserves et les Afro-Américains, descendants d’esclaves qui vivaient dans un système d’apatheid non officiel aussi appelé ségrégation. Bref l’Empire américain était une nation peuplée de blancs anglo-saxons, si possible, chrétiens, si possible aussi, qui prônaient la « démocratie ». L’Empire colonial américain comptait environ 19 millions d’habitants essentiellement aux Philippines soit 8 fois moins que les citoyens vivant dans les 50 Etats contigus où il y avait 12 fois moins d’Afro-Américains que de Blancs.

Au sein même de l’ « Union » il existait aussi une ségrégation persistante à l’égard des « Latinos » et des communautés d’origine japonaise et chinoises enrolées parfois de force pour construire les lignes de chemin de fer du grand ouest continental américain. L’ « Union » fut construite petit à petit à coups de guerres agressives et d’annexion de territoires. Cette attitude impérialiste débuta en 1840 quand les Etats américains attaquèrent le Mexique et dépossédèrent ce pays souverain de la moitié de son territoire. L’élément qui déclencha ce conflit fut une véritable « fakenews », un détail sans importance. Il s’agissait d’une escarmouche entre l’armée de la toute nouvelle république mexicaine, mal armée, et un fort de l’armée américaine comme il en existait beaucoup dans cette région du sud-est du futur Arizona qui était un territoire disputé entre le Mexique et les Etats-Unis. Ce genre d’évènement était presque quotidien dans ce far-west le plus souvent sans foi ni loi. Pour s’en sortir la tête haute les Etats-Unis achetèrent ces territoires considérables par leur superficie pour une somme équivalente à 600 millions de dollars d’aujourd’hui, vous avez bien lu.

Cinquante ans plus tard l’empire américain déclara cette fois la guerre à l’Espagne après un coup monté, une autre « fakenews » dans toute sa splendeur, dans la rade du port de La Havane. Vaincue, l’Espagne céda aux Américains Cuba, Puerto-Rico et d’autres îles de la Caraïbe, les Philippines, Guam (archipel des Mariannes) et diverses îles du Pacifique comme une partie de l’archipel des Samoa. Pour parfaire sa domination sur le nord de l’Océan Pacifique les Etats de l’Union annexèrent l’archipel de Hawaï en 1898 où les Français s’étaient pourtant installés dès 1845. Cette annexion fut fomentée par la compagnie fruitière Dole qui organisa une révolte des Polynésiens d’Hawaï contre les Français.

On retrouve aujourd’hui la même démarche de l’impérialisme américain avec une interférence ouverte entre le gouvernement et les grandes compagnies privées qu’elles soient impliquées dans les fruits, le tabac, le pétrole, les ressources minérales ou l’armement. Rien n’a changé et l’appétit de ces grandes sociétés a poussé le gouvernement américain depuis la fin de la seconde guerre mondiale à intervenir pour étendre sa domination hégémonique et économique dans une multitude de pays. La mise en place de l’OTAN a largement contribué à dominer les pays européens mais cette organisation a été utilisée sans état d’âme par les Américains pour impliquer ces pays européens dans des conflits dont ils étaient étrangers. Après la Corée et le Vietnam qui furent des conflits spécifiquement américains il y a eu le démantèlement de la Yougoslavie et les horreurs du Kosovo et de la Bosnie toutes « justifiées » par des fausses informations, les guerres d’Afghanistan et d’Irak et enfin de Syrie, conflits dans lesquels les pays européens ont été priés par le grand Oncle Sam de participer. Depuis 1945 les forces armées américaines ont été déployées 211 fois dans 67 pays différents pour régler des conflits ou pour y « installer la démocratie ». Les USA disposent dans le monde de 800 bases militaires pour continuer leur emprise impérialiste sur le monde entier et aussi de leurs pétrodollars, de leur système d’espionnage politique et économique via les opérateurs téléphoniques et les réseaux sociaux, la NSA dénoncée par Edward Snowden : au total 17 organismes de renseignement. L’impérialisme américain n’est pas encore mort … Tous les coups tordus sont mis en oeuvre pour que la puissance financière américaine s’accapare les fleurons industriels européens et ce n’est pas terminé car l’agenda américain est finalement de dominer le monde entier …

Source très partielle : The Guardian. L’empire américain en 1941 cartographié ci-dessus est à l’échelle et montre l’immense superficie de l’Alaska ainsi que la longueur de l’archipel de Hawaï.

