Depuis 75 ans le dilemme américain c’est le dollar

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En lisant une interview de Paul Craig Roberts, à l’occasion du 75e anniversaire de la signature des accords de Bretton Woods, et qui fut l’un des principaux conseillers économiques de Donald Reagan, j’ai compris quel était le problème des Etats-Unis d’Amérique, un problème sans solution dans lequel tous les pays occidentaux sont plongés. Ce problème est le maintien de la puissance impériale américaine. Cette puissance est, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, basée sur deux pivots, le dollar et l’OTAN. L’OTAN qui n’a plus lieu d’être en théorie ne sert qu’à asservir l’Europe mais le dollar est le principal fondement de la suprématie américaine sur le monde entier.

Le billet vert fut, après la deuxième guerre mondiale, institué comme la monnaie de référence – et de réserve pour les banques – dans toutes les transactions commerciales. La demande en dollars n’a donc jamais cessé d’augmenter et pourtant il était adossé à l’or, mais la disponibilité en or physique est par essence limitée. En 1971 Richard Nixon, d’un trait de plume, rompit le contrat tacite de Bretton Woods qui liait le dollar à l’or et avait conféré au billet vert le statut de monnaie de référence mondiale. Depuis lors les pays ont accumulé des dollars en commerçant avec les USA et en commerçant entre eux en libellant leurs transactions en dollars. Naturellement, et n’importe quel économiste avisé aurait pu le prédire, le dollar perdit donc sa valeur de 35 dollars l’once (avant 1971) pour ne devoir aujourd’hui qu’environ 1400 dollars pour une once. Ce n’est pas l’or qui s’est renchéri mais le dollar qui s’est dévalué.

Ce qui a maintenu le statut de référence du dollar dans le monde est que la plupart des pays occidentaux ont cru bon de « coller » leur monnaie au dollar après sa déconnexion avec l’or. Ces pays ont donc également choisi la perte de valeur de leur monnaie, c’est paradoxal mais pourtant vrai !

La majorité des principales monnaies dans le monde, livre sterling, yen, euro, et dans une certaine mesure le yuan, sont maintenues par les banques centrales dans un étroit intervalle de change avec le dollar. Ceci évite d’exposer les économies de ces pays à ce que l’on pourrait appeler des risques de change dans les transactions commerciales. Après la crise des sub-primes américaine de 2008, une crise domestique exportée par les banques américaines qui ont inondé les marchés de titres sans valeur mais supposés à haut rendement dans le but de maintenir la dépendance des autres pays au dollar, la réserve fédérale américaine n’a pas eu d’autre choix que de renflouer ses propres banques en créant de la monnaie à partir de rien. La conséquence perverse de cet état de fait a conduit les banques centrales des autres pays, Europe, Grande-Bretagne et Japon, à également créer de la monnaie « papier », ne mâchons pas les mots, pour aider leurs banques à se refinancer puisqu’elles avaient toutes été piégées par l’escroquerie américaine des sub-primes.

En d’autres termes les USA ont exporté leur fraude dans l’ensemble des pays occidentaux et ont fait payer à ces derniers un lourd tribut, tout simplement parce que le dollar est resté la monnaie de référence internationale. Pour les grands argentiers américains le problème de l’or n’avait pas perdu de son actualité depuis 1971 et c’est toujours le cas aujourd’hui. Il ne faut surtout pas que la valeur de l’or, libellée en dollars, ne monte trop haut. Comme la disponibilité en métal jaune est limitée, la réserve fédérale américaine a autorisé les transactions sur l’or non plus physique, mais papier, une autre escroquerie organisée par l’administration américaine à l’échelle mondiale, escroquerie pire encore que celle des sub-primes. Il s’agit du marché des « futures » sur l’or, le Comex Gold Futures, qui autorise les acteurs de ce marché à vendre jusqu’à 60 fois une once d’or. Dès lors le prix de l’or, théorique naturellement, reste relativement stable alors qu’en réalité, avec ce système frauduleux il aurait du atteindre si la loi basique de l’offre et de la demande n’était pas détournée une valeur d’environ 85500 dollars pour une once ! Faites vous-même le calcul 1425 x 60 = l’escroquerie américaine.

Pourquoi est-ce une escroquerie organisée par la FED et naturellement par l’administration américaine ? Tout simplement parce que les « futures » sur l’or, contrairement au marché des actions ou des obligations ne doit pas nécessairement être adossé sur une contre-partie physique : les positions « short » sur l’or n’exigent pas que la transaction soit « physique », l’administration américaine a réalisé là la plus incroyable escroquerie de tous les temps, la dématérialisation de l’or. L’or est devenu du papier au même titre que le dollar, l’euro ou encore le yen, sans valeur aucune, du moins aux yeux des Américains. Par voie de conséquence toutes les monnaies occidentales sont profondément surévaluées artificiellement par rapport à l’or. La conséquence est naturellement une perte du pouvoir d’achat tant du dollar sur son marché domestique qu’également au niveau international, chute qui entraine aussi toutes les autres monnaies liées au billet vert. Cette situation semblerait être paradoxale pour l’homme de la rue puisqu’il n’a pas encore ressenti les effets pervers de l’inflation, conséquence normale d’une perte de valeur de la monnaie. Que ce dernier se détrompe car il ne voit que le bout de son doigt quand son banquier lui montre la lune, c’est-à-dire, revenons sur Terre, le prix de son chariot de courses au supermarché. Ce prix est aussi manipulé au détriment de la qualité des produits proposés à la vente, mais le consommateur ne s’en rend pas encore compte. Cette qualité suit la dégradation de celle de la monnaie !

