Histoire de sangliers

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De l’Europe Centrale jusqu’à l’Espagne les sangliers sont un met de choix. Je garde d’ailleurs un souvenir ému d’une battue au sanglier dans les monts du Morvan durant laquelle un de mes amis abattit un sanglier avec une arbalète. Pour utiliser ce genre d’objet moyenâgeux il faut une bonne dose de sang-froid car on n’a pas trop le temps de recharger son arme alors qu’avec un fusil on peut le plus souvent tirer deux coups et se faire charger par un sanglier peut être tout simplement mortel.

Bref, en République Tchèque les autorités vétérinaires en charge de la sécurité des aliments ont eu la surprise de remarquer que la viande des sangliers était radioactive. Comme l’hiver a été particulièrement rude et neigeux en Europe Centrale, réchauffement climatique oblige, les sangliers du massif de la Umava ont cherché leur nourriture activement et en fouissant le sol avec leurs canines puissantes ils ont déterré des champignons qu’on appelle des fausses truffes. Or ces champignons qui poussent lentement ont accumulé des quantités importantes de césium-137 provenant des retombées radioactives de l’accident de Tchernobyl et les sangliers se sont donc trouvés contaminés et dans près de la moitié des cas la viande a été déclarée impropre à la consommation. Tant pis pour les Tchèques qui prisent la goulache au sanglier.

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Dans la Préfecture de Fukushima la situation est plus compliquée. Quand les habitants de certaines villes ont été évacués à la suite de l’accident de la centrale nucléaire endommagée par le tsunami géant du 11 mars 2011, il y a eu 6 ans hier, les sangliers sont descendus des montagnes et ont fait leur marché dans les jardins et les cultures désertés. Ils ont carrément envahi les villes car ce sont des animaux opportunistes.

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Dans la ville de Namie, littéralement colonisée par des sangliers, les habitants qui ont été évacués – 21500 – ont reçu l’autorisation des autorités de retourner vivre dans leur ville. La moitié d’entre eux attendent que les sangliers soient exterminés pas seulement parce qu’ils présentent un danger mais aussi parce qu’ils sont hautement radioactifs. La viande de beaucoup d’entre eux dépasse en effet le seuil de sécurité de parfois plus de 300 fois. Depuis 2011 plus de 13000 sangliers ont été abattus dans la région malgré le fait que leur viande est radioactive et impropre à la consommation et ce n’est pas pour leur viande que les chasseurs les ont pourchassés mais pour limiter les dégâts qu’ils occasionnent dans les villes, villages et rizières temporairement abandonnés ainsi qu’à l’intérieur des maisons …

Les autorités de sureté ont particulièrement étudié la radioactivité résiduelle dans la ville de Date où deux zones avaient été évacuées. Après 6 années tout est redevenu normal. Le lessivage par la pluie et la fonte des neiges a réduit les taux de radioactivité qui sont devenus maintenant indiscernables de la radioactivité naturelle du sol à laquelle il faut ajouter les rayonnements cosmiques. Le nettoyage des sols superficiels à grand frais a été probablement moins efficace que ce lessivage naturel.

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Sources : Science, Reuters et ATS. Photos Reuters, Kyodo et ATS

Une couveuse naturelle à têtards

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La grenouille japonaise des ruisseaux (Buergeria japonica) a trouvé une astuce pour que les têtards grandissent plus vite. Elle va pondre ses oeufs dans les sources chaudes. Au Japon on appelle ces sources des onsen et elles sont mises a profit pour être utilisées dans les bains publics très populaires dans ce pays. Dans la petite île subtropicale de Kuchinoshima, à 310 kilomètres au sud-ouest de Nagasaki, il n’y a que ce type de batraciens et il s’est adapté à l’environnement en mettant à profit cette eau chaude naturelle comme une sorte de couveuse pour les têtards qui grandissent alors plus vite.

