Critères ESG : la porte grande ouverte à la spéculation

Les critères ESG ont été mis en place dans les pays occidentaux (Europe + Amérique du Nord + Australie et Nouvelle-Zélande + Corée et Japon) sous la pression constante des « Khmers verts » dans le but non dissimulé de réduire les émissions de carbone supposées être néfastes pour le climat. Certaines sociétés comme Total ont changé le nom de leur raison sociale, une couche de vernis pour ne plus être privés d’investissements provenant des gestionnaires de fonds comme par exemple BlackRock, et cette société s’appelle maintenant « Total Energies », sous-entendu Total s’intéresse aussi aux énergies dites vertes comme EDF en France qui doit perdre des milliards d’euros chaque années pour acheter de l’énergie « verte » alors que le marché est saturé par la production d’électricité d’origine nucléaire ou hydroélectrique parce que la demande est faible. Bref, les gestionnaires de fonds doivent, avant de décider d’un investissement, s’assurer que le destinataire est bien conforme aux critères ESG.

Ainsi ces fonds se sont orientés vers des entreprises qui n’ont même pas besoin de capitaux pour assurer leur croissance. C’est le cas de la Nouvelle-Zélande, un pays situé aux antipodes de l’Europe, qui dispose de réserves de charbon (souvent de mauvaise qualité), de pétrole et de gaz. Les compagnies néo-zélandaises de production d’électricité sont de petite taille, certaines d’entre elles sont contrôlées par l’Etat et d’autres se sont spécialisées dans les énergies renouvelables comme la géothermie ou l’éolien. Cette orientation a immédiatement attiré les investisseurs avides de sociétés remplissant les critères ESG. C’est ainsi que des mouvements de capitaux, certes pas encore considérables, ont fait leur apparition et par voie de conséquence des petites compagnies fournissant de l’électricité en Nouvelle-Zélande ont vu leur capital social multiplié par trois, quatre ou cinq car l’appétit des investisseurs pour ces sociétés au label ESG ne restent que les seules vers lesquelles il est possible d’investir en espérant quelque profit.

Pourquoi une telle situation ? Tout simplement parce que des commissions et des organismes opaques liées au système financier mondialisé comme par exemple MSCI filtrent la qualité des investissements : si ce n’est pas ESG c’est niet ! Ce qui est déroutant dans toute cette histoire tient au fait que les opportunités de profit se raréfient compte tenu des taux d’intérêt presque nuls et que les ETF et autres produits dérivés deviennent de moins en moins profitables, au sens étymologique du terme. Pourquoi cet engouement soudain pour des petites sociétés d’un petit pays très riche en ressources minérales qui ne compte que … 5 millions d’habitants ?

Mais puisque les sources de profit se raréfient les gérants de portefeuille se réorientent vers les quotas carbone. Il existe déjà un marché de ce genre de nouvel eldorado financier. Et il y a très gros à gagner. Conclusion : les écologistes avec les « green-energy bonds », ont gagné mais finalement ce sont les consommateurs qui seront étripés pour enrichir ces initiés. Il y a de quoi en avoir la nausée. Liens :

https://www.meridianenergy.co.nz et https://contact.co.nz/residential

Brève. La grande crise monétaire mondiale en gestation ?

Ce n’est probablement pas par là que le gigantesque collapsus de l’édifice financier mondiale était attendu. Il y a quelques jours, curieusement, je relatais l’engouement incroyable des citoyens chinois pour les cryptomonnaies, une sorte de drogue qui représentait du rêve. Quelques jours plus tard la Banque Centrale chinoise a interdit toute transaction commerciale libellée en cryptomonnaies mais elle a également admis que les Chinois pouvaient continuer à s’amuser avec ces dernières un peu comme s’ils jouaient à la loterie sans jamais gagner le gros lot. Comme toutes les banques centrales des Etats voir échapper à son contrôle une monnaie, pilier du pouvoir d’un pays, la banque centrale de la Chine a ainsi décidé de créer son crypto-yuan. Il n’en fallait pas plus pour que le cryptocosme de ces monnaies virtuelles soit lourdement pénalisé, information entrainant une chute brutale de toutes ces valeurs pas vraiment « liquides ».

Les répercussions sur les marchés ont été immédiates et souvent surprenantes. Tous les « futurs » sur les matières premières ont chuté et les cours de ces dernières ont baissé. Le S&P500 qui avait chuté ces derniers jours a repris de la vigueur entrainé par les « technologiques ». Cette volatilité mondiale des marchés ne peut pas être expliquée par le simple fait que la banque centrale chinoise a décidé d’introduire un crypto-yuan. Ce serait dissimuler la profonde inquiétude des marchés mondiaux devant le spectre de l’inflation qui devient de plus en plus visible. C’était prévisible. L’administration américaine a inondé son pays avec de l’ « helicopter-money » sans comprendre que cet afflux immense de liquidités allait se répandre sur tous les marchés mondiaux. Le dollar est toujours la monnaie de référence pour toutes les transactions mondiales. Cette abondance de billets verts a pour effet de déstabiliser les marchés devenus sans repères car les taux d’intérêts sont proches de zéro dans la plupart des pays occidentaux. Un ou deux points d’inflation et la conflagration sera générale alors les traders tentent de réaliser encore quelques maigres profits de plus en plus illusoires.

En conclusion cette décision de la banque centrale chinoise n’est pas une très bonne nouvelle. Cependant une crise financière généralisée pourrait survenir pour n’importe quel petit grain de sable …

Cryptomonnaies : pourquoi la Chine encourage-t-elle cet engouement ?

La Chine avec sa population stabilisée à 1,39 milliards d’individus voudrait paraître le bon élèves de l’énergie propre à l’horizon 2050. C’est pourquoi le développement du programme électro-nucléaire est classé prioritaire. Après avoir sorti de la pauvreté cinq cent millions de personnes, plus que la population de l’Union européenne, en moins de 20 ans l’augmentation du niveau de vie de ce pays va inexorablement avoir pour conséquence une augmentation de la consommation d’énergie. Cette tendance va s’accélérer avec la production massive de véhicules électriques.

