Le Grand Reset du WEF : pas pour tout le monde !

Ce dimanche passé à Hanoï au Vietnam a été enfin conclu le RCEP ou Regional Comprehensive Economic Partnership, la plus importante zone de libre-échange du monde représentant plus de 2 milliards de personnes. Aux dix pays membres de l’ASEAN, Myanmar, Thaïlande, Cambodge, Laos, Vietnam, Philippines, Brunei, Malaisie, Indonésie, et Singapour, se sont joint à cet ensemble la Chine, la Corée (du sud), le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Sur les parchemins du traité la République de Chine, appelée aussi Taïwan, ne figure pas malgré le fait que l’économie de ce pays, rapportée au nombre d’habitants (23 millions), est identique à celui de la France. La signature de ce traité qui avait fait l’objet de très longues discussions depuis 2012 a été donc effective à la suite du retrait par décision de Donald Trump de l’accord commercial trans-Pacifique plus connu sous l’acronyme de TPP. Le RCEP comprend donc un tiers de la population du monde et près de 30 % du produit brut mondial.

Si les conséquences de ce traité paraissent effrayantes pour l’Union européenne qui patauge dans le marasme depuis la crise de 2008 ainsi que pour Donald Trump qui a eu un sursaut de mauvaise humeur, la mise en place de cet accord de libre-échange global ne sera effective qu’après d’autres discussions entre tous ces pays malgré le fait qu’il existe déjà une multitude d’accords de libre-échange bilatéraux dans cette nouvelle zone économique gigantesque. Le pilier de base de ce traité est que tous les pays seront traités sur une base d’égalité. Ceci sous-entend que chaque membre sera incité à chercher des fournisseurs et des clients dans cette zone RCEP. Ce traité historique pourra changer la face du monde et définitivement déplacer l’épicentre économique du monde dans cette zone. Après ratification définitive par les Parlements de chaque pays membre l’Europe et l’Amérique n’auront plus que leurs yeux pour pleurer. S’il paraît incongru que l’Australie et la Nouvelle-Zélande se soient jointes à ce traité il est cependant compréhensible que ces deux pays soient partie prenante de l’avenir économique de cette zone. En effet l’Australie est le premier exportateur de charbon et de minerai de fer vers cette zone et la Nouvelle-Zélande un partenaire important pour l’exportation de viande, de produits laitiers et de laine vers la Chine, le Japon, la Corée et d’autres pays comme Singapour (le plus petit de la zone) ou le Vietnam.

Parallèlement à la mise en place d’un accord global de libre-échange les accords de swap sont d’ors et déjà envisagés. Il en existe entre certains pays comme notamment la Chine et le Japon. L’autre projet auquel tiennent les Chinois est l’élaboration rapide de l’équivalent de la procédure de paiement électronique interbancaire SWIFT réservée à cette zone, les transactions hors-RCEP relevant du système SWIFT. Mais la mise en place d’une monnaie commune n’est pas à l’ordre du jour, probablement parce que l’exemple de la zone euro n’est pas vraiment convaincant … Source partielle : BBC News

Le grand reset, le nouvel ordre mondial : qui sera concerné ?

Ces commentaires sont une suite de l’article de Peter Koenig. Le rêve des « hommes de Davos », en d’autres termes du Forum Économique Mondial (WEF), d’imposer au monde entier une gouvernance globale ne se réalisera pas si des pays, importants économiquement, refusent d’accepter des lois et des systèmes de gouvernance qui leur sont étrangers ou imposés par des étrangers. Chaque pays a une histoire qui lui est propre, chaque pays vit avec ses coutumes et il est difficile d’imaginer qu’un pays comme le Vietnam, avec ses 96 millions d’habitants, puisse accepter que des représentants de l’intelligentsia internationale viennent leur imposer un autre modèle politique et social. Le Vietnam n’a pas oublié la guerre que lui imposa les Etats-Unis, le premier pays concerné par l’élaboration de la mise en place de cette gouvernance mondiale.

En effet, Washington n’acceptera jamais que le dollar US soit rétrogradé au rang de monnaie nationale. Or les plans du WEF font la part belle à une monnaie internationale qui ne sera pas nécessairement adossée au dollar US. Le Vietnam se trouve dans le nouvel épicentre économique mondial qui compte, sans englober l’Inde, le Pakistan, le Myanmar et le Bangladesh, 2180 millions de personnes. Les pays leaders de cet ensemble sont la Chine, la Corée, le Japon et Taïwan. Les autres entités nationales majeures de cet ensemble sont, donc, le Vietnam, la Thaïlande avec 66 millions d’habitants, l’Indonésie (270 millions), les Philippines (109 millions), la Malaise (32 millions, ensemble auquel il faut ajouter Singapour. C’est dans cette zone que les affaires se développent et attirent des volumes gigantesques de capitaux. Les investisseurs ont compris que le plan du WEF ne concerne finalement que l’Europe, les USA et peut-être le Canada et l’Australie. Ce dernier pays s’orientera naturellement vers le nouveau pole économique extrême-oriental quelle que soit l’attitude écolo-gauchiste du gouvernement actuel de Canberra qui veut bannir les exportations de charbon et de minerai de fer vers la Chine, la Corée et le Japon parce que ce n’est pas « green ».

Il ne faut pas oublier dans cette description du nouveau pole de croissance mondiale la Russie. Ce pays fait en effet partie de cette zone, géographiquement parlant, et compte bien jouer un rôle économique important ne se limitant pas à la seule Chine. Les immenses étendues sibériennes qui jouxtent la Chine font déjà l’objet d’une implantation économique chinoise très dynamique dans des villes comme Vladivostok, Khabarovsk ou encore Irkutsk et Yakutsk. La Chine et les autres pays énumérés ci-dessus représentent des marchés immenses pour la Russie. L’erreur majeure de l’Europe a été de se détourner de la Russie en se pliant aux contraintes politiques imposées par Washington et cette erreur stratégique conduira l’Europe à sa perte. D’ailleurs l’Europe n’est-elle pas déjà en ruine ?

Le fait que les investisseurs transfèrent massivement des capitaux dans ces pays de l’Extrême-Orient signifie clairement que l’Europe est en état de mort cérébrale pour reprendre un mot du Président français au sujet de l’OTAN. À la suite de la chute du mur de Berlin les Européens, plutôt que de suivre comme des moutons les Américains, auraient été beaucoup plus avisés d’exiger la dissolution de l’OTAN. La Commission européenne n’a plus aucun pouvoir de décision, tout se passe dans le bâtiment d’à côté : le siège du QG de l’OTAN à Bruxelles. L’OTAN a tellement asservi l’Union européenne que celle-ci a été entrainée dans des conflits qui n’avaient rien à voir avec sa propre sécurité, je pense à l’Irak, à l’Afghanistan, au Kosovo, à la Syrie et à la Libye. De plus l’Europe a accepté le déploiement de l’armée américaine jusqu’aux frontières ouest de la Russie alors que ce pays n’a plus aucune visée territoriale depuis la chute du rideau de fer. À ce sujet l’attitude de la Chancelière Merkel est presque caricatural ! Elle veut bien du gaz russe (NordStream II) mais dans le même temps elle garde en elle une rancoeur irréductible à l’encontre de l’URSS qui, selon elle, lui a pourri sa jeunesse en RDA. C’est une raison que l’on pourrait dire épidermique de la position d’Angela Merkel qui se plie aux désirs des Américains au sujet de la Russie en ce qui concerne la défense de l’Europe. Au risque de me répéter dans ces lignes la Russie n’alimente aucune idée d’hégémonie sur l’Europe : elle est déjà tournée vers l’Extrême-Orient.

Le cas de la Crimée est exemplaire de l’incohérence totale de la politique européenne sur la scène internationale. Inutile de rappeler l’incroyable scandale du vol MH17 dont le dossier a été totalement occulté par les Pays-Bas sur ordre de l’OTAN ni des ingérences de l’Europe au côté de la CIA à Kiev. Mais le plus scandaleux encore est l’attitude de l’Europe face à la soi-disant annexion de la Crimée par la Russie. Ce sont les habitants de cette péninsule qui ont décidé, et non pas Moscou, de quitter l’Ukraine. Il faut dire que l’attitude de l’Europe dans cet événement n’est pas reluisante : l’Europe a accepté l’annexion par le Maroc du Sahara Occidental ainsi que l’annexion de Mayotte par la France, deux situations qui n’ont jamais été reconnues par les Nations-Unies, faut-il le rappeler. Pourquoi encore une fois deux poids, deux mesures ? Parce que l’OTAN est derrière tout cela et son but est de préparer une confrontation de l’Europe avec la Russie qui se moque bien de ce conglomérat hétéroclite de pays qui n’arrivent pas à s’entendre sauf pour la taille des cornichons ou le diamètre des pommes, et encore …

Donc l’Europe, le ventre mou du monde, est mûre pour accepter sans protester une gouvernance supranationale selon les objectifs du WEF avec pour guide suprême le président d’un groupe d’oligarques apatrides. L’instrumentalisation et la gestion de la pandémie de SARS-CoV-2 par les pays européens révèle clairement leur soumission ce projet. La Suède et le Professeur Didier Raoult en France jouent les trouble-fait et tous les médias acquis au projet du WEF n’ont eu de cesse de ternir leur image : dans cette histoire de SARS-CoV-2 on n’est plus à un scandale près. En conclusion les démocraties européennes et l’Amérique du Nord n’ont plus d’avenir, ce qui n’est pas le cas du reste du monde et certainement pas le cas de la zone économique extrême-orientale.

Réflexions géopolitiques à la suite de Fritz Vahrenholt

Le Professeur Vahrenholt a été très clair dans ses propos : les dispositions prises par la Présidente Ursula van der Layen sur une transition « post-covid » résolument écologiste, soutenable et solidaire devant conduire à une réduction drastique des émissions de carbone conduira fatalement à la ruine de l’Europe. Sur ce point il n’est même pas utile de discuter, c’est une évidence. Les énergies renouvelables relèvent d’un doux rêve, l’hydrogène également et les voitures électriques aussi. Cette volonté de la Présidente de l’Union européenne de tout vouloir changer tout de suite ne pourra que précipiter la catastrophe, je veux parler de la destruction totale de l’économie européenne. L’Union européenne en la personne de sa Présidente ne cache même plus ses intentions puisque c’est la société française EDF, le géant européen de la production d’électricité totalement décarbonée, qui est la cible de la Commission. Le nucléaire ça ne plait pas aux Allemands : ils vont terminer le nettoyage de leur pays de toute trace d’uranium, ils ont finalement obtenu la fermeture de la centrale de Fessenheim grâce à l’appui du parti vert allemand représenté en France par Corinne Lepage et maintenant ils décident de s’attaquer de front au seul dernier fleuron industriel français qui reste.

La situation de l’industrie automobile tant en France qu’en Italie, en Espagne et, il ne faut pas l’oublier, en Allemagne est alarmante. Les voitures électriques ne seront certainement pas la panacée car il faudra en cas d’incitation massive d’achat par les particuliers de véhicules électriques non seulement fabriquer sur le sol européen ces véhicules, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui, mais également de produire de l’électricité disponible 24/24 heures et à un coût abordable. Ce n’est donc certainement pas en tentant de saborder l’énergie nucléaire que cet objectif pourra être atteint.

L’Europe a également interdit les plantes génétiquement modifiées et l’usage de nombreux produits phytosanitaires. La conséquence, sur une durée qui peut se compter en quelques années, va être la disparition de toute une série de productions agricoles, depuis des fruits comme les pommes ou les poires jusqu’au sucre, on l’a vu récemment avec cette interdiction stupide des néonicotinoïdes sur les plantations de betteraves alors que les racines de cette plante sont récoltées avant que la plante ne fleurisse la deuxième année. La liste des industries et des productions agricoles attaquées par les décisions bruxelloises est longue mais il est certain que l’Europe va devenir le fantôme d’elle-même.