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L’eau surgit des profondeurs de la roche volcanique à la température presque insupportable de 42 degrés mais les grenouilles adultes n’y vont que pour pondre. Drôle de comportement qui illustre l’adaptabilité de ces batraciens dont l’habitat est très diversifié puisqu’ils peuvent vivre jusqu’à des altitudes de 1800 mètres.

Source et illustration : Université de Hiroshima via AlphaGalileo

リュウキュウカジカガエル(琉球河鹿蛙、Buergeria japonica , Wikipedia

Le Protocole de Montréal revisité

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En 1987 fut signé le fameux protocole de Montréal introduisant le bannissement des chloro-fluoro-carbones sous prétexte qu’ils étaient destructeurs de l’ozone stratosphérique. Ce protocole fut organisé en sous-main par une major de l’industrie chimique qui disposait dans ses laboratoires de substituts aux CFCs couramment utilisés dans les réfrigérateurs, les conditionneurs d’air et les établissements de dégraissage à sec pour ne citer que ces exemples. Depuis on scrute ce trou d’ozone antarctique et il est toujours là bien que son étendue fluctue année après année. La grande nouvelle qui vient de sortir est que ce trou d’ozone aurait tendance à diminuer. En quelques années il aurait rétréci d’une surface équivalente à celle du sous-continent indien ! Une grande nouvelle bien qu’il y ait eu un petit couac avec l’éruption en 2015 du volcan chilien Calbuco qui a répandu massivement de l’oxyde de soufre (SO2) dans la haute atmosphère au dessus de l’Antarctique.

Il y a comme un doute puisque l’activité humaine émet des quantités massives de ce gaz … mais apparemment seuls les volcans ont un effet sur ce trou d’ozone.

Bref, des météorologistes et des physiciens comme par exemple du « National Center for Atmospheric Research à Boulder dans le Colorado s’activent à l’aide de modélisations (encore des subterfuges pseudo-scientifiques) pour prédire qu’en 2050, au train où vont les choses – et s’il n’y a pas trop d’éruptions volcaniques – le trou d’ozone aura complètement disparu. Merci au protocole de Montréal !

Il faut tout de même replacer cette psychose organisée à sa place. D’abord la situation des vents au sol et en altitude autour du continent Antarctique est unique. Il existe un vortex permanent qui isole la haute atmosphère du reste de la planète et créé une masse d’air relativement immobile prisonnière de ce système de vents très stable. D’autre part la teneur en ozone dépend naturellement de l’ensoleillement et de la température. Or ces deux paramètres sont beaucoup plus faibles au dessus de l’Antarctique que partout ailleurs sur Terre y compris au dessus de l’Arctique où ce vortex de vents n’existe pas avec une telle stabilité.

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Mais l’autre paramètre, ces CFCs et autres molécules chlorées ou bromées, intervenant dans la teneur en ozone atmosphérique et pris en compte dans le protocole de Montréal sont malheureusement (pour l’ozone) massivement produits par des processus bactériens naturels tant au sol que dans les océans. La production artificielle, pour faire savant on dira anthropogénique, est négligeable par rapport à cette production naturelle. Les bactéries du sol participent activement à cette production de produits halogénés volatils qui s’échappent dans l’atmosphère et contribuent, on ne sait pas trop dans quelles proportions puisqu’aucune étude sérieuse n’a été réalisée à ce sujet, à la détérioration encore très hypothétique, puisqu’appuyée seulement sur des simulations en laboratoire, de la couche d’ozone atmosphérique.

Une équipe de biologistes de l’Université de Tuebingen en Allemagne a étudié extensivement la population bactérienne du sol d’une forêt proche de l’Université. Il s’est agi d’abord d’identifier les bactéries du sol puis de retrouver par analogie de séquences d’ADN les principales activités enzymatiques susceptibles de participer au processus de formation de gaz halogénés, essentiellement le chloroforme (CHCl3) et le bromoforme (CHBr3) parmi plus de 5000 composés halogénés volatils dûment identifiés et produits par diverses activités bactériennes. Les espèces bactériennes prédominantes sont des Pseudomonas et des Bradyrhizobium. Ces bactéries possèdent des équipement spécifiques capables de transférer un ou plusieurs atomes de chlore ou de brome à toutes sortes de composés carbonés mais pas seulement ces deux halogènes puisque bien d’autres composés fluorés ou iodés ont pu également être identifiés. La production moyenne de CFCs volatils d’origine naturelle par le sol d’une forêt quelconque comme celui qui a été étudié est incroyablement élevée, de l’ordre de 3 à 8 microgrammes par kg de terre selon la profondeur de cette dernière. Ce résultat peut paraître négligeable mais il correspond à des dizaines de millions de tonnes de CFCs naturellement injectés dans l’atmosphère chaque jour quand on prend également en considération les océans !

