En 2016 les cultures OGM sont reparties à la hausse

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Les cultures OGM sont reparties à l’assaut de la planète en 2016, après avoir marqué le pas pour la première fois en 2015, avec une augmentation de 3% des surfaces plantées à 185,1 millions d’hectares dans 26 pays du monde.
L’ISAAA (International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications) voit dans l’augmentation des surfaces la confirmation de son verdict d’un recul uniquement « conjoncturel » en 2015, dû « aux prix bas mondiaux des denrées ».
La prédiction de l’ISAAA selon laquelle les plantations d’OGM repartiraient à la hausse dès que les prix augmenteraient « s’est réalisée », note le rapport annuel, « contrairement à la propagande des détracteurs selon laquelle la biotechnologie ne convainc pas les fermiers ».
En 2015, après 19 ans de croissance annuelle consécutive, les surfaces cultivées en OGM avaient reculé pour la première fois, de 1%, à 179,7 millions d’hectares contre 181,5 millions en 2014, selon le rapport 2015 de l’ISAAA.
En 2016, les États-Unis continuent d’être au premier rang des pays OGM avec 72,9 millions d’hectares, suivis par le Brésil (49,1), l’Argentine (23,8), le Canada (11,6), et l’Inde (10,8). 
A eux cinq, ces pays représentent 91% de la superficie totale de plantations OGM.
Europe: augmentation de 17%
En Europe, les surfaces ont progressé de 17% par rapport à 2015, soit au total 136.363 hectares de maïs MON 810, commercialisé par Monsanto.
C’est l’Espagne qui est le premier pays européen planteur d’OGM, avec 95% de la superficie de maïs génétiquement modifié de l’UE (129.081 hectares), et le seul où les surfaces sont en croissance.
Derrière, plutôt en baisse, arrivent le Portugal (7.069 hectares en 2016), la Slovaquie (138 hectares) et la République Tchèque (75 hectares). La Roumanie a arrêté les OGM en 2016.
En Afrique, seuls l’Afrique du sud et le Soudan ont planté des OGM sur 2,8 millions d’hectares l’an passé, après une suspension au Burkina Faso et en Egypte.
Le Burkina Faso a renoncé au coton transgénique de Monsanto introduit en 2008, affirmant qu’il n’était pas rentable, et que sa fibre devenait de plus en plus courte, donc vendue moins cher sur les marchés mondiaux.
En Afrique, l’ISAAA souligne néanmoins l’avancée de la recherche et de la mise en place de cadres réglementaires permettant des cultures OGM : le Kenya, le Malawi et le Nigeria sont passés du stade de la « recherche » à « l’octroi d’autorisation de libération dans l’environnement », et six autres pays (Burkina Faso, Éthiopie, Ghana, Nigeria, Swaziland, et Ouganda) « tentent de mettre sur pied des essais multi-localisation en vue d’une autorisation commerciale », note avec satisfaction l’organisation.
En terme d’espèces végétales génétiquement modifiées, c’est le soja qui est le plus diffusé dans le monde, avec 91,4 millions d’hectares, soit la moitié de la superficie mondiale d’OGM.
Le coton OGM en recul
Pour l’Inde, l’ISAAA évoque une baisse de 11,6 à 10,8 millions d’hectares de coton transgénique en 2016.
L’an passé, la valeur du marché mondial des plantes génétiquement modifiées, estimé par Cropnosis, était de 15,8 milliards de dollars, en hausse de 3% par rapport à 2015.
Selon son site internet, l’ISAAA, qui mène depuis 1996 le recensement des surfaces OGM dans le monde, est financée par des fondations et des donneurs privés, mais aussi par le ministère américain de l’Agriculture et le groupe Monsanto en cours de fusion avec le géant allemand Bayer.

Source et illustration : isaaa.org

Et si le monde allait manquer de phosphate ?

