Selon Julian Assange nous vivons nos derniers instants de liberté

Capture d’écran 2018-09-23 à 16.08.32.png

Avant qu’il ne soit définitivement déconnecté du monde extérieur, Julian Assange donna une dernière interview relative au futur de la surveillance mondiale et comment les avancées technologiques ont changé l’humanité.

Dans une vidéo mise en ligne par le World Ethical Forum à Bercelone, Assange porte un regard critique sur ce qui fait face à l’humanité et il appelle cela dystopie – un univers orwellien – dont il dit sans hésitation qu’il sera bientôt impossible pour n’importe quel individu sur la planète de ne pas être inclus dans les bases de données gouvernementales ainsi que celles détenues par les entités de la high-tech communément appelées les GAFAs.

 » La dernière génération née (avant celle que l’on a maintenant coutume d’appeler les « millenials » c’est-à-dire nés avant l’an 2000, note insérée pour une meilleure compréhension) est la dernière génération libre. Aujourd’hui, à peine un an après votre naissance les grandes oreilles connaissent déjà tout de vous. Votre identité dans une forme ou une autre – en raison des portraits et des noms que vos parents divulguent stupidement sur Facebook ou encore de la simple souscription à un contrat d’assurance ou à la demande d’un passeport – tout cela est connu des grandes puissances mondiales. « 

Assange prédit également que l’intelligence artificielle (il faut dire le traitement algorithmique ultra-rapide des données plutôt qu’intelligence artificielle) favorisera le piratage automatique de toutes ces données accroissant de ce fait l’échelle des activités hostiles au sein du cyber-espace.

 » Il n’y a pas de limites on line. Il faut 220 millisecondes pour aller de New-York à Nairobi ! Comment pourrait-il y avoir la paix dans un tel scénario ? » dit Assange.

Les entités en ligne (entendez les GAFAs et les organismes gouvernementaux de surveillance comme la NSA) créent leurs propres protections en utilisant une cryptographie qui leur est propre. Cependant la taille de cette activité qui dépasse celle de n’importe quelle entreprise d’envergure raisonnable, le nombre de personnes « traitées », les différents types de logiciels et de serveurs informatiques qui sont le nerf de cette activité font qu’il est très difficile de mesurer le danger qui nous attend tous.

Et Assange d’affirmer : « Je pense qu’il est complètement impossible d’établir des protections frontalières qui puissent être suffisamment fiables et stables pour éliminer toute sorte de conflit. En conséquence il y aura encore plus de conflits dans le monde, et chacun y perdra sa liberté individuelle. »

Source : via ZeroHedge, Lien sous réserve de sa fonctionnalité :

5ba3f0dffc7e9226108b45b9.mp4 (World Ethical Data Forum), autre lien :

https://www.rt.com/news/438968-assange-last-interview-black-out/ Illustration : Place George Orwell à Barcelone où Orwell vint combattre le fascisme et le totalitarisme en 1936.

Qu’est-ce qui menace la science ?

Capture d’écran 2018-09-19 à 16.36.12.png

Traduction d’un article de Jeremy J. Baumberg, nano-physicien à l’Université de Cambridge paru sur le site Project Syndicate le 11 septembre 2018

La globalisation et la digitalisation du savoir, ainsi que le nombre croissant de scientifiques, tout semble à première vue être des éléments positifs pour les progrès de la science. Cependant ces tendances sont les deux faces d’un Janus (illustration) car elles encouragent aussi une recherche scientifique hyper-compétitive, victime de tendances et des modes du moment.

La connaissance scientifique et l’innovation technologique, comme Yuval Noah Harari l’a bien écrit dans son livre « Sapiens : une brève histoire de l’espèce humaine« , sont les deux principaux piliers du progrès économique. Pourtant il y a très peu de débats au sujet de la science d’aujourd’hui, malgré des défis significatifs provoqués par la globalisation, la digitalisation de la connaissance et le nombre croissant de scientifiques. À première vue ces tendances semblent positives. La globalisation connecte tous les scientifiques du monde entre eux, ce qui évite de dupliquer inutilement des travaux mais aussi de développer des standards universels de bonne pratique. La création de bases de données digitales permet de puiser des connaissances scientifiques et de favoriser l’apparition de nouvelles idées pour de nouveaux travaux de recherche. Enfin, le nombre croissant de scientifiques signifie que plus de recherche scientifique est envisagée, accélérant le processus de développement scientifique.

