Pourquoi l’énergie nucléaire s’impose-t-elle?

En dehors de quelques pays européens qui font de la politique énergétique démagogique et électoraliste, le reste du monde s’engage résolument dans la voie nucléaire. Les projets de développement y sont de plus en plus nombreux, mais aussi de plus en plus variés, notamment avec l’émergence des SMR (Small Modular Reactors).

Par Roger Stump, analyste financier, 8 juillet 2021 sur le site investir.ch

Voici tous les avantages comparatifs de l’industrie nucléaire

  1. L’énergie nucléaire est pilotable* (voir notes en fin de billet), donc produite à la demande. C’est indispensable à la stabilité du réseau électrique où offre et demande doivent toujours correspondre.
  2. L’énergie nucléaire produit 2 fois moins de CO2 que l’éolien et 7 fois moins que le photovoltaïque.
  3. La quantité de matériaux nécessaires à la construction d’une centrale nucléaire est respectivement 9 et 14 fois inférieure à celle nécessaire pour l’éolien et le photovoltaïque pour produire le même térawatt/heure.
  4. Le nucléaire nécessite 1000 fois moins de surface au sol que l‘éolien et le solaire pour produire le même TWh.
  5. L’énergie dégagée par la fission de l’uranium génère plusieurs centaines de milliers de fois plus d’énergie que la combustion d’une quantité équivalente de charbon, de pétrole ou de gaz, d’où une quantité très faible de déchets en proportion de la quantité d’énergie produite.
  6. Pour pourvoir un être humain occidental en énergie pour toute sa vie, il suffit de 6 kilos d’uranium, soit le volume d’une cannette de coca (l’uranium étant 19 fois plus lourd que l’eau). Pensez ne serait-ce qu’à la quantité d’essence que chacun de nous a déjà consommé dans sa vie !
  7. En moyenne, le facteur de charge d’un réacteur nucléaire est de 92%, ce qui fait de l’énergie nucléaire la plus fiable de toutes, bien loin devant le gaz (55%) et le charbon (54%), et évidemment l’éolien et le solaire.
  8. De toutes les industries énergétiques, le nucléaire est la plus sûre et son bilan humain (90 décès par 1000 TWh) est même inférieur à celui de l’éolien (150), du solaire (440) et de l’hydroélectrique (1400).
  9. Les déchets totaux de l’industrie nucléaire depuis sa naissance représentent le volume d’un stade de foot de 10 mètres d’épaisseur, soit 100000 m3 ou 2 millions de tonnes. Aucune industrie au monde ne s’astreint à une gestion aussi précise de ses déchets et, à ce jour, aucune irradiation, aucun accident n’a jamais été à déplorer avec des déchets nucléaires. Notez aussi qu’une grande partie des déchets sont susceptibles d’être encore réutilisés dans le futur avec l’émergence d’autres technologies de fission nucléaires ou de production de batteries utilisant la radioactivité !

Le marché de l’uranium en deux graphiques

Le premier illustre les ratios de couverture en uranium des opérateurs de centrales nucléaires européens et américains (environ 50% du total des réacteurs). Cette situation est inédite.

Les besoins non-couverts par des contrats à terme devront être comblés dans un marché souffrant déjà d’un déficit de production.
Rappelons au passage que les stocks des producteurs sont également au plancher!

Le deuxième illustre le déficit de l’offre d’uranium dans le contexte d’une demande en croissance selon deux scénarios établis l’année dernière par le World Nuclear Association. L’évolution actuelle de la demande penche désormais clairement vers le scénario le plus élevé.

Des exemples récents illustrent le propos. Parmi ceux-ci citons Shikoku Electric (Japon) qui se prépare à redémarrer son réacteur Ikata No3 le 12 octobre prochain. Il avait été stoppé en décembre 2019 sur décision d’une cour de justice. Aux Etats-Unis Duke Energy vient de faire les démarches en vue d’une demande de renouvellement/prolongation de licence d’exploitation jusqu’à 80 ans de ses trois réacteurs de la centrale d’Oconee en Caroline du Sud, jusqu’en 2053 et 2054 et l’administration Biden prend des mesures pour constituer une réserve d’uranium, une proposition faite sous l’ère Trump. La Société CEZ Group qui exploite la centrale nucléaire de Dukovany II en République Tchèque a sollicité une offre de trois constructeurs pour un nouveau réacteur. En Inde, la construction de deux nouveaux réacteurs russes de plus de 1000 MW chacun a démarré, les unités 5 & 6 de la centrale de Kudankulam. Plus globalement, selon la World Nuclear Association, on compte actuellement 445 réacteurs en fonction, représentant une puissance 24/7 installée de 396 GW. 60 réacteurs sont en construction (66 GW), 99 sont en planification avancée ou commandés et 325 sont proposés. La Chine qui veut augmenter de 40% sa puissance nucléaire d’ici à 2025 et l’Inde qui planifie de tripler son parc nucléaire pour 2030 sont deux acteurs majeurs de ce secteur.

Quid du prix de l’uranium?

Le sommet historique du prix de l’uranium de 140$/lb atteint en mai 2007, ajusté de l’inflation, serait aujourd’hui de 177 $/lb. Le prix actuel de la livre d’uranium navigue aux environs des 32 dollars. Un minimum de 45-50 dollars (niveau du coût moyen d’extraction) est requis pour redémarrer les mines en maintenance et un prix de 65-70 dollars pour développer les nouvelles mines nécessaires à rétablir l’équilibre. Or, il faut 8 à 10 ans pour qu’une mine atteigne le stade de la production, et la production requise de ces mines doit représenter celle de deux fois le Kazakhstan, le plus gros producteur du monde (35%)…

Mais encore

De part et d’autre de l’Atlantique, le bon sens semble vouloir définitivement l’emporter. Les Etats-Unis affichent désormais leur intention d’inclure le nucléaire dans les énergies propres, alors que de l’autre côté, le rapport du groupe d’experts mis en place par la Commission européenne est favorable à l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie des investissements durables, ce qui devrait ainsi faire intégrer le nucléaire à l’acte délégué sur la finance verte. Cette perspective n’est pas sans conséquence sur le secteur uranifère, car si un seul petit pourcent des fonds de placement ESG devait lui être alloué, ce pourcent aurait la capacité d’acheter 100% de toutes les sociétés uranifères listées à trois fois le prix actuel …

Notes explicatives. La puissance d’un réacteur est modulable (pilotable) entre 95 et 100 % de sa puissance nominale. Pour un réacteur d’une puissance de 1000 MWe il s’agit donc de 50 MWe soit 1/6e de la puissance d’une centrale thermique de taille moyenne. En dessous de 95 % la qualité de la vapeur se dégrade et l’exploitant évite de dépasser ce seuil. À propos du CO2 ces chiffres sont pessimistes car un réacteur nucléaire peut fonctionner jusqu’à 80 ans alors que la durée de vie d’une éolienne est au mieux de 25 ans. Il s’agit ici des émissions de CO2 pour la construction de ces installations. Autre précision le facteur de charge de 92 % comprend les opérations de changement du combustible hors arrêts de maintenance de plus longue durée planifiés à l’avance.