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J’ai écrit sur ce blog un bref billet le 24 décembre 2016 relatif à la situation politique assez alarmante du Sahara Occidental qui a été annexé en 1975 par le Maroc sans que la population locale ait été consultée contrairement à ce qui s’est passé récemment en Crimée en vertu du droit des populations à disposer d’elles-mêmes, un principe écrit dans la charte des Nations-Unies. Ce n’est pas par hasard que le Maroc a annexé cette bande de désert et la protège jalousement après avoir expulsé ses habitants en l’ayant entourée d’un mur pratiquement infranchissable car ce désert contient les plus importants gisements de phosphate du monde et son annexion a plus que doublé celles existant préalablement au Maroc. Selon l’USGS, le bureau géologique américain, le Maroc détient 72 % des réserves de minerai de la planète sous forme de phosphorites (données en milliers de tonnes, la production mondiale en 2015 était de 223 millions de tonnes) :

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Comme on peut le constater à la lecture de ce tableau, en ne prenant en compte que les grandes mines de phosphorite, la Chine aura rapidement épuisé ses réserves. Dans 40 ans à peine la situation deviendra alors mondialement critique. Le Maroc aura de facto acquis le monopole mondial du phosphate et sera un acteur stratégique incontournable pour tous les pays du monde sans exception.

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Or il n’existe aucun substitut au phosphate pour la production d’engrais et c’est la raison pour laquelle le Maroc est courtisé par tous les pays du monde qui dépendent et seront encore plus dépendants de ce pays dans les prochaines années pour leur agriculture. Certes des gisements de phosphorite ont été identifiés sur les plateaux continentaux, au large de la Namibie par exemple, mais leur exploitation n’est pas à l’ordre du jour et en ce qui concerne un éventuel recyclage c’est tout simplement impossible à envisager techniquement. Les seules sources alternatives de phosphate sont le guano et les ossements. Il fut un temps où les agriculteurs déterraient les squelettes des champs de bataille, les broyaient pour les répandre ensuite dans les champs et cette pratique constituait un apport en phosphate satisfaisant. Les gisements de guano chilien sont en voie d’épuisement alors que l’industrialisation de l’agriculture a conduit à l’usage intensif d’engrais à base de phosphate d’ammonium malgré le fait que près de 70 % du phosphate est perdu dans les sols et difficilement utilisable par les plantes d’une année à l’autre.

Il apparait donc qu’à terme, outre le refroidissement généralisé du climat prévu par les astrophysiciens, le renchérissement du prix des engrais risque bien de créer de sérieux troubles sociaux dans le monde entier à la suite d’un renchérissement insoutenable et incontournable du prix de toutes les denrées alimentaires.

Sources : The Conversation, The Atlantic, IFDC (International Fertilizer Development Center) et USGS. Illustrations IFDC, tableau USGS.

Note : dans un prochain billet je disserterai d’une autre valorisation inattendue des gisements de phosphorite marocains.

Les tomates : un fruit devenu immangeable …

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Pour une fois les pourfendeurs de l’amélioration variétale de plantes ne me contrediront pas, les tomates que l’on trouve dans le rayon légumes des supermarchés ne sont plus ce qu’elles étaient il y a 30 ou 40 ans. Des tomates fermes, à peine juteuses, d’un couleur franchement rouge, dégageant une odeur caractéristique provenant de dérivés de la famille des carotènes, ne cherchez pas : ces tomates n’existent pratiquement plus. La grande majorité des tomates ont été soigneusement sélectionnées durant les quelques 50 dernières années afin de murir lentement, de résister par elles-mêmes aux champignons et autres moisissures et surtout de se prêter à toutes sortes de transformations comme le ketchup ou les concentrés utilisés pour la confection des pizzas. La tomate est devenue un fruit typiquement industriel, sans goût ni attrait, un détestable produit commercial. Certes on trouve maintenant des tomates dites « cerises » attachées les unes aux autres naturellement, c’est uniquement pour la satisfaction visuelle car elles sont tout aussi insipides. Il faut musarder dans des boutiques averties pour trouver quelques tomates à l’aspect plutôt sinistre pour satisfaire ses papilles gustatives produites par de petits agriculteurs courageux qui ont le « goût » du risque.

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Aujourd’hui la production de tomates est une véritable industrie. Ces fruits – oui, il s’agit de fruits et non pas de légumes – apparentés aux pommes de terre, sont produits dans des conditions contrôlées, souvent en hydroponie, c’est-à-dire en l’absence de terre, les racines étant imbibées automatiquement de liquides nutritifs, sous serre, stérilement, afin d’obtenir des tomates toutes de la même couleur, toutes de la même taille, facilement emballées et expédiées parfois à des milliers de kilomètres de leur lieu de production. Le revers de ce succès est un produit gorgé d’eau, sans goût aucun, bref une sorte d’ersatz repoussant.