Un autre facteur de fragilisation de la suprématie du dollar réside dans la mise en oeuvre de l’extraterritorialité de la loi américaine s’appliquant à l’usage qui est fait du dollar hors du territoire américain. Toute entreprise non américaine côtée à la bourse de New-York, toute entreprise non américaine utilisant le système SWIFT de paiement en dollar US est tenue de se conformer à la législation américaine. Il s’agit d’un corollaire à la domination du dollar comme monnaie d’échange mondiale. Si les USA ont utilisé cet outil terrifiant pour faire respecter leurs prises de position politique à l’égard de certains pays il bafoue tous les traités internationaux. Cette attitude peut être comparée à de la piraterie : au XVIIIe siècle les pirates rançonnaient les navires marchands pour renflouer le Trésor britannique …

Cette extraterritorialité des lois américaines est le signe évident d’une fin de règne du dollar qui va s’accélérer dans les prochaines années avec la « dédollarisation » des économies de nombreux pays, à commencer par la Chine et la Russie. Le fait que ces pays, suivis – et c’est significatif – par l’Inde, le Qatar ou encore la Turquie, mettent en place des mécanismes de swap entre leurs monnaies nationales, va inexorablement affaiblir le dollar, d’autant plus rapidement que ces mêmes pays achètent tout l’or disponible sur les marchés afin d’adosser leurs transactions sur le métal jaune. Dès lors la suprématie du dollar s’effondrera et l’or, cette monnaie « primitive », retrouvera son statut d’étalon international.

Comme l’a déclaré récemment le Ministre des finances français Bruno Le Maire : « L’organisation de Bretton Woods telle qu’on la connait a atteint ses limites. À moins d’être capables de réinventer un nouveau Bretton Woods, les Nouvelles Routes de la Soie pourraient devenir le nouvel ordre mondial. Alors les standards de gouvernance chinois, les aides de l’Etat, l’accès aux contrats gouvernementaux, la gestion de la propriété intellectuelle … pourraient devenir les nouvelles règles globales« .

Il faut ajouter pour conclure ce billet que le vice-ministre des affaires étrangères de Russie Sergeï Ryabkov a enjoint il y a quelques jours les pays « non-alignés » à adhérer à l’initiative INSTEX, pleinement opérationnelle depuis quelques jours seulement. L’INSTEX est une chambre de compensation, alternative au SWIFT, initialement créée pour faciliter les échanges commerciaux entre l’Europe et l’Iran, pays étranglé par les sanctions américaines unilatéralement décidées par la Maison-Blanche. Cet organisme siège à Paris et ses trois actionnaires créateurs, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, sont en théorie ouverts à l’adhésion d’autres pays. Si Monsieur Ryabkov a fait cette déclaration, cela veut signifier que Moscou est prêt à collaborer avec les autres pays signataires du traité de contrôle des activités nucléaires de l’Iran et le mécanisme INSTEX pourrait être la porte ouverte à une dédollarisation accélérée de l’économie mondiale. Il reste à espérer que le Président français et le nouveau locataire du 10 Downing Street oeuvreront dans ce sens mais ce n’est pas tout à fait acquis.

Actualité. Iran – USA – Europe

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À l’issue de l’accord entre l’Iran et la ‘Commission du plan d’action compréhensif », c’est lourd, c’est dit, le JCPOA, un organisme émanant de cet accord et supervisé par l’agence internationale de l’énergie atomique (IAEA) et l’ONU, a mandaté des experts internationaux indépendants pour contrôler les activités d’enrichissement d’uranium en Iran. Le JCPOA a été signé en Juillet 2015 entre l’Iran et les E3/EU+3, c’est-à-dire la Chine, la France, l’Allemagne, la Russie, la Grande-Bretagne et les USA. Il a été mis en application en Janvier 2016. Selon les termes de cet accord l’Iran s’engage à limiter ses activités d’enrichissement d’uranium, à se débarrasser de son stock d’uranium enrichi au delà d’une teneur en isotope 235 supérieure à 4 % et de limiter ses activités ultérieures de stockage d’uranium enrichi à 4 % pendant les 15 prochaines années.

Le Président iranien Hassan Rouhani a prévenu les signataires du JCPOA hors USA le 8 mai 2019 que s’ils ne prenaient pas de mesure pour protéger l’économie de l’Iran contre les sanctions décidées par les USA unilatéralement sans consulter les autres signataires du traité son pays reprendrait ses activités d’enrichissement au delà des limites autorisées par le traité et au delà d’un délai de 60 jours sans action de ces signataires. La position du gouvernement iranien avait au moins le mérite d’être claire. D’ailleurs Rouhani a prévenu hier 5 juillet 2019 que dès le 7 l’Iran reprendra ses activités d’enrichissement « autant qu’il le faudra ». Le Haut commissaire aux affaires internationales européen, les ministres des affaires étrangères de la France, de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne ont déclaré qu’ils restaient toujours en faveur du traité et de son application scrupuleuse par l’Iran. L’attitude des dirigeants Iraniens à l’égard de l’Europe est claire : ils veulent que l’Union européenne agisse rapidement.

Selon les termes de l’accord JCPOA il est interdit à l’Iran de détenir plus de 300 kg d’uranium (équivalent métal mais sous forme d’oxyde) enrichi à 4 % or le 17 juin dernier l’Organisation de l’Energie Atomique iranienne a prévenu que ses stocks dépasseraient cette limite le 27 juin. L’agence de presse iranienne ISNA a confirmé ces derniers jours que cette limite avait été dépassée. Les représentants de la JCPOA se sont donc réunis le 28 juin pour appeler l’Iran à respecter les termes de l’accord et à discuter d’une procédure pour contourner les sanctions imposées par les USA sans avoir consulté les co-signataires de l’accord JCPOA. La réunion était présidée par le secrétaire aux affaires extérieurs européennes Helga Schmid mandatée par le Haut Commissaire européen Federica Mogherini. Elle comprenait l’Iran, la Chine, la France, l’Allemagne, la Russie et la Grande-Bretagne.