Les plus importants acteurs commerciaux à l’export : l’Allemagne en tête !

Capture d’écran 2019-03-08 à 18.35.09.png

Pour la première fois depuis des dizaines d’années les barrières douanières s’accroissent dans le monde entier. Les négociations du Brexit ont créé un environnement d’incertitude et depuis l’élection de Donald Trump des mesures pénalisantes sur les importations vers les USA d’acier et d’aluminium en provenance d’Europe, les sanctions américaines unilatéralement décidées par Washington à l’encontre de l’Iran et de la Russie ont encore aggravé ce climat d’incertitude avec également la Chine maintenant dans le collimateur de la Maison-Blanche.

Dans ce paysage économique la carte ci-dessus est instructive à plusieurs égards. Si la guerre commerciale décrétée par les USA dans le cadre du programme « America First » de Donald Trump, parmi les 10 principaux pays exportateurs dans le monde la moitié sont des pays européens. Le Japon et la Corée sont des pays de facto contrôlés par les USA – ce sont deux pays qui depuis la fin de la seconde guerre mondiale, pour le Japon, qui accueille et entretient quelques 50000 militaires américains et la Corée, truffée de bases américaines équipées d’armes de destruction massive – il est peu probable que les Américains surtaxent les produits exportés par ces deux pays vers le leur. Les gros morceaux ce sont la Chine + Hong-Kong avec 2813 milliards de dollars d’exportations vers le monde entier et le suivant sur la liste est … l’Allemagne ! On peut s’attendre à quelques frottements entre les Allemands et les Américains dans les prochains mois surtout au niveau des exportations allemandes de véhicules automobiles. Le cas de l’Allemagne a de quoi faire nerveux Donald Trump car il ne peut que constater que chaque Allemand (83 millions) produit à l’export 18000 dollars chaque année (2017) alors que la performance américaine n’est en comparaison que de 4730 dollars chaque année, quatre fois moins que l’Allemagne, et deux fois moins que la France ! Il y a carrément de quoi énerver Donald Trump. Conclusion l’Allemagne est la cible de l’occupant de la Maison-Blanche et ceci explique en partie pourquoi le gazoduc Nordstream-2 préoccupe au plus haut point les USA.

Et comme les USA, au final, contrôlent l’Europe comme ils contrôlent d’ailleurs le Japon et la Corée alors tous les coups tordus de la propagande font que par exemple le Danemark s’inquiète de la mise en place du gazoduc Nordstream-2. C’est une vraie blague !

Source : HowMuch.net

La Russie et la Chine font bloc pour contenir l’impérialisme américain

Voici la traduction d’un article de Federico Pieraccini paru sur le site strategic-culture.org . Les ajouts en italique permettent une meilleure compréhension du texte.

Fort heureusement le monde d’aujourd’hui est très différent de celui de 2003 et les décrets de Washington pour déterminer l’ordre mondial sont devenus moins efficaces. Cependant, malgré la nouvelle division plus équilibrée du pouvoir entre plusieurs puissances, Washington apparaît de plus en plus agressif envers ses alliés et ses ennemis, d’ailleurs quel que soit le Président en place. La Chine et la Russie ont pris la tête de cette transition historique tout en veillant à éviter une guerre directe avec les Etats-Unis. Et pour réussir dans cette entreprise ils ont choisi une stratégie hybride associant diplomatie, soutien militaire à leurs alliés et garanties économiques aux pays attaqués par Washington.

Les USA considèrent que la planète entière est leur terrain de jeu. La doctrine militaire et politique américaine est basée sur le concept d’hégémonie libérale comme l’a expliqué le politologue John Mearsheimer. Avec le temps cette attitude impérialiste a créé un front coordonné et semi-officiel de pays résistants à cette hégémonie libérale. Les récents évènements survenus au Vénézuela montrent bien pourquoi la coopération entre ces pays contre-hégémoniques est essentielle pour accélérer la transition d’une réalité unipolaire à une réalité multipolaire au sein de laquelle les dommages causés par l’impérialisme américain sont atténués.