En ce qui concerne les déchets générés par les réacteurs à neutrons lents dits thermiques type PWR les données figurant dans l’énumération ci-dessus ne font pas état du retraitement. Ce retraitement consiste à éliminer les produits de fission et certains transuraniens. Le plutonium, transuranien le plus léger, peut-être réutilisé comme combustible en remplaçant l’uranium-235. Quelques pays seulement utilisent le MOX, combustible contenant du plutonium, il s’agit en premier lieu de la France puis de la Russie, du Japon et enfin de l’Inde. Partant du fait que lors d’un cycle du combustible une infime fraction de ce dernier est effectivement consommée, le retraitement réduit notoirement les volumes de déchets dits radioactifs. L’uranium « appauvri » n’est pas pris en compte dans les déchets. En attendant des jours meilleurs, comprenez le développement inévitable des surrégénérateurs, cet uranium appauvri non fissile, essentiellement de l’uranium-238, est stocké sous formes d’oxydes.

Le plan « net zéro » britannique

Les experts nucléaires de l’Université de Manchester ont identifié les huit actions nécessaires pour évaluer objectivement le rôle du nucléaire dans l’avenir « net zéro » du Royaume-Uni. Leur document positionne l’énergie nucléaire pour ce net zéro. Une stratégie d’action détermine ce que les décideurs politiques et l’industrie doivent explorer afin de prendre une décision éclairée sur la base d’une « meilleure économie ». Cela inclut le développement d’organes consultatifs, la modélisation non partisane de la trajectoire économique et l’optimisation des programmes de R&D.

Le document a été rédigé par l’équipe de direction du Dalton Nuclear Institute de l’Université de Manchester, qui abrite la capacité de recherche nucléaire la plus importante et la plus avancée du Royaume-Uni. Il s’agit de Francis Livens, directeur, Gregg Butler, responsable de l’évaluation stratégique, William Bodel, chercheur associé en choix de systèmes nucléaires et Juan Matthews, professeur invité en technologie de l’énergie nucléaire. https://documents.manchester.ac.uk/display.aspx?DocID=55791

« Le net zéro d’ici 2050 est un défi tellement énorme pour ce pays qu’il faut vraiment tous se mettre au travail, a déclaré Livens. « La réalité, c’est que nous devons explorer toutes les options et les évaluer sur un pied d’égalité et prendre une décision objective sur le point suivant : « Le nucléaire a-t-il un rôle à jouer dans notre avenir énergétique, oui ou non ? ». Quoi qu’il en soit, le Royaume-Uni a besoin d’agir rapidement pour résoudre cette question et de saisir toute opportunité qui se présente. Si elle continue à tergiverser, tout sera certainement perdu ». Butler a ajouté : « Nous avons élaboré ce document parce que nous nous sentions responsables, en tant que communauté universitaire impartiale, de soutenir nos collègues du gouvernement et de l’industrie. Le Royaume-Uni a fixé un objectif de zéro net de premier plan au monde, mais il ne suffit pas de fixer l’objectif – nous devons y parvenir. Il est maintenant temps de prendre des mesures clés qui détermineront les rôles que le nucléaire peut jouer, en reconnaissant qu’elles ne devraient être adoptées que si elles contribuent à une solution économique et environnementale optimisée. Nous pourrions en savoir beaucoup sur l’énergie nucléaire – mais il doit être considéré comme un candidat pour aider à atteindre le zéro net – pas comme une fin en soi ».

Recommandation 1 : L’état de développement de la technologie des réacteurs modulaires avancés (AMR) au Royaume-Uni et dans le monde affirme que le réacteur de démonstration mentionné dans le livre blanc sur l’énergie du gouvernement devrait être doté de la technologie des réacteurs refroidis au gaz à haute température (HTGR), avec une attention particulière également accordée à la démonstration de la production d’hydrogène à l’aide de la chaleur nucléaire.

Recommandation 2 : Le soin de spécifier, développer et poursuivre la voie vers un démonstrateur HTGR basé au Royaume-Uni devrait être confiée à un organisme approprié qui est équipé et habilité à réaliser le projet HTGR. Cela inclurait de diriger toute la R&D nécessaire pour définir un itinéraire optimal, de surveiller si et comment ces optima changent à mesure que les études progressent et de ré-optimiser les programmes en conséquence.

Recommandation 3 : la R&D sur les cycles du combustible fermés doit être poursuivie pour permettre au Royaume-Uni de suivre les évolutions de ces systèmes et d’évaluer si, ou quand, ces systèmes trouveront une place sur le marché britannique de l’énergie.

Recommandation 4 : Une vision britannique continue des développements dans les systèmes AMR devrait être maintenue et dirigée par un organisme qui n’est pas en conflit avec les revendications et le lobbying d’un système particulier. L’évaluation de faisabilité générique a fourni un exemple de plate-forme qui pourrait héberger cette tâche, mais une organisation convenablement « sans intérêt » devrait être mise en place avec un examen par les pairs exemplaire.

Recommandation 5 : Un organe consultatif approprié à large assise devrait être engagé pour conseiller le gouvernement sur le programme nucléaire futur. Il pourrait s’agir du Nuclear Innovation Research and Advisory Board (NIRAB) ou d’un successeur, mais le NIRAB semble avoir établi l’étendue et la valeur possibles de ces conseils.

Recommandation 6 : Le Comité sur les changements climatiques devrait explorer, avec une assistance appropriée, les possibilités d’un rôle plus large du nucléaire sur la voie du zéro net.

Recommandation 7 : Energy Systems Catapult (une organisation indépendante à but non lucratif pour l’industrie, le gouvernement, les universités et la recherche) devrait, avec l’aide d’autres experts en modélisation, mettre en place et exécuter des modèles transparents de règles du jeu équitables pour surveiller les développements économiques. Cela motivera les améliorations et détectera un optimisme irréaliste.

Recommandation 8 : Une plate-forme telle que celle recommandée pour l’énergie nucléaire dans la recommandation 4 devrait être établie pour toutes les sources d’énergie présentes dans la trajectoire net zéro, afin de donner une vision claire et impartiale de l’état actuel de ce net zéro.

Le fait que le gouvernement se soit engagé dans un plan d’action sur 30 ans constitue « une grande raison d’être optimiste » mais la mise en œuvre de l’énergie nucléaire « là où cela est approprié et avantageux » doit éviter d’être « mise à l’écart pour des motifs non étayés ». Il faut espérer que le message « le meilleur pour le Royaume-Uni, le meilleur pour la planète » pourra devenir réalité. En ce qui concerne les délais, la situation actuelle est cruciale, tout retard se manifestant immédiatement sur le chemin critique d’un démonstrateur nucléaire en 2030, et par inférence la forte perspective d’avoir un impact négatif sur l’échéance de 2050 ».

Traduction d’un document paru sur le site World Nuclear News. Commentaire. Il faut admirer le pragmatisme des Britanniques et leur vue sur le long terme. L’intégration des HTGR dans le programme de mise en place de véhicules à pile à combustible est la seule alternative fiable pour accélérer la marche vers le net zéro. Toute autre approche relève de la fiction pour diverses raisons. La raréfaction des matières premières entrant dans la conception des véhicules « tout électrique » est prévisible alors que les piles à combustible ne se heurteront pas à ce goulot d’étranglement prévu pour 2035. La Chine, pays à économie planifiée, a compris que les HTGR étaient la seule alternative économiquement rentable pour produire de l’hydrogène. La production d’énergie, l’hydrogène étant une forme d’énergie puisqu’il s’agit d’un combustible, doit être planifiée sur le long terme. La France a parié sur le remplacement d’une partie du parc nucléaire par des éoliennes. C’est un pur non-sens puisque ces installations ont une durée de vie maximale de 25 ans. La planification « à la française » révèle un amateurisme affligeant. J’en dirai autant sinon pire pour la politique énergétique allemande.