Cependant ces tendances sont les deux faces d’un Janus et pour comprendre pourquoi il faut reconnaître d’abord que la science est une sorte d’écosystème. Comme dans n’importe quel écosystème il existe une compétition acharnée entre les acteurs. Les Universités sont en compétition entre elles pour leur classement international. Les journaux scientifiques sont en concurrence pour publier les travaux scientifiques les plus remarquables. Les organisateurs des congrès scientifiques sont à l’affut des meilleurs conférenciers. Les journalistes cherchent les meilleurs scoops. Les pourvoyeurs de crédits de recherche sont en compétition pour trouver et apporter leur soutien aux travaux de recherche qui atteindront les avancées les plus significatives en termes d’impact social, de sécurité ou de profitabilité commerciale.

Comme dans les milieux naturels cette compétition complexe fait apparaître deux écosystèmes : celui des biens et celui des services. Nos écosystèmes naturels produisent des biens sous forme de matériaux à l’état brut et des services tels que le maintien d’un taux satisfaisant d’oxygène dans l’atmosphère, de pollinisation des plantes, de maintien de la propreté de l’eau et de l’air, et même de nous procurer la beauté et l’inspiration. Les « biens » de nos écosystèmes scientifiques sont les connaissances indépendantes, sophistiquées et revues par des pairs, qui stimulent vers l’avenir nos sociétés et nos économies. Les « services » de nos écosystèmes scientifiques sont constitués par une meilleure compréhension de notre monde et la structure qui soutient le mieux les progrès nous permettant d’innover et de résoudre toutes sortes de problèmes.

L’écosystème scientifique est bénéfique dans des domaines plus difficiles à évaluer. Il nous imprègne de la beauté des mathématiques, des valeurs inhérentes de l’éducation, de la croyance en la valeur intrinsèque des communautés scientifiques transnationales et de l’intérêt des discussions scolastiques (je n’ai pas trouvé de meilleure traduction à « scholarly discussions »). Et pourtant les organismes privés ou publics finançant la recherche ont sous-estimé ces « services » essentiels des écosystèmes scientifiques. De ce fait les trois points exposés plus haut, globalisation, digitalisation des connaissances et nombre croissants de scientifiques, amplifient le problème. Si la globalisation stimule la compétition elle renforce aussi certaines prises de position comme celles de savoir dans quels domaines de la recherche scientifique il faut prioritairement investir. Lors de mes réunions avec des officiels gouvernementaux dans le monde entier j’ai immédiatement décelé cette tendance. Les gouvernements privilégient les domaines de recherche bénéfiques pour le futur de leur pays et identifient alors ceux qu’il faut uniquement soutenir. En général ces domaines sont tous les mêmes.

Quand les médias ont alors identifié ces sujets de recherche « tendance » ceux-ci attirent la vaste majorité des aides financières. Le soutien financier à des recherches parallèles réduit alors l’efficacité de chaque investissement et l’attitude moutonnière des pourvoyeurs de fonds peut tout aussi bien nuire à l’émergence des découvertes les plus significatives qui le plus souvent résultent d’une combinaison de plusieurs disciplines apparemment sans lien entre elles.

La digitalisation des connaissances a amplifié cet effet. La crédibilité d’un résultat scientifique réside dans le nombre de fois où il est cité par d’autres scientifiques dans leurs travaux. Toutes les publications scientifiques sont enregistrées digitalement et le nombre de citations peut être obtenu instantanément, ce qui permet de classer les chercheurs scientifiques très facilement. Le « h-index » ou indice de Hirsch est une approche permettant d’évaluer individuellement la productivité et l’impact d’un chercheur, d’un laboratoire ou d’une université. Il tient compte du nombre de fois où une publication est citée dans d’autres travaux et il est devenu une sorte de valeur monnayable. Si le « h-index » d’un chercheur était son bitcoin convertible en salaires et crédits de recherche alors le nombre de citations de ses travaux constituerait la blockchain dont il dépend finalement. Mais encore une fois les mêmes chercheurs effectuant les mêmes types de recherches sont récompensés de manière inéquitable, laissant peu de place à ceux dont « l’estime » par le h-index est moins favorable.

