Diagnostiquer à coup sûr la présence d’un virus dans un prélèvement sanguin : l’affaire de quelques heures.

Il y a quelques semaines le Docteur Ian Lipkin, spécialiste des diagnostics à l’école de médecine de l’Université Columbia a eu une grosse surprise. Son laboratoire a reçu un échantillon de sang d’un patient de l’hôpital universitaire pour analyse car les médecins ne comprenaient pas de quelle maladie mystérieuse souffrait ce malade, un genre de fièvre hémorragique. Comme quelques temps auparavant Lipkin avait découvert un nouveau virus apparenté à celui de la polyomyélite à l’aide des techniques d’analyse qu’il avait développé dans son laboratoire et que les symptomes du patient d’alors ressemblaient étrangement à ceux décrits pour ce nouveau patient, il préféra ne pas prendre de risques et effectua l’analyse du sang de ce patient. Il identifia immédiatement le virus comme étant celui de la dengue, une fièvre hémorragique. Une brève enquête révéla que le patient avait séjourné au Viet-Nam quelques mois auparavant. Comme il était sous traitement immunodépresseur pour recevoir une greffe de moëlle osseuse, le virus de la dengue réapparut.

Cette histoire n’aurait aucun intérêt si on ne se penchait pas sur la technologie innovante mise au point par Lipkin. Il a adapté la technique dite PCR (Polymerase Chain Reaction) pour effectuer des diagnostics à haute fréquence. La PCR consiste à amplifier le nombre de copies d’un morceau d’ADN présent dans un échantillon afin d’en déterminer ultérieurement la séquence avec une machine de séquençage automatique Illumina (voir le lien):

Polymerase_chain_reaction.svg

Pour être certain de ce que l’on veut amplifier, il est nécessaire de connaître le petit morceau d’ADN qui sert à amorcer la réaction (DNA primer) et plus ce morceau comporte de bases (A, T, G et C) plus la spécificité de la PCR est élevée. Il existe maintenant des millions d’amorces disponibles commercialement et Lipkin, n’ayant pas froid aux yeux, on peut dire les choses ainsi, a réalisé une gymnastique incroyable en ajoutant dans le milieu réactionnel les amorces – un peu plus de deux millions – correspondant à pas moins de 502 virus pathogènes pour les mammifères dont l’homme. Il a fait le pari que comme les virus ont tendance à muter sans arrêt une amorce suffisamment longue ne s’apariant pas parfaitement avec un acide nucléique pourrait tout de même fonctionner correctement. Passons sur la préparation des échantillons car beaucoup de virus ont un matériel génétique constitué d’ARN qu’il faut transformer en ADN par une opération maintenant routinière et il faut éviter que l’ADN soit malencontreusement détruit par des activités enzymatiques indésirables présentes dans l’échantillon analysé.

Bref, une fois cette amplification par PCR terminée le mélange est analysé dans un séquençeur automatique et le tour est joué. Sans entrer dans les détails complexes de la technique développée par Lipkin la spécificité, les faux-positifs et le traitement des échantillons ont été optimisés ainsi que le logiciel d’analyse des résultats du séquençage pour atteindre des résultats rapides et fiables car souvent, en milieu hospitalier la vie d’un malade peut dépendre de la rapidité d’un diagnostic. Lipkin a appellé sa technologie VirCapSeq-VERT ou plateforme de séquençage de virome de vertébrés, virome signifiant la population de virus rencontrés seulement chez les mammifères. N’importe quel échantillon biologique peut être analysé en toute confiance pour un prix relativement modique de l’ordre de 60 dollars, le système automatisé permettant d’analyser en parallèle jusqu’à 21 échantillons. Belle avancée dans le diagnostic clinique !

Source : http://mbio.asm.org/ Illustration PCR : Wikipedia

http://www.illumina.com/systems/sequencing-platform-comparison.html?sciid=2014107IBN2

La technologie du nucléaire civil français est en retard d’une guerre !