Sur le site du Ministère des Affaires Etrangères de Russie, le vice-ministre des affaires étrangères Sergey Ryabkov a déclaré que le retrait des USA du JCPOA était regrettable, qu’il mettait en danger le processus d’application du traité et que ce retrait était en claire violation de la résolution 2231 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies. Ce retrait constituait un sérieux coup pour la sécurité régionale (au Moyen-Orient) et mondiale.

Ryabkov a ajouté qu’il était du devoir des autres signataires de trouver des mesures pratiques pour que l’Iran puisse exporter son uranium enrichi ainsi que ses stocks d’eau lourde en dépit des sanctions américaines. Il a ajouté que l’IAEA était le seul organisme autorisé à faire appliquer par l’Iran ses obligations dans le cadre du JCPOA et qu’il était d’une extrême importance que l’IAEA remplisse scrupuleusement sa mission de contrôle des activités nucléaires iraniennes. La « commission conjointe » a également précisé que selon le paragraphe 8 des dispositions mises en place lors de la réunion des ministres du 6 Juin 2018 il était du devoir des pays signataires de mettre en place des mesures concrètes afin de maintenir des conditions de normalisation des relations économiques et commerciales avec l’Iran. Après la réunion de la dernière semaine de ce mois de Juin passé, les déclarations ont clairement signifié qu’il était du devoir des signataires (hors USA) d’oeuvrer pour préserver la stabilité et la paix dans la région moyen-orientale. Dans le même temps il était du devoir de ces derniers d’oeuvrer de telle sorte que les sanctions US soient levées, sanctions pour lesquelles ils exprimaient leur vif regret …

Madame Helga Schmid a insisté sur les progrès du mécanisme INSTEX (INstrument in Support of Trade EXchanges), un véhicule spécial mis en place par la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne en janvier 2019 pour faciliter les transactions commerciales avec l’Iran hors dollar. Ces trois pays ont informé les participants au meeting que l’INSTEX était opérationnel, accessible à tous les membres de l’Union Européenne et que les premières transactions étaient en cours de traitement. Ce mécanisme INSTEX est destiné à être ouvert à d’autres pays ne faisant pas partie de l’Union Européenne, selon Helga Schmid.

Les participants ont aussi été informés des progrès effectués dans la mise en conformité du réacteur de recherche iranien Arak ainsi que l’installation de production d’isotopes faisant partie de la conversion de l’usine de Fordow dans le cadre des termes du JCPOA. L’IAEA a confirmé que dans le cadre du JCPOA l’Iran avait déjà exporté vers la Russie 11 tonnes d’uranium métal vers la Russie, démantelé une grande partie des centrifugeuses de Natanz et de Fordow et que le réacteur Arak ne pouvait plus être opérationnel car les ouvertures de la cuve du coeur du réacteur avaient été pratiquées selon les termes du traité JCPOA.

Source : IAEA

Commentaire. Le trio Bolton-Pompeo-Trump se moque des accords internationaux et des résolutions de l’ONU, ce n’est pas nouveau dans l’attitude américaine. Les Américains se croient toujours les maîtres du monde et ils croient également que leur dollar subsistera à leurs turpitudes. Ils considèrent que le « billet vert » leur permettra de dominer le monde. Si les Européens, appuyés par la Chine et la Russie – cette fois-çi c’est un élément nouveau – refusent de « baisser leur culotte », excusez cette expression avilissante, et résistent au diktat américain en implémentant le dispositif INSTEX alors la suprématie du dollar sera détruite de facto. Les Iraniens commerceront en roubles, en yuans ou en or et donc, si les dirigeants européens ont une once de respect d’eux-mêmes, en euros. Reste à savoir quelle sera l’attitude à l’évidence pro-européenne de Christine Lagarde mais aussi, imprégnée de culture anglo-saxonne depuis de nombreuses années, vendue aux intérêts de la politique de la Maison-Blanche (je peux me tromper et je l’espère). Les Allemands à qui a été confiée la responsabilité de co-signer l’accord JCPOA alors qu’ils ne sont pas une « puissance nucléaire » devraient honorer leur engagement. Par contre faire confiance aux Anglais … on n’est plus à l’époque de Churchill ! Bref, sans la pression des Russes et des Chinois, alliés de l’Iran et qui n’ont pas du tout apprécié le revirement de l’administration américaine, si Trump et ses complices « imbéciles » comme le dit si bien Paul C. Roberts ne considèrent pas la réalité de la situation ils récolteront une « dédollarisation » accélérée du commerce international et un rapprochement inévitable entre l’Europe et la Russie et le jeu de poker menteur organisé par la Maison-Blanche s’arrêtera parce que aucun des autres joueurs ne pariera plus sur le dollar.

Nouvelles du Japon : Mais où est passée la ville d’Hiroshima ?

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Tous les Japonais savent ce qui s’est passé le matin du 6 août 1945. À 8 h15, une bombe nucléaire a été larguée sur la ville d’Hiroshima. Les Américains avaient jusque là épargné cette ville des bombardements classiques afin de pouvoir évaluer en vraie grandeur les effets d’une arme nucléaire sur une ville non endommagée. L’objet a explosé à environ 600 mètres au dessus de la ville.

Tout le monde connait les effets terribles de l’explosion, du feu et des radiations, ainsi que le coût humain inimaginable à l’époque. En une fraction de seconde 66000 personnes ont péri et 69000 autres ont été blessées. L’enquête effectuée ensuite par les Américains a permis de cartographier Hiroshima après l’explosion, de calculer le rendement de la bombe et sa capacité de destruction. Le monde entier a vu des photos de la ville avant et après l’explosion et des images du champignon nucléaire qui s’élevait au dessus d’Hiroshima dans les instants qui ont suivi l’explosion. L’estimation finale du nombre de morts atteignit 145000.

