L’effet Allee et la résilience des colonies d’abeilles

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Pour les non-initiés, dont je fais partie pour de nombreux domaines de la science, il faut rappeler ce qu’est un effet Allee. J’ai découvert cet effet en lisant un article paru dans PlosOne au sujet du symptôme de disparition des colonies d’abeilles (voir le lien). Brièvement l’effet Allee, du nom du scientifique, écologiste et zoologiste de son métier, le Docteur Warder Clyde Allee (1885-1955) relie l’état de « santé » d’animaux sociaux avec leur population. Allee étudia durant toute sa carrière les bénéfices que pouvaient tirer des animaux en vivant en groupes plutôt qu’en solitaires. Il découvrit que la coopération entre individus d’un groupe était essentielle et bénéfique. L’effet Allee décrit la corrélation positive entre la densité de population d’une espèce animale quelconque et l’état de robustesse et de santé de cette population. L’effet Allee a été confirmé aussi bien avec les populations de suricates qu’avec les sardines. Par exemple si une population de suricates (ces drôles de mangoustes vivant dans la savane du sud de l’Afrique) n’est pas suffisamment nombreuse, trop d’individus seront occupés à surveiller les alentours par rapport à ceux qui rechercheront de la nourriture. Ce déséquilibre affectera les chances de survie du groupe. Ce dernier nécessite en effet pour sa prospérité et sa survie une coopération optimale de tous ses membres.

Dans le cas des colonies d’abeilles, il n’y a qu’une seule reine, des ouvrières qui s’occupent du couvain et des butineuses qui rapportent de la nourriture. La bonne santé et la survie d’une ruche, indépendamment de facteurs externes dont la disponibilité en nourriture, dépendent du nombre d’abeilles adultes. Ce paramètres n’a jamais été étudié en détail et l’article paru dans PlosOne le 24 février dernier apporte quelques éclaircissement sur son incidence dans la mortalité des ruchers.

Les insectes sociaux comme les abeilles ou encore les fourmis sont soumis à un effet Allee dit fort ou critique. En d’autres termes les performances de reproduction et de survie d’une ruche sont étroitement liées au nombre d’individus constituant la colonie et ce facteur démographique est essentiel. S’il y a trop peu de jeunes ouvrières pour s’occuper du couvain ou pas assez de butineuses la colonie est condamnée à mort. Dans les cas d’absolue nécessité des butineuses peuvent revenir vivre à l’intérieur de la ruche s’il n’y a pas assez d’ouvrières. L’aspect critique de la densité de population d’une ruche n’a pas été totalement exploré et c’est ce qui est exposé dans cet article.

La population d’une ruche doit se situer toujours entre deux limites : une limite inférieure assurant la stabilité de cette population et une limite supérieure qui favorise l’apparition d’une essaim fille qui va émigrer avec sa propre reine sans que la population restant dans la ruche n’ait atteint la limite basse critique. Les apiculteurs connaissent d’ailleurs très bien ce phénomène : une ruche qui essaime doit préserver une population suffisante pour assurer sa survie. Et ces mêmes apiculteurs n’ignorent pas que plus un essaim est robuste en terme de nombre d’individus plus il a de chance de prospérer ultérieurement.

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Le modèle appliquant l’effet Allee à la population d’une ruche est assez clair et dépend étroitement de l’équilibre à un instant t entre le nombre de jeunes ouvrières et la mortalité des butineuses. Pour que l’effet de la mortalité sur l’évolution de la population soit nul il faut que la ruche comprenne au moins 20000 abeilles. Dans la figure ci-dessous l’apparition de nouvelles ouvrières, en trait plein, doit toujours être supérieure à la mortalité (pointillés). On retrouve le point inférieur d’instabilité mortelle pour la ruche – moins de 1500 individus – et le point supérieur de stabilité autorisant un essaimage.

L’ordonnée du graphe représente le nombre de nouvelles ouvrières nécessaires par individu existant, ouvrières et butineuses, pour maintenir la population stable, si j’ai bien compris le sens de l’article. Il résulte de ce modèle appliquant l’effet Allee fort que cet effet a des conséquences critiques sur la résilience d’une colonie aux facteurs externes introduisant une perturbation de la mortalité naturelle. La mort des colonies d’abeilles est un fait reconnu et multifactoriel mais elle dépend aussi de ce qu’on pourrait appeler la prospérité de cette colonie en nombre d’individus.

Les curieux peuvent se plonger dans cet article, certes très théorique mais fort bien documenté et en accès libre.