Mais, contrairement à ce que l’on pourrait croire en Occident, il existe un autre secteur de consommation d’énergie qui devrait préoccuper le gouvernement chinois, il s’agit des cryptomonnaies. En Europe et aux USA on croit que les cryptomonnaies ont été créées par les Occidentaux et sont utilisés par eux seuls. C’est loin d’être le cas. Le premier à avoir imaginer ce que l’on appelle maintenant la « blockchain » est un cryptographiste appelé David Chaum au début des années 1980. Il faudra près de 30 ans pour que les progrès de l’informatique permettent une concrétisation du concept de chaine de documents contenus dans un bloc d’informations crypté et certifié par un code unique, transférable et considéré comme une valeur liquide. C’est à peu près ce que j’ai compris de la « blockchain. C’est Satoshi Nakamoto qui a dans les faits introduit la blockchain en 2008 mais on ne sait pas s’il s’agit d’un individu ni même s’il s’agit d’un Japonais.

Bref, la blockchain est devenue un véritable sport national en Chine, une sorte d’échappatoire à la main-mise de l’Etat central sur les individus, une bouffée d’oxygène idéologique. L’essor des cryptomonnaies chinoises est devenu tel qu’il représente aujourd’hui plus de 65 % de toutes les transactions cryptées du monde. Tout le monde parle en Occident du Bitcoin mais c’est un nain par rapport au Poolin, la cryptomonnaie la plus populaire de Chine suivie par AntPool, une émanation lointaine d’Alibaba, le plus grand groupe de commerce digital du monde fondé par Jack Ma maintenant en délicatesse avec le pouvoir central chinois pour abus de position dominante sur le marché digital. Les tribulations à la limite de la légalité d’un Elon Musk au sujet du BitCoin semblent alors totalement ridicules et tous les commentaires des analystes financiers le sont encore plus !

Curieusement ce même pouvoir central chinois laisse le champ libre aux cryptomonnaies dans ce pays pourtant dominé par le parti communiste. Il ressort que les cryptomonnaies sont devenues en Chine le nouvel opium dont les citoyens ont besoin pour vivre un quotidien le plus souvent morne et répétitif. Si un de moi-milliard de personnes ont été sorties de la pauvreté en un temps record, les estimations révèlent qu’un demi-milliard de personnes utilisent quotidiennement des cryptomonnaies aujourd’hui en Chine. Mais il y a un problème : la consommation d’électricité nécessaire pour le mining, en d’autres termes la mise en place de transactions cryptées. Aujourd’hui la blockChain consomme plus d’électricité en Chine que toute l’Italie, soit 300 TWh par an ! Qu’à cela ne tienne, la Chine construit des centrales électriques brûlant du charbon en attendant que les quelques 20 réacteurs nucléaires en cours de construction soient opérationnels, car il y a une urgence pour maintenir la population dans le calme …

Flambée des matières premières … flambées des taux d’intérêt, et après ?

On assiste sur les marchés depuis quelques semaines à une flambée généralisée des matières premières, depuis le bois de construction (jusqu’à 300 %) en passant par l’acier et aux produits agricoles comme par exemple le blé tendre dont les cours à échéance six mois ont augmenté de 100 %. Que le bois le bois de construction augmente n’aura pas d’effet supérieur à 15 % sur la construction d’une maison individuelle traditionnelle en Europe mais que le prix du blé augmente de 100 % voire plus est très inquiétant. Le cas du blé est préoccupant. L’Algérie a acheté des quantités massives de blé ces dernières semaines, les mouvements populaires dits « printemps arabes » provoqués par une augmentation soudaine du prix du pain ont laissé des traces dans les mémoires des dirigeants politiques. Le Maroc a fait de même et dans une moindre mesure la Tunisie. Mais qu’en est-il de l’Egypte qui privilégie 30 % de ses surfaces agricoles à la production de coton parce qu’elle rapporte des devises alors que ces surfaces emblavées permettraient de mettre le pays à l’abri d’une pénurie de pain.

La grande presse occidentale clame que cette soudaine flambée du prix des matières premières est due à une reprise économique accélérée de la Chine. Cette même grande presse aux ordres du grand capital occidental a affirmé que la reconstitution des élevages de porcs décimés par l’épidémie de grippe porcine durant l’automne 2020 dans ce même pays requiert des quantités massives de nourriture dont le soja, l’huile de canola et le maïs. La Chine a cependant tissé un réseau d’approvisionnement en Amérique du Sud et surtout en Afrique pour être en partie épargnée par la flambée des cours de ces matières premières agricoles précitées. En Europe les cours des fruits et légumes flambent également, à croire que malgré toutes sortes de restrictions sanitaires la demande est soutenue.

Il n’en est rien. Si les cours de l’acier, du zinc, de l’étain, de l’aluminium, du cuivre ou du bois de construction ont augmenté de manière vertigineuse ces dernières semaines c’est tout simplement parce que les traders opérant pour les grandes banques et institutions financières spéculent sur les marchés à terme de ces matières premières. En appuyant sur la touche « enter » du clavier de leur ordinateur, souvent à la maison, ils n’ont pas imaginé un seul instant que leurs agissements purement spéculatifs pour gagner quelques centimes de dollars en quelques millièmes de seconde multipliés par des millions de dollars sur des « futurs » placés sur de l’étain, du cuivre ou du soja risque tout simplement de créer une immense crise à l’échelle mondiale.

Venons-en aux taux d’intérêt pour la France en particulier. Le titre de dette phare émis par la France est le bon à 10 ans. Il s’agit d’un actif financier considéré comme « liquide » puisqu’il existe un marché pour ce titre comme pour le T-bond américain à 10 ans. La valeur du titre est inversement proportionnelle au taux pratiqué sur le marché secondaire et le montant des coupons versés aux détenteurs de ce titre dépend également de cette valeur. C’est un peu complexe et j’avoue que je n’y comprends à peu près rien. Lors de l’introduction de l’euro en 2000 le taux du 10-ans français était de l’ordre de 5 % et il n’a cessé de diminuer depuis pour atteindre un « plus bas » en décembre 2020 à moins 0,372 %, largement en territoire négatif. Le prix de ce titre sur le marché secondaire était donc élevée malgré le fait que les investisseurs ayant souscrit aux appels d’offre du Trésor français « perdaient de l’argent » en d’autres termes se privaient temporairement de coupons annuels. En quelques heures, le 27 avril 2021, à la suite d’une décision à peine voilée de la Banque centrale européenne de restreindre ses achats de dettes souveraines sur le marché secondaire, car l’Allemagne commençait à rechigner, le taux d’intérêt du titre de dette à 10 ans français est passé de moins 0,005 à plus 0,160. Le différentiel est donc de 530 points de base depuis décembre 2020, le dernier « plus bas ». Comme les coupons versés annuellement aux investisseurs sont proportionnels aux taux négociés sur le marché secondaire inévitablement la charge de la dette va augmenter pour l’Etat français. De plus puisque la valeur de l’obligation diminue quand le taux augmente les investisseurs se détournent de cet actif et les banques commerciales, principaux vendeurs sur le marché secondaire, vont se retrouver dans une situation délicate, situation d’autant plus délicate que la Banque centrale européenne freine ses rachats de dettes sur le second marché. Il semble que le marché se soit stabilisé depuis quelques jours mais pour combien de temps encore, nul ne le sait. Ce qui est certain est l’augmentation de la charge de la dette pour l’Etat français qui n’avait vraiment pas besoin de cela.