Cet état de choses est amplifié par le nombre croissant de diplômés scientifiques. Allez dans une réunion de chimistes et demandez-leur combien ils ont de collègues dans le monde. Ils n’en savent fichtre rien. Demandez-leur combien de ces autres chimistes ont besoin de leurs résultats pour leurs propres travaux, ils regarderont leurs chaussures. Ce que l’on sait est que le nombre de scientifiques dans le monde croit beaucoup plus vite que la population dans son ensemble. Plus de scientifiques ne signifie par pour autant plus de découvertes mais la conséquence est une plus forte compétition dans cet écosystème et une inflation du h-index, exactement comme l’impression de monnaie créé de l’inflation.

En conséquence depuis plusieurs décennies les scientifiques se sont senti de plus en plus en compétition pour mettre en avant leurs travaux et dans cet écosystème scientifique complexe et interconnecté trouver une solution n’est pas simple. Il y a cependant quelques pistes dignes d’être explorées. Le plus fondamental est d’encourager la diversité des institutions, des mécanismes de financement et les approches scientifiques de recherche et ceci est fondamental pour éviter toute conformité fatale à la créativité. Les écosystèmes nécessitent toujours une diversité pour une meilleure résilience, c’est un fait acquis. Un tel écueil de conformisme peut venir des géant de la technologie méga-riches mais aussi du financement « crowd-sourcing » et des riches mécènes de la technologie.

Pour encourager cette diversité il faudrait mettre en place des arbitres scientifiques pour explorer les domaines de recherche plus systématiquement, pour réaliser un travail de prospective en profondeur afin d’identifier, au delà des tendances actuelles, les liens prometteurs interdisciplinaires ainsi que les résultats déjà acquis mais conflictuels qui méritent des investigations supplémentaires. Au final, outre la métrique unidimensionnelle du h-index, il faudrait mettre en place un système d’évaluation plus compréhensif et multi-facettes des travaux scientifiques. Et ce n’est qu’ainsi que les nouveaux arrivants dans le monde scientifique chaque année pourront contribuer efficacement et de manière significative à l’avancement de la science et par conséquent aux progrès de l’humanité.

Bref commentaire de mon cru à cet article. La recherche scientifique est devenue malheureusement un instrument des politiciens et de certaines organisations non gouvernementales pour faire en sorte que la recherche universitaire soit orientée et satisfasse à des objectifs prédéterminés. Il va de soi que dans un tel environnement il ne peut plus exister de recherche scientifique objective. Avant qu’il ne soit trop tard il faut – et il est urgent – que les scientifiques du monde entier prennent conscience qu’ils sont manipulés par des groupes de pression transnationaux et refusent les diktats qui leur sont imposés car il en va de la survie du monde scientifique dans son ensemble. Je ne citerai que deux exemples. La supposée dangerosité des organismes, les plantes de grandes cultures, génétiquement modifiées est le premier exemple. Je connais très bien ce domaine particulier de la recherche scientifique et je peux affirmer sans que qui que ce soit puisse me contredire à l’aide d’arguments prouvés scientifiquement (car il n’en existe aucun) que les plantes génétiquement modifiées sont totalement anodines pour la santé humaine ou animale. Je citerai également le glyphosate qui ne peut pas, compte tenu de la nature de cette molécule, être cancérigène, c’est une pure invention d’activistes qui se déclarent des scientifiques mais sont au contraire des imposteurs animés de préoccupations essentiellement idéologiques.

La nouvelle ruée vers l’or

2880px-Cracow_Hotel_Pub_Bar_2.jpg

Il y a une trentaine d’années, entre deux congrès scientifiques qui avaient lieu à l’Université du Queensland à Brisbane j’avais décidé d’aller explorer une toute petite partie de cet immense pays. Depuis Bundaberg, petite bourgade côtière construite autour de ce qui était à l’époque l’une des plus grandes sucreries du monde, je partis dans ce que les Australiens appellent l’ « outback » ou encore le « bush », en suivant la petite route tortueuse 75 au milieu de nulle part. La fin du jour arrivait et les petits kangourous se promenaient en famille. Le but de cette excursion était la toute petite ville de Cracow où une ancienne mine de cuivre et d’argent venait d’être remise en exploitation. Il y avait un seul tout petit hôtel à Cracow et j’espérais bien pouvoir y dormir une nuit (illustration : bar de l’hôtel de Cracow).

