Néonicotinoïdes et abeilles : l’ambiguïté persiste

Alors que j’avais alerté les lecteurs de mon blog sur les errements idéologiques du gouvernement français au sujet de l’interdiction des néonicotinoïdes pour la prévention des ravageurs sur les cultures de betterave sucrière en France (billets des 3 août et 1 octobre de cette année) ce gouvernement a accordé une autorisation spéciale aux producteurs de betteraves français après avoir pris conscience que la totalité de la filière risquait de disparaître. Je ne suis toujours pas certain que les députés, les sous-secrétaires d’Etat et autres conseillers de divers comités théodules gravitant autour du gouvernement aient pas pris conscience de la gravité de leurs décisions ni du caractère brouillon et irréfléchi de leurs décisions. Ont-ils fini par reconnaître qu’ils avaient commis une immense erreur qui les décrédibilise totalement non pas seulement auprès des « betteraviers » mais également auprès de l’opinion publique ?

Cette erreur est la conséquence d’une totale méconnaissance de l’agriculture dans son ensemble et en particulier de la culture des betteraves. Sous le faux prétexte que les néonicotinoïdes sont dangereux pour les abeilles pollinisatrices, j’y reviendrai, l’ignorance de tous les pitres qui gravitent autour des ministères est flagrante : les betteraves sont des plantes dont le cycle de croissance (ou de vie, comme vous voudrez) est de deux ans. La première année cette plante se consacre entièrement à une croissance végétative pour produire une racine riche en sucres. Elle ne fleurira que la seconde année si elle n’est pas arrachée pour la récolte. Voilà l’erreur du gouvernement dont la faculté de jugement a été obscurcie par des idéologues opposés à tout traitement chimique des cultures car cette pratique est préjudiciable à l’équilibre des écosystèmes. Dans le cas de la betterave à sucre de quel écosystème s’agit-il puisque la plante ne fleurit pas et ne peut donc pas attirer les insectes pollinisateurs dont les abeilles font partie ? L’utilisation des insecticides par les betteraviers est néanmoins vitale pour détruire les attaques de pucerons vecteurs du virus de la jaunisse ainsi que d’autres ravageurs comme certains coléoptères.

Les entomologistes étudiant les abeilles (Apis mellifera) ont certes reconnu que les insecticides tels que les néonicotinoïdes étaient toxiques pour ces insectes irremplaçables mais ils ont considérablement modéré leurs jugement après avoir découvert que les abeilles, comme l’homme, étaient sensibles à de nouvelles maladies émergentes, outre celles déjà identifiées comme le Varroa et l’Acarine. Ces spécialistes ont identifié ces dernières années pas moins de 12 virus différents mortels pour les abeilles. Le réservoir de certains de ces virus est le Varroa. La dernière invasion virale en date est le virus de la paralysie chronique de l’abeille (CBPV, Chronic Bee Paralysis Virus), un virus à ARN dont le réservoir semble être la fourmi. La progression de ce virus est constante en Europe depuis son apparition à la fin des années 2000, l’épicentre se situant, pour l’Europe, en Slovénie. Toutes les attaques virales dont sont victimes les abeilles tend à relativiser l’impact des insecticides, dont les néonicotinoïdes. Il faut donc raison garder mais la plus grande menace pour les abeilles reste paradoxalement la mondialisation de leur commerce. En effet, il existe des pays importateurs d’abeilles et les exportateurs répondant à la demande croissante sont malheureusement peu scrupuleux ou ne disposent pas des infrastructures pour vérifier l’état sanitaire des ruches exportées. Pour déterminer si une ruche est porteuse d’un virus il est nécessaire de faire appel aux derniers outils de la biologie moléculaire dont l’amplification du matériel génétique par RT-PCR qui permet d’obtenir un diagnostic rapide et non équivoque. Dans le cas de la Grèce, pays gros exportateur de ruches, les services vétérinaires sont inexistants ou très mal équipés pour ce genre de diagnostic. L’état sanitaire des abeilles devra à l’avenir être étroitement surveillé si on veut éviter des pandémies virales de l’abeille à l’échelle mondiale. Ça ne vous rappelle rien ?

Sources : diverses dont doi : 10.1038/s41467-020-1519-0

Retour sur la betterave à sucre : le cas de l’Alberta

Alors qu’en France le gouvernement aux ordres des écologistes a fini par comprendre que les néonicotinoïdes utilisés pour protéger les champs de betteraves à sucre des ravageurs tels que les pucerons ne risquaient pas de tuer les abeilles puisque les betteraves ne fleurissent pas avant la récolte, les betteraviers de l’Alberta, Canada, se frottent les mains pour une toute autre raison. Ils se réjouissent non pas de voir la concurrence française sur le marché du sucre vaciller en raison des décisions stupides du gouvernement français mais parce qu’ils ont compris que la culture de la betterave était un formidable « puits » de carbone. L’association des producteurs de betteraves de l’Alberta (ASBG, Alberta Sugar Beet Producers) a conclu un pacte « ESG » pour réduire leur impact carbone sur l’environnement. L’utilisation de variétés de betteraves génétiquement modifiées pour résister au glyphosate ou d’autres herbicides a permis de réduire les labours de désherbage comme c’est le cas en Europe (et pas seulement en France). Par conséquent les émissions de carbone pour ce poste ont été réduites.

Les betteraviers ont eu la surprise de constater que depuis 30 ans, tous intrants égaux par ailleurs, les rendements ont augmenté de près de 60 %, les teneurs en sucre restant constantes. Entre 2010 et 2019 les rendements par hectare sont passés de 47 à 75 tonnes. Ces données se traduisent par le tonnage en sucre par hectare : celui-ci est passé de 7,1 à 11 tonnes selon les données publiées dans le dernier rapport de l’ASBG. La capture de carbone par la betterave pouvant être mesurée directement sur la base du sucre produit, celle-ci a augmenté de 55 % depuis 2010. Comme pour tout végétal la croissance dépend de la teneur en CO2 dans l’atmosphère. Or entre 2010 et 2019 cette teneur est passée de 390 à 405 ppm (Nasa, Mauna Loa, Hawaii) soit une augmentation de 3,8 %. Comment la betterave, un excellent puits de CO2 avec la canne à sucre ou encore le palmier à huile, n’en déplaise aux écologistes, a-t-elle pu profiter de cette augmentation de 3,8 % de CO2 pour atteindre une augmentation de 55 % de sa capacité de capture de ce même CO2. La réponse se trouve dans les paramètres de fonctionnement de la RUBISCO. Jusqu’à la révolution industrielle les plantes souffraient d’un manque de gaz carbonique. Depuis que la teneur en CO2 n’a cessé d’augmenter, essentiellement en raison du dégazage des océans provoqué par le léger réchauffement du climat, après le petit âge glaciaire du XIXe siècle, tous les végétaux ont retrouvé de la vigueur. Un meilleur fonctionnement de la RUBISCO a également réduit la transpiration des plantes permettant ainsi de réduire les quantités d’eau nécessaire à l’irrigation des cultures. La planète a ainsi globalement reverdi.

Ces dernières remarques au sujet de la betterave mettent en évidence la formidable capacité de résilience, donc d’adaptation, aux paramètres atmosphériques de la couverture végétale terrestre. J’en profite pour rappeler que le gaz carbonique n’est pas toxique mais au contraire un nutriment essentiel à tous le monde végétal ainsi qu’au phytoplancton, source de toute vie océanique.

Source partielle : http://www.albertasugarbeets.ca/docs/files/ASBG_Annual_Report_2019_Digital.pdf

Relire aussi sur ce blog : https://jacqueshenry.wordpress.com/2020/08/03/la-france-etait-le-premier-producteur-mondial-de-betterave-sucriere-mais-pour-combien-de-temps-encore/

Bill Gates étend son pouvoir sur la politique globale de la nutrition et de la santé

Article de Joseph Mercola paru sur le site LewRockwell.com le 22 août 2020

Note à l’intention de mes lecteurs, voir également mes notes insérées dans le texte en caractères italiques et de couleur rouge. Joseph Mercola, docteur en médecine, a dérivé au cours de sa carrière vers les médecines alternatives. Il est en outre vivement critiqué pour ses prises de positions contre les vaccins. Cependant le contenu de cet article traduit par mes soins informe sur le malaise existant aux Nations-Unis en ce qui concerne les agissements de Bill Gates au niveau de la santé, de la nourriture et de l’agriculture via sa fondation et son émanation AGRA (Alliance for a Green Revolution in Africa) dirigée par Agnes Kalibata dont la nomination en tant qu’envoyée spéciale auprès des Nations-Unies a soulevé une intense controverse dont assez curieusement les médias européens n’ont jamais fait mention. Par ailleurs je ne partage pas toutes les prises de position de Mercola ni de l’organisation Agra Watch, loin s’en faut car je préserve ma liberté d’expression.

Bill Gates a construit un empire mondial autour de ses technologies et de ses efforts «philanthropiques», dont l’ampleur devient de plus en plus claire. Sa seule richesse personnelle lui a permis de devenir une véritable superpuissance à part entière. Il est non seulement devenu le plus grand bailleur de fonds de l’Organisation Mondiale de la Santé et le tsar mondial non élu de la santé COVID-19, mais il est également un agent secret du système alimentaire mondial.

Comme le révèle le rapport d’AGRA Watch (1 et voir note ci-dessous en caractères italiques), « L’homme derrière le rideau: l’influence de la Fondation Gates sur le Sommet des systèmes alimentaires des Nations Unies », publié en août 2020, Gates exerce une puissante influence sur la politique alimentaire et agricole mondiale grâce au financement d’un grand nombre d’organisations impliquées dans le développement agricole et l’élaboration des politiques agricoles dans les pays en développement.

(Note. AGRA Watch est une organisation communautaire dont la mission est de contrer l’idéologie dominante de développement promue par les gouvernements, les grandes corporations transnationales et les acteurs philanthropiques privés dont la mission est d’étendre un modèle agricole industriel dans les pays africains avec le soutien de grandes multinationales)

Les organisations financées par Gates soutiennent l’envoyée des Nations Unies proposée par Gates

Bien que Gates ne soit qu’un individu, son influence est considérablement amplifiée par le fait qu’il finance un très grand nombre d’entreprises et d’organisations et qu’elles peuvent alors constituer un immense soutien.

Lorsque vous considérez ces longues listes d’entités, vous pensez automatiquement qu’il y a beaucoup de joueurs dans le jeu alors qu’en fait, Gates est le fil conducteur qui les commande pour la plupart sinon tous. Le rapport AGRA Watch illustre parfaitement l’histoire d’Agnès Kalibata.

Kalibata est la présidente de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA), une organisation financée par la Fondation Bill & Melinda Gates. En décembre 2019, Kalibata a été nommée envoyée spéciale au Sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires de 2021 par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

En réponse à cette nomination 176 organisations de la société civile et de groupements d’agriculteurs de 83 pays ont exhorté Guterres à retirer la nomination de Kalibata en raison de ses conflits d’intérêts manifestes avec des entreprises privées. Une deuxième déclaration, signée par plus de 500 universitaires et organisations, s’oppose également à la nomination de Kalibata et à son organisation de ce Sommet.

La Fondation Gates cherche à exercer une influence non seulement par le financement de projets et la mise en forme de l’expertise, mais aussi en finançant les plateformes de gouvernance qui déterminent la politique alimentaire et agricole comme l’a démontré Agra Watch.

Ces interventions de la société civile illustrent l’inquiétude généralisée concernant la nomination de Kalibata. Une douzaine de personnes représentant des banques de développement, des établissements universitaires et le secteur privé ont pris la parole pour sa défense. Ils ont exhorté Guterres à garder Kalabata, citant entre autres ses qualités de leader et son éthique de travail. Cependant, sur ces 12 défenseurs, «11 avaient des liens passés ou actuels avec la Fondation Gates», déclare AGRA Watch, ajoutant:

« Dans certains cas, les organisations étaient directement financées par la Fondation Gates, et dans d’autres, la Fondation Gates a financé des programmes spécifiques dans lesquels les signataires avaient joué un rôle. Une organisation a été financée par l’AGRA, elle-même financée par la Fondation Gates » :

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(Notes. IITA : International Institute for Tropical Agriculture, CIAT : Centre International d’Agriculture Tropicale, lointaine émanation du CIRAD et de l’Agence Française de Développement, AATF : African Agricultural Technology Foundation, AERC : African Economic Research Consortium, AUC : African Union Commission, ICBA : International Center for Biosaline Agriculture, CCA : Corporate Council of Africa, ADB : African Development Bank, Malabo Montpellier Panel : organisme créé à Montpellier, France, financé par la Commission européenne et réunissant des experts dans le domaine agricole d’Europe, d’Asie et d’Afrique. Il existe des liens étroits entre ce Panel aussi appelé Forum et le CIRAD (Centre International de Recherche pour l’Agriculture et le Développement), organisme français basé à Montpellier, France).

Influence indue de Gates sur le Sommet des Nations-Unies relatif aux systèmes alimentaires mondiaux

En d’autres termes, bien qu’il puisse sembler que Kalabata ait eu le soutien d’une douzaine d’individus ou de groupes séparés et indépendants, en réalité, il n’y a en réalité que deux voix qui parlent pour sa défense. C’est juste que la voix de Gates est amplifiée onze fois. De plus, son nom n’est jamais mentionné, donc pour les non-initiés, il semblerait qu’il n’ait rien à voir avec cela.

« Ces résultats illustrent l’influence de la Fondation Bill et Melinda Gates (BMGF) sur la politique alimentaire et agricole mondiale. AGRA Watch a continuellement documenté le rôle de la BMGF dans l’influence du développement agricole, influence qui a considérablement augmenté ces dernières années », écrit AGRA Watch.

« La Fondation Gates cherche à exercer une influence non seulement en finançant des projets et en façonnant l’expertise, mais aussi en finançant les plateformes de gouvernance qui déterminent la politique alimentaire et agricole. Ce rôle de la BMGF dans la conduite des décisions politiques basées sur son modèle propriétaire et technologique de développement agricole est souvent négligé…

Dans ce rapport, nous n’avons démontré que quelques-uns des liens entre la Fondation Gates et ceux qui ont soutenu la nomination de Kalibata à la tête du Sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires.

Alors que des centaines d’organisations de la société civile ont appelé à la révocation de Kalibata, seuls douze signataires étaient prêts à soutenir sa nomination, presque tous étant des bénéficiaires directs de la Fondation Gates. Cela soulève des questions cruciales sur le rôle de Bill Gates dans l’élaboration du programme du Sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires ainsi que sur ses résultats.

Le graphique ci-dessus, inclus dans le rapport AGRA Watch, illustre les liens de financement directs et indirects entre la Fondation Gates et Kalibata, l’envoyée spéciale du Sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires.

La Fondation Gates est la porte d’entrée de Monsanto

AGRA Watch a fait part de ses inquiétudes concernant l’influence de la Fondation Gates sur l’agro-industrie depuis de nombreuses années.

Par exemple, parmi ses nombreux rapports de recherche (4), il y a le rapport de 2010 « La porte tournante: Liens Monsanto-Gates » (5), qui détaille les liens directs entre la Fondation Gates et les représentants de Monsanto Rob Horsch, Florence Wambugu, Don Doering (6), feu Sam Dryden et Lawrence Kent. Un autre rapport de 2010, « Liens de la Fondation Gates avec Monsanto et le développement des cultures GM au Kenya » (7) d’Agra Watch souligne : « AGRA Watch a été créée en 2008 pour contester la participation de la Fondation Gates à la problématique « Alliance pour une révolution verte en Afrique » (AGRA) et pour soutenir les alternatives agro-écologiques durables déjà pratiquées en Afrique.

Nous avons assisté à une accélération de la pression en faveur du génie génétique (GE) en tant que « solution » à la faim en Afrique, à une criminalisation des opposants aux plantes génétiquement modifiées en tant qu’éco-impérialistes réticents à accepter les progrès scientifiques, et à une vénération déplacée pour le soutien philanthropique des solutions d’entreprise à l’échelle mondiale. problèmes alimentaires. Les intérêts des entreprises sont clairement exposés dans l’agenda de l’AGRA, comme indiqué ci-dessous :

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(Note. Personnellement je considère que les plantes génétiquement modifiées ne présentent aucune toxicité pour l’homme et les animaux. Elles sont en effet indiscernables sur le plan nutritionnel de leurs homologues non modifiés. La prise de position d’Agra Watch me semble donc injustifiée. La diabolisation de Monsanto construite par les organisations écologistes ultra-politisées a donc des retombées à moyen terme déplorables pour la production d’aliments de base avec une réduction significative des pesticides, en particulier favorisée avec les plantes de grande culture dites « Bt ». La controverse au sujet des plantes génétiquement modifiées s’est amplifiée lorsque ces mêmes organisations non-gouvernementales ont avancé l’argument d’un effet nocif de ces plantes génétiquement modifiées sur la biodiversité. Cet argument n’est appuyé sur aucune observation sur le terrain. Il n’y a donc pas de preuves scientifiques au sujet de cet effet supposé des plantes génétiquement modifiées).

La Fondation Gates n’est pas là pour résoudre les problèmes du monde réel

Dans son rapport de 2014 (8) « Trois exemples de problèmes avec les subventions de la Fondation Gates », AGRA Watch souligne pourquoi les investissements massifs de Gates dans la production alimentaire mondiale n’ont pas réussi à résoudre les problèmes très réels auxquels nous sommes confrontés. D’abord et avant tout, bon nombre des solutions qu’il soutient sont des « solutions de pansement » qui en fait aggravent les problèmes fondamentaux.

Les exemples incluent le financement du développement d’aliments génétiquement modifiés conçus pour être plus riches en certains nutriments. Le problème est que ces cultures finissent par remplacer la diversité locale par quelques variétés GM qui ne tiennent même pas compte des conditions locales. Ainsi, en poussant pour des variétés de cultures «fortifiées», la malnutrition s’aggrave en fait, car la biodiversité est réduite (cf. ma note plus haut).

Deuxièmement, « une focalisation obstinée sur le rendement » est en contradiction avec la recherche montrant qu’un rendement faible ou une production insuffisante ne provoque pas la faim dans le monde. « Il existe aujourd’hui de nombreuses preuves que le problème est plutôt la pauvreté et le manque d’accès, qui sont aggravés par la destruction des systèmes alimentaires locaux et la commercialisation des aliments », note AGRA Watch, ajoutant : « Les subventions de la Fondation Gates et de l’AGRA continuent de se concentrer sur le rendement, préparant l’Afrique à un système adapté aux besoins de l’agriculture commerciale à la recherche de profits et axée sur le rendement plutôt que sur le petit paysan ou le petit agriculteur produisant des cultures diverses pour une communauté locale ».

Un troisième problème mis en évidence dans le rapport est le financement par Gates d’organisations de recherche et de scientifiques européens et américains plutôt qu’en Afrique, même si les programmes sont mis en œuvre en Afrique. Selon AGRA Watch, « cela peut ne pas être le résultat d’intentions conscientes, mais d’un biais structurel profondément ancré qui rejette les scientifiques africains et les institutions scientifiques comme n’étant pas suffisamment qualifiés ou légitimes pour recevoir des subventions.

Spécialité de Gates: Philanthrocapitalisme

Des observations supplémentaires peuvent être trouvées dans l’article d’AGRA Watch (9) « Philanthrocapitalism: The Gates Foundation’s African Programs Are Not Charity », publié en décembre 2017, dans lequel le philanthrocapitalisme est décrit comme « une tentative d’utiliser les processus du marché pour faire le bien », mais qui est intrinsèquement problématique « car les marchés sont mal adaptés pour produire à des fins socialement constructives ».

En d’autres termes, la marque philanthropique de Gates crée plusieurs nouveaux problèmes pour chacun de ceux qu’elle résout. Comme indiqué dans l’article, les partisans du philanthrocapitalisme : «… S’attendent souvent à des rendements financiers ou à des avantages secondaires à long terme de leurs investissements dans les programmes sociaux. La philanthropie devient un autre élément du moteur du profit et du contrôle des entreprises. La stratégie de « développement » de la Fondation Gates promeut en fait les politiques économiques néolibérales et la mondialisation des entreprises : Il est… probable que Bill Gates, qui a régulièrement accès aux dirigeants mondiaux et qui finance personnellement des centaines d’universités, d’organisations internationales, d’ONG et de médias, soit devenu la voix la plus influente du développement international ».

Un examen plus approfondi de la BMGF est essentiel étant donné que son influence est vaste, voire supérieure à celle de la plupart des gouvernements donateurs. La BMGF fournit plus d’aide à la santé mondiale que n’importe quel pays donateur et est le cinquième plus grand donateur à l’agriculture dans les pays en développement. En 2013, seuls 11 pays ont dépensé plus en aide que la BMGF, ce qui en fait le 12e plus grand donateur au monde. La Fondation Gates est devenue un donateur plus important que des pays comme la Belgique, le Canada, le Danemark, l’Irlande et l’Italie (10).

Le plan médical de Gates : immunisation et surveillance de masse.

L’une des raisons pour lesquelles beaucoup prennent maintenant conscience de la puissance de Gates c’est à cause de ses fréquentes apparitions en tant qu’expert du virus SARS-Covid-19. C’est un choix étrange, compte tenu de son manque complet et total de formation médicale formelle. C’est particulièrement déconcertant à la lumière de la façon dont les opinions des médecins, des scientifiques primés et des chercheurs qui sont en conflit avec ses opinions sont effacées d’Internet (voir le lien en fin de billet).

Gates a déclaré à plusieurs reprises que la vie ne peut pas revenir à la normale tant que nous n’avons pas vacciné toute la population mondiale contre le COVID-19 (lien). Ceci, malgré le fait que les scientifiques et les chercheurs médicaux aient découvert une variété de stratégies sûres, simples et peu coûteuses pour prévenir et traiter le COVID-19. Le fait que les opinions irrationnelles et scientifiquement erronées de Gates façonnent les réponses aux pandémies dans le monde entier alors que les vrais professionnels de la santé sont censurés par les médias grand public et les plateformes de médias sociaux est la preuve que nous ne fonctionnons plus à partir d’une base de science et de vérité médicale (cf. un précédent billet de ce blog au sujet de Nietzsche).

Au lieu de cela, le monde entier devrait s’aligner sur le programme égoïste créé par Gates et ses nombreux alliés dans la technologie et la médecine. Dans un article de GatesNotes du 30 avril 2020 (11,12) Gates déclare même qu’il « pressent que le vaccin COVID-19 fera partie du calendrier de vaccination systématique des nouveau-nés » – un joli petit morceau de programmation prédictive.

Remarquez que les vaccins à ARNm en cours de développement contre le COVID-19 modifieront votre expression génétique, transformant votre corps en une usine à protéines virales. Est-il vraiment sage d’envisager d’utiliser un vaccin aussi nouveau sur les nouveau-nés ? Dans un monde sain et rationnel, la réponse serait un non catégorique. Malheureusement, nous vivons maintenant dans un monde dirigé par des crétins comme Gates, et donc la raison et la logique ont largement disparu de l’équation.

(Note. Les vaccins à ARNm (ARN messager), s’ils ne sont pas dégradés à leur point d’injection ou dans le sang, sont censés promouvoir la synthèse d’une ou plusieurs protéines virales par la machinerie de synthèse cellulaire. Cet ARNm peut être également intégré dans l’information génétique d’un autre virus non pathogène pour l’homme. L’un des problèmes de ce type de vaccin est le devenir de cet ARNm dans l’organisme humain. Normalement il est dégradé par la cellule une fois sa fonction terminée, c’est-à-dire la synthèse d’un ou plusieurs exemplaires de la protéine en question. Les modes d’administration de cet ARNm, sa persistance dans l’organisme selon le mode de préparation, par exemple micro-encapsulation avec des nano-particules de lipides et le taux de synthèse de la protéine virale ainsi que la réponse immunitaire associée demandent plusieurs mois sinon années pour être certain de son efficacité et qu’il n’apparaît pas d’effets secondaires néfastes. Je suis donc pessimiste quant à l’apparition d’un vaccin dans les prochains mois. À ce jour le seul vaccin à ARNm en cours d’essais cliniques de phase III est un vaccin dirigé contre le virus de la rage et utilisant cette technologie développé par le laboratoire allemand CureVac AG (lien), entreprise figurant sur la liste des sociétés soutenues financièrement par la MBGF).

Dans la dialectique hégélienne qui expose la démarche « problème-réaction-solution », le virus du COVID-19 a conduit à des réponses à la pandémie illogiques et mal conçues telles que l’obligation de porter un masque et l’assignation à résidence de personnes en bonne santé, suivies de la « solution ultime » d’un vaccin préparé à la hâte en utilisant la nouvelle technologie d’ARNm. Aussi radical que cela puisse paraître, les plans de Gates pour le monde ne s’arrêtent pas ici. Il fait également pression pour la mise en œuvre d’un vaste système de surveillance au niveau mondial pour suivre et retracer l’infection et le statut vaccinal de chacun. Il finance même le groupe de recherche de contacts Partners in Health, avec George Soros. (La Fondation William J. Clinton a également financé Partners in Health dans le passé (13)).

Sans surprise, les recommandations de Gates finissent par profiter surtout à lui-même. Comme indiqué dans « Bill Gates – Le philanthrope le plus dangereux de l’histoire moderne ? » la Fondation Bill & Melinda Gates fait don de milliards de dollars aux mêmes entreprises et industries dans lesquelles la Fondation détient des actions et des obligations.

Utiliser de l’argent à but non lucratif pour faire progresser la recherche dans les entreprises dans lesquelles vous investissez en actions est illégal, mais Gates s’en tire depuis de nombreuses années. En même temps, sa Fondation obtient des allégements fiscaux pour les dons de bienfaisance dont elle tire de l’argent.

N’oubliez pas qu’il a «fait don» de dizaines de milliards de dollars au fil des ans, mais que la valeur nette de sa fortune n’a pas baissé – elle a doublé, et c’est en grande partie parce que ses dons sont traités comme des investissements déductibles d’impôt. C’est le philanthrocapitalisme à son paroxysme.

Gates est le principal bénéficiaire de la peur de la pandémie

La pandémie COVID-19 est sans aucun doute le plus grand projet philanthrocapitaliste de Gates à ce jour, et il a tout à gagner, car il finance et investit à la fois dans la thérapeutique et dans les vaccins COVID-19. En mars 2020, la Fondation Gates a annoncé14 un nouveau partenariats, un programme baptisé « L’accélérateur thérapeutique COVID-19 », avec Wellcome et Mastercard pour «coordonner les efforts de R&D et éliminer les obstacles au développement rapide de médicaments (en l’occurence de vaccins) ». D’après le communiqué de presse (15) :

« L’accélérateur thérapeutique COVID-19 jouera un rôle catalytique en accélérant et en évaluant des médicaments et des produits biologiques nouveaux ou réutilisés (Note. Coup d’oeil à l’hydroxychloroquine associée à l’azithromycine, réutilisés dans le cadre d’une nouvelle autorisation de mise sur le marché, mais je peux me tromper) pour traiter les patients atteints de COVID-19 à court terme et d’autres agents pathogènes viraux à plus long terme ».

La Fondation Gates s’est également associée au Serum Institute of India (SII) pour fabriquer 100 millions de doses de vaccins COVID-19 développés par AstraZeneca et Novavax. Les vaccins, qui coûteront moins de 3 dollars par dose, devraient être livrés aux pays à faible revenu (16, 17). Le financement est acheminé sous forme de prêt-subvention sans intérêt à Gavi, l’Alliance du Vaccin, fondée par la Fondation Gates en 2000, qui fournira ensuite le capital nécessaire à SII. Au cours des cinq prochaines années, la Fondation s’est également engagée à fournir à Gavi un total de 1,6 milliard de dollars de fonds supplémentaires (18).

La tentative de Gates d’améliorer l’éducation a été un échec massif

Le fait d’avoir une influence globale sur la technologie, l’alimentation et la médecine (les vaccins en particulier) ne décrit toujours pas correctement l’influence de Gates sur notre vie quotidienne. Il a également eu une profonde influence sur l’éducation. Le programme du tronc commun, très critiqué, était la tentative de la Fondation Gates de refondre l’éducation américaine (19), et la plupart des parents peuvent vous dire à quel point c’était stupide (20). (Note. Cette idée de Gates a été reprise par l’Education nationale en France en particulier. Elle a généré le désastre que l’on sait). Malgré cet échec épouvantable, le 6 mai 2020, le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, a annoncé que l’État s’associe à la Fondation Bill & Melinda Gates pour développer « un système éducatif plus intelligent pour le monde post-COVID » qui se concentrera sur l’apprentissage en ligne et qui intègrera en permanence la technologie dans tous les aspects de la vie civique (21).

L’État s’associe également à Google, et Cuomo a demandé à l’ancien PDG de Google, Eric Schmidt, de diriger un nouveau groupe de travail pour planifier l’infrastructure technologique de l’État (22) comme par exemple la réponse aux préoccupations de santé de chacun.

Gates est la figure de proue la plus visible de la technocratie moderne

Qu’elle ait été planifiée ou non, la pandémie du COVID-19 est clairement utilisée pour inaugurer des changements très controversés qui conduisent indéniablement à une construction totalitaire, y compris la prise de contrôle privée du gouvernement par le biais de partenariats public-privé. La surveillance est devenue la plus grande industrie à but lucratif de la planète et toute votre existence est désormais ciblée à des fins lucratives. Parmi ceux qui en profiteront le plus se trouve Gates lui-même.

Sources and References

Autres liens: https://articles.mercola.com/sites/articles/archive/2020/08/08/hydroxychloroquine-protocol-continues-getting-censored.aspx

https://articles.mercola.com/sites/articles/archive/2020/08/04/side-effects-of-fast-tracked-vaccine.aspx

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6963972/pdf/vaccines-07-00132.pdf

La France était le premier producteur mondial de betterave sucrière, mais pour combien de temps encore ?

L’interdiction en France de la betterave sucrière génétiquement modifiée pour résister au RoundUp a été acceptée à contre-coeur par les « betteraviers » car ils auraient pu ainsi réduire l’utilisation d’engins agricoles pour les labours de désherbage et quand l’utilisation du même RoundUp a été interdite ou est en passe de l’être il a fallu donc trouver d’autres solutions pour que cette première production industrielle agricole française puisse survivre, le désherbage étant impératif pour la bonne croissance des betteraves. L’interdiction des néo-nicotinoïdes qui date de 2018 (de mémoire) va peut-être signer l’arrêt de mort de cette industrie, car il s’agit bien d’une culture industrielle (38 millions de tonnes en 2014) faisant vivre des régions entières et près de 30 sucreries en France se trouvant toutes dans les régions productrices de betterave et de près ou de loin en amont de la production d’éthanol comme additif pour les carburants des automobiles outre le sucre de table ou à usage alimentaire.

Cette année 2020 est la première étape de la descente aux enfers de la filière sucrière française métropolitaine, la production de sucre à partir de canne étant anecdotique, car l’interdiction des insecticides néonicotinoïdes a provoqué le désastre attendu dans les régions productrices de betterave avec des baisses de rendements atteignant parfois plus de 50 %. L’attaque des champs est déjà bien visible depuis le début du mois de juillet de cette année, il s’agit de la « jaunisse » de la betterave provoquée par des virus véhiculés par des pucerons, le BYV, acronyme de Beet Yellows Virus, provoquant des dégâts très graves et de deux autres virus génétiquement proches de la famille des lutéovirus, le Beet Chlorosis Virus (BChV) et le Beet Mild Yellowing Virus ( BMYV). La présence de pucerons porteurs de virus a été confirmée dès l’automne dernier dans plus de 75 % des parcelles dans les 14 départements français couvrant l’ensemble des grandes régions betteravières françaises. Il s’agit essentiellement du puceron Myzus persicae parasitant habituellement les arbres fruitiers dont le pêcher.

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Les réservoirs à virus ne sont pas seulement les betteraves elles-mêmes mais également divers adventices aux noms poétiques comme le Mouron blanc, le Séneçon, la Capselle ou la Véronique. Or l’utilisation d’herbicides étant sévèrement règlementée et l’utilisation de néonicotinoïdes maintenant interdite, il est inutile de réfléchir trop longtemps pour comprendre que les fonctionnaires de l’administration française qui n’ont jamais mis les pieds dans un champ de betterave prennent des décisions que l’on peut qualifier de criminelles pour satisfaire les esprits dérangés des écologistes qui veulent par ailleurs, et paradoxalement, développer les « biocarburants ». En 2019 les pertes de productivité s’élevaient déjà en moyenne à 28 %. Pour l’année 2020 les prévisions varient entre 50 et 70 % de pertes. Devant l’urgence l’administration du ministère de l’agriculture français a autorisé l’utilisation d’insecticides beaucoup plus dangereux que les néonicotinoïdes comme le Flonicamide ou le Spirotétramate mais le mal est déjà là.

Interpellé au Sénat au sujet du problème de la filière bettravière française le Ministre de l’Agriculture a déclaré (je cite) : « Le gouvernement cherche une solution … La détermination est aussi forte que mon inquiétude, elle est totale pour trouver une solution… Sans aucune démagogie et avec beaucoup d’énergie ». Si tout se passe comme pour l’épidémie coronavirale on ne peut que déborder d’optimisme. Bienvenue dans une France sans agriculture, sans élevage, sans pesticides, et sans industrie … C’est bien ce que veulent les écolos ?

Source partielle et illustration : Institut Technologique de la Betterave

Une autre pandémie aux conséquences économiques désastreuses dont on parle peu.

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Quand la santé humaine est menacée à l’échelle planétaire alors la peur s’installe et la vie quotidienne devient étrangement différente surtout quand on ne dispose d’aucun moyen de lutte contre l’agent pathogène à moins d’en détecter précocement la présence à l’aide de tests et d’être traité en conséquence avec des médicaments peu coûteux bien connus. Cette situation implique la mise en place de dépistages massifs avant l’apparition d’un quelconque symptôme. Dans le cas des végétaux, également susceptibles à toutes sortes d’agents pathogènes comme les virus, les champignons et les bactéries, les symptômes peuvent être tardifs et l’épidémie, voire la pandémie, est déjà bien installée et la situation s’aggrave alors d’autant plus vite qu’il n’existe aucun moyen de lutte contre le pathogène. C’est le cas en Europe du sud avec la bactérie Xylella fastidiosa transmise non pas par projection de gouttelettes de salive depuis un malade vers un individu sain mais des insectes suceurs de sève qui inoculent les plantes avec leur salive, nous allons y revenir ci-après.

Il existe aussi un agent pathogène redoutable pour les producteurs de pommes, de poires, d’abricots, de coings, tous de la famille des Rosacées. Il s’agit de la bactérie Erwinia amylovora disséminée par des insectes pollinisateurs comme les abeilles. Ce « feu bactérien » tue un arbre fruitier en moins d’une semaine. Seuls quelques pays dans le monde ont autorisé l’utilisation d’antibiotiques tels que le chloramphénicol ou la streptomycine pour combattre le feu bactérien afin d’éviter l’utilisation massive d’insecticides. Il existe donc un traitement d’usage très limité et strictement contrôlé. En cas d’urgence économique absolue l’usage de la streptomycine pourrait être utilisé et ce serait logique puisque cet antibiotiques provient de champignons microscopiques très communs dans les sols. Cependant comme pour les bactéries pathogènes pour l’homme des résistances à la streptomycine justifient un contrôle strict de l’usage de cet antibiotique.

Revenons donc à la Xylella fastidiosa qui est en passe de ravager les oliveraies de Grèce, d’Italie, de Corse, de France, d’Espagne et du Portugal ainsi que certains vignobles dont les cépages préférés par cette bactérie sont le Pinot noir et le Chardonnay, les citronniers et dans une moindre mesure, mais on peut s’attendre à tout, les plantations de café. Il y eut il y a quelques années une alerte dans les vignobles de Bourgogne et l’insecte vecteur était la cicadelle. Le désastre économique déjà bien présent dans les pays précités est pour l’instant incontrôlable et pourrait ruiner en une décennie l’ensemble de la production d’huile d’olive d’Europe du sud. Le caractère d’urgence économique de cette pandémie s’explique par la rapidité de son expansion. Les premières atteintes aux oliviers européens ont été observées dès octobre 2013 dans le sud de l’Italie en Apulie. Deux ans plus tard la totalité de la Province de Lecce était affectée. Plus d’un million d’oliviers multi-centenaires des cultivars Cellinadi Nardo et Ogliarola salentina étaient décimés. La bactérie fut détectée sur la côte ouest de la Corse en juillet 2015 et la région de Nice en octobre de la même année ravageant également les lauriers-rose, une autre plante très sensible. En Janvier 2017 la présence de la bactérie fut signalée dans l’archipel des Baléares et en juillet elle atteignit la région d’Alicante en Espagne péninsulaire.

Le très gros problème avec cette bactérie est que, comme pour le virus qui préoccupe l’humanité entière en cette année 2020, il existe une multitude de plantes qui sont des « porteurs sains » sans aucun intérêt économique comme le laurier-rose mis à part qu’il s’agit d’un arbuste décoratif hautement toxique. Comme pour le virus qui préoccupe les politiciens en ces jours troublés la Xylella se répand par voie aérienne, non pas avec des avions mais avec des insectes suceurs de sève qui peuvent se déplacer sur de longues distances et il n’existe pas de contrôleurs aériens pour ces insectes volants à moins que l’usage d’insecticides soit autorisé dans les oliveraies. Écrire ces quelques mots, « usage d’insecticides », est contraire à la mode croissante de l’huile d’olive « bio » et les défenseurs de cette huile bio prétendent que les oliveraies dites bio sont résistantes à la Xylella, une affirmation de toute évidence grossièrement mensongère. La recherche s’oriente donc vers la création par génie génétique d’oliviers résistants à la bactérie, en quelque sorte des arbres vaccinés, alors qu’un traitement massif des oliviers avant la floraison avec des insecticides pourrait nettoyer les régions de production intensive comme en Andalousie (illustration) de tout insecte suceur de sève. Un peu d’insecticides dans ces oliveraies andalouse ne modifierait en rien le biotope semi-désertique existant.

Le résultat attendu de cette pandémie, comme pour le virus couronné millésime 2019, est une crise économique majeure dans tous les pays européens producteurs d’huile d’olive car si tous les oliviers disparaissent ce sera une perte de près de 10 milliards d’euros, des paysages ravagés et des dizaines de milliers d’emplois perdus à jamais.

Source partielle The Guardian. Illustration (oliveraies en Andalousie) Wikipedia

https://www.annualreviews.org/doi/pdf/10.1146/annurev.ento.49.061802.123403

https://www.pnas.org/content/pnas/early/2020/04/07/1912206117.full.pdf

Relire aussi sur ce blog :

https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/10/13/et-si-on-parlait-aujourdhui-de-xylella-fastidiosa/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2017/12/31/va-t-on-autoriser-les-antibiotiques-en-agriculture/

 

La culture hors-sol en milieu urbain : un rêve non rentable

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Des rangées de bok choï (chou chinois), de persil, d’estragon et de basilic joliment disposées aux côtés de dizaines de variétés de laitue poussent en harmonie sous la lueur rose de lumières LED dans une ancienne sucrerie. L’eau infusée de nutriments ruisselle sur les tours vertes, gardant les plantules hydratées et nourries. Il s’agit d’une ferme verticale intérieure techniquement avancée enfouie au fond d’un sous-sol dans un ancien entrepôt de Tate & Lyle devenu maintenant le Liverpool Life Sciences UTC.

Deux universitaires ont mis leurs ressources en commun, recruté des étudiants en doctorat et en maîtrise et cultivent la nourriture de manière hydroponique dans les tours – un concept de plus en plus populaire où les salades et les légumes à feuilles sont cultivés toute l’année dans des conditions précises dans des lits remplis de mousse synthétique empilés verticalement sans lumière du soleil ni sol naturels.

La ferme est la création de Jens Thomas et Paul Myers, tous deux issus de milieux scientifiques, qui se sont rencontrés pour la première fois lors d’une conférence puis à nouveau lors d’un cours de boxe thaï avant de décider de travailler ensemble. Ils ont fondé Farm Urban en 2014. Depuis lors, ils ont installé des systèmes dans toute la ville, notamment à l’Université de Liverpool, à l’hôpital pour enfants Alder Hey et aux jardins botaniques Ness et ont mené une série d’activités de sensibilisation du public. Leur objectif est de changer notre relation avec l’alimentation : les méthodes agricoles traditionnelles, disent-ils, et l’utilisation d’acres de terre ne sont plus « durables ». La population mondiale augmente – l’Organisation mondiale de la santé estime qu’elle atteindra 9,7 milliards d’habitants d’ici 2050, 70% des habitants vivant en zone urbaine.

Pour préserver les habitats naturels et améliorer la sécurité alimentaire mondiale, il faut une refonte complète des méthodes de production alimentaire, affirment Thomas et Myers. C’est une affirmation risquée car des projets similaires ont échoué, dont un dans le Grand Manchester. La Fondation de la Biosphère (Biospheric Foundation), basée dans un moulin sur les rives de la rivière Irwell à Salford, était censée être une ferme aquaponique urbaine de pointe, où les déchets de poisson fournissaient la source de nourriture pour les plantes en croissance, et les plantes devaient filtrer naturellement l’eau. Trois ans après son ouverture, le projet a été endetté de plus de 100 000 £ et la réputation de l’ensemble de la conception du système est partie en lambeaux.

Ces programmes de production alimentaire sont confrontés à des défis financiers très réels. Premièrement, il y a des coûts qui, s’ils ne sont pas gérés avec soin, pourraient finir par être astronomiques. Ils sont principalement associés à la consommation d’énergie requise pour maintenir un environnement contrôlé et fournir de la lumière artificielle. Il y a le problème de l’empreinte carbone de l’utilisation de grandes quantités d’énergie dans les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre. On a également critiqué ce type d’exploitations agricoles pour leur capacité à produire uniquement des légumes verts feuillus et non des cultures plus caloriques.

Pourtant Thomas et Myers insistent sur le fait que leur projet est différent. Leurs objectifs sont qualifiés d’ « hyperlocaux ». Il s’agit de démarrer une production de petite taille et susciter un intérêt commercial local croissant pour leurs produits. Leur ferme verticale actuelle, qui a été expédiée du Canada, a été payée par First Ark, une organisation d’investissement social basée à Knowsley. Le financement de 150 000 £ est en partie prêté et en partie subventionné. Thomas et Myers espèrent récupérer une partie de l’argent en vendant des caisses de salade pour 12,50 £ aux particuliers et aux entreprises, les abonnements annuels coûtant 600 £. Ils ont également lancé une campagne de financement participatif, Greens for Good, où chaque boîte de légumes verts achetée par une entreprise locale doit aussi prendre en charge une autre boîte de légumes verts allant dans une école locale. Ils ont levé plus de 17 000 £ sur leur objectif de 25 000 £.

Myers s’est intéressé à la production alimentaire tout en préparant son doctorat à l’Institut national du cancer. Des milliards sont dépensés pour la recherche sur les médicaments, mais il estime qu’il doit y avoir une approche plus globale pour examiner comment le régime alimentaire et la qualité des aliments peuvent affecter la santé. «C’est l’agriculture du futur. Sans pesticides passant directement de l’agriculture traditionnelle avec traction animale en court-circuitant celle des tracteurs qui détruit régulièrement la planète afin d’atteindre une approche plus durable », dit-il. Myers est pleinement conscient des risques de son cheminement de carrière choisi. « Oui, j’ai un peu peur – nous avons contracté une énorme dette – mais nous l’avons minimisée autant que possible humainement et maintenant il ne s’agit plus que de continuer et de travailler pour que cela fonctionne. »

Cet article paru sur The Guardian mérite quelques remarques. La culture hydroponique hors-sol n’est rentable que si elle est pratiquée en l’absence de source lumineuse artificielle ou, par conséquent, si l’énergie électrique est disponible à un coût modique. Ces genres de situations se retrouvent dans le désert du Neguev – ensoleillement abondant, donc inutilité d’un éclairage artificiel – et à l’opposé en Islande où l’électricité et le chauffage sont pratiquement gratuits. J’ai visité il y a quelques années des serres dans lesquelles étaient cultivés des légumes à feuilles en hydroponie dans un pays tropical. Pour assurer la circulation de l’eau et un éclairage d’appoint pour stimuler la croissance des plantes, l’alternance jour-nuit étant de 12 heures, ces serres étaient donc dépendantes d’un groupe électrogène puisqu’elles se trouvaient dans une zone non reliée au réseau électrique. Une aberration … Dans les propos rapportés dans cet article il y a enfin une stupidité quand l’un des objectifs de ce type de culture est de réduire les émissions de CO2 alors que de nombreux maraîchers pratiquent l’enrichissement de l’atmosphère de leurs serres justement avec ce gaz pour augmenter jusqu’à 30 % la vitesse de croissance des plantes. Le seul avantage des cultures hors-sol en milieu totalement contrôlé, requérant donc une filtration micronique de l’atmosphère et une stérilité draconienne, est de s’affranchir de l’usage de pesticides, en particulier de fongicides. Ce type d’approche nécessite la création de sas d’accès et un respect total des conditions de stérilité, ce qui complique considérablement l’installation. Il apparaît donc que l’objectif « écologique » d’un tel projet est tout à fait contestable.

Le principe de précaution appliqué par la Commission européenne à l’agriculture

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En annonçant une augmentation des tarifs douaniers concernant des produits en provenance du Brésil et de l’Argentine et en menaçant de faire de même avec la France, Donald Trump entraine plus profondément le monde dans une guerre commerciale dommageable. Bien que cela ait été passé sous silence par les médias l’Union européenne est également en difficulté avec l’Organisation Mondiale du Commerce en raison du renforcement de son protectionnisme. Au mois de novembre 2019, lors de la réunion de l’OMC à Genève, l’Inde a rejoint le Canada, l’Australie, l’Argentine, le Brésil et la Malaisie en déposant une plainte officielle contre l’Union Européenne concernant les obstacles aux importations agricoles. Non seulement l’UE a augmenté les tarifs douaniers pour les cultures telles que le riz et les oranges pour protéger les agriculteurs de l’Union subventionnés par celle-ci mais elle utilise également des règles de santé et de sécurité pour bloquer les importations. L’ironie est que ces tarifs douaniers sont déguisés en mesures de précaution contre les menaces pour la santé et l’environnement alors qu’en fait ces tarifs empêchent parfois les Européens de profiter de bienfaits pour leur santé et pour l’environnement.

Les plaintes de l’OMC accusent l’Europe de restreindre « inutilement et de manière inappropriée » le commerce en imposant des barrières réglementaires sur les résidus de pesticides qui violent les normes scientifiques internationales et le « principe de l’évidence ». Pire encore : « il semble que l’Union Européenne tente unilatéralement d’imposer sa propre approche réglementaire à ses partenaires commerciaux » ce qui nuit de manière disproportionnée aux agriculteurs des pays en développement dont les moyens de subsistance dépendent des exportations.

Le problème est que l’UE, contrairement au reste du monde, fonde sa réglementation sur le « danger présumé », la possibilité qu’un produit chimique puisse provoquer, par exemple, un cancer, même si cela est vrai à des doses incroyablement élevées. En revanche les règles de l’OMC exigent une analyse complète des « risques » qui tient compte de l’exposition probable. Le café, les pommes, les poires, la laitue, le pain et de nombreux autres aliments courants qui font partie d’une alimentation saine contiennent des molécules entièrement naturelles qui, à des doses suffisamment élevées, seraient cancérigènes. L’alcool, par exemple, est un cancérigène connu à des doses très élevées, bien que parfaitement sûr à des doses modérées. L’absurdité de l’approche de l’UE s’explique par le fait que si le vin était pulvérisé sur les vignobles en tant que pesticide, il devrait être interdit selon une approche se fondant sur les « risques ».

Tout ceci provient de l’insistance obsessionnelle de l’UE à appliquer une version particulièrement stricte du principe de précaution, comme l’exige le traité de Lisbonne. En plus de s’écarter des normes scientifiques internationales, cela crée un biais insurmontable contre les innovations car toute innovation présente des risques hypothétiques, tandis que les dangers des technologies existantes ne sont pas évalués de la même manière. Ironiquement, le principe de précaution rendra impossible le développement des technologies innovantes qui peuvent promouvoir la santé humaine, améliorer l’environnement et protéger la biodiversité. Tout est alors potentiellement risqué alors que ce qui devrait être considéré est l’équilibre entre les risques et les avantages.

L’Allemagne prévoit d’éliminer progressivement l’utilisation de l’herbicide glyphosate et la Commission européenne s’oriente vers un interdiction de ce produit mais pas d’autres produits de remplacement beaucoup plus toxiques. C’est l’un des problèmes qui ont amené des dizaines de milliers d’agriculteurs allemands dans la rue pour protester. Il a été démontré à maintes reprises que le glyphosate est beaucoup moins toxique pour les animaux que le café, même à des doses élevées, sans parler des doses que les consommateurs ou les agriculteurs rencontrent dans la pratique. Cela a été confirmé par l’Autorité européenne de sécurité des aliments et ses équivalents en Amérique, en Australie et ailleurs.

Ce problème est important parce que le glyphosate, plus connu sous le nom de RoundUp, est un outil précieux pour la conservation des biotopes en les protégeant contre les espèces exotiques invasives. De plus partout dans les Amériques le glyphosate utilisé dans le cadre du « labour minimal » remplace aujourd’hui le labour de désherbage. Il en résulte une meilleure structure du sol, moins d’érosion, moins de dommages de la faune du sol, moins d’émissions de gaz à effet de serre, un meilleur stockage du carbone et une meilleure rétention de l’eau.

En protégeant les pratiques agricoles à l’ancienne, telles que la labour réservé au semis, ou l’utilisation d’herbicides beaucoup plus toxiques (2,4-D, Atrazine, Paraquat, etc) par les agriculteurs ou le sulfate de cuivre par les agriculteurs bio, l’UE impose alors des normes environnementales plus faibles à ses citoyens que dans certaines autres parties du monde. Tout ceci contribue à considérer comme une bouffonnerie que quitter l’UE résulterait pour un pays à réduire les normes environnementales en ne se pliant plus aux règlementations de la Commission européenne alors que c’est exactement tout le contraire.

Dans le même esprit l’Union Européenne interdit de fait les cultures génétiquement modifiées en exigeant des procédures incroyablement complexes, incertaines et longues, pour leur approbation et a désormais décidé que même les cultures modifiées sur leur propre génome (avec l’outil Crispr-cas9) où aucune information génétique étrangère n’est ajoutée doivent être soumises aux mêmes réglementations draconiennes. Par contre les cultures produites par bombardement aléatoire avec des rayons gamma, un processus beaucoup moins prévisible, sont exemptées, simplement parce que c’est une technologie plus ancienne (voir note en fin de billet).

La grande majorité des sojas, maïs, et cotons des Amériques sont cultivés avec un gène inséré provenant d’une bactérie qui tue certains insectes ravageurs à l’état de larves mais est inoffensif pour l’homme et les papillons adultes. Des études ont montré que autour de ces cultures génétiquement modifiées il y a eu une amélioration notable de la biodiversité partout dans le monde où elles sont autorisées. La plus grande ironie est que le gène en question, connu sous le nom de Bt, est dérivé d’une bactérie (Bacillus thuringiensis) utilisée depuis près d’un siècle comme pesticide biologique par les agriculteurs « bio ».

En définitive le protectionnisme européen ne fait pas que discriminer et pénaliser les pays pauvres mais il augmente les coûts pour les consommateurs nationaux et nuit à la compétitivité des agriculteurs européens. De plus cela se traduit par des normes environnementales inférieures sinon dégradées.

Article de Matt Ridley paru sur The Times au début du mois de décembre 2019. Illustration maïs Bt. Note. L’utilisation des rayons gamma pour la modification génétique des plantes est supervisée et en grande partie financée par l’IAEA. Des parcelles concentriques sont réparties en entourant une tour d’une dizaine de mètres de haut au centre de celles-ci supportant une source gamma de Cobalt-60 qui peut être dissimulée par un blindage de plomb actionné à distance pour permettre l’approche des expérimentateurs. Les doses reçues diminuent en fonction du carré de la distance des plantules réparties dans des parcelles disposées en secteurs circulaires. J’ai assisté à un congrès organisé par l’IAEA à Kuala-Lumpur concernant les modifications génétiques de bananiers et je peux affirmer ici que les résultats sont très décevants pour cette culture. Le seul avantage de cette approche est qu’elle est très économique : il suffit d’attendre et d’observer ce qui s’est passé d’autant plus que la source de cobalt est mise à la disposition des expérimentateurs gratuitement. Il serait intéressant que des agronomes aillent étudier ce qui s’est passé aux alentours de la centrale nucléaire de Tchernobyl alors que les animaux sauvages se portent à merveille … L’attitude de la Commission européenne au sujet de cette technique, autorisée puisqu’elle est ancienne, démontre bien que les « experts » de cette commission ne connaissent strictement rien aux techniques modernes de transgenèse ou de modification du patrimoine génétique des végétaux.

Agriculture et gaz à effet de serre : le leurre de la doxa « bio »

Une récente étude réalisée en Grande-Bretagne a démontré que le passage de l’agriculture moderne comportant des intrants chimiques vers une agriculture « organique » encore appelée « biologique » voire « renouvelable » (comme si l’agriculture n’était pas en elle-même biologique, qu’elle soit bio ou pas, et renouvelable puisque l’essentiel de son énergie provient du Soleil) c’est-à-dire sans intrants externes conduirait à une chute globale de la production agricole de 40 %. Cette chute concerne aussi bien la production végétale que la production animale. Dans l’hypothèse du tout organique certaines productions agricoles devraient disparaître en Grande-Bretagne, c’est le cas du colza. L’élevage et les produits laitiers seraient profondément impactés tant au niveau de la quantité de viande produite que des volumes de lait en raison d’une grande pauvreté de l’alimentation animale.

Pour ramener à zéro l’usage des engrais azotés l’introduction des rotations triennales afin de restaurer le niveau d’azote des sols avec de la luzerne ou d’autres légumineuses réduirait de 30 % les surfaces cultivées. Dans ce cadre il faudrait généraliser la fertilisation « naturelle » à l’aide de fumier, de purin, de fientes de poulets et de lisier de porc, alternative pouvant provoquer dans certaines régions de Grande-Bretagne une catastrophe écologique. Ce rapprochement entre assolement et engrais naturels aurait pour conséquence un bouleversement de l’agriculture moderne consistant en un retour à la polyculture traditionnelle, chaque exploitation produisant ses propres fertilisants, avec pratique de l’assolement triennal. Ce scénario nécessiterait la mise en exploitation de la moindre parcelle de terre arable tant en Angleterre qu’au Pays-de-Galles qui se heurterait de d’insurmontables problèmes fonciers. Malgré cette hypothétique révolution de l’agriculture anglaise qui ne pourrait se réaliser que sur une période de 20 à 30 ans, le pays serait contraint d’importer 40 % de plus – par rapport à ses importations actuelles – de denrées alimentaires.

Dans ces conditions quel serait le bilan final des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole de l’Angleterre + Pays-de-Galles : tout simplement un doublement de ces dernières mais dont la moitié serait « exportée » dans des pays tiers comme c’est déjà le cas pour les délocalisations de l’industrie vers des pays tiers qui ne sont pas trop regardants en ce qui concerne leurs émissions de gaz à effet de serre. En comptabilisant les surfaces arables des pays tiers contribuant à satisfaire les importations de produits agricoles, élevage et lait compris, de la Grande-Bretagne, cette délocalisation forcée par une conversion de l’agriculture britannique au « tout biologique » provoquerait un quintuplement de ces surfaces agricoles dans les pays tiers exportateurs, l’impact des émissions de gaz à effet de serre dues au transport étant négligeable.

Quand un laboratoire universitaire étudie en détail et en toute objectivité les risques et les conséquences des désirs des écologistes on ne peut qu’être surpris. Ce qui est remarquable est que la revue Nature ait eu le courage d’accepter le manuscrit d’une telle étude qui a le mérite de clarifier les idées et de révéler le total irréalisme des milieux écologistes. Tout est expliqué dans la figure ci-dessous :

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Note explicative. GHG = gaz à effet de serre, émissions exprimées en millions de tonnes annuellement. Conventional = production agricole actuelle, en violet Angleterre et Pays-de-Galles, en vert : importations et contribution du transport depuis les pays tiers. LUC : sans modification des pratiques agricoles des pays tiers et sans modification de la superficie agricole domestique ( Angleterre et Pays-de-Galles ). En jaune production de gaz à effet de serre : 4 scénarios : haut, moyen, bas et scénario incluant des taxes carbone (COC). Scénario haut : conversion de prairies dans les pays tiers à l’exclusion de toute autre surface arable dédiées à l’exportation vers la Grande-Bretagne ; scénario moyen : conversion de seulement 50 % de prairies en terres agricoles ; scénario bas : conversion de seulement 25 % de prairies en terres agricoles. Les postes de séquestration du carbone (CS) dans les sols sont inclus dans cette étude (brun clair : Angleterre et Pays-de-Galles et bleu : pays tiers, la séquestration n’étant envisagée comme opérationnelle que dans un vingtaine d’années. D’ici là beaucoup d’eau aura coulé dans la Tamise sous les ponts de Londres …

Source et illustration. doi : 10.1038/s41467-019-12622-7

L’arôme et le gout de la tomate, une vieille histoire

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La tomate (Solanum lycopersicum) est un fruit originaire du nord de l’Equateur produit dans le monde entier (177 millions de tonnes en 2016). Il existe une multitude de cultivars mais malheureusement la tomate produite massivement n’a pas ou peu de goût ni d’odeur. C’est le résultat d’une longue sélection qu remonte à l’Empire aztèque. Durant ce processus, la tomate d’origine requérant une pollinisation croisée a perdu ce caractère et s’auto-pollinise (voir un prochain billet à ce sujet) dans la plus grande majorité des cultivars commerciaux contemporains. Et ce n’est pas anecdotique car l’auto-pollinisation induit une uniformisation génétique ainsi qu’une décroissance du polymorphisme et en particulier la quasi disparition de nombreux gènes. La conséquence première est donc une perte de goût, de saveur et d’odeur du fruit.

Pour reprendre une image utilisée pour les hommes de Neandertal par le Professeur Jean-Jacques Hublin considérez un sac de billes de 15 couleurs différentes. Plongez la main dans ce sac. Statistiquement vous aurez alors dans votre main huit billes, disons de 5 couleurs différentes. Reconstituez un nouveau sac de billes avec le même nombre de billes que le sac initial avec seulement ces 5 couleurs et recommencez l’opération. Voilà une illustration de la sélection qui s’est opérée avec les tomates et bien d’autres plantes maintenant cultivées industriellement : une perte de la diversité génétique par sélections successives.

Une équipe de biologistes de l’Agricultural Research Service à Ithaca, NY sous la direction du Docteur James Giovannoni a identifié la cause de cette perte de goût de la tomate. Le cultivar Heinz 1706 avait été utilisé auparavant pour réaliser la séquence totale de l’ADN du fruit. Cet ADN contient 35768 gènes codants pour des protéines. Or il s’est trouvé que cet ADN de référence contenait 272 gènes que l’on ne retrouve dans aucune solanacée. Il s’agissait donc de contaminations. Après élimination de ces gènes contaminants d’autres ADNs provenant d’ancêtres de la tomate moderne furent inclus dans cette étude provenant de l’Equateur, du Pérou et de l’Amérique centrale. Il apparut qu’au cours de la sélection un grand nombre de gènes avaient disparu ou n’étaient plus exprimés en arrivant à un total (non définitif) de 35942 gènes codants.

En séquençant les ADNs de 725 cultivars différents incluant les ancêtres de la tomate il apparut que 4873 gènes avaient été « oubliés » dans le séquençage du cultivar Heinz 1706, ça fait beaucoup …

La découverte la plus significative de cette étude en profondeur est la présence dans les deux allèles du gène TomLoxC de différences notoires en amont de ces gènes au niveau de la région proche de leur promoteur. La comparaison entre les allèles de ce gène dans Solanum pimpinellifolium (l’ancêtre de la tomate) et dans S. lycopersicum (la tomate moderne) a finalement indiqué que moins de 2 % des cultivars modernes de S. lycopersicum étaient capables d’exprimer correctement le gène TomLoxC. Or l’enzyme codé par ce gène confère justement le goût et l’odeur caractéristiques de la tomate. Il s’agit d’une lipoxygénase qui, à partir de lipides lourds, permet la synthèse d’acides légers dont les esters qui en dérivent confèrent l’arôme et le gout caractéristiques des tomates. Or ce gène particulier existe dans 91 % des tomates ancestrales dont l’ADN a été étudié au cours de cette étude.

Cette somme incroyable de travail va permettre aux biologistes de réintroduire au moins ce gène dans les cultivars modernes mais aussi de se pencher sur ces 4873 autres gènes non identifiés jusqu’ici. De plus le gène TomLoxC est impliqué dans la synthèse des caroténoïdes, précurseurs de la vitamine A, et il y a tout lieu de penser que la tomates du futur, modifiée en réintroduisant ces gènes « oubliés » au cours du long processus de sélection, retrouveront leurs qualités organoleptiques originelles et rendre à la tomate son statut de fruit, car la tomate est un fruit et non pas un légume …

Source : Agricultural Research Service news letters

Le fonio en Afrique sub-sahélienne : un espoir.

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En préambule de cet article paru dans les pages du journal genevois Le Temps il est nécessaire d’apporter quelques précisions. Le fonio est une graminée ( Digitaria exilis) apparentée au millet. L’origine de ce nom provient du Wolof foño. Les graines sont de très petite taille et la farine obtenue après séparation de l’enveloppe de la graine ne contient pas de gluten. Elle sert à préparer des gruaux qui peuvent être accommodés de diverses manières. La Guinée est l’un des plus importants producteurs de fonio mais la production par hectare dépasse rarement une tonne et est en moyenne de 150 à 200 kg par hectare. Enfin le fonio est riche en cystéine et en méthionine contrairement aux autres céréales comme le blé ou le riz.

Le fonio, la graine ignorée qui pourrait bénéficier à l’économie malienne

La charrette, tirée par un âne au trot, entre dans un petit village malien près du Burkina Faso. Le vent se lève. Bientôt, il tourbillonnera et amènera un de ces orages secs qui emportent les premières couches de la terre. La pluie tant attendue tombera enfin, mais matraquera le sol sec sans s’infiltrer. Les hommes courent décharger la charrette remplie à ras bord de ce qui semble être un tas de paille ou de mauvaises herbes. Pourquoi se donner tant de mal?

Ici, tout le monde sait qu’il s’agit du fonio, une légumineuse qui permet de se nourrir et de générer un revenu. L’une des seules options, en réalité, sur ces sols épuisés par le coton ou frappés par le changement climatique. Cette graine indigène pourrait répondre à deux des problèmes principaux du Mali: le chômage et la malnutrition qui, selon l’Unicef, tuent bien plus que les balles. Pourtant, en 2016, la production de fonio était de près de 25 000 tonnes seulement, une paille comparée aux plus de 8 millions de tonnes de céréales récoltées dans le pays.

Faim invisible

Les économistes classent le fonio comme une semence «sous-utilisée», c’est-à-dire plantée par des millions d’Africains mais peu ou pas encouragée par les politiques publiques qui subventionnent en revanche «l’or blanc», le coton et les engrais chimiques qui l’accompagnent. Le fonio et autres semences sous-utilisées sont des graines de solutions ignorées, alors que la famine connaît une recrudescence sur le continent. Ignorées par tous? Non! Parmi les irréductibles, et en première ligne depuis huit ans, on trouve l’organisation suisse Helvetas.

On est passé d’une économie de subsistance à une économie de marchéArrivée à la direction d’Helvetas au Mali il y a trois ans, Sylvaine Rieg explique qu’elle ne travaille que sur des «niches», des problèmes non couverts, et sur le long terme (dix-douze ans). L’organisation est financée par la Coopération suisse mais surtout par des particuliers (héritages, dons). Pourquoi choisir le fonio comme levier économique? «On est passé d’une économie de subsistance à une économie de marché pour acheter des choses dont les Maliens ont maintenant besoin. Ils vendent au maximum et préfèrent parfois cela à manger. Pourtant, la faim invisible est énorme», répond-elle.

Les équipes d’Helvetas avaient remarqué, il y a huit ans, que le traditionnel fonio, anciennement plébiscité pendant les famines, était délaissé, considéré comme «la céréale du pauvre», et vu comme exigeant un travail trop pénible au champ et pour la cuisinière. «On a cherché les contraintes du système, et investi uniquement là où un changement systémique pourrait être atteint», explique Sylvaine Rieg.

Neuf minutes au lieu de cinq heures

Concrètement, cela s’est traduit par un investissement de 66 580 690 francs CFA (117 000 francs) depuis 2008 qui a permis, entre autres, un partenariat de recherche et développement avec un constructeur privé pour inventer une nouvelle machine et la création d’un marché. Le projet s’étend sur une superficie de 2364 hectares et touche 2257 agriculteurs dont 735 femmes.

Presque en hurlant pour couvrir le bruit de la décortiqueuse, Amos Traore, vice-président de l’Union des agriculteurs du Cercle de Tominian, calcule: «Cette machine met neuf minutes là où une femme mettait cinq heures pour séparer les graines à la main. C’était très pénible, le fonio ressemble à des grains de sable!»

Pour l’acquisition de la semence, pas de multinationale à l’horizon. Elle se récupère dans les champs, s’obtient grâce au troc ou à un prix dérisoire (entre 200 et 400 francs CFA le kilo, soit 35 à 70 centimes). Les agriculteurs disent en acheter au semencier local tous les trois ans en moyenne. Quant au salaire pour une journée de travail dans les champs, il est de 1000 francs CFA, soit 1,75 franc. La machine, elle, coûte 1,5 million de francs CFA, soit 2640 francs.

Aux agriculteurs de jouer

L’engouement pour le fonio, qui ressemble, une fois transformé, à de la semoule, est visible dans les étals du pays. C’est la céréale qui se vend au meilleur prix, désormais jusqu’à 1500 francs CFA (2,64 francs) par kilo, «précuit» ou mélangé à une sauce arachide.

Ceci dit, Sylvaine reste prudente: «Il faut que ça fonctionne comme dans la vraie vie, pas comme dans un projet. On a subventionné les premières unités de production pour démontrer que ça marche, maintenant on travaille sur l’accès à des crédits pour que les agriculteurs investissent dans ces machines qui doivent être rentables.» La dernière machine développée en partenariat avec Helvetas arrivera dans la région de San (est du pays) en novembre prochain.


Après, ce sera aux agriculteurs de jouer. Et il ne faudra pas trop qu’ils comptent sur l’Etat malien. Harouna Coulibaly, agro-environnementaliste à l’Institut d’économie rurale (IER), travaille aussi depuis des années à valoriser le fonio auprès des autorités de son pays, notamment en vantant ses vertus contre le diabète et l’absence de pesticide: «Ce n’est pas vraiment dans leur philosophie ou en accord avec leurs indicateurs.»

Selon lui, des machines étaient bien prévues dans le Papam, le Projet d’accroissement de la productivité agricole au Mali, mais elles ne se sont jamais matérialisées. «La Banque mondiale vire l’argent au gouvernement et puis…», conclut-il. Le Ministère de l’agriculture n’a pas souhaité répondre à notre demande d’interview. Pourtant, l’enjeu est de taille dans un pays où plus de 60% des actifs travaillent dans le secteur agricole, et 80% en milieu rural.