Du « pass » sanitaire au pass climatique

L’épidémie coronavirale a été mise à profit par divers pays pour mettre en place un système de contrôle en temps réel de l’état sanitaire de chaque individu. Ce système de contrôle restreint les libertés individuelles et viole le secret médical, c’est un fait, mais il ouvre la porte à des extensions utilisant la même technologie informatique qu’il est facile d’imaginer. En effet la République populaire de Chine a déjà mis en place un système de surveillance généralisée de l’ensemble de la population conduisant à une évaluation en temps réel du degré de civisme de chacun qui rappelle de loin le permis de conduire à points que le législateur français imposa il y a quelques années. Si on est un bon conducteur respectueux de la loi on est bien considéré et on reste libre de circuler en voiture. Si on perd des points, on est puni et dans le pire des cas on est rééduqué. C’est sensiblement la description du carnet civique chinois.

Dès qu’un tel système est mis en place il peut facilement être étendu à d »autres domaines concernant toujours les comportements individuels. L’épidémie coronavirale a préparé les citoyens à la grande problématique qui va concerner, de gré ou de force, toutes les démocraties occidentales, celle du climat et par conséquent des émissions de carbone. Dans un article de la revue scientifique Nature Sustainability paru le 16 août dernier il est mentionné que toutes les dispositions mises en place pour le contrôle sanitaire de la population peuvent et donc doivent être étendues aux « permis personnels d’émissions de carbone » (Personal Carbon Allowances, PCA). En bref, chaque individu disposera d’un crédit carbone pour se déplacer, voyager, chauffer son logement et cuisiner, l’éclairer et utiliser les technologies de communication. Un compteur électrique intelligent pourra suivre en temps réel la consommation d’électricité et toutes les autres utilisations de combustibles carbonées seront d’une manière ou d’une autre contrôlées. Un « bon » citoyen ne « consommant » pas tous ses crédits carbone pourra les vendre une autre personne si celle-ci est sur le point de dépasser son quota de carbone. Toutes ces transactions de personne à personne physique seront naturellement suivies avec bienveillance par un organisme étatique, cela va de soi.

Le pass sanitaire, impensable il y a encore une année a pourtant été adopté par des dizaines de millions de personnes. Ces millions d’individus de bonne foi vont également adopter sans protester le pass climat. Ils devront se plier aux injonctions gouvernementales pour atteindre le but du développement durable, comprenez une réduction du niveau de vie. Dans la pratique et comme pour le pass sanitaire ce sont les smartphones qui serviront de mouchards pour enregistrer à quelle température votre logement sera chauffé ou refroidi en été.

Klaus Schwab avait mentionné cette « fenêtre d’opportunité » ouverte par l’épidémie coronavirale vers un monde nouveau et forcément meilleur. Détrompez-vous chers lecteurs, ce monde de demain ne sera pas meilleur il sera totalitaire, gouverné par les grandes puissances financières apatrides et des décideurs politiques non élus et hors sol. L’article est disponible sur ce lien : https://www.climatedepot.com/2021/09/04/study-in-journal-nature-covid-passports-tracking-apps-home-smart-meters-are-key-to-implement-personal-carbon-allowances-restrictions-on-individuals-that-were-unthinkable-only-one-year-befo/

Nouvelles du Japon : Kodokushi

Alors que les JO se déroulent à Tokyo plutôt bien malgré l’arrivée de fortes pluies qui ne dureront que deux ou trois jours le nombre de vieillards mourant seuls chez eux atteindra chaque jour, dans cette ville, une douzaine dans l’indifférence générale. Le kodokushi (孤独死) ou mort solitaire est bien là et JO ou pas il ne perturbe même pas la population. C’est un phénomène normal. En France, lors des gesticulations gouvernementales pour juguler l’épidémie coronavirale, combien de « vieux » sont morts chez eux ou dans les mouroirs pudiquement appelés EHPAD sans avoir revu leurs proches ? On peut presque dire que kodokushi n’est pas unique au Japon.

Le vieillissement de la population japonaise n’explique pas tout. Si en 2003 il n’y eut que 1451 cas de kodokushi à Tokyo, en 2018 il y eut 3882 kodokushi. Les autorités sanitaires japonaises ont suggéré de munir tous les vieillards esseulés d’un bracelet électronique qui transmets les informations en temps réel et qui autorise le porteur du bracelet à alerter les services d’urgence. Ce sont surtout les sociétés qui louent de modestes appartements qui le réclament car les frais de nettoyage après kodokushi sont considérables … Ça laisse songeur. Cependant la loi japonaise interdit d’imposer ce type d’appareil car il s’agirait alors d’une atteinte aux libertés individuelles, sous-entendu si un vieillard veut mourir seul c’est son droit le plus strict. La situation va donc perdurer. Une analyse de ce phénomène a été réalisée et elle indique bien qu’il touche autant les femmes que les hommes ( https://doi.org/10.1186/s12910-021-00657-9 en accès libre). Pour les curieux voici un reportage très éclairant sur ce phénomène de société :

https://youtu.be/gep6UGZm6h4 , source : BioEdge

Que se passe-t-il en France ?

Sur le fronton de toutes les écoles françaises il y a inscrit en grandes lettres visibles de loin la devise du pays : « Liberté, Égalité, Fraternité », c’était du moins le cas dans mon enfance, et cette devise était parfois présente dans les salles de classe. Qu’en est-il aujourd’hui ? Que sont devenues la liberté, l’égalité et la fraternité ? La liberté a été foulée aux pieds par les politiciens sous le fallacieux prétexte que le coronavirus était dangereux, qu’il allait tuer des millions de personnes et qu’il fallait par conséquent être confinés autoritairement, respecter toutes sortes de mesures liberticides dont par exemple la fermeture des restaurants et des bars, ces lieux conviviaux auxquels ont toujours été attachés les Français. La liberté de mouvement a été restreinte, la liberté de parole et la liberté d’expression ont été bridées, la liberté d’information est maintenant contrôlée via des censures sur ordre de l’Etat français. Par exemple le quotidien en ligne France-Soir est maintenant censuré car il a osé publier des articles et des interviews d’une objectivité remarquable au sujet du coronavirus que l’on ne trouvait nulle part ailleurs. Des médecins fameux et de renommée mondiale ont été privés de parole et le gouvernement comme au bon vieux temps du régime de Vichy a mandaté l’Ordre des Médecins, une organisation fasciste créée par Pétain, pour poursuivre les médecins récalcitrants sous le prétexte invraisemblable que ce sont des charlatans. Ces mêmes médecins ont été privés de leur liberté fondamentale de prescrire les médicaments qu’ils jugent en leur âme et conscience et forts de leur expérience passée susceptibles de sauver des vies, le devoir fondamental du médecin.