Combinée à la hausse des matières premières une crise monétaire n’en est qu’à son début. Le grain de sable que représente cette augmentation des taux du « dix ans français » sur le marché secondaire est peut-être un signe mais je n’ai pas de boule de cristal. Ce dont je suis certain est qu’il y aura inévitablement une inflation généralisée en raison de l’augmentation du prix des matières premières, un élément propice pour des crises sociales et politiques généralisées. L’année 2021 va être très mouvementée et notre Janet internationale ne sait plus quoi dire … peut-être se mettra-t-elle a pleurer un jour (allusion à une chanson française traditionnelle remontant au Moyen-Âge).

Si les taux d’intérêts augmentent, quelles seront les conséquences pour la France ?

Le taux des T-bonds à dix ans a triplé en quelques mois passant de 0,45 % au mois d’août 2020 à un peu plus de 1,34 % le 19 février 2021 et cette augmentation n’a cessé depuis l’arrivée de Biden à la Maison-Blanche (source : marketwatch.com). Mécaniquement les pays européens gros demandeurs de prêts vont se heurter à une augmentation des taux qu’ils proposeront aux investisseurs sinon ces derniers iront tout simplement voir ailleurs. Seule la Banque Centrale européenne pourra répondre à l’appel au secours financier de pays comme l’Italie, l’Espagne ou la France, les plus importants pays demandeurs en Europe suivis par la Belgique et l’Irlande. La situation à laquelle ces pays vont se trouver confrontés face aux marchés va donc se compliquer en particulier pour la France.

Tout ce que les médias racontent au sujet de la dette souveraine de la France est grossièrement faux depuis l’entourloupe de Juppé consistant à classer dans les « hors-bilan » le plus gros de la dette y compris dans le sens des critères de Maastricht ! Les dettes des collectivités locales, des hôpitaux, des entreprises dont l’Etat est actionnaire partiel, toutes les entreprises de l’Etat comme la SNCF, l’EDF, … et également la dette des caisses de retraite des fonctionnaires, etc … une véritable énumération à la Prévert. Ce montant des hors-bilan atteint la somme rondelette approximative de 4000 milliards de d’euros ! Il est très surprenant de constater que jamais personne n’en parle au journal télévisé de 20 heures. Les Français seraient tellement terrorisés qu’il est préférable de ne pas en parler. Avec la dette « officielle » de l’Etat français on arrive à un endettement total de la France égal à 2,9 fois le PIB du pays, PIB calculé par les experts du quai de Bercy en faisant abstraction de la chute d’au moins 12 % de ce PIB (voir les notes en fin de billet) en raison de l’épidémie coronavirale. Deuxième mensonge de l’Etat.

Les taux proposés par l’Agence France-Trésor (AFT) lors de ses prochaines adjudications vont donc immanquablement augmenter car la BCE ne pourra pas continuer comme elle le fait depuis un an sans retenue à acheter des titres de dette émises par le Trésor français et d’autres pays européens. Cette pratique est d’ailleurs contraire aux traités, ce qui fait assez désordre. Un jour ou l’autre les pays dits frugaux réagiront si ce n’est pas déjà le cas dans les couloirs feutrés des chancelleries. Qu’on dise que ce qui se passe aux USA n’arrivera jamais en Europe est une erreur. Les Allemands, les Autrichiens et les autres pays « sérieux » vont protester, c’est inévitable.

Pour la France en particulier il y a pire encore. Les entreprises, confrontées à un euro trop fort pour elles, voient leurs carnets de commande réduits à presque rien s’ils non pas pu ou voulu délocaliser leur activité vers des pays comme la Roumanie, la Bulgarie ou encore le Maroc, des pays où les niveaux de salaire sont comparables à ceux de la Chine. Il est vrai que c’est tentant de délocaliser, mettez vous à la place du CEO de Renault qui ne fait plus qu’assembler quelques véhicules en France, tous les composants étant fabriqués ailleurs. Toutes ces entreprises sont donc endettées. L’estimation de la dette globale du secteur privé de l’industrie et des services atteint aussi 4000 milliards d’euros, juste un détail qui ne concerne pas l’Etat. La BCE achète des titres de dette des entreprises, nul ne sait ce qu’elle en fait. Je n’ai pas écrit que la BCE achetait ces titres de dette aux entreprises directement mais elle les achète auprès des banques. La majorité de ces titres de dette est pourrie (junk en anglais) et on peut se demander pourquoi la banque centrale européenne prend de tels risques sinon pour dissimuler une création de monnaie. Le système monétaire européen, dans ces conditions malsaines, ne pourra pas perdurer. Pour assombrir encore ce tableau Renault dont l’Etat est actionnaire a perdu en 2020 8 milliards d’euros ainsi qu’Air France, même montant astronomique pour les financiers de Bercy qui n’ont plus aucun fond de tiroir à gratter.

La conséquence qu’entrevoient certains analystes est une partition de l’Europe, une zone euro telle qu’on la connait et une zone euro-mark rassemblant les « frugaux » et la sphère des pays proches économiquement de l’Allemagne englobant le club de Visegrad. Personnellement je ne pense pas que ce scénario se réalise. Je pense plutôt que le printemps sera très chaud voire sanglant à commencer en France et ses voisins espagnols et italiens suivront. Les citoyens ont atteint un niveau de lassitude concernant les stupides mesures prises par les pouvoirs politiques contre l’épidémie coronavirale, un niveau tel que ces pouvoirs politiques ne veulent plus évaluer sinon ils quitteraient le bateau ! Une grave crise sociale dans ces trois pays signera la fin de l’Union européenne et de l’euro, ce sera sanglant, destructeur, mais finalement libérateur. Cette union monétaire et législative, puisque la Commission européenne émet des diktats en direction de tous les membres de l’Union, est nuisible pour tous les peuples européens hors Allemagne et les autres « frugaux » et il faudra détruire cette union mais ce sera dans la douleur, c’est certain.