Moscou et Pékin, après une période de relations complexes durant la guerre froide, ont réussi à concilier leurs grands objectifs pour les prochaines années. Le rapprochement vers lequel ils sont arrivés tourne principalement autour de l’atténuation du chaos que Washington a provoqué dans le monde.

Le principe directeur de l’appareil de renseignement militaire américain est que si un pays ne peut pas être contrôlé (tel que l’Irak après l’invasion de 2003) il doit être détruit pour éviter qu’il ne tombe dans le camp sino-russe. C’est ce que les Etats-Unis ont tenté de faire en Syrie et qu’ils entendent faire avec le Vénézuela.

Le Moyen-Orient est une région qui attire l’attention de la planète entière depuis un certain temps car Washington souhaite clairement appuyer ses alliés israélien et saoudien. Israël poursuit une politique étrangère visant à démanteler les États iranien et syrien et l’Arabie saoudite poursuit la même stratégie en alimentant de plus une scission au sein du monde arabe découlant de ses différences avec le Qatar. Depuis des décennies Washington soutient les décisions de politique étrangère d’Israël et de l’Arabie saoudite pour deux raisons bien spécifiques : satisfaire l’influence du lobby israélien à Washington et nécessité de veiller à ce que l’Arabie saoudite vende du pétrole aux USA facturé en dollars afin de préserver le rôle de la devise américaine en tant que monnaie de réserve mondiale.

Maintenir le rôle du dollar US comme monnaie de réserve mondiale est essentiel pour que Washington puisse conserver son statut de superpuissance et sa stratégie hybride dirigée contre ses rivaux géopolitiques. Les sanctions financières sont un bon exemple illustrant la manière d’agir de Washington en utilisant le système financier et économique mondial basé sur le dollar US comme une arme dirigée contre ses ennemis. Au Moyen-Orient l’Iran est la cible principale avec des sanctions dont le but est d’empêcher cette république islamique d’échanger avec les systèmes bancaires étrangers. Avec la Syrie, Washington a menacé les compagnies étrangères de sanctions si elles concluaient des contrats avec Damas pour reconstruire le pays. Elles ne seraient alors plus habilitées à travailler aux USA.

Pékin et Moscou ont choisi une stratégie diplomatique claire : ils rejettent conjointement les innombrables motions présentées par les USA, la Grande-Bretagne et la France au conseil de sécurité des Nations-Unies condamnant l’Iran et la Syrie et la Russie maintient sa présence militaire en Syrie (dans le cadre d’accords bilatéraux d’assistance) et les efforts économiques de la Chine, bien qu’ils ne soient pas encore pleinement visibles en Iran et en Syrie, seront essentiels pour raviver ces pays détruits par des années de guerre infligées par Washington et ses alliés (européens). La stratégie de la Chine et de la Russie au Moyen-Orient vise à défendre la Syrie et l’Iran par la voie diplomatique en utilisant le droit international, droit que les USA et ses alliés dans la région continuent à manier allègrement (à leur profit). L’intervention militaire russe en Syrie a joué un rôle essentiel dans la lutte contre l’agression inhumaine lancée contre la Syrie et elle a mis un terme à celle-ci. La Russie a également tracé une ligne rouge qu’Israël ne pourra pas franchir dans son projet d’attaquer l’Iran. La défaite des Etats-Unis en Syrie a créé un précédent encourageant pour le reste du monde : Washington a été contraint d’abandonner ses plans pour éliminer Assad.

À l’avenir on se souviendra que la Syrie marque le début de la révolution multipolaire, pays dans lequel les Etats-Unis étaient confinés dans leur action militaro-conventionnelle à la suite des actions coordonnées de la Russie et de la Chine. La contribution économique de la Chine satisfait des besoins urgents comme la fourniture de nourriture, de médicaments et de capitaux à tous les pays assiégés par Washington. Tant que le système financier mondial restera ancré au dollar US Washington restera en mesure de causer beaucoup de dégâts aux pays réfractaires à ses diktats.