Sources : https://en.wikipedia.org/wiki/Allee_effect et doi:10.1371/journal.pone.0150055.g001

Billet de mauvaise humeur : la « Victoire » de Verdun

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J’ai remarqué dans Les Echos l’audimat de la semaine, la dernière du mois de février qui compte cette année 29 jours, développé par Kantar Media. C’est consternant non pas pour Kantar Media mais pour les téléspectateurs français ! Le plus grand buzz a été la célébration de la bataille de Verdun. Je me suis déjà positionné dans ce blog contre les célébrations du début de la grande guerre, la der-des-der, ce massacre organisé par des généraux obtus et quasiment décérébrés de toute une tranche d’âge tant en Allemagne qu’en France, mais récidiver en rappelant à la mémoire des Français la plus effroyable boucherie de cette guerre immonde dont l’issue diplomatique rocambolesque – je veux parler du Traité de Versailles – fut la principale cause de la montée du nazisme en Allemagne et de la puissance destructrice de la seconde guerre mondiale.

La bataille de Verdun fit à elle seule 975000 morts globalement de part et d’autre du front entre février et août 1916 et vit le remplacement de Pétain par Nivelle au commandement des armées. Faut-il vraiment célébrer une telle boucherie ? Faut-il que les hommes soient devenus fous pour adopter une telle attitude teintée maintenant de romanesque désuet ? La France sortit vainqueur de justesse à l’issue de cet amoncellement invraisemblable et inutile de cadavres.

Mais a-t-on célébré en 2014 le soixantième anniversaire de la bataille de Dien Bien Phu, ce remake de la guerre des tranchées de 14-18 ? Quelques lignes dans les journaux car ce fut un échec cuisant et meurtrier pour l’armée française : 2300 morts, 1700 disparus, 11700 prisonniers dont 8290 mourront de maladie et de faim en captivité … Chiffres éloquents, il n’y a rien à ajouter. Et on continuera à célébrer ces bains de sang inutiles avec les flonflons républicains de rigueur … Tout simplement consternant !

Illustration : 87e régiment d’infanterie à Verdun

 

Chronique cinématographique

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Il m’arrive d’aller fouiller dans mes disques durs pour visionner un film. Hier soir, j’ai regardé Uranus. Ce n’est pas un film de science-fiction avec des voyages interplanétaires, non, c’est une peinture sarcastique et acide de la société française au lendemain de la Libération dans un village anonyme en partie détruit par les bombardements avec sa gendarmerie, sa gare SNCF, son parti communiste – comme dans beaucoup de villes et villages en 1946 – son instituteur, sa milice et ses anciens collaborateurs, ses bistrots et son monument aux morts. Seule l’Eglise échappe aux sarcasmes de Marcel Aymé, l’un de mes auteurs préférés de la littérature contemporaine. Marcel Aymé était anti-clérical, anti-militariste, opposé à la politique et aux politiciens, détracteur de la police et de la gendarmerie, peut-être le dernier grand anarchiste français dont les seules armes étaient ses romans.

En regardant ce film de Claude Berri (1990) avec une distribution somptueuse et admirablement bien choisie, Michel Blanc, Gérard Depardieu, Jean-Pierre Marielle, Philippe Noiret, Michel Galabru, Fabrice Luchini, Daniel Prévot ou encore Ticky Holgado, je me suis demandé comment un Marcel Aymé, aujourd’hui, décrirait la société française. Finalement ce serait avec la même ironie car la nature humaine n’a pas fondamentalement changé en 70 ans. Les mêmes basses magouilles politiciennes, les mêmes délateurs, la même gauche et la même droite, les mêmes citoyens ordinaires, les mêmes parasites, les mêmes riches et les mêmes pauvres constituent une société qui tente de vivre, de survivre, dans une harmonie illusoire. Marcel Aymé se délecterait des faits de société comme par exemple les malversations financières d’un Nicolas ou les histoires de jupon d’un François. Il adorerait les histoires de climat mais serait probablement dépassé par la mondialisation sauvage organisée par des acteurs qui sévissent en dehors des règles élémentaires de la démocratie, je pense aux accords commerciaux USA-Europe en cours de gestation ultra-secrète, comme tout autant les malversations des banquiers centraux. L’ère de la télévision, de l’internet et des téléphones cellulaires a radicalement changé nos comportements mais finalement, confrontés à une guerre et à ses désastres, on retrouverait peu ou prou les mêmes personnalités que celles présentées dans le roman de Marcel Aymé si subtilement animées par Claude Berri …