Pour en revenir à la France, ce pays reviendra au franc et comme toutes les dettes relèvent du droit français elles seront remboursées en francs (mais sur ce point je peux me tromper) et inévitablement une inflation à deux chiffres rongera la dette, l’épargne des particuliers et des rentiers, comprenez les quelques 12 millions de retraités, sera laminée mais l’activité économique retrouvera des bases saines car l’industrie redeviendra compétitive puisque la valeur du franc sur les marchés perdra au minimum 30 % de sa valeur par rapport à l’euro, comprenez encore qu’il faudra au moins 8,5 francs (nouveau) pour un « euro-mark ». Tout redeviendra normal mais pour cela il faudra faire un grand nettoyage dans la sphère dirigeante de l’Etat ainsi que dans l’administration pléthorique tant au niveau de l’Etat qu’au niveau des administrations supra-départementales qui, elles, ne servent à rien sinon à se gaver avec l’argent des contribuables, par exemple redonner à chaque département un degré de liberté prenant en compte les spécificités locales qui sont le secret de la réussite passée de la France. Ce pays est peut-être à la veille d’un grand renouveau et je le souhaite pour mes petits-enfants.

Note. Je me suis exilé au Vanuatu au tout début de l’année 1997 alors que la baguette de pain coûtait encore 1 franc, peut-être un franc dix centimes. Quand je suis revenu de ce pays, dès que l’euro a été mis en circulation le prix de la baguette de pain est devenu 1 euro. Je n’ai jamais compris ce tour de passe-passe. Si un de mes lecteurs peut m’apporter une explication il est le bienvenu. Pour ce qui concerne une sortie de la France de l’euro les fonctionnaires du Ministère des finances français ont calculé qu’elle signifierait une chute du PIB de 12 %. Personnellement je suis incrédule au sujet de cette évaluation parce que les Français ont fait des merveilles après la deuxième guerre mondiale alors que le pays était ruiné et je crois en l’esprit d’entreprise et en la créativité des Français mais il faudra libérer cet esprit d’entreprise et cette créativité, c’est-à-dire mettre un terme radical à l’invasion administrative des fonctionnaires, mais c’est une autre histoire.

Il faudrait renommer Paris : PyonYang-sur-Seine …

Depuis plusieurs mois le Parlement n’est plus consulté pour des décisions d’une extrême importance prises par le chef de l’Etat français et ses ministres. La démocratie française a vécu. Le Président Macron et ses sbires se croient en Corée du Nord. Les parlementaires n’exercent plus aucun contrôle sur les décisions du gouvernement qui ne légifère plus mais gouverne par décrets et ordonnances.

La dernière en date, dont aucun média français n’a jamais parlé, est une ordonnance décidée par sa majesté le Prince Emmanuel et son « fermier-général » Bruno datée du 2 décembre dernier. En avez-vous entendu parler ? Non, alors voici le texte de la dépêche de Reuters parue en version française sur le site investig.com :

PARIS (Reuters) 18h35 14/12/2020 – Le gouvernement français a demandé à une dizaine d’organismes publics ou privés de déposer leurs avoirs au Trésor, montrent des documents officiels que Reuters a pu consulter, l’Etat cherchant ainsi à s’assurer la meilleure situation de trésorerie possible dans le contexte de la crise sanitaire et des incertitudes liées au Brexit.

Une ordonnance gouvernementale datée du 2 décembre montre que cette instruction s’applique entre autres à Pôle Emploi et au Fonds de garantie des dépôts et de résolution.

« Dans un contexte marqué par la forte hausse de l’endettement résultant de la sollicitation sans précédent de la puissance publique pour faire face aux conséquences de la crise sanitaire, la présente ordonnance vise à étendre l’obligation de dépôt de fonds au Trésor à certains organismes qui y dérogeaient jusqu’alors », explique un document du ministère des Finances en annexe de cette ordonnance.

Cette disposition permet à l’Etat d’accéder s’il le souhaite à plusieurs milliards d’euros sans avoir à faire appel aux marchés pour financer ses engagements.

Le ministère des Finances s’est refusé à tout commentaire dans l’immédiat sur les raisons de cette décision.

La France n’a eu aucun mal à emprunter sur les marchés cette année en dépit de besoins de financement sans précédent puisqu’elle a bénéficié, comme les autres pays de la zone euro, des achats de titres sans précédent de la Banque centrale européenne (BCE). Les rendements des emprunts d’Etat français sont ainsi proches de leurs plus bas historiques.

Mais la décision prise par le gouvernement Castex permet à l’Etat d’assurer la disponibilité de réserves supplémentaires et de réduire ses besoins d’emprunt en cas de turbulences sur les marchés comparables à celles qu’a subies en mars le marché de la dette italienne.

UNE SÉCURITÉ EN CAS DE TURBULENCES

« La centralisation des trésoreries permet à l’État de réduire son endettement en substituant des ressources de trésorerie à des émissions de dette », explique l’ordonnance.

« Ce moindre endettement permet à l’État de réduire son besoin de financement, et partant de minorer son coût pour les Français, contribuant ainsi à limiter le niveau et la charge de la dette. »

Le Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR), un organisme de droit privé destiné à protéger les déposants en cas de défaillance d’un établissement financier, est financé par les contributions des banques et dispose de cinq milliards d’euros de réserves.

Une porte-parole du FGDR a déclaré que la décision de déposer au Trésor la totalité ou une partie seulement de ces réserves n’était pas encore prise.

Chez Pôle Emploi, une porte-parole a déclaré que l’organisme d’indemnisation chômage bénéficiait d’une exemption de l’ordonnance, qui peut toutefois être annulée si l’Etat souhaite accéder à ses liquidités.

L’Etat oblige depuis des années déjà des entités publiques comme les communes ou les hôpitaux à déposer leurs fonds au Trésor plutôt que dans des banques.

Selon l’ordonnance et une étude d’impact, le montant total des comptes ouverts au Trésor atteignait plus de 150 milliards d’euros fin octobre, contre 128 milliards en 2019.

Près de la moitié de cette augmentation est à mettre au crédit de la Cades, la Caisse d’amortissement de la dette sociale, qui gère l’endettement de la Sécurité sociale: ses dépôts au Trésor sont passés de trois à dix milliards d’euros, selon une source au ministère des Finances, qui explique que ces liquidités constituent « une source de financement pour l’Etat ». (Version française Marc Angrand).