Mais le géologue suisse diplômé de l’Université de Bâle Mario Wannier reconverti dans l’étude des micro-biotopes marins a fait une découverte il y a quelques années qui soulevait la question effrayante que personne n’osait poser : qu’est-il arrivé à la ville d’Hiroshima ?

On savait ce qui s’était passé ce jour-là mais que s’est-il passé physiquement avec les bâtiments de la ville pratiquement tous disparus, où est allé Hiroshima ? La bombe a explosé avec une force équivalente à environ 16000 tonnes de TNT détruisant environ 90 % des bâtiments et presque toutes les structures situées dans un cercle de 1,6 km sous la bombe ont été complètement détruites. Elle se sont « évaporées ». Seulement environ 50 bâtiments de construction particulièrement résistante, tels que celui de la Banque de Hiroshima (illustration), sont restés intacts. Le reste s’est retrouvé dans le vaste champignon atomique. Wannier s’est rendu dans la péninsule de Motoujina à 6 km au sud de l’hypocentre de la bombe d’Hiroshima et a prélevé des échantillons de sable le long de la mer dans le cadre de ses études sur les écosystèmes marins. Ce qu’il a découvert dans ce sable était la présence de milliers de minuscules globules de verre alors qu’il étudiait la micro-faune marine. Il s’est alors rendu sur d’autres plages de la péninsule et a ensuite examiné les échantillons au microscope électronique et analysé ceux-ci à l’aide de rayons X au Berkeley Lab en Californie.

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Ces globules microscopiques de verre étaient les traces des retombées du champignon atomique. Wannier estime que 2,5 % du sable des plages aux alentours d’Hiroshima sont constitués de ces débris. C’est la ville elle-même, fondue et littéralement évoaporée par la chaleur infernale de l’explosion nucléaire, qui s’est dispersée ainsi. Elle est maintenant mélangée avec le sable des plages. Wannier, en bon géologue, a appelé ces granules des hiroshimaites par analogie avec les trinitites, les granules provenant des retombées nucléaires du programme Trinity en juillet 1945 au Nouveau-Mexique.

Comme le déclara Wanner : « Au départ je cherchais des micro-organismes dans les sables de la plage pour évaluer l’état de santé des environnements marins peu profonds. Au lieu de cela j’ai découvert une ville disparue« . Wanner a estimé que tous ces granules vitrifiés représentaient des dizaines de milliers de tonnes. Des débris similaires ont été retrouvés à 12 kilomètres au sud-est de l’hypocentre sur l’île de Miyajima (illustration). La présence de ces débris recouvre approximativement la zone couverte par le nuage atomique. Après le bombardement de Hiroshima suivi de celui de Nagasaki trois jours plus tard, les interventions d’urgence se focalisèrent sur le sauvetage des blessés mais personne ne songea alors à ce qui était arrivé à la ville elle-même. La localisation des structures urbaines disparues n’a pas été abordée.

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Les travaux de Wanner et de son équipe constituent la première description de débris de chutes provenant d’une explosion nucléaire en milieu urbain. Malgré le fait qu’une bombe plus puissante ait été larguée sur Nagasaki, les effets physiques de l’explosion n’ont pas été aussi dramatiques qu’à Hiroshima. En effet, l’explosion de Hiroshima a été contenue par les montagnes environnantes. Wannier s’attend tout de même à ce que si des spécialistes examinent les alentours de Nagasaki ils retrouveront des granules similaires à ceux retrouvés sur les plages des environs de Hiroshima.

Source. Berkeley Lab : https://newscenter.lbl.gov/2019/05/13/study

Commentaire. Après les deux bombardements urbains effectués par les Américains, le pire crime de guerre jamais commis, la face du monde a changé. L’humanité n’est plus la même. L’arsenal nucléaire disponible aujourd’hui est suffisant pour détruire plusieurs fois toute forme de vie terrestre. Les rares survivants terrés dans des abris anti-atomiques ne résisteront pas à l’ « hiver nucléaire » de plusieurs dizaines d’années qui s’ensuivra. Les gesticulations actuelles des politiciens et des responsables militaires américains paraissent donc particulièrement ridicules en regard des risques encourus par le développement d’un conflit mettant précisément en confrontation directe inévitable les deux principales puissances nucléarisées que sont les USA et la Russie. La moindre bombe dont disposent ces deux pays est 1000 à 50000 fois plus puissante que celles larguées sur les deux villes japonaises en 1945 …

Les histoires racontées par les médias commencent à dépasser même la crédulité des Américains

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Traduction d’un article de Paul Craig Roberts paru sur son blog le 15 Juin 2019. Ces deux derniers jours ont été émaillés par des développements intéressants. Les USA ou Israël ont frappé un navire japonais avec des petites roquettes et ont tenté de rendre responsables des mines iraniennes. L’armateur japonais a mis fin à ce « faux » évènement. Il a fait remarquer que les dégâts se trouvaient au dessus de la ligne de flottaison et non pas au dessous et que des membres de l’équipage ont vu s’approcher des objets volants.

Dans les pages du New-York Times, David Sanger, un journaliste en général peu fiable à mon avis, a révélé – ce qu’une personne comme moi ayant une expérience de Washington longue d’un quart de siècle considérerait comme une information sensible pour la sécurité nationale – que Washington introduisait un programme malveillant dans le réseau électrique russe. Qui a divulgué une telle information sensible pour la sécurité nationale ? Pourquoi cette personne, ayant divulgué une telle information à un journaliste, ne serait-elle pas poursuivie et arrêtée ? Pourquoi Sanger lui-même, comme Julian Assange, n’est-il pas arrêté ? Donner de telles informations à la Russie après les avoir rendues publiques n’a aucun sens car cela permet à la Russie de détecter et éliminer de tels logiciels malveillants.