Les effets des sanctions économiques américaines varient d’un pays à l’autre. La Fédération de Russie a tiré parti de ces sanctions en refinançait la totalité de sa dette extérieure (celle détenue par des non résidents en se débarrassant de ses réserves de devises en dollars US pour dans le même temps acheter massivement de l’or). La Russie s’est aussi organisée pour produire chez elle ce qui était jusque là importé de l’étranger. La stratégie à long terme de la Russie consiste à s’ouvrir à la Chine et à d’autres pays asiatiques ce qui aura pour conséquence de réduire ses contacts avec des pays hostiles européens comme la France ou l’Allemagne.

À la faveur de l’initiative chinoise d’investissements massifs dans le projet « Initiative Ceinture et Routes » (Belt and Road Initiative, BRI) l’hégémonie du dollar US est menacée à moyen et long terme. De plus les initiatives chinoises dans les domaines des infrastructures, de l’énergie,du transport ferroviaire, des routes et des technologies dans des dizaines de pays de par le monde, combinées au besoin continu et croissant en pétrole entraineront une consommation de plus en plus importante en pétrole actuellement payé en dollars US. De plus Moscou occupe une position privilégiée et entretient de bonnes relations avec tous les principaux producteurs de pétrole et de gaz, du Qatar à l’Arabie saoudite en passant par le Nigéria, l’Iran et le Vénézuela. Les bonnes relations entre Riyad et Moscou visent à créer une sorte d’OPEP+ incluant la Russie.

Une attention toute particulière doit être accordée à la situation au Vénézuela, l’un des plus importants pays de l’OPEP. Riyad a envoyé à Caracas au cours des dernières semaines un pétrolier transportant deux millions de barils de pétrole et Mohammed bin Salman (MBS) a adopté une position neutre vis-à-vis du Vénézuela pour maintenir une équilibre prévisible entre Washington et Caracas. Ces initiatives dirigées par Moscou et Pékin ont pour objectif de réduire l’utilisation du dollar US par les pays participant à la Belt and Road Initiative et adhérant au cadre OPEP+ et cette diversification par rapport au dollar pour couvrir les transactions financières dans les domaines de l’investissement, du pétrole et du gaz naturel liquéfié entrainera l’abandon progressif du dollar à la suite d’accords supprimant progressivement le dollar US. Pour l’instant Riyad ne semble pas vouloir perdre la protection de l’armée américaine mais les récents évènement concernant l’affaire Khashoggi et l’inscription avortée de Saudi Aramco tant aux bourses de New-York que de Londres ont ébranlé la confiance de la famille au pouvoir envers ses alliés américains. Lorsque MBS et Poutine se sont rencontrés en marge du G20 à Buenos-Aires, il s’agissait d’un message clair envoyé à Washington concernant l’avenir du pétro-dollar.

Le processus d’Astana est l’aboutissement des efforts militaires, diplomatiques et économiques de Moscou et Pékin. La Turquie a été l’un des principaux pays à l’origine de l’agression contre la Syrie mais Moscou et Téhéran l’ont incorporée dans le processus visant à contenir le chaos régional engendré par les USA. Grâce à des accords conclus en Syrie instituant des zones de « déconfliction » Damas a avancé ville après ville pour débarrasser le pays des terroristes financés par les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et Ankara (mais aussi la Grande-Bretagne et la France). Quant au Qatar, ce minuscule pays finance l’économie de la Turquie et en retour Ankara assure une protection militaire à Doha. De ce fait le Qatar s’éloigne du camp israélo-saoudien en bénéficiant par ailleurs des efforts de la Russie et de la Chine dans les domaines énergétique, diplomatique et militaire. Doha a adopté cette attitude d’ouverture vers Moscou et Pékin à cause de la guerre diplomatique et économique déclenchée contre le Qatar par Riyad, une autre conséquence du chaos créé par Washington sur ses alliés dans la région, Israël et l’Arabie saoudite.