Brève. « Scandale nucléaire » en Chine ? Fake-news ?

La société française Framatome, partenaire avec EDF de la construction des deux EPR de Taishan en Chine, a envoyé un courrier à la chaine américaine CNN bien connue pour sa recherche de scoops pour l’informer que l’un des réacteurs rejetait de la radioactivité au delà des normes permises. Framatome n’a pas cru ni opportun ni élégant d’en informer les autorités chinoises avant cette « fuite » d’une information provenant comme on pouvait s’y attendre de l’AFP, agence elle-même avide de sensationnel. C’est tout simplement consternant quand on constate que le sieur Jadot en France, farouche opposant au nucléaire , a repris l’information pour en faire des gorges chaudes.

Il faut mettre les choses au clair. Le réacteur d’un EPR contient 241 assemblages de combustible et ces assemblages comportent chacun 265 « crayons », des tubes en acier au zirconium contenant des pastilles d’uranium naturel et également enrichi en isotope 235. Il est prévu lors du fonctionnement d’un réacteur nucléaire qu’un des crayons puisse se fissurer et laisse alors échapper du xénon-135 dont la demi-vie est de 9 heures. À côté de ce xénon les réacteurs nucléaires rejettent également du tritium. Les quantités rejetées sont toujours infimes et parfaitement contrôlées. Il existe des normes strictes relatives à ces émissions dans l’atmosphère dans quel pays que ce soit y compris en Chine dont les installations électro-nucléaires sont régulièrement inspectées par les ingénieurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Normalement les assemblages sont tous contrôlés au cours de ce qui est appelé un « sipping-test ». Il consiste à introduire l’assemblage dans un tube vertical équipé d’une multitude de microphones ultra-sensibles et d’établir une dépression dans ce tube. Si un crayon est fuyard l’analyse des données sonores permet de localiser le crayon et de le changer le cas échéant. Tous les assemblages de combustibles sont soumis à ce contrôle.

Les autorités chinoises n’ont rien observé d’anormal et n’ont fait état d’aucune alerte au niveau du site de Taishan. EDF, partenaire à hauteur de 30 % de ce projet n’a pas commenté le message de Framatome. Il pourrait s’agir d’une malveillance de la part d’un des employés de cette société compte tenu de l’indélicatesse du procédé utilisé. Il est nécessaire d’ajouter ici que Framatome est le maître-d’oeuvre de l’îlot nucléaire de Flamanville dont la mise en fonctionnement est retardée pour des problèmes de soudures et que l’EPR finlandais dont l’îlot nucléaire était également confié à Framatome n’est toujours pas raccordé au réseau. Encore une « fake-news » pour occuper l’opinion ou fait-elle ressortir un profond malaise au sein de Framatome ? Il est vrai que « Fra » a de quoi être au bord de la dépression puisque le projet Hinkley Point C devra être assuré dans les temps et les vieilles querelles entre EDF (qui a démenti toute fuite sur le site de Taishan) et cette société n’ont jamais cessé depuis la construction du premier PWR, en l’occurence Fessenheim-1 qui a été mis en liquidation à la suite d’une saute d’humeur électorale de Sarkozy reprise par Hollande puis Macron.

Russie : un surrégénérateur « intégré ».

Alors que le consortium européen NERSA était à la point mondiale de la surrégénération nucléaire tout fut arrêté par le gouvernement français. Le choix du sodium comme liquide caloporteur avait fait apparaître des problèmes de vibration qui étaient sur le point d’être maîtrisés. Subissant la pression des vert.e.s ce joyau de la technologie fut abandonné et ce fut la lente descente aux enfers de l’industrie nucléaire française mais aussi européenne. Aujourd’hui ce sont la Russie et la Chine qui ont pris le relais dans le domaine des petits réacteurs modulaires comme des surrégénérateurs. La Russie vient de couler le premier béton de la dalle qui va supporter le surrégénérateur BREST-OD-300 d’une puissance électrique de 300 MW près de la ville de Seversk au-delà de l’Oural. Il s’agit d’un réacteur refroidi avec du plomb dont la température de fusion est 600°C, métal qui peut être utilisé entre 600 et 800 degrés sans problèmes majeurs contrairement au sodium.

Le combustible sera de l’uranium naturel et l’ « allumette », c’est-à-dire la source de neutrons rapide sera du plutonium. Ces deux métaux seront façonnés dans une usine proche de l’usine sous forme de pastilles de nitrures et conditionnés pour servir de combustible. L’innovation de ce projet réside dans le fait qu’une autre usine également proche de cette installation sera dédiée au retraitement du combustible irradié. Ce retraitement consistera à séparer les transuraniens et le plutonium et éliminer les produits de fission qui ralentissent les neutrons. Les transuraniens et le plutonium apparus seront reconditionnés sous forme de nitrures. Les opérations de rechargement en combustible pourront être effectués en continu, ce qui était le cas pour Super-Phénix, sans arrêter le réacteur. Les transuraniens seront « brûlés », ce qui est l’un des avantages du surrégénérateur. Ainsi ce réacteur pourra fonctionner sans nouvel apport d’uranium naturel voire appauvri pendant plus de 20 ans, ce qui est un autre avantage d’un surrégénérateur qui crée plus de combustible qu’il n’en consomme ! En effet ce réacteur produira en continu le plutonium qui est nécessaire pour « allumer » la fission de l’uranium naturel et la capture de neutrons dits rapides pour faire apparaître ce plutonium.

L’ensemble de ces installations est prévue pour fonctionner dès 2026. Le gouvernement français a commis une faute d’une extrême gravité en arrêtant autoritairement et de manière totalement arbitraire l’usine de Super-Phénix. Les centrales nucléaires type PWR « brûlent » une partie infime de l’uranium enrichi qui constitue le combustible. Or un surrégénérateur bien géré fonctionnera jusqu’à un rechargement nécessaire en uranium naturel. A contrario nul ne sait quand le prototype ITER sera fonctionnel, si tant est qu’il le devienne un jour car dans l’imaginaire des politiciens il constitue le graal de l’énergie inépuisable. C’est encore un doux rêve comme d’ailleurs l’hydrogène. La Chine et la Russie ont su raison garder et dans une dizaine d’années ces deux pays domineront la vraie technologie nucléaire efficace qui ne sera pas pénalisée par tous les problèmes des PWR. À ce sujet si mes lecteurs désirent que je leur expose quels sont les problèmes des PWR je suis disposé à écrire un billet à ce sujet …

Brève. EDF relégué au rang de figurant !