Comme cela n’a aucun sens, la question est de savoir si l’histoire de Sanger est correcte ou bien si la NSA veut améliorer son image de marque avant qu’elle ne devienne une victime avec Brennan, Comey et Hillary Clinton dans le cadre de la tentative de « Russiagate » du Président Trump. L’histoire de Sanger perd toute sa crédibilité lorsqu’il réitère l’allégation réfutée selon laquelle : l’Agence russe de recherche sur internet est le groupe se trouvant au coeur du piratage informatique lors des élections de 2016 aux Etats-Unis. Ce fut l’une des quatre opérations que son soi-disant petit groupe de la Russie avait organisées autour des élections de mi-mandat. Les responsables ont parlé publiquement de ces incidents bien qu’ils n’aient fourni que très peu de détails.

Ray McGovern, William Binney et d’autres professionnels du renseignement à la retraite ont prouvé de manière concluante qu’il n’y avait pas eu de piratage informatique. Les informations révélées par Wikileaks provenaient de fuites provenant du Comité national démocrate (DNC). Comment est-il possible que David Sanger ne le sache pas ? Comment son éditeur du New-York Times l’ignore ?

Liens : https://www.lewrockwell.com/2019/06/no_author/the-gulf-of-credibility/

https://www.nytimes.com/2019/06/15/us/politics/trump-cyber-russia-grid.html?ref=cta&nl=top-stories?campaign_id=61&instance_id=0&segment_id=14339&user_id=c57a8c2d498023b54c8a416a37b2bb8a&regi_id=21653813ries , et aussi

https://consortiumnews.com/2019/06/13/ray-mcgovern-doj-bloodhounds-on-the-scent-of-john-brennan/

Commentaire. Les mensonges répétés de la CIA, de la NSA, du Pentagone et du FBI sont devenus tellement grossiers qu’ils procurent une image ternie des USA au monde entier, sauf aux USA, en Grande-Bretagne, en Arabie saoudite et en Israël, et peut-être aussi auprès de quelques autres pays européens, en France peut-être ? … Illustration : centrale électrique à cogénération (chauffage urbain) dans la banlieue de Moscou (source NYT).

Deux discours contrastés séparés de cinquante années

Traduction d’un billet de Paul Craig Roberts paru sur son blog le 2 juin 2019

Note explicative. La tradition américaine veut que le Président des Etats-Unis se rende à l’école militaire de West Point faire un discours adressé aux cadets nouvellement admis après une dure sélection. En ce premier Juin 2019 c’est le vice président Mike Pence qui a fait ce discours traditionnel.

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Le vice président Pence à dit aux cadets qu’ils seront sur le « champ de bataille pour l’Amérique » et qu’ils « se déplaceront au son du canon » (voir le premier lien).

Pence n’a pas précisé pour quel agenda ils se battraient, que ce soit pour les intérêts des compagnies pétrolières, pour Israël, pour les banques new-yorkaises, pour l’idéologie conservatrice de l’hégémonie américaine ou pour le business de la drogue de la CIA, car en effet les cadets de West Point ne sauront jamais pour qui ou pour quels intérêts ils mourront.

Le discours de Pence est une parfaite illustration du modus operandi de « La Matrice » (Matrix, film de science-fiction sorti sur les écrans en 1999). Les cadets de West Point, tous innocents et naïfs sont comme des canards recrutés pour servir dans ce que le Général de la Marine américaine Smedley Buttler a appelé les hommes devant servir les intérêts des entreprises américaines (voir le deuxième lien). Depuis les années Clinton la guerre et la préparation à la guerre ont été la marque de fabrique des Etats-Unis. Dans l’histoire américaine les guerres ont toujours été faites pour l’Empire américain et pour les intérêts économiques et financiers qui tirent profit de cet Empire. Il y a très peu d’années dans l’histoire américaine durant lesquelles le gouvernement n’a pas été en guerre avec quelqu’un.

Le 10 Juin 1963, il y a 56 ans, un homme d’une envergure bien supérieure à celle de Pence, le président John F. Kennedy, prononçait le discours inaugural de la nouvelle promotion à l’American University, Washington DC. Son discours a abasourdi le complexe militaro-industriel américain. Il a révélé un Président décidé à établir des relations pacifiques avec l’Union soviétique. Ce serait une paix qui menacerait le budget, le pouvoir et l’importance de ce complexe. Le discours courageux de Kennedy était un clou dans son propre cercueil. Cinq mois plus tard, le Président Kennedy a été assassiné par la CIA avec la complicité des chefs d’Etat-major à Dallas, Texas. Leur action a été imputée à Oswald qui a été rapidement abattu à l’intérieur même de la prison de Dallas par un simple citoyen admis dans la prison à cet effet. Ainsi l’accusé fut abattu avant qu’il ne puisse nier son implication dans l’assassinat de Kennedy.

Le Président Eisenhower, lors de son dernier discours public en 1961, avait déjà déstabilisé le complexe militaro-industriel de son pays en déclarant qu’il constituait une menace pour la démocratie américaine. Mais le Président alla bien plus loin à l’Université Américaine en déclarant son intention de faire la paix et d’éliminer la menace de guerre :

« J’ai choisi ce moment et cet endroit pour parler d’un sujet sur lequel l’ignorance abonde trop souvent et où la vérité est trop rarement perçue. Et pourtant c’est le sujet le plus important sur la Terre : la paix dans le monde. De quelle sorte de paix s’agit-il ? Quelle paix devons-nous chercher ? Pas une « Pax americana » imposée au monde avec des armes américaines, pas la paix de la tombe ou la sécurité des esclaves. Je parle de paix authentique, le genre de paix qui rend la vie sur la Terre digne d’être vécue, du genre de paix qui permet aux hommes et aux nations de grandir, d’espérer et de bâtir une vie meilleure pour leurs enfants, pas seulement la paix pour les Américains mais la paix pour tous, hommes et femmes, pas seulement la paix aujourd’hui à notre époque, mais la paix pour tous les temps à venir.

