Le Brexit : c’était il y a 450 000 ans.

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Il y a un demi-million d’années le nord de l’Europe était recouvert de glaciers géants et la partie méridionale de la Mer du Nord était un lac glaciaire, une étendue d’eau recouverte de glace et d’icebergs provenant des langues des glaciers descendant des montagnes alpines. Le niveau de la mer se trouvait être à plus de 100 mètres au dessous du niveau actuel que nous connaissons et ce qui est aujourd’hui l’Angleterre était relié au continent. Il faudra attendre plusieurs millénaires pour que le climat se réchauffe (Dryas) et que tous ces glaciers gigantesques fondent entrainant une montée spectaculaire des eaux océaniques. La Mer du Nord telle que nous la connaissons actuellement subit depuis ses limites septentrionales une poussée spectaculaire et la grande digue de roches crayeuses de plus d’une trentaine de kilomètres de long qui l’enfermait au sud entre la région de Douvres en Grande-Bretagne et de Calais en France ne put résister à la poussée des eaux.

Cet évènement n’était qu’une hypothèse élégante mais non prouvée jusqu’à ce qu’une équipe internationale franco-anglo-belge revisite les fonds de la Manche avec une précision inégalée. Ce qui a été découvert est tout à fait étonnant. Il subsiste à l’aplomb d’une ligne Calais-Douvre (la petite tache bleue dans l’illustration ci-dessous, canal de Loburg) des restes de sites d’érosion provoqués par des cascades comme on peut en trouver par exemple au pied des chutes du Niagara, c’est-à-dire des amoncellements désordonnés de rochers. En effectuant des relevés bathymétriques très précis les chercheurs ont pu localiser la présence des premières cataractes qui ont commencé à fragiliser l’affleurement de craie appelé anticlinal Weald-Artois. Certes, comme le Brexit aujourd’hui, le processus n’a pas été instantané mais a probablement duré plusieurs centaines d’années.

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Finalement l’ensemble de l’escarpement a cédé et a créé les falaises crayeuses que l’on connait aujourd’hui. L’illustration ci-dessus est riche de renseignements. Par exemple, mais ce n’est qu’un détail, le cours de la Seine rejoignait l’océan au nord de la péninsule du Cotentin, incroyable mais vrai. Quand l’anticlinal Weald-Artois se rompit des débris s’éparpillèrent en arcs successifs tout au long des côtes de la Somme. Les premières étapes de ce Brexit géologique (et climatique) se situent autour de ce qui est appelé le « canal » de Loburg (LC), une zone anormalement profonde – environ 80 mètres – située à égale distance de Calais et de Douvres. À cet endroit ont pu être localisées les deux premières cataractes ou cascades géantes qui furent à l’origine du processus d’ouverture de la Manche actuelle.

Depuis les Anglais sont toujours resté jaloux de leur insularité …

Pourquoi, my God ! ont-ils voulu rejoindre l’Union Européenne ?

Source : Nature Communications, doi : 10.1038/ncomms15101

Le cratère d’impact de Chicxulub va peut-être livrer ses secrets

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C’est en observant divers cratères d’impact sur la Lune, Mars et d’autres objets célestes du système solaire que les scientifiques ont formulé l’hypothèse de la formation d’anneaux concentriques entourant le point d’impact central. Du cratère lunaire de 930 km de diamètre extérieur situé sur la « Mer orientale » provoqué par la chute d’un météore d’environ 20 kilomètres de diamètre il ne subsiste que trois anneaux concentriques (image ci-dessus, crédit NASA). À la suite de l’impact par un très gros caillou il y a 3,8 milliards d’années, il se forma un réarrangement du manteau lunaire qui donna naissance à un pic de roches de 140 kilomètres de haut. Cet amas instable s’effondra sur lui-même pour provoquer une onde de choc secondaire qui se matérialisa par deux rides concentriques. Ce n’est qu’une hypothèse de travail qu’il est impossible d’aller vérifier sur place : il faudrait acheminer sur la Lune du matériel de forage en profondeur …