EDF met le bout de ses pieds en Inde avec l’EPR. Alors que les EPRs finlandais et français ne sont toujours pas opérationnels, peut-être que celui d’Olkiluoto commencera à produire de l’électricité au printemps 2022 puisque le chargement en combustible vient de démarrer pour effectuer les ultimes essais dans les conditions réelles, EDF ose entrer en négociation avec la Nuclear Corporation of India Ltd (NPCIL) pour la construction de 6 EPRs à Jaitapur dans l’Etat du Maharashtra. Ces négociations entrent dans le cadre des critères dits ESG* puisque l’Inde veut afficher sa volonté de réduction des émissions de carbone. Le problème, à mon humble avis, mais je ne suis pas dans le secret des dieux, est l’organisation de ce titanesque chantier qui sera confié exclusivement à des sociétés indiennes. EDF fournira la technologie (comprenez le savoir-faire théorique et l’ingénierie), Framatome les études d’ingénierie de l’îlot nucléaire et les fournitures pour les circuits vapeur primaires, et General Electric les turbines Arabelle, qui ne sont plus françaises depuis que Macron a vendu Alstom-Energie aux Américains**, ainsi que le circuit vapeur secondaire. Le combustible sera entièrement sous la maîtrise indienne. Enfin tout ce qui pourra être fabriqué en Inde le sera prioritairement. L’Inde dispose déjà d’un parc nucléaire de 24 réacteurs et n’est pas un débutant dans ce domaine. Peut-être que la France fournira les pompes du circuit primaire, ce sera mieux que rien …

On ne sait pas si EDF sera le véritable maître-d’oeuvre. En tout état de cause le gouvernement français a certainement pris des précautions pour qu’EDF ne se retrouve pas dans une situation inextricable comme cela va être le cas à n’en pas douter pour le projet Hinkley Point C en Grande-Bretagne (2 EPRs). Ce projet n’est donc que l’aboutissement d’une prise de position d’EDF pour relancer le nucléaire en France pour cet opérateur qui considère, à juste titre d’ailleurs, que l’énergie nucléaire est une technologie incontournable pour diminuer les émissions de carbone :

Remontons un peu dans le temps. Lorsque EDF est parvenu à un accord pour la construction des deux EPRs chinois, l’exigence pratiquement non dissimulée fut de livrer l’ensemble de la technologie de cette usine, tous éléments confondus y compris les plus sensibles en termes de technologie. Il n’est pas difficile de comprendre que le succès de Taishan a laissé des traces amères chez les dirigeants d’EDF …

Notes. * Environment friendly, Sustainable, Government compatible

** Il faudra un jour démasquer les agissements obscurs d’Emmanuel Macron au sujet de la vente d’Alstom-Energie à General Electric qui a porté atteinte à la souveraineté de la France.

Source : World Nuclear News

La transition énergétique ou écologique sans uranium : une lubie !

L’IPCC, organe onusien en charge du changement du climat a préconisé, afin de décarboner la production d’énergie électrique de développer l’énergie nucléaire, seule et unique source d’énergie totalement décarbonée avec l’hydraulique. Les sites susceptibles d’être aménagés pour produire de l’électricité « hydraulique » sont limités. Il suffit de constater l’imbroglio naissant entre l’Egypte et l’Ethiopie ou encore l’immense barrage chinois qui a nécessité le déplacement de dizaines de millions de personnes. Il ne reste donc qu’une seule solution : l’énergie nucléaire. Au cours de l’automne 2020 l’Agence internationale de l’énergie (IEA) mit en garde la Commission européenne sur la nécessité d’inclure l’énergie nucléaire dans la politique du Green-Deal bas carbone, les énergies renouvelables instables risquant de provoquer une dépression économique incontrôlable conduisant à la ruine irréversible de l’Europe. Pour le Directeur exécutif d’EDF, Jean-Bernard Levy le gouvernement français et également les autres pays européens avancés sur le plan technologique doivent impérativement mettre en place un plan de production industrielle de petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR, smal modular reactor) en lieu et place des grandes installations telles que les EPRs.

La pression des écologistes, paradoxalement opposés à l’énergie nucléaire, a conduit la Commission européenne à ne pas prendre en considération les recommandations de l’IEA présentées par son Directeur Fatih Birol. Si l’Europe a échappé à un black-out généralisé au cours de l’hiver 2020-2021, ce n’est pas en raison du ralentissement de l’activité industrielle, conséquence de la pandémie coronavirale, mais parce que l’Allemagne a autoritairement limité les activités industrielles grosses consommatrices d’électricité. La raison en est le retard pris depuis plus d’une année dans l’achèvement du gazoduc NordStream-2 sous la pression américaine, gazoduc qui devait être raccordé au réseau gazier allemand au cours de l’automne 2020. En décidant après l’accident de la centrale de Fukushima-Daiichi de « dénuclariser » le pays l’Allemagne se retrouve aujourd’hui dans une impasse et la pression du parti vert allemand refusant de reconsidérer les critères ESG au sujet de l’énergie nucléaire ne pourra qu’aggraver cette situation. L’avenir énergétique de l’Europe est ainsi compromis.

Le gouvernement japonais, plus pragmatique, subit la pression des lobbys industriels du pays pour réactiver l’énergie nucléaire, seule issue pour atteindre l’objectif de neutralité carbone en 2050. Très gros importateur de charbon et de gaz naturel liquéfié le Japon est très réticent pour tout projet d’installation de moulins à vent sur son territoire, la population japonaise étant traditionnellement attachée à l’harmonie de ses paysages. De plus ce pays est régulièrement traversé par des typhons, ce qui complique sérieusement la mise en place de grandes éoliennes, y compris en mer pour les mêmes raisons météorologiques. Le JAIF (Japanese Atomic Industry Forum) et le JISF (Japan Iron and Steel Federation) exercent une pression constante sur le gouvernement pour réactiver le programme nucléaire. Actuellement 16 unités, entendez réacteurs, sont prêtes pour un redémarrage sans délai, les compagnies d’électricité propriétaires de ces unités ayant effectué tous les travaux de consolidation de sécurité post-Fukushima. L’immense traumatisme provoqué par l’accident de la centrale de Fukushima-Daiichi est toujours présent dans les esprits et les populations restent réticentes quant à la réactivation de ces installations, pour certaines presque neuves.

Le ministère japonais de l’industrie est très attentif aux développements de l’industrie nucléaire chinoise dans deux domaines très précis : les SMRs et les réacteurs à très haute température (HTR, High Temperature Reactor). Pour ce ministère l’HTR est la seule source économiquement viable de production d’hydrogène. Or l’hydrogène a été incluse dans le « Basic Energy Plan » japonais de neutralité carbone et les grands constructeurs automobiles japonais exercent aussi un pression constante sur le gouvernement japonais pour développer la production d’hydrogène avec des HTRs. Le Japon devra donc coopérer étroitement avec la Chine pour développer sur son territoire cette technologie nucléaire de quatrième génération.

On ne peut que constater que l’Europe et en particulier l’Allemagne accentuent leur retard en refusant d’admettre que l’énergie nucléaire est la seule issue possible pour arriver avant 2050 à une totale neutralité carbone. Certains mauvais esprits prétendent toujours que le nucléaire est « has-been ». Il n’y aura jamais, contrairement au charbon, au pétrole et au gaz, de rupture d’approvisionnement en uranium, les océans constituant le plus grand gisement d’ors et déjà exploitable. Si l’humanité veut survivre elle n’a pas d’autre choix car toutes les matières premières utilisées pour les énergies dites renouvelables et pour les véhicules électriques, sans exception, se tariront rapidement, probablement avant l’horizon 2050, alors tout projet de transition énergétique faisant abstraction de l’énergie nucléaire se terminera par un échec.