L’égalité ? En France où est l’égalité devant la loi par exemple : la justice est aux ordres du politique et pourtant cette séparation du pouvoir judiciaire et du pouvoir exécutif est la base même de la démocratie. Quant au pouvoir législatif, entendez les représentants du peuple au Parlement et au Sénat, il est totalement aux ordres : les élus du peuple n’ont même plus droit à la parole puisque le pouvoir décide par décrets et ordonnances. De plus ce pouvoir contrôle les canaux d’information grand public car ils sont eux-mêmes contrôlés par quelques 7 ou 8 personnages faisant partie de la caste « stato-financière », comme l’a si bien dit Emmanuel Todd, caste qui a porté au pouvoir l’actuel président de la République, cette République finançant par ailleurs ces canaux d’information pour mieux les contrôler. Ainsi la nation est scindée en deux classes : les riches et les gouvernants et tout le reste de la population qui n’a plus droit à la parole.

La fraternité ? Elle n’existe plus depuis bien longtemps en dehors de quelques organisations caritatives comme la Fondation Abbé-Pierre ou les Restos-du-coeur qui se battent pour permettre à une horde de pauvres de ne pas aller mourir dans un caniveau comme des chiens galeux. Rien d’autre à ajouter pour la fraternité, c’est le chacun pour soi et cette attitude a été amplifiée par le coronavirus, c’est désespérant.

Alors que se passe-t-il au juste en France ? Tout simplement une lente mais certaine dérive vers un totalitarisme autoritaire, dérive mise en place par petites touches pour préparer le pays au grand reset préconisé par Klaus Schwab et sa secte supranationale de super-riches et de grands dirigeants politiques dont fait partie le président français. Mais pour l’instant cette dérive vers le totalitarisme est masquée par l’urgence sanitaire et il y a deux explications alternatives. Ou bien le pouvoir refuse d’admettre ses mensonges et ses nombreuses erreurs de gestion de l’épidémie, et ces erreurs s’accumulent chaque jour, ou alors le pouvoir politique est pieds et poings liés par le lobby pharmaceutique, c’est-à-dire corrompu, et fait tout pour que l’épidémie ne soit pas enrayée et qu’elle perdure pour le plus grand profit des entreprises pharmaceutiques. Le lobby pharmaceutique est l’un des membres les plus influents de la secte de Schwab, faut-il le rappeler ? Le président français est-il lui-même corrompu ? On est en droit de se poser la question. Mais comme cela était mentionné plus haut la justice n’est plus indépendante du pouvoir exécutif alors elle ne mandatera jamais un juge d’instruction pour aller voir en détail ce qui se passe réellement dans les hautes sphères du pouvoir. Et si un journaliste d’investigation courageux tente de démêler ces arcanes de la corruption du pouvoir il sera embastillé manu militari voire « suicidé ». Les citoyens français peuvent toujours rêver à un avenir meilleur, ce n’est qu’une illusion …

Nouvelles du Japon : Naomi Osaka, héroïne japonaise contre les discriminations

L’actuelle troisième joueuse mondiale de tennis, de mère nippone et de père haïtien, a été érigée en héroïne de mangas pour filles. Un choix qui n’est pas anodin et qui permet d’interroger le Japon sur son rapport à la diversité ethnique alors qu’il se voit toujours en société relativement homogène.

Héroïne des courts de tennis, Naomi Osaka devient héroïne de manga. La joueuse japonaise, actuelle numéro 3 mondiale, va se retrouver, avec raquette et cheveux roses, à la une d’Unrivalled – Naomi Tenkaichi, littéralement : « Sans rivale – Naomi, la meilleure sous le ciel ».

L’éditeur Kodansha a annoncé le 29 novembre que le mensuel Nakayoshi, numéro un au Japon de « shojo manga » (少女漫画), les mangas pour filles, publierait dès février 2021 la série dessinée par l’auteure à succès Futago Kamikita, avec une héroïne « combattant pour protéger de l’obscurité, les rêves et les espoirs de chacun », soutenue par sa sœur, Mari, et ses parents.

L’éditeur surfe sur la popularité de celle qui est devenue l’icône d’un Japon métissé et ouvert au monde. Née en 1997 de mère nippone et de père haïtien, la jeune femme au sourire timide et à la volonté de fer a grandi aux Etats-Unis mais a choisi, devenue adulte, la nationalité japonaise.

Du racisme au Japon ?

Ses succès et son style faussement ingénu teinté de « kawaii » (« mignon », 可愛い ) l’ont vite rendue populaire – elle a une poupée Barbie à son effigie – et donnent un écho particulier à ses prises de position en soutien au mouvement Black Lives Matter (BLM) aux Etats-Unis et à la lutte contre les discriminations dans son pays natal. Les appuis sont nombreux, les critiques également. « Il n’y a pas de racisme au Japon. Ne provoquez pas de problème », lui a lancé en juin un Japonais sur Twitter. Pas démontée, la jeune femme a réagi par un virulent « NANIIIII?! » (« Quoi ?! » en japonais, 何 ) car elle se veut la « représentante des gens qui pensent qu’ils ne sont pas représentés ».