Ainsi Washington perd son influence militaire dans la région à cause de la présence de Moscou ce qui pousse naturellement les alliés traditionnels des Américains à s’engager dans le camp des pays opposés à Washington. La défaite diplomatique et militaire des Etats-Unis dans la région permettra à terme de changer la structure économique où une réalité multipolaire prévaudra, où des puissances régionales telles que l’Egypte, la Turquie, l’Arabie saoudite et l’Iran deviendront obligées d’interagir économiquement avec l’ensemble du continent eurasiatique dans le cadre de l’initiative « Belt and Road ». Le principe de base pour Pékin et Moscou est le recours à des moyens militaires, diplomatiques et économiques pour contenir les Etats-Unis dans leur volonté incessante de tuer, voler et de détruire.

En Asie Pékin a usé de la diplomatie pour faciliter les discussions entre les deux Corées (comme les deux Allemagnes elles finiront bien par se réunir), accélérer les discussions entre Séoul et Pyongyang, excluant ainsi les acteurs externes tels que les USA qui n’ont que l’intention de saboter ces discussions. La composante militaire chinoise a également joué un grand rôle, même si Pékin ne l’a jamais utilisée comme la Russie en Syrie. les options de Washington vis-à-vis de la péninsule coréenne étaient fortement limitées en raison du fait que la frontière avec la Corée du Nord est constituée d’énormes forces nucléaires et conventionnelles, en d’autres termes la dissuasion offerte à la Corée du Nord par la Chine et la Russie. Décider d’un conflit armé avec la Corée du Nord était une option peu pratique pour les USA.

Comme par le passé, les effets de l’embargo américain financier total imposé à la Corée du Nord par les Américains en raison des activités nucléaires de ce pays furent très largement allégés par la bouée de sauvetage économique provenant de Moscou et de Pékin. La diplomatie sino-russe très habile auprès de la Corée du Sud a eu un effet très positif comme cela fut le cas avec la Turquie. La Corée du Sud semble en effet dériver progressivement vers le monde multipolaire emmené par La Russie et la Chine avec des perspectives importantes et des perspectives de réunification des deux Corées. De plus cet effort diplomatique a contrecarré les efforts de Washington pour semer le chaos aux frontières russo-coréenne (la Russie partage une frontière commune avec la Corée du nord) et sino-coréenne.

Les USA semblent perdre leur élan impérialiste plus particulièrement en Asie et au Moyen-Orient, non seulement sur le plan militaire mais également sur les plans diplomatique et économique.

La situation en Europe et au Vénézuela est différente. Ce sont deux régions où Washington exerce toujours un poids géopolitique plus important qu’au Moyen-Orient ou en Asie. Dans les deux cas l’efficacité de la résistance sino-russe – en termes de diplomatie, d’économie et de présence militaire est plus limitée pour des raisons différentes qui seront abordées dans un prochain article.

Le projet hégémonique des Nations-Unies, donc des USA

En mai 2000, Kofi Annan, secrétaire général des Nations-Unies déclarait : « Depuis la mise en place de l’ONU, plus de 500 conventions multilatérales ont été conclues et prises dans leur ensemble celles-ci forment une assise légale pour l’établissement d’un monde meilleur ». Il existe une multitude de « filiales » de l’ONU qui ont toutes pour but d’émettre des recommandations de bonne gouvernance comme par exemple le Bureau International du travail, l’OMS (organisation mondiale de la santé), la FAO (food and agriculture organization), ou encore l’IPCC en ce qui concerne le climat. Cette « filiale » particulière de l’ONU est par définition un organisme politique puisqu’il regroupe des représentants des gouvernements de tous les membres de l’ONU. Et pour une bonne acceptation de ses décisions cet organisme, tel un travesti, a revêtu les apparences – uniquement les apparences – de la science.