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Alors que penser de cette gigantesque mascarade que fut le Protocole de Montréal ? Cette gesticulation mondiale n’eut pour but que de culpabiliser l’humanité entière en la préparant à l’autre pantomime ridicule du réchauffement climatique également basé sur la peur sans aucun fondement scientifique crédible. On s’achemine vers un refroidissement généralisé et durable qui va bouleverser les habitudes de vie des populations, engendrer des conflits de grande ampleur pour l’accès à la nourriture, des mouvements migratoires totalement incontrôlables, et la nature continuera à produire des CFCs, le trou d’ozone sera toujours là mais alors la peur aura trouvé une réelle justification …

Source : NASA’s Goddard Observatory, Scientific Reports doi : 10.1038/srep28958 et https://earth.nullschool.net/#current/wind/surface/level/orthographic=-2.68,-88.36,493/loc=-110.576,-51.661

ALERTE : bientôt plus de moules-frites !

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Le long de la côte ouest du Canada depuis quelques années et maintenant dans le nord-ouest de l’Espagne, en Galice, c’est la panique, les moules, les clams (ou palourdes) et les coques meurent massivement. Ces mollusques qui se nourrissent en filtrant l’eau de mer étaient considérés comme décimés par un virus dont on n’arrivait pas à identifier la présence.

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Cette fois le mystère est levé, il ne s’agit pas d’un virus mais d’un cancer transmissible comme celui du chien dont j’ai fait une mention dans ce blog il y a quelques semaines. Si le cancer du chien se transmet par contact sexuel, celui des moules est transmis par l’eau de mer qui transporte les cellules cancéreuses au loin. Quand une moule meurt de cette sorte de leucémie ces cellules se dispersent et vont contaminer d’autres moules. On croyait que quand l’hôte d’un cancer mourait c’était terminé, le cancer disparaissait avec lui. Pour le chien, le diable de Tasmanie et les moules ce n’est pas le cas et c’est terrifiant car ces cellules cancéreuses, qui normalement se limitent à une seule espèce, contaminent d’autres espèces de bivalves.

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L’équipe de biologistes dirigée par le Docteur Stephen Goff de l’Université Columbia à New-York a étudié ces cancers dans les moules, les coques (illustration) et deux espèces de clams et en est arrivé à la conclusion que ces cellules cancéreuses provenaient d’une autre espèce de clam. Des mutations ont favorisé l’émergence de cette malignité dans deux lignées cellulaires dont l’une est particulièrement agressive. Comme les mollusques bivalves disposent d’un système immunitaire rudimentaire ils ne peuvent pas se défendre et ce d’autant moins bien qu’ils ne peuvent plus reconnaître ces cellules cancéreuses. Le plus inquiétant dans cette affaire révélée dans un article paru dans le périodique Nature est la confirmation d’une transmission horizontale, c’est-à-dire entre espèces différentes (voir le lien en accès libre) et selon le Docteur Goff ce n’est peut-être pas le seul cas dans le monde vivant … En effet l’origine génétique de ces cellules cancéreuses est le Venerupis corrugata et elles vont infester d’autres espèces de bivalves. Ce clam semble avoir développé une sorte de résistance à ses propres cellules cancéreuses !