Sa voix porte dans un pays qui abritait, fin 2019, 2,93 millions d’étrangers, un record, dont 810 000 Chinois, 440 000 Coréens du Sud et 410 000 Vietnamiens. L’Archipel compte aussi un nombre croissant de métis, les « hafu » (prononciation japonaise de « half », « moitié » en anglais, métis, ハーフ), de plus en plus visibles dans le sport de haut niveau avec Naomi Osaka, mais aussi avec les sprinters Abdul Hakim Sani Brown (Nippo-ghanéen) ou Asuka Cambridge (Nippo-jamaïcain) ou le joueur de baseball Yu Darvish (Nippo-iranien). Une naissance sur 30 était en 2019 celle d’un « hafu » contre une sur 50 en 1990.

Cette internationalisation n’empêche pas les discriminations de perdurer dans un pays qui se sent toujours ethniquement pur. Longtemps, les victimes furent les Chinois et les Coréens. Nombre d’entre eux ont choisi un nom japonais pour « se fondre » dans la majorité. En l’absence de législation contre les discriminations, des politiciens n’hésitent pas à jouer sur le rejet de l’étranger. Candidat à la mairie de Tokyo en juillet, Makoto Sakurai, auparavant organisateur des « Heito supitchi », les discours de haine dans les rues contre les Coréens, appelait à interdire les aides sociales aux étrangers. Selon une enquête gouvernementale de 2017, 40% des étrangers se sont vu refuser l’accès à un appartement au motif que la résidence est « interdite aux étrangers ».

Blancheur de la peau

Les clichés perdurent dans un pays où la blancheur de peau reste valorisée et où une peau sombre, voire une simple ascendance étrangère, peut susciter de l’hostilité. « Comment Mme Osaka, multiculturelle, peut-elle représenter le Japon ? » s’interrogeait en 2019 Kunihiko Miyake, le président du centre d’analyses Foreign Policy Institute. Dans un spot publicitaire la même année, le géant des nouilles instantanées Nissin présentait Naomi Osaka et l’autre star du tennis nippon, Kei Nishikori, en version manga. La joueuse y apparaissait très « blanche» ». « Je suis bronzée, c’est assez évident », avait-elle réagi. Nissin avait retiré le spot et présenté ses excuses : « Il n’y avait aucune intention de blanchir ».

Au Japon, il y a une pression excessive pour que les gens se comportent et apparaissent comme des Japonais «normaux», regrette Julian Keane, du Centre de recherche sur les cultures urbaines de l’Université d’Osaka (ouest). « Un hafu qui réussit à l’international est généralement salué pour son héritage japonais, pas pour son héritage multiculturel », ajoute Kaori Mori Want, de l’Université Konan (Okayama, sud-ouest).

La hausse du nombre d’étrangers pousse de plus en plus de victimes à s’exprimer. « Je pensais que si je sautais de mon balcon et que je renaissais, je serais peut-être un Japonais normal », a ainsi écrit en juin, dans un tweet très remarqué, Louis Okoye, métis nippo-nigérian aujourd’hui joueur de baseball professionnel, qui a profité du mouvement BLM pour détailler son enfance ponctuée de moqueries sur sa couleur de peau.

Naomi Osaka peut-elle changer la donne ? Son sponsor, Nike, semble y croire. Dans une publicité diffusée depuis le 28 novembre dans l’archipel, vue plus de 16,8 millions de fois et suscitant de vifs débats sur Twitter, l’équipementier sportif met en scène trois jeunes footballeuses, une Japonaise, une Coréenne et une Noire. Toutes victimes de harcèlement à l’école, elles s’interrogent sur leur normalité, leurs qualités, avant de surmonter leurs souffrances par la persévérance. Un peu comme Naomi Osaka, d’ailleurs présente dans le spot.

Article de Philippe Esnard, correspondant à Tokyo du quotidien Le Temps

Note. J’ai deux petits-enfants métis franco-japonais. Ils sont parfaitement intégrés …

Petite leçon de grammaire

Comme beaucoup de « vieux » de ma génération, au collège on apprenait le latin puis le grec deux ans plus tard et accessoirement l’anglais également dès l’entrée au collège. Cet anglais était enseigné par un professeur qui visiblement n’avait jamais mis les pieds sur le territoire de Sa Majesté la Reine Elizabeth deuxième du nom. Par contre le professeur de latin connaissait sa matière et, Gaffiot aidant, on arrivait sans peine à traduire Cicéron, Séneque ou encore Ovide. Bref, passons à l’enseignement du français, tout de même la langue natale, qui se devait d’être correctement enseignée. Comment apprenait-on le français de mon temps ? Essentiellement en lisant toutes sortes de textes comme les incontournables Racine, Molière et Lafontaine mais aussi, pêle-mêle, Rimbaud, Rabelais, Gérard de Nerval, Madame de Sévigné et parfois Marguerite Yourcenar pour les privilégiés. De plus on devait apprendre et réciter de mémoire des textes variés en prose ou en vers.

L’orthographe s’apprenait donc par la lecture, la mémoire visuelle dans mon cas, mais également en faisant des efforts lors des dissertations ou des explications de texte. Le professeur était exigeant et on le devenait soi-même. Quant à la syntaxe, même cas de figure, le meilleur moyen de comprendre et appliquer un bonne syntaxe résidait encore dans la lecture comme Hugo ou Stendhal et qui sais-je encore. J’ai donné quelques cours bien des années après le collège, années dont je viens de parler, à l’Université à des étudiants « bac+5 » qui devaient rédiger un rapport de 10 pages. La note que je devais attribuer à leur copie était éliminatoire (je crois que ça n’existe plus) et ces étudiants le savaient. Puisque j’étais plutôt conciliant et que je n’avais pas l’intention de les mettre dans une situation difficile je leur ai proposé un essai, une sorte de rapport « blanc ». Sur mon groupe de 30 élèves – ils briguaient tout de même le diplôme de maîtrise en fin d’année – je mis 15 zéro, 12 huit sur vingt et 3 douze sur vingt. Dans l’ensemble tous ces rapports étaient de très bonne qualité mais les notes étaient relatives à l’orthographe. Je leur ai donné une bonne leçon et rendu un très grand service. Pour trouver un emploi qualifié, après cinq années d’études universitaires dans une discipline scientifique, la science ne suffit pas, il faut aussi parler correctement sa propre langue avec le minimum de fautes d’orthographe et de syntaxe et également être capable de s’exprimer clairement. Je ne suis pas certain que ce soit encore le cas.