Ce qui transparaît de cette ordonnance est la difficulté de la France à emprunter sur les marchés, pourtant les dernières adjudications semblent montrer que la dette française est toujours recherchée par les opérateurs des marchés ( https://www.aft.gouv.fr/fr/dernieres-adjudications ) mais ce n’est qu’une apparence, un rideau de fumée, puisque les OAT sont rachetées par la BCE sur le second marché via la Banque de France. Il y a beaucoup plus préoccupant pour le locataire de Bercy, une remontée substantielle sinon brutale des taux d’intérêt, passant de moins 0,15 % à par exemple 2 % au pire, ce qui serait tout à fait insupportable pour l’équilibre des finances de la maison France. Ça ne suffira pas : l’Etat français se prépare donc à aller faire son marché sur les comptes de dépôt des épargnants français, à capter les capitaux de la collecte des assurances-vie, et ce ne sera qu’un premier pas. La suite ce sera la suppression du cash pour mieux contrôler les comptes bancaires de tout un chacun, puis la diminution du montant des retraites, puis la diminution des salaires des fonctionnaires et des contractuels de l’Etat, et enfin … ce sera la misère garantie pour tous, confinés ou pas. C’est écrit entre les lignes de cette ordonnance. Il s’y dégage une odeur franchement malsaine de très grave crise économique … La France risque de ressembler à la Corée du Nord !

La France s’enfonce dans la faillite, c’est une simple affaire de règle de trois !

J’aime bien faire des « règles trois », c’est à peu près tout ce qui me reste des mathématiques que j’ai appris au cours de mes études secondaires, bien qu’ayant frayé plus tard avec approches graphiques un peu compliquées pour tenter d’expliquer comment un enzyme fonctionnait puisque les enzymes se trouvaient au centre de mes travaux ce recherches. L’utilisation de coordonnées polaires en introduisant des variables intrinsèquement liées afin d’aboutir à des représentations graphiques auraient effrayé n’importe quel mathématicien. La différence entre un mathématicien et un biologiste est fondamentale car le mathématicien raisonne dans l’abstraction alors que l’expérimentateur dispose de données numériques issues de ses mesures ou de ses dosages indirects avec un appareil de mesure. Malgré tout le biologiste est pollué par le mathématicien car il voudrait décrire à l’aide d’équations si possible simples les phénomènes souvent très complexes qu’il a observé. En 1934 Hans Lineweaver et Dean Burk ont publié dans The Journal of The American Chemical Society un article qui indiquait comment décrire à l’aide d’équations très simples et par conséquent par une représentation graphique également très simple le moyen de déterminer les paramètres fondamentaux d’une cinétique enzymatique avec une règle sur un graphique. C’est probablement l’article dans le domaine de la chimie biologique le plus cité de tous les temps.

Aujourd’hui utiliser des représentations dites « double inverse » dépasseraient le premier analyste financier tout simplement parce que ces spécialistes pour lesquels je ne manifeste strictement aucun respect puisqu’ils se trompent toujours, une véritable prouesse, n’ont jamais apparemment appris à faire une règle « de trois ». À l’époque où ma mère m’apprit à lire, écrire et compter la règle de trois était l’un des premiers piliers du raisonnement arithmétique car c’était la première étape vers l’abstraction des mathématiques. À l’âge de 7 ans la notion de zéro était déjà compliquée à intégrer mais la règle de trois constituait une autre étape considérable.

Bref, il semble que les analystes économiques et, pire encore, le propre ministre de l’économie de la France ignorent les uns comme l’autre ce qu’est une règle de trois. J’ai écouté ce lundi soir un débat entre deux analystes financiers qui se targuent d’être des spécialistes dans leur domaine. Je suis tombé de très haut en constatant leur totale ignorance et je vais m’expliquer. Ils débattaient de la chute du PIB de la France en 2020 en raison de la gestion surréaliste de l’épidémie de SARS-CoV-2. Cette chute du PIB, selon les données officielles, serait de 9 %, soit une chute du PIB de 207 milliards d’euros en se référant au PIB de 2019. Sauf que ces analystes ont oublié de mentionner que dans le même temps, c’est-à-dire en 2020, la France a emprunté sur les marchés l’équivalent de 30 % de son PIB, une paille ! Considérant que le PIB de la France en 2019 était de 2300 milliards d’euros, donnée que l’on peut d’ailleurs contester si le raisonnement que je vais exposer s’applique aussi pour l’exercice 2018-2019, alors la France a emprunté «environ » 700 milliards en 2020 puisque, officiellement, la dette du pays est passée de 100 à 130 % du PIB. Faites le calcul, ce ne sont que des règles de trois … J’ai comme l’impression que le Ministre des finances français, qui ne sait pas combien il y a de m2 dans un hectare, a oublié que cet accroissement de la dette a été incorporé dans le calcul du PIB. Ceci signifie que à ces 700 milliards de dette supplémentaire il faut ajouter les 207 milliards de chute du PIB, toujours par rapport à 2019, et je sais faire une simple addition, on arrive à 900 milliards d’euros en arrondissant un peu.

Donc, en reprenant le montant du PIB de 2019 de 2300 milliards d’euros, la chute en cette même année 2020 du PIB est alors de 900/23 = 39 %. Ceci veut tout simplement dire que la France est en faillite.

La France ne survit aujourd’hui qu’en empruntant. Le pays ne va plus pouvoir emprunter sur les marchés et son seul recours sera alors la BCE qui, comme chaque européen le sait ou à tort l’ignore (parfois il vaut mieux ignorer les évidences qui fâchent), est contrôlée par l’Allemagne. Si les agences de notation internationales classent la dette de la France dans la catégories des « bonds pourries » le Président français ira faire la manche à Berlin. Les taux d’intérêt consentis par les bailleurs ne pourront qu’augmenter et la France, qui ne disposent d’aucunes réserves de change, ne pourra plus honorer sa dette. Son problème est qu’elle ne peut plus dévaluer sa monnaie puisqu’elle est prisonnière de l’euro. La monnaie était le seul pouvoir régalien important de l’Etat français et il l’a abandonné. Par voie de conséquence l’euro a enrichi les riches, appauvri les pauvres et détruit le tissu industriel français, belle réussite. Si les Allemands s’en sont sorti c’est tout simplement parce qu’ils ont maîtrisé les salaires en accord avec les syndicats, quelque chose d’inconcevable en France, et le tissu industriel allemand a survécu grâce aux efforts des salariés à qui on avait expliqué qu’ils n’avaient pas trop le choix.