Mais il existe sur la Terre le cratère de Chicxulub dont un grande partie sur trouve sur la péninsule du Yucatan au Mexique qui pourrait permettre de vérifier cette hypothèse et rendre compte de l’effet dévastateur de cet impact qui provoqua la disparition des dinosaures et de bien d’autres espèces animales il y a 63 millions d’années (voir le lien sur ce blog). Selon cette hypothèse l’impact du météore a provoqué un effondrement de la croute terrestre (lunaire) sur une centaine de kilomètres de diamètre et l’onde de choc a entrainé la croissance transitoire d’un pic de matière – des roches de diverses origines provenant de cette croute et du manteau sous-jacent – qui, tel le phénomène d’une goutte tombant à la surface de l’eau, a ensuite provoqué des ondes de choc secondaires, processus illustré par la figure ci-dessous :

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L’éjection initiale de matière a formé le cercle le plus externe de l’impact et deux autres formations circulaires concentriques se sont ensuite formé, un processus qui n’a probablement pas duré plus de quelques heures voire moins. Pour en avoir la certitude les scientifiques de l’IODP (International Ocean Discovery Program) ont donc décidé d’effectuer un forage au large de la péninsule du Yucatan, tous ceux réalisés par la société pétrolière Pemex à la recherche de pétrole ayant été abandonné car en lieu et place de pétrole les trépans ne rencontrèrent que du basalte là où les données gravimétriques prévoyaient la présence d’huile.

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Le site de forage à 30 kilomètres au large au nord du port de Progreso a été choisi comme étant situé le plus probablement au niveau du second anneau hypothétique de l’impact et également là où comme par hasard la profondeur de la mer n’est que de 17 mètres. Le forage doit atteindre la profondeur de 1500 mètres et selon les prévisions traverser en premier lieu une couche de 550 mètres de calcaire. En remontant donc le temps, à cet horizon géologique le trépan devrait rencontrer une couche riche en algues fossilisées correspondant au maximum climatique Paléocène-Eocène (il y a 55 millions d’années) de 5°C plus élevé qu’aujourd’hui.

Ensuite, bien qu’il ne s’agisse encore que d’hypothèses, le forage devrait remonter des carottes indiquant la réapparition de la vie dont les témoins seront les squelettes de foraminifères. Enfin le forage devrait arriver au niveau du deuxième anneau en rencontrant un mélange géologiquement complexe de roches d’origines variées et enfin au delà de 1000 mètres de profondeur il sera peut-être possible de retrouver des bactéries qui se sont infiltrées dans les fissures provoquées par l’impact et ont continué à vivre en utilisant d’autres sources d’énergie que le carbone et l’oxygène mais plutôt le fer et le soufre … Tout un programme alliant la géologie, la biologie, le climat et l’histoire passée lointaine. Le forage a débuté au mois de mai dernier. À suivre … Ci-dessous reconstitution d’artiste du cratère d’impact de Chicxulub.

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Source et illustrations : sciencemag.com

https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/07/21/le-petrole-cest-vraiment-dangereux-pour-le-climat/

Le pétrole c’est vraiment dangereux pour le climat !

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Que mes lecteurs se rassurent tout de suite, je ne suis pas devenu brusquement un adepte inconditionnel des moulins à vent et des panneaux photovoltaïques. En effet, le titre de ce billet pourrait faire croire que je viens de me ranger dans la catégorie des pourfendeurs des grandes compagnies pétrolières qui déversent leurs barils d’or noir sur les marchés, ce qui accroit inexorablement (?) la teneur en « gaz à effet de serre » de l’atmosphère. Rien de tout cela, il s’agit de la vraie raison de la disparition soudaine des dinosaures il y a entre 66 et 63 millions d’années.