Réflexion sur les taux d’intérêt négatifs

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Je discutais il y a quelques jours avec un ancien banquier, maintenant à la retraite, d’un peu de tout et de rien comme par exemple la structure de la propriété foncière à Madagascar ou au Ghana. Puis, au cours de notre conversation avec ce Français me fascinant de plus en plus par ses propos, je lui demandais ce qu’il pensait des taux d’intérêt négatifs. Cette état de fait agite les milieux journalistiques et également politiques car à première vue il s’agit d’une aberration économique que peu de personnes arrivent à expliquer clairement. Pour ma part, je n’ai toujours pas trouvé dans les médias de définition claire du pourquoi et du comment de ces taux négatifs dont l’application se répand dans les pays de l’OCDE, que ce soit en Europe comme en Suisse ou encore au Japon. Ce phénomène constitue un précédent qui était difficilement imaginable il y a seulement quelques années.

Pour comprendre le phénomène des taux négatifs Monsieur M. utilisa une métaphore concrète : un barrage hydroélectrique. Un barrage constitué d’une voute en béton armé ou d’une digue de terre comme celui de Serre-Ponçon en France est un investissement pour retenir de l’énergie sous forme d’eau de pluie ou accessoirement de fonte des glaciers. Il s’agit initialement de l’énergie solaire ayant favorisé l’évaporation de l’eau océanique qui va être récupérée et stockée sous forme liquide pour produire de l’électricité selon la demande à la faveur d’une dénivellation permettant de faire tourner une turbine couplée à un alternateur. L’investissement financier pour créer un barrage est rétribué sous forme d’énergie électrique qui va être vendue par injection dans le réseau de transport et de distribution. D’une manière générale le barrage produira de l’électricité tant qu’il y aura de l’eau disponible c’est-à-dire quand l’abondance des pluie ou la fonte des glaciers maintiendront une réserve d’énergie suffisante et donc susceptible d’être transformée en électricité.

Dans le schéma général d’un système économique sain et en équilibre, le volume de monnaie disponible doit correspondre aussi parfaitement que possible à la demande du marché. Si la demande augmente, les taux d’intérêt appliqués aux prêts (quelle que soit leur nature) doivent naturellement et par nécessité augmenter et ce mécanisme est auto-régulé. C’est facile à comprendre et c’est ainsi que les marchés financiers ont toujours fonctionné, comme un barrage hydroélectrique qui reçoit de l’eau qu’il retient pour réaliser un gain, le retour sur investissements ou profit, en transformant cette eau en énergie. Si pour une raison ou pour une autre il arrive que les pluies deviennent plus abondantes que de coutume, que fait l’opérateur du barrage ? Il ouvre les vannes à perte puisque le surplus d’eau ne peut plus être transformé en énergie (donc en revenu) soit parce que la demande en énergie est devenue inférieure à l’offre, soit parce que l’investissement initial ne prévoyait pas une telle situation. En réalité l’électricité produite par un barrage matérialise le rendement du capital investi pour la voute en béton ou la digue. On pourrait dire d’un prêt que cette énergie électrique représente les intérêts de ce dernier.

Pour remédier à une surabondance d’eau de pluie, il faut alors investir, par exemple surélever la voute de retenue ou au pire vider la retenue d’eau et creuser le fond pour augmenter les capacités de stockage. Le barrage lui-même constitue une épargne produisant un revenu et surélever la voute représentera donc un augmentation de cette épargne et logiquement une amélioration du bilan financier de cette opération. Mais si le volume trop abondant des pluies vient à perdurer, l’opérateur du barrage, tiraillé entre réaliser des profits en produisant le maximum d’électricité et l’envie d’investir pour produire encore plus d’énergie, se résoudra à gaspiller l’eau en la rejetant dans la rivière en aval du barrage. Il va donc perdre de l’argent, en d’autres termes son investissement ne lui rapporte plus mais représente maintenant un coût.