Le tenancier de cet établissement, un homme affable fut surpris qu’un Français se perde dans cet endroit qu’il me décrivit comme devenu soudainement hostile en raison des immenses travaux qui venaient juste de débuter pour le creusement d’un immense trou de la taille d’une centaine de terrains de football pour extraire non plus du cuivre mais de l’or. Je ne me souviens plus quoi la serveuse me servit pour le dîner tant la nourriture australienne manque de caractère mais par contre, dans ce bar comme dans beaucoup d’autres endroits du Queensland, je me souviens parfaitement de la bière « XXXX bitter », une sorte de bière brune assez alcoolisée qui ressemble à la Guinness. Et je m’en souviens d’autant mieux que quelques dizaines de minutes plus tard un homme entra, posa son détecteur de métaux qu’il s’était probablement procuré dans les boutiques de surplus de l’armée et offrit une tournée générale.

Il venait de trouver deux pépites d’or, deux « nuggetts » de la taille de mon pouce au milieu des buissons fréquentés par les petits wallabys peu agressifs et plutôt curieux. L’ancienne mine de cuivre venait d’être rachetée par la société Newcrest Mining mais avec de la patience et un bon détecteur de métaux il était encore possible, non pas de faire fortune, mais de vivre aisément, du moins dans cet endroit précis.

Capture d’écran 2018-07-16 à 10.10.38.png

Aujourd’hui les milieux financiers s’inquiètent de la disponibilité en or-métal et probablement à tors car en raison de la demande en or-métal de pays comme la Chine ou la Russie, la prospection et la découverte de nouveaux gisements un peu partout dans le monde, comme par exemple au Nigeria il y a seulement quelques semaines, a permis d’obtenir une estimation de l’ordre de plus de 200000 tonnes d’or déjà extraites dans le monde, selon le World Gold Council (WGC). L’US Geological Survey (USGS) a estimé que 54000 tonnes d’or pouvaient encore être extraites de mines à ciel ouvert et des milliers de tonnes restaient à extraire dans des mines souterraines à découvrir ou remettre en exploitation. Lorsque le prix de l’once d’or atteindra 10000 dollars, une projection considérée comme raisonnable par le WGC, il y aura encore plus d’or extrait de cette multitude de petites mines abandonnées.

Source et illustration : https://www.gold.org/about-gold/gold-supply/gold-mining/how-much-gold-has-been-mined

Nouvelles du Japon : pas de pétrole mais des idées !

Capture d’écran 2018-04-12 à 12.39.36.png

Le Japon, leader mondial de l’électronique embarquée sur les véhicules automobiles, des batteries lithium-ion, des aimants permanents de forte puissance et accessoirement leader mondial des dérailleurs de bicyclettes, importe tout ce dont il a besoin pour son industrie car il n’y a ni charbon, ni pétrole ni minerais sur l’archipel. Mais les Japonais ont des idées et disposent d’une immense zone maritime (voir la carte ci-dessus) et ainsi de fonds marins susceptibles d’être exploités. Déja en 2012 les premières tentatives d’extraction du méthane à partir d’hydrates présents dans les fonds marins ont été un succès copié peu d’années après par la Chine (liens sur ce blog) mais le grand partenaire chinois, premier producteur de terres rares du monde pourrait mettre à mal les industries électronique et automobile japonaises ou de n’importe quel autre pays, en particulier les USA, en contingentant ses exportations de terres rares ainsi que d’yttrium. L’yttrium n’est pas une terre rare à proprement parler mais il est extrait des mêmes minerais et ce métal de transition est très recherché par les industriels de l’électronique puisqu’il est nécessaire pour la confection d’écrans de télévision et d’ordinateurs. Quant aux terres rares leurs multiples applications dans les hautes technologies les ont rendues indispensables pour d’immenses créneaux industriels.

