Les couples qui programment leurs ébats intimes

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C’est un article du Guardian sous la plume de la journaliste Sirin Kale qui rapporte l’habitude de certains couples de programmer leurs relation sexuelles pour préserve l’étincelle du désir ou restaurer l’intimité mise à mal par des périodes de stress, de libido trop faible ou de fatigue. Pour un couple savoir que tel jour de la semaine ils feront l’amour est un outil permettant de maintenir la cohésion qui pourrait être érodée par la monotonie et l’habitude. C’est créer dans le couple la situation de l’attente d’un rendez-vous amoureux. D’autres couples peuvent décider d’avoir une relation sexuelle seulement deux fois par semaine. Ce n’est pourtant pas l’attitude adoptée par la majorité des ménages qui restent persuadés que la spontanéité du désir est au contraire appréciable ou que plus on a de rapports sexuels plus on forme un couple épanoui. Cet a priori a cependant été dénoncé par de nombreux auteurs dont le sexologue George Loewenstein de l’Université Carnegie Mellon aux USA en analysant le comportement sexuel de 70 couples stables. Le résultat global de cette étude est résumé dans ce petit graphique :

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L’optimum de satisfaction est atteint pour une fréquence de 8 rapports par mois … Programmer les relations sexuelles au sein d’un couple n’exclut naturellement pas la spontanéité du désir …

Petite anecdote. Alors que je passais quelques mois à Koh Chang, une île située au sud-est de la Thaïlande, quelques amis me proposèrent de les accompagner pour aller en bateau dans une des petites îles au sud de la grande île où se trouve un parc national marin. Je crois me souvenir qu’il s’agissait de Koh Wai que j’on rejoignait en bateau depuis le port de Bang Bao situé au sud de Koh Chang. Dans le groupe se trouvait une Québécoise dont l’époux avait pris un autre bateau pour aller faire de la plongée alors que nous n’allions qu’observer les poissons avec un masque et un tuba. Nous buvions des bière servie par la barmaid qui était en réalité un trans-genre et la conversation dériva sur le sexe. Cette Canadienne qui, comme toutes les Québécoises n’avait pas froid aux yeux, nous annonça avec un sérieux convaincant que pour maintenir la cohésion de son couple elle offrait une petite gâterie à son époux chaque mercredi soir (comprenez : une fellation) et comme il attendait ce jour avec impatience toute la semaine il était très prévenant et bon époux attentionné car le moindre écart de langage ou de comportement durant la semaine le privait de cette « gâterie ».

Sources : doi 10.1016/j.jebo.2015.04.021 et The Guardian

Esthétique du sexe vue par une photographe britannique

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Je parcours les titres du Guardian chaque jour et je suis fasciné quand ce quotidien en ligne totalement gratuit ose aborder des sujet décapants si on est imprégné de cette morale judéo-chrétienne rétrograde qui a, pendant des siècles, rabaissé la sexualité au niveau du caniveau. Les Anglicans ont bien compris depuis le Roi Henry VIII que les prêtres étaient des hommes comme tout le monde et que par conséquent ils avaient le droit de vivre avec une épouse, copuler et engendrer des enfants, si possible dans la « position du missionnaire » afin que leur partenaire ait quelque chance d’atteindre le plaisir. Les catholiques purs et durs ont banni ces horribles turpitudes et il est arrivé ce qui était prévisible, l’épidémie de pédophilie qui ravage les prêtres condamnés au célibat et donc à la pédophilie ou à l’onanisme. De ce fait l’image de l’église catholique s’est considérablement dégradée dans l’opinion de catholiques pourtant convaincus. Pour les Anglais et encore plus pour les Canadiens les choses du sexe font partie du quotidien. Au Canada, et en particulier au Quebec, ce sont les femmes qui « chassent » et elles se moquent des a priori religieux ou moraux.

En Grande-Bretagne, le Guardian est là pour le prouver, le sexe et la sexualité occupent une position centrale qui ne doit pas être négligée par un média de grande diffusion. En définitive il n’y a que deux préoccupations majeures dans la vie quotidienne de tout individu : l’argent et le sexe. L’argent concerne la vie de tous les jours puisque ce que l’on gagne matérialisé sous forme de billets de banque est le résultat de la création de richesse par le travail qui au final nous permet de vivre, de nous nourrir, de nous loger, d’assurer notre descendance et c’est sur ce point que l’argent rejoint le sexe, la procréation. Comme n’importe quel autre animal nous sommes sur terre pour assurer la perpétuation de notre espèce et il est vain de le nier. Pour élargir ce lien entre argent et sexe, la prostitution et la grossesse pour autrui sont deux approches différents permettant de lier le sexe, l’argent et la procréation, étant entendu que les femmes ont le droit de disposer de leur corps, un droit inaliénable qui ne concerne que les individus et certainement pas les politiciens qui s’agitent périodiquement à ce sujet.