Source IEA. Illustration Centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa en attente de redémarrage, source TEPCO.

Les EPR : le fiasco de la technologie nucléaire française.

L’EPR, acronyme de European Pressurised Reactor, fut au début une sorte de délire d’Anne Lauvergeon, alors à la tête d’Areva, qui imagina une renaissance du savoir-faire français dans l’énergie nucléaire sauf que dans sa tête Anne Lauvergeon avait oublié que d’une part le dernier réacteur construit sur le sol français, Civaux-2, avait été mis en chantier en 1991 en reprenant la totalité de la technologie mise en place 7 ans plus tôt pour les deux réacteurs de Chooz. Après ces réalisations ce fut la folie des grandeurs en augmentant la puissance électrique nominale de quelques dizaines de MW et en compliquant à l’extrême les systèmes de sécurité présentés comme arguments de vente car pour Areva il était vital de relancer la filière nucléaire française. En apparence Areva et Framatome n’avaient pas « perdu la main » mais cet aspect peut se discuter comme nous allons le découvrir dans ce billet. Le premier pays intéressé par ce réacteur de nouvelle génération fut la Finlande et la France créa pour cette opportunité de marché une sorte de consortium réunissant sous la tutelle d’Areva NP Mitsubishi Heavy Industry et Siemens. En 2005 le contractant finlandais TVO fut autorisé par les autorités politiques finlandaises à construire le premier EPR sur le site d’Olkiluoto. Les déboires d’Areva suivis de la reprise de ses activités nucléaires par EDF compliqua la situation.

Les retards s’accumulèrent, des querelles de marchands de tapis opposèrent Areva (puis Framatome et EDF) à TVO. Bref, l’EPR d’Olkiluoto n’est toujours pas fonctionnel et aux dernières nouvelles le combustible devrait être chargé au cours de ce printemps 2021 et la production commerciale devrait débuter au début de l’année 2022, c’est-à-dire 21 ans après le début des travaux. Le coût total de la construction de cet EPR d’Olkiluoto est de 11 milliards d’euros, la perte d’EDF ou pour être plus précis du gouvernement français s’élève à 5,5 Md d’euros. L’aventure de l’EPR finlandais est révélatrice de la gestion catastrophique du savoir-faire nucléaire français. Il est loin le temps au cours duquel la France construisait presque à la chaine des réacteurs comptant parmi les plus fiables du monde avec des délais de construction et des coûts très attractifs. C’est ainsi que la Corée et l’Afrique du Sud firent appel à Framatome et EDF pour leurs premiers réacteurs nucléaires.

La suite de la descente aux enfers de l’activité nucléaire française se concrétisa avec les deux EPR de Taishan en Chine. La construction de la première unité débuta à l’automne de l’année 2009 et celle de la seconde unité quelques mois plus tard. La France se coucha réellement pour obtenir ce contrat et il faut entrer dans les détails pour comprendre à quel point ce pays est devenu incapable de concrétiser des projets industriels de ce type car il n’y a plus la moindre compétence de haut niveau au sein du gouvernement français (voir note en fin de billet). Les deux actionnaires sont China Guangdong Nuclear Power à 70 % et EDF à 30 %. La cuve du réacteur de la première unité a été fabriquée par Mitsubishi Heavy Industry et la deuxième cuve par Dongfang Electric. Les générateurs de vapeurs ont été pour partie fabriqués par Framatome puis par Dongfang Electric. Enfin les turbines Arabelle ont été entièrement construites en Chine par Dongfang Electric et Shanghai Electric sous licence General Electric. La France a en effet vendu Alsthom-Energie à GE au cours de la construction de ces deux unités. La seule technologie qui n’a pas été totalement transférée à la Chine est la pompe du circuit primaire, il y en a 4 par unités, fabriquées en France par Jeumont. Il aura fallu un peu moins de dix ans pour que ces deux réacteurs soient connectés au réseau électrique. Le coût global de la mise en service de ces deux unités est sensiblement égal à celui du seul réacteur d’Olkiluoto avec le sacrifice de la part de la France d’un transfert de technologie massif, qu’il s’agisse des cuves, des générateurs de vapeur, des auxiliaires, du surpresseur, des sécheurs de vapeur et de bien d’autres équipements de sécurité.

Venons-en maintenant à Flamanville qui en dehors de la turbine Arabelle maintenant non plus fabriquée sur le sol français (?) mais par GE. Je n’ai pas trouvé de précisions sur ce dernier point puisque cet objet de très haute précision pèse plus de 450 tonnes. La construction de cette usine a débuté en décembre 2007. Elle n’est toujours pas opérationnelle puisque ce chantier a accumulé des déboires ubuesques. On arrive aujourd’hui à un coût global de 19 milliards d’euros et comme le disait Jacques Chirac les emmerdements volent toujours en escadrilles car les soudures des valves servant à alimenter certains auxiliaires situés dans le bâtiment du réacteur et raccordées aux boucles du circuit primaire, il y a une valve pour chacun des 4 générateurs de vapeurs, sont défectueuses. Ces valves ont été fabriquées en 2011 selon des plans datant de 2006. L’autorité de sureté nucléaire (ASN) a intimé l’ordre de modifier ces soudures. Les problèmes de soudure ont été récurrents sur ce chantier dont la mise en service était prévue pour 2013. Avec prudence on peut espérer un raccordement au réseau au mieux en 2023 … Inutile de mentionner le chantier de l’EPR d’Hinkley Point C dans lequel la Chine est partie prenante.

Illustration ASN, autres sources diverses toutes disponibles publiquement. Note. Le commissaire au plan nouvellement nommé par le Président de la République française devrait s’orienter vers la Chine pour la construction des futurs EPR français !

L’objectif « zéro carbone » : un doux rêve

Il ne faut pas rêver, une civilisation moderne décarbonée est un objectif impossible à atteindre dans l’état actuel des connaissances scientifiques et technologiques à l’horizon 2050 et encore moins à l’horizon 2030. Cette obsession de la neutralité carbone a conduit les gouvernements à prendre des décisions irréalisables. Prenons l’exemple des moulins à vent considérés comme la panacée pour réduire les émissions de carbone. Outre le fait que les ressources en lanthanides nécessaires pour la production d’aimants permanents sont limitées, ces immenses machines nécessitent des quantités d’acier extravagantes pour produire quelques MWs quand les conditions météorologiques sont favorables. Dans l’état actuel des technologies de production de l’acier l’utilisation de pétrole ou de charbon est incontournable. La seule alternative existante pour réduire les émissions de CO2 lors de la production d’acier est la réduction de la fonte à l’aide d’hydrogène, pour faire très court car écrire deux pages au sujet de ce procédé industriel serait inutile. Apparaît alors le problème de la production d’hydrogène pour décarboner (au moins en partie) les aciéries mais ce même problème se posera pour les voitures équipées de « piles à combustible ». L’industrie de l’acier a une mauvaise image de marque car elle est polluante mais pour construire des éoliennes il faut beaucoup d’acier, 7 à 10 fois plus par kW installé que pour une centrale nucléaire. Il est donc très facile de comprendre que considérer comme non polluantes en termes de carbone ces éoliennes est un pur mensonge.