Comme la nature a horreur du vide qui va occuper cet espace admirablement pourvu d’infrastructures, de villes magnifiques, de terroirs uniques au monde ? Les migrants vont arriver massivement par pleins bateaux ou tout simplement à pied comme au Ve siècle car ils ne reculeront devant rien pour vivre et manger à leur faim. Il existe pourtant une solution. Il faut que les technocrates qui gouvernent l’Europe, ces technocrates non élus qui ne connaissent rien aux réalités quotidiennes des peuples qui forment l’Union européenne, se rendent à l’évidence. Ils doivent oeuvrer, et c’est urgent, pour un rapprochement entre la Russie et l’Europe …

Cette proposition (que je ne partage qu’avec moi-même) nécessitera un long travail diplomatique, certes, mais il faut se rendre à l’évidence : l’Europe aurait pu devenir la plus grande puissance économique et industrielle du monde, loin devant la Chine, mais les Etats-Unis ne veulent pas de cette puissance alors ils ont par tous les moyens fait en sorte que l’Europe s’embrouille dans de faux problèmes d’environnement, de carbone et d’interdictions stupides d’OGMs, entre parenthèses « made in USA » afin d’inhiber toute montée en puissance de l’Union européenne. Les Américains ont tout fait pour torpiller le projet NordStream-2. Ils réussissent à affaiblir l’Europe mais dans le même temps ils favorisent la montée en puissance de la Chine. Je ne sais pas si mon analyse est exacte mais le résultat est là.

Alors se posera (et se pose déjà) la légitimité de l’OTAN. Trump a déploré que l’OTAN était une charge financière insupportable pour son pays, oui peut-être, mais comment demander aux Européens de mettre un « pognon de dingue » au pot alors que tous les pays européens de débattent dans une crise économique qui ne date pas du SARS-CoV-2. Cependant un rapprochement entre l’Europe et la Russie pourrait également réussir sans l’appui des Américains si seulement les gouvernements des différents Etats européens ainsi que la Commission elle-même cessaient de suivre aveuglément la politique anti-russe de la Maison-Blanche. Je ne suis pas un spécialiste de la géopolitique mais je laisse à mes lecteurs ce billet pour alimenter leur réflexion sur l’avenir de l’Europe, avenir qui me paraît incertain sinon périlleux …

Qui veut renverser le président Loukachenko ?

Par Thierry Meyssan paru sur son site Voltainre.org le premier septembre 2020

La presse occidentale met en valeur Svetlana Tikhanovskaïa qu’elle présente comme vainqueur de l’élection présidentielle biélorusse et accable le président sortant Alexandre Loukachenko qu’elle accuse de violence, de népotisme et de trucage électoral. Cependant une analyse de ce pays atteste que la politique de son président correspond bien au souhait des citoyens. Derrière cette querelle fabriquée se dresse le spectre de l’Euromaïdan ukrainien et d’une rupture provoquée avec la Russie.

Un des objectifs du coup d’État de l’Euromaïdan (Ukraine, 2013-14) était de couper la route de la soie en Europe. La Chine réagit en modifiant son tracé et en la faisant passer par la Biélorussie. Dès lors, Minsk tenta de se protéger d’une même déstabilisation en menant une politique plus équilibrée vis-à-vis de l’Occident, participant à la fois à des manœuvres militaires avec Moscou et acceptant de fournir des armes à Daesh que Moscou combat en Syrie.

Cependant malgré les tergiversations de Minsk, la CIA intervint à l’occasion de l’élection présidentielle de 2020. Svetlana Tikhanovskaïa défia le président sortant, Alexandre Loukachenko, qui briguait un sixième mandat. Elle n’obtint que 10 % des voix, cria à la fraude et s’enfuit en Lituanie où le Français Bernard-Henri Lévy se précipita pour l’accueillir. Unanime, la presse occidentale dénonça le « dictateur » et laissa entendre que Madame Tikhanovskaïa avait été victorieuse lors du scrutin.

La réalité est beaucoup plus complexe.

En premier lieu, s’il est tout à fait possible que les élections aient été truquées en faveur du président sortant, il est fort peu probable que Svetlana Tikhanovskaïa se soit approchée de la majorité, tant ce qu’elle représente est étranger à la grande majorité des Biélorusses. Depuis une trentaine d’années, un débat parcours le pays à propos de son identité européenne. Est-il culturellement proche de l’Europe de l’Ouest pro-US ou appartient-il à l’Europe slave, pro-Russe ? Sans aucun doute, la réponse est que les Biélorusses sont culturellement des Russes, même si certains d’entre eux ne parlent pas exactement la même langue. Certes, deux petites minorités professent des opinions divergentes : la première se dit « nationaliste » en référence à l’éphémère République populaire biélorusse (1918-19) dont les organes en exil collaborèrent avec les nazis durant la Seconde Guerre mondiale, puis avec les réseaux Stay-Behind de l’Otan ; la seconde se dit favorable au modèle libéral et à l’Union européenne.

À la différence de l’Ukraine divisée en deux zones culturellement distinctes (l’Ouest pro-allemand et l’Est pro-russe), la Biélorussie se pense fondamentalement comme russe quoique politiquement indépendante de Moscou.

Deuxièmement, s’il y avait un doute sur le rôle des services secrets US dans cette affaire, le surgissement de Bernard-Henri Lévy devrait le lever. Le riche héritier d’une société d’importation de bois précieux a fait carrière en écrivant des essais anti-soviétiques. Vendu par son éditeur comme « Nouveau philosophe », il passe aujourd’hui encore pour un « philosophe ». Il soutint les « combattants de la liberté », c’est-à-dire les mercenaires arabes de la Confrérie des Frères musulmans en Afghanistan contre les Soviétiques, dont leur chef Oussama Ben Laden. Il prit parti pour les Contras au Nicaragua, c’est-à-dire pour les mercenaires sud-américains de John Negroponte armés par l’Iran d’Hachemi Rafsandjani. Il se targue d’avoir été conseiller de presse du président Bosniaque Alija Izetbegović lorsque l’ancien pro-nazi avait le néoconservateur états-unien Richard Perle comme conseiller politique et le déjà cité Oussama Ben Laden comme conseiller militaire. Je me souviens comment par la suite il m’impressionna en m’expliquant qu’il fallait bombarder Belgrade pour faire tomber le « dictateur » Slobodan Milošević. Je ne comprenais pas très bien pourquoi le pronazi Izetbegović était un « démocrate » tandis que le communiste Milošević était un « dictateur ». Peu importe, revenons en arrière, Bernard-Henri Lévy, désormais surnommé « BHL », apporta son bruyant soutien aux Frères musulmans tchétchènes qui formaient l’Émirat islamique d’Itchkérie sur le territoire russe. Selon un rapport des services extérieurs de la Jamahiriya, il participait à la réunion organisée par le sénateur républicain John McCain au Caire, en février 2011, pour régler les détails du renversement du « régime de Kadhafi » qui était alors cité en exemple par les États-Unis. Les Français furent surpris de le voir annoncer dans la cour de l’Élysée, en lieu et place du ministre des Affaires étrangères, l’engagement de son pays contre le « dictateur » (tous les hommes à abattre – et eux seuls – sont des « dictateurs »). Bien sûr, il était sur la place Maïdan de Kiev lors de la « révolution » de couleur que d’authentiques nazis menèrent.

Ceci étant posé, les Biélorusses peuvent avoir des griefs contre le président Loukachenko, mais pas contre sa politique. Tous les connaisseurs du pays, qu’ils soient parmi ses soutiens ou parmi ses opposants, admettent que celle-ci colle aux préoccupations des Biélorusses. Tous ceux qui ont approché Alexandre Loukachenko ont été étonnés par son intelligence, son charisme et son incorruptibilité. Ceux qui l’accusaient de prôner le rattachement à la Russie par calcul politique et non par conviction ont admis s’être trompés lorsqu’il maintint sa position malgré les rebuffades de Moscou et l’invraisemblable guerre du gaz qui opposa les deux pays. Tous ont été surpris par ses capacités hors normes qui lui firent menacer le pouvoir du président Boris Yeltsin lorsqu’il proposa l’union avec la Russie.

Le principal reproche que l’on puisse faire au président Loukachenko est d’avoir fait disparaître plusieurs leaders d’opposition ; une accusation qu’il dément vigoureusement, accusant ces personnalités de liens avec des organisations criminelles qui auraient tourné à leur désavantage.

Durant des années, ses opposants l’ont accusé de s’enrichir sur le dos de la nation sans jamais en apporter le moindre indice. Pourtant tous les opérateurs internationaux savent que lorsque la Biélorussie signe un contrat, les rétrocommissions n’excèdent jamais 5 %, contre 10 % pour les USA, 50 % pour la Russie de Yeltsin (ce chiffre est revenu à 10 % sous l’administration Poutine) et 60 % pour l’Iran. Force est de constater que l’homme n’est pas motivé par l’argent. A défaut de corruption, la propagande occidentale commence à l’accuser préventivement de népotisme au profit de son jeune fils, Nikolaï dit « Kolia ». Le seul reproche que l’on puisse lui faire est de tenir régulièrement des propos antisémites et homophobes -jamais d’avoir soutenu des actes antisémites ou homophobes-. Ce faisant, il est malheureusement dans la continuité des dirigeants de son pays.

Depuis le début de la crise, le président Lukachenko prétend que l’opposition de Svetlana Tikhanovskaïa et de ses alliés est un problème géopolitique Ouest-Est et non pas une querelle politique nationale. Tandis que cette opposition affirme n’être au service d’aucune puissance étrangère. Outre l’irruption de Bernard-Henri Lévy, plusieurs éléments laissent à penser qu’Alexandre Lukachenko dit vrai.
Le Groupe d’action psychologique des Forces spéciales polonaises semble extrêmement actif depuis le début de la crise au service de Madame Tikhanovskaïa. Des milices néonazies ukrainiennes sont également impliquées. Enfin le gouvernement lituanien, qui héberge Svetlana Tikhanovskaïa, également. Cependant aucune trace de l’Union européenne à la différence de l’Euromaïdan ukrainien. Aussi le plus probable est que Washington instrumente les acteurs régionaux (Pologne, Ukraine, Lituanie) contre le monde slave. Quoi qu’il en soit, le président russe, Vladimir Poutine, vient de constituer une force de réserve, capable d’intervenir en Biélorussie pour soutenir les institutions et le président Lukachenko ; ceci alors que les deux hommes ont entretenu des relations parfois très conflictuelles.

Chine-USA : un nouvel Hiroshima ?

Dans un article majeur pour marquer le 75e anniversaire du bombardement atomique d’Hiroshima paru le 3 août 2020, John Pilger décrit des reportages à partir de cinq « ground-zero » pour les armes nucléaires – d’Hiroshima à Bikini, du Nevada à la Polynésie et à l’Australie. Il prévient que si nous n’agissons pas maintenant, la Chine est le prochain « ground-zero ».

Quand je suis allé pour la première fois à Hiroshima en 1967, l’ombre sur les marches était toujours là. C’était une impression presque parfaite d’un être humain tranquille : les jambes écartées, le dos plié, une main à ses côtés alors qu’il attendait qu’une banque ouvre.

À huit heures et quart le matin du 6 août 1945, lui et sa silhouette ont été brûlés dans le granit :

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J’ai regardé l’ombre pendant une heure ou plus, puis j’ai marché jusqu’à la rivière où des survivants vivaient encore dans des cabanes. J’ai rencontré un homme appelé Yukio, dont la poitrine était gravée avec le motif de la chemise qu’il portait lorsque la bombe atomique a été larguée. Il a décrit un énorme flash au-dessus de la ville, « une lumière bleuâtre, quelque chose comme un court-circuit électrique », après quoi le vent a soufflé comme une tornade et une pluie noire est tombée. «J’ai été jeté par terre et j’ai remarqué qu’il ne restait que les tiges de mes fleurs. Tout était immobile et calme, et quand je me suis levé, il y avait des gens nus, ne disant rien. Certains d’entre eux n’avaient ni peau ni cheveux. J’étais certain que j’étais mort ». Neuf ans plus tard, je suis retourné pour le retrouver, il était mort de leucémie.

« Pas de radioactivité dans les ruines d’Hiroshima », disait le 13 septembre 1945 en première page du New York Times, un classique de la désinformation plantée. « Le général Farrell a nié catégoriquement que [la bombe atomique] ait produit une radioactivité dangereuse et persistante » a rapporté William H. Lawrence.