Quand Victoria Bateman donne une conférence dans la tenue d’Eve (billet du 11 février dernier) elle n’enfreint aucune loi. La photographe britannique Laura Dodsworth (illustration) a peint en photos la relation entre le sexe et l’aspect, non pas de l’acte sexuel lui-même, mais de sa véritable image anatomique, disons pour un couple normal, perçue au quotidien. Cette photographe a d’abord réalisé en quelque sorte un reportage sur les seins et il est surprenant de réalisme, jugez par vous-même avec ces trois photos :

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Puis elle s’est intéressée aux pénis et cette mosaïque est tout aussi réaliste qui aurait fait l’objet d’une éloge dithyrambique de la part de Pierre Perret :

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Pour parfaire son oeuvre Laura Dodsworth s’est alors penchée sur la vulve, vaste programme … Elle insiste sur le fait que la femme, à moins de se contorsionner ne peut pas voir son sexe et elle utilise maintenant son smart-phone pour réaliser un selfy de sa vulve – dixit Laura Dodsworth – alors que l’homme a le privilège de pouvoir contempler son « service trois pièces » en toute liberté. Cette constatation est d’ailleurs une preuve supplémentaire de la différence entre une femme et un homme. Cette artiste du 24×36 numérique n’a pu que constater l’immense diversité esthétique du sexe féminin. La perception, par l’homme, de l’esthétique intrinsèque d’un sexe de femme n’est pas objective puisqu’elle est corrompue par le fait que l’homme est aussi un géniteur soumis à ses instincts et le spectacle d’un sexe de femme éveille ces instincts. Laura Dodsworth a inclut dans cette mosaïque de sexes féminins sa propre vulve :

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Pour l’anecdote, je me souviens il y a bien longtemps m’être trouvé au bord d’une piscine avec deux femmes, la mère et la fille, et nous étions tous les trois nus pour profiter pleinement du soleil. La fille, qui de mémoire devait avoir environ 25 ans, me demanda sans aucune gène et devant sa mère, un peu amusée, en écartant légèrement ses jambes, si je trouvais son sexe agréable à regarder, si je le trouvais beau. Je signale au passage que ni la mère ni la fille ne s’épilaient. Je fus surpris par cette question car je ne prêtais pas particulièrement attention aux sexes ni de la mère ni de la fille, car, comme aurait dit Pierre Desproges, je regardais voler les papillons. Bref je ne sus pas trop quoi répondre et cette fille dit alors : « Moi je ne le trouve pas beau ».

Source et illustrations : The Guardian

Et pour approfondir la relation entre argent, bonheur et sexe, une causerie avec la sociologue Eva Illouz, d’origine marocaine, professeur à Princeton et à l’Université de Nanterre à voir absolument : https://www.youtube;com/watch?v=dTtirdyvqww

Le pari énergétique absurde et suicidaire de l’Allemagne

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Ce billet est une traduction d’un article d’Erik Kirschbaum, correspondant à Berlin du Los Angeles Times. À la suite de cette traduction je me suis permis de glisser quelques commentaires.

L’Allemagne, l’un des plus gros consommateurs de charbon du monde, fermera 76 de ses 84 centrales électriques au charbon au cours des 19 prochaines années pour être en accord avec les accords internationaux de protection du climat, selon une déclaration du gouvernement allemand datant du 26 janvier 2019. Cette annonce constitue un changement majeur pour la première économie européenne, un pays qui a été par le passé un leader dans la réduction des émissions de CO2 mais s’est retrouvé à la traîne ces dernières années et n’a pas réussi à atteindre ses objectifs de réduction de CO2. Les centrales au charbon produisent 40 % de l’électricité en légère diminution par rapport aux années précédentes. « Nous sommes arrivés à une décision historique » a déclaré Ronald Pofalla, président d’une commission gouvernementale de 28 personnes lors d’une conférence de presse à l’issue de discussions marathon pendant plus de 20 heures, le 26 janvier 2019 à six heures du matin. Ce pas en avant concluait plus de six mois de discussions houleuses : « Il n’y aura plus de centrales au charbon en 2038 » (en réalité il en restera entre 4 et 8 selon des informations plus récentes). Ce plan comprend également un investissement de 45 millions d’euros pour réhabiliter les régions productrices de charbon et il sera selon toute vraisemblance approuvé par la Chancelière Angela Merkel.

« C’est un grand moment pour la politique climatique de l’Allemagne qui redonnera à notre pays sa position de leader dans la lutte contre le changement climatique » a déclaré Claudia Kemfert, professeur d’économie énergétique au DIW de Berlin, l’institut de recherches économiques. « C’est aussi un signal fort pour le reste du monde de montrer que l’Allemagne redevient sérieuse au sujet du changement du climatique, un grand pays industriel dépendant tellement du charbon et qui a décidé de l’abandonner« . Cette décision est une suite à la précédente décision d’abandonner en totalité l’énergie nucléaire en 2022 motivée par l’accident nucléaire de Fukushima en 2011. Cette première décision avait sérieusement préoccupé les dirigeants d’entreprises car elle conduirait inévitablement à un renchérissement du prix de l’électricité et impacterait donc la compétitivité des entreprises allemandes, d’autant plus que les autres pays n’avaient pas suivi l’Allemagne dans cette décision d’abandonner le nucléaire. Jusqu’à présent 12 des 19 centrales électro-nucléaires ont été définitivement fermées.