Et ce résultat d’une sélection intense qui débuta au cours des années soixante a provoqué la disparition des gènes qui justement rendaient les tomates attractives de par leur senteur et la fermeté de leur chair. La sélection vers des tomates résistantes aux champignons et capables de rester sur les linéaires des supermarchés plus d’une semaine a été atteinte au détriment des propriétés organoleptiques qu’appréciaient nos parents et grands-parents. Aujourd’hui, on peut s’offrir un kilo de tomates insipides pour 1 euro ou si on est regardant et si on a les moyens financiers on peut s’offrir des tomates « comme autrefois » pour 10 euros le kilo, pas toutes de la même taille ni de la même couleur mais de vrais fruits que l’on peut déguster comme tels.

Le souci est que si les maraîchers voulaient produire des tomates, allez, on va dire industrielles, avec les saveurs d’antan, il faudrait réintroduire les gènes bien identifiés qu’elles ont perdu par sélection mais cette fois par génie génétique, en d’autres termes des tomates transgéniques qui redeviendraient de vraies tomates. N’est-ce pas là une absurdité ?

Inspiré d’un article paru sur le site Bloomberg

La banane en réel danger de mort !

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Si vous achetez une banane aujourd’hui il est presque certain que vous dégusterez une banane Cavendish à moins d’y mettre le prix et de trouver des lady-finger aussi appelées « petite-sucrée » ou encore des Gros-Michel si vous êtes chanceux. Je me souviens encore avoir dégusté des bananes Gros-Michel il y a près d’un quart de siècle dans le sanctuaire de la banane sur les hauteurs de Capesterre-Belle-eau à la Guadeloupe géré par le CIRAD. Cette banane onctueuse et beaucoup moins farineuse que la Cavendish avait aussi la particularité d’être particulièrement odorante car riche en acétate d’isoamyle. Aujourd’hui, en dehors de quelques plantations jalousement contrôlées pour éviter toute infestation de ces bananiers Gros-Michel par la maladie de Panama, un champignon de la famille des Fusarium, les bananeraies sont presque exclusivement des Cavendish, un clone issu du Sud-Est asiatique (comme la Gros-Michel) résistant au Fusarium oxysporum qui faillit bien condamner la banane définitivement. Il ne reste aujourd’hui que quelques rares exploitations en Thaïlande qui continuent tant bien que mal à produire des Gros-Michel au prix de traitements outranciers en fongicides systémiques.

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Aujourd’hui on ne trouve plus qu’exclusivement des bananes Cavendish dont les plants sont produits par clonage à partir de méristèmes exempts de virus, car il y a aussi des virus qui attaquent les bananiers … La France, sous l’impulsion de l’IRD a été pendant un temps leader mondial de la production de plantules de bananiers Cavendish pour pallier à la demande consistant à remplacer les Gros-Michel décimés par le fusarium. Tous les bananiers Cavendish sont maintenant des clones et la diversité génétique a disparu ainsi que les éventuelles résistances à d’autres ravageurs et ce qui devait arriver arriva, les intérêts économiques et financiers ayant fait perdre toute prudence aux producteurs de bananes.

Il est important de rappeler ici que le commerce international de la banane est dominé par les grandes compagnies américaines sans scrupules qui font la pluie et le beau temps dans de nombreux pays d’Amérique Centrale et du Sud mais également en Afrique car les enjeux économiques sont immenses, la banane étant le premier fruit vendu dans le monde en tonnage et en valeur, bien avant toutes les agrumes confondues. Il s’agit de Chiquita, Del Monte, Dole et dans une moindre mesure de Fyffes. Les « trois soeurs » contrôlent 80 % du marché mondial de la banane export et elles ne se sont jamais soucié de l’homogénéité génétique de la banane Cavendish … Et pour toutes sortes de raisons. Les bananes sont pratiquement toutes de la même taille, ce qui facilite grandement la logistique du transport et la vitesse de mûrissement est très facilement contrôlée. Dans les plantations les bananiers sont tous de la même taille – il s’agit d’une herbe géante – et la mécanisation y est rendue plus aisée.