Le Japon n’a pas de pétrole, peut-être qu’il disposera de méthane dans quelques années mais aussi et surtout dans quelques années aussi il pourra devenir, compte tenu des tensions commerciales sur le marché des terres rares, le leader mondial dans ce secteur. Et les ingénieurs, géologues et océanologues japonais, sous l’impulsion du Ministère de l’Industrie du Japon (MITI) ont constitué un véritable commando pour étudier la faisabilité de l’extraction des terres rares qui se déposent au fond de l’océan dans des boues constituées d’apatite (carbonate de calcium) produite par les squelettes du phytoplancton. Ce processus de lente sédimentation piège les terres rares et bien d’autres métaux et « il suffit » d’aller suçer ces boues de granulométrie très fine et de les remonter à la surface. L’équipe de scientifiques dirigée par le Docteur Yasuhiro Kato du Centre de Ressourches Sous-Marines à Kanagawa et des Université de Tokyo et de Waseda (Shinjuku, Tokyo) a donc exploré les potentialités de récupération de terres rares de ces sédiments des fonds marins autour de l’île de Minamitorishima à près de 2000 kilomètres au sud-est de Tokyo et les résultats de l’étude sont infiniment supérieurs aux attentes.

Des échantillons de boues ont été récupérés à l’aide d’un robot suçeur puis séparées selon leur granulométrie à l’aide d’un hydrocyclône et la teneur en divers métaux (les terres rares sont des métaux) analysée par spectrographie de masse. Les résultats ont immédiatement indiqué une richesse extraordinaire, entre 0,2 et 0,5 % en moyenne et jusqu’à 2 % en fonction de cette granulométrie de pratiquement toutes les terres rares et d’yttrium. Les moins abondantes comme d’ailleurs dans les gisements continentaux sont le praseodyme, le samarium ou encore le terbium. Mais rapportée au km2 la quantité de terres rares et d’yttrium récupérable est astronomique : dans la partie la plus prometteuse du fond marin exploré et se situant à une profondeur moyenne de 5500 mètres la totalité des oxydes de terres rares récupérables se situe aux alentour de 16 million de tonnes pour l’ensemble des métaux les plus abondants : yttrium, europium, terbium et dysprosium.

Cette abondance en terres rares permet d’envisager une exploitation de tels gisements de manière économique dans les prochaines années.

Pour se faire une idée de ce que représentent ces gisements sous-marins la quantité d’yttrium métal récupérable correspond à 780 années de consommation d’yttrium au rythme actuel, 620 ans pour l’europium, 420 ans pour le terbium et 730 ans pour le dysprosium et des dizaines d’années pour les autres éléments présents en minorité. En conclusion de cette étude, après résolution des problèmes techniques et une étude de faisabilité en « 1/4-grand » tant de l’extraction que de la séparation et la purification de ces éléments chimiques, le Japon pourrait jouer un rôle clé sur ce marché au détriment de celui de la Chine.

Source et illustration : doi 10.1038/s41598-018-23948-5 en accès libre

https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/03/12/une-avancee-decisive-dans-lexploitation-de-lhydrate-de-methane/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2017/06/03/la-course-aux-hydrates-de-methane-est-engagee/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/03/22/depuis-le-japon-apres-le-methane-les-terres-rares/

Les risques existentiels encourus par l’humanité : une évaluation.

Capture d’écran 2017-02-15 à 16.38.41.png

Un petit groupe d’universitaires comprenant des mathématiciens, des biologistes, des informaticiens, des juristes ou encore des philosophes a constitué à l’Université de Cambridge une équipe très spéciale dont la mission est d’étudier les risques existentiels, en d’autres termes les menaces auxquelles l’humanité peut être confrontée dans un futur indéterminé. Tous les aspects de la politique, des sciences et des technologies ont été abordés par ce centre pour l’étude des risques existentiels (CSER, acronyme de Center for the Study of Existential Risk). Selon les évaluations qui ressortent de leurs travaux il est urgent de sensibiliser l’opinion au sujet de ces risques qui ne sont pas ceux que l’on croit communément.

# 1 Intelligence artificielle

Le plus grand risque que court l’humanité serait l’intelligence artificielle prise globalement, non pas seulement des super-ordinateurs dans lesquels des algorithmes complexes influencent nos choix, ce qui est déjà le cas avec Google, ayant pour conséquence un appauvrissement de notre liberté de décision, mais également les machines considérées globalement en particulier les robots. Le risque serait, si aucun contrôle n’est organisé à l’échelle planétaire dès aujourd’hui, une prise en otage de l’ensemble de l’humanité. Les machines décideraient entièrement pour nous. Ce n’est pas de la science-fiction du genre « Terminator » mais bien une réalité qui nous concerne tous et le CSER classe l’intelligence artificielle comme la plus grande menace pour l’humanité dès 2075.