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C’est officiel maintenant AREVA a perdu la main. Il faudrait plutôt dire le CEA, actionnaire majoritaire d’AREVA, cet agglomérat de fonctionnaires imbus de leur supériorité, mangeant au ratellier du Ministère de la Défense pour assurer l’entretien des bombes atomiques et à celui d’EDF, de facto contrôlé par ce même organisme également étatique puisque les réacteurs nucléaires produisent du plutonium, lorgné de très près par les militaires. Bref, le CEA, principal actionnaire (c’est-à-dire l’Etat) d’AREVA, est en retard d’une guerre. Et c’en est malheureusement terminé pour la France en ce qui concerne les nouvelles orientations incontournables de l’énergie nucléaire civile figées en France dans le gigantisme coûteux de l’EPR qui n’a toujours pas fait ses preuves de faisabilité économique.

Au mois de juillet dernier je relatais dans ce blog les décisions de Bill Gates d’investir dans les réacteurs nucléaires de nouvelle génération par le biais de la société TerraPower entièrement financée par l’ancien propriétaire de Microsoft. Il s’agit de la technologie des réacteurs dits à vague voyageuse (travelling wave reactor, TWR). Ma traduction n’est pas fidèle en français à la réalité mais le terme anglo-saxon est explicite : il s’agit de réacteurs à neutrons rapides utilisant de l’uranium naturel non enrichi avec un cœur émettant des neutrons rapides qui transforment cet uranium en plutonium progressivement. Les assemblages de combustible sont alors déplacés de la périphérie vers le cœur au fur et à mesure que l’enrichissement en plutonium permet de maintenir le flux de neutrons. C’est la raison pour laquelle on parle de « voyage » des assemblages vers le cœur du réacteur. Les modélisations informatiques ont validé cette technologie qui a échappé à la sagacité des ingénieurs du CEA préoccupés uniquement par l’enrichissement de l’uranium en isotope 235 sans s’être jamais penchés un seul instant sur l’intérêt de cette technologie pourtant décrite sur le papier aux alentours des années 1950.

Il s’agit d’un « breeder » en termes techniques, genre Super-Phénix, qui transforme in situ l’uranium directement extrait des mines en combustible sans rechargement pendant des dizaines d’années, pour faire simple. Or le CEA, c’est-à-dire avec AREVA, n’ont aucun intérêt à développer cette technologie qui est pourtant la plus économique en termes d’investissement initial et également en terme de consommation en combustible. La vocation d’AREVA est d’enrichir à 4 % d’isotope 235 l’uranium (usine Georges Besse II) puis d’extraire un peu de plutonium du combustible usagé (retraitement) pour réaliser quelques économies sur le processus d’enrichissement étant entendu que les tranches 900 MWe type Fessenheim sont capables de gérer le combustible enrichi en plutonium appellé MOX. C’est le business d’AREVA et le CEA n’a jamais voulu entendre parler d’autres approches technologiques. Normal ! Au départ la vocation du CEA était l’armement et les réacteurs graphite-gaz étaient une source inépuisable de plutonium pour les bombes et la mentalité de cette administration n’a pas réussi à s’adapter aux exigences énergétiques modernes … Il faut rappeller que ce sont EDF et Framatome qui à l’époque achetèrent la licence Westinghouse pour les réacteurs à eau pressurisée (PWR) et non pas le CEA qui avait la main-mise seulement sur le combustible.

Bill Gates a adapté les agissements des militaires tant américains, russes que français et finance le développement du TWR et les Chinois qui manifestent une soif d’énergie sans limite, viennent de signer (CNNC) un mémorandum avec TerraPower pour la construction d’un prototype d’une puissance de 600 MWe susceptible d’être opérationnel aux alentours de 2018 avec la collaboration de Babcock & Wilcox pour le design de ce réacteur refroidi avec du sodium liquide.

Bel exemple illustrant la totale incurie des politiciens français qui ont arrêté le réacteur Super-Phénix dont le principe de base était justement celui du TWR, une migration des assemblages de combustible de la périphérie du réacteur vers le centre de ce dernier et réciproquement. Ironie de l’histoire, je connaissais bien l’usine de Creys-Malville ainsi que son principe de fonctionnement et j’ai personnellement fait visiter le site de NERSA il y a un peu plus de 25 ans à une délégation d’ingénieurs de B&W qui étaient franchement impressionnés par l’avancée technologique de la France …