Bref, j’ai capté cette illustration lors d’une émission de Frédéric Taddeï, l’un des rares journalistes qui laisse ses invités s’exprimer sans les interrompre sans arrêt et elle m’a donné l’occasion de disserter au sujet de la langue française. Ici il s’agit d’écriture dite « inclusive ». Je n’ai toujours pas compris ce que « écriture inclusive » signifiait. J’ai lu ou plutôt tenté de décrypter le slogan que brandissait probablement une femme, je pense que peu d’hommes se vernissent les ongles, et je n’ai rien compris. Je passe sur « quand tout sera privé » qui ne veut strictement rien dire, il aurait été plus correct d’écrire « privatisé » puisque c’était le motif de cette manifestation, me semble-t-il. Suit alors « on sera privé-e-s de tout ». À quoi sert ce « -e-s » puisque « on » n’a pas de genre au sens grammatical du terme : par définition il s’agit d’un pronom indéfini. On ne peut pas écrire « On est » : c’est également doublement faux si on écrit privé au pluriel sauf si on ajoute « tous » ce qui donne « On est tous privés » et si on veut donner un genre à l’article « on » on peut lui enjoindre le mot « toutes », ce qui donnera alors « on est toutes privées ». Les adjectifs « privés » et « privées » s’accordent alors avec respectivement les mots « tous » et « toutes » qui introduisent un genre au pronom indéfini « on ». Qu’est-ce que c’est que ce charabia dit inclusif, qui a inventé ce truc stupide et pourquoi ? Je suppose que c’est sorti du cerveau dérangé de viragos écolo-gauchistes mal baisées qui n’ont probablement jamais lu ni Hugo, ni Zola, ni Verlaine et encore moins Montherlant ou Voltaire. La langue française est maintenant parfaitement parlée et écrite par des Sénégalais ou des Ivoiriens, c’est un comble !

Politique contre science : le principe de précaution

L’invocation du principe de précaution – un concept développé par les militants écologistes du XXe siècle – intensifie considérablement l’attaque contre la science moderne. Article de Ralph Alexander paru sur son blog Science under Attack.

Destiné à la prise de décision lorsque les preuves scientifiques disponibles sur une menace potentielle pour l’environnement ou la santé sont très incertaines, le principe de précaution a été utilisé pour justifier un certain nombre de politiques et de lois environnementales à travers le monde. Malheureusement pour la science, le principe a également été utilisé pour soutenir une action politique sur des dangers présumés, dans les cas où il n’y a que peu ou pas de preuves de ces dangers.

Les origines du principe de précaution (1, références et liens en fin de billet) remontent à l’application au début des années 1970 du principe allemand de «Vorsorge» ou de prévoyance, basé sur la conviction que les dommages environnementaux peuvent être évités par une planification minutieuse. Le « Vorsorgeprinzip » est devenu le fondement de la législation et des politiques environnementales allemandes dans des domaines tels que les pluies acides, la pollution et le réchauffement climatique. Le principe reflète le vieil adage selon lequel « il vaut mieux prévenir que guérir » et peut être considéré comme une réaffirmation de l’ancien serment d’Hippocrate en médecine : « Premièrement, ne faites pas de mal ».

Formellement, le principe de précaution peut être énoncé comme suit : « Lorsqu’une activité soulève des menaces d’atteinte à la santé humaine ou à l’environnement, des mesures de précaution devraient être prises même si certaines relations de cause à effet ne sont pas pleinement établies scientifiquement ». Mais en dépit de ses nobles intentions, le principe de précaution repose dans la pratique bien plus sur des considérations politiques que sur la science. C’est l’affirmation « non pleinement établie scientifiquement » qui à la fois embrasse le principe en cause et, en même temps, la laisse ouverte à la manipulation et à la subversion de la science.

Un exemple notable de l’intrusion du principe de précaution politique dans la science est l’interdiction des cultures d’OGM (organismes génétiquement modifiés) par plus de la moitié des pays de l’Union européenne. Les interdictions découlent de la croyance répandue et fondée sur la peur selon laquelle la consommation d’aliments génétiquement modifiés est dangereuse, malgré le manque de preuves scientifiques que les OGM ont déjà causé des dommages à un être humain ou à un animal.

Dans une étude réalisée en 2016 par la National Academy of Sciences, Engineering and Medicine aucune preuve substantielle n’a été trouvée que le risque pour la santé humaine était différent pour les cultures OGM actuellement sur le marché que pour leurs homologues traditionnellement croisées. Cette conclusion provient d’études épidémiologiques menées aux États-Unis et au Canada, où la population consomme des aliments OGM depuis la fin des années 1990, et d’études similaires au Royaume-Uni et en Europe, où très peu d’aliments OGM sont consommés.

Le principe de précaution sous-tend également la CCNUCC (Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques), le traité de 1992 qui a servi de base à toute action politique ultérieure sur le réchauffement climatique. Il y a un manque de preuves scientifiques empiriques pour le récit du changement climatique anthropique catastrophique (causé par l’homme). Pourtant, la peur irrationnelle des conséquences désastreuses du réchauffement climatique pousse les militants à invoquer le principe de précaution afin de justifier des remèdes inutiles et coûteux tels que ceux inscrits dans l’Accord de Paris ou le Green New Deal.

L’un des plus gros problèmes du principe de précaution est qu’il préconise essentiellement l’évitement des risques. Mais l’évitement des risques comporte ses propres risques.

Les dangers, grands et petits, font partie intégrante de la vie quotidienne. Nous acceptons le risque, par exemple, d’être tué ou gravement blessé en voyageant sur les routes car le risque est contrebalancé par la commodité de se rendre rapidement à destination ou par notre désir d’avoir des produits frais disponibles au supermarché. L’application du principe de précaution signifierait, en plus des mesures de sécurité déjà en place, réduire toutes les limites de vitesse à 20 kilomètres/heure ou moins – une solution manifestement impraticable qui nous ramènerait à l’époque du cheval et de la diligence de nos ancêtres.