Un jour, les moules-frites ne seront peut-être plus qu’un lointain souvenir …

Source : DOI : 10.1038/nature18599

Après les oliviers, c’est au tour des frênes

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On en parle peu car après tout les frênes, en dehors de la confection de manches de pioche pour la future révolution, n’ont pas vraiment d’intérêt économique contrairement aux oliviers. Les ormes ont subi un sort funeste dans les années 70 et ont disparu du paysage forestier. Les frênes vont-ils subir la même destinée ? C’est la question que les spécialistes de l’environnement se posent très sérieusement. En effet les frênes subissent l’attaque de deux ravageurs, un coléoptère et un champignon. Depuis le début des années 2000 des millions de frênes sont morts à cause de ce scarabée originaire d’Asie après que sa présence ait été détectée en Amérique du Nord. Sa présence a été signalée dans la région de Moscou en 2003 et sa progression a été spectaculaire dans l’Europe entière puisqu’il arrive maintenant dans le nord de l’Allemagne.

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La larve de cet insecte (Agrilus planipennis) ravage l’écorce des branches de l’arbre qui finit par mourir. Le scarabée en lui-même n’est pas trop dangereux pour l’arbre, quelques feuilles lui suffisent chaque jour mais les larves annihilent le transport de la sève et les branches meurent les unes après les autres. Ci-dessous l’aire de répartition des frênes en Europe.

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Une autre plaie s’abat sur les frênes et elle est tout aussi mortelle. Il s’agit d’un champignon ascomycète appelé Hymenoscyphus fraxineus. Il s’agit d’une sorte de mutant d’un autre champignon qui n’était pas considéré comme fatal pour la végétation et déjà décrit au milieu du XIXe siècle. Cette nouvelle sous-variété d’ascomycète comporte en effet deux cycles de vie, une forme végétative constituée d’un mycélium qui attaque l’écorce des branches et une forme sexuée qui produit des spores aisément transportés par le vent. C’est la raison pour laquelle la progression de la maladie des frênes a été spectaculaire. Il semble que cette forme mutée soit apparue en Pologne où elle fut décrite pour la première fois en 1992. Aujourd’hui les frênes de l’Europe entière, y compris ceux des Iles Britanniques, sont infectés (voir le lien sur ce blog) et l’arrivée prévue du scarabée dont la progression est impossible à enrayer terminera le travail des ascomycètes. Des forêts européennes entières pourraient être défigurées à court terme …

Source : The Guardian, illustrations The Guardian, Wikipedia et onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/1365-2745.12566/full

https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/11/02/quand-les-eoliennes-remplacent-les-arbres/

Un enzyme qui dégrade le PET (polyéthylène-téréphtalate)

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Les matières plastiques en tous genres ont inondé nos vies quotidiennes, depuis les touches des claviers d’ordinateurs jusqu’aux bouteilles d’eau minérale en passant par les jouets, le mobilier ou encore les chaussures et les vêtements. Rien que pour le polyéthylène-téréphtalate, plus connu sous l’abréviation de PET, une matière plastique transparente constituant les bouteilles de boissons variées, la production annuelle mondiale était de 56 millions de tonnes en 2013, dont 60 % utilisés pour les fibres textiles, par exemple le Dacron, et le reste pour les emballages. Les monomères du PET sont issus directement du pétrole. Il s’agit de l’acide téréphtalique et de l’éthylène-glycol. Le PET est inerte et jusqu’à récemment il n’était pas considéré comme biodégradable. Des petits curieux avaient bien noté quelques dégradations ici ou là, dans les creux humides des centre de retraitement des matières plastiques, mais jamais personne ne s’était sérieusement penché sur les populations bactériennes susceptibles de dégrader ces produits envahissants. C’est ce à quoi s’est intéressée une équipe de biologistes de l’Institut de Technologie de Kyoto et de la Keio University à Yokohama.

Il y a en effet un immense enjeu économique et environnemental s’il existe des activités enzymatiques capables de dégrader le PET pour le recycler car traiter des résidus de matières plastiques dans un fermenteur avec des bactéries ou éventuellement avec des enzymes produits par sur-expression avec des bactéries ou des levures comme il en existe pour les lessives, certaines synthèses chimiques ou encore dans l’industrie textile est beaucoup plus rentable industriellement que de traiter des matières plastiques chimiquement ou encore à l’aide de canons à électrons.