Je parle de paix à cause du nouveau visage de la guerre. La guerre totale n’a aucun sens à une époque où les grandes puissances peuvent maintenir des forces nucléaires importantes et relativement invulnérables et refuser de se rendre sans avoir recours à ces forces. Cela n’a aucun sens à une époque où une seule arme nucléaire contient près de dix fois la force explosive fournie par toutes les forces aériennes alliées au cours de la deuxième guerre mondiale. Cela n’a aucun sens à une époque où les poisons mortels générés par un échange nucléaire seraient transportés par les vents, l’eau, le sol et les semences jusqu’aux quatre coins du monde pour les générations à venir. » (Source troisième lien en fin de billet)

Kennedy était animé d’une immense confiance en l’Amérique qu’aucun autre président, à l’exception de Ronald Reagan, n’a eu depuis :

« Nous pouvons chercher un apaisement des tensions géopolitiques sans relâcher notre garde. Et pour notre part, nous n’avons pas besoin d’utiliser des menaces pour prouver au monde que nous sommes résolus. Nous n’avons pas besoin de brouiller les émissions étrangères de peur de voir notre foi en nous-mêmes érodée. Nous ne souhaitons pas imposer notre système à des personnes réticentes, mais nous souhaitons et sommes capables de nous livrer à une compétition pacifique avec n’importe quel peuple de la planète. »

Comparez le Washington d’aujourd’hui avec celui du Président Kennedy et vous pouvez constater l’effondrement total de l’Amérique. Aujourd’hui nous cherchons à éliminer toutes les informations à l’exception de celles diffusées par les personnes mandatée qui répètent les informations officielles. Nous brouillons les émissions étrangères et obligeant les services de presse russes à s’enregistrer en tant que  « agents étrangers ». Nous fermons des sites Web et interdisons la liberté d’expression sur Facebook et Twitter. Nous n’avons aucune diplomatie, seulement des menaces car, en effet, les menaces sont la marque de fabrique de l’Amérique, menaces de guerre, menaces de sanctions. Le président des Etats-Unis cède les territoires d’autres pays et décide qui sera le président du Vénézuela. L’Amérique a très peur aujourd’hui de la concurrence pacifique et impose des droits de douane à tous, depuis le Mexique jusqu’à la Chine.

Quand John Kennedy était président, l’Amérique était un pays fier, aujourd’hui c’est un pays couvert de honte et en chute libre, l’Amérique constitue un grave danger pour ses propres citoyens et pour le reste du monde.

https://www.whitehouse.gov/briefings-statements/remarks-vice-president-pence-west-point-graduation-ceremony/

https://www.paulcraigroberts.org/2019/05/27/something-to-think-about-on-memorial-day/

https://www.jfklibrary.org/archives/other-resources/john-f-kennedy-speeches/american-university-19630610

Le moment européen de la Chine est arrivé

Il serait difficile de mésestimer l’importance des visites de Xi Jinping à Rome, Paris et Monaco la semaine dernière. En mettant au coeur de l’Europe son initiative très médiatisée « Belt and Road Initiative » (ceinture maritime et voies terrestres, BRI), le Président chinois a confronté l’Europe à la question la plus fondamentale qu’il devra résoudre dans les années à venir : où en est-elle en tant que partenaire trans-atlantique avec les USA et comment se positionnera-t-elle en tant qu’extrémité occidentale du continent eurasiatique ? En effet, la simplification de l’ordre moderne, pour le dire autrement, commence juste à faire partie de l’Histoire. À Rome, le gouvernement populiste du Premier ministre Giuseppe Conte a invité l’Italie au programme ambitieux de la Chine visant à relier l’Asie de l’Est et l’Europe occidentale par le biais d’une multitude de projets d’infrastructure allant de Shanghaï à Lisbonne. Le protocole d’accord qu’ont signé Xi et le le vice-premier ministre Luigi di Maio comprends le développement de routes, de voies ferrées, de ponts, d’aéroports, de ports maritimes mais aussi des systèmes de télécommunication et des projets énergétiques. Parallèlement à ce protocole les investisseurs chinois ont signé 29 accords industriels et commerciaux d’un montant de 2,8 milliards de dollars.

L’Italie est le premier des 7 pays fondateurs de l’Union européenne à s’engager dans la stratégie BRI chinoise. Et l’Italie l’a fait deux semaines après la publication « Chine : Perspectives Stratégiques » par la Commission européenne, une évaluation de l’arrivée rapide de la Chine en Europe qui touche le coeur de l’ambivalence de l’Union :

« La Chine, dans différents domaines, est simultanément un partenaire de coopération avec le quel l’Union européenne a des objectifs étroitement alignés, un partenaire de négociation avec lequel l’Union européenne doit trouver un équilibre ménageant ses intérêts, un concurrent économique dans la poursuite du leadership technologique et un rival systémique promouvant un modèle alternatif de gouvernance. »

Il y a dans ce document beaucoup de points à assimiler. L’un d’eux est la préoccupation croissante des membres de l’UE et des hauts fonctionnaires de Bruxelles au sujet de l’émergence de la Chine en tant que puissance mondiale. C’est bien naturel, à condition de ne pas tomber dans une version moderne du « péril jaune » du siècle dernier. En second lieu les dirigeants de l’UE sont très réticents au sujet de l’attitude conflictuelle à l’égard de la Chine que Washington leur recommande. La voie de la sagesse que l’UE pourrait choisir est un indicateur fort que les Européens cherchent enfin une voix indépendante dans les affaires mondiales.