Lorsque la société Pemex et d’autres majors du pétrole élargirent leurs prospections autour du principal gisement de pétrole du Mexique au large de la péninsule du Yucatan ils furent étonnés de constater qu’il y avait une sorte d’îlot circulaire sous-marin de 180 kilomètres de diamètre sans quantité notoire de pétrole alors que le champ pétrolifère de Cantarell, par exemple, est une véritable éponge tout près de ce « désert » pétrolier. C’est ainsi que fut découvert le cratère d’impact de Chicxulub dont on attribua la formation à la chute d’un astéroïde d’au moins 10 kilomètres de diamètre constitué en grande partie de fer et d’iridium. Des études détaillées confirmèrent par la suite que ce cratère d’impact maintenant totalement comblé par des sédiments datait bien d’environ 63 millions d’années.

Or, comme la disparition soudaine des dinosaures date d’à peu près la même époque, tous les ossements fossilisés de ces monstrueuses créatures dont je ne suis pas du tout fanatique ont été datés d’avant cette période bien précisée par les géologues et appelée la frontière crétacé/paléogène. Ce mot barbare veut tout simplement dire qu’au même moment sur toute la planète on retrouve une couche géologique très fine enrichie en iridium, un métal très rare dans la croute terrestre. Tout concourrait pour considérer que les dinosaures avaient disparu subitement à la suite de la chute de ce gros astéroïde, mais pas seulement les dinosaures car les ammonites disparurent également ainsi que près de 80 % de toute forme de vie que ce soit terrestre ou océanique.

Les scientifiques se sont creusé les méninges pour expliquer comment un tel impact avait pu avoir un effet planétaire aussi catastrophique, toutes les simulations conduisant à des conclusions hasardeuses. Il a fallu attendre la sagacité d’une équipe de géologues et de physico-chimistes de l’Université Tohoku de Sandai au Japon pour comprendre exactement le déroulement de ces évènements catastrophiques relatés ici : doi: 10.1038/srep28427 .

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L’équipe du Docteur Kunio Kaiho a approfondi l’analyse de cette couche riche en iridium sur deux échantillons l’un provenant de l’île d’Haïti actuelle et l’autre du sud de l’Espagne à Caravaca dans la province de Murcia. Ils ont trouvé qu’outre la présence d’iridium et de fer il y avait bizarrement la présence notoirement élevée d’hydrocarbures de la famille des coronènes et des benzopyrènes. Or ces hydrocarbures sont la signature des particules carbonées qui forment la suie et la fumée y compris des pots d’échappement des moteurs diesel ! La chute de l’astéroïde du Chicxulub n’aurait tout de même pas mis le feu à toute la végétation existant sur la Terre à cette époque. L’explication fournie par ces géologues est beaucoup plus terrifiante : l’astéroïde alluma un gigantesque feu de pétrole, volatilisant en un instant entre 2 et 60 milliards de tonnes de pétrole produisant un panache de fumée d’une taille difficile à imaginer qui monta à des altitudes stratosphériques enveloppant toute la planète d’une épaisse couche de suie qui obscurcit durablement – au moins pendant 10 ans – la planète Terre entière.

Selon les simulations réalisées au Département des Sciences de la Terre de l’Université Tohoku la température globale chuta de près de 16 degrés en moins d’une année, toutes les plantes photosynthétiques ainsi que le phytoplancton furent affectées ce qui conduisit à une rupture de la chaine alimentaire entrainant l’extinction probablement en moins de dix ans de la majorité des espèces vivantes, y compris des insectes ! Les crocodiles, dignes descendants des dinosaures, échappèrent à l’extinction totale en survivant tant bien que mal dans les zones intertropicales, du moins seulement certaines espèces …

Pour donner un ordre de grandeur de cette catastrophe pétrolière, le petit trou fuyard qui fit la une des journaux de la Terre entière dans le golfe du Mexique il y a quelques années ne déversa dans l’océan que 4,9 millions de barils soit en gros un million de tonnes de pétrole, l’équivalent de deux gros super-tankers. L’impact du Chicxulub vaporisa et enflamma, dans l’hypothèse haute expliquant parfaitement toutes les disparitions d’espèces vivantes observées, jusqu’à 60 milliards de tonnes de pétrole en quelques secondes … ce qui provoqua un changement climatique très brutal non pas provoqué par le CO2 mais tout simplement par la fumée.