Un seul journaliste, Wilfred Burchett, un Australien, avait osé le périlleux voyage à Hiroshima au lendemain du bombardement atomique, au mépris des autorités d’occupation alliées, qui contrôlaient le service de presse. « J’écris ceci comme un avertissement au monde », a rapporté Burchett dans le London Daily Express du 5 septembre 1945. Assis dans les décombres avec sa machine à écrire Baby Hermes, a décrit des salles d’hôpital remplies de personnes sans blessures visibles qui mouraient de ce qu’il appelait « une peste atomique ». Pour cela, son accréditation de journaliste lui a été retirée, il a été mis au pilori et sali. Son témoignage de la vérité ne lui a jamais été pardonné.

Le bombardement atomique d’Hiroshima (et de Nagasaki) était un acte de meurtre de masse prémédité qui a révélé une arme intrinsèquement criminelle. Cela a été justifié par des mensonges qui constituent le fondement de la propagande de guerre américaine du XXIe siècle, mettant en scène un nouvel ennemi et une nouvelle cible : la Chine.

Au cours des 75 années écoulées depuis Hiroshima, le mensonge le plus durable est que la bombe atomique a été larguée pour mettre fin à la guerre dans le Pacifique et sauver des vies.

« Même sans les bombardements atomiques », a conclu le Strategic Bombing Survey des États-Unis de 1946, « la suprématie aérienne sur le Japon aurait pu exercer une pression suffisante pour provoquer une reddition inconditionnelle et éviter la nécessité d’une invasion ». Sur la base d’une enquête détaillée en tous points et étayée par le témoignage des dirigeants japonais survivants impliqués, l’opinion du Survey est que … le Japon se serait rendu même si les bombes atomiques n’avaient pas été larguées, même si la Russie n’était pas entrée en guerre [contre le Japon] et même si aucune invasion n’avait été planifiée ou envisagée.

Les Archives nationales de Washington contiennent des ouvertures japonaises vers la paix documentées dès 1943. Aucune n’a été prise en considération. Un câble envoyé le 5 mai 1945 par l’ambassadeur d’Allemagne à Tokyo et intercepté par les États-Unis indiquait clairement que les Japonais réclamaient désespérément la paix, y compris « la capitulation même si les conditions étaient dures ». Rien n’a été fait. Le secrétaire américain à la guerre, Henry Stimson, a déclaré au président Truman qu’il avait «peur» que l’US Air Force ne fasse pas bombarder le Japon de telle sorte que la nouvelle arme ne puisse pas « montrer sa force ». Stimson a admis plus tard que « aucun effort n’a été fait, et aucun n’a été sérieusement envisagé, pour parvenir à la reddition simplement afin de ne pas avoir à utiliser la bombe [atomique] ».

Les collègues de Stimson – dans la perspective de l’après-guerre qu’ils façonnaient alors « à notre image », comme l’a dit assez fameusement le planificateur de la guerre froide George Kennan – ont clairement indiqué qu’ils étaient impatients de « frapper les Russes avec la bombe [atomique] détenue de manière plutôt ostentatoire. Le général Leslie Groves, directeur du projet Manhattan qui a fabriqué la bombe atomique, a déclaré ceci : « Il n’y a jamais eu d’illusion de ma part que la Russie était notre ennemie et que le projet était mené avec cette arrière-pensée ».

Le lendemain de la destruction totale d’Hiroshima, le président Harry Truman a exprimé sa satisfaction face au « succès retentissant de l’expérience ».

L ‘« expérience » s’est poursuivie longtemps après la fin de la guerre. Entre 1946 et 1958, les États-Unis ont fait exploser 67 bombes nucléaires dans les îles Marshall dans le Pacifique : l’équivalent de plus d’une bombe équivalente à celle d’Hiroshima par jour pendant 12 ans. Les conséquences humaines et environnementales ont été catastrophiques. Pendant le tournage de mon documentaire « The Coming War on China » (version complète disponible : https://www.youtube.com/watch?v=GDl9ecICIYg ) j’ai affrété un petit avion et me suis envolé pour l’atoll de Bikini dans les Marshalls. C’est ici que les États-Unis ont fait exploser la première bombe à hydrogène au monde. Il reste de la terre empoisonnée. Au niveau de mes chaussures mon compteur Geiger a enregistré une dose dangereuse. Les palmiers se dressaient dans des formations surnaturelles. Il n’y avait pas d’oiseaux.

J’ai marché à travers la jungle jusqu’au bunker en béton où, à 6 h 45 le matin du 1er mars 1954, le bouton a été enfoncé. Le soleil, qui s’était levé, se leva à nouveau et vaporisa une île entière dans la lagune, laissant un vaste trou noir, qui vu des airs est un spectacle menaçant : un vide mortel dans un lieu de beauté. Les retombées radioactives se sont propagées rapidement et « de manière inattendue ». L’histoire officielle affirme que « le vent a soudainement changé ». C’était le premier de nombreux mensonges, comme le révèlent des documents déclassifiés et le témoignage des victimes. Gene Curbow, un météorologue affecté à la surveillance du site d’essai, a déclaré : « Ils savaient où les retombées radioactives allaient aller. Même le jour du tir, ils avaient toujours la possibilité d’évacuer les gens, mais [les gens] n’ont pas été évacué, je n’ai pas été évacué … Les États-Unis avaient besoin de cobayes pour étudier ce que feraient les effets des radiations ».

Comme Hiroshima, le secret des îles Marshall était une expérience calculée sur la vie d’un grand nombre de personnes. Il s’agissait du projet 4.1, qui a commencé comme une étude scientifique sur des souris et est devenu une expérience sur « des êtres humains exposés au rayonnement d’une arme nucléaire ». Les habitants des Marshalls que j’ai rencontrés en 2015 – comme les survivants d’Hiroshima que j’ai interviewés dans les années 1960 et 1970 – souffraient d’une gamme de cancers, généralement du cancer de la thyroïde, des milliers étaient déjà morts. Les fausses couches et les mort-nés étaient courants, les bébés qui vivaient étaient souvent horriblement déformés.

Contrairement à Bikini, l’atoll voisin de Rongelap n’avait pas été évacué lors du test de la première bombe H. Directement sous le vent de Bikini, le ciel de Rongelap s’est assombri et il a plu ce qui a d’abord semblé être des flocons de neige. La nourriture et l’eau ont été contaminées et la population a été victime de cancers. C’est toujours vrai aujourd’hui. J’ai rencontré Nerje Joseph, qui m’a montré une photo d’elle-même enfant sur Rongelap. Elle avait de terribles brûlures au visage et une grande partie de son scalp n’avait plus de cheveux. « Nous nous baignions au puits le jour où la bombe a explosé », a-t-elle dit. « De la poussière blanche a commencé à tomber du ciel. J’ai tendu la main pour attraper la poudre. Nous l’avons utilisée comme savon pour laver nos cheveux. Quelques jours plus tard, mes cheveux ont commencé à tomber ». Lemoyo Abon a déclaré: « Certains d’entre nous étaient à l’agonie, d’autres avaient la diarrhée. Nous étions terrifiés. Nous pensions que ce devait être la fin du monde ».

Le film d’archive officiel américain que j’ai inclus dans mon film qualifie les insulaires de « gentils sauvages ». À la suite de l’explosion, on voit un responsable de l’Agence américaine de l’énergie atomique se vanter que Rongelap « est de loin l’endroit le plus contaminé sur terre », ajoutant: « il sera intéressant d’obtenir une mesure de l’absorption humaine lorsque les gens vivent dans un environnement aussi contaminé ». Des scientifiques américains, y compris des médecins, ont bâti des carrières distinguées en étudiant « l’assimilation humaine ». Ils figurent sur des films terrifiants, vêtus de leur blouse blanche, attentifs à leur bloc-notes. Lorsqu’un insulaire est décédé à l’adolescence, sa famille a reçu une carte de sympathie du scientifique qui l’a étudié.

J’ai signalé cinq « ground-zero » nucléaires à travers le monde – au Japon, aux Îles Marshall, au Nevada, en Polynésie et à Maralinga en Australie. Plus encore que mon expérience de correspondant de guerre, cela m’a fait découvrir la cruauté et l’immoralité d’une grande puissance : c’est-à-dire la puissance impériale, dont le cynisme est le véritable ennemi de l’humanité.

Cela m’a vraiment frappé lorsque j’ai tourné à Taranaki Ground Zero à Maralinga dans le désert australien. Dans un cratère en forme de grand plat à frire se trouve un obélisque sur lequel a été inscrit : « Une arme atomique britannique a été testée et a explosé ici le 9 octobre 1957 ». Sur le bord du cratère se trouve ce signe : AVERTISSEMENT: RISQUE DE RADIATION Les niveaux de rayonnement sur quelques centaines de mètres autour de ce point peuvent être supérieurs à ceux considérés comme sûrs pour une occupation permanente. Car aussi loin que l’œil pouvait voir, et au-delà, le sol était irradié. Le plutonium brut gisait, dispersé comme de la poudre de talc : le plutonium est si dangereux pour les humains qu’un tiers de milligramme donne 50% de chances de cancer.

Les seules personnes qui auraient pu voir le signe étaient des Australiens autochtones, pour qui il n’y avait pas d’avertissement. Selon un récit officiel, s’ils avaient de la chance « ils étaient chassés comme des lapins ».

Aujourd’hui, une campagne de propagande sans précédent nous chasse tous comme des lapins. Nous ne sommes pas censés remettre en question le torrent quotidien de rhétorique anti-chinoise, qui dépasse rapidement le torrent de rhétorique anti-russe. Tout ce qui est chinois est mauvais, un anathème, une menace : Wuhan … Huawei. Comme c’est déroutant quand « notre » chef le plus vilipendé le dit. La phase actuelle de cette campagne n’a pas commencé avec Trump mais avec Barack Obama, qui s’est envolé en 2011 pour l’Australie pour déclarer la plus grande accumulation de forces navales américaines dans la région Asie-Pacifique depuis la Seconde Guerre mondiale. Soudainement, la Chine était devenue une « menace ». C’était un non-sens, bien sûr. Ce qui est une menace, c’est la vision psychopathique incontestée qu’a l’Amérique d’elle-même comme la nation la plus riche, la plus prospère, la plus « indispensable ».

Ce qui n’a jamais été contesté, ce sont ses prouesses en tant qu’intimidateur, avec plus de 30 membres des Nations Unies subissant des sanctions américaines de quelque sorte que ce soit et une traînée de sang traversant des pays sans défense bombardés, leurs gouvernements renversés, leurs élections perturbées, leurs ressources pillées. La déclaration d’Obama est devenue connue comme le « pivot vers l’Asie ». L’un de ses principaux défenseurs était sa secrétaire d’État, Hillary Clinton, qui, comme l’a révélé WikiLeaks, voulait renommer l’océan Pacifique « la mer américaine ».

Alors que Clinton n’a jamais caché son bellicisme, Obama était un maestro du marketing. « J’affirme clairement et avec conviction », a déclaré le nouveau président en 2009, « que l’engagement de l’Amérique est de rechercher la paix et la sécurité d’un monde sans armes nucléaires ». Obama a augmenté les dépenses en ogives nucléaires plus rapidement que n’importe quel président depuis la fin de la guerre froide. Une arme nucléaire « utilisable » a été développée. Connu sous le nom de B61 Model 12, cela signifie, selon le général James Cartwright, ancien vice-président des chefs d’état-major interarmées, que « plus petite [rend son utilisation] plus plausible ».

La cible est la Chine. Aujourd’hui, plus de 400 bases militaires américaines encerclent presque la Chine avec des missiles, des bombardiers, des navires de guerre et des armes nucléaires. De l’Australie au nord en passant par le Pacifique en passant par l’Asie du Sud-Est, le Japon et la Corée et à travers l’Eurasie jusqu’en Afghanistan et en Inde, les bases forment, comme me l’a dit un stratège américain, « l’étau parfait ». Une étude de la RAND Corporation – qui, depuis le Vietnam, planifie les guerres américaines – s’intitule War with China: Thinking Through the Impensable. Commissionnés par l’armée américaine, les auteurs évoquent le tristement célèbre slogan de son principal stratège de la guerre froide, Herman Kahn : « penser l’impensable ». Le livre de Kahn, On Thermonuclear War, a élaboré un plan pour une guerre nucléaire « gagnable ». Le point de vue apocalyptique de Kahn est partagé par le secrétaire d’État de Trump, Mike Pompeo, un fanatique évangélique qui croit en « l’enlèvement final ». C’est peut-être l’homme le plus dangereux du monde. « J’étais directeur de la CIA », se vantait-il, « nous avons menti, nous avons triché, nous avons volé. C’était comme si nous avions des cours de formation entiers ». L’obsession de Pompeo est la Chine.