Un autre exemple concret d’une conséquence involontaire du principe de précaution est ce qui s’est passé à Fukushima, au Japon, à la suite de l’accident nucléaire déclenché par un tremblement de terre et un tsunami massifs le 11 mars 2011. Comme l’ont décrit les auteurs d’un récent document de travail (2), L’arrêt de la production d’énergie nucléaire par mesure de sécurité et son remplacement par l’énergie fossile ont fait grimper les prix de l’électricité jusqu’à 38%, diminuant la consommation d’électricité, en particulier pour le chauffage pendant les hivers froids. Cela a eu un effet dévastateur, selon les auteurs de ce rapport : « L’augmentation estimée de la mortalité due à la hausse des prix de l’électricité dépasse largement la mortalité due à l’accident lui-même, ce qui suggère que la décision de cesser la production nucléaire a causé plus de tort que de bien » (voir également 3).

Le respect du principe de précaution peut également étouffer l’innovation et constituer un obstacle au développement technologique. Dans le pire des cas, une technologie avantageuse peut être interdite en raison de son impact potentiellement négatif, laissant ses avantages positifs non réalisés (4). Dans l’exemple cité dans le lien 4, le principe de précaution a été masqué par un autre principe tout aussi contestable qui en est un corollaire, celui de la traçabilité d’un produit. Cela pourrait bien être le cas pour les OGM et leurs dérivés alimentaires courants. Les plus de 30 pays qui ont interdit la culture de cultures génétiquement modifiées peuvent se fermer à la promesse de produire des aliments moins chers et plus nutritifs.

Le principe de précaution oppose la science à la politique. Dans un monde idéal, le conflit entre les deux serait résolu avec sagesse. Dans l’état actuel des choses, cependant, la science est souvent soumise aux besoins et aux caprices des décideurs.

1. http://www.ejolt.org/2015/02/precautionary-principle/

2. https://www.iza.org/publications/dp/12687/be-cautious-with-the-precautionary-principle-evidence-from-fukushima-daiichi-nuclear-accident

3. https://jacqueshenry.wordpress.com/2020/01/31/la-stupidite-du-principe-de-precaution-illustration-avec-le-tritium-a-la-centrale-nucleaire-de-fukushima-daiichi/

4. https://jacqueshenry.wordpress.com/2017/07/04/le-principe-de-precaution-et-simone-veil-une-catastrophe/

La politique de stérilisation forcée de minorités et de handicapés a perduré aux Etats-Unis jusqu’à très récemment.

En août 1964, le North Carolina Eugenics Board s’est réuni pour décider si une femme noire de 20 ans devait être stérilisée. Parce que son nom et son dossier ont été retrouvés dans les archives, nous l’appellerons Bertha. Elle était une mère célibataire avec un enfant qui vivait au O’Berry Center pour adultes afro-américains ayant une déficience intellectuelle dans la ville de Goldsboro. Selon le North Carolina Eugenics Board, Bertha avait un QI de 62 et présentait « un comportement agressif à tendance sexuelle ». Elle était devenue orpheline lorsqu’elle était enfant et avait reçu une éducation limitée. Probablement en raison de son « faible score de QI », le jury a déterminé qu’elle n’était pas en mesure de se réadapter.

Au lieu de cela, le conseil du North Carolina Eugenics Board a recommandé la « protection par stérilisation » pour Bertha, car elle était « débile » et jugée incapable « d’assumer la responsabilité d’elle-même » et de son enfant. Sans l’en informer, le tuteur de Bertha a signé le formulaire de stérilisation.

L’histoire de Bertha est l’une des 35 000 histoires de stérilisation que nous reconstruisons au laboratoire de stérilisation et de justice sociale (https://www.ssjlab.org/). Notre équipe interdisciplinaire explore l’histoire de l’eugénisme et de la stérilisation aux États-Unis à l’aide de données des archives et d’histoires. Jusqu’à présent, nous avons consulté des documents historiques de la Caroline du Nord, de la Californie, de l’Iowa et du Michigan.

Eugénisme

Plus de 60 000 personnes ont été stérilisées dans 32 États au cours du XXe siècle sur la base de la « fausse science » de l’eugénisme, un terme inventé par Francis Galton en 1883 (voir les liens en fin de billet).

Les eugénistes ont appliqué les théories émergentes de la biologie et de la génétique à l’élevage humain. Les élites blanches avec de forts préjugés sur qui était « apte » ou « inapte » ont embrassé l’eugénisme, croyant que la société américaine serait améliorée par une augmentation de l’élevage des Anglo-Saxons et des Nordiques, qu’ils supposaient avoir un QI élevé. Quiconque ne correspondait pas à ce moule de perfection raciale, qui comprenait la plupart des immigrants, des Noirs, des Autochtones, des Blancs pauvres et des personnes handicapées, est devenu la cible des programmes d’eugénisme.

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Une vieille carte des États-Unis montrant l’état des lois d’eugénisme des États en 1913. Environ la moitié des États ont des lois ou sont en train de les créer.

L’Indiana a adopté la première loi sur la stérilisation au monde en 1907. Trente et un États ont emboîté le pas. Les stérilisations sanctionnées par l’État ont atteint leur apogée dans les années 1930 et 1940, mais se sont poursuivies et, dans certains États, ont augmenté au cours des années 1950 et 1960. Les États-Unis étaient le leader international de l’eugénisme. Ses lois sur la stérilisation ont en fait intéressé l’Allemagne nazie. La « loi de 1933 pour la prévention des descendants atteints de maladies héréditaires » du Troisième Reich était inspirée des lois de l’Indiana et de la Californie. En vertu de cette loi, les nazis ont stérilisé environ 400 000 enfants et adultes, pour la plupart des juifs et d’autres « indésirables », qualifiés de « défectueux ».