Source : voir le doi dans le texte, en accès libre, illustration Wikimedia et Courtillot et al. Earth and Planetary Science Letters, 166, 177-195 (1999)

Crise climatique : les ouragans passés dans les Caraïbes

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Il m’est apparu utile sinon important de relater dans ce blog une étude réalisée par le laboratoire de dendrologie de l’Université de l’Arizona à Tucson en collaboration avec les Universités de Santiago de Compostelle et de Huelva en Espagne. Il s’agit d’une sorte de compilation d’évènements passés qui à première vue n’ont aucune relation entre eux mais révèlent avec une clarté inattendue l’effet des variations passées du climat sur des évènements qui en raison de la grande peur climatique actuelle sont à prendre très sérieusement en considération. Comme les variations passées de l’activité solaire ont été largement ignorées par les spécialistes du climat constituant l’organisme onusien appelé IPCC, qu’il s’agisse de l’optimum médiéval ou du minimum dit de Maunder, il était tout à fait opportun de relater ces travaux relatifs à la fréquence des ouragans qui ont sévi durant la période froide dite de Maunder (1645-1715) dans la Caraïbe, un fait qui a pu être relié à la croissance des arbres en Floride durant la même période. La peur climatique entretenue par l’IPCC fait état d’une aggravation des phénomènes météorologiques naturels et en particulier les ouragans (hurricanes dans la Caraïbe, typhons dans le Pacifique nord-ouest et cyclones dans le Pacifique sud et l’Océan Indien). Il n’en est pourtant rien depuis près de 20 années, curieux is not it ?

Les archives espagnoles couvrant la période 1495-1825 recouvrant largement le minimum de Maunder font état de la disparition en mer de 657 bateaux liés à des ouragans tropicaux mais la base de données relative aux ouragans tropicaux qui ont sévi dans l’Atlantique Nord sur la période équivalente ne correspond pas avec les archives espagnoles. Il a donc fallu trouver une autre approche chronologique pour relier ces évènements entre eux. La dendrochronologie relative aux arbres de Floride a permis d’établir une relation crédible entre ces phénomènes météorologiques violents et les archives espagnoles sur la période 1707-2009. La croissance des pins de Floride (Pinus elliottii), en particulier ceux de Big Pine Key, est perturbée par l’apport d’eau chargée en sel occasionnée par les ouragans et la dendrologie permet d’établir une chronologie très précise des évènement cycloniques ayant atteint les côtes et par voie de conséquence cette approche constitue ce que l’on appelle un autre « proxy » décrivant la dynamique climatique de l’Atlantique Nord sur de relativement longues périodes.

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Le minimum de Maunder est l’évènement climatique le plus sévère répertorié précisément durant ces derniers siècles. Il est la résultante de quatre facteurs liés les uns aux autres ayant résulté en une chute spectaculaire du nombre de chavirages des bateaux marchands espagnols qui n’enduraient plus de conditions météorologiques extrêmes. La fréquence des ouragans dépend de la température absolue des eaux de surface dans la zone tropicale de l’Atlantique Nord. Elle dépend également de la différence de température des eaux de surface entre les zones tropicales et les zones sub-tropicales. Cette fréquence dépend encore des oscillations australes du phénomène El Nino (ENSO) et enfin des oscillations de l’Atlantique Nord (NAO). Ces conditions ont été profondément modifiées à la suite de la chute de l’activité magnétique solaire durant cette période qui a été largement vérifiée par de nombreux proxys dont le plus évident était la quasi absence de taches solaires pendant plusieurs dizaines d’années. Il y eut une conjonction de ces évènements climatiques qui renforça le phénomène conduisant à une raréfaction des ouragans. Le nombre de navires marchands espagnols perdus en mer durant cette période a donc chuté par voie de conséquence.