Capture d’écran 2019-02-05 à 13.58.56.png

Les officiels de l’ONU ont donc délibérément décidé, dans le cas du climat, d’utiliser la science, une aubaine créée de toutes pièces, pour faire progresser leur agenda qui est, soyons clairvoyants, tout sauf défenseur de la liberté. Le monde moderne a besoin d’énergie pour fonctionner, beaucoup d’énergie. Toute action tentant de réduire, restreindre ou limiter notre consommation d’énergie réduit, limite et restreint d’autant nos choix quotidiens qui sont où et comment vivre, travailler, étudier, voyager. En tant que personne résidant dans un pays libre au XXIe siècle, je ne suis pas prêt à accepter que les Nations-Unies me dictent comment vivre, me loger, me nourrir et travailler. Les Nations-Unies n’ont aucune autorité sur ma propre personne.

Il faudra travailler durement pour changer cette attitude des Nations-Unies. Par exemple au mois de décembre dernier les Accords de Marrakech sur les migrations globales ont été clairement mis en place pour reconnaître que les migrants avaient plus d’importance que les libertés fondamentales des personnes citoyennes de leur pays. Voilà ce que désire l’ONU dans le monde selon elle. Et l’ONU a tout fait pour que les médias politiquement corrects couvrent l’évènement dans un sens favorable au risque de perdre leur liberté d’expression. Et c’est ainsi que ces médias occultent par tous les moyens le combat entre les individus qui croient encore à la démocratie et ceux qui approuvent et encouragent la gouvernance mondiale. La gouvernance mondiale se met en place progressivement à la faveur d’un réseau de plus en plus dense de recommandations onusiennes qui empiètent sur nos libertés.

Ces conventions multilatérales dont parlait Kofi Annan ont pour seul but d’imposer des normes onusiennes dans tous les pays au mépris des décisions et des jugements des citoyens et de leurs représentants démocratiquement élus.

https://youtu.be/j459Rlp6k3Q

Nos traditions, nos lois et nos constitutions seront tout simplement mises au panier et accords après accords le « cadre juridique global » que mentionnait Annan sera mis en place et amenuisera lentement nos libertés. Annan était convaincu que « le monde meilleur » auquel il faisait allusion serait bénéfique à l’humanité. Il le serait effectivement si nous tous préférons être traités comme des enfants plutôt que des adultes en charge de notre propre destinée, en d’autres termes si nous acceptons que les officiels de l’ONU sont moralement et intellectuellement nos supérieurs. C’est sous l’impulsion de l’ONU que les juridictions transnationales ont établi des décisions légales qui rendent progressivement les juridictions nationales inopérantes. C’est pour cette raison que l’ONU fait pression sur les juges et dans le contexte de l’affaire du climat c’est exactement ce qui se passe. Si nous prenons conscience du danger que représente la gouvernance mondiale il faudra alors retirer notre pays de la plupart des accords et directives que l’ONU a mis en place depuis sa création. L’ONU n’est plus un organisme de maintien de la paix mais un organisme totalitaire.

Source : adapté d’un billet de Donna Laframboise

Commentaire. Les institutions de Bruxelles qui pilotent l’évolution de l’Union Européenne ont adopté l’agenda de l’ONU à l’échelle de l’Europe et c’est petit à petit, sans possibilité de retour en arrière, que la Commission européenne, constituée de personnalités non élues comme les représentants des pays aux Nations-Unies et encore moins les membres du Conseil de sécurité, institue un état supra-national en Europe. Comme personne ne l’ignore l’Union européenne est le vassal des USA au niveau de la défense avec l’OTAN, au niveau de la monnaie avec le dollar qui constitue encore 60 % des échanges commerciaux entre la zone euro et les pays hors zone euro, cette devise restant d’ailleurs au troisième rang mondial après le dollar et le yuan alors que l’Union européenne, prise dans son ensemble, est la première puissance économique dans le monde. On ne peut que constater que les USA ont délibérément freiné l’ascension de l’euro sur le plan des échanges commerciaux mondiaux, bien entendu dans son propre intérêt renforcé par l’extra-territorialité de ses lois.