Ces deux décisions prises à 8 ans d’intervalle signifient que l’Allemagne ne comptera que sur les énergies renouvelables en 2040 pour produire entre 65 et 80 % de son électricité. Aujourd’hui les énergies dites renouvelables représentent 41 % de la production électrique allemande ayant dépassé de peu le charbon en 2018. Par le passé les émissions de CO2 avaient chuté mais surtout en raison de l’implosion de l’Allemagne de l’Est et de son industrie très polluante. Néanmoins le pays dépend toujours du charbon pour sa production d’électricité. Les compagnies d’électricité et le patronat ont fait pression pour maintenir la production électrique à partir de charbon en particulier pour compenser la fermeture des centrales nucléaires. Directement ou indirectement il y a toujours 60000 personnes qui dépendent de l’exploitation des mines de charbon et de lignite et malgré l’abandon du charbon par l’Allemagne cette source d’énergie restera la première dans le monde encore longtemps.

La commission qui a fait cette dernière recommandation était constituée de représentants fédéraux et des régions, de représentants de l’industrie et des syndicats ainsi que de scientifiques et d’environnementalistes. Bien que s’étant considéré comme un pays leader dans le combat contre le changement climatique l’Allemagne a été contrainte d’admettre qu’elle ne pourrait pas atteindre ses objectifs de réduction des émissions de carbone en 2020 de 40 % par rapport à 1990 mais cette réduction devrait atteindre 32 % dès l’année prochaine. Comme pratiquement tous les pays du monde l’Allemagne ratifia l’accord de Paris consistant à oeuvrer afin de maintenir le réchauffement du climat bien en dessous de 2 degrés et de poursuivre les efforts pour qu’il ne dépasse pas 1,5 degrés. La planète s’est déjà réchauffée de 1 degré Celsius depuis le début de l’ère industrielle en raison de la production d’origine humaine des gaz à effet de serre. De nombreux spécialistes affirment que le monde est confronté aux conséquences de ce réchauffement : élévation du niveau des mers, ouragans plus violents et incendies de forêts.

En dépit des erreurs du passé qui avaient conduit à accuser l’Allemagne d’hypocrisie, Kemfert affirma que la décision prise à l’issue de cette réunion permettra à son pays d’atteindre l’objectif de 55 % de réduction de carbone émis par rapport à 1990 dès 2030 et de 80 % en 2050. Martin Kaiser, directeur de Greenpeace Allemagne et membre de la commission a déclaré : « C’est bien de constater que l’Allemagne a maintenant un plan pour abandonner le charbon et nous sommes en passe de devenir un pays « sans carbone » « . Il s’est aussi félicité de l’abandon de la destruction des restes de la forêt de Hambach à l’ouest de Cologne pour ouvrir une mine de lignite. Malgré cette décision des manifestants ont exprimé leur désappointement devant le Ministère de l’Industrie à Berlin au sujet de l’objectif manqué de réduction des émissions de carbone alors qu’un sondage d’opinion révélait que 73 % des Allemands sont en faveur d’une accélération de l’abandon du charbon. Les leaders de 4 régions (landers) ont été déçus par les décisions de la commission car ils n’ont pas réussi à obtenir les 68 milliards d’aide pour les compensations qu’ils réclamaient. Deux régions vont faire face à des élections difficiles et il est probable que les lands de Saxe et de Brandebourg voient l’émergence du parti d’extrême droite Alternative for Germany (AfD). Cette feuille de route sera réexaminée tous les 3 ans, selon la décision de la commission, et les dates arrêtées pour les objectifs fixés pourraient être repoussées. Ces objectifs sont considérables. Dès 2022 une capacité de 12,5 gigawatts sera arrêtée, le quart de la production électrique à partir du charbon, soit 24 centrales électriques et en 2030 seules 8 centrales devraient encore être opérationnelles pour une puissance de 17 gigaWatts.

Commentaires. Outre le fait que cet article est un pamphlet « climato-réchauffiste » – inutile d’épiloguer ici, ce sera l’objet d’un prochain billet – il révèle que, sous la pression des écologistes et le parti des Verts, emmenés par Greenpeace, l’Allemagne a tout simplement décidé de se suicider économiquement. Prendre des décisions aussi radicales alors qu’il n’existe encore aucune technologie de stockage de l’électricité fiable hormis le pompage-turbinage de l’eau qui reste très limité est absurde. L’exemple des Nouvelles-Galles du sud, de l’Australie du Sud et de l’Etat de Victoria en Australie est révélateur. Les milliers d’éoliennes installées un peu partout dans ces deux Etats n’ont pas été capables d’alimenter les conditionneurs d’air ces dernières semaines – c’est vrai et c’est caricatural – et les Australiens subissent des black-out à répétition depuis le début de l’été austral.