Les premiers Français concernés par la situation gravissime du pays, qui étrangement échappe aux analystes économiques, seront les retraités, ceux qui ne sont pas morts du SARS-CoV-2. Quand le Président français ira faire la manche à Berlin la Chancelière allemande lui répondra : « chacun sa merde ».

Il faudrait donc s’attendre dans les prochains mois à une diminution des retraites, à une diminution des salaires des fonctionnaires, à une diminution des prestations sociales et à une mise sous tutelle de la France par la BCE dirigée par l’ex-présidente du FMI, ce même FMI qui a mis à genoux la Grèce pour des raisons sensiblement identiques à celles auxquelles est confrontée la France aujourd’hui. Pire encore les banques françaises, toutes au bord de la faillite, et les compagnies d’assurance qui collectent l’épargne des Français encore crédules verront fondre leurs bilans puisque la dette de la France sera déclassée par les agences de notation. Qu’arrivera-t-il alors ? Ce sera pire que Chypre, les Français seront tous ruinés … Franchement, entre nous, chers lecteurs de mon blog, ne croyez-vous pas que nous sommes gouvernés par des illettrés qui ne savent même pas faire une règle de trois ? Les Français devront souffrir en silence puisque ce sont eux qui ont mis au pouvoir ces ignorants avec leurs bulletins de vote …

Note. Pour une bonne compréhension du processus très complexe de la dette dans la zone euro puisque les Etats ne peuvent plus dévaluer leur propre monnaie, la BCE rachète sur le second marché les titres de dette souveraine émis par les Etats auxquels souscrivent des investisseurs résidents comme les banques et les compagnies d’assurance mais également des non-résidents. La BCE débloque alors des liquidités pour les banques qui ont déposé en collatéral ces titres de dette à la BCE. Au final le bilan de la BCE augmente. Mais un jour ou l’autre il faudra siffler la fin de la partie. Je ne suis pas du tout économiste et si j’ai écrit dans ce billet des monstruosités, que mes lecteurs n’en tiennent pas compte.

La stupidité des classements ESG des investissements

Il existe deux unités de la firme japonaise Toray en France, l’une à Lacq et l’autre à Saint-Maurice de Beynost dans l’Ain. Ces unités assurent une petite partie très spécialisée de la production de Toray. Pour comprendre le titre de ce billet il est nécessaire de situer la firme japonaise Toray. C’est le premier producteur mondial de fibres de carbone et le premier producteur de fibres textiles du Japon. Outre ces productions Toray est également le premier producteur de membranes pour osmose inverse, une technique utilisées dans de nombreux process chimiques et aussi, ce qui est plus connu du grand public, par les usines de dessalage de l’eau de mer. L’un des autres centres d’intérêt de cette firme est la mise au point et la production encore anecdotique de membranes spéciales pour les condensateurs électriques de forte puissance ainsi que d’autres équipements inclus dans les installations électriques permettant de transformer du courant continu en courant alternatif, ce que l’on appelle des onduleurs. Dans ce cas il s’agit d’onduleurs de puissance dont l’usage est prometteur en raison du développement des énergies renouvelables. Enfin Toray est impliqué dans la santé et la pharmacie par l’intermédiaire de plusieurs filiales.

L’une des usines situées en France intéresse les investisseurs car les productions sont innovantes et susceptibles de se développer à l’avenir. Or l’unité située dans le département de l’Ain produit des matériaux composites incluant des fibres de carbone et également d’autres produits spéciaux. Bien que le marché des matériaux composites soit très large, depuis l’aéronautique jusqu’à des pièces banales pour véhicules électriques certains clients de cette unité de production sont également impliqués dans l’industrie de l’armement et c’est là que le bât blesse. Les commissions d’examen des investissements de fonds financiers ont décrété que pour cette unité de production ces investissements n’étaient pas susceptibles d’être pris en considération car ils ne satisfaisaient pas aux critères ESG, critères dont j’ai mentionné l’existence dans deux billets sur ce blog il y a quelques semaines. La direction générale de Toray a naturellement trouvé cette décision inappropriée (pour ne pas dire stupide) et a déploré que des investisseurs européens ne puissent pas investir dans ses unités françaises mais également européennes.

En effet, les matériaux composites, créneau dans lequel Toray est le leader mondial, sont utilisés par exemple largement dans l’industrie automobile. Sans vouloir paraître un oiseau de mauvaise augure il se pourrait que toute la production de matériaux composites destinée à cette industrie ne réponde plus aux critères ESG puisque les écolo-gauchistes veulent que ces véhicules disparaissent le plus vite possible … Sans investissements et sans innovation une entreprise est condamnée à disparaître. C’est peut-être le but de ces critères ESG, une élucubration de malades mentaux totalement déconnectés de la réalité du monde industriel, qui ne consiste qu’à accélérer les fermetures d’entreprises à la pointe de la technologie avec des chômeurs en plus et la paupérisation de régions entières. Et naturellement le gouvernement français, infesté de l’intérieur par ces mêmes écolo-gauchistes ne réagira pas puisqu’il a besoin de leur soutien pour de basses raisons électoralistes. Pour l’anecdote il est risible de mentionner que les équipements vestimentaires de protection de la police ressemblant à des écailles de pangolin sont fabriqués avec des matériaux composites contenant des fibres de carbone … Affaire à suivre.

« ESG », suite.

Je suis curieux alors je suis allé fouiner sur internet pour tenter de comprendre ce que sont les critères ESG dont il était fait mention dans le précédent article de ce blog à ce sujet. Quelque chose m’a tout de suite paru suspect à propos de ces critères. Dans leur énumération il n’est nulle part fait mention des vrais critères économiques pris en compte par un entrepreneur pour que son entreprise fonctionne sainement. Je pense par exemple à l’EBITDA, au capital investi, au coût que représente ce capital, à l’amortissement des équipements, à l’opportunité d’une cotation du capital sur une place boursière, au marché tout simplement : on ne vend pas un produit si celui-ci n’a pas d’acheteur, pas de « demande » donc pas de marché. Or les critères ESG veulent contrôler la demande afin qu’elle respecte ces critères, qu’il s’agisse des émissions de carbone ou de non respect du sacro-saint principe de précaution qui est incorporé aux critères sociaux et de gouvernance. Je vais donc tenter ci-après d’exposer ce que je pense de cet ESG en prenant deux exemples triviaux qui peuvent très bien être transposés à une multinationale ou une grosse entreprise nationale à la recherche d’investisseurs « verts ». Bonne lecture.