À la recherche de l’unité

Les Européens recherchent également un front uni dans les relations de leur continent avec la Chine. C’était le point de vue de Macron à l’arrivée de Xi à Paris et il a veillé à ce qu’Angela Merkel et Jean-Claude Junker soient présents sur le perron de l’Elysée pour saluer Xi. La principale raison pour laquelle l’Italie a envoyé une véritable onde choc à travers l’Europe lorsqu’elle a adhéré au projet de Xi est qu’elle a brisé la hiérarchie européenne à un moment critique.

Mais l’unité telle que Macron et Merkel l’envisagent va se révéler irréalisable. D’abord parce que Bruxelles ne peut pas s’ingérer dans les affaires souveraines d’un Etat de l’UE. Ensuite parce que n’importe quel Etat peut refuser la politique de Bruxelles s’il désire profiter des opportunités offertes par la Chine. L’illustration est qu’alors que Macron plaidait pour un front européen uni vis-à-vis de la Chine il signait ensuite des contrats avec Xi concernant Airbus, EDF et une multitude d’autres entreprises pour un montant de 35 milliards de dollars ! Il n’y a qu’une interprétation possible : la Commission européenne peut bien affirmer tout ce qu’elle veut comme prétendre que la politique de la Chine est de semer la division pour mieux conquérir l’Europe mais sur le terrain elle ne pourra pas empêcher la préférence des Chinois pour les accords bilatéraux. En rentrant chez lui, Xi s’est arrêté à Monaco pour finaliser l’accord de la Principauté décidé en février dernier pour permettre à Huawei, la société de télécommunication chinoise controversée, d’y développer le réseau 5G.

L’Italie était prédestinée pour dévoiler la forme que prendrait l’arrivée de la Chine en Europe. Le gouvernement Conte-Di Maio, coalition hétéroclite entre la Ligue du Nord et le Mouvement 5 étoiles est à contre-courant parmi les autres membres de l’UE. Il critique vivement Bruxelles et sa politique d’austérité. Il est farouchement jaloux de sa souveraineté et prône un assouplissement des liens de l’UE avec la Russie. Sur le plan intérieur l’économie italienne est affaiblie et les investissements étrangers sont pratiquement inexistants. Dans des domaines comme le textile ou la pharmacie peu de collaborations existent entre l’Italie et la Chine depuis des décennies. La carte ci-dessous montre clairement la position stratégique de l’Italie avec le port de Trieste qui est une porte d’entrée vers les marchés européens les plus solides.

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L’initiative visionnaire « Belt and Road » de Xi devrait maintenant décoller en Europe. L’accord avec l’Italie, la tournée européenne de Xi et le sommet UE-Chine prévu à Bruxelles le 9 avril prochain indiquent que ce moment est arrivé.

Changement de relations

Il n’est pas très clair que les Européens aient vraiment compris l’importance stratégique des évènements de la semaine dernière. Les Dirigeants Européens se sont engagés dans une voie qui va presque certainement modifier les relations trans-atlantiques établies de longue date. L’Europe commence – enfin – à agir de manière plus indépendante en se repositionnant entre le monde atlantique et les nations dynamiques de l’est et la Chine est la première d’entre elles. Pourtant aucun dirigeant européen n’a encore abordé cette question. Mais cette situation ne saurait être surestimée. Les relations trans-atlantiques sont de plus en plus tendues depuis la présidence Obama. Les décisions antagonistes de Trump, la dénonciation de l’accord de Paris sur le climat et de l’accord sur le nucléaire iranien ont intensifié les frictions mais rien n’indique qu’un dirigeant européen devienne l’avocat d’une rupture des relations avec Washington.

La question centrale aujourd’hui est de savoir comment les relations américano-européennes vont évoluer au fur et à mesure de la présence chinoise de plus en plus évidente sur le sol européen. Les Européens semblent se préparer à un nouveau chapitre de leur histoire trans-atlantique mais rien n’indique comment Washington réagira à une réduction de son influence depuis longtemps non contestée par les capitales de l’Europe occidentale.

Il y a l’autre question à laquelle l’Occident devra répondre : la « perspective stratégique » de la Commission européenne qualifie la Chine de « rival systémique promouvant des formes alternatives de gouvernance ». Ce thème récurrent pose deux problèmes. D’abord rien ne prouve que la Chine ait insisté ou voudra insister pour que d’autres pays se conforment à ses normes politiques en échange d’un avantage économique. Cela est une pratique habituelle parmi les pays occidentaux et les institutions internationales telles que le Fond monétaire international ou la Banque mondiale. Ce n’est pas le cas de la Chine. Ensuite alors que nous avançons vers une parité entre Occidentaux et non-Occidentaux – une caractéristique incontournable du XIXe siècle – il deviendra impossible de supposer que les démocraties parlementaires de l’Occident puissent établir les critères selon lesquels tous les autres pays peuvent être classés et évalués. Les Nations ont des traditions politiques très différentes, c’est à chacune de les entretenir ou de s’en éloigner. La Chine comprend cela, à l’Occident d’en faire de même.

Article de Patrick Lawrence, correspondant à l’étranger de l’International Herald Tribune pendant de nombreuses années, paru le premier avril 2019 sur le site Consortium News traduit pour mes fidèles lecteurs par mes soins.

Lawrence peut être contacté sur son site web : http://www.patricklawrence.us , illustration Wikimedia

Allemagne-USA : Ça va devenir de pire en pire

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L’Allemagne s’oppose ouvertement aux exigences du Président Trump de dépenser plus pour sa participation au budget de l’OTAN. L’Ambassadeur américain à Berlin criant au scandale a provoqué des appels de plusieurs partis politiques à son expulsion.