À ce jour la recrudescence de la maladie Black Sigatoka met en péril l’ensemble de la filière banane dans le monde. Si la Cavendish est résistante au fusarium elle est susceptible à cet autre champignon connu depuis les années 1960 qui apparut dans la vallée de Sigatoka dans l’île de Viti Levu, Fiji, du nom de la ville côtière de Sigatoka qui n’est pas vraiment un endroit des plus touristiques. Le responsable de cette maladie est un autre champignon, le Pseudocercospora fijiensis, que l’on arrive difficilement à éradiquer totalement à l’aide de traitements massifs avec des fongicides puissants ce qui renchérit les coûts de production. Or comme tous ces bananiers sont maintenant des clones ils ont perdu progressivement leur résistance à la Black Sigatoka mais aussi à la maladie de Panama ! On ne peut donc pas mieux résumer la situation en disant que c’est la panique … La Black Sigatoka a pour effet de meurtrir les feuilles en perturbant la photosynthèse et en rendant de ce fait la croissance des bananes aléatoire ce qui entraine des pertes considérables. Découvrir de nouveaux fongicides, le pseudocercospora devenant progressivement résistant à tous les fongicides connus comme pour aggraver la situation, est un travail long et coûteux et l’homogénéité génétique des bananiers aidant on se trouve aujourd’hui devant un désastre pourtant annoncé comme inévitable pour toutes ces raisons.

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Devant l’urgence une équipe internationale s’est donc récemment penchée sur le génome du pseudocercospora dans l’espoir de découvrir de nouvelles pistes pour combattre cette maladie. Les résultats de l’étude parue dans le journal PlosOne (voir le doi en fin de billet, en accès libre) ont conduit à étudier quelques pistes qui pourraient déboucher sur un espoir de sauvetage. Un gène d’une variété de bananier résistante à la Black Sigatoka a été identifié comme interférant avec le pouvoir infectieux du champignon. Mais les évaluations de la résistance de nouveaux hybrides risquent bien d’être laborieuses car le champignon a la redoutable propriété de rester à l’état latent parfois plusieurs semaines alors que le cycle de production du bananier n’est que de 12 mois environ. L’identification du marqueur de résistance du cultivar dit « Calcutta 4 » permettra peut-être d’accélérer la mise au point de nouveaux hybrides.

Pendant ce temps-là le prix des bananes risque bien d’exploser …

Source : http://dx.doi.org/10.1371/journal.pgen.1005876

La mort des colonies d’abeilles revisitée

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On a dit tout et n’importe quoi sur la maladie qui frappe les abeilles et détruit les colonies. Certains sont même allé jusqu’à incriminer le réchauffement climatique global. Les pesticides ont aussi été accusés d’amplifier cette hécatombe, dont en particulier les néonicotinoïdes, en fragilisant les abeilles qui ne peuvent alors plus se défendre contre les attaques des varroas et d’autres pathogènes.

Des centaines d’équipes de zoologistes associés à des biologistes s’affairent pour tenter de trouver une explication rationelle à la maladie des rûches mais pas seulement en se penchant au chevet des abeilles car les bourdons, d’autres importants insectes pollinisateurs utilisés en particulier dans les cultures sous serre, sont aussi affectés par diverses maladies. La complexité de ce problème commence à être décortiquée à l’aide des techniques les plus modernes de la biologie moléculaire, je veux parler du séquençage de l’ADN et des ARNs. Car il est urgent de trouver une solution – si au final on y arrive – pour juguler cette hécatombe dont les retombées économiques sont immenses. Les bienfaits des insectes pollinisateurs et en particulier des abeilles sont évalués mondialement à plus de 175 milliards de dollars par an : il y donc bien une motivation économique qui rend ce problème urgentissime.

En février, lors de la floraison des amandiers en Californie, 60 % des rûches américaines sont transportées par camion dans la San Joaquim Valley. La Californie est le premier producteur mondial d’amandes, plus de 80 % des amandes du monde y sont produites et cet exode temporaire de rûches est le plus grand évènement de pollinisation au monde. Ce gigantesque mouvement de rûchers favorise la fragilisation des abeilles puisque près d’un tiers des colonies ne survivent pas à l’épreuve. L’une des raisons incriminées pour expliquer la mortalité des abeilles est justement une mauvaise gestion des rûches et des essaims par les apiculteurs eux-mêmes. Mais la principale raison de cet état de fait reste encore le varroa.