L’équipe dirigée par le Docteur Kenji Miyamoto a donc suivi le chemin d’investigation classique en allant dans un premier temps collecter quelques 250 échantillons dans un centre de traitement des matières plastiques situé près d’Osaka. Une mixture bactérienne s’est révélée capable de pousser sur des films de PET dans un milieu de culture contenant essentiellement des sels minéraux et quelques vitamines.

La deuxième étape a consisté à isoler la bactérie capable de pousser sur ces films de PET et de la caractériser en détail. Elle a été nommée Ideonella sakaiensis car elle fait partie de la famille des « Ideonelleae ». Les toutes premières investigations ont montré que cette bactérie semblait, à l’aide de petits filaments (indiqués par des flèches dans l’illustration), excréter quelque chose sur le film de PET, probablement des enzymes capables de dégrader ce substrat carboné, le seul présent dans le milieu de culture.

L’étape suivante a donc tout naturellement conduit à la caractérisation des gènes de la bactérie qui étaient exprimés en présence de PET puis de sur-exprimer le produit de ces gènes dans des bactéries adéquates afin d’en étudier les propriétés et reconstituer le schéma de dégradation du PET. Et ça se passe ainsi :

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PETase est un enzyme qui hydrolyse le PET en fragments dont le MHET (monohydroxy-ethyl téréphtalate) qui va à son tour être coupé en téréphtalate et éthylène-glycol. Comme tout se passe en dehors de la bactérie, celle-ci a mis au point un système lui permettant de « pomper » ces deux molécules chimiques qui vont lui servir d’aliment carboné comme le CO2 atmosphérique sert d’aliment aux plantes et au plancton. Finalement la bactérie dispose d’un équipement enzymatique interne qui va conduire à l’acide protocatechuique facilement assimilé pour le métabolisme basal.

L’étape finale de ce travail remarquable a consisté à ajouter directement l’enzyme PETase à des films de PET et le résultat – une dégradation de ces films – a permis de vérifier qu’on n’avait pas besoin de la bactérie pour procéder à la dégradation de cette matière plastique en ses constituants initiaux.

À n’en pas douter ces travaux vont conduire à des applications industrielles pour dégrader le PET dans des conditions infiniment moins coûteuses en énergie que les techniques chimiques et physiques actuellement utilisées à petite échelle en raison de leur prix. On peut imaginer des fermenteurs de plusieurs centaines de milliers de litres dans lesquels une solution enzymatique réduira le PET en ses constituants initiaux qu’on pourra récupérer et repolymériser avec les catalyseurs adéquats. Cependant il ne faut pas oublier que la majeure partie du PET (plus de 50 %) est recyclée sous forme de fibres de mauvaise qualité qui servent notamment à fabriquer des revêtements de sol ou des vêtements particuliers comme les « polaires ». Il faut souhaiter un grand avenir à ces travaux innovants qui conjuguent les techniques les plus modernes de la biologie pour aboutir à une application industrielle respectueuse de l’environnement …

Source : Science, DOI : 10.1126/science.aad6359 , article aimablement communiqué par le Docteur Kenji Miyamoto que je tiens à la disposition de mes lecteurs.

Si on venait à manquer de phosphate, ce serait un catastrophe …

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En 2010, la société Ontario Pork, qui maintenait depuis 6 générations l’élevage de porcs modifiés génétiquement pour excréter moins de phosphate dans leurs fientes, à court de crédits et n’ayant pas la possibilité de commercialiser ces animaux car aucun pays n’avait autorisé cette commercialisation massacra tous les porcs et tira le rideau. Fin de l’histoire ? Pas tout à fait car l’Université de Guelph (Ontario) qui avait mis au point ces porcs transgéniques prit la précaution de conserver le matériel génétique … au cas où.