# 2 Risque biologique

Le développement inimaginable il y a encore 30 années de la biologie moderne constitue le second plus grand risque pour l’humanité. Les outils modernes de la biologie moléculaire ont ouvert la boite de Pandore. Les biologistes sont capables, notamment à l’aide de l’outil CRISPR-cas9 de créer des virus nouveaux et de modifier des bactéries anodines pour les transformer en facteurs pouvant provoquer une pandémie totalement incontrôlable qui décimera en quelques années l’ensemble de l’humanité. Ce que craint le CSER est que la banalisation des outils de la biologie moléculaire permette à n’importe quel biologiste un tant soit peu expérimenté de procéder dans son garage à ce genre d’approche sans qu’aucun contrôle puisse être mis en place. Le risque biologique existe déjà et il est classé comme très élevé.

1620.jpg

# 3 Les armes autonomes

Ce risque, aussi, existe déjà : la perte de contrôle d’armements intelligents. Juste un exemple pour situer ce risque. L’armée sud-coréenne surveille sa frontière la séparant de la Corée du Nord à l’aide de robots construits par la firme Samsung. Ces machines sont capables de reconnaître un individu tentant de traverser cette frontière et de l’abattre sans l’autorisation d’une hiérarchie inexistante devenue inutile. Le CSER a imaginé les pires scenarii. Il suffirait de quelques camions remplis de robots intelligents pour détruire une ville entière. À l’extrême limite il deviendrait impossible d’identifier l’ennemi. Durant la guerre froide la stratégie était d’empiler des bombes nucléaires pour dissuader l’ennemi d’attaquer. Aujourd’hui il est tout à fait réaliste d’imaginer des armées sans combattants, des machines feront le travail en lieu et place des combattants traditionnels. Ce risque de guerre robotisée à l’aide de drones intelligents est déjà présent et devra faire l’objet de traités internationaux pour en limiter la portée. C’est l’une des retombées majeures du risque # 1.

# 4 Conflit nucléaire

Le CSER considère que le risque de conflit nucléaire entre les deux puissances (USA et Russie) possédant à elles deux plus de 90 % des armes nucléaires existant dans le monde serait surtout la conséquence d’une fausse alerte. Statistiquement et selon les leçons du passé la probabilité d’une fausse alerte initiant par erreur un conflit nucléaire conduisant à la disparition de l’humanité est de une fausse alerte tous les 14 ans. Il est donc loin d’être nul et l’équipe de Cambridge préconise une remise en question globale du risque de fausse alerte de la part des autorités russes et nord-américaines mais aussi chinoises, pakistanaises et indiennes. Sachant qu’un conflit nucléaire généralisé conduirait à une destruction totale de l’humanité le CSER classe pourtant ce risque comme peu élevé.

# 5 Risque climatique

Pour le CSER le risque du changement climatique d’origine humaine sur l’organisation de la société dans son ensemble doit être pris en considération mais il existe trop d’incertitudes pour évaluer l’ampleur de ce réchauffement ainsi que son impact sur l’humanité. Si ce risque existe déjà il est classé comme peu préoccupant par cet organisme de prospective.

# 6 Impact d’un astéroïde

Considéré comme probable au cours des 50 à 100 millions d’années à venir, classé très faible mais potentiellement aussi dévastateur que celui qui provoqua la disparition des dinosaures.

# 7 Invasion d’extra-terrestres

Si la probabilité de formes de vie intelligentes dans l’Univers n’est pas nulle une invasion de la Terre par des extra-terrestres a été considérée par le CSER mais classée imprévisible et extrêmement faible, ouf !