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Par exemple l’unité de stockage d’Elon Musk installée à Hornsdale en Australie du Sud d’une capacité de 100 MW ne peut en pointe délivrer que 129 MWh et ceci pendant une durée limitée à 80 minutes ! C’est vrai aussi et c’est tout aussi caricatural. Or les moulins à vent installés à proximité atteignent difficilement leur pleine production que 28 % du temps. Et c’est ce qui provoque les coupures intempestives car dans la réalité, pour cette seule installation, il a chroniquement manqué 657 MWh qui auraient du être injectés chaque jour sur le réseau au cours du mois de janvier 2019 afin d’assurer la stabilité de ce dernier.

La situation en Australie du Sud préfigure celle que connaîtra l’Allemagne dans peu d’années à moins de réaliser des investissements pharaoniques dans le stockage des énergies intermittentes dites « renouvelables ». L’installation de Hornsdale a coûté au contribuable australien la coquette somme de 150 millions de dollars (AUD). Combien faudra-t-il d’installations de ce type en Allemagne pour assurer un début de stabilité du réseau électrique lorsque la production électrique dépendra pour 80 % des énergies éoliennes et solaires ? Nul ne le sait. Le journaliste du LA Times s’est bien gardé de mentionner ce problème qui selon toute vraisemblance n’a pas été abordé par cette commission gouvernementale. Enfin, l’autre lubie des « Verts » est la smart-grid, le réseau intelligent comportant au pied de chaque éolienne une batterie de stockage de la taille d’un gros réfrigérateur ou alors chez chaque particulier une batterie murale de la taille d’un grand téléviseur pour la modique somme de 7800 euros, chaque consommateur particulier participant à l’élaboration de cette smart-grid. On en est loin. Entre le rêve et la réalité il y à un abysse.

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Enfin le carburant diesel ayant été banni par les mouvements écologistes il faudrait que le gouvernement allemand se pose la vraie question pour sauver son industrie automobile qui s’apprête à se reconvertir aux véhicules électriques puisque le marché du diesel va s’effondrer. Avec une production électrique majoritairement peu fiable comment les Allemands feront-ils pour recharger les batteries de leur voitures électriques fabriquées par Daimler ou Audi ? Je suggère au gouvernement allemand de bien étudier ce problême.

Source et illustration : Los Angeles Times, article d’Erik Kirschbaum du 26 janvier 2019. Autres données relatives à l’Australie : notalotofpeopleknowthat.wordpress.com

La Vie en Rose …

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Lorsque j’écris un article sur ce blog je me réfère dans la très grande majorité des cas à une étude scientifique ou éventuellement à un autre billet paru sur un site que je considère comme étant sérieux. Mes lecteurs se sont rendus compte que j’aborde souvent des sujets concernant divers aspects de la sexualité et ces billets ne provoquent que très peu la verve de mes lecteurs commentateurs alors que la moindre note relative à la « crise » climatique est l’occasion d’un véritable forum d’opinion. Et pourtant la sexualité, comme l’argent, est au centre de la vie, personne ne peut le nier …

C’est en lisant un article paru sur Le Temps de Genève, quotidien qui n’a rien d’un tabloïd de caniveau, intitulé Peut-on manipuler les hormones de l’amour que m’est venue l’idée de disserter sur le lien entre amour et sexe que ce soit du point de vue de la femme ou de celui de l’homme. Comme tous les animaux nous nous reproduisons pour perpétuer notre espèce, c’est un comportement instinctif indéniable. Cet instinct existe aussi chez tous les animaux mais ce qui nous différencie des animaux, disons les mammifères dont nous faisons partie bien que cet instinct existe aussi chez les oursins ou les nématodes, c’est notre capacité à construire des raisonnements déductifs, c’est une différence qui est une conséquence de la complexité de notre cerveau. Nous savons que nous sommes mortels et les autres animaux, y compris les grands singes l’ignorent. Nous avons donné un sens à l’amour, les chimpanzés et les bonobos, leurs cousins, ne connaissent que le sexe.

Cette capacité de raisonnement, le propre de l’homme comme le disait je crois Descartes, a malheureusement été mal appliquée en ce qui concerne l’amour et le sexe, du moins sur le plan strictement sémantique. Dire qu’on « fait l’amour » parce qu’on aime est une désolante confusion de mots. L’acte sexuel dont la finalité est la reproduction n’a rien à voir avec l’amour. L’amour, allez je vais mettre un grand A, l’Amour, c’est un sentiment et le sexe est un processus très prosaïquement chimique. L’article de Camille Destraz, journaliste du Temps, publié en 2017 commence ainsi :

« Edith Piaf n’en avait peut-être pas conscience, mais ce qui lui faisait voir la vie en rose quand « il » la prenait dans ses bras et qu’il lui parlait tout bas, c’était un shoot de phényléthylamine ou une libération massive d’ocytocine ».