C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui dans le système financier mondial entièrement interconnecté. Les banques centrales ont mis à la disposition des économies – les barrages hydroélectriques – une profusion de monnaie et comme pour l’eau excédentaire, le système tend à fonctionner à perte. Il est devenu impossible de transformer en richesse la totalité de cette monnaie – la pluie excédentaire retenue par les barrages déversée dans la rivière sans création de richesse. D’où l’apparition des taux d’intérêt négatifs qui représentent cette perte, ce gaspillage : l’excédent de monnaie circulante a généré sa propre perte sous forme d’intérêts négatifs. Ces taux négatifs avaient pour but de réguler les flux financiers, comme si on pouvait dire aux nuages de ne plus déverser de pluie, mais c’est devenu impossible ! Il y a beaucoup trop de nuages et de pluie (beaucoup trop de monnaie circulante) et la mise en place de ces taux négatifs va conduire inexorablement à la destruction de richesse alors que l’inondation monétaire organisée par les banques centrales avait au contraire pour vocation initiale de créer de la richesse.

De même que le propriétaire du barrage qui dispose d’un surplus d’eau repoussera aux calendes grecques ses investissements pour augmenter à terme ses profits, par voie de conséquence, les investissements se raréfient, la création de richesse diminue et les économies entrent alors en récession, le but inverse de ce que les banquiers centraux avaient imaginé. Les économies occidentales se trouvent donc aujourd’hui confrontées à une situation dans laquelle elles ne peuvent plus se sortir et l’implosion du système financier international est devenue inévitable.

Monsieur M. conclut son discours en présentant la grande menace d’un renchérissement astronomique de l’or métal comme conséquence de ces taux d’intérêts négatifs afin que les banques centrales assainissent leurs bilans. L’or est en effet la seule valeur tangible accessible puisque tous les autres pans de l’économie ne constituent plus de valeurs sur lesquelles s’appuyer et si un tel mouvement se précisait – ce qui pourrait fort bien arriver dans les semaines ou les mois à venir – alors tous les petits, les sans-dents (expression de François Hollande), seront pris dans le piège du monde de la finance et se retrouveront ruinés, s’il ne le sont déjà puisqu’avec les taux d’intérêt négatifs les fonds de pension et les contrats d’assurance-vie fonctionnent comme les barrages hydroélectriques : ils perdent de l’argent. Merci Messieurs les banquiers centraux !

Illustration (Wikipedia) : Hoover Dam

Après l’amiante, le talc ?

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Jacqueline Fox, une femme qui résidait dans le Missouri après avoir vécu longtemps dans l’Alabama, a été indemnisée à titre posthume par la firme Johnson & Johnson à hauteur de 72 millions de dollars. Cette société produit en effet un talc pour bébés (Baby Powder) que Madame Fox utilisa pendant trente ans pour talquer les parties intimes de son anatomie. Elle mourut d’un cancer des ovaires. La Cour de Justice de St.Louis a établi une relation de cause à effet indubitable après trois semaines d’audience et quatre heures de délibération du jury.

Les membres du jury ont considéré que J&J était coupable de fraude, de négligence et de complot. D’après l’avocat de la famille Fox, J&J mentait depuis 1980 en toute connaissance de cause (à effet). Selon plusieurs études scientifiques incontestables l’usage du talc au niveau du périnée et du pourtour de la vulve n’est pas cancérigène, ni plus ni moins que l’usage du talc au niveau des aisselles. Pour provoquer une irritation des ovaires et ainsi favoriser l’apparition d’un cancer, il faudrait que les particules de talc pénètrent dans le vagin (sans jeu de mot), remontent jusqu’à l’utérus et les trompes de Fallope pour atteindre enfin les ovaires. On n’a encore jamais observé de particules de talc munies de flagelles, suivez mon regard microscopique …

Toujours est-il que deux class-actions sont en cours dans le Missouri et la Floride pour poursuivre J&J et fortes de cette jurisprudence de la Cour de justice de St.Louis il est à craindre que cette firme soit alors lourdement sanctionnée. La dépêche de Reuters ne dit pas combien de dollars les avocats se mettent dans la poche, mais comme ils travaillent au pourcentage, environ 25 % taxes comprises on comprend qu’ils utilisent tous les arguments, y compris les plus fallacieux, pour se rétribuer grassement. Il n’y a pas lieu d’établir un parallèle avec l’amiante car ce minéral, quand il est manipulé avec les précautions adéquates, ne provoque pas de cancers de la plèvre, un fait reconnu et incontestable. Les procès qui ont été intentés aux sociétés commercialisant l’amiante ont toujours omis, au cours des instructions et des délibérations, d’admettre que les travailleurs de l’amiante n’avaient pas (jamais) pris ces précautions élémentaires de protection de leurs voies respiratoires.

Faudra-t-il qu’une mère de famille porte un masque quand elle talquera les fesses de son bébé au cas où le talc devienne par une décision de justice cancérigène pour les poumons ? Et quid de l’enfant ?