La finalité du jeu de l’extrémisme de Pompeo est rarement, voire jamais, discutée dans les médias anglo-américains, où les mythes et les fabrications sur la Chine sont monnaie courante, tout comme les mensonges sur l’Irak. Un racisme virulent est le sous-jacent à cette propagande. Classés « jaunes » alors qu’ils étaient blancs, les Chinois sont le seul groupe ethnique à avoir été interdit par une « loi d’exclusion » d’entrer aux États-Unis, car ils étaient Chinois. La culture populaire les a déclarés sinistres, indignes de confiance, sournois, dépravés, malades, immoraux. Un magazine australien, The Bulletin, a été consacré à promouvoir la peur du « péril jaune » comme si toute l’Asie était sur le point de tomber sur la colonie réservée aux Blancs – l’Australie – par la force de la gravité.

Comme l’écrit l’historien Martin Powers, reconnaissant le modernisme de la Chine, sa moralité laïque et « ses contributions à la pensée libérale menaçaient le visage européen, il est donc devenu nécessaire de supprimer le rôle de la Chine dans le débat … Pendant des siècles, la menace de la Chine contre la supériorité mythique de l’Occident en a fait une cible facile pour la course à l’ennemi ». Dans le Sydney Morning Herald, infatigable contre la Chine, Peter Hartcher a décrit ceux qui ont répandu l’influence chinoise en Australie comme « des rats, des mouches, des moustiques et des moineaux ». Hartcher, qui cite favorablement le démagogue américain Steve Bannon, aime interpréter les « rêves » de l’élite chinoise actuelle, dont il est apparemment au courant. Ceux-ci sont inspirés des aspirations pour le « Mandat du Ciel » d’il y a 2 000 ans. Ad nauseum …

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Pour lutter contre ce « mandat », le gouvernement australien de Scott Morrison a fait appel à l’un des pays les plus sûrs de la planète, dont le principal partenaire commercial est la Chine, pour un marché de centaines de milliards de dollars de missiles américains pouvant être tirés sur la Chine. Les effets sont déjà évidents. Dans ce pays historiquement marqué par un racisme violent envers les Asiatiques, les Australiens d’origine chinoise ont formé un groupe d’autodéfense pour protéger leurs livreurs. Des vidéos sur téléphones portables montrent un livreur frappé au visage et un couple chinois victimes de violence raciale dans un supermarché. Entre avril et juin 2020, il y a eu près de 400 attaques racistes contre des Australiens d’origine asiatique. « Nous ne sommes pas votre ennemi », m’a dit un stratège de haut rang en Chine, « mais si vous [en Occident] décidez que nous le sommes, nous devons nous préparer sans tarder ». L’arsenal de la Chine est petit par rapport à celui des États-Unis, mais il se développe rapidement, en particulier le développement de missiles maritimes conçus pour détruire des flottes de navires.

« Pour la première fois », a écrit Gregory Kulacki de l’Union of Concerned Scientists, « la Chine envisage de mettre ses missiles nucléaires en état d’alerte afin qu’ils puissent être lancés rapidement en cas d’attaque … Ce serait une action importante et dangereuse, un changement de la politique chinoise … ».

À Washington, j’ai rencontré Amitai Etzioni, éminent professeur d’affaires internationales à l’Université George Washington, qui a écrit qu’une « attaque aveuglante contre la Chine » était prévue, « avec des frappes qui pourraient être perçues à tort [par les Chinois] comme des tentatives préventives de sortir ses armes nucléaires, les enfermant ainsi dans un terrible dilemme de les utiliser ou de tout perdre, ce [qui mènerait] à une guerre nucléaire ».

En 2019, les États-Unis ont organisé leur plus grand exercice militaire depuis la guerre froide, en grande partie dans le plus grand secret. Une armada de navires et de bombardiers à longue portée a répété un « Concept de combat air-mer pour la Chine » – ASB – bloquant les voies maritimes dans le détroit de Malacca et coupant l’accès de la Chine au pétrole, au gaz et à d’autres matières premières du Moyen-Orient et d’Afrique . C’est la peur d’un tel blocus qui a vu la Chine développer son Initiative de la Ceinture et de la Route le long de l’ancienne Route de la Soie vers l’Europe et construire de toute urgence des pistes d’atterrissage stratégiques sur les récifs et îlots contestés des îles Spratly.

À Shanghai, j’ai rencontré Lijia Zhang, une journaliste et romancière de Pékin, typique d’une nouvelle classe de non-conformistes au franc-parler. Son livre à succès porte le titre ironique « Socialism Is Great » ! Ayant grandi dans la révolution culturelle chaotique et brutale, elle a voyagé et vécu aux États-Unis et en Europe. « Beaucoup d’Américains imaginent », a-t-elle dit, « que les Chinois vivent une vie misérable et réprimée sans aucune liberté. L’idée [du] péril jaune ne les a jamais quittés … Ils n’ont aucune idée qu’il y a quelque 500 millions de personnes. sorti de la pauvreté, et certains diraient que c’est 600 millions ».

Les réalisations épiques de la Chine moderne, sa victoire sur la pauvreté de masse, et la fierté et le contentement de son peuple (mesurés par des sondages américains tels que Pew) sont volontairement inconnus ou mal compris en Occident. Cela seul est un commentaire sur l’état lamentable du journalisme occidental et la disparition du reportage honnête.

Le côté obscur répressif de la Chine et ce que nous aimons appeler son « autoritarisme » sont la façade que nous sommes autorisés à voir presque exclusivement. C’est comme si nous étions nourris d’histoires sans fin sur le super-méchant diabolique Dr. Fu Manchu. Et il est temps de se demander pourquoi : avant qu’il ne soit trop tard pour arrêter le prochain Hiroshima.

Traduction d’un article de John Pilger paru le 3 août 2020 sur son blog : http://johnpilger.com/articles/another-hiroshima-is-coming-unless-we-stop-it-now

Bref commentaire de votre serviteur. La Chine avait coutume de s’appeler l’Empire du Milieu et se suffisait à elle-même. Au fil des millénaires elle a intégré des peuples attirés par l’esprit industrieux de ce peuple à l’origine d’une multitude d’inventions dont je me contenterai d’en citer que deux exemples, la boussole et la poudre à canon. La Chine a construit une muraille pour ne pas être envahie par des hordes de pillards qui ont depuis été intégrés à l’Empire. Se suffisant à elle-même ce pays a toujours fait du commerce, jusqu’en Europe avec les routes de la soie. La Chine n’a aucune intention de domination du monde, elle veut simplement faire du commerce, ce qu’elle réussit admirablement. Si les Américains, minés par leur paranoïa messianique de domination du monde osaient se frotter à la Chine, il est curieux que les hauts stratèges de Washington n’aient pas pris un instant en compte le fait que la Russie réagirait immédiatement car si la Chine est encerclée dans une tenaille d’installations militaires américaines il en est de même pour la Russie. Alors ce serait un conflit nucléaire généralisé avec la disparition totale de l’humanité et de plus de 95 % de toutes les espèces animales. Si certains de mes lecteurs envisagent de me qualifier d’anti-américanisme primaire qu’ils s’informent : le vrai danger de la planète aujourd’hui ce ne sont ni le coronavirus ni le changement du climat, ni la surpopulation ou que sais-je encore mais uniquement le désir d’hégémonie totalitaire des Etats-Unis.

La guerre « froide » entre les États-Unis et la Chine

Dans une économie mondialisée le conflit économique entre les USA et la Chine  place les alliés de Washington sous des tirs croisés et causera des dommages GRAVES

Par Finian Cunningham, 27 juillet 2020

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo appelle à « une alliance des démocraties » pour affronter la Chine. Cela équivaut à une nouvelle guerre froide dans laquelle les nations sont obligées de se ranger du côté de Washington ou du côté de Pékin. C’est un jeu de pouvoir tyrannique classique de Washington, mais ironiquement, ce sont les Américains qui accusent Pékin d’être la « nouvelle tyrannie » du monde.

Cependant, une telle démarcation polarisée de la planète telle que désignée par Washington est impossible dans une économie mondiale hautement intégrée, des marchés financiers et des consommateurs aux chaînes d’approvisionnement. Le cas des « terres rares » montre une fois de plus à quel point même l’armée américaine dépend de la Chine pour l’approvisionnement en lanthanides utilisés dans ses systèmes d’armements. L’armée américaine a outrepassé les dispositions de protection de l’environnement pour remettre en exploitation le gisement de Moutain Pass en Californie au grand dam des écologistes.

Toute l’économie américaine dépend en effet de la Chine, qui est le plus grand partenaire commercial de l’Amérique. En 2019, les États-Unis ont accusé un déficit commercial de 345 milliards de dollars avec la Chine malgré trois ans de politique « Making America Great Again » sous l’administration Trump. Le déficit avec la Chine représente environ la moitié du déséquilibre commercial total des États-Unis avec le reste du monde. Et c’est ainsi depuis de nombreuses années. Donc, la notion autoritaire de « couper les liens avec la Chine », comme Trump dit qu’il a l’intention de le faire, est facile.

C’est ce qui rend tout aussi futile la montée de l’hostilité style guerre froide envers la Chine. La fermeture des consulats et l’émission de mises en accusation pour espionnage présumé ne conduisent qu’à une impasse que les États-Unis ne peuvent pas vraiment appliquer ni éviter vis-à-vis de l’opinion.

Il en va de même pour les alliés américains que Washington pousse à se joindre à une bataille de la guerre froide. L’Australie, la Grande-Bretagne, le Canada, entre autres, sont pris dans un feu croisé idéologique qui entraînera de graves pertes pour leurs économies. Les agriculteurs australiens paient déjà un prix douloureux après l’annulation de commandes par la Chine à l’exportation en raison du fait que Canberra est perçue comme un substitut de Washington pour des allégations provocantes de coronavirus contre Pékin.

Pompeo était à Londres il y a deux semaines (ce billet a été écrit le 27 juillet 2020) et il a exhorté le « monde libre » à tenir tête à la Chine. Cela fait suite à l’annonce par le gouvernement britannique de supprimer un accord de partenariat avec la société chinoise Huawei pour moderniser les télécommunications britanniques. Cette décision a été motivée par une pression intense exercée sur Londres par l’administration Trump pour snober la Chine en raison d’un prétendu « risque pour la sécurité nationale ». Mais les décisions des autorités britanniques auront probablement des répercussions néfastes sur l’économie britannique. La modernisation de son infrastructure de télécommunications sera retardée et beaucoup plus coûteuse. De plus, la Chine est un partenaire commercial majeur de la Grande-Bretagne, comme elle l’est avec la plupart des pays, car elle est la deuxième économie mondiale après les États-Unis. Alors que la Grande-Bretagne trace un nouvel environnement commercial mondial après le Brexit, elle aura plus que jamais besoin de la bonne volonté de la Chine.

L’Union européenne est également dépendante de la Chine pour le commerce et l’investissement. Cela expliquerait pourquoi les dirigeants européens se méfient de la politique polarisante de Washington qui consiste à fracturer le monde en une crise de type guerre froide. Une telle représentation à somme nulle du monde est tout simplement intenable et encore plus intenable dans une économie mondiale intégrée. Couper les liens avec la Chine, c’est comme se couper le nez pour améliorer l’aspect de son visage.

Pendant la guerre froide avec l’Union soviétique, le monde était largement isolé entre les deux blocs. L’interconnexion économique était minime. Un rideau de fer était possible à maintenir en raison de la séparation rigide entre les économies. Ce type d’isolement artificiel est impossible dans le monde d’aujourd’hui de plus en plus interconnecté.

Même Pompeo l’admet, quoique péjorativement. Dans un discours liminaire cette semaine, il a fait remarquer avec dédain : « Contrairement à l’Union soviétique, la Chine est profondément intégrée dans l’économie mondiale (…) L’URSS était isolée du monde libre. La Chine communiste est déjà à l’intérieur de nos frontières ».