Racisme anti-noir et stérilisation

L’équipe du Laboratoire de stérilisation et de justice sociale (voir le lien plus haut) a découvert des tendances remarquables en matière de stérilisation eugénique. Au début, les programmes de stérilisation ciblaient les hommes blancs, se développant dans les années 1920 pour toucher le même nombre de femmes que d’hommes. Les lois utilisaient des étiquettes de handicap larges et en constante évolution telles que « faiblesse d’esprit » et « déficience mentale ». Au fil du temps, cependant, les femmes et les personnes de couleur sont devenues de plus en plus la cible, car l’eugénisme a amplifié le sexisme et le racisme.

Ce n’est pas un hasard si les taux de stérilisation des femmes noires ont augmenté avec le début de la déségrégation. Jusque dans les années 1950, les écoles et les hôpitaux américains étaient séparés par race, mais l’intégration menaçait de briser l’apartheid de Jim Crow. Le contrecoup impliquait la réaffirmation du contrôle de la suprématie blanche et des hiérarchies raciales spécifiquement à travers le contrôle de la reproduction des Noirs et des futures vies des Noirs par la stérilisation.

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En Caroline du Nord, l’Etat qui a stérilisé le troisième plus grand nombre de personnes aux États-Unis – 7600 personnes de 1929 à 1973 – les femmes étaient largement plus nombreuses que les hommes et les femmes noires étaient stérilisées de manière disproportionnée. Une analyse préliminaire montre que de 1950 à 1966, les femmes noires ont été stérilisées trois fois plus que les femmes blanches et plus de 12 fois plus que des hommes blancs. Ce schéma reflétait l’idée que les femmes noires n’étaient pas capables d’être de bons parents et que la pauvreté devait être gérée avec des contraintes de reproduction. La stérilisation de Bertha a été ordonnée par un conseil d’eugénisme de l’État, mais dans les années 1960 et 1970, de nouveaux programmes fédéraux comme Medicaid ont également commencé à financer des stérilisations non consensuelles. Plus de 100 000 femmes noires, latino-américaines et amérindiennes ont été touchées.

Beaucoup de femmes ont eu honte et ont dissimulé leur état sans même le dire à leurs parents et amis les plus proches. D’autres sont descendues dans la rue et ont intenté des poursuites pour protester contre la stérilisation forcée. Le puissant documentaire « No Más Bebés » ( https://www.pbs.org/independentlens/films/no-mas-bebes/ ) raconte l’histoire de centaines de femmes mexicaines américaines contraintes de se faire ligaturer les trompes dans un hôpital du comté de Los Angeles dans les années 1970. L’une d’elles, devenue plaignante dans une affaire contre l’hôpital des décennies plus tard, a déclaré que son expérience lui donnait toujours envie de pleurer ( https://www.nbcnews.com/news/latino/no-m-s-beb-s-looks-back-l-mexican-moms-n505256 )

Les stérilisations forcées continuent toujours

Entre 1997 et 2010, des stérilisations non désirées ont été effectuées sur environ 1 400 femmes dans les prisons californiennes. Ces opérations étaient basées sur la même logique de mauvaise parentalité et de gènes indésirables évidents qu’en Caroline du Nord en 1964. Le médecin effectuant les stérilisations a déclaré à un journaliste que les opérations étaient des mesures d’économie de coûts.

Malheureusement, la stérilisation forcée se poursuit. Des femmes roms ont été stérilisées contre leur gré en République tchèque aussi récemment qu’en 2007. Dans le nord de la Chine, les Ouïghours, un groupe minoritaire religieux et racial, ont été soumis à une stérilisation massive et à d’autres mesures de contrôle extrême de la population.

Toutes les campagnes de stérilisation forcée, quel que soit leur moment ou leur lieu, ont une chose en commun. Elles impliquent de déshumaniser un sous-ensemble particulier de la population jugée moins digne de reproduction et de formation d’une famille. Elles agrègent les perceptions du handicap avec le racisme, la xénophobie et le sexisme, aboutissant à la stérilisation disproportionnée des groupes minoritaires.

Article du Professeur d’histoire Alexandra Minna Stern, Université du Michigan, paru le 29 août 2020 sur le site The Conversation via le site BioEdge.

Note de votre serviteur. Quand un gouvernement mondial sera mis en place pour sauver le climat et maîtriser les épidémies l’une des premières dispositions que prendra ce gouvernement sera de limiter autoritairement les naissances. Les mouvements écologistes adorateurs de Gaïa ne clament-ils pas déjà que faire des enfants est mauvais pour le climat ? Si les peuples ne réagissent pas pour contrer cette mise en place rampante et insidieuse d’une gouvernance mondiale que les limitations des libertés individuelles relatives à la grippe coronavirale préfigurent alors ils se retrouveront relégués au rang d’esclaves de l’élite mondiale qui se sera arrogé tous les droits sur les individus. Triste destin que l’humanité se prépare, une soumission totale à laquelle elle consent déjà en silence.

Liens

https://www.medecinesciences.org/fr/articles/medsci/abs/2009/08/medsci2009256-7p641/medsci2009256-7p641.html

https://www.npr.org/sections/thetwo-way/2013/07/09/200444613/californias-prison-sterilizations-reportedly-echoes-eugenics-era?t=1598874364374

https://www.aljazeera.com/indepth/features/2016/07/roma-women-share-stories-forced-sterilisation-160701100731050.html

Exploitation du corps féminin (4) : L’attitude des féministes japonaises

Au Japon les mères porteuses étrangères devinrent progressivement, malgré les interdictions juridiques qui du fait de la demande croissante s’assouplirent au cours des années, d’abord russes puis ukrainiennes et enfin géorgiennes bien que certains couples faisaient encore appel à des organisations américaines. Les Ukrainiennes et les Géorgiennes étaient considérées comme des Occidentales, blanches et chrétiennes, donc pénétrées des enseignements altruistes de leur religion même si pour nombre de Japonais la religion chrétienne paraît mystérieuse voire incompréhensible en regard du bouddhisme et du shintoïsme. L’attitude des mouvements féministes japonais est ambigüe dans le mesure où d’une part ces mouvement considèrent que les mères porteuses pour autrui constituent un élément indéniable de la libération de la femme japonaise. D’autre part les féministes considèrent qu’accepter d’être une mère porteuse contribue au développement d’une collaboration ou d’une nouvelle forme d’entraide entre femmes. Rarement les mouvements féministes ont considéré que rémunérer une mère porteuse était une forme de prostitution. En effet, la mère porteuse-concubine n’était pas considérée comme une prostituée bien qu’elle ait pu être parfois obligée de consentir à avoir, selon toute vraisemblance, des relations sexuelles répétées et plus ou moins consenties avec le chef de famille. La mère porteuse moderne, pour certaines féministes japonaises, paraissait être une résurgence d’une forme d’autorité patriarcale ancienne mais révolue dans le Japon moderne. Enfin pour les féministes le spectre de la soumission par l’homme n’est plus une cause à défendre dans le cas de la grossesse pour autrui car ces femmes choisissent librement de « louer » leur utérus puisque personne ne les contraint à faire ce geste.