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Comme les projections actuelles des astrophysiciens font état d’une reproduction dans un futur proche du même type d’effondrement de l’activité magnétique solaire qui eut pour conséquence un refroidissement dramatique et durable du climat lors du minimum de Maunder il était donc intéressant d’établir une relation entre cette période historique et les évènement réels qui eurent lieu et qui sont sans ambiguité répertoriés dans les archives espagnoles. Il est apparu que la fréquence des ouragans s’est effondrée durant cette période comme cela a été montré par dendrochronologie et dans le même temps le nombre de bateaux marchands perdus en raison de conditions cycloniques a été considérablement réduite comme le montre l’illustration ci-dessous.

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Cette étude apporte donc un argument supplémentaire indéniable au sujet de l’effet de l’activité solaire sur les conditions météorologiques, et partant climatiques, qui ont prévalu durant cette période de refroidissement sévère. Il est intéressant enfin de rapprocher cette étude avec le « hiatus » climatique de ces dernières 20 années qui n’a pas pu établir une quelconque augmentation des températures moyennes observées objectivement, corroborant les données relatives à la baisse substantielle de l’activité solaire qui ne peut plus être niée ainsi que la diminution du nombre d’ouragans de catégorie 3 et plus qui ont atteint la terre ferme nord-américaine durant cette même période. Il est également intéressant de mentionner le renversement de tendance de la NAO (voir le lien) depuis la fin des années 1990.

En quelque sorte l’histoire passée, avec des rapprochements inattendus, apporte de nouveaux arguments en faveur d’une prédominance des variations de l’activité magnétique du Soleil sur le climat terrestre. Finalement il paraît donc vain sinon malhonnête de continuer à nier que le Soleil n’a pas d’effet sur le climat terrestre. Ce n’est plus l’affaire des scientifiques honnêtes que d’affirmer le contraire mais cela relève désormais uniquement des politiciens, des organisations non gouvernementales et des corporations multinationales que de soutenir que le climat est perturbé par l’activité humaine …

Sources et illustrations : http://www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.1519566113

http://dx.doi.org/10.1016/j.earscirev.2016.02.005

 

Retour sur le grand tremblement de terre du 11 mars 2011 au Japon

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Durant les jours qui précédèrent le grand tremblement de terre du Tohoku le vendredi 11 mars 2011 se tenait une conférence internationale de séismologie dans la ville de Kashiwa, au nord de la baie de Tokyo (préfecture de Chiba) à 300 kilomètres de la côte où eut lieu ce tremblement de terre suivi d’un tsunami dévastateur qui restera longtemps dans les mémoires des Japonais. Il état trois heures moins le quart de l’après-midi et tous les spécialistes réunis pour parler de tremblements de terre se mirent à rire quand justement la terre commença à trembler. Ils regardèrent leur montre et la terre trembla presque en continu pendant 4 minutes. Avant même d’obtenir les informations officielles relatives à la magnitude de ce tremblement de terre ils surent tous que celui-ci avait atteint au moins 9 sur l’échelle de Richter car plus les secousses durent longtemps plus elles sont puissantes : 15 secondes pour une magnitude de 6,9, trente secondes pour 7,5, une minute pour 7,9 et ainsi de suite.

Il y avait eu quelques secousses les jours précédents mais quand la terre commença à trembler ce jour-là il y eut une progression dans l’intensité durant la première minute puis tout se mit à bouger avec de plus en plus de violence. Les conférenciers sortirent à l’extérieur, il faisait froid, limite neige, les arbres tremblaient aussi en émettant un bruit étrange, la totalité du building commença à se déplacer en creusant son chemin de quelques dizaines de centimètres dans le sol, le Docteur Chris Goldfinger (je reprend ses propos) continuait à décompter les minutes – ces minutes paraissaient immensément longues – et la terre tremblait toujours. Goldfinger et ses collègues conférenciers, étaient tous persuadés que le Japon était à l’abri d’un tremblement de terre de magnitude supérieure à 8,4 mais cette fois, après 4 minutes de secousses ininterrompues, il fallut se rendre à l’évidence que celui-ci avait probablement atteint la magnitude 9. Les prévisions du géologue Yasutaka Ikeda, spécialiste japonais des tremblements de terre, faites en 2005 s’avérèrent exactes mais personne n’avait suivi son avertissement. Il fallait selon lui s’attendre à une secousse majeure de magnitude 9 dans un futur proche mais personne ne prit malheureusement au sérieux Ikeda.