Lorsque même le Pentagone doit se plier aux réalités de l’économie mondiale et à sa dépendance à l’égard de la Chine pour des produits vitaux, alors nous devons savoir que la nouvelle guerre froide recherchée par Washington avec la Chine est une chimère. C’est une rhétorique vide de sens pour justifier une idéologie de conflit que Washington doit poursuivre pour ses prétentions anachroniques de domination mondiale.

Malheureusement, en imposant cette vision hostile du monde, de nombreux pays, y compris les soi-disant alliés des Etats-Unis, souffriront économiquement. Et pendant ce temps-là les tensions internationales s’intensifient dangereusement.

Finian Cunningham , ancien rédacteur scientifique pour la Royal Society of Chemistry, Cambridge, Angleterre, a poursuivi une carrière dans le journalisme. Il est également musicien et auteur-compositeur. Pendant près de 20 ans, il a travaillé comme rédacteur en chef et écrivain dans de grandes organisations de médias d’information, notamment The Mirror, The Irish Times et The Independent. Article paru sur le site informationclearinghouse.info

Le « Russiagate », les Nazis et la CIA …

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Le succès politique du « Russiagate » réside dans la négation de l’histoire américaine au profit d’une vertu libérale de façade. Posé comme une réponse à l’élection de Donald Trump, une ligne droite peut être tirée depuis les efforts visant à minimiser l’influence de l’économie de guerre américaine en 1946 jusqu’à l’alliance de la CIA avec les fascistes ukrainiens en 2014. En 1945, le NSC (National Security Council) a publié une série de directives qui ont donné une logique et une direction aux actions de la CIA pendant la guerre froide. Le fait que celles-ci persistent malgré la « chute du communisme » suggère que le NSC est resté un espace réservé à la poursuite d’autres objectifs.

La première guerre froide était une entreprise commerciale impériale visant à maintenir au pouvoir les généraux, les bureaucrates et les fournisseurs de matériel de guerre et l’alimentation de leurs comptes bancaires après la Seconde Guerre mondiale. De même, le côté américain de la course aux armements nucléaires a permis à d’anciens officiers de la Gestapo et des SS d’être employés par la CIA* (liens signalés par un * en fin de billets) pour faire valoir leurs fantasmes paranoïaques en tant qu’évaluations des capacités militaires russes. Pourquoi, parmi tous les gens, d’anciens officiers nazis seraient-ils chargés du renseignement militaire si des évaluations précises étaient le véritable objectif ? La réponse est simple : les nazis détestaient les Soviétiques encore plus que les Américains.

Les idéologies binaires du Russiagate – pour ou contre Donald Trump, pour ou contre la Russie néolibérale et le « pétro-état » – définissent les limites d’un discours acceptable au profit d’intérêts profondément néfastes. Les États-Unis ont passé plus d’un siècle* à essayer d’installer un gouvernement ami des États-Unis à Moscou. Après la dissolution de l’URSS en 1991, les États-Unis ont envoyé des économistes néolibéraux pour piller le pays* tandis que l’administration Clinton, et plus tard l’administration Obama, ont placé des troupes de l’OTAN et des armements à la frontière russe après un accord négocié pour ne pas le faire*. Les revendications ultérieures de la realpolitik sont empreintes d’un imprudent mépris des conséquences géopolitiques.

Le paradoxe du libéralisme américain, bien mis en évidence lorsque l’icône féministe et membre de la CIA Gloria Steinem a décrit la CIA comme « libérale, non-violente et honorable »*, est que des fonctionnaires bourgeois éduqués, bien habillés, ont utilisé la menace (largement fabriquée) de la subversion étrangère pour installer dans les hautes sphères du pouvoir les nationalistes de droite soumis aux intérêts commerciaux américains à chaque occasion. En outre, l’ignorance agressive de Steinem de l’histoire réelle de la CIA illustre la propension libérale à confondre la tenue et l’attitude bourgeoises avec une noblesse imaginaire*. Au point soulevé par Christopher Simpson*, la CIA n’aurait pas pu obtenir de meilleurs résultats si elle n’avait pas employé d’anciens officiers nazis, alors qu’il se demandait pourquoi elle avait choisi de le faire.

Pour la gauche américaine, le Russiagate est traité comme un ensemble de mauvais reportages, de propagande gouvernementale dans les médias rapportant une série de faits et d’événements qui ont ensuite été réfutés. Cependant, une bonne partie de la bourgeoisie américaine, le PMC (Professional Managerial Class) qui joue le rôle de soutien du capital, en croit chaque mot. Le Russiagate est la ligne du parti nationaliste dans la lutte américaine contre le communisme, pour un monde sans le communisme. Des accusations de trahison ont été portées chaque fois que les budgets militaires ont été attaqués depuis 1945. En 1958, la haute direction de l’armée de l’air accusait les autres branches de l’armée de trahison pour avoir douté de son estimation tout à fait fantasmagorique (et plus tard réfutée) des ICBMs soviétiques. La trahison est bonne pour les affaires.

Peu de temps après la fin de la Seconde Guerre mondiale, la CIA a employé des centaines d’anciens officiers militaires nazis, y compris d’anciens officiers de la Gestapo et des SS responsables du meurtre de centaines de milliers d’êtres humains*, pour diriger une opération d’espionnage connue sous le nom de Gehlen Organization* depuis Berlin, en Allemagne. Compte tenu de son rôle central dans l’évaluation des intentions et des capacités militaires de l’Union soviétique, l’Organisation Gehlen était vraisemblablement responsable de la surestimation* par la CIA des capacités nucléaires soviétiques dans les années 1950 utilisées pour soutenir le programme américain d’armes nucléaires. Les anciens nazis* ont également été intégrés aux efforts de la CIA pour installer des gouvernements de droite dans le monde.

Lorsque John F. Kennedy en 1958, il était sénateur, déclara qu’il y avait un fossé entre missiles américains et missiles soviétiques, la CIA procurait des informations provenant de l’organisation Gehlen. Une fois que les estimations de reconnaissance par satellite et U2 sont devenues disponibles, la CIA a abaissé la sienne à 120 ICBM soviétiques alors que le nombre réel était de quatre. D’une part, les Soviétiques avaient vraiment un programme d’armes nucléaires, d’autre part il s’agissait d’une infime fraction de ce qui était prétendument affirmé. Les mauvais rapports, infailliblement en faveur d’une augmentation plus importante des budgets militaires, semblent être la constante.

En vertu du « Nazi War Crimes Disclosure Act »* adoptée par le Congrès en 1998, la CIA a été obligée de divulguer partiellement son affiliation avec les anciens nazis et leur emploi. Contrairement à la thèse de « Operation Paperclip »* selon laquelle ce sont des scientifiques nazis qui ont été amenés aux États-Unis pour y travailler en tant que scientifiques, l’Organisation Gehlen et le CIC ont employé des criminels de guerre connus* dans des rôles politiques. Klaus Barbie, le «boucher de Lyon», était employé par le CIC (Counter Intelligence Corps) et prétend avoir joué un rôle dans le meurtre de Che Guevara*. Wernher von Braun, l’un des «scientifiques» de l’opération Paperclip, a travaillé dans un camp de concentration nazi alors que des dizaines de milliers d’êtres humains ont été assassinés.

La séquence historique des États-Unis fut la Première Guerre mondiale, la Grande Dépression, la Seconde Guerre mondiale, dans une économie fortement dépendante de la production de guerre. La menace de déclassement de l’économie de guerre en 1946 a d’abord été accueillie avec une évaluation honnête des intentions soviétiques – les Soviétiques réintroduisaient les infrastructures (de l’Europe de l’est) en territoire soviétique aussi rapidement que possible, puis à l’affirmation favorable* au budget militaire américain selon laquelle les soviétiques mettaient des ressources en place pour envahir l’Europe. Le résultat de ce changement est que les généraux américains conservaient leur pouvoir et que l’industrie de guerre continua de produire du matériel et des armes. En 1948, ces armes étaient devenues des bombes atomiques.

Pour comprendre l’espace politique que la production militaire est venue occuper, à partir de 1948, l’armée américaine est devenue une bureaucratie bien financée où des accusations de trahison étaient régulièrement échangées entre les branches armées. Des batailles internes pour le financement et la domination stratégique ont été (et sont) régulièrement menées. La tactique adoptée par cette bureaucratie, le «complexe militaro-industriel», était d’exagérer les menaces étrangères dans une lutte pour la domination bureaucratique. La course aux armements nucléaires est devenue une prophétie auto-réalisatrice. Alors que les États-Unis produisaient des armes de fin du monde sans interruption pendant des décennies, les Soviétiques ont répondu de la même façon.

Ce qui lie l’Organisation Gehlen aux estimations de la CIA sur les armes nucléaires soviétiques de 1948 à 1958, c’est 1) l’Organisation Gehlen était au cœur des opérations de renseignement de la CIA au sujet des Soviétiques, 2) la CIA disposait d’alternatives limitées pour recueillir des informations sur les Soviétiques. en dehors de l’Organisation Gehlen et 3) la haute direction de l’armée américaine avait depuis longtemps démontré qu’elle approuvait d’exagérer les menaces étrangères en augmentant ainsi son pouvoir et en augmentant par conséquent son budget. En bref, la CIA employait des centaines d’anciens officiers nazis qui avaient la prédisposition idéologique et l’incitation économique à mal percevoir les intentions soviétiques et à déformer les capacités soviétiques pour alimenter la guerre froide.

Là où cela devient intéressant, c’est que le lanceur d’alerte (les « Pentagon papers ») américain Daniel Ellsberg* travaillait pour la Rand Corporation à la fin des années 1950 et au début des années 1960, lorsque ces estimations des ICBM soviétiques avaient été avancées. JFK avait travaillé (en 1960) sur une plan qui comprenait la réduction de l’écart entre les missiles soviétiques et les missiles américains*. L’US Air Force, chargée de livrer des missiles nucléaires à leurs cibles, estimait que les Soviétiques avaient 1000 ICBM. D. Ellsberg, qui avait une habilitation de sécurité limitée en raison de son emploi à la Rand, a divulgué le nombre connu d’ICBM soviétiques. L’armée de l’air disait 1000 ICBM soviétiques lorsque le nombre confirmé par les satellites de reconnaissance était de quatre.

En 1962, année de la crise des missiles de Cuba, la CIA avait transféré le contrôle nominal de l’organisation Gehlen au BND, pour lequel Gehlen continuait de travailler. Sur la base des données de reconnaissance satellitaire en cours, la CIA était occupée à abaisser ses estimations des capacités nucléaires soviétiques. Benjamin Schwarz, écrivant pour The Atlantic en 2013, a fourni un compte rendu, apparemment informé des estimations abaissées de la CIA, dans lequel il a placé l’ensemble du programme d’armes nucléaires soviétiques (en 1962) à environ un neuvième de la taille de l’effort américain. Cependant, étant donné le décompte connu d’Ellsberg de quatre ICBM soviétiques au moment de la crise des missiles, même le rapport de Schwarz de 1: 9 semble surestimer les capacités soviétiques.

Selon les rapports de Schwarz, les missiles nucléaires Jupiter que les États-Unis avaient placés en Italie avant la crise des missiles de Cuba n’avaient de sens que comme armes de première frappe. Cette interprétation est corroborée par Daniel Ellsberg, qui soutient que le plan américain a toujours été d’initier l’utilisation des armes nucléaires (première frappe). Cela a rendu la posture de JFK de concurrence équilibrée comme un jeu géopolitique de « poulet nucléaire complètement dérangé » (traduction littérale). Si cela n’était pas clair, parce que les États-Unis avaient indiqué leur intention d’utiliser des armes nucléaires lors d’une première frappe – et avaient démontré leur intention en plaçant des missiles Jupiter en Italie – rien de ce que les États-Unis ont offert pendant la crise des missiles ne pouvait être pris au sérieux par les Soviétiques.

La dissolution de l’URSS en 1991 s’est soldée par une réduction promise des dépenses militaires américaines et la fin de la guerre froide, qui ne se sont finalement pas concrétisées. Après l’élection de Bill Clinton en 1992, la guerre froide est entrée dans une nouvelle phase. La logique de la guerre froide a été réutilisée pour soutenir les «guerres humanitaires» – un oxymore pour « libérer les gens en les bombardant ». En 1995, « l’ingérence russe » signifiait en fait que l’administration Clinton truquait l’élection de Boris Eltsine lors de l’élection présidentielle russe. M. Clinton a ensuite renié unilatéralement l’accord américain visant à maintenir l’OTAN à la frontière de la Russie lorsque les anciens États baltes ont été placés sous le contrôle de l’OTAN.