Et ce mensonge perdurera tant que l’industrie sidérurgique ne pourra pas avoir accès à de l’hydrogène à un prix abordable. Il n’existe qu’une seule possibilité pour produire de l’hydrogène à bas coût mais celle-ci ne plait pas trop aux tenants des énergies dites « vertes ». Il s’agit des réacteurs nucléaires à très haute température refroidis avec de l’hélium sous haute pression de génération IV susceptibles d’alimenter une unité de production d’hydrogène mettant en œuvre le cycle dit iode-sulfate dont l’une des étapes requiert une température de 830 °C. Seuls les réacteurs nucléaire à très haute température (environ 1000 degrés en sortie du circuit primaire) sont capables de fournir une telle température à un stade industriel qui soit totalement décarboné ( https://en.wikipedia.org/wiki/Very-high-temperature_reactor ).

On en revient donc au rôle majeur que devra jouer à l’avenir l’énergie nucléaire pour tenter de réduire les émissions de carbone à un coût modéré qui ne soit pas dévastateur pour l’économie. À ma connaissance le seul pays au monde développant aujourd’hui ce type de technologie est la Chine. Le Japon s’est fixé un objectif de « neutralité carbone » à l’horizon 2050, la Chine a opté pour l’horizon 2060 car ce pays a pris en compte le poste industriel de production d’acier. Ce poste, pour atteindre une réduction des émissions de carbone suffisante, n’aura pas d’autre alternative que les réacteurs nucléaires de quatrième génération. Il en est de même pour tous les autres pays industrialisés dont en Europe en particulier l’Allemagne, pays qui, paradoxalement, veut se « dénucléariser ». Encore une fois le sujet abordé dans ce billet met en évidence la mauvaise planification des pays européens qui parient sur le « tout renouvelable », une posture totalement déconnectée des réalités industrielles. Gouverner c’est prévoir, dit-on, il faut se rendre à l’évidence que seule la Chine est capable de prévoir …

Standard&Poor analyse le futur énergétique de l’Europe : il n’y a de place pour aucun optimisme …

La transition énergétique « propre » de l’Union européenne « laisse de côté un certain nombre de technologies éprouvées » dans une approche qui est « plus une économie politique qu’une économie de marché », a déclaré cette semaine un analyste du cabinet S&P Global Ratings Infrastructure and Utilities. (Les brefs commentaires et ajouts de mon cru figurent entre parenthèses et en caractères italiques).

S’adressant aux journalistes le 16 novembre 2020, avant la conférence annuelle de l’agence de notation sur les infrastructures et les services publics, Pierre Georges, directeur principal de EMEA Utilities (producteurs d’électricité de la zone Europe-Moyen-Orient-Afrique), a déclaré que la part de la capacité nucléaire dans le mix énergétique du bloc européen devrait baisser de 32 GW d’ici 2030 par rapport à son niveau de 2018. Il s’agit du chiffre net de S&P pour l’UE et le Royaume-Uni, (qui comprend la mise en service de la centrale nucléaire de Mochovce en Slovaquie sur cette période (2020)). L’Allemagne, l’Espagne et la Belgique – qui ont toutes des plans de sortie du nucléaire – représentaient respectivement 9,5 GW, 7,1 GW et 5,8 GW de capacité nucléaire à la fin 2018. Le chiffre de 32 GW est une baisse de capacité légèrement plus rapide que celle projetée dans le scénario le plus bas du rapport sur le combustible nucléaire de l’Association nucléaire mondiale.

Interrogé sur l’avenir de la nouvelle construction nucléaire en Europe, Pierre Georges a déclaré : « Mis à part les développements des nouvelles technologies, des points d’interrogation planent sur les perspectives du secteur nucléaire en Europe datant d’avant la pandémie et celles-ci persistent ». Le parc de réacteurs vieillissant à travers l’Europe atteint sa 40e année dans de nombreux pays, a-t-il déclaré, et le démantèlement de ces centrales est « inévitable ». Les nouveaux projets de construction au Royaume-Uni, en Hongrie et en Pologne ne mettront pas de nouvelles capacités en ligne avant 2030, a-t-il ajouté (hors EPRs d’Olkiluoto et de Flamanville).

Le manque de nouvelles unités va au-delà de la question de l’acceptation publique du nucléaire, a-t-il dit, et des problèmes de la chaîne d’approvisionnement (et de la gestion des déchets). Le savoir-faire et l’expertise disparaissent lentement mais sûrement, il faut donc vraiment relancer une nouvelle industrie pour y arriver dans les décennies à venir. Les perspectives pour les petits réacteurs modulaires pourraient être meilleures que pour les usines à grande échelle, a-t-il dit, et celles-ci pourraient éventuellement faire partie du secteur de la production d’hydrogène.

Choix technologiques

La croissance des énergies renouvelables n’a pas été affectée par la pandémie en raison d’un renforcement des signaux politiques nationaux et européens, a-t-il déclaré. Les moteurs politiques de cette année comprennent le fonds de relance de 750 milliards d’euros de la Commission européenne. L’objectif de l’UE est une réduction de 55% ou plus des émissions d’ici 2030 et de la neutralité carbone d’ici 2050, en matière d’hydrogène vert capacité d’électrolyse de 6 GW d’ici 2024 et de 40 GW d’ici 2030 (à l’évidence cela relève du rêve 6GW = 7 réacteurs nucléaires type Fessenheim), l’Allemagne portant ses objectifs éoliens offshore à 20 GW d’ici 2030 et 40 GW d’ici 2040, et le Royaume-Uni (qui ne fait plus partie de l’Union européenne) augmentant son objectif éolien offshore en 2030 de 30 GW à 40 GW. Mais les ambitions gouvernementales pour le « net zéro » se déroulent dans un environnement macro-économique « fragile », a-t-il dit, et de nouveaux modèles d’investissement devront être définis.

Il y a la question autour du « bon choix » de technologie, a-t-il dit, car « une technologie appliquée trop rapidement peut être dangereuse voire mortelle, mais aller trop lentement ne nous permettra pas d’atteindre les objectifs zéro carbone ». (Pierre Georges n’a pas précisé ce qu’était dans son esprit une technologie mortelle : mortelle en terme de vie humaine ou mortelle pour l’économie ?) « La transition énergétique de l’UE laisse de côté un certain nombre de technologies éprouvées par le passé, ce qui impliquera une adaptation plus drastique. C’est le cas des acteurs des énergies fossiles – charbon, pétrole et gaz – et dans une certaine mesure l’industrie nucléaire ». Il a été demandé à Pierre Georges s’il y avait un décalage entre les projections de l’Agence internationale de l’énergie (IEA) et d’autres organisations selon lesquelles le nucléaire doit être inclus dans la transition énergétique propre si le monde veut atteindre les objectifs de réduction des émissions de carbone, et le fait que la taxonomie de l’UE sur la finance durable néglige le rôle de l’énergie nucléaire. Il a déclaré à ce sujet : « Le nucléaire est bien sûr une technologie proche du zéro carbone qui pourrait avoir un rôle à jouer. Les questions qui se posent aujourd’hui sont qu’il faut trouver le bon modèle [de financement]. La France, qui est le pays le plus exposé lorsque il s’agit du nucléaire retarde toute réponse sur le « nouveau » nucléaire jusqu’au prochain mandat présidentiel et vous pouvez voir que c’est un sujet hautement sensible politiquement. Mais c’est aussi très rationnel, étant donné l’incapacité jusqu’à présent à achever les projets existants, que ce soit avec Olkiluoto-3 en Finlande ou Flamanville en France. Regardez ces deux projets et posez-vous la question suivante : pouvons-nous effectivement construire un nouveau cycle d’investissement pour le nucléaire alors qu’il est tout à fait évident qu’il existe aujourd’hui des faiblesses techniques et d’expertise dans l’industrie ? » (Les deux EPRs du site chinois de Taishan dont la construction a commencé en 2009 ont été connectés au réseau respectivement en 2018 et 2019, ce détail n’a pas échappé à Pierre Georges qui en a conclu qu’il n’y avait plus d’expertise dans ce domaine industriel en Europe. Les prochaines unités construites en Europe le seront par la Chine ou la Russie). Les prévisions de l’IEA ont une vision globale et prennent ainsi en compte les chaînes d’approvisionnement nucléaire en Russie et en Chine, où les pipelines d’investissement sont plus certains et l’expertise dans le nucléaire « ne s’est jamais éteinte ».