L’Europe constitue pour l’ONU une sorte de laboratoire, le modèle à l’échelle européenne du processus de main-mise d’une administration supra-nationale – ce qu’est de facto la Commission de Bruxelles – pour poursuivre la gouvernance mondiale téléguidée par Washington tout en soutenant les dissensions entre les Etats européens afin d’éviter une montée en puissance économique et monétaire de l’Union pour préserver, cela va de soi, la suprématie du dollar. Ce n’est pas un hasard si le FMI, la Banque Mondiale et l’ONU se trouvent sur le territoire américain et sont sous le contrôle de Washington, quoiqu’on en dise béatement. Ce n’est pas un hasard non plus si les USA contrôlent le système GPS, internet et le système Swift de paiement international, et enfin ce n’est pas un hasard si les USA ont les moyens techniques largement utilisés pour espionner n’importe qui, n’importe où dans le monde car le contrôle du WEB est entre les mains de la NSA avec la complaisance assumée de Google, Facebook et des autres firmes américaines impliquées dans les technologies de l’information. Toutes les parlottes des politiciens européens me paraissent n’être que du théâtre de mauvaise qualité. Au sein de l’Union européenne il est regrettable de constater que la France, avec son Président adoubé par le Club de Bilderberg, le World Economic Forum (Davos) et les grandes banques supranationales dont la banque Rothschild est à l’avant-garde de cette mise en place d’un état totalitaire à l’échelle nationale qui préfigure ce nouvel ordre mondiale car on ne peut que constater que le « pays des droits de l’homme » a renié depuis bien longtemps ses principes de gouvernance au profit du pouvoir financier. Il reste sur le plan mondial que la Chine, d’ailleurs de concert avec la Russie et quelques autres entités nationales, restera un pays opposé à ce projet même s’il doit leur en coûter une guerre contre les USA.

Le déclin et la chute inévitable de l’Union Européenne

Capture d’écran 2019-01-20 à 10.22.25.png

Voici un autre regard venu d’outre-atlantique. Traduction d’un article de Charles Hugh Smith paru sur son site charleshughsmith.blogspot.com

La fin des modèles néoféodaux et néocolonialistes était inévitable et il en sera de même du projet d’intégration et d’exploitation européen. Le fait que la monnaie unique, l’euro, fracturerait plutôt qu’unirait l’Europe avait été compris bien avant son introduction le premier Janvier 2002. L’euro, monnaie commune à 19 des 28 Etats membres de l’Union européenne, n’est que l’une des diverses institutions qui unissent les nations à l’Union mais c’est le pivot de l’intégration financière présentée comme l’un des principaux avantages de l’adhésion à cette Union. Pourtant le scepticisme quant aux avantages de l’adhésion à l’UE augmente tandis que les citoyens s’interrogent sur l’abandon de la souveraineté nationale avec une intensité renouvelée.

L’élite des technocrates au pouvoir dans l’UE tente de marginaliser les critiques populistes, nationalistes ou fascistes, ignorant la réalité qui est pourtant que la source réelle de la tyrannie qui s’installe en Europe est le fait de ces technocrates non élus qui ont acquis au fil des années des pouvoirs extraordinaires afin de dépouiller les citoyens des pays membres de leurs libertés civiles, notamment leur droit à la dissidence, et de la signification de leur droit de vote. Comme je l’ai expliqué patiemment depuis 2012 la structure sous-jacente de l’UE est le néo-colonialisme, en particulier la néo-colonisation financière. Sans même se dissimuler les institutions financières du noyau central de l’UE ont colonisé la périphérie via l’Euro et ont imposé aux citoyens un système de servage profitant à la seule finance.

Pour comprendre ce qu’est ce modèle de financiarisation néo-colonialiste il faut rappeler ce qu’était le modèle classique du colonialisme. La puissance coloniale conquérait un territoire et s’assurait la domination des élites locales en collaborant parfois avec ces dernières puis elle procédait à l’exploitation des ressources et du travail de la nouvelle colonie pour enrichir la nation impériale et ses élites. Ce modèle colonial a été démantelé sous la pression des Nations-Unies après la seconde guerre mondiale. Les anciennes colonies ont acquis leur indépendance et ce processus a diminué la richesse et le pouvoir des anciennes puissances coloniales.