L’intervention de l’administration Obama en Ukraine en 2014*, encourageant et soutenant le soulèvement de Maïdan et l’éviction du président ukrainien démocratiquement élu, Viktor Ianoukovitch, est liée à la stratégie américaine de contenir et de renverser le gouvernement soviétique (russe) qui a d’abord été codifiée par le Conseil national de sécurité (NSC) en 1945. Les directives du NSC peuvent être trouvées sur ce lien*. L’annexion économique et militaire de l’Ukraine par les États-Unis (l’OTAN n’existait pas en 1945) relève du NSC10/2*. L’alliance entre la CIA et les fascistes ukrainiens est liée à la directive NSC20, c’est-à-dire le projet de parrainer d’anciens nazis affiliés à l’Ukraine afin de les installer au Kremlin pour remplacer le gouvernement russe. Cela faisait partie de la justification de la CIA pour inscrire les anciens nazis affiliés à l’Ukraine à sa liste d’employés en 1948.

Que le Russiagate soit la continuation d’un plan lancé en 1945 par le Conseil de sécurité nationale (NSC), conçu par la CIA avec l’aide d’anciens officiers nazis à son service, en dit long sur le cadre de la guerre froide dont il émerge. Son adoption quasi instantanée par les libéraux bourgeois démontre la base de classe du nationalisme de droite qu’elle soutient. Le fait que les libéraux semblent se percevoir comme des défenseurs de la « démocratie » alors qu’il s’agit d’un agenda préparé par des chefs militaires non élus plus de sept décennies plus tôt témoigne de la puissance de l’ignorance historique liée à la ferveur nationaliste. Les anciens officiers de la Gestapo et des SS employés par la CIA étaient-ils « nos nazis ? »

Le Nazi War Crimes Disclosure Act est né en partie parce que les chasseurs de nazis ont continué à rencontrer des criminels de guerre nazis vivant aux États-Unis qui leur ont dit qu’ils avaient été amenés ici et qu’ils avaient été embauchés par la CIA, le CIC ou une autre division du gouvernement fédéral. Si les gens de ces agences pensaient que cela était justifié, pourquoi le maintenir un tel secret ? Et si cela n’était pas justifié, pourquoi l’a-t-on fait ? De plus, les libéraux sont-ils vraiment à l’aise en amenant au pouvoir en Ukraine des fascistes ayant des liens historiques directs avec le Troisième Reich ? Et bien qu’il n’y ait pas de bons choix lors des prochaines élections américaines, le type (Joe Biden) que les libéraux veulent amener au pouvoir est l’architecte principal de cette décision.

Article de Rob Urie, spécialiste en économie politique, paru le 31 juillet 2020 sur le site counterpunch.org. Les insertions entre parenthèses sont de mon fait. Liens :

https://www.independent.co.uk/news/world/europe/himmler-daughter-germany-bnd-foreign-intelligence-ss-nazi-hitler-war-criminals-evaded-justice-a8422726.html

https://en.wikipedia.org/wiki/American_Expeditionary_Force,_Siberia

https://www.thenation.com/article/archive/harvard-boys-do-russia/

https://www.latimes.com/opinion/op-ed/la-oe-shifrinson-russia-us-nato-deal–20160530-snap-story.html

https://www.sacbee.com/opinion/op-ed/markos-kounalakis/article40988637.html

https://www.cia.gov/library/readingroom/docs/CIA-RDP90-00965R000100130030-7.pdf

https://ourhiddenhistory.org/entry/christopher-simpson-on-kpfk-1992-blowback-americas-recruitment-of-nazis-and-its-effect-on-the-cold-war

https://en.wikipedia.org/wiki/Gehlen_Organization

https://www.youtube.com/watch?v=XiFgrXnSH4g

https://therealnews.com/stories/the-discovery-that-should-have-changed-the-cold-war-daniel-ellsberg-on-rai-9-12

https://en.wikipedia.org/wiki/Nazi_War_Crimes_and_Japanese_Imperial_Government_Records_Interagency_Working_Group

https://www.cia.gov/library/center-for-the-study-of-intelligence/csi-publications/csi-studies/studies/vol-58-no-3/operation-paperclip-the-secret-intelligence-program-to-bring-nazi-scientists-to-america.html

https://apnews.com/0e04d0fbd81e0aff57f16daac48417af

https://www.mirror.co.uk/news/world-news/how-nazi-butcher-klaus-barbie-6828080

https://ourhiddenhistory.org/entry/christopher-simpson-on-kpfk-1992-blowback-americas-recruitment-of-nazis-and-its-effect-on-the-cold-war

https://www.youtube.com/watch?v=nCMIlzEym6Y (interview de Daniel Ellsberg, en anglais)

https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2013/01/the-real-cuban-missile-crisis/309190/

https://www.bbc.com/news/world-europe-26079957

https://history.state.gov/historicaldocuments/frus1945-50Intel/d292

https://archive.org/details/NSC201-USObjectivesWithRespectToRussia

Le rêve américain … une illusion

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La démocratie américaine veut imposer au monde entier sa conception de l’organisation politique … Il y a beaucoup à redire, c’est presque grotesque.

Parmi les nations dites occidentales, les Etats-Unis se distinguent en effet par leurs nombreux records  :

La plus grande inégalité de revenu …

Le plus important taux de pauvreté …

Le plus grand nombre d’enfant pauvres …

Le pire style de vie pour les enfants …

La plus faible mobilité sociale …

Le plus de gens sans protection sociale …

Le plus haut taux de mortalité infantile …

Le plus grand nombre d’obèses …

Le plus important usage d’anti-dépresseurs …

La plus faible espérance de vie à la naissance …

Les plus fortes émissions de carbone …

La pire inégalité des genres …

Les plus importantes dépenses militaires …

Le plus de ventes d’armes …

La plus grande population carcérale …

Le plus grand nombre de meurtres …

Let’s make America Great Again ? Ce pays est foutu !

Quand Emmanuel Todd a écrit son essai intitulé « Après l’empire, essai sur la décomposition du système américain » en 2002 il ne pouvait pas si bien le décrire. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale les USA ont construit leur hégémonie de façade sur la suprématie du pétro-dollar, un concept confondant le prix du pétrole et la valeur du dollar, monnaie considérée comme référence sur les marchés financiers mondiaux à la suite des accords de Bretton Woods imposés au monde occidental dans son ensemble par le vainqueur auto-proclamé de la seconde guerre mondiale. Cet état de fait accepté avec une certaine réticence par de nombreux pays européens alors confrontés à la situation de la « guerre froide » fut finalement entériné que ce soit en Europe mais aussi au Japon, en Corée, en Thaïlande ou encore en Indonésie et en Afrique du Sud sous la menace à peine dissimulée de la Maison-Blanche et ne parlons même pas des pays européens qui furent mis sous tutelle dès la fin du conflit mondial par les USA à l’ouest et par l’URSS à l’est. Il s’agissait des tractations ignominieuses entre Roosevelt et Staline, ceux qui ont la mémoire un peu moins courte que la moyenne s’en souviennent. Bref, les objectifs impérialistes du « Deep State » américain furent confortés par des coups tordus à répétition, depuis Cuba jusqu’au Golfe du Tonkin, les armes de destruction massive irakiennes, les gaz de Assad, les crimes de Kadhafi et maintenant le « virus chinois ». L’impérialisme américain, alimenté par le messianisme des Evangélistes, n’est qu’une caisse de résonance creuse qui a appauvri tout un peuple et en fin analyste de la démographie Emmanuel Todd l’a clairement montré dans son essai prémonitoire en se basant sur l’augmentation de la mortalité infantile et la baisse de l’espérance de vie aux Etats-Unis. On y est ! La plus importante conséquence de cette crise sanitaire « coronavirale » sera la chute de l’hégémonie américaine … et je le souhaite, faisant fi de toutes les accusations d’anti-américanisme primaire que certains des lecteurs de mon blog résolument contrarien m’affligent. J’ai au moins le courage de mes opinions (que je ne partage qu’avec moi-même comme avait coutume de le répéter Pierre Desproges). Je ne plaisante pas.

Le « Deep State » Américain veut-il la peau de Donald Trump ?

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Article de Cynthia CHUNG paru le 19 janvier 2020 sur le site Strategic Culture Foundation

There is a kind of character in thy life, That to the observer doth thy history, fully unfold.” (Il y a dans la vie un coté pas totalement explicable qui, pour le spectateur, commande pourtant l’histoire)

William Shakespeare

Une fois de plus, nous nous trouvons dans une situation de crise, où le monde entier retient son souffle d’un coup et ne peut qu’attendre pour voir si ce nuage noir volatil flottant au dessus de nous va éclater dans un orage de guerre nucléaire ou passer sans danger. La majorité du monde semble avoir l’impression que ce destin destructeur oscille d’avant en arrière au gré de l’humeur d’un seul homme [le Président Trump]. Il est donc normal que pendant ces périodes de crise, nous tentions d’analyser et de prédire les pensées et les motivations de cette seule personne. L’assassinat du major-général Qasem Soleimani, véritable héros de ses compatriotes et incontestablement une figure clé de la lutte contre le terrorisme au Moyen-Orient, a été un crime terrible, une provocation horriblement répugnante. Il était censé provoquer une ferveur apoplectique, il était destiné à nous faire désirer la paix, indignés. Et c’est pourtant exactement ce que nous ne devons pas faire [en caractères gras dans le texte] .

Afin d’évaluer de telles situations, nous ne pouvons pas perdre de vue la situation dans son ensemble, et une indignation juste provoque malheureusement le contraire. Notre concentration devient de plus en plus étroite au point où nous ne pouvons que voir ou réagir dans l’instant présent avec ce qui est juste devant nous. Nous sommes réduits à une obsession des flux Twitter, des coupures de presse et du double langage des «déclarations officielles du gouvernement».

Ainsi, avant que nous puissions trouver un terrain ferme sur lequel nous tenir sur la situation d’aujourd’hui, nous devons d’abord comprendre ce qui a poussé les États-Unis à entamer une campagne de guerres sans fin pour imposer des changements de régimes politiques dans le monde entier après la Seconde Guerre mondiale, comme le précisait l’ancien chef des opérations spéciales le colonel Prouty devant l’Etat-Major inter-armées américain, après trois décennies de guerre en Indochine.

Le déplacement des pièces de l’échiquier dans l’ombre

Il est intéressant de noter que le 2 septembre 1945, le jour même de la fin de la Seconde Guerre mondiale, Ho Chi Minh allait annoncer l’indépendance de l’Indochine. Que le jour même où s’est terminée l’une des guerres les plus destructrices de l’histoire, une autre longue guerre a été déclarée. Churchill allait annoncer son «rideau de fer» contre le communisme le 5 mars 1946, et il n’y avait pas de retour en arrière possible à ce moment-là. Le monde n’avait que 6 mois pour récupérer avant d’être impliqué dans une autre guerre terrible, à l’exception des Français, qui iraient en guerre contre le Viet Minh son adversaire en Indochine française également quelques jours seulement après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Dès son élection Truman organisa une réorganisation majeure du gouvernement américain et de son bureau des renseignements étrangers. Rappelons qu’il y eut une tentative de coup d’État militaire, qui a été dénoncée par le général Butler dans un discours public en 1933, contre la présidence de FDR (Roosevelt) qui avait accédé à la Maison-Blanche cette année-là. On pourrait dire qu’il y avait une désapprobation très marquée de la part des « coins sombres » [entendez le Deep State] pour la façon dont Roosevelt réorganiserait le gouvernement.

Un élément clé de cette réorganisation sous Truman a été le démantèlement du bureau de renseignement étranger précédemment créé par FDR, le Bureau des services stratégiques (OSS) le 20 septembre 1945, seulement deux semaines après la déclaration officielle de la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’OSS serait officiellement remplacé par la CIA le 18 septembre 1947, après deux ans de purge du renseignement américain et le déplacement interne des pièces d’échec dans l’ombre. En outre, le président Truman fondera également le Conseil de sécurité nationale (NSC, National Security Council) des États-Unis le 18 septembre 1947, le même jour où il fondera la CIA. Le NSC était un conseil dont la fonction était de servir de principal organe du président pour coordonner la sécurité nationale, les politiques étrangères et les politiques entre les divers organismes gouvernementaux.