La phényléthylamine est un neuro-transmetteur qui est produit dans le cerveau à partir de l’acide aminé phénylalanine et elle provoque une sensation de besoin de récompense accompagnée d’une hyperactivité, pour faire court. La durée de vie de la phényléthylamine est très courte, quelques dizaines de seconde mais elle provoque la production de dopamine, un autre neuro-transmetteur puissant et structuralement très proche. L’une des conséquences de la production massive de dopamine est la somatisation dans le cortex frontal de ce besoin de récompense qui ne va pouvoir être satisfait que par le plaisir que procure l’acte sexuel, d’où l’amplification de ce désir de récompense qui conduit les partenaires à ce que les sexologues appellent les préliminaires comme par exemple un échange de baisers. D’ailleurs le baiser « amoureux » est aussi le propre de l’homme car aucun primate ne connaît ce comportement. Et alors la libération de l’ocytocine stockée dans des terminaisons neuronales de l’hypophyse provenant de l’hypothalamus provoque ce que l’on a coûtume d’appeler l’amour, en réalité la conséquence d’un processus chimique complexe dont le contrôle nous échappe totalement, et ce dès le début.

Etant ancien biologiste et ayant acquis dans le passé une solide expérience des femmes, je me suis toujours demandé si c’est la poule qui a fait l’oeuf ou l’oeuf qui a fait la poule, traduit dans le contexte du présent billet : si c’est du sexe que naît le sentiment amoureux ou si c’est le contraire. Cette réflexion fait donc ressortir deux aspects de la confusion entre amour et sexe, un acte que l’on appelle stupidement « faire l’amour ». Cette incertitude est exacerbée par le fait que l’amour-sentiment sans sexe c’est réservé aux curés, il n’y qu’à constater les dégats sociétaux des scandales de pédophilie qui n’ont eu de cesse de dégrader l’image de l’Eglise catholique dans le monde entier. D’ailleurs ceci prouve bien que l’homme est soumis à la chimie de son cerveau y compris les curés catholiques. Cet aparté mis à part il me paraît difficile d’imaginer qu’un couple hétéro- ou homo-sexuel puisse vivre une véritable histoire d’amour sans sexe. A contrario, le sexe sans amour ni émotion est réservé aux prostituées qui non seulement n’ « aiment » pas leur client mais n’éprouvent aucun plaisir lorsqu’elles exercent leur métier, par ailleurs très respectable. Que mes lecteurs ne se méprennent pas je n’ai jamais fait appel aux services de cette corporation « méprisée par les flics » (dixit Brassens).

Donc le sexe c’est de la chimie et l’amour-sentiment résulte au contraire d’un exercice cérébral avec une conotation inévitablement sexuelle qui permet au sentiment amoureux de perdurer. Est-ce la poule qui a fait l’oeuf ou le contraire, difficile de conclure puisque ces neuro-transmetteurs et l’ocytocine ont eux-mêmes un effet sur le cortex frontal, siège de toute réflexion chez l’être humain. Alors est-il possible comme le questionnait cet article de Temps de manipuler la chimie du cerveau ? Selon une sexologue et thérapeute de couple suisse (Anouk Truchot) « au fil des années l’hormone d’attachement (l’ocytocine) se renforce. On se sent bien quand le système limbique est calme, quand l’autre fait que la relation est nourrie. Le sentiment de sécurité libère l’ocytocine. Notre petit jardin relationnel doit être jardiné !  » Et elle ajoute :  » les petits riens qui font que l’on se sent aimé et en sécurité, le contact physique, les paroles valorisantes, le temps de qualité passé avec l’autre, les cadeaux, si si !, et les services rendus, oui ! changer les pneus de la voiture de son amoureux est une preuve d’amour. Un homme m’a dit un jour : si j’avais su pendant toutes ces années qu’il suffisait de passer l’aspirateur pour faire l’amour à ma femme … Tout est chimie et quand c’est le bon cocktail c’est bien« .

Illustration captée sur le journal Le Temps et https://www.youtube.com/watch?v=rzeLynj1GYM.

Les femmes simulent souvent (trop souvent) leur plaisir sexuel …

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Une récente étude réalisée auprès de 1683 jeunes couples hétérosexuels a montré clairement deux choses qui ne demandaient d’ailleurs même pas confirmation. D’une part 87 % des hommes atteignent rapidement un orgasme lorsqu’ils font l’amour avec leur partenaire et parmi ces derniers 43 % d’entre eux sont convaincus à tort que leur partenaire a aussi fait l’expérience d’un orgasme éventuellement simultané, on peut toujours rêver … D’autre part seulement 49 % des femmes ont déclaré atteindre un orgasme régulièrement et ont déploré que leur partenaire disposait d’une méconnaissance totale de leur anatomie et ne se concentrait que sur la pénétration qui pour lui n’était que la seule façon pour elles d’atteindre le plaisir (source : Journal of Sexual Medicine, doi : 10.1016/j.sxm.2018.05.018). L’étude a suggéré que les couples devaient mieux communiquer pour améliorer la qualité de leur relation sexuelle. On ne pouvait pas conclure autrement.