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Ce qui a intrigué les zoologistes est l’observation suivante : par comparaison aux colonies saines, celles qui montrent des signes de souffrance sont beaucoup plus affectées par des virus, parallèlement à la présence (ou non) de varroa et ceci indépendamment de tous les autres facteurs tels que l’environnement, la présence sur les lieux de butinage de pesticides ou encore de récents transports en camion pour amener les rûches sur les lieux de pollinisation. Il en est de même pour les colonies de bourdons. Les moyens d’investigation modernes de présence d’ADN et d’ARN et leur identification rapide a permis de montrer qu’une multitude de virus étaient responsables de la mort des colonies. Pour ne citer que quelques-uns d’entre eux, il s’agit pour la plupart de virus à ARN simple brin à lecture directe, par opposition aux « rétrovirus » dont la lecture se fait dans le sens 5′ vers 3′. Je passe sur les détails. Il s’agit du virus Israeli de paralysie sévère (IAPV), du virus Kashmir (KBV), du virus déformant les ailes (DWV), du virus Lake Sinai (LSV) mais aussi du virus Kakugo, du varroa destructor virus-1, du virus Sacbrood et enfin d’autres virus qui n’ont pas encore pu être classés taxonomiquement. Ça fait beaucoup et les spécialistes de la question ont tendance à émettre l’hypothèse que tous ces virus pathogènes pour les abeilles, pour beaucoup d’entre eux véhiculés par le varroa, se transmettent d’abeille à abeille par déglutition.

Chez les colonies atteintes par le varroa, la diversité virale est réduite à seulement deux ou trois types de virus, ce qui aurait tendance à montrer que le varroa ne transmet pas tous ces types de virus mais il reste encore à préciser ce point particulier. Les travaux actuels s’orientent vers une meilleure compréhension des mécanismes d’immunité des abeilles vis-à-vis d’une attaque virale. Il semble que le varroa affaiblit le système immunitaire des abeilles selon un processus encore inconnu. Ce qui est d’ors et déjà acquis est une modification du taux de petits ARNs inhibiteurs de la réplication des virus à ARN, l’un des mécanismes de défense des abeilles. La situation est plutôt compliquée par le fait que l’on ne dispose pas d’abeilles mutantes comme dans le cas de la drosophile (la mouche du vinaigre) qui est également susceptible à des attaques virales et chez laquelle il a été possible de préciser le rôle des petits ARNs inhibiteurs double-brin interférant avec la réplication virale. Enfin la production in vitro de ces virus est encore très difficile.

Les travaux de recherche dans le domaine de la mort des colonies d’abeilles s’orientent enfin vers les bactéries normalement présentes dans le tractus digestif des abeilles afin de déterminer l’interaction entre celles-ci et la défense immunitaire des abeilles. Toute une recherche malaisée en perspective, les enjeux économiques la justifient amplement.

Source : Plos pathogens, doi : 10.1371/journal.ppat.1005757

L’impact de l’homme sur le climat et la biodiversité

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La plus vieille forêt primaire d’Europe se trouve dans l’île de Tenerife, c’est la laurisylva du massif volcanique d’Anaga, jamais spoliée depuis 5 millions d’années sinon par quelques routes et sentiers de randonnée de création récente. Cette forêt n’a survécu aussi longtemps que grâce à des conditions climatiques particulières résultant des alizés presque constants, des vents de nord-est chargés d’humidité qui, en remontant le long de la ligne de relief, font subir à l’air une décompression s’accompagnant donc d’un refroidissement qui à son tour entraine une condensation de la vapeur d’eau. Cette forêt bénéficie donc tout au long de l’année d’une humidité relative importante qui la classe parmi les forêts sub-tropicales humides alors que le climat y est plutôt tempéré. Il s’agit d’un biotope particulier où l’on rencontre des arbres et arbustes apparentés au laurier, des lauracées et d’autres arbustes proches de l’ajonc ou du genêt ainsi que des fleurs géantes proches du dendelion qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Comme dans beaucoup d’îles de par le monde soumises au même type de phénomène météorologique, dans certaines parties du Japon, en Nouvelle-Calédonie ou en Nouvelle-Zélande, la forêt d’Anaga a perduré presque intacte depuis l’émergence du massif volcanique qui fut l’un des premiers socles de l’île de Tenerife.