Dans son livre le colonel Prouty déclare: «En 1955, j’ai été désigné pour établir un bureau des opérations spéciales conformément à la directive n ° 5412 du Conseil de sécurité nationale (NSC) du 15 mars 1954. Cette directive NSC pour la première fois de l’histoire des États-Unis a défini des opérations secrètes et confié ce rôle à la Central Intelligence Agency pour effectuer de telles missions, à condition que le NSC leur en ait donné l’ordre, et ont en outre ordonné au personnel des forces armées en service actif de rester à l’écart de ces opérations. Dans le même temps, les Forces armées ont reçu pour instruction de «fournir le soutien militaire aux opérations clandestines de la CIA en tant que fonction officielle. » [en caractères gras dans le texte]

Cela signifiait qu’il devait y avoir une symbiose entre le bureau du renseignement étranger et l’armée, et que le bureau du renseignement étranger jouerait le rôle de premier de cordée dans cette relation, ne prenant que les ordres du NSC. Bien que le NSC inclue le président, comme nous le verrons, le président est très loin d’être en mesure de déterminer les politiques du NSC.

Un héritage de guerres secrètes

« Il n’y a aucun exemple dans l’histoire qu’une nation bénéficie d’une guerre prolongée. »

Sun Tzu

Le 20 janvier 1961, John F. Kennedy a été élu en tant que président des États-Unis. En plus d’hériter de la responsabilité du bien-être du pays et de son peuple, il devait également hériter d’une guerre secrète contre le Cuba communiste dirigée par la CIA. JFK a été détesté dès le début par la CIA et certaines officines du Pentagone, ils savaient où il en était sur les affaires étrangères et qu’il serait en conflit direct pour ce vers quoi ils travaillaient depuis près de 15 ans. Kennedy serait naturellement informé de l’opération secrète de la CIA contre Cuba, ce que confirme Prouty dans son livre, qui avait été discrètement approuvée par l’administration Eisenhower en mars 1960 comme ne devant être qu’un modeste programme de soutien à l’exil cubain qui devait comprendre quelques petits parachutages au-dessus de la plage où s’effectuaient les opérations d’exil d’une brigade d’invasion de 3 000 hommes juste avant l’entrée en fonction de Kennedy.

Il s’agissait d’un changement massif dans les plans qui n’a été déterminé ni par le président Eisenhower, qui a averti à la fin de son mandat du complexe militaro-industriel comme un lourd fardeau à gérer, ni par le président Kennedy, mais plutôt par le bureau du renseignement étranger constitué de personnalités non élues. Cela montre le niveau d’hostilité que Kennedy a rencontré dès qu’il est entré en fonction et les limites du pouvoir présidentiel sans le soutien ni du renseignement ni de l’armée.

Dans les trois mois qui suivirent l’accession de JFK, l’opération « Bay of Pigs » (du 17 au 20 avril 1961) fut programmée. Comme le veut l’histoire révisionniste populaire JFK a refusé de fournir une couverture aérienne à la brigade cubaine en exil et l’invasion terrestre a été un échec catastrophique et une victoire décisive pour Castro et son pays. C’était très embarrassant pour le président Kennedy qui devait assumer la responsabilité publique de l’échec mais ce n’était cependant pas en raison de sa compétence douteuse mise en doute en tant que leader. C’était embarrassant car, s’il n’en avait pas pris la responsabilité publique, il aurait dû expliquer la véritable raison de l’échec, c’est-à-dire que la CIA et l’armée étaient contre lui et qu’il n’avait aucun contrôle sur eux. Si Kennedy devait admettre une telle chose, il aurait perdu toute crédibilité en tant que président dans son propre pays et sur le plan international, et aurait mis le peuple des États-Unis en danger immédiat en pleine guerre froide.

Ce qui s’est réellement passé, c’est qu’il y a eu annulation de la frappe aérienne prévue avant l’aube, par les bombardiers de la Brigade cubaine exilée au Nicaragua, pour détruire les trois derniers avions de combat de Castro. Cette frappe aérienne a été officiellement ordonnée par Kennedy lui-même. Or JFK était toujours opposé à une invasion américaine de Cuba, et frapper les derniers jets de Castro par la Brigade cubaine en exil aurait limité la menace de Castro, sans que les États-Unis soutiennent directement une opération de changement de régime à Cuba. Cela allait totalement à l’encontre du plan de la CIA pour Cuba.

L’ordre de Kennedy pour la frappe aérienne sur les avions à réaction de Castro serait annulé par l’adjoint spécial aux affaires de sécurité nationale McGeorge Bundy, quatre heures avant le décollage des B-26 de la Brigade d’exil du Nicaragua et Kennedy n’a pas été amené à prendre directement cette décision. De plus, le directeur du renseignement central Allen Dulles, l’homme en charge de l’opération Bay of Pigs, était malencontreusement hors du pays le jour du débarquement.

Le colonel Prouty, qui était chef des opérations spéciales à cette époque, explique cette situation: «Tout le monde lié à la planification de l’invasion de la baie des Cochons savait que la politique dictée par le NSC 5412 interdisait positivement l’utilisation de personnel militaire en service actif dans des opérations secrètes. A aucun moment une position de «couverture aérienne» n’a été écrite dans le plan d’invasion officiel… L’histoire de «couverture aérienne» qui a été créée de toute pièce est incorrecte. »

En conséquence, JFK, qui comprenait bien la source de ce fiasco, a mis en place un groupe d’étude cubain le lendemain et l’a chargé de déterminer la cause de l’échec de l’opération. Le groupe d’étude, composé d’Allen Dulles, du général Maxwell Taylor, de l’amiral Arleigh Burke et du procureur général Robert Kennedy (le seul membre auquel JFK pouvait faire confiance), a conclu que l’échec était dû à l’appel téléphonique de Bundy au général Cabell (qui était également Directeur adjoint de la CIA) qui a annulé l’ordre de frappe aérienne du président.

Kennedy les avait piégés.

De manière humiliante, le directeur de la CIA, Allen Dulles, a participé à la formulation de la conclusion que l’opération Bay of Pigs était un échec en raison de l’intervention de la CIA dans les ordres du président. Cela a permis à Kennedy de publier le mémorandum d’action sur la sécurité nationale # 55 le 28 juin 1961, qui a initié le processus de changement de la responsabilité de la CIA pour la confier aux chefs d’état-major interarmées. Comme le déclare Prouty, «Une fois pleinement mis en œuvre, comme Kennedy l’avait prévu, après sa réélection en 1964, cela aurait retiré la CIA des opérations secrètes. Mais il s’est avéré que ce fut l’un des premiers clous dans le cercueil de John F. Kennedy. »

Comme si une telle gifle à la CIA ne suffisait pas, Kennedy a forcé le directeur de la CIA Allen Dulles à démissionner, ainsi que le directeur adjoint des plans de la CIA Richard M. Bissell Jr. et le directeur adjoint de la CIA Charles Cabell.

En octobre 1962, Kennedy a été informé que Cuba installait des missiles soviétiques offensifs à 90 miles des côtes américaines. Les navires soviétiques avec encore plus de missiles étaient en route vers Cuba mais ils ont fini par rebrousser chemin à la dernière minute. Des rumeurs ont commencé à circuler selon lesquelles JFK avait conclu un accord secret avec le Premier ministre russe Khrouchtchev, selon lequel les États-Unis n’envahiraient pas Cuba si les Soviétiques retiraient leurs missiles. C’est alors que les critiques de l’attitude conciliante de JFK au sujet du communisme ont commencé à prendre de l’ampleur.

Le NSAM # 263, étroitement étudié par Kennedy, a été publié le 11 octobre 1963 et a décrit une décision politique «de retirer 1 000 militaires [du Vietnam] d’ici la fin de 1963» et a en outre mentionné que «Il devrait être possible de retirer du Vietnam la majeure partie du personnel américain [y compris la CIA et les militaires] en 1965». Le journal des Forces armées Stars and Stripes titra en grosses lettres LES TROUPES AMÉRICAINES HORS DU VIETNAM EN 1965. Kennedy gagnait le match et s’attirait la sympathie peuple américain. Ce devait être le dernier clou du cercueil de Kennedy.

Kennedy a été brutalement abattu un mois plus tard, le 22 novembre 1963. Sa mort ne devrait pas seulement être considérée comme une perte tragique mais, plus important encore, elle devrait être reconnue comme un coup d’État militaire réussi qu’elle a été et est encore. La CIA a montré jusqu’où elle était prête à aller si un président faisait obstacle. (Pour plus d’informations sur ce coup d’État, reportez-vous au procureur de la Nouvelle-Orléans de l’époque, le livre de Jim Garrison. Et au film d’Oliver Stone, très bien documenté, «JFK»). Liens en fin d’article

De l’autre côté du miroir

Le 26 novembre 1963, quatre jours après le meurtre de Kennedy, le président de facto Johnson a signé le NSAM # 273 pour commencer le changement de politique de Kennedy sous le numéro 263. Et le 4 mars 1964, Johnson a signé le NSAM # 288 qui a marqué l’escalade totale de la guerre du Vietnam et a impliqué 2 709 918 Américains servant directement au Vietnam, avec les 9 087 000 de toutes les autres Forces armées américaines pendant cette période.

La guerre du Vietnam, ou plus précisément la guerre d’Indochine, se poursuivra pendant 12 ans après la mort de Kennedy, soit un total de 20 ans pour les Américains.

Bien d’autres opérations secrètes se sont poursuivies, mais la prochaine guerre sans fin à grande échelle qui impliquerait le monde commencerait de plein fouet le 11 septembre 2001 sous le titre risible de « War on Terror », qui est fondamentalement un autre rideau de fer, une continuation de 74 ans de guerre froide. Une guerre qui n’est pas censée prendre fin tant que les changements ultimes de régime ne sont pas accomplis et que le monde n’assiste pas au renversement de la Russie et la Chine. L’Irak était destiné à l’invasion bien avant la guerre du Golfe de 1990 et même avant que Saddam Hussein ne soit soutenu par les Américains dans la guerre Irak-Iran dans les années 1980. L’Iran avait déjà subi un changement de régime soutenu par la CIA en 1979.

La CIA et l’armée américaine avaient compris bien à l’avance que le renversement de la souveraineté en Irak, en Libye, en Syrie et en Iran devait se produire avant que la Russie et la Chine puissent y mettre leur main. De telles tactiques de guerre étaient formulées après 3 décennies de contre-insurrection de la CIA pour combattre «l’insurrection communiste» de l’Indochine. C’est ainsi que fonctionne l’insurrection d’inspiration terroriste d’aujourd’hui, en tant que formule parfaite de la CIA pour un bain de sang sans fin.

L’ancien directeur adjoint de la CIA (2010-2013) Michael Morell, qui soutenait Hillary Clinton pendant la campagne électorale présidentielle avec véhémence contre l’élection de Trump, qui, selon lui, était manipulé par Poutine, a déclaré dans une interview en 2016 avec Charlie Rose que les Russes et les Iraniens en Syrie devraient être tués secrètement pour «payer le prix».

Par conséquent, lorsqu’une frappe de drone survient pour assassiner un major général iranien, même si le président américain en prend l’initiative, il ne faut pas se précipiter pour croire que c’est nécessairement le cas ou que c’est l’histoire complète. De même on ne peut pas prendre à la lettre les déclarations du président Rouhani acceptant la responsabilité de l’armée iranienne abattant «par accident» l’avion Boeing 737-800 qui contenait 176 civils, pour la plupart iraniens, comme quelque chose qui peut être relégué à la négligence criminelle, mais plutôt qu’il se passe très probablement autre chose en coulisse.

On ne peut pas non plus rejeter d’un bloc la publication en temps opportun, ou plutot la « fuite », du projet de lettre du commandement américain au gouvernement irakien à Bagdad qui suggère un retrait des forces américaines du pays. Cette coïncidence place certainement le président américain dans une situation embarrassante, bien que la décision de maintenir ou non les forces américaines en Irak ne soit pas une simple question que le président peut seul déterminer. En fait, il n’y a aucune raison pour que, après avoir examiné le cas de JFK, nous devrions imaginer une telle chose.