Une autre étude à ce sujet a été réalisée en 2014 auprès de 481 étudiantes d’une grande université de Pennsylvanie recrutées par des professeurs de la faculté de psychologie sur le campus. Ces étudiantes, hétérosexuelles, devaient satisfaire deux critères : avoir des relations sexuelles régulières mais aussi avoir été confrontées à plusieurs occasions à simuler un orgasme avec leur partenaire. Le but de cette étude était de classer les motivations des femmes les conduisant à ce type de comportement. Elles devaient classer la qualité de leurs relations sexuelles en termes de satisfaction sur une échelle de 1 à 5, c’est-à-dire de « jamais » à « toujours », qu’il s’agisse d’une relation dite normale ou de sexe dit « oral ». Diverses techniques d’analyse statistique sans paramètres de classement préalables ont permis d’éliciter quelques critères par ordre d’importance, qu’il s’agisse de sexe avec pénétration ou de sexe oral, expliquant les raisons pour lesquelles les femmes simulaient dans plus de 50 % des cas un orgasme satisfaisant.

Dans le cas d’une relation avec pénétration il s’agissait pour ce type de comportement de simulation et par ordre décroissant d’importance de tricherie altruiste, de peur de l’insécurité, de stimuler le désir de son partenaire et enfin de ne pas risquer une prochaine relation décevante. Dans le cas de la relation sexuelle orale, à peu près les mêmes critères étaient retrouvés avec en supplément la peur de révéler l’incapacité de leur partenaire à favoriser leur orgasme. Ces simulations avaient donc pour unique but d’éviter d’ouvrir un débat sur la méconnaissance de leurs partenaire masculin au sujet de leur anatomie, situation qui aurait pu mettre à mal leur relation amoureuse.

Il ressort de ces études que la majorité des hommes, du moins aux USA, ont une totale méconnaissance de l’anatomie féminine. Nombre d’entre eux ignorent l’existence du clitoris ou s’ils en ont entendu parler quelle est sa localisation précise. Selon le Docteur Kate Moyle, analyste de la psychosexualité, il est préférable que les couples parlent de leur pratique sexuelle non pas quand ils sont pris par cette problématique mais à tête reposée car la simulation systématique de la satisfaction sexuelle finit tôt ou tard par une destruction du couple, toute communication devenant progressivement impossible (source : Archives of Sexual Behavior, doi : 10.1007/s10508-013-0212-z). Inspiré d’un article paru sur The Guardian. Je signale à mes lectrices qu’il existe un compte Instagram intitulé « T’a joui ? » mis en place par la journaliste parisienne Dora Moutot faisant l’éloge du plaisir sexuel féminin.

Un rôle physiologique de l’orgasme féminin ?

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Compte tenu des différences anatomiques et physiologiques évidentes entre la femme et l’homme, ce dernier – beaucoup plus que la femme d’ailleurs – a toujours tenté d’expliquer la nature de l’orgasme féminin afin de se considérer comme l’acteur principal de ce processus physiologique. Le plaisir sexuel féminin, pour certaines religions, n’a même pas lieu d’être, c’est dire à quel point il a été vilipendé au cours des siècles. Les « bons chrétiens » ne disait-ils pas il y a encore peu d’années que « une femme honnête ne doit pas avoir de plaisir« , l’orgasme masculin concrétisé par une éjaculation étant la seule forme de plaisir sexuel reconnue (par l’homme). Pour l’homme, donc, la nature même de l’orgasme féminin fut et est encore un sujet de débats dans la communauté scientifique (et au comptoir du café du commerce au coin de la rue). Il y a encore peu d’années, dans les années 1970, certains médecins avaient émis l’hypothèse que les règles contenaient une substance toxique qu’ils avaient appelé ménotoxine et puisqu’elle provoquait le flétrissement des fleurs (vraiment n’importe quoi …) l’homme courait un réel danger en voulant avoir un rapport sexuel avec une femme qui avait ses règles. Je n’invente rien c’est écrit en toutes lettres dans un article du Guardian !

Lien : http://www.mum.org/menotox.htm

La question centrale que les physiologistes (surtout masculins) se sont posé est l’utilité de l’orgasme féminin. S’il ne fait aucun doute qu’en ce qui concerne l’homme il est lié à la contraction des minuscules muscles des vésicules séminales pour expulser le sperme, dans la même problématique l’homme a tenté de lier l’orgasme féminin à ce qu’il a appelé pompeusement et par une sorte de mimétisme une éjaculation vaginale. En toute logique ce serait pour faciliter la pénétration du pénis or les physiologistes se sont rendu compte finalement que persévérer dans cette direction de recherche était erroné à moins qu’une relation sexuelle (hétérosexuelle) suive un protocole bien défini comme cela fut magnifiquement illustré dans le fameux film de Robert Mulligan « Un été 42 » : les préliminaires … Donc les physiologistes ont réalisé une étude minutieuse avec le lapin, un animal de laboratoire dont la femelle présente la particularité d’être sexuellement réceptive quel que soit son stade hormonal reproductif. Pour expliquer en effet un trait particulier apparaissant au cours de l’évolution il est judicieux d’étudier d’autres animaux placentaires afin de faire la part entre le rôle de l’orgasme de la femelle dans le processus de reproduction en liaison avec celui du mâle qui est crucial pour la transmission du sperme et donc de déterminer la signification de ce trait plutôt que son origine au cours de l’évolution. Cependant le choix du lapin pour de telles études apparut inapproprié car ces mêmes physiologistes ont constaté un peu trop tard que la lapine possédait effectivement un clitoris mais que celui-ci se trouvait à quelques millimètres à l’intérieur du vagin.