La forme moderne de la grossesse pour autrui a établi une séparation totale entre la sexualité et la reproduction. La seule intrusion physique dans le corps de la femme porteuse est l’introduction d’une sonde dans l’utérus via le vagin pour y transférer l’embryon, en général plusieurs embryons car l’expérience a montré que l’implantation d’un seul embryon était dans la grande majorité des cas vouée à l’échec.

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Enfin, ce mythe de la femme blanche, chrétienne et occidentale comme idéale pour porter l’enfant d’autrui a franchi les frontières du Japon. Et ce phénomène est tout à fait inattendu car il s’est répandu en Chine. Depuis l’autorisation faite aux couples chinois d’avoir à nouveau deux enfants, la fin de la politique de l’enfant unique qui avait provoqué une recrudescence des foeticides de sexe féminin dans ce pays, on assiste à l’apparition d’une multitude d’agences proposant les services de mères porteuses essentiellement dans les pays occidentaux, la Russie et la Géorgie faisant partie de ces pays ainsi que paradoxalement les Etats-Unis. Pour l’Eurasie l’agence Newlife Georgia établie à Tbilisi, par exemple, est implantée dans de nombreuses grandes villes de Chine. On peut conclure que la grossesse pour autrui a suivi le mouvement de la mondialisation de l’économie. Le cas de la Chine est significatif : comment avoir imaginé il y a 30 ans que des couples de Chinois aisés fassent appel aujourd’hui à des femmes de Californie, pas nécessairement blanches mais avant tout chrétiennes, pour porter leurs enfants (illustration). N’est-ce pas une preuve de l’émergence dans ce pays d’une classe moyenne aisée ?

Tous les billets de cette série ont été inspirés d’un article de Madame Yoshie Yanagihara, Professeur à la Tokyo Denki University, doi : https://doi.org/10.1111/bioe.12758, qui m’a été gracieusement communiqué par l’auteur, vivement remerciée ici.

Exploitation du corps féminin (3) : émergence de la mère porteuse moderne au Japon

En 1978 la technique de fertilisation in vitro fut mise au point. En bref il s’agissait de prélever des ovules par ponction ovarienne chez la future mère biologique et de les féconder avec le sperme de son époux ou d’un donneur de sperme le cas échéant. Cette technologie avait été mise au point auparavant en utilisant des animaux d’élevage, principalement des ovins, car elle intéressait également les vétérinaires. Des législateurs américains, dont l’avocat Noël Keane, codifièrent l’utilisation de la fécondation in vitro dans le cas où celle-ci nécessiterait l’utilisation d’un utérus porteur pour finaliser ce processus de reproduction car les laboratoires avaient tout de suite subodoré la possibilité de gros profits. Il fallut moins de dix ans pour que les Américains exportent la fécondation in vitro au Japon mais l’opinion japonaise n’était pas très favorable car elle rappelait la pratique de la mère porteuse-concubine (mekake). Le gynécologue Yuriko Marumoto insista sur le fait que cette pratique avait existé au Japon bien avant l’apparition de la technique de fécondation in vitro et des féministes s’élevèrent contre le fait que la perspective de voir apparaître des mères porteuses constituait une sorte d’adultère scientifique et que cette industrie nouvelle exportée par les Etats-Unis n’existait que par la motivation de profits potentiels.

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Lorsque les médias japonais couvrirent l’aventure du couple célèbre de la télévision japonaise, Aki Mukai et Nobuhiko Takada, on peut difficilement faire abstraction de la finalité de cette mise en scène qui passionna les téléspectateurs japonais. L’épouse de Takada avait du subir une hystérectomie à la suite d’un cancer du col. Ils allèrent donc aux Etats-Unis pour se soumettre à une fécondation in vitro et engagèrent plusieurs femmes pour être mères porteuses, les chances de réussite étant en effet relativement limitées. L’une de ces mères porteuses mit au monde avec succès des jumeaux et les époux Aki Mukai et Nobuhiko Takada (illustration) revinrent en héros au Japon. Il fallut franchir le mur de l’administration japonaise pour faire enregistrer leurs enfants, étant les parents biologiques, alors qu’ils étaient nés aux Etats-Unis par l’intermédiaire d’une mère porteuse blanche, chrétienne, américaine, un cas de figure inédit pour cette administration particulièrement tatillonne.

Une intense campagne télévisuelle exposant les difficultés administratives du couple fut confortée par le fait qu’un couple japonais avait fait la même démarche en s’adressant à une mère porteuse en Inde ( http://news.bbc.co.uk/2/hi/south_asia/7544430.stm ). Un imprévu émotionnel largement rapporté par la télévision japonaise fit que l’enfant né en Inde d’une mère porteuse n’avait plus de mère du tout parce que le couple japonais avait divorcé avant la naissance de l’enfant sur le sol indien. Si l’administration japonaise déclara que les mères porteuses par fécondation on vitro hors du Japon étaient dorénavant interdites au Japon, néanmoins les médias continuèrent à exercer une intense pression médiatique. Les époux vedettes de la télévision affirmèrent véhémentement que les femmes embauchées aux Etats-Unis pour être mères porteuses ne l’avaient pas fait par appât du gain mais seulement pour rendre un service, en tant que chrétiennes, à ce couple en perdition. Aki Mukai, la mère biologique, écrivit un livre relatant son aventure rocambolesque qui fit l’objet d’une série télévisuelle.