On pourrait supposer que le président américain a été manipulé et donc piégé, avec la désignation officielle des brigades Al-Kuds comme «terroristes» en avril 2019 par le département d’État américain, une décision qui a été fortement soutenue par Bolton et Pompeo, qui étaient tous deux membres du NSC à l’époque. Cela a rendu légal la frappe d’un drone militaire américain contre Soleimani dans le cadre de l’AUMF 2001, décision dans laquelle il est précisé que l’armée américaine peut attaquer tout groupe armé considéré comme une menace terroriste. Bolton et Pompeo n’ont pas caché qu’ils étaient ravis de l’assassinat de Soleimani et Bolton est même allé jusqu’à tweeter «J’espère que c’est la première étape d’un changement de régime à Téhéran». Bolton n’a pas caché non plus qu’il est impatient de témoigner contre Trump dans son éventuel procès pour destitution.

L’ancien directeur de la CIA, Mike Pompeo, a été enregistré lors d’une conférence, enregistrement encore inconnu récemment, mais à en juger par les rires du public composé d’agents en herbe de la CIA, où il admet que bien que la devise des cadets de West Points soit «Vous ne mentirez pas, ne tricherez pas ou ne volerez pas, et ne tolérerez pas ceux qui le font », sa formation dans le cadre de la CIA était tout le contraire, déclarant : « J’étais le directeur de la CIA. Nous avons menti, nous avons triché, nous avons volé. C’était comme si nous avions des cours de formation complets, (longue pause) Cela vous rappelle la gloire américaine. »

Ainsi, il ne devrait pas être surprenant pour quiconque dans le monde, à ce stade de l’histoire, que la CIA ne fasse allégeance à aucun pays. Et l’on ne peut guère s’attendre à ce qu’un président, qui est activement attaqué de toutes parts dans son propre pays, soit en mesure de tenir la CIA responsable de ses crimes passés et futurs.

Article de Cynthia CHUNG paru le 19 janvier 2020 sur le site Strategic Culture Foundation

Cynthia Chung est conférencière, écrivaine et co-fondatrice et éditrice de la Rising Tide Foundation (Montréal, Canada).

Liens. https://www.strategic-culture.org/news/2019/11/24/on-churchills-sinews-of-peace/

https://winstonchurchill.org/publications/finest-hour-extras/churchill-and-eugenics-1/

https://www.youtube.com/watch?v=16uhS-Iqi7E

JFK: The CIA, Vietnam, and the Plot to Assassinate John F. Kennedy Paperback Apr 1 2011 by L. Fletcher Prouty (Author), Jesse Ventura (Foreword), Oliver Stone (Introduction)

https://www.youtube.com/watch?v=qGPuSxuT6pM

https://www.youtube.com/watch?v=DPt-zXn05ac

 

L’heure de Poutine est proche (Paul Craig Roberts)

Vladimir Poutine est le leader le plus impressionnant de la scène politique mondiale. Il a grandi dans une Russie corrompue par Washington et Israël pendant les années Eltsine, il en a survécu et a rétabli la Russie en tant que puissance mondiale. Il a géré avec succès les agressions américano-israéliennes contre l’Ossétie du Sud et contre l’Ukraine, en réintégrant, à la demande de la Crimée, la province russe dans la mère Russie (voir notes en fin de traduction). Il a toléré des insultes et des provocations sans fin de la part de Washington et de ses vassaux européens sans répondre ni par des insultes ni par des provocations. Il est conciliant et est devenu un pacificateur en position de force.

Il sait que l’empire américain basé sur l’arrogance et le mensonge échoue économiquement, socialement, politiquement et militairement. Il comprend que la guerre ne sert aucun intérêt russe.

Le meurtre par Washington – avec l’aide du Mossad – de Qasem Soleimani, un grand leader iranien, en effet, l’un des rares dirigeants de l’histoire du monde, a altéré le leadership de Trump et a mis la vedette sur Poutine. Les conditions sont donc réunies pour que Poutine et la Russie assument la remise en ordre du monde. Le meurtre de Soleimani par Washington est un acte criminel qui pourrait déclencher la Troisième Guerre mondiale, tout comme le meurtre serbe de l’archiduc autrichien a déclenché la Première Guerre mondiale. Seuls Poutine et la Russie avec l’aide de la Chine peuvent arrêter cette guerre que Washington a déclenchée.

Poutine a compris que la déstabilisation prévue par Washington et Israël de la Syrie visait la Russie (voir aussi la note en fin de traduction). Sans avertissement, la Russie est intervenue, a vaincu les forces mandées, financées et armées par Washington et a rétabli la stabilité en Syrie.

Vaincus en Syrie, Washington et Israël ont décidé de contourner la Syrie et de porter l’attaque contre la Russie en visant directement l’Iran. La déstabilisation de l’Iran sert à la fois Washington et Israël. Pour Israël, la disparition de l’Iran met fin à son soutien au Hezbollah, la milice libanaise qui a vaincu à deux reprises l’armée israélienne et empêché l’occupation par Israël du sud du Liban. Pour Washington, la disparition de l’Iran permettra aux djihadistes soutenus par la CIA de promouvoir une nouvelle instabilité en Fédération de Russie.

À moins que Poutine ne se soumette à la volonté des Américaine et des Israéliens, il n’a d’autre choix que de bloquer toute attaque conjointe de Washington et d’Israël contre l’Iran.

Le moyen le plus simple et le plus propre pour Poutine de le faire est d’annoncer que l’Iran est sous la protection de la Russie. Cette protection devrait être officialisée dans un traité de défense mutuelle entre la Russie, la Chine et l’Iran, avec peut-être l’Inde et la Turquie comme membres. C’est difficile à faire pour Poutine, car des historiens incompétents ont convaincu Poutine que les alliances ont toujours été des causes de guerre. Mais une alliance comme celle-ci empêcherait la guerre. Même le criminel fou Netanyahu et les néoconservateurs américains ne déclareraient pas la guerre à l’Iran, à la Russie et à la Chine en même temps, même s’ils étaient complètement ivres ou devenus fous, si de surcroit cette alliance incluait l’Inde et la Turquie. Cela signifierait la mort de l’Amérique, d’Israël et de tout pays européen suffisamment stupide pour participer à une agression israélo-américaine contre l’Iran.

Si Poutine n’est pas en mesure de se libérer de l’influence d’historiens incompétents, qui servent en fait les intérêts de Washington, et non ceux des Russes, il a d’autres options. Il peut calmer l’Iran en donnant à ce pays les meilleurs systèmes de défense aérienne russes avec des équipages russes pour former les Iraniens, présence qui servirait d’avertissement à Washington et à Israël qu’une attaque contre les forces russes est une attaque contre la Russie. Cela fait, Poutine peut alors insister pour atteindre une médiation. C’est le rôle de Poutine car il n’y a pas d’autres personnalité qui ait le pouvoir, l’influence et l’objectivité pour servir de médiateur. Le travail de Poutine n’est pas tant de sauver l’Iran que de sortir Trump d’une guerre perdue d’avance qui le détruirait. Poutine pourrait fixer son propre prix. Par exemple, le prix de Poutine peut être la renaissance du traité INF / START, le traité sur les missiles anti-balistiques, la suppression de l’OTAN des frontières russes. En effet, Poutine est bien placé pour exiger ce qu’il veut.

Les missiles iraniens peuvent couler n’importe quel navire américain n’importe où près de l’Iran. Les missiles chinois peuvent couler n’importe quelle flotte américaine n’importe où près de la Chine. Les missiles russes peuvent couler des flottes américaines partout dans le monde. La capacité de Washington à projeter le pouvoir au Moyen-Orient maintenant que tout le monde, les chiites et les sunnites et les anciens mandataires de Washington comme ISIS, détestent les Américains avec passion. Le Département d’État a ordonné aux Américains de quitter le Moyen-Orient. Sur combien d’hommes Washington peut-il compter au Moyen-Orient alors qu’aucun Américain n’y est en sécurité ?

Bien sûr, Washington a atteint un niveau d’arrogance stupide, et Poutine, la Chine et l’Iran doivent en tenir compte. Un gouvernement stupide est capable de se ruiner lui-même mais de ruiner aussi tous les autres. Il y a donc des risques à courir pour Poutine. Mais il existe également des risques pour Poutine de ne pas prendre les choses en main. Si Washington et Israël attaquent l’Iran, ce qu’Israël tentera de provoquer par un événement sous faux drapeau comme coulant un navire de guerre américain et blâmant l’Iran, la Russie sera de toute façon en guerre. Mieux vaut que l’initiative soit donc entre les mains de Poutine. Et c’est mieux pour le monde et la vie sur Terre que la Russie soit aux commandes.

Notes. Les habitants de la péninsule de Crimée ont voté librement pour être rattachés à la Russie. La Crimée était une province russe qui fut rattachée à l’Ukraine alors que ce dernier pays était partie intégrante du bloc soviétique. Alors que les pays occidentaux ont qualifié la décision du peuple de Crimée comme un annexion par la Russie méritant donc des sanctions commerciales il est surprenant de constater que jamais le Maroc n’a fait l’objet de sanctions de la part des Américains ou de leurs vassaux européens quand le Sahara Occidental a été annexé par Rabat. Il en est de même de l’île de Mayotte qui a été détachée de l’archipel des Comores à la suite d’un référendum – exactement comme en Crimée – pour être intégrée dans la République française, rattachement à la France qui ne fut jamais reconnu par l’ONU.

Pour ce qui concerne la Syrie, il existait un traité d’assistance liant la Russie à ce pays. La Russie a donc honoré ce traité en appuyant le gouvernement syrien pour combattre les terroristes financés par les puissances occidentales, puissances comprenant essentiellement les USA, la Grande-Bretagne et la France, qui ont illégalement foulé le sol syrien et ruiné ce pays. Dans la politique il ne peut pas y avoir deux poids et deux mesures.

Enfin, au niveau de la politique intérieure américaine, en cette période de campagne électorale, l’attitude du Président Trump vis-à-vis de son électorat évangéliste reste le problème majeur qui devra être suivi de très près au cours des prochains mois.

Je discutais hier avec une amie Polonaise. Visiblement les Polonais détestent Poutine et cette attitude est révélatrice de la propagande américaine ominprésente dans tous les pays d’Europe de l’est où l’opinion publique a été formatée par les services américains qui ont oeuvré pour se constituer un nouvel ennemi : la Russie. La Chine est un beaucoup plus gros morceau … Comme l’avait pressenti PCR il y a quelques années dans un article que j’ai traduit et qui figure dans mon blog, Obama puis Trump ont tout fait pour que le monde ne devienne pas multipolaire. Comme PCR l’expliquait les USA ont besoin d’une guerre pour redresser leur économie déclinante (voir le billet sur ce blog https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/05/16/le-point-de-vue-geopolitique-de-paul-craig-roberts-pas-rejouissant/ ). Cependant un conflit bloquant les exportations de gaz et de pétrole depuis le Golfe Persique fera réagir la Chine, en premier lieu, mais aussi l’Inde et également le Japon dont tout le gaz naturel liquiéfié provient du Moyen-Orient. Le Japon, l’une des toutes première économies du monde, vassal numéro 1 des USA depuis Hiroshima et Nagasaki,ne pourra pas survivre plus d’un mois sans gaz et sans pétrole en provenance du Moyen-Orient. Est-ce que l’administration américaine est vraiment consciente de cette situation ? Enfin les alliés indéfectibles et contre nature des USA qui veulent imposer la démocratie – leur démocratie – dans le monde entier, c’est-à-dire Israël et l’Arabie saoudite, seront vitrifiés en quelques minutes. Israël n’est qu’un tout petit confetti dans le monde. Quelques bombes d’une puissance destructrice 100 fois supérieure à celle d’Hiroshima suffiront à rayer ce pays de la carte mondiale. Trump et Netanyau ont-ils vraiment apprécié le danger encourru en assassinant le numéro 2 du régime iranien ? On peut se poser de sérieuses questions. Quand un animal sauvage est blessé ses réactions deviennent imprévisibles, c’est le cas des Etats-Unis aujourd’hui.