Un tout petit mot de ces « Enviropigs ». Ils ont été génétiquement modifiés pour sécréter dans leur salive un enzyme qu’ils ne possèdent pas et est capable de transformer le phytate des céréales en inositol et d’assimiler le phosphate résultant de l’action de cet enzyme. Le phytate est en effet de l’inositol phosphaté 6 fois. Les êtres humains ne possèdent pas cet enzyme (comme les cochons) et n’assimilent donc pas le phytate des céréales. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de supplémenter les aliments pour les porcs avec de la phytase d’origine bactérienne produite industriellement et également avec du phosphate. Tout cela a un coût mais la plus sérieuse des conséquences est le rejet par les porcs du phosphate excédentaire et non assimilé dans le lisier, polluant les rivières et au final la mer et ce cas de figure est identique pour les élevages de poulets.

Pourquoi cette entrée en matière car il n’y a pas que les porcs sur la planète, tout simplement parce qu’on commence très sérieusement à s’inquiéter de la disponibilité en phosphate pour les cultures. Au milieu du XIXe siècle le Chili et le Pérou firent fortune en exportant le guano déposé par les oiseaux marins depuis des millénaires le long des côtes du Pacifique. C’était la première source de phosphates connue pour fertiliser les sols en augmentant sensiblement le rendement des cultures. Aujourd’hui le guano est entré dans l’histoire et quelques rares pays disposent de minéraux riches en phosphate : le Maroc, la Russie, la Chine et les USA. Certains estiment que le « phosphate peak » sera atteint en 2030, d’autres sont plus optimistes et considèrent que les réserves connues (et à découvrir) permettront d’assurer l’approvisionnement en phosphate pendant encore 400 ans. La production actuelle de phosphate atteint 200 millions de tonnes. La France dont l’agriculture à haut rendement est friande en phosphate « consomme » environ 200000 tonnes par an de cette matière première oubliée car elle est occultée par l’or, le fer, l’aluminium ou encore l’uranium et le palladium. Il apparaît cependant nécessaire de développer de nouvelles technologies pour récupérer le phosphate des eaux usées afin de prévenir toute restriction de cet approvisionnement qui serait désastreuse pour la production agricole avec des conséquences bien pires qu’un changement climatique encore hypothétique. Le prix du phosphate a été multiplié par 6 depuis 2007 !

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Avant la production industrielle d’engrais le cycle agricole du phosphate était fermé, en d’autres termes on recyclait les excréments des animaux d’élevage (et des hommes) sous forme d’engrais. Le phosphate, le potassium et l’azote contenus dans ces excréments supplémentaient avantageusement et à coût réduit les cultures en ces éléments essentiels. L’exploitation des mines de phosphates a rompu ce cycle mais pas seulement. Il est interdit pour des raisons sanitaires aussi stupides qu’obscures d’épandre dans les champs le lisier de porc, les fientes de poulets et le purin des élevages de bovins. Tout est maintenant traité pour être soit-disant assaini et des millions de tonnes de phosphate et de nitrates se retrouvent rejetés dans les rivières et terminent leur course dans la mer. À force de vouloir protéger l’environnement on finit par le détruire. Ce le cas maintenant dans de nombreuses localités côtières littéralement empoisonnées par les rejets des rivières chargées en ces minéraux.

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Il reste pourtant une solution : extraire le phosphate et le nitrate des eaux usées et les recycler pour l’agriculture.La technologie de récupération du phosphate des eaux usées existe et une installation pilote est opérationnelle en Grande-Bretagne. Cependant pour des raisons économiques l’installation n’est pas rentable. Il faudrait en effet que le prix du phosphate double pour qu’une telle installation soit profitable. La société Ostara basée à Vancouver a repris et développé la technique britannique de récupération du phosphate des eaux usées et est déjà positionnée sur ce marché qui ne pourra que croître dans les années à venir. Souhaitons-lui longue vie et succès car de la disponibilité en phosphate dépend l’avenir de l’humanité …

Sources : http://ostara.com/ , http://www.thameswater.co.uk/ et https://en.wikipedia.org/wiki/Enviropig