Tous les spécialistes réunis dehors prirent leur ketaï – leur téléphone portable – et comme ils avaient prédit un tsunami géant à la suite de cette secousse particulièrement longue, ils purent voir la gigantesque vague arriver sur la côte sur le petit écran de leurs ketaïs filmée par les hélicoptères de la chaine NHK trente minutes plus tard. Au final, ce tremblement de terre tua plus de 18000 personnes, dévasta toute la région du nord-est de Honshu, provoqua l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi et bien d’autres accidents sur d’autres sites industriels et coûta au bas mot plus de 220 milliards de dollars. Pour le Docteur Chris Goldfinger, spécialiste d’une zone de subduction nord-américaine, ce tremblement de terre était pour lui un avertissement de ce qui pourrait se passer entre la Colombie Britannique et la Californie très prochainement.

Comme le Japon, la côte pacifique du continent américain se trouve être sur ce qu’on appelle la ceinture de feu. Les plaques océaniques géologiquement récentes s’enfoncent sous les plaques continentales plus anciennes provoquant l’apparition de chaines de volcans, des tremblements de terre et des tsunamis. Presque tout le monde a entendu parler de la faille de San Andreas qui coupe littéralement en deux la Californie sur près de 1000 kilomètres. Cette faille est étudiée et scrutée 24 heures sur 24 à l’aide de balises GPS et de sismomètres. Tous les modèles et l’évolution de l’activité sismique prévoient au pire un tremblement de terre de degré 8,4 soit à peine 10 % de l’énergie de celui du Tohoku. Certes il y aura des dégâts mais rien à voir avec ceux qu’endura le Japon en 2011. Par contre, plus au nord, entre l’extrémité nord de la Californie et la Colombie Britannique se trouve une vaste zone de subduction appelée Cascadia qui s’étend sur une longueur de 1200 kilomètres et est également scrutée avec soin car il se pourrait bien qu’un jour prochain on assiste exactement au même type de tremblement de terre que celui du 11 mars 2011 au Japon.

Pourquoi une telle affirmation ? D’abord, autour de la ceinture de feu du Pacifique il ne se passe pas dix ans sans qu’il y ait une secousse majeure du genre 8,5 et plus, voire 9,2, sur l’échelle de Richter, que ce soit en Alaska, au Japon, au Chili ou en Mélanésie. Mais le « real big one » si l’on peut s’exprimer ainsi pourrait survenir sur la totalité de cette zone de subduction et occasionner des dégâts immenses. La raison est simple à expliquer depuis que les géologues ont finalement trouvé une explication au tsunami orphelin qui dévasta le Japon en janvier 1700. Un tsunami orphelin survient sans secousse sismique antécédente ou annonciatrice, il provient donc d’un tremblement de terre ayant eu lieu ailleurs. Ce tsunami dévasta la côte japonaise de Tanabe au sud de Kyoto jusqu’à Kuwagasaki au nord de Honshu. La vague géante bien décrite par l’administration japonaise de l’époque provenait de l’est-sud-est. À cette époque il n’existait pas d’administration dans l’ouest des Etats-Unis et personne ne fit mention d’un tremblement de terre monstrueux dans la zone des Cascadia. Il fallut plus de 300 ans pour trouver la cause du tsunami orphelin de janvier 1700 au Japon : une gigantesque secousse dans cette zone de subduction des Cascadia libérant une énergie considérable accumulée depuis plusieurs centaines d’années.