Juste retour de la situation, dans le domaine de la technologie nucléaire et de son évolution la France est définitivement dépassée alors qu’elle était à l’époque leader mondial incontesté. Mais le breeder utilisant de l’uranium naturel n’entrait pas dans le plan de développement du CEA à l’époque et ce projet grandiose fut proprement saboté par le gouvernement socialiste de Jospin appuyé par les écologistes avec la contribution déplorable d’une certaine Corinne Lepage dont l’action néfaste fut éclipsée par une autre écologiste du nom de Voynet qui pour l’histoire portera le chapeau avec le sombre Jospin de cette déplorable décision de l’arrêt de l’usine de Creys-Malville. Le CEA est stupidement passé à côté de cette même histoire car cet organisme est un ramassis de fonctionnaires n’ayant plus aucune connexion avec la réalité économique et la technologie de l’éléctricité d’origine nucléaire est depuis lors frappée d’un anathème idéologique. Pour la France, c’est terminé, la partie est perdue, merci aux politiciens gangrennés de l’intérieur par les écologistes qui n’ont jamais rien compris à l’énergie nucléaire … Triste constatation.

Source : bulletin de l’IAEA et Reuters, illustration : usine de Creys-Malville.

https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/07/12/bill-gates-mise-sur-le-nucleaire-de-quatrieme-generation-et-il-a-bien-raison/

Comme c’est beau la guerre

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Les années en 15 ont marqué l’histoire de France :

1415 : Azincourt

1515 : Marignan

1715 : mort de Louis XIV

1815 : Waterloo

Quel collégien sait aujourd’hui ce que fut la bataille d’Azincourt ? Cette cuisante défaite française devant les armées du roi Henry V d’Angleterre ne figure même plus dans les manuels d’histoire ! Le coq gaulois est tellement fier de ses victoires militaires qu’il en oublie les défaites. On ne va tout de même pas célébrer les défaites. Et pourtant ces grandes batailles militaires ont marqué les esprits et changé durablement le cours de l’histoire.

La bataille d’Azincourt qui mit à genoux la fine fleur de la chevalerie française est l’un des points culminants de la Guerre de Cent Ans qui fut motivée par les prétentions territoriales du roi d’Angleterre sur une grande partie du Royaume de France. Henry V d’Angleterre, faisant toute confiance à ses 7000 archers équipés de grands arcs et appuyant 1500 fantassins en armures et à peu près autant de cavaliers, tailla en pièces l’armée française conduite par Charles d’Albret. Ce fut un massacre malgré la supériorité numérique des Français, les prisonniers furent tous passés par les armes. On dénombra près de 10000 morts du côté français et à peine plus de 1600 du côté anglais. Cette bataille ne changea pas vraiment le cours de l’histoire …

Cent ans plus tard, durant les Guerres d’Italie, les Français se frottèrent aux Suisses qui étendaient leur hégémonie sur le nord de l’Italie au grand dam des mêmes objectifs hégémoniques du tout nouveau roi de France François Premier qui avait le jour de la bataille 21 ans et un jour. Sans l’aide de Venise, les Suisses auraient anéanti l’armée de François Premier mais celui-ci avait décidé d’en découdre car il aménagea à la hâte une route alpine par le Col de l’Argentière (ou de Larche) reliant Barcelonnette à Cuneo pour acheminer de l’artillerie lourde, une sorte de répétition de l’exploit d’Hannibal. Les Suisses depuis leur défaite à Marignan ne reprirent jamais les armes contre aucun pays. Le roi François fut auréolé de prestige. Cette bataille changea (très peu) le cours de l’histoire. Bien entendu on en parle encore dans les livres d’histoire en enjolivant les faits d’arme du fameux Chevalier Bayard …

L’année 1715 c’est la mort de Louis XIV, ouf ! un despote sanguinaire et mégalomane de moins. Mais à sa décharge, pratiquement pendant tout ce long règne, le roi et ses sujets souffrirent du froid – le fameux minimum solaire de Maunder – et quand on a froid on fait la guerre pour se réchauffer …

L’année 1815, c’est la défaite de Waterloo, morne plaine, et l’exil d’un autre despote sanguinaire et encore plus mégalomane que Louis XIV qui laissa la France dans un état économique semi-comateux et des millions de cadavres dans toute l’Europe … Comme c’est beau l’histoire de France.