De tous les pays européens c’est l’Allemagne qui a le plus souffert de la colère de Trump depuis son arrivée à la Maison-Blanche. En deux ans les relations bilatérales entre Washington et Berlin se sont effondrées sous le poids des attaques verbales de Trump.

Trump a reproché à l’Allemagne ses pratiques commerciales déloyales dans le cas de ses exportations lucratives d’automobiles. Trump a carrément accusé l’Allemagne de trahison dans ses relations avec la Russie en matière d’approvisionnement en gaz naturel allant jusqu’à menacer de sanctions économiques les entreprises impliquées dans le projet de gazoduc NordStream 2 sous la Mer Baltique.

L’Allemagne a vigoureusement rejeté les accusations de Trump, affirmant que son industrie automobile était un investisseur important dans la création d’emplois aux USA et que sa politique énergétique relevait de sa souveraineté dans le cadre des principes objectifs du marché.

Trump n’a cessé de reprocher à l’Allemagne de ne pas assez dépenser pour ses engagements pris avec l’OTAN estimant que la protection américaine lui était suffisante. Lors du dernier sommet de l’OTAN en 2018 Trump a demandé à la Chancelière d’augmenter le budget militaire de son pays pour atteindre l’objectif de 2 % du PIB. Pendant de nombreuses années après la fin de la guerre froide les dépenses militaires allemandes ont accusé un retard de 1 % du PIB et Trump considère que l’Allemagne, la plus grande puissance économique de l’Europe, devrait doubler son budget de la défense alors qu’il a tendance à diminuer. L’Ambassadeur US Richard Grenell a ainsi dénoncé le « refus » de l’Allemagne à respecter ses engagements vis-à-vis de l’OTAN.

Grenell est en quelque sorte le torchon rouge de Trump et ce n’est pas la première fois qu’il invective l’Allemagne en des termes qu’aurait bien pu lui dicter Trump. Grenell ne cesse de critiquer le projet NordStream 2 et les relations entre l’Allemagne et le géant chinois Huawei. Ses dernières accusations au sujet de l’OTAN ont suscité la fureur des politiciens et des médias allemands. Wolfgang Kubicki, leader adjoint du Parti Démocrate Libre, a même déclaré que « un ambassadeur n’est pas censé agir comme le porte-parole d’une puissance occupante« . Le New-York Times a relevé que cette situation était la pire que l’on puisse imaginer à moins d’un mois du 70e anniversaire de la fondation de l’Alliance atlantique, une grande fête qui aura lieu à Washington mais qui pourrait être sévèrement refroidie par l’attitude négative de l’Allemagne. Sur la trentaine de pays membres de l’OTAN seuls sept d’entre eux ont augmenté leur budget militaire pour se rapprocher de l’objectif des 2 % décidé avant l’élection de Trump et celui-ci a même menacé de retirer les États-Unis de cette organisation si les membres européens ne se pliaient pas à ses exigences financières.

L’Allemagne et les autres pays européens devraient prendre au mot le coup de bluff de Trump et lui répondre : « vas-y ! ». Car en effet la présence de troupes, de missiles (y compris nucléaires) et d’avions américains sur le sol européen ne l’est pas pour protéger les pays européens mais pour projeter l’hégémonie américaine sur ses vassaux en particulier pour qu’ils ne rétablissent pas de relations normales et naturelles avec la Russie. Les pays européens doivent protester vigoureusement contre l’augmentation des dépenses militaires qu’exige Washington de leur part car à quoi sert cette dépendance pathologique aux dépenses militaires ? À l’évidence il s’agit pour les USA de tirer parti de l’économie des pays européens pour grossir les profits des géants de l’armement américain. C’est un véritable racket adossé à l’empoisonnement des relations internationales avec la Russie et la Chine organisé dans ce seul but, afin de justifier le siphonnage de l’argent public des Européens vers les grands groupes de défense américains.

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La plus grande menace sécuritaire des pays européens est la croissance massive de la pauvreté, des inégalités et des privations selon le dernier rapport de l’OCDE. Le discours alarmiste des Américains à propos de la Russie et des autres « ennemis étrangers » est une ruse grossière pour l’utilisation abusive et obscène de l’argent public des pays européens pour engraisser le colossal complexe militaro-industriel américain qui parasite totalement la société américaine elle-même. Une contradiction hautement risible est que Trump est censé être une « marionnette russe » selon ses ennemis politiques nationaux et pourtant il fait valoir le prétexte anti-russe au nom du complexe militaro-industriel encore plus que n’importe quel autre président auparavant (voir note en fin de billet).

L’Allemagne et d’autres pays européens ont bien raison d’ignorer le diktat de Trump au sujet des dépenses de défense douteuses. L’argent serait bien mieux investi nationalement dans un développement social productif et véritablement bénéfique. On sent venir une confrontation entre l’Allemagne et les USA. L’Allemagne s’est trop longtemps laissée malmener par la « puissance occupante » américaine. Avec les humiliations insultantes de Trump cette situation n’a fait que s’aggraver. Jusqu’à quel point les Allemands peuvent-ils tolérer cet abus de pouvoir des Américains ? Et ce d’autant plus que l’opposition aux diktats américains ne fait que croître dans l’opinion publique et pas seulement en Allemagne.

Traduction d’un article de Finian Cunningham, journaliste anglais, paru sur le site informationclearinghouse.info

Illustration trouvée sur le site de Mish Shedlock : petit coup d’oeil sur le complexe militaro-industriel américain en milliards de dollars.

Note. Le rapport du procureur Mueller fait clairement mention d’aucune interférence de la part de la Russie au cours du processus des élections présidentielles américaines. L’affaire est donc close, du moins pour l’instant.