Aujourd’hui il est incontestable que cette forêt est la plus ancienne d’Europe, bien plus ancienne que les forêts de Pologne ou de Scandinavie qui n’existaient pas il y a 20000 ans car il n’y avait que des glaciers dans ces contrées.

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Curieusement le changement climatique qui eut pour résultat une montée du niveau des océans de plus de 100 mètres il y a environ 15000 ans (Dryas récent) à la suite de la fonte des calottes glaciaires qui recouvraient une grande partie de l’Europe et de l’Amérique du Nord n’a pas été pris en considération par les auteurs d’une étude parue dans les PNAS relatant l’influence de la présence humaine sur les biotopes. Tout ce qu’a retenu cette étude émanant des Universités de Stanford, de Brisbane et d’Oxford parmi bien d’autres est la singulière et déplorable agression de l’homme sur l’environnement. Parmi les dommages irrémédiables de la « colonisation » de la planète par l’homme il est rappelé dans cette étude que les oiseaux incapables de voler comme le moa en Nouvelle-Zélande ou le mammouth laineux dans le nord de l’Europe ont été exterminés par l’homme jusqu’à leur disparition définitive, mais pas seulement. Certaines espèces de graminées ont disparu de la surface du globe après l’avènement de l’agriculture qui a profondément modifié les biotopes naturels.

En un mot l’homme est nuisible pour la planète non pas depuis le début de l’ère industrielle qu’on appelle l’anthropocène mais depuis beaucoup plus longtemps, depuis l’apparition de l’espèce Homo sapiens sapiens venu d’Afrique il y a environ 100000 ans. Il est donc facile de culpabiliser l’homme quand on énumère les disparitions successives des grands mammifères. Le bison d’Amérique, réservoir de protéines pour les amérindiens et intelligemment contrôlé par ces derniers pendant des millénaires échappa de justesse à sa disparition quand les hordes génocidaires des généraux Sherman et Sheridan décidèrent de les exterminer pour accélérer l’éradication des Indiens des grandes plaines américaines qui en tiraient l’essentiel de leur subsistance. L’article du PNAS n’en parle même pas.

L’émergence de l’agriculture a profondément modifié l’ensemble des biotopes. Un exemple cité dans cette étude est plutôt caricatural. Le nombre de chiens, le premier animal domestiqué par l’homme, est estimé aujourd’hui entre sept-cent millions et un milliard dans le monde, ce qui bien évidemment réduit d’autant la biodiversité relative puisque le chien est un carnivore. Il est certain que le petit teckel de Madame Chien-chien va systématiquement attaquer les pigeons dans les squares des grandes villes !

Le pire dommage créé par l’homme est donc l’agriculture puisque son extension a été par le passé synonyme de déforestation. Vient ensuite l’occupation des continents et des îles qui toujours selon cet article ont été défigurés par l’homme et les animaux qu’il a domestiqué, en particulier le chien. Selon ce pamphlet qui n’est même pas un article de recherche mais une compilation supposée exhaustive de la littérature (148 références d’articles choisis à dessein) concernant les dégâts créés par l’homme sur l’ensemble de la Terre. La disparition de la mégafaune est illustrée ci-dessous :

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L’article est en accès libre, cela va de soi puisqu’il s’agit d’une vaste propagande dans la droite ligne du malthusianisme des écologistes politisés. Il est déplorable que les PNAS s’abaissent ainsi en dénonçant le milliard de chiens sur Terre, un chien pour 7 personnes …

Source : http://www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.1525200113 en accès libre.

Illustration : la forêt d’Anaga à Tenerife avec le volcan Teide en arrière plan. Photo prise par votre serviteur à la fin du mois de mars 2016.