Pas grand chose à dire de l’année 1915 qui vit pourtant le premier usage des gaz de combat par les Allemands dans les tranchées franco-anglaises notamment à Ypres, sombre rappel de l’histoire passée, c’était le début d’une nouvelle forme de barbarie et la boucherie continua allègrement pendant 3 ans.

L’année 2015 se distingue par les premières « frappes » aériennes française sur l’Etat islamique, l’ISIS ou Daesh, on ne sait plus vraiment comment appeler ces gens financés par l’Arabie Saoudite et entrainés par les Américains mais bon, il faut larguer quelques bombes, c’est bien pour l’image de marque de la France et surtout de son président qui vient de fourguer les deux porte-hélicoptères destinés à la Russie à la dictature militaire égyptienne. Avec les avions Rafale, ça fait pas mal d’argent en provenance essentiellement des émirats arabes et du royaume saoudien mais aussi substantiellement des banques françaises garanties par la COFACE qui ont prêté des sous à l’Egypte pour finaliser ces achats et comme la France et l’avionneur Dassault risquent bien de ne jamais voir la couleur d’une seule livre égyptienne ce sont les contribuables français qui en seront de leur poche.

Comme c’est beau la guerre !

« Crise » climatique, épisode 10 : Et si le mouvement écolo-malthusien avait tout faux ?

L’idée force des écologistes est qu’il y a trop de bouches à nourrir sur la planète Terre qui offre des ressources limitées. Il est donc impératif d’effectuer un tournant décisif soit vers une limitation autoritaire des naissances dans le plus pur esprit malthusien (revoir le billet du 25 septembre de ce blog), soit, ce qui à terme revient au même, réduire l’énergie disponible ou en augmenter le coût, car tel est là le vrai débat. Ce n’est pas un hasard si ce débat a dévié vers le changement climatique toujours hypothétique car il s’agit d’un alibi merveilleux pour les écolo-malthusiens afin de mettre en œuvre leur idéologie totalitaire. Leur raisonnement simpliste et teinté de sophismes que je me permets de rappeler ici est le suivant : il y a trop de monde sur la Terre et cette population pléthorique émet des gaz à « effet de serre » et par voie de conséquence le climat se dérègle. Il faut donc développer des énergies renouvelables exemptes de carbone, faire payer le prix fort cette énergie et ainsi la croissance économique diminuera ainsi que la croissance de la population. On préservera alors les ressources finies de la planète pour les générations futures et on sauvera le climat, les forêts, les grenouilles, les herbes folles, les glaciers, les papillons et les petits oiseaux …

Ce montage idéologique est, malheureusement pour les écologistes, totalement faux et le but de ce billet est de le démontrer en s’inspirant largement de l’exemple des USA. Cet exemple est d’ailleurs parfaitement approprié car les USA sont le premier émetteur de carbone du monde et la population du pays continue à croître grâce à l’immigration malgré un taux de fertilité global de 1,86 naissances par couple. Il faut donc examiner point par point les faits plutôt que de déclarer que la planète et son climat sont en péril sur la base d’un a priori idéologique infondé.

Considérons comme premier fait les forêts. Depuis le milieu du XIXe siècle les forêts ont cessé de décroître en raison de l’usage du charbon puis du gaz de ville autrement appelé « gaz à l’eau » et enfin du pétrole et du gaz naturel. Aux USA l’arrêt de la déforestation débuta aux alentours de 1900 quand on inventa la créosote pour éviter que les traverses de chemin de fer ne pourrissent en quelques années. En Europe, les forêts étaient encore utilisées pour cuire le pain et se chauffer mais au cours des années 20 et 30, le gaz de ville fut jugé plus facilement utilisable que le bois par les boulangers des grandes villes et la demande en bois déclina. De même le chauffage domestique fit de plus en plus appel au charbon. Aujourd’hui si Franklin Roosevelt revenait se promener en Pennsylvanie ou dans le Connecticut il ne reconnaîtrait pas les paysages car ils sont maintenant recouverts de grands arbres … L’exploitation des forêts obéit à la loi fondamentale du commerce, celle de l’offre et de la demande. Quand l’offre fut remplacée par le gaz et le charbon les coupes claires des forêts nord-américaines cessèrent et aujourd’hui le mouvement s’amplifie en raison de la diminution de la surface des exploitations agricoles pour des raisons qui seront exposées ci-après.