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Deux constatations ont finalement abouti à une explication physiologique de l’orgasme féminin. D’une part le clitoris est plus éloigné de l’orifice vaginal chez la femme que chez tous les autres primates et la confirmation relativement récente de la présence des corps caverneux du clitoris entourant l’entrée du vagin a permis d’envisager une éventuelle relation entre la pénétration du pénis et l’orgasme féminin. D’autre part, et ce trait est commun chez tous les animaux placentaires, l’orgasme féminin provoque une véritable inondation de l’organisme par de l’ocytocine, une hormone neuro-hypophysaire essentielle pour l’ensemble du cycle de reproduction.

Chez les lapins par exemple mais plus encore chez les félins l’orgasme de la femelle au cours d’une copulation stimule l’ovulation alors qu’elle est spontanée chez une grande majorité d’autres mammifères placentaires car l’ovulation est corrélée au cycle hormonal lié à l’ovulation. S’il est très difficile sinon impossible d’identifier un orgasme chez les femelles d’animaux la fonction de l’orgasme chez la femme a évolué vers le seul plaisir sans qu’il ait une signification physiologique majeure. Comme le dit le Docteur Elisabeth Lloyd, biologiste à l’Université de l’Indiana, je cite : « l’orgasme féminin est un fantastique bonus, même s’il a perdu toute sa signification au cours de l’évolution« .

Reste la question des orgasmes multiples dont seulement entre 14 et 16 % des femmes déclarent être les bénéficiaires. Des études récentes ont montré que ces femmes, pour ainsi dire privilégiées, ont une activité cérébrale au niveau des ondes alpha différente de celle des femmes ne faisant l’expérience que d’un seul orgasme et parfois difficilement. Chez ces femmes ces ondes alpha sont significativement plus lentes. Aucune explication satisfaisante n’a pu encore être apportée à cette observation. De là à prétendre que l’orgasme féminin est plus cérébral que physique il n’y a qu’un pas que pour ma part je refuse de franchir mais qui l’a été par de nombreux hommes et en particulier les médecins généralistes qui se sont spécialisé dans la gynécolobie et l’obstétrique.

Les physiologistes sérieux considèrent définitivement que l’orgasme réside dans une sensibilité du clitoris exacerbée par un afflux de sang lors de la stimulation sexuelle et que l’existence du point G (point de Gräfenberg) justifiant une origine vaginale de l’orgasme est un pur fantasme masculin monté de toute pièce par les hommes pour justifier le fait que la pénétration du pénis est indispensable pour que la femme atteigne un orgasme, encore une attitude totalement erronée de l’homme face au mystère de l’orgasme féminin. Et pour cause la pénétration met en contact l’os pubien de l’homme avec son homologue féminin. Or ce contact entraine naturellement une stimulation du clitoris pouvant parfois conduire à un orgasme chez la femme … Messieurs cessez de vous sentir maîtres dans ce domaine du mystère de l’orgasme féminin, vous n’êtes qu’un acteur subalterne le plus souvent inexpérimenté que ne recherche que son propre plaisir.

Inspiré d’un article paru dans le Guardian (première illustration) et aussi

https://doi.org/10.1002/jes.b.22690 , doi : 10.1007/s00192-012-1831-y , autre illustration : Meg Ryan dans le film « Quand Harry rencontre Sally » (capture d’écran).

Note à l’intention de mes fidèles lecteurs. Comme ce billet suscitera de nombreuses remarques et qu’en cette période estivale bon nombre d’entre vous ont d’autres préoccupations, durant les 4 semaines à venir je ne mettrai en ligne un billet que tous les deux ou trois jours. Bonnes vacances à tous et merci pour votre assiduité.

Au Rwanda, le plaisir féminin est le ciment du couple

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Dans ce petit pays d’Afrique de l’Est, le plaisir féminin est considéré comme la garantie de l’union des foyers. Le kunyaza et le gukuna, deux traditions érotiques, sont transmises de génération en génération … 

Il y a très longtemps au Rwanda, une reine se languissait de son époux retenu loin d’elle par la guerre. Eperdue de désir, elle ordonne à un esclave de la rejoindre dans sa chambre. L’homme s’exécute, mais il est tétanisé à l’idée du sort qui l’attend, si le roi ne venait à découvrir l’affaire à son retour. Tremblant de tout son corps, il ne parvient pas à pénétrer la souveraine. Mais son sexe, en frottant contre les lèvres et le clitoris de la dame, provoque un jaillissement de plaisir.