Il faut donc s’attendre à une interdiction mondiale du talc alors qu’il s’agit d’un minéral totalement anodin et inoffensif … Cette histoire est néanmoins intéressante car elle révèle la nature d’une société américaine outrageusement judiciarisée avec en corollaire ce genre de jugement totalement anti-scientifique. Mais ce n’est pas que le talc qui finalement ternira l’image de la société américaine puisque la firme Volkswagen vient de se voir signifier une class-action déposée devant le Tribunal de San Francisco et concernant 174 propriétaires de véhicules « fraudeurs ». L’un des objets de la plainte est que VW a délibérément nui à la santé des Californiens, ben voyons …

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Source : Thomson Reuters . Illustration : « Les Plaideurs », la seule comédie de Racine et son plus grand succès. Pour l’affaire VW, source AWP.

Note : Pour la petite histoire une publication datant de 1993 fait état du talc comme carcinogène. Il faut préciser que l’étude a été réalisée avec des rats mâles et femelles qu’on avait forcé à inhaler du talc 6 heures par jours, 5 jours par semaines pendant 113 semaines. Ces pauvres bêtes ont fini par développer de multiples tumeurs essentiellement liées à leur âge dont des tumeurs des ovaires. Ça ne vous rappelle rien ? ( https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/12616290 )

Crise climatique : Quand Bill Gates se prend pour Al Gore

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Les 12 juillet et 29 septembre 2015 j’ai laissé sur ce blog des billets précisant la prise de position de Bill Gates sur l’avenir énergétique de la planète et ses investissements dans la R&D pour promouvoir une énergie nucléaire sécurisée et à un prix abordable. Dans sa récente lettre annuelle Bill Gates reprend ses arguments tout en avouant haut et fort qu’il est un climato-alarmiste convaincu. Pour lui, comme pour Al Gore qui fut le promoteur de la théorie de l’effet de serre du CO2, ce CO2 émis pour produire de l’électricité avec des combustibles carbonés fossiles doit être drastiquement réduit afin d’éviter une catastrophe climatique. L’argumentation de Bill Gates, présentée à des élèves d’un lycée du Kentucky, se résume en une équation :

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P est la population mondiale qui devrait selon les prévisions (encore des prévisions onusiennes …) atteindre plus de 9 milliards en 2050. Inutile de préciser que le facteur P continuera donc à croître à moins que le Machin onusien ne prenne des mesures malthusiennes contraignantes à l’échelle planétaire, ce qui est encore et fort heureusement improbable.

S représente les services dont nous pouvons disposer comme par exemple – selon Bill Gates – la nourriture, les vêtements, l’électricité, le chauffage, les maisons, les réfrigérateurs, les voitures, la télévision, les brosses à dent et les albums de bandes dessinées. Difficile d’imaginer que le facteur S diminue puisque les pays « pauvres » (selon le richissime Bill Gates) aspirent à un développement et très légitimement à l’accès à ces services. Or la disponibilité en tous ces services dépend évidemment de la disponibilité en énergie …

Sans énergie E il sera impossible de produire tous ces services. En dehors de l’énergie hydraulique, de l’énergie nucléaire, des éoliennes et des panneaux photovoltaïques cette énergie dépend essentiellement (plus de 80 %) du carbone C. Certes il est probable qu’on puisse améliorer l’efficacité de l’utilisation de l’énergie comme par exemple en isolant les logements, en promouvant les voitures électriques ou en limitant l’usage des conditionneurs d’air ou des appareils de chauffage, mais ces actions ne représenteront jamais que quelques points de pourcentage de diminution.

Comme toute équation mathématique, si l’un des termes P, S, E ou C est égal à zéro alors il n’y aura plus d’émission de CO2 et le « climat sera sauvé », toujours selon Bill Gates. Puisque les termes P, S et E ne peuvent pas tendre vers zéro, alors la seule solution est de réduire le terme C jusqu’à ce qu’il devienne égal à zéro. La conclusion de Bill Gates est limpide il faudra réaliser des progrès considérables pour ne plus utiliser d’énergie fossile carbonée avant la fin de ce siècle et ainsi ne plus rejeter dans l’atmosphère ce vilain gaz mortel pour le climat.