La principale utilisation du bois reste aujourd’hui le papier-carton et le recyclage de mieux en mieux organisé a depuis une dizaine d’années permis un arrêt de la progression de l’utilisation du bois dans ce domaine. Enfin la généralisation du courrier électronique a également contribué à cette stabilisation. On a donc atteint un pic d’utilisation du bois et la déforestation tant redoutée des écologistes n’est qu’une apparence. En effet pour un hectare de forêt naturelle remplacée par une plantation, les rendements permettent rapidement d’économiser deux hectares de cette forêt naturelle. C’est le cas au Brésil où les eucalyptus destinés à la pâte à papier remplacent la forêt primaire et produisent 9 fois plus de bois que cette dernière ! Enfin les arbres génétiquement modifiés pour ne plus fleurir chaque année peuvent encore ajouter 30 % d’amélioration au rendement forestier :

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(Sources : FAO, 2013 et World Bank, 2012)

En France, l’INRA était très directement impliquée dans la mise au point de peupliers transgéniques stériles qui poussaient presque deux fois plus vite que les peupliers normaux en vue de réduire significativement l’exploitation des forêts pour produire de la pâte à papier. Les travaux ont brutalement cessé à la suite de destructions répétées d’essais en grandeur nature et à la suite du tarissement des crédits de recherche sur ordre du Ministère de l’Écologie, belle illustration de l’absurdité de l’idéologie écologiste !

Prenons maintenant l’exemple de l’agriculture et de l’élevage. La situation est encore plus évidente. Pour le maïs aux USA, entre 1900 et aujourd’hui la production a été multipliée par 6 alors que la surface plantée à diminué de 20 %. De fait la production de maïs surpasse en tonnage la totalité de toutes les autres cultures et élevages aux USA :
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(Source : US Census Bureau)

En ce qui concerne le maïs et son utilisation pour produire du « carburant vert » il s’agit largement d’une déviation réthorique à des fins de propagande. En effet, depuis l’interdiction du plomb-tétra-éthyle comme additif anti-cliquetage (je ne sais pas si c’est le terme exact), des dérivés synthétiques oxygénés ont d’abord été utilisés comme substituts aux dérivés organiques de plomb. Or la production de ces produits, entre autres le ter-butyl-éthyl-éther, se sont révélés beaucoup plus coûteux que l’alcool (éthanol) pour relever l’indice d’octane de l’essence. Ajouté dans une proportion de l’ordre de 10 % à l’essence de pétrole l’alcool produit massivement à partir d’amidon de maïs est maintenant utilisé comme agent anti-cliquetage dans tous les Etats des USA. La production d’alcool à partir de maïs ou encore de canne à sucre n’est donc pas du tout une démarche « écologique durable » mais elle entre dans la plus pure logique industrielle et financière :

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(Source : USDA Economic Research Service)

Pour la pomme de terre, la situation est identique, les rendements ont doublé entre 1970 et 2010 alors que les surfaces mises en culture ont diminué de 20 % et la production a de fait augmenté de 40 %. Ces évolutions ont permis de détourner la production de maïs vers l’alcool utilisé comme additif pour les carburants (voir supra). Il y a donc, comme pour le bois un découplage entre les surfaces utilisées et la production. On assiste exactement à la même tendance pour l’élevage.

Prosaïquement on peut dire que le bétail, les porcs et les poulets sont des « machines » à fabriquer de la viande à partir de productions agricoles. En prenant l’image du nombre de miles parcourus par une automobile avec un gallon d’essence, on peut faire la comparaison suivante : un bœuf ce serait 12 miles, un porc 40 et un poulet 60. La « machine » la plus efficace pour transformer des protéines végétales en viande est à l’évidence le poulet. C’est la raison pour laquelle les parts de marché du poulet on triplé aux USA depuis les années 1970 alors que la consommation de viande de bœuf a stagné durant la même période:

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(Source : USDA)