La voie vers une économie nette zéro carbone présente aux services publics un certain nombre de défis technologiques dans la mesure où le secteur de l’électricité est « encore en phase de R&D pour que la décarbonisation se produise », a-t-il déclaré. Ces défis incluent le développement de technologies de production de l’hydrogène et de capture du carbone et l’intégration de la numérisation (difficile de comprendre de quoi il s’agit, les « smart-grids » peut-être, encore une vue de l’esprit : on ne pilote pas la consommation électrique d’un logement comme on pilote la consommation d’un pays tout entier). Un autre défi, non seulement dans le secteur des producteurs d’électricité mais aussi dans le pétrole et le gaz, est d’adopter une approche stratégique de la gouvernance environnementale, sociale et d’entreprise en ligne avec la transition vers l’énergie propre. Un autre défi consiste à déplacer l’accent mis dans la réglementation des préoccupations sur le maintien des industries très grosses consommatrices d’électricité et donc à l’incitation des opérateurs de réseau et des développeurs d’infrastructures à faire les investissements nécessaires. (De ce fait il est prévisible que dans quelques années seulement il n’y aura plus de sidérurgie ni de production d’aluminium en Europe et l’industrie chimique sera gravement pénalisée).

La vie après COVID

La voie de la reprise après la pandémie de coronavirus « reste cahotique » mais le rebond des économies dans les États membres de l’UE après la première vague de verrouillage a été plus fort que prévu, a déclaré Georges. Selon S&P, le PIB de la zone euro dans son ensemble a baissé cette année de 7,4% par rapport à son niveau de 2019, mais devrait augmenter de 6,1% en 2021. À titre de comparaison, les variations des PIB des États-Unis et de la Chine ont été respectivement, -4% et + 2,1% cette année et devraient augmenter de 3,9% et 6,9% l’an prochain (Ah bon ! chacun ses prévisions mais je serais beaucoup plus pessimiste. Exemple : le Japon n’a jamais confiné le pays et l’activité économique et industrielle n’a pas cessé comme c’est encore le cas dans certains pays européens. Pourtant l’économie japonaise s’est contracté de 5 % sur les 9 premiers mois de 2020 simplement en raison du ralentissement de l’économie de ses pays clients, c’est-à-dire des facteurs extérieurs au Japon). « La situation favorable est susceptible de perdurer et, de plus, le monde financier fait également pression pour une économie plus verte visant à construire un portefeuille de prêts dans le développement durable et l’innovation verte. Les investisseurs qui s’intéressent à l’Europe intègrent de plus en plus les facteurs énergétiques dans leur analyse et leurs choix d’investissement », a-t-il déclaré. « Cela change progressivement les stratégies des entreprises qui y intègrent de plus en plus le cadre énergétique ».

Sur ce que la pandémie COVID-19 signifie pour la transition énergétique, Georges a déclaré que les infrastructures énergétiques entrent dans une décennie d ‘« investissement de super-cycle ». « C’est formidable, mais qu’arrive-t-il à la chaîne d’approvisionnement et à la clientèle, qui ne bénéficient pas de la même manière dans leur cœur de métier, et sont peut-être un peu démunis pour faire face à cette croissance ? Le secteur des services publics aura toujours un bilan assez serré et Il faudra trouver un équilibre avec les opportunités d’investissement élevées. C’est vraiment ce dont nous aurons besoin pour saisir pleinement les prochaines mises à jour de la stratégie découlant du secteur de l’énergie pour nous assurer que cette combinaison de croissance élevée et de bilans contraints puisse fonctionner ensemble ». La nouvelle situation créée par la pandémie a conduit à des « messages contrastés » sur les infrastructures, a-t-il déclaré. « Nous voyons d’un côté que le COVID-19 affecte certains secteurs du monde des infrastructures, comme les aéroports et les transports en général. D’un autre côté, les considérations environnementales, la lutte contre le changement climatique et l’assouplissement des restrictions budgétaires donnent un énorme coup de pouce aux besoins en infrastructures, ouvrant la voie à une décennie de super-cycle d’investissement à partir des infrastructures vertes à une époque de coût du capital historiquement bas ».

S&P prévoit que les investissements dans les énergies renouvelables « augmenteront massivement » dans le monde et qu’il y aura « quatre fois plus de solaire, trois fois plus d’éolien terrestre et trois fois plus d’éolien offshore » d’ici 2030. Dans l’UE et au Royaume-Uni, cela va provoquer un changement de paradigme, a déclaré Georges, avec une capacité installée d’énergie renouvelable augmentant de 50% d’ici 2025 par rapport aux niveaux de 2018. « Nous pensons que les réseaux électriques se développeront le plus pour connecter et intégrer les énergies renouvelables, tandis que les réseaux de gaz ont plus d’incertitudes dans une économie décarbonée, et nous voyons leurs perspectives à long terme dépendant de la montée en puissance de l’hydrogène. L’intégration de la numérisation nécessitera une mise à niveau de l’infrastructure de base existante, ce qui nécessitera des investissements massifs », a-t-il déclaré.

« Les défis incluent le fait que cette transition énergétique est une économie politique par opposition à l’économie de marché que nous connaissons bien. Elle découlera de l’efficacité énergétique ainsi que de la décarbonisation et de l’électrification de l’économie. Ces défis seront coûteux et nécessiteront un consensus de la part de tous les gouvernements ». (Quand on sait que les gouvernements et les entreprises rémunèrent les agence de notation et d’analyses pour qu’elles leur présentent de telles divagations on ne peut qu’être figé d’effroi. Première question : comment les pays européens produiront-ils massivement de l’hydrogène, 6 GW d’ici 2024 et 40 GW d’ici 2030, 40 GW représentant 22 fois la capacité de la totalité de la centrale nucléaire de Fessenheim, 2 réacteurs de 0,9 Gwe, maintenant fermée et destinée à la ferraille. J’ignore quelles sont les qualifications du staff de S&P mais il est évident que cette institution a viré vers l’écolo-gauchisme pur et dur pour oser déclarer un tel tissu d’inepties).