Dans cette série télévisuelle l’argument majeur insistait sur le fait que ces femmes porteuses volontaires américaines ne s’étaient pas proposées comme mères porteuses pour réaliser un gain financier mais seulement par motivation religieuse, en quelque sorte par charité et amour de leur prochain. La conséquente rémunération perçue par les deux Américaines passa judicieusement inaperçue car elle était incluse dans l’ensemble des frais médicaux considérables occasionnés par la fécondation in vitro elle-même mais également par la préparation hormonale des futures mères porteuses ainsi que la préparation hormonale de Aki Mukai pour stimuler ses ovaires afin d’effectuer une ponction d’ovules, des processus longs et coûteux. Prochain billet sur ce sujet : le mythe de la suprématie chrétienne blanche américaine.

Exploitation du corps féminin (2) : historique de la grossesse pour autrui

En japonais la grossesse pour autrui s’écrit 代理出産 et se prononce dairishussan (da-i-ri-shussan) et la mère porteuse se prononce dairibo, 代理 (da-i-ribo). Le concept de mère porteuse n’est pas apparu depuis 1978, date à laquelle la fécondation in vitro suivie d’une implantation de l’embryon dans un utérus porteur, qu’il s’agisse de celui de la mère biologique ou d’une mère porteuse, nous reviendrons sur ce point particulier dans un prochain billet. Cette pratique remonte en effet à près d’un millénaire en arrière tant en Chine qu’en Corée ou au Japon. Un peu d’histoire s’impose donc …

Une mère porteuse au sens ancien du terme correspondait à un enseignement du confucianisme encourageant un couple dont l’épouse était incapable d’avoir un enfant à trouver une mère porteuse d’une descendance ayant hérité des gènes du père. Il s’agissait en fait d’une concubine qui allait être fécondée par le maître de maison avec l’assentiment de son épouse, qu’elle ait été autorisée à assister aux ébats sexuels de son époux importe peu. Cette pratique était répandue dans l’aristocratie coréenne durant l’ère Choson (1392-1897) afin d’assurer une descendance mâle à un couple. Si le premier-né de cette mère porteuse était un enfant mâle cette femme recevait une forte récompense. Si elle donnait naissance à une fille, elle ne recevait qu’une modeste récompense et devait emmener son enfant dans son village. Il apparut alors en Corée une sorte de caste de filles-mères et de filles sans père, 씨받이 en coréen, qui à leur tour seraient choisies préférentiellement comme mères porteuses pour des couples dont l’épouse était stérile. Cette pratique perdura en Corée jusqu’à la libération de ce pays de l’occupant japonais en 1945. En Chine ce système contractuel de mère porteuse apparut à l’orée de la dynastie Ming (1368-1644) jusqu’à la fin de la dynastie Qing (1644-1911). Un contrat écrit était établi afin d’éviter des fraudes de la part de l’intermédiaire fournissant la mère porteuse et également de prévenir que cette femme soit revendue comme esclave son devoir accompli. Les Qing envisagèrent d’interdire cette pratique mais se heurtèrent à un problème, celui des classes sociales inférieures qui trouvaient dans cette pratique une manière de s’assurer quelques gains afin de vivre décemment. D’un autre côté la mère porteuse était un moyen pratique pour un aristocrate de s’assurer une descendance. L’administration Qing ferma les yeux pendant de nombreuses années après l’interdiction de cette pratique de mère porteuse.

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Au Japon la forme la plus populaire du concept de mère porteuse s’appelait mekake, , qui signifie littéralement concubine également considérée comme une servante, une « houko ». Il s’agissait donc d’une concubine au statut inférieur n’étant considérée que comme la servante d’un couple dont la femme était stérile. L’influence du confucianisme fut donc durable comme en Chine et après le remplacement du shogunat de Edo (1603-1868) par l’ère impériale Meiji (1868-1912) imprégnée de culture occidentale, ce système fut remplacé par une législation plus stricte. La concubine (mère porteuse) devint alors un membre officiel de la famille. Il fallut attendre 1898 pour que le gouvernement japonais prenne conscience que la monogamie devait être encouragée pour construire un Japon moderne et solide dans lequel les femmes et les hommes étaient censés avoir les mêmes droits sociaux comme dans les pays occidentaux. Néanmoins la pratique de la concubine-mère porteuse ne disparut pas et il fallut une loi stipulant que l’enfant de cette dernière avait comme parents les deux époux formant le couple légitime officiel. Cette pratique de concubinage perdura jusqu’à la reddition du Japon en 1945.

Tant en Corée qu’en Chine ou au Japon la grossesse pour autrui était donc une forme déguisée de concubinage coutumier, les enfants issus des relations sexuelles entre le maître et sa concubine ayant un statut social officiellement reconnu. On ne peut pas comparer ces systèmes avec ceux existant lors de la naissance d’enfants issus de liaisons ancillaires, entre un maître de maison et l’une de ses servantes, dans les pays européens. Ces enfants étaient rarement reconnus par le père biologique et étaient confiés à l’assistance publique. Cette administration, quel que soit le pays européen considéré, plaçait ces enfants dans des orphelinats souvent tenus par des religieuses qui les confiaient à des fermiers des campagnes environnantes où ils avaient une espérance de vie incroyablement limitée car ils devaient travailler souvent plus de 15 heures par jour tout en étant nourris très parcimonieusement. Le système extrême-oriental était donc globalement plus respectueux de la vie des enfants. J’ai fait cette remarque en aparté car les registres paroissiaux des XVIIe et XVIIIe siècles de la Savoie, d’où est originaire ma famille paternelle, foisonnent de mentions de décès d’enfants n’ayant qu’un prénom et envoyés par les « dames de la charité » de tel ou tel orphelinat dans les fermes des campagnes entourant les grandes agglomérations urbaines.

Source : https://doi.org:10.1111/bioe.12758  Prochain article : l’émergence de la mère porteuse moderne