L’efficacité des élevages de poulet a par ailleurs permis de réduire les surfaces cultivées en maïs et en soja destinées à ces animaux. On assiste donc à un découplage général entre les besoins de la population en nourriture (ou en bois) et les surfaces arables (et arborables) exploitées. Cette tendance pourrait s’amplifier si on organisait correctement les circuits de distribution et si on revoyait le système législatif des dates de péremption complètement fantaisiste pour diminuer le gaspillage généralisé existant dans les pays de l’OCDE : il y a près d’un milliard d’êtres humains qui ne mangent pas à leur faim alors qu’il se gaspille annuellement 1,3 milliard de tonnes de nourriture dans ces pays, c’est-à-dire l’équivalent de la production agricole de l’Inde ! Le site californien Food Cowboy ( http://www.foodcowboy.com ) s’est spécialisé dans la redirection des aliments supposés périmés des supermarchés et des restaurants vers des organismes caritatifs offrant des repas aux plus démunis – car il y a aux USA près de 50 millions de personnes dépendant de la « soupe populaire » pour survivre sur 91 millions de chômeurs – on oublie trop souvent d’évoquer ce fait dans les statistiques concernant l’économie nord-américaine … L’Europe envisage très sérieusement de modifier les règlementations pour diminuer ce gaspillage scandaleux savamment organisé par les grands groupes de distribution alimentaire et on peut espérer que l’afflux récent et massif de réfugiés vers les pays européens accélérera ce processus. Si le problème du gaspillage était concrètement abordé alors le découplage entre l’utilisation des terres agricoles et les besoins de la population serait encore plus évident.

Pour en finir avec les secteurs agricoles, de l’élevage et du bois, il est important de mentionner dans ce processus de découplage le reverdissement de la planète (voir le lien) qui contribue au renforcement de ce dernier. On attribue ce reverdissement à un effet conjugué de l’augmentation de la teneur en CO2 atmosphérique puisque ce gaz est le principal « aliment » des végétaux et à l’augmentation, certes infime, de la température moyenne de la planète, quelques fractions de degré seulement par an ces trente dernières années. Cette tendance est exprimée en grammes de carbone immobilisé par an et par mètre-carré et est donc loin d’être négligeable. Ce verdissement global et planétaire à quelques exceptions près est le phénomène écologique le plus important de ces trente dernières années et il est largement passé sous silence car il est la directe conséquence de l’augmentation du CO2 atmosphérique (source : voir le lien) :
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Un autre aspect du découplage entre l’accroissement de la population et l’utilisation des matières premières minérales s’explique par l’apparition par exemple des smartphones et de bien d’autres technologies dites à juste titre intelligentes. La figure ci-dessous est loin d’être anecdotique car elle explique à elle seule l’infléchissement de l’utilisation d’un grand nombre de matières premières industrielles, depuis le papier jusqu’au cadmium en passant par l’aluminium ou le cobalt :
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Parmi toutes les productions industrielles seule l’électricité et les matières plastiques ont continué à progresser en volume depuis la fin des années 70. Il y a donc encore ici un découplage évident. Quant à la mesure, certes approximative, de l’activité économique rapportée à deux marqueurs admis comme fiables, le CO2 et les oxydes de soufre émis dans l’atmosphère, encore une fois, au moins pour les USA, il y a un découplage évident avec la progression du produit intérieur brut comme on peut le voir dans ces représentations de Kuznets (en orangé) décrivant l’état de l’environnement :

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Les émissions de SO2 ont cessé de croître après les années 70 et les émissions de carbone ont atteint un plateau alors que pourtant la population des USA a augmenté de 80 millions depuis cette date. Il y a beaucoup à parier que le développement des véhicules automobiles électriques et hybrides accélérera cette évolution et ce découplage entre l’utilisation des ressources terrestres et le développement.

On se trouve donc devant des faits incontestables et les arguments écolo-malthusiens ne tiennent plus car à l’évidence ils s’appuient non pas sur des faits mais sur des affabulations idéologiques et la preuve se trouve ici ( http://www.europeanfinancialreview.com/?p=1096 ) :

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Contrairement à ce que prétendent les écolo-malthusiens, la population de la planète a tendance à se stabiliser. Certes il faudra encore attendre quelques années pour que l’augmentation de l’espérance de vie ne joue plus son rôle mais à relativement court terme la population mondiale diminuera. Des surfaces considérables de terres arables seront alors rendues à la nature … On est donc loin de l’alarmisme et du déficit planétaire relatif à l’utilisation des ressource de la Terre et loin également d’une possible perturbation climatique liée aux activités humaines.