Prenons un premier exemple pour illustrer l’ineptie de l’application du critère environnemental. Considérons un fabricant de chaussures haut de gamme fournisseur de grandes multinationales du luxe, une petite entreprise de 15 personnes assurant la production de 500 paires de chaussures par mois et qui veut s’agrandir pour satisfaire un carnet de commandes en pleine croissance. Comment cette entreprise va-t-elle pouvoir évaluer le critère environnemental relatif au tannage des cuirs qu’elle utilise afin de répondre au questionnaire que ne manquera pas de lui soumettre un investisseur, banquier ou gestionnaire de fonds, pour que ce dernier évalue l’ « ESG » de cette entreprise, sachant que le tannage des peaux est l’une des activités les plus polluantes que l’on puisse imaginer. Il faudra que l’investisseur effectue une enquête au sujet de la provenance des peaux et du respect de l’environnement des entreprises de tannage qui sont souvent des petites sociétés artisanales. D’où proviennent les matières premières, c’est-à-dire les peaux avant décharnage conservées le plus souvent congelées et acheminées par containers entiers depuis les lieux ou pays d’élevage. Les enquêteurs, véritables détectives, vont-ils également se renseigner sur les conditions d’élevage des animaux ? Est-ce que LVMH se préoccupe de la provenance des peaux utilisées pour ses articles de luxe ? J’en doute.

Si on lit attentivement l’article de Wikipedia (en français pour une fois, https://fr.wikipedia.org/wiki/Critères_environnementaux_et_sociaux_de_gouvernance , on comprend très vite que ces critères ont été écrits par des gauchistes radicaux qui ignorent tout du fonctionnement d’une entreprise et qui n’ont qu’une idée en tête : détruire le tissu industriel car a priori l’industrie, sous quelque forme que ce soit, met en danger l’environnement, le climat (émissions de CO2) et l’harmonie sociale : des capitalistes dominant la classe des travailleurs. C’est exactement ce qui transparaît dans cet article de Wikipedia.

Prenons un autre exemple. Les gérants de fonds de retraite américains s’intéressent de très près au fromage traditionnel français au lait cru, c’est-à-dire reproduisant les techniques ancestrales de la fabrication et de l’affinage du fromage, réputé dans le monde entier pour ses gouts et ses odeurs provenant majoritairement de la flore bactérienne présente dans ce lait cru. Des gérants de fonds américains ont investi dans des fromageries dans le Massif Central en quête d’investisseurs pour développer leur activité. Imaginons que la société de gestions de portefeuilles, par exemple BlackRock, soumette son choix d’investissement dans une fromagerie artisanale française. Comment le gérant de fonds pourra-t-il justifier que l’investissement satisfait les critères « ESG » puisque les vaches laitières dégagent du méthane, un gaz « horriblement toxique » pour le climat. Les employés de la fromagerie qui doivent tous les jours brosser les tommes dans les caves d’affinage sont-ils bien traités, l’hygiène est-elle bien respectée, les rejets de petit-lait dans la nature sont-ils bien gérés pour protéger l’environnement ? On se trouve dans la terra incognita de l’écolo-gauchisme extrême qui risque, avec ces mesures stupides, de paralyser tout développement industriel. L’industrialisation de certaines fromageries de terroir ne nuit en rien à la qualité du produit final, mais cette qualité du produit est-elle prise en compte dans l’évaluation des critères « ESG » ?. J’en doute à nouveau.

Puisque ces critères ne prennent jamais en considération les mécanismes fondamentaux du fonctionnement d’une entreprise on peut les considérer comme inapplicables, et donc inutiles, car dénués de toute réalité. Il s’agit tout simplement d’un miroir aux alouettes habillé de fausses bonnes intentions pour attirer les idiots qui se laissent piéger de bonne foi mais … ils ne reverront jamais la couleur de leurs billets verts ou d’une autre couleur.

Les fonds ESG vus par un banquier

Article paru sur le site investir.ch

La gestion durable change de statut. L’ensemble des investisseurs accorde un intérêt croissant à la gestion durable. Les analystes de marché attestent du développement significatif des investissements durables auprès des caisses de pension et des compagnies d’assurance et les capitaux continuent d’affluer dans les fonds ESG (note 1). Une tendance similaire commence à se dessiner dans les actifs non cotés où les « general partners » deviennent de plus en plus regardants sur les aspects sociaux, environnementaux et de gouvernance des entreprises qu’ils financent. D’un secteur de niche il y a 10 ans, la gestion durable serait-elle devenue une évidence ?

Par Lucia Veraldi, Analyste junior en Investissements et Sébastien Gyger, Directeur des Investissements, Banque Pâris Bertrand SA, Genève

La tendance vers l’ESG est structurelle et les effets d’entraînement sont puissants

La signature des accords de Paris sur le climat et l’adoption des objectifs de développement durable des Nations Unies en 2015 ont permis d’esquisser au crayon vert la feuille de route pour le secteur financier. D’abord construites sur des politiques d’exclusion simples (surtout l’armement et le tabac), les approches durables ont parcouru un chemin considérable vers une meilleure intégration des facteurs ESG et des controverses dans les politiques de gestion (2).

La plus grande diversité des approches a conduit à une offre plus abondante et mieux structurée des produits d’investissement. Les stratégies d’impact (environnement ou social comme les obligations vertes et la microfinance) et les thématiques (économie circulaire, eau et énergies « propres ») permettent par exemple aux investisseurs de concrétiser leurs convictions personnelles dans leurs portefeuilles financiers. Finalement, la pression du régulateur s’intensifie : les directives européennes MIFID vont imposer aux conseillers en placements de recueillir les préférences ESG des clients. En Suisse, l’Association suisse des banquiers vient de publier un guide pour l’intégration des facteurs ESG dans le processus de conseil (3)

De la gestion des risques à la recherche de performance

Les mentalités ont évolué et on ne trouve plus beaucoup d’opposants à la prise en compte des critères ESG dans la gestion de patrimoine. Les raisons invoquées dans le passé étaient que l’ESG se faisait au détriment de la performance. Aujourd’hui, les études empiriques et académiques démontrent que l’apport des facteurs ESG contribue à des rendements ajustés du risque qui sont supérieurs par rapport à des univers «neutres» traditionnels. Dans la durée, négliger les aspects ESG peut s’avérer préjudiciable pour la réputation et les résultats financiers des entreprises (il suffit de penser à BP avec le drame de la plateforme Deepwater, Bayer lors du rachat de Monsanto, le « dieselgate » chez Volkswagen, la sécurité de produits pour bébés chez Johnson&Johnson, les atteintes environnementales du groupe minier chinois Zijin et plus récemment les fraudes chez Wells Fargo et Wirecard). C’est l’ESG vu sous l’angle de la gestion des risques.