COP21 : Le non-dit scandaleusement organisé sur les bienfaits du CO2

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La propagande gouvernementale nous abasourdit les oreilles au sujet du danger planétaire que représente l’augmentation de la teneur en gaz carbonique dans l’atmosphère (je suis de la vieille école en termes de nomenclature) qui aurait la particularité de présenter un effet de serre et donc de perturber le climat à long terme. Tout a été dit et redit dans ce domaine avec l’appui inconditionnel des pouvoirs politiques et des ONGs diverses qui se sont confondus pour la même cause : sauvegarder le climat de la Terre coûte que coûte ! L’objectif final – et fumeux – est de rançonner tout un chacun en établissant des taxes du genre pollueur-payeur applicables à l’ensemble des entreprises et de la population pour atteindre une réduction des émissions de gaz carbonique. Le coût de cette lubie est astronomique puisqu’il a été évalué à environ dix mille milliards de dollars pour atteindre une stabilisation des émissions de CO2 à l’horizon 2030.

Curieusement rien de rien n’a été dit au sujet des effets bénéfiques du CO2 et de la création de richesse qui en a été la conséquence. Je subodore que certains de mes lecteurs vont croire que j’ai définitivement perdu la tête en imaginant que le CO2 puisse avoir un effet bénéfique pour l’ensemble de l’humanité. Et pourtant c’est la réalité ! Le 21 octobre 2013, le Docteur Craig Idso, géographe, agronome et spécialiste de la séquestration du carbone, a publié un article documenté sur les effets bénéfiques du CO2 qui est largement passé inaperçu car totalement ignoré par la presse main-stream asservie par le pouvoir politique. Une bonne nouvelle au sujet du CO2 risquait en effet de réduire à néant les visées hégémoniques des activistes promus climatologues au sein de l’IPCC, l’organisme onusien en charge d’épouvanter le monde entier par des assertions uniquement fondées sur des modèles mathématiques tous aussi faux les uns que les autres. En voici une illustration datée de 2013 :

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Islo a étudié les données agronomiques disponibles auprès de la FAO, un autre organisme onusien qui s’occupe non pas de carbone mais des grandes cultures vivrières dans le monde entier. Et pourtant carbone et agriculture sont intimement liés car le CO2 constitue la « nourriture » essentielle de tous les organismes capables de photosynthèse comme le plancton et les végétaux. Sans gaz carbonique il n’y aurait aucune trace de vie sur la terre ferme et dans les océans à part quelques bactéries courageuses qui arriveraient à se multiplier tant bien que mal dans les sources chaudes et les évents volcaniques !

Depuis le début de l’ère industrielle qui est communément considérée comme coïncidant avec l’invention de la machine à vapeur par James Watt en 1781 la teneur atmosphérique en gaz carbonique n’a cessé d’augmenter pas seulement à cause des émissions liées à la combustion du charbon, du bois, du pétrole et du gaz mais également en raison du changement de climat vers des températures plus clémentes dès le début du XXe siècle. Les océans se réchauffant ont en effet libéré du CO2 dissous dans l’eau vers l’atmosphère, phénomène dont la contribution à l’accroissement de cette teneur atmosphérique depuis les années 1950 a été largement passé sous silence. Mais qu’en est-il des bienfaits du CO2 pour l’humanité toute entière ? Des données agronomiques indéniables montrent que la croissance des plantes (et du phytoplancton) s’accélère quand la teneur en CO2 augmente. Il s’agit d’un phénomène biochimique bien connu : le fonctionnement de la RuBisCO, l’enzyme fixant le CO2, dépend en effet des teneurs respectives en oxygène et en gaz carbonique. Jusqu’à une certaine limite plus il y a de CO2 disponible plus la RuBisCO fonctionne rapidement et donc les plantes poussent plus vite (voir note).

Outre les améliorations variétales des végétaux destinés à l’alimentation animale et humaine et outre les apports en engrais, en eau et enfin outre les techniques de culture améliorées, le CO2 a joué un rôle central dans l’augmentation des rendements agricoles depuis le milieu du XXe siècle.