Source : Bloomberg et Rockefeller University

http://www.biogeosciences.net/12/653/2015/ doi:10.5194/bg-12-653-2015

http://phe.rockefeller.edu/news/wp-content/uploads/2009/09/SulfurCarbonDecouplingFinal2.pdf

Quand le pape se mêle de climat ça fait nerveux les écolo-malthusiens

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Le pape a récupéré l’Eglise de Scientologie Climatique à son profit parce qu’après tout le mouvement des planètes a été une préoccupation première de l’Eglise de Rome pendant des siècles. De là à s’approprier la « crise » climatique, ce sont les propres termes du pape dans sa récente encyclique, il n’y avait donc qu’un tout petit pas à franchir et c’est maintenant chose faite. Cette « crise » climatique est devenue une préoccupation centrale du Vatican. Mais il y a un gros problème pour les activistes pseudo-scientifiques, ces 97,5 % de « savants » qui n’admettent plus que qui que ce soit les contredise au sujet de la crise climatique, un peu, beaucoup, comme du temps de l’Inquisition. Le pape est passé à côté de la préoccupation essentielle : une nécessaire limitation autoritaire des naissances, la seule solution décente et envisageable dans l’urgence pour ne pas tous griller comme des toasts à brève échéance (dixit Christine Lagarde à Davos).

Quand on parle de cul, de capotes anglaises, de pilules ou d’avortement le Vatican s’énerve, s’émeut, devient nerveux et répand de l’eau bénite (à défaut de sperme) et des bénédictions pour calmer les esprits. Pas question de limiter les naissances, c’est écrit dans les Évangiles « copulez et multipliez pour la plus grande gloire de dieu » !

La récente encyclique ne s’adresse pas seulement aux catholiques mais à tous les peuples de la Terre et c’est là la grande différence, du jamais vu, qui énerve les climatologues politiques. Qu’est-ce que le pape est allé faire dans les affaires de l’IPCC ? Il s’agit pour beaucoup d’une résurgence de l’obscurantisme qui a caractérisé l’Église catholique pendant presque deux millénaires. De quel droit le pape se permet-il de donner des leçons de morale et de bonne conduite non seulement aux adeptes de la crise climatique mais également aux sceptiques !

Pour les alarmistes, la situation est limpide comme le dit clairement Paul Ehrlich du Stanford Woods Institute for Environment dans un commentaire paru ce 24 septembre dans le journal Nature Climate Change (voir le lien), journal scientifique à propos duquel j’ai déjà dit beaucoup de bien dans ce blog : « C’est clair comme du cristal. Quiconque est préoccupé par l’état de la planète et l’économie globale ne peut éviter de mentionner la population ». On est désormais informé, pour cet activiste malthusien de longue date qu’est Ehrlich – il avait mis en garde le gouvernement américain à propos des dangers de la surpopulation planétaire il y a plus de 50 ans – le pape a commis une erreur fondamentale (qui le damnerait jusqu’à la fin des temps) en ne mentionnant aucunement la nécessité pour maitriser la crise climatique d’établir à l’échelle mondiale un contrôle strict des naissances.

Selon les Nations-Unies, encore le « machin », la population atteindrait 9,7 milliards d’individus en 2050. Cette estimation n’est issue que d’un modèle (comme pour le climat) mais pour les scientifiques main-stream de la crise climatique, avec la « crise » de la surpopulation conjuguées, ce sera un cocktail assurément explosif. Il faut donc que le Vatican revoie sa copie et autorise – et même encourage – pour le bien de la planète le contrôle des naissances au risque de perdre toute crédibilité.