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La plaque de Juan de Fuca s’enfonce à cet endroit-là sous la plaque américaine à la vitesse de 36 millimètres par an, pas de quoi fouetter un chat et pourtant, en 315 ans ce mouvement tectonique représente plus de 11 mètres. Or il n’y a pas eu de tremblement de terre dans cette région ces 315 dernières années. Les spécialistes de séismologie prévoient donc une rupture qui pourrait provoquer une secousse de 9,2 sur l’échelle de Richter, le « very big one ». Pour se faire une idée de ce qui pourrait arriver, selon Goldfinger, dans l’hypothèse où la totalité de la zone libérerait d’un seul coup l’énergie accumulée avec le temps comme pour ce qui s’est passé au Japon – il n’y avait pas d’épicentre précis dans le cas du tremblement de terre du 11 mars 2011 – la plaque continentale commencera à s’effondrer d’un mètre et demi puis s’étendra alors vers l’ouest d’environ 25 mètres déplaçant d’immenses quantités d’eau océanique. Une partie de cette eau partira en direction de l’Asie et en particulier vers le Japon comme en 1700, l’autre partie reviendra vers la côte ouest américaine quelques 15 minutes après la fin du tremblement de terre. Selon toutes les simulations effectuées par les géophysiciens les paysages familiers des Etats de Washington et de l’Oregon seront tout simplement méconnaissables, environ 7 millions de personnes ne pourront pas échapper au tsunami géant. Des villes comme Seattle, Tacoma, Portland seront en presque totalité profondément endommagées, la plupart des ponts et viaducs s’effondreront, les zones côtières seront complètement dévastées. Les estimations les plus optimistes font état de 13000 morts ou disparus, d’autres prévisions parlent de plusieurs millions de morts. Si le tremblement de terre survient en milieu de journée, la plupart des écoles, des bâtiments administratifs, des universités et des hôpitaux s’effondreront sur leurs occupants.

Il y a seulement 40 ans que les scientifiques ont pris conscience du danger que représente la zone de subduction de Cascadia et seulement une quinzaine d’années qu’ils trouvèrent une explication au tsunami orphelin qui dévasta le Japon en 1700. Ce n’est qu’aux alentours des années 1960 que la tectonique des plaques permit d’expliquer la récurrence des grands tremblements de terre de la ceinture de feu du Pacifique : Japon, 2011 : 9,0, Indonésie 2004 : 9,1, Alaska, 1964 : 9,2, Chili, 1960 : 9,5. L’immensité de l’Océan Pacifique explique la violence de ces tremblements de terre. Comment découvrit-on l’activité tectonique des Cascadia et la relation avec le tsunami orphelin de 1700 au Japon ? C’est presque anecdotique.

Ghost-Forest.-Courtesy-of-Brian-Atwater

Des géologues curieux s’intéressèrent à la forêt fantôme de la Copalis River près de la côte pacifique de l’Etat de Washington et ils trouvèrent une explication à la mort des cèdres rouges, la présence d’eau salée qui décima d’un seul coup tous les arbres. Par dendrochronologie, on put montrer que le dernier cerne de croissance de ces arbres datait de 1699. La seule explication serait que le sol s’est soudainement affaissé favorisant l’arrivée d’eau salée puis s’est alors relevé mais l’hypothèse du tsunami n’a pas pu être exclue de ce scénario catastrophe.

Il y eut donc bien un tremblement de terre gigantesque de l’ordre de 9,0 de magnitude dans la zone des Cascadia au début de l’année 1700. Selon les géologues la fréquence des tremblements de terre dans cette zone devrait être d’environ 300 ans et le délai a été largement dépassé. Le prochain pourrait aussi à nouveau dévaster par voie de conséquence le Japon … Le dernier tsunami orphelin qui dévasta le Japon, c’était le 27 janvier 1700, le huitième jour du douzième mois de la douzième année de Genroku.

Source : The New Yorker et

http://pubs.usgs.gov/pp/pp1707/chapters/03_JapanIntro_26-35.pdf