En réponse à ce processus les puissances financières mondiales ont cherché à établir un contrôle financier plutôt que politique. C’est la base de la dynamique du modèle néo-colonial de financiarisation qui substitue le pouvoir économique de la financiarisation (dette, effet de levier et spéculation) au pouvoir brutal de la conquête et du contrôle politique. La principale stratégie de la financiarisation est de développer du crédit à faible coût à l’intention de ceux (les pays) qui n’ont pas un accès direct au capital et quand ils auront mordu à l’appât alors ils ne pourront plus qu’accepter un crédit plus onéreux. Quand le crédit atteint des niveaux insupportables (pour ces pays) alors les prêteurs exigent des collatéraux ou des conditions commerciales favorables ou encore des concessions financières.

Cependant le pillage économique des anciennes colonies a atteint ses limites et en conséquence les puissances financières globales ont développé le modèle néo-colonial moderne qui applique ces mêmes techniques au niveau local dans le cas de l’Europe. C’est ainsi que des nations comme la Grèce, le Portugal, Chypre, … ont été classées parmi les nations périphériques pouvant être exploitées par le noyau financier central et l’Euro est l’outil idéal pour exploiter ces nations qui n’auraient jamais pu générer des bulles immobilières (comme l’Espagne) sans que les vannes du crédit bon marché soient grandes ouvertes.

Dans le néo-colonialisme financiarisé les puissances financières concluent un contrat avec les élites et les populations locales de la périphérie. Ces « colonisés » périphériques empruntent de la monnaie pour acheter des biens manufacturés dans les pays centraux et ils enrichissent alors les élites de ce centre par les profits réalisés en vendant ces biens, par les intérêts de leur dette nécessaire pour acheter ces biens et maintenir un niveau de vie domestique élevé et enfin en favorisant un véritable écrémage des actifs de ces pays périphériques.

En substance les banques allemandes et françaises mais aussi néerlandaises ont colonisé les pays de la périphérie européenne via la financiarisation de l’euro ce qui a favorisé l’extension massive de la dette de ces pays et les banques et les exportateurs ont réalisé d’immenses profits au détriment de ces pays périphériques. Dès lors les actifs et les intérêts de la dette affluent vers le noyau central de l’Europe. Le sauvetage de la Grèce n’a que très marginalement profité aux citoyens de ce pays : à peine 8 % des 284 milliards d’euros ayant servi au renflouement de la dette grecque sont arrivés jusqu’au citoyen grec, l’essentiel est allé vers les puissances financières pour le paiement des intérêts. Le noyau central européen a dénudé la Grèce de son indépendance financière et politique, exactement comme l’ont fait les puissances coloniales au XIXe siècle avec les pays africains et indo-asiatiques en les privant de leurs ressources, de leurs biens et de leur indépendance politique.

En substance le noyau central de l’UE a atteint la perfection du néo-colonialisme mais aussi du néo-féodalisme. Les nations périphériques sont en réalité les débiteurs néo-coloniaux du noyau et les contribuables des nations du noyau central sont maintenant les serfs féodaux dont le travail est dédié à la production de biens dans le cadre du schéma global de financiarisation et qui ne feront que se dégrader. Ce néo-colonialisme profite à la fois à l’aristocratie du noyau central mais également aux oligarchies de la périphérie. Il suffit de constater comment la Grèce a été littéralement ruinée.

L’UE a atteint la phase finale du modèle néo-colonial de financiarisation et avec celui-ci il n’y a plus de marchés à exploiter, il n’y a plus d’actifs à dépouiller et les serfs (les « gilets jaunes ») du noyau central se lassent d’être systématiquement dépouillés par la kleptocratie européenne.

À ce stade, l’aristocratie financière se trouve aux prises avec un dilemme insoluble : l’annulation des créances en souffrance annule également les flux d’actifs et de revenus, car chaque dette constitue l’actif et le flux de revenus du noyau central. Lorsque tous ces actifs fantômes seront reconnus comme sans valeur alors le système implosera.

Cet épuisement du système néo-colonial-néo-féodal mis en place en Europe était inévitable et il en résultera le déclin et la chute du projet européen d’intégration et d’exploitation de type colonial des pays de l’UE par les oligarques au pouvoir.