Pour Bill Gates il faut que l’humanité toute entière réalise donc un « miracle énergétique » comme le furent les ordinateurs (ce qui lui a permis de s’enrichir « miraculeusement ») le vaccin contre la polio ou le téléphone portable (qui a aussi miraculeusement enrichi Bill Gates). Sans le déclarer explicitement dans sa lettre annuelle, Bill Gates prêche pour sa propre église, l’énergie nucléaire, car pour lui, le problème des énergies renouvelables, nommément le stockage, ne pourra pas être résolu à grande échelle avant longtemps. Or pour Bill gates, sacré Bill ! le temps passe et plus le temps passe plus on émet de CO2 et plus le climat va se réchauffer et plus on aura besoin de conditionneurs d’air …

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Dans la lettre de Bill et Melinda, Madame Gates enfonce le clou en dissertant de la différence entre les « genres », comprenez entre les femmes et les hommes. Juste ce graphique justifiant ses actions humanitaires en particulier en Afrique et en Asie :

Source et illustrations : https://www.gatesnotes.com/2016-Annual-Letter

Libido du « troisième âge » et testostérone : encore une grosse arnaque …

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Chez les hommes le taux sanguin de testostérone diminue avec l’âge et à cette diminution ont été attribuées une diminution de la libido ainsi qu’une dégradation des performances sexuelles. Cette situation apparait au cours de la soixantaine et s’accentue avec les années. Le corps médical, jamais à court d’arguments pour faire vendre par les laboratoires pharmaceutiques des patchs permettant de rétablir un taux de testostérone circulante à des niveaux proches de ceux rencontrés normalement entre 20 et 40 ans, a donc préconisé selon une logique implacable la prescription de testostérone quand les patients commençaient à se plaindre du déclin inexorable de leurs désirs et de leur activité sexuelle.

La testostérone est un produit commercial trivial et son utilisation sous forme de patchs est une excellente source de revenu pour les laboratoires pharmaceutiques qui ont imaginé un marketing agressif en vantant les propriétés de cette hormone pour le maintien d’une forme physique satisfaisante – la testostérone est un anabolisant – et d’une activité sexuelle également pleine de succès. Mais y-a-t’il réellement une relation de cause à effet en ce qui concerne la libido et les performances sexuelles des hommes entrant dans ce qu’on appelle le « troisième âge » ?

Une étude parue dans le NEJM (New England Journal of Medicine) il y a quelques jours va à l’encontre de ce que prétendent beaucoup de médecins : l’administration de testostérone n’a aucun effet significatif sur la libido et les performances sexuelles des hommes âgés de plus de 60 ans, point barre.

Cette étude a été réalisée sur 790 hommes âgés de 65 ans et plus dont le taux de testostérone sanguin était inférieur à 275 nanogrammes par décilitre. L’application d’un gel contenant de la testostérone sous forme de patch a été poursuivie pendant une année à une concentration suffisante pour restaurer le taux de cette hormone normalement rencontré chez les hommes de moins de 40 ans. Au cours de cet essai, il fut demandé aux participants de décrire dans le détail quel bénéfice ils avaient ressenti quant à leur activité sexuelle après trois mois, puis six mois, neuf mois et enfin après une année de traitement. La moitié d’entre eux reçurent un placebo et les résultats des questionnaires furent analysés selon la procédure strictement codifiée de l’essai clinique en double-aveugle. Les sujets de l’étude comme les expérimentateurs ignoraient qui avait reçu de la testostérone ou le placebo.

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Comme l’indique l’illustration ci-dessus l’effet de la testostérone est négligeable : 20 % seulement des sujets ont déclaré éprouver une nette amélioration de leurs performances sexuelles (7,5 % pour le placebo) et moins de 30 % une légère amélioration de leur état (18 % pour le placebo). La grande majorité n’a pas ressenti d’amélioration sur ce point particulier bien qu’ayant par ailleurs été plutôt satisfaits en ce qui concernait leur activité physique en général.

Au risque de décevoir les endocrinologues et les sexologues, il paraît donc tout à fait inutile sinon illusoire de traiter les hommes appartenant à la catégorie du « troisième âge » avec de la testostérone pour améliorer leur libido ou leurs performances au lit. Ce n’est à nouveau qu’un business mensonger, un de plus, et cet article est là pour le prouver …

Source et illustration : NEJM, doi : 10.1056/NEJMoa1506119

Note : Inutile de mentionner que cette étude a été financée par ABBVie, un organisme qui ne dissimule pas ses liens commerciaux avec des compagnies pharmaceutiques comme par exemple Pfizer qui a repris les activités hormones stéroïdes d’UpJohn. Légende de la figure : beaucoup mieux, un peu mieux, pas de changement, un peu moins bien, pire.