Cette histoire qui se raconte de père en fils et de mère en fille au Rwanda, est à l’origine d’un véritable culte de la femme fontaine, popularisé hors des frontières du pays par le documentaire « L’Eau Sacrée » du Belge Olivier Jourdain (2016). C’est sur cette légende que repose la pratique du kunyaza, un acte sexuel voulant que l’homme caresse le sexe de la femme à l’aide de son pénis pour «faire jaillir l’eau», et qui s’enseigne comme l’un des piliers du mariage.

«Nous aidons les couples à améliorer leur sexualité»

C’est du moins ainsi que Fanny, 32 ans, infirmière et animatrice de radio, le présente: «Le kunyaza unit les familles et chasse le désordre dans les foyers.» Sur les ondes de Flash FM, la jeune femme contribue à l’émission de sa sœur Vestine Dusabe, Zirara Zubakwa, que l’on peut traduire par «construire les ménages pendant la nuit». Un show devenu, en l’espace d’une quinzaine d’années, un rendez-vous très populaire au Rwanda. «La semaine, nous parlons de relations, de mariage et luttons contre la violence faite aux femmes. Et, tous les vendredis à 1h du matin, lorsque les enfants sont couchés, nous aidons les couples à améliorer leur sexualité. Nous leur expliquons, par exemple, comment avoir de bons préliminaires», explique la jeune femme enceinte de son sixième enfant, à un mois du terme.

« Tout le Rwanda écoute notre émission. Et, pendant que nous parlons de théorie, les couples pratiquent dans leur chambre à coucher ».

– Fanny, infirmière et animatrice de radio

Installée dans son fauteuil, elle affirme sans ciller: «Tout le Rwanda écoute notre émission. Et, pendant que nous parlons de théorie, les couples pratiquent dans leur chambre à coucher.» Pas question cependant de prôner une sexualité libérée du mariage: «Ce n’est pas conforme à notre culture. Nous perpétuons la tradition du kunyaza pour éviter les infidélités et préserver le couple. Car, sans entente sexuelle, pas d’harmonie.»


Au départ, ce programme radio n’était pas du goût des autorités. Les animatrices ont été priées de parler un peu moins de sexualité. «Mais, à la longue, lorsqu’ils ont constaté notre succès, ils ont changé d’avis. Depuis, l’émission a reçu des prix», affirme Fanny. Sa sœur Vestine Dusabe parcourt aussi les campagnes pour animer des ateliers sur la sexualité. A cette occasion, elle préconise une autre pratique, corollaire du kunyaza, auprès des jeunes Rwandaises: le gukuna, présenté comme une technique pour accéder au plaisir féminin.


Forme de rite de passage à l’âge adulte, cette coutume consiste à tirer sur les petites lèvres pour les agrandir. Ses adeptes lui attribuent une fonction érotique et hygiénique: en recouvrant l’entrée du vagin, la peau formerait un «rideau» censé le protéger. Les jeunes filles sont initiées au gukuna peu avant la puberté par des femmes plus âgées de la famille, souvent une tante paternelle. Longtemps obligatoire, cette pratique pouvait conduire à la rupture d’un mariage, si l’homme découvrait que son épouse n’avait pas un sexe «conforme».

Une tradition paradoxale

Le gukuna est considéré par des militants féministes et ONG internationales comme une mutilation sexuelle. «On pousse les filles à transformer leur sexe pour correspondre à une norme. Et on leur inculque plus tard que si elles n’éjaculent pas, elles sont de mauvaises femmes. Celles qui ne sécrètent pas suffisamment de liquide durant l’acte sexuel sont surnommées «roches», souligne Peace Tumwesigire, installée dans le canapé de son salon. Elle-même a été marquée par une expérience initiatique qui lui a laissé un amer souvenir: «J’avais 10 ans, ma sœur 9. Ma cousine de 26 ans nous a montré comment tirer sur nos lèvres, comme on trait une vache. C’était très douloureux. En rentrant, j’ai raconté cela à mes parents. Mon père s’est mis en colère et ma mère m’a sermonnée, m’expliquant que c’était un secret.»


D’autres femmes affirment au contraire que le gukuna possède un pouvoir libérateur, en permettant aux jeunes filles de mieux connaître leur corps et de développer leur sensualité. C’est ce que souligne l’anthropologue italienne Michela Fusaschi dans un essai sur cette tradition. Le gukuna a résisté à la colonisation et sa diabolisation par l’église catholique, qui l’assimilait à la masturbation et à la dépravation. Il tend à perdre son importance aujourd’hui. Beaucoup de jeunes femmes la perçoivent comme une coutume désuète. Mais l’émission très populaire Zirara Zubakwa suscite un nouvel engouement autour du plaisir féminin.

Article paru sur Le Temps (Genève). Autres liens :

https://en.wikipedia.org/wiki/Kunyaza

https://en.wikipedia.org/wiki/Labia_stretching

https://youtu.be/51PYJIcNQzg