C’est à cause des militaires que l’énergie nucléaire civile est dangereuse !

Demandez à quelqu’un pourquoi il est contre les OGMs, d’une manière générale il n’en sait rien. Si vous lui dites que la vaccination contre le SARS-CoV-2 à l’aide d’ARN messager viral transformera tous les hommes en OGMs il croira que c’est une blague de mauvais goût, et pourtant c’est la triste vérité. Demandez à une personne pourquoi elle est opposée à l’énergie nucléaire civile et de préciser ses arguments. Elle balbutiera et ne saura pas trop quoi répondre si ce n’est que c’est dangereux tout en ignorant totalement l’aspect dangereux de l’énergie nucléaire en comparaison d’autres sources d’énergie. Dans ces deux cas emblématiques qui agitent l’opinion il y a une ressemblance frappante : les gens sont pour ou contre telle ou telle nouvelle technologie et qu’ils soient pour ou contre, ni les uns ni les autres ne connaissent vraiment les raisons qui ont motivé leur prise de position devenue avec le temps immuable. Ils ont cru à un moment donné, dont ils ne se souviennent plus, que l’énergie nucléaire était dangereuse comme ils ont cru aussi que les OGMs étaient une invention mauvaise pour la nature. À de très rares exceptions ces personnes n’ont pas pris la peine de faire l’effort basique de se documenter. Avec Internet c’est facile, il n’est plus nécessaire d’aller musarder dans une bibliothèque universitaire pour trouver un ouvrage confus qui exposera en détail le fonctionnement d’un réacteur nucléaire ou le cheminement complexe permettant d’aboutir à une plante génétiquement modifiée. Encore faut-il décider de se documenter objectivement et cela demande un réel effort auquel peu de personnes acceptent de se plier.

Pour l’énergie nucléaire la situation émotionnelle est trop souvent prédominante et il est malheureusement nécessaire d’admettre que si l’atome n’avait pas été en premier lieu utilisé par les militaires pour confectionner des armes de destruction massive l’énergie nucléaire à usage civil aurait été parfaitement admise par l’opinion et serait probablement aujourd’hui la source d’électricité la plus répandue dans le monde, du moins dans les pays pouvant se le permettre sur le plan technologique et financier. Si la bombe atomique n’avait jamais existé, une sorte d’utilisation déviante de la fission nucléaire, il y a bien longtemps qu’on ne brûlerait plus un seul kilo de charbon ou un seul litre de pétrole pour produire de l’électricité. Il y a eu malheureusement l’intervention des militaires et c’est à eux qu’incombe la responsabilité d’avoir rendu l’énergie nucléaire aussi impopulaire. Tout a commencé avec le premier essai nucléaire « Trinity » au Nouveau-Mexique, le 16 juillet 1945, prélude aux bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki au Japon, l’aboutissement du projet Manhattan. Voici donc le récit de Satya Vatti, une journaliste de BreakThroug News qui vit à Albuquerque dans ce même Etat du Nouveau-Mexique qui démontre la dangerosité du nucléaire militaire.

Les victimes du premier test nucléaire sur le sol américain, 75 ans après, cherchent toujours réparation auprès de la justice.

«Ils pensaient que le monde touchait à sa fin», explique Genoveva Peralta Purcella (12 novembre 2020).

Le 16 juillet 1945, la toute première bombe nucléaire a été testée au Nouveau-Mexique, dans le sud-ouest des États-Unis. La détonation portait le nom de code « Trinity ». C’est le jour qui scellerait le sort de nombreux Américains vivant dans les environs pour les générations à venir. À soixante-dix miles (75 kilomètres) de ce qui est devenu connu sous le nom de Ground Zero – le site d’essai de Trinity – la famille de Genoveva vivait dans un ranch juste à l’extérieur du village de Capitan au Nouveau-Mexique. Genoveva est née l’année suivant l’explosion. Maintenant âgée de 74 ans, elle raconte solennellement comment sa famille se souvient du jour qui allait changer leur vie à jamais. Les sœurs de Genoveva étaient venues rendre visite à leur père et à leur mère enceinte au ranch. À précisément 5 h 30, à l’aube, le ciel s’est soudainement assombri. N’ayant pas d’autre point de référence, ils ont confondu les rugissements et les grondements anormalement forts dans le ciel pour du tonnerre. La maison entière a commencé à trembler. Effrayée, la famille s’est blottie dans un coin.

Lorsque le ciel s’est dégagé, son père est sorti de la maison et il a remarqué qu’il était d’un coup recouvert d’une poudre blanche. La poudre était partout et couvrait tout autour de lui. Rien n’y échappait, ni les vaches que la famille avait élevées, ni les légumes du jardin, ni l’eau de pluie qu’ils stockaient en l’absence d’eau courante. Comme d’autres familles qui ont vécu cette expérience, la famille de Genoveva a balayé la poudre et consommé ses légumes et l’eau stockée. L’explosion a produit tellement d’énergie qu’elle a incinéré tout ce qu’elle avait atteint et a formé une boule de feu qui s’est élevée à plus de 12 kilomètres dans l’atmosphère. Cette boule de feu a créé des cendres qui sont retombées comme de la neige sur les communautés entourant le site de l’explosion. Les gens ne le savaient pas alors, mais ces cendres qui couvraient des milliers de kilomètres carrés étaient les retombées radioactives de l’explosion.

L’effroi a saisi les communautés du bassin de Tularosa qui ont soit été témoins, soit ont vécu le phénomène qu’elles ne pouvaient pas comprendre. Pendant ce temps, la réaction immédiate du personnel du projet Manhattan, qui a créé la bombe, a été « de la surprise, de la joie et un grand soulagement ».

Paul Pino, le cousin de Genoveva, né neuf ans après l’explosion de Trinity, dit que sa famille, qui vivait à 33 miles (55 kilomètres) du site de l’explosion, comptait parmi les nombreuses personnes qui ignoraient ce qui s’était passé ce jour-là. Dans les jours et les mois qui ont précédé l’explosion, les responsables du gouvernement américain n’ont informé aucunes des personne vivant dans la région du test imminent d’une bombe nucléaire. Personne dans le bassin de Tularosa n’a été évacué en lieu sûr. Le lendemain de l’essai nucléaire, les responsables ont commencé à construire un faux récit dans la conscience de la nation : la région était isolée et inhabitée. Et pourtant, des dizaines de milliers de personnes vivaient dans le bassin de Tularosa en 1945. Pendant longtemps, les habitants du bassin ont cru que l’explosion était celle d’un dépôt de munitions. « Le gouvernement nous a menti », a déclaré Pino.

Il faut 24 000 ans pour que la moitié de ce qui reste du plutonium radioactif utilisé dans la bombe Trinity se désintègre. Les habitants de la région ont inhalé et ingéré des particules radioactives pendant 75 ans en raison de la contamination environnementale. Les personnes au pouvoir refusent d’accepter leur responsabilité et de prendre des mesures correctives. À ce jour, il n’y a eu aucun effort de nettoyage.

L’exposition aux radiations a causé des taux élevés de cancers agressifs, de maladies thyroïdiennes, de mortalité infantile et d’autres anomalies de santé dans des générations de familles dans la région du bassin de Tularosa. L’ampleