USA-Syrie : une longue histoire de coups tordus de la CIA

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Pour les impérialistes américains l’importance stratégique de la Syrie a été prise en compte dès la fin de la deuxième guerre mondiale. En 1949 un coup d’Etat renversa le premier gouvernement et le premier président syriens démocratiquement élus depuis l’indépendance de ce pays (depuis 1918 la Syrie était un protectorat franco-anglais après la chute de l’Empire Ottaman). Selon de nombreux analystes ce coup fut fomenté par la CIA avec l’appui des Britanniques en place à Damas pour éliminer le président élu Shukri al-Quwatli (illustration) accusé de sympathies communistes. Celui-ci fut brièvement emprisonné puis déporté en Egypte. Ces premières élections avaient été considérées par les Anglais et les Américains comme entachées de fraude téléguidée par l’Iraq et la Transjordanie et des luttes internes sectaires. Bref, ce fut la première intervention de la CIA en Syrie.

Alors que le Maccarthysme était devenu une sorte de religion aux USA, le nouveau Président syrien, Husni al-Za’im, qui fut donc mis en place par la CIA, fut accusé par cette dernière de ne pas coopérer avec l’Occident pour contrer le communisme. Le Secrétaire d’Etat de l’époque, John Foster Dulles, frère du Directeur de la CIA, laissa se terminer la Guerre des Six Jours (1956), entièrement financée par les USA, pour organiser un autre « coup » en Syrie répandant la fausse information que l’armée syrienne disposait de 123 Migs offerts par l’URSS.

Les fausses informations étaient depuis longtemps déjà la manière de faire des Américains. Il faut remonter à 1898 et la mise en scène du faux attentat perpétré contre le navire USS Maine dans le port de La Havane en pleine rébellion des habitants de Cuba contre les Espagnols pour que les Etats-Unis déclenchent une guerre contre l’Espagne. Il faut souligner que la presse américaine de l’époque se fit un devoir de relayer cette fausse information – en réalité l’USS Maine avait été sciemment sabordé par les Américains eux-mêmes – afin de préparer l’opinion à une guerre inévitable avec l’Espagne, guerre qui se propagea sur tous les continents en particulier dans l’Océan Pacifique où la marine américaine prit possession des Philippines et des Marianes. Déjà à l’époque l’agenda américain ne se résumait qu’en une phrase : l’hégémonie impérialiste.

Revenons à la Syrie. Les USA firent appel à la Turquie et aux Frères Musulmans (on était en 1955 et les frères musulmans, création de la CIA existaient déjà)  et préparèrent un coup d’Etat avec l’aide des services secrets anglais (MI6). Après la guerre des 6 jours, les interventions diplomatique de l’Irak, de l’Arabie Saoudite et de l’Egypte dissuadèrent les Américains d’aller plus avant dans leur projet. En effet ces pays voyaient d’un très mauvais oeil que les USA établissent une tête de pont territoriale en Syrie sachant qu’ils étaient les alliés indéfectibles d’Israël et ce d’autant plus que tous les pays arabes détestaient (et détestent toujours) Israël. Néanmoins la CIA avait bien rodé durant deux années sa stratégie de déstabilisation et celle-ci fut mise en application l’année suivante en Indonésie après avoir été testée au Guatemala en 1954. Dans les deux cas les interventions américaines avaient été motivées par de fausses nouvelles également reprises par la presse.

Durant la première guerre d’Irak les Américains utilisèrent le territoire syrien pour détenir en tout illégalité des prisonniers irakiens qui subirent les tortures les plus iniques qu’on puisse imaginer que même les SS du régime nazi n’auraient pas envisagé. Ces évènements se déroulèrent à l’insu de toutes les chancelleries représentées à Damas entre 2001 et 2007. Le gouvernement syrien était-il au courant des atrocités commises par la CIA sur son sol ? Nul ne le sait, toujours est-il qu’en octobre 2008 la CIA organisa une opération commando sur la ville de Sukkariyeh dans l’est de la Syrie, intervention qui fut cette fois dénoncée aux Nations-Unies par Damas sans aucune suite d’ailleurs. Par la suite il fut admis que les USA avaient organisé des infiltrations d’opposants au régime de Damas dès 2004 ! Les évènements actuels ne sont donc pas nouveaux !

Après, dès 2011, ce fut la guerre civile sur le sol syrien largement organisée par l’Administration Obama avec l’aide des services secrets anglais et l’appui financier de l’Arabie Saoudite et du Qatar, l’Arabie Saoudite étant devenue au fil des années un pays totalement vassalisé par les Etats-Unis, et elle l’est toujours aujourd’hui quoiqu’en pense MBS.

Il est intéressant de relire l’histoire car elle se répète souvent de manière étrangement similaire. En réalité, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, la CIA n’a jamais modifié ses méthodes d’intervention dignes du pire Etat totalitaire dans des pays qui n’ont pourtant jamais menacé la sécurité domestique des Etats-Unis excepté peut-être l’Arabie Saoudite avec les attentats du 11 septembre mais curieusement les USA n’ont jamais tenté quoi que ce soit contre ce pays car Wall Street s’y serait opposé.

Note. Toutes les informations citées dans ce billet sont tirées d’articles de Wikipedia version anglaise et citées dans un article paru sur le site consortiumnews.com, illustration : Shukri al-Quwatli (Wikipedia)

Brève : intervention franco-anglo-américaine en Syrie

Brève : intervention franco-anglo-américaine en Syrie

J’ai dit cet après-midi à ma compagne que j’avais tout simplement honte d’être Français et je pense que les Anglais, retraités comme moi et ayant choisi de vivre à Tenerife, doivent également avoir honte d’être Anglais.

Macron et May sont de la merde, trois M, des petits chiens abattardis tenus en laisse par Washington. Ils devraient être mis en prison pour crimes contre l’humanité en agressant sans mandat des Nations-Unies un autre pays qui ne leur a jamais rien fait.

Un autre geste agressif et la France et la Grande-Bretagne seront vitrifiées par les bombes nucléaires russes ! Car une autre agression – celle de cette nuit était destinée à empêcher la commission d’enquête de faire son travail à Damas pour établir les cause de l’attaque chimique – sera le signal d’une troisième guerre mondiale qui sera fatale pour l’ensemble de l’humanité. En Espagne aujourd’hui, dans de nombreuses villes, des mouvements spontanés ont rassemblé des dizaines de personnes en silence pour manifester leur réprobation devant l’attitude des deux esclaves de Washington ci-dessus désignés.

Encore une fois j’ai honte d’être Français !

Billet d’humeur géopolitique : l’ultime guerre mondiale ?

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Alors que Macron se prend pour Sarkozy en déclarant s’associer aux Américains et aux Britanniques pour punir Bachar El Assad comme ce fut le cas en Libye, les bruits de bottes se font de plus en plus clairement entendre au Moyen-Orient et cette fois-ci c’est très sérieux !

« En tant que citoyens Américains nous devons reconnaître que nous avons un gouvernement de criminels fous à Washington qui veut précipiter le monde vers sa destruction » (Paul Craig Roberts, 10 avril 2018).

« Ce que nous avons à dire encore une fois est que toute interférence militaire extérieure en Syrie, pays où l’armée russe a été déployée à la demande du gouvernement légitime, sous de faux prétextes inventés est absolument inacceptable et pourra avoir des conséquences très graves » (porte-parole du gouvernement russe, 10 avril 2018).

« Il suffira qu’un seul soldat russe soit abattu par un tir américain pour que ce soit la guerre, pas une guerre d’informations, pas une cyber-guerre, pas une guerre économique, pas une guerre de proxy, mais une guerre mondiale » (John Helmer, 9 avril 2018).

J’ai un billet d’avion pour aller voir mes petits-enfants à Tokyo dans un mois, peut-être que je ne les reverrai jamais …

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Billet d’humeur géopolitique : le poker menteur des 3 Grands

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Je ne suis pas du tout un spécialiste dans le vaste domaine – par définition – de la géopolitique mais comme chacun arrive à trouver des informations alternatives, c’est-à-dire autres que celles de la presse main-stream occidentale qui appartient à des grands groupes financiers multinationaux esclavagisés par les USA, des informations alternatives comme par exemple ZeroHedge (même Charles Gave va sur ce site tous les jours), il ressort que la géopolitique actuelle se résume en un jeu de poker menteur entre trois joueurs : les USA, la Russie et la Chine. Tout le reste n’a strictement aucune importance y compris si on peut déplorer de morts d’innocents et des destruction de villes entières comme au Yémen en ce moment même. Mais lequel des 3 joueurs est un menteur ?

Avant tout il est intéressant de décrire ces trois joueurs. Trump est un sanguin et un impulsif, ce n’est donc certainement pas un bon joueur de poker. Sentant que sa situation domestique s’aggrave il va surenchérir et tenter un foul ou une quinte pour se « refaire ». Poutine est l’archétype du joueur de poker professionnel, il est impassible, insondable et d’une patience admirable, attendant que ses adversaires fassent une erreur tactique fatale. Quant à Xi Ping il a devant lui un énorme paquet de jetons et il peut « suivre » n’importe quel coup car il a les poches pleines de dollars dont il aimerait bien se débarrasser à la première occasion, ce n’est pas une métaphore mais la réalité. La partie ne se joue pas dans un vulgaire tripot mais dans un endroit neutre, s’il en existe encore un sur notre planète, et chacun des trois joueurs est censé respecter les règles de la bienséance basique entre gentlemen. Il faut rêver …

Résumons donc les cartes qui se trouvent dans les mains de ces trois joueurs. Les USA clament toujours être la nation la plus puissante du monde. Pour en arriver là Washington s’est imposé en protecteur de l’Europe occidentale depuis la fin de la seconde guerre mondiale lors de la guerre froide, s’est livré à de multiples conflits le plus souvent créés par ses services secrets et a installé plus de 1000 établissements militaires de par le monde. Après la chute de l’Union soviétique, les USA ont immédiatement étendu leur influence via l’OTAN en fomentant des coups tordus dont le plus emblématique dans l’horreur des mensonges et du sang versé fut le conflit du Kosovo. Vint enfin, toujours en considérant l’Europe, l’invraisemblable évènement de Maiden fomenté par la CIA pour expulser le Président pro-russe et le remplacer par un pantin fasciste à la solde de Washington. Les Etats Baltes sont également tombés dans le filet de l’OTAN les uns après les autres avec en contrepartie des aides financières conséquentes en dollars fraîchement imprimés. Les USA ont donc étendu leur zone d’influence jusqu’à la frontière russe. Restait la Crimée mais les stratèges de Washington n’ont pas voulu admettre que jamais la Russie n’abandonnerait, et en aucun cas, son port militaire de Sébastopol, d’où les sanctions organisées conjointement entre l’Europe et les USA pour « punir » la Russie de l’ « annexion » de la Crimée.

Au Moyen-Orient après les sales guerres d’Afghanistan et d’Irak, des échecs stratégiques cuisants pour les USA comparables à leur désastre vietnamien, il était nécessaire de créer un autre abcès de fixation dans la région avec la guerre civile syrienne, la Syrie étant un allié de longue date de la Russie. Les Américains ont financé ouvertement avec l’appui consentant de l’Arabie saoudite ses groupes dits rebelles, y compris Daesh, contre Assad et on connaît la suite : la patience de la Russie a fini par payer et les USA ont fait un pari sur leur main (je parle du poker) désastreux. Ça arrive et je me suis retrouvé parfois dans ce genre de situation il y a de nombreuses années quand je jouais au poker avec quelques amis. Reste la carte majeure des Américains : le pétrodollar qui permet à ce pays de virtuellement contrôler tous les échanges commerciaux dans le monde et cerise sur le gâteau les Américains ont exterritorialisé leur juridiction au sujet de l’utilisation du dollar par des banques étrangères (voir l’amende infligée à la BNP et à bien d’autres banques européennes et y compris américaines) sous le fallacieux prétexte qu’il leur était interdit d’utiliser cette monnaie internationale pour des transactions avec des pays « punis » par Washington. Cet agissement des Américains est contraire à toutes les lois internationales, au poker ça s’appelle tricher mais ils n’en ont cure, ils sont les plus forts. Jusqu’à quand ?

La Russie quant à elle dispose d’autres cartes majeures dans son jeu. Ses réserves d’hydrocarbures liquides et gazeux sont les plus importantes du monde et elle est riche d’une multitude d’autres ressources minières depuis les diamants et l’or jusqu’à la bauxite et le lithium. D’immenses territoires équivalents à plusieurs fois la surface de l’Union européenne ne sont toujours pas explorés ni exploités. La Russie, sur le plan strictement géopolitique compte parmi ses alliés indéfectibles l’Iran et la Syrie au Moyen-Orient et la Chine, le troisième protagoniste du poker menteur, ainsi que quelques autres pays d’importance stratégique secondaire. La Russie dispose dans son jeu d’un joker qui est la fourniture de gaz naturel à l’Union européenne à un prix bien inférieur au gaz naturel liquéfié provenant du Qatar ou même des USA arrivant depuis quelques mois dans les ports méthaniers européens.

Les cartes maîtresses de la Chine sont sa puissance économique, son nombre d’habitants et donc une immense armée de mieux en mieux équipée. L’armée chinoise compte autant de guerriers bien entrainés que d’habitants en France, c’est dire … Sur le plan stratégique la Chine est entourée d’alliés des USA qui ne peuvent pas se permettre de ne plus commercer avec Pékin. Il s’agit essentiellement de la Corée du Sud, du Japon, de Taiwan et dans une moindre mesure du Vietnam. C’est l’un des aspects du jeu de poker menteur des USA : des alliés prêts à rejeter leurs alliances stratégiques pour donner une priorité à leurs agendas économiques.

Les trois joueurs disposent à des degrés divers d’un arsenal nucléaire capable de provoquer une extinction massive de la majorité des espèces vivantes, y compris l’humanité toute entière, en cas de conflit. Ces cartes sont des gros atouts mais utilisables que si les trois joueurs n’ont plus de marge de mensonge et voient leurs finances mises en jeu (au poker ça s’appelle des caves) tellement dégradées qu’ils n’ont plus d’autre choix que le suicide collectif. Devant ce danger dont tout le monde a conscience, il n’y aura pas de guerre nucléaire mais au contraire une guerre économique. Et le premier joueur du poker menteur, les USA, a joué sa carte avant les deux autres en instituant des barrières douanières pour l’acier et l’aluminium à l’encontre de la Chine. La riposte de Pékin ne s’est pas fait attendre et elle était prévisible : le pétro-yuan ! Autant dire que le jeu a pris d’un seul coup une toute autre ampleur car il en va de la survie du dollar et de sa suprématie mondiale.

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Qu’un négociant comme Glencore se soit immédiatement positionné le 27 mars 2018 sur les « futures » libellés en pétro-yuans sur le pétrole pour Septembre 2018 (illustration ci-dessus) doit provoquer des sueurs froides chez les traders de Wall Street au moment même où j’écris ces lignes. La guerre économique est donc bien déclarée et elle n’a rien à voir avec l’acier ou l’aluminium qui ne sont que des épiphénomènes de façade. La Chine va taxer plus de 1000 articles made in USA y compris le soja. Il est tout à fait prévisible que dans quelques mois les Chinois achèteront du soja au Brésil avec des pétro-yuans. Sur les places boursières d’Hong-Kong et de Shanghaï ces pétro-yuans sont adossés à l’or ! Pourquoi deux des joueurs, les Russes et les Chinois, achètent tout l’or métal, c’est-à-dire physique et non pas papier, disponible dans le monde en ce moment, c’est évident car ils préparent le tour de table final quand il faudra payer les dettes du jeu sur la table de poker …

La fin de la suprématie du dollar comme devise internationale signifiera également la fin de l’impérialisme américain. L’une des conséquences aux répercussions internationales extrêmes sera donc un brusque renchérissement de l’or, par conséquent un assainissement du système monétaire mondial et un pouvoir accru de l’Organisation de Coopération de Shanghaï qui regroupe 43 % de la population mondiale, ça fait beaucoup de gens. Ceci explique d’ailleurs que deux des joueurs de la table de poker accumulent en ce moment même non plus des bouts de papier mais de l’or métal comme je viens de le dire et je le répète ici car il s’agit d’un fait d’une importance géopolitique extrême. Finalement le gagnant de cette partie de poker sera la Chine, à n’en point douter, et la Russie par voie de conséquence. Comme je l’avais relaté dans un billet de ce blog en traduisant un article de Paul Craig Roberts : dans un partie de poker à trois joueurs il y a deux solutions, soit un seul gagnant, soit un seul perdant car on ne peut pas faire abstraction des alliances entre joueurs. Les USA partaient gagnants au début de la partie qui commença lors de la chute du bloc soviétique, aujourd’hui les règles du jeu ont changé. La coalition de facto Russie-Chine s’est considérablement renforcée.

Les quelques cartes qui restent dans les mains de Washington ne sont plus que des conflits régionaux comme par exemple une guerre avec l’Iran mais ils sont parfaitement conscients des risques d’une telle aventure guerrière car la donne ne leur est pas favorable, loin de là. En attaquant l’Iran les USA réveilleront les inimitiés entre Chiites et Sunnites, un évènement qui déstabilisera l’Arabie Saoudite et les USA n’en veulent pas. De plus Israël n’aura pas d’autre choix que ses yeux pour pleurer depuis son récent rapprochement de façade éhonté avec l’Arabie Saoudite. La Chine a compris qu’elle pouvait faire bien mieux et tout remettre en ordre à son profit en émettant ses pétro-yuans … Il fallait y penser. Si l’Iran est dans le collimateur de Washington c’est tout simplement parce que ce pays exporte déjà depuis des mois du pétrole vers la Chine qui paie en yuans et non plus en dollars, la Chine étant depuis quelques mois le plus gros consommateur de pétrole du monde, n’en déplaise aux combattants protecteurs du climat, c’est un fait et il est devenu incontournable. L’animosité des USA à l’égard de l’Iran n’est pas du tout provoquée par l’accord relatif au nucléaire arrachée par l’Europe et les Etats-Unis en 2015 ou alors ils sont des menteurs car l’Iran n’a pas besoin de bombes atomiques puisqu’il est allié des Russes : la carte qu’a sorti Trump dans son jeu ne vaut rien !

Sources et illustrations : Oilprice.com, UBS et Reuters reprises, entre autres sites alternatifs, par ZeroHedge. Pour plus d’informations sur l’Organisation de Coopération de Shaghaï OCS) lire l’article de Jean-Baptiste Noé à ce sujet : insitutdeslibertes.org/locs-nous-regarde/

L’étrange cas de l’empoisonnement de l’espion russe

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En appliquant le principe « cui bono » – qui en bénéficie ? – au cas de Sergei Skripal les investigations devraient plutôt s’occuper des agences de renseignement occidentales, selon James O’Neill

Traduction pur mes lecteurs d’un article de James O’Neill paru sur le site ConsortiumNews le 13 mars 2018 et repris par plusieurs autres blogs dont celui de Paul Craig Roberts.

L’attaque avec un agent neurotoxique de l’ancien officier des renseignements russes Sergei Skripal qui a aussi affecté sa fille dans la ville de Salisbury dimanche dernier a donné lieu a beaucoup trop de spéculations, beaucoup trop d’hystérie et pas assez du tout d’analyse et d’enquête. Cet évènement a fourni des munitions pour les médias occidentales russophobes pour accuser que c’était encore un autre exemple comme quoi la Russie et Vladimir Poutine en particulier pouvaient disposer d’un supposé ennemi du Kremlin.

Comme avec l’investigation de Mueller au sujet des allégations d’interférence russe dans les élections présidentielles américaines de 2016 il y a des accusations plus ou moins sauvages mais peu ou pas du tout d’évidence réelle qui passerait auprès d’une cour de justice indépendante..

Tout d’abord, quels sont les faits connus, une partie de ces derniers seulement a été correctement mentionnée par les médias occidentaux main-stream ? La victime, en admettant qu’elle était délibérément visée, était un ancien colonel de l’agence de renseignement russe qui comme ses équivalents occidentaux a de nombreuses missions, l’espionnage étant seulement l’une d’entre elles.

Au début des années 1990 Skripal fut recruté par l’agent du MI6 Pablo Miller, les médias n’ont jamais mentionné cet individu. Miller était un agent du MI6 à Tallin la capitale de l’Estonie. La principale fonction de Miller était de contacter des Russes pour collecter des informations afin de les transmettre au Royaume-Uni. Il est intéressant de noter, mais ce n’est peut-être qu’une pure coïncidence, qu’à cette époque l’agent du MI6 en charge de couvrir la Russie à Moscou était Christopher Steele. Steele est devenu il y a peu très connu pour avoir été le principal acteur et auteur de l’infamant « dossier Trump ».

Quand Steele retourna à Londres il fut en charge au MI6 entre 2006 et 2009 du dossier « Russie ». Les informations de Skripal étaient transmises à Steele, d’abord à Moscou puis à Londres.

Skripal fut arrêté en 2004. En 2006 il fut condamné pour trahison à Moscou à 18 ans d’emprisonnement. En 2010 il fut relâché dans le cadre d’un échange d’agents russes emprisonnés aux USA. Depuis lors il vivait supposément à la retraite. Un autre fait, quoique aussi pure coïncidence est que Salisbury, la ville où vivait Skripal, est situé à environ 12 kilomètres de Porton Down, le principal centre de recherche anglais sur les agents neurotoxiques.

Si les Russes avaient voulu de débarrasser de Skripal il avaient eu amplement le temps de la faire quand il était en prison pendant 6 ans en Russie ou encore durant ces dernières huit années qu’il a passé à Salisbury. S’ils avaient vraiment voulu l’éliminer il ne l’auraient pas fait de manière aussi publique, ce n’est pas très crédible, et d’autant plus qu’il a été empoisonné par un produit qu’on ne trouve pas dans une quelconque pharmacie. La manipulation et l’utilisation d’un produit aussi dangereux demande un véritable entrainement de professionnel. Les candidats sont donc des agences gouvernementales, et la question sans réponse est : quelle agence de quel gouvernement ?

Et c’est là que les faits deviennent très minces, et les relations intéressantes de Skripal offrent quelques hypothèses. Quand il vivait à Salisbury Skripal, selon un reportage du Daily Telegraph (lien en fin de traduction), de lia d’amitié avec Pablo Miller déjà mentionné ci-dessus mais dont les médias n’ont pas mentionné l’identité. Aujourd’hui Miller travaille pour un consultant en sécurité anglais, l’Orbis Business Intelligence. Toujours selon le même quotidien le profil LinkedIn de Miller a été précipitamment modifié et il ne figure plus dans le staff d’Orbis.

La question est donc : pourquoi avoir fait ça maintenant ?

Orbis est la même agence qui a recruté Christopher Steele. Il semble que c’est plus qu’une coïncidence que ces trois hommes ayant des liens personnels et professionnels remontant aux années 1990 aient continué à oeuvrer ensemble alors qu’au même moment le dossier dit du « Russiagate » est en cours d’implosion. L’ancien directeur du FBI James Comey avait déclaré devant une commission sénatoriale que le dossier Steele était « salace et invérifiable ».

L’ancien Ambassadeur britannique à Moscou Craig Murray a d’ailleurs suggéré sur son blog (voir le lien en fin de traduction) qu’un motif de la tentative d’assassinat de Skripal et de sa fille était de continuer à alimenter l’hystérie anti-russe auprès des médias et du monde politique occidental.

C’est certainement plausible et c’est assurément la conséquence comme le répète sans cesse la chaine de télévision ABC aussi clairement mais aussi bien d’autres médias. Mais une autre hypothèse apparaît à la lumière des fait exposés ci-dessus et elle n’a jamais été mentionnée par ces médias.

Mon hypothèse, que j’admets être spéculative, mais elle ne me paraît pas déraisonnable, est que Skripal était impliqué dans la production du dossier Steele. Il était donc en position de fournir des informations très gênantes. Comme mentionné ci-dessus ce dossier s’est dégonflé de manière spectaculaire mais des révélations de Skripal auraient été infiniment dommageables pour la communauté du renseignement américain, le FBI, le DNC (Democratic National Committee), l’Administration Obama et les Clinton.

Dans toutes les grandes enquêtes criminelles l’une des questions basiques est : qui avait les moyens, le motif et l’opportunité ? Vu sous cet angle, les Russes arrivent loin derrière les autres principaux suspects : les agences de renseignement Américaines et britanniques et les éléments du « Deep State » qui pensaient pouvoir éliminer Trump de la course à la présidence puis le fragiliser s’il était élu. Le principal motif des Russes aurait été de se venger d’une trahison qui eut lieu il y a plus dix ans.

La deuxième question qui se pose lors de toute enquête criminelle est « cui bono » – à qui profite le crime ? Il est difficile de trouver un argument crédible pouvant expliquer que le Kremlin puisse bénéficier de l’empoisonnement de Skripal. Un autre fait en faveur de mon hypothèse d’un « faux drapeau » (false flag) vient de la déclaration de la Première Ministre britannique Theresa May qu’elle a fait devant le Parlement. Sa déclaration était franchement absurde et n’aurait pu être faite qu’avec l’intention de diaboliser encore plus la Russie et de la punir à nouveau plutôt que chercher à établir la vérité et d’appliquer les principes de base d’analyse factuelle de l’évènement.

L’argument de Madame May est déconstruit sur le site web « Moon of Alabama » (voir les liens en fin de traduction) qui présente des évidences que la Russie a détruit tous les stocks d’armes chimiques laissées par l’Union Soviétique et ne produit aucune arme chimique aujourd’hui. De plus de nombreux gouvernements ont les moyens de perpétrer une attaque comme celle de Salisbury. Et le « Moon of Alabama » de poser la question : « si quelqu’un se fait écraser par une BMW est-il hautement probable que le gouvernement allemand en soit le responsable ? »

Le fait que les Anglais soient choqués renforce l’hypothèse que Skripal était devenu dangereux pour les adversaires de Trump et qu’il fallait donc l’éliminer. Il y a de nombreux précédents pour ce genre d’affaires et ceux qui se souviennent du « suicide » du Docteur David Kelly trouveront des parallèles. Les chances que la vérité émerge s’évanouissent et en même temps qu’un conflit majeur avec la Russie apparaît de plus en plus d’actualité.

Liens :

https://www.telegraph.co.uk/news/2018/03/07/poisoned-russian-spy-sergei-skripal-close-consultant-linked/

https://www.craymurray.org.uk/archives/2018/03/russian-to-judgement/

http://www.moonofalabama.org/2018/03/theresa-mays-45-minutes-claim.html#more

https://www.nytimes.com/2017/09/27/world/europa/russia-putin-chemical-weapons.html

Source et illustration :

https://consortiumnews.com/2018/03/13/the-strange-case-of-the-russian-spy-poisoning/

Commentaire. Cet évènement me semble d’une importance extrême pour l’avenir de la planète toute entière tant le degré de schizophrénie a atteint les limites du supportable des deux côtés de l’Atlantique. C’est la raison pour laquelle j’ai réalisé cette traduction aussi fidèle que possible pour mes lecteurs afin qu’ils se forgent une opinion.Que l’on m’accuse d’antiaméricanisme (primaire ou pas) est une chose, s’informer en est une autre infiniment plus importante et ce ne sont malheureusement pas les médias occidentaux qui informent objectivement. Il faut chercher d’autres sources parfois contradictoires pour discerner le vrai du faux, un faux qui est devenu presque une coutume en ces temps d’incertitude géopolitique …

Pas de billet vendredi 16 mars 2018

Petits meurtres entre amis … à qui profite le crime ?

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L’Affaire Skripal père et fille serait-elle un coup monté de toute pièce par le MI6 et la CIA ? N’importe qui, ayant un certain sens critique et n’étant pas intoxiqué par la presse main-stream, peut se poser la question. Tenter d’assassiner un agent double, traître aux intérêts de son pays natal – la Russie – exilé en Grande-Bretagne et ne pouvant plus exercer de ce fait son exécrable métier d’espion n’est finalement qu’un prétexte pour attiser les tensions entre les USA, accompagnés de leur allié indéfectible la Grande-Bretagne, à l’encontre de la Russie.

La substance chimique utilisée est très probablement un organo-phosphoré neurotoxique que toutes les armées des pays développés connaissent et possèdent et pas seulement la Russie. Cette tentative de meurtre (puisque les deux victimes ne sont pas encoré décédées) a été vraiment trop vite attribuée à une ingérence de la Russie dans les affaires intérieures de la Grande-Bretagne. Et cette histoire digne d’un film d’espionnage comme il y en eut tant durant la guerre froide, comme en particulier la plupart des « James Bond » qui n’étaient que des films d’ouverte propagande anti-soviétique, frise le ridicule !

Pratiquement au même moment « The Donald » vire d’un tweet Rex Tillerson accusé de trop de sympathie avec la Russie et les Américains contents de vendre leur gaz naturel liquéfié aux Anglais veulent faire capoter le projet de gazoduc NordStream (illustration). Cette tentative d’assassinat arrive à point nommé pour que les USA qui viennent d’accorder à l’Ukraine le statut de membre à part entière de l’OTAN et continuent à faire la loi en Europe. À quelques jours seulement des élections présidentielles en Russie c’était remarquablement bien organisé. Du vrai James Bond !

Source partielle et illustration : strategic-culture.org

Pour la petite histoire, lorsque je sévissais comme chercheur en biologie j’étais responsable des produits dangereux dans le laboratoire. Dans le petit placard verrouillé où étaient entreposés ces produits il y avait un flacon de di-isopropyl-phosphofluoridate. Il s’agit d’un puissant inhibiteur de l’acétyl-choline estérase apparenté au Tabun, un produit neurotoxique bien connu des biologistes … et des militaires. Toute utilisation de ce produit requérait un protocole strict dont en particulier la disponibilité de l’antidote. L’individu qui a manipulé le produit pour tenter d’assassiner l’agent double à Salisbury devait nécessairement être en possession de l’antidote. C’est une condition vitale pour n’importe quel agent des services d’espionnage qu’il soit américain, anglais ou russe.

Les Américains sont des criminels !

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La compagnie aérienne iranienne Aseman Airlines dont un avion (vol 3704) s’est écrasé dans la région montagneuse de Zagros à environ 500 kilomètres au sud de Téhéran avait été mise en 2012 sur la liste noire des compagnies interdites de vol en Europe en raison des mauvaises conditions de sécurité de ses aéronefs. L’avion qui s’est écrasé avec 66 personnes à bord était un ATR 72 bien connu ici dans l’archipel des Canaries pour assurer les liaisons inter-îles. La compagnie franco-italienne ATR est cotée à la bourse de New-York et a de ce fait souffert de l’embargo décrété unilatéralement par les USA avec le soutien forcé des Nations-Unis et de l’Union Européenne, laquais des USA en matière de politique étrangère, pour punir l’Iran afin que ce pays cesse son programme d’enrichissement d’uranium. En raison de cet embargo l’Iran a souffert ces dernières années de nombreux problèmes aéronautiques car l’entretien des avions ne pouvait plus être assuré dans cette situation de blocus économique inique.

En 2013 l’Iran a fait une réclamation auprès de l’organisation internationale de l’aviation civile, un organisme dépendant de l’ONU, car l’embargo datant de 1995 mettait en danger la sécurité des passagers de ses compagnies aériennes. L’accord conclu en 2015 aurait du permettre de lever les sanctions prioritairement pour les pièces de rechange des avions, nombre d’entre eux étant cloués au sol par manque d’entretien obligatoire pour avoir l’autorisation de voler. Mais les Américains qui veulent faire la loi et imposer la leur dans le monde entier se sont fait tirer l’oreille et les pièces de rechange arrivent au compte-goutte dans le pays. À la suite de l’accord sur le nucléaire conclu entre l’Iran et le « Groupe des six » Aseman Airlines a passé une commande auprès de Boeing portant sur l’achat de 30 appareils 737-max pour renouveler la flotte d’ATRs mal entretenus et vieillissants. La Maison-Blanche se fait encore tirer l’oreille d’autant plus que l’Iran est dans le collimateur des néo-conservateurs et que Boeing fait partie du complexe militaro-industriel américain qui est seul maître à la Maison-Blanche quoiqu’on en pense.

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Ce sont donc des innocents qui sont victimes de la politique hégémonique des USA. Ce vieux contentieux entre les USA et l’Iran ne date pas d’hier ni d’avant-hier, il faut remonter à la destitution de Mossadegh organisée par la CIA pour mettre en place une marionnette au service des Etats-Unis en la personne du Shah. Depuis la chute de ce dictateur sanguinaire que la presse people encensait car il fallait dissimuler aux yeux du public occidental sa vraie nature puis la mise en place par Khomeny d’une république théocratique les Américains ont toujours cherché à déstabiliser l’Iran pour faire main-mise sur les nombreuses richesses de son sous-sol et pas seulement le pétrole.

Sources diverses, illustration : familles de victimes du crash le 18 février à Téhéran, un ATR d’Aseman Airlines.