On est donc maintenant au fait des agissements des écologistes, ils ne se voilent même plus la face, ils ont abandonné toute pudeur et tout respect pour les trois cinquièmes de l’humanité alors que le pape mentionnait dans son encyclique qu’il ne fallait pas oublier les pauvres de ce monde. Au final le pape a frappé un coup dans l’eau et c’est tant mieux pour les écolo-malthusiens : l’Eglise Catholique n’a rien à voir avec le climat, à chacun son truc …

Illustration et lien Nature : http://www.nature.com/articles/nclimate2799.epd

Note : l’illustration est naturellement un des effets néfastes du changement climatique, ça s’appelle ici du « cherry-picking » caractérisé de photo choc. La science climatique c’est aussi ça …

Intense brassage génétique en Europe de l’Ouest au cours des siècles passés

L’Europe, du Portugal à l’Oural, à la Scandinavie et à la Mer Caspienne, a toujours été un lieu de passage et de migrations. Il faut aussi inclure dans cette mosaïque de pays et d’ethnies la Sardaigne, la Sicile et Chypre qui ont joué aussi un rôle non négligeable dans les flux migratoires de peuples provenant de régions aussi éloignées que la Sibérie, l’Inde, l’Asie Centrale, le Moyen-Orient ou encore la Mongolie. Les Européens sont donc la résultante d’un étonnant mélange de gènes dont on a pu préciser la chronologie en analysant les ADNs de 2192 individus représentant 144 types de populations. Cette chronologie des mouvements de populations et de mélanges génétiques a pris en considération 477812 différents polymorphismes impliquant une mutation sur une seule base de l’ADN (SNP).

En calculant la « distance génétique » séparant les individus analysés sachant que la dérive génétique est considérée comme constante au cours du temps, l’étude pilotée par le Wellcome Trust Center for Human Genetics de l’Université d’Oxford a pu ainsi « remonter dans le temps » et préciser quels ont été les mouvements de population qui ont abouti à l’Europe telle qu’on la connait aujourd’hui. Et ces calculs de distance sont extrêmement précis. Par exemple les Sardes se sont mélangé avec des populations provenant d’Afrique de l’Ouest entre 471 avant notre ère et 374 de notre ère culminant vers l’an 36, une date qui correspond jusqu’à nos jours à 65 générations de 29 ans en moyenne. Les Croates ont vu un afflux de gènes provenant de Lituanie et d’Arménie entre 492 et 877 avec une culmination en l’an 708. Les Français ont pour leur part été soumis à un afflux de gènes en provenance de Norvège entre 467 et 1224 avec un point culminant vers 858, à peu près à l’époque des invasions dites normandes mais il s’agissait en réalité de Vikings. Les mouvements de population ont été en général intenses entre les années 100 et 800 de notre ère puis ont repris entre les années 1000 à 1500. Ces deux périodes de l’histoire passée correspondent au sens large aux invasions dites « barbares » qui provoquèrent la chute de l’Empire Romain d’Occident et la deuxième vague de mélanges correspond à l’optimum climatique médiéval.

Il reste l’exception des Basques dont on ignore l’origine précise mais dont les gènes se retrouvent dans la population ibérique car ils n’étaient pas isolés et le Pays Basque a toujours été un lieu de passage fréquenté. Ce qui est ressorti de l’étude est que le peuplement basque est relativement récent puisqu’il s’est effectué entre les années 500 et 1000 de notre ère si on se réfère à la distance génétique existant aujourd’hui entre les Basques et les populations actuelles de la péninsule ibérique qui résultent elles aussi d’un mélange complexe de peuplades ayant migré tantôt du nord vers le sud et tantôt d’Afrique vers le nord. Quant aux « Roms », une population « à part », l’étude a montré qu’il existait un mélange génétique en provenance d’Inde. C’est d’ailleurs le seul exemple dans ce sens qui a pu être révélé avec précision.

Comme on peut le constater avec la figure ci-dessous tirée de l’article cité en référence, la situation génétique des populations européennes est loin d’être simple :

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Ce qui est intéressant de remarquer est qu’il y eut un brassage permanent de populations à l’intérieur même de l’Europe mais il ne faut pas oublier que des apports génétiques importants en provenance de Mongolie, de Sibérie et du Moyen-Orient se sont superposé aux mélanges internes à l’Europe et ils ne figurent pas dans l’illustration ci-dessus pour plus de clarté.

Source : Busby et al., The Role of Recent Admixture in Forming the Contemporary West Eurasian Genomic Landscape, Current Biology (2015), http://dx.doi.org/10.1016/j.cub.2015.08.007