# 8 Manque de nourriture et famines massives

Compte tenu des prévisions de croissance de la population mondiale – 9,6 milliards d’habitants en 2050 – le risque de famine est loin d’être négligeable d’autant plus que l’accroissement des rendements agricoles de près de 70 % depuis la fin des années 60 repose entièrement sur la disponibilité en pétrole pour la production d’engrais et de produits chimiques permettant de combattre les ravageurs. Cette amélioration du rendement des cultures vivrières a probablement atteint son maximum et le risque étudié par le CSER est une attaque virale ou fongique massive de l’une ou l’autre des trois céréales les plus cultivées dans le monde, riz, maïs ou blé qui provoquerait une famine aux conséquences incontrôlables. La recherche et l’amélioration génétique des plantes afin qu’elles soient prémunies contre de tels dangers biologiques paraît nécessaire sinon urgente. Le CSER a évalué la venue de ce risque majeur vers les années 2050.

# 9 La rumeur des accélérateurs de particules

Un accident dans un accélérateur de particules comme celui du CERN « ferait » apparaître un petit trou noir qui finirait pas avaler tout ce qui l’entoure et au final jusqu’à la Terre entière. Sur le papier ce serait en théorie possible mais la probabilité qu’un tel évènement puisse arriver reste du domaine de la pure spéculation.

# 10 Un tyran planétaire

L’arrivée d’un homme à la tête d’une grande nation qui nierait les évidences scientifiques et technologiques pour accaparer pour lui et ses complices l’ensemble des richesses de la planète, une hypothèse qui semble avoir été abordée par le CSER dans la foulée de l’élection de Donald Trump qui a promis de mettre à plat l’affaire du réchauffement climatique. Comme des dizaines de milliers de chercheurs universitaires vivent de crédits alloués pour conforter l’hypothèse du réchauffement climatique d’origine humaine ils se sentent donc directement concernés et à leurs yeux un homme comme Donald Trump est dangereux car « il nie les évidences scientifiques ».

Cette énumération appelle quelques remarques. D’abord le dixième risque me paraît un peu spécieux. Qu’un groupe d’intellectuels considère que Donald Trump représente un danger pour la communauté scientifique parce qu’il doute de la véracité de la théorie du réchauffement climatique d’origine humaine me paraît excessif. J’aurais préféré un classement différent de ces risques en y incluant le risque d’un refroidissement du climat n’en déplaise aux tenants du dogme du réchauffement. La robotique, les machines intelligentes, les drones feront l’objet d’une étude internationale et de la mise en place d’un comité d’éthique ad hoc pour réguler les applications de ces technologies aussi bien que faire se peut de même qu’il existe des comités d’éthique qui se penchent sur l’utilisation des cellules embryonnaires humaines. Il s’agira d’une prise de conscience internationale quels que soient les intérêts industriels ou financiers en jeu. Personnellement je ne pense pas que l’asservissement de l’humanité toute entière par des machines puisse être plausible ni possible à moins que les hommes aient atteint un degré de dégénérescence intellectuelle avancé.

Les deux risques les plus préoccupants me paraissent être une attaque des grandes cultures vivrières par un ou des ravageurs incontrôlables comme c’est déjà le cas pour les frênes, les oliviers et les bananiers. Comme pour le phylloxéra et la vigne, l’ingéniosité humaine trouvera une parade mais un tel évènement laissera des traces douloureuses. Les risques « biologiques » pouvant se matérialiser par des expérimentations réalisées par un fou irresponsable sont également à craindre mais mettre au point un virus hautement pathogène tuera son inventeur avant qu’il ne se disperse dans la nature, un virus nécessite un « réservoir » et un vecteur. Je mettrai donc un gros bémol dans l’évaluation du risque # 2. Restent donc les risques # 5 et 8 qui se rejoignent dans le mesure où le refroidissement du climat annoncé par de nombreux géophysiciens et astrophysiciens aura pour conséquence une famine généralisée et une totale et profonde désorganisation de l’ordre mondial. Si j’étais membre du CSER je classerai ce risque en première urgence car apparaissant en 2025 au plus tard comme l’ont avancé des géophysiciens éminents.

Source et illustrations : Wired

Première illustration, quelques membres du CSER dans la prestigieuse bibliothèque de l’Université d’Oxford qui sent l’encaustique et le vieux parchemin. De gauche à droite Julius Weitzdörfer du CSER, Beth Barnes de la Future of Sentience Society, Stephen Cave du Leverhulme Center for Future Intelligence, Anders Sandberg, écrivain futuriste, Huw Price de l’Université de Cambridge et Jane Heal du CSER.