Nous pensons aussi qu’une empreinte plus large sur la durabilité peut avoir des effets positifs sur les performances financières à long terme des entreprises. Intuitivement, nous concevons qu’un nombre croissant d’entreprises placent les aspects de gouvernance et les considérations sociales et écologiques au même niveau que les questions financières puisque les réglementations se durcissent et les consommateurs sont de plus en plus attachés aux marques qui font attention à leurs impacts environnementaux et sociaux. Ainsi, les entreprises sont de plus en plus disposées à traiter les aspects de gouvernance, le social et l’écologie à égalité avec les enjeux économiques pour préserver leur assise financière, voire la renforcer. En guise d’illustration, il a été démontré que la différence du coût de l’endettement entre les « bonnes » et les « mauvaises » entreprises sur la base des scores ESG de MSCI peut atteindre près de 200 points de base (4).

Etude du lien entre performance et ESG

Cette étude vise à documenter notre conviction qu’il est possible de concilier performance et critères ESG dans la gestion de portefeuilles. A cet effet, nous avons pris appui sur les « étoiles » et les « globes » Morningstar. Ces notations permettent aux investisseurs d’évaluer les fonds de placements sous l’angle de la performance et du développement durable. Les étoiles (5)(lancées en 1985) font office de référence dans l’industrie des fonds de placements et les globes (6) (mis à disposition depuis 2016) répondent à la demande actuelle d’évaluer les fonds sur les critères ESG. Nous nous félicitons des moyens mis à disposition par les acteurs reconnus, tout en relevant que les analyses purement quantitatives se heurtent à des limites évidentes, la principale étant qu’elles reposent exclusivement sur des éléments passés.

Gardons aussi à l’esprit que les échelles de temps pour l’évaluation de la durabilité et de la performance ne sont pas identiques (dû au caractère récent de la stabilité des notations de durabilité). C’est pourquoi, nous intégrons systématiquement dans notre pratique des éléments qualitatifs afin de mieux appréhender les forces et les faiblesses des produits lors de processus de sélection et de gestion de portefeuilles.

L’étude repose sur l’univers des fonds européens des grandes capitalisations boursières (2700 fonds au total, ramenés à 1600 qui bénéficient à la fois des notes « étoile » et « globe ») (7). Nous nous intéressons à mettre en évidence la nature de la relation entre chacun des pilier ESG et la performance ajustée du risque. En ce qui concerne les globes, nous soulignons encore que chaque pilier est une combinaison entre l’exposition aux risque E, S ou G et la capacité de chaque société à gérer ce risque dans la durée. Chaque fonds se voit ainsi attribuer un groupe de niveau (parmi cinq) pour chacun des trois piliers, selon son score social, environnemental et de gouvernance.

La Gouvernance comme référence

Des trois piliers E, S et G, notre analyse révèle que celui de la gouvernance est le plus déterminant : une bonne gouvernance est une condition nécessaire à la constitution d’un bon pilier social et environnemental. Dans notre univers, les fonds situés dans le meilleur groupe de gouvernance ont en effet 60% de chances d’appartenir au meilleur groupe social et 34% à l’environnemental. La réciproque est plus frappante encore puisque les fonds du pire groupe de gouvernance n’ont que 6.7% et 0.6% de chances d’obtenir la meilleure notation sur les deux autres piliers. La question de la gouvernance d’entreprise est complexe puisqu’elle résulte d’une recherche permanente d’équilibre entre les intérêts de l’entreprise, de ses actionnaires, ses employés, ses clients et de son écosystème. Tous ces éléments sont essentiels au succès à long terme d’une société et nous apprécions dès lors que la gouvernance englobe la gestion des ressources économiques, sociales et environnementales

Nous observons ensuite une forte corrélation, cohérente par ailleurs, entre les controverses de type « sévères », qui désignent les violations graves et répétées de conventions internationales, et le score de gouvernance. Dans notre univers, l’exposition moyenne aux controverses sévères est de 3% pour les fonds du meilleur groupe de gouvernance contre 15% pour les pires. Les controverses sévères constituent un frein concret à la réputation, la performance financière, voire la pérennité d’une société, et par conséquent à sa valorisation boursière.

Il n’est donc pas surprenant de constater que le critère de gouvernance est, en plus d’un outil de gestion du risque, un moteur pour la performance.

Références.

1. Swiss Sustainable Investment Market Study 2020 : Étude Morningstar sur les flux dans les fonds durables. Les actifs investis dans les fonds durables ont atteint un niveau record de 1061,5 milliards de dollars à la fin du mois de juin, une hausse de 23 % par rapport au trimestre précédent. L’Europe continue de dominer le secteur, récoltant 86% des flux lors du dernier trimestre, soit 61,4 milliards de dollars.

2. Les critères ESG environnementaux, sociaux et de gouvernance sont les 3 facteurs principaux de mesure de la soutenabilité et de l’impact éthique d’un investissement dans une société ou dans un domaine économique. (source : Wikipédia)

3. http://www.swissbanking.org.

4. MSCI ESG Research, Bank of America Merrill Lynch US Equity & Quant Strategy. Les « bonnes » entreprises sous l’angle ESG tendent également à obtenir de meilleures notes de crédit.

5. Les étoiles sont une mesure quantitative qui classe les fonds sur la base de leur performance passée sur 3, 5 et 10 ans sur une base ajustée du risque et par rapport à la moyenne de la catégorie à laquelle les fonds appartiennent. Selon Morningstar, cette note suit une distribution en forme de cloche : les 10% des fonds les meilleurs reçoivent une note de 5 étoiles ; les 22,5% suivant reçoivent 4 étoiles ; les 35% suivant ont 3 étoiles ; les 22,5% suivant 2 étoiles et les 10% les moins bons ont 1 étoile. A quelques exceptions près, tout fonds ayant un historique de performance d’au moins trois ans est noté.

6. Les globes sont calculés sur la base des titres sous-jacents des fonds et de la recherche ESG sur les entreprises issues de Sustainalytics, un fournisseur leader indépendant sur la recherche ESG et la gouvernance d’entreprise. Le score le plus bas est représenté par 1 globe et le plus élevé par 5 globes, selon une distribution identique aux étoiles.

7. Cette catégorie regroupe les fonds européens et fonds nationaux. Nous excluons les fonds indiciels et les ETFs de l’analyse.