Selon les études réalisées par le Center of Study of Carbon dioxyde an Global Change où officie le Docteur Islo (voir le lien) le bénéfice global en monnaie sonnante et trébuchante pour l’humanité est évalué à près de 10000 milliards de dollars (constants 2004-2006) pour la période 2012-2050 si la teneur en CO2 atmosphérique se maintient aux alentours de 400 parties par million en volume. Dans l’ordre décroissant les principales cultures qui ont déjà bénéficié de l’augmentation de la teneur en CO2 et qui en bénéficieront encore sont le riz, le blé, le soja, les légumes, le maïs, les tomates, le raisin, la canne à sucre, les pommes de terre, le yam et les bananes. Quarante cinq cultures vivrières ont été prises en considération par la FAO et analysées dans cette étude. Les données n’ont pas été inventées, elles sont disponibles sur le site de la FAO.

Prenons l’exemple de la canne à sucre, la culture la plus importante dans le monde en tonnage, plus de 20 % de la production agricole mondiale – plus de 2 milliards de tonnes par an – le blé, le maïs, le riz et les pommes de terre arrivant loin derrière. Les rendements à l’hectare ont été calculés en tenant compte des améliorations variétales et technologiques (techno-Intel) et de la teneur en CO2 atmosphérique disponible. L’effet du CO2 a été très bien étudié et quantifié avec précision lors d’essais en atmosphère contrôlée sous serre. Il a pu être déduit de ces travaux l’effet du CO2 sur le rendement agronomique de la canne comme l’indique la figure ci-dessous.

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La courbe verte est directement reliée à l’augmentation de cette teneur en gaz carbonique et elle explique très précisément la différence entre le rendement total et celui obtenu par les améliorations strictement agronomiques. Les rendements sont exprimés en centaines de grammes de matière végétale par hectare soit un rendement d’environ 70 tonnes par hectare en 2010 et une production de sucre de près de 7 tonnes par hectare (données moyennes de la FAO).

Dans la figure ci-dessus, de 1961 à 2011, la progression des rendements de la canne à sucre provoquée par l’accroissement de la teneur en CO2, passant de 280 à 390 ppmv, a augmenté le bénéfice monétaire de 107 milliards de dollars et les projections basées sur un accroissement continu de cette teneur en gaz carbonique conduisent à un bénéfice de 366 milliards de dollars supplémentaires jusqu’en 2050 … Etonnant !

Qui plus est, comme tout organisme vivant bien nourri et donc en bonne santé, des milliers d’observations dans le monde entier ont montré que sur la période 1961-2011 la plupart des grandes cultures vivrières avaient mieux résisté aux ravageurs, à des chaleurs excessives, à la sécheresse et aux polluants se trouvant dans les sols. Dans le cas particulier du riz, il a été montré que cette plante s’adaptait à des teneurs en gaz carbonique plus élevées. Une étude menée au Sri Lanka a mis en évidence une modification génotypique du riz sous l’influence du CO2 favorisant une croissance plus rapide et une meilleure résistance aux ravageurs.

Pourtant, cet aspect bénéfique du CO2 tant sur les volumes de production agricole que sur la valeur « ajoutée » à ces productions a été complètement passé sous silence par les médias et le monde politique. Il était et il est toujours hors de question de semer le doute dans les esprits : le CO2 doit être considéré comme un poison pour le climat et ce doit être ainsi et pas autrement. Si l’exemple de la canne à sucre est illustratif, dans le cas du blé la projection jusqu’en 2050 atteint 731 milliards et pour le riz 1847 milliards.

Le CO2 est-il vraiment un poison ? Certainement pas pour les grandes cultures vivrières. Les travaux réalisés au centre d’étude sur le CO2 se résument en un seul graphique où sont normalisées à 1 en 1961 les échelles d’évolution des émissions de CO2, de la production de nourriture par rapport à l’évolution de la population mondiale : pendant que la population mondiale a doublé (entre 1961 et 2003) la production agricole a été multipliée par 2,5, suivant de très près l’augmentation de la teneur en CO2 atmosphérique …

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Messieurs les décideurs politiques à qui sont destinés les rapports de l’IPCC, expurgés de tout argument controversé, cessez de mentir au monde entier !

Note : La RuBisCO catalyse la fixation du CO2 par les plantes et le phytoplancton. C’est de loin l’enzyme le plus abondant sur la planète. Voir : https://en.wikipedia.org/wiki/RuBisCO

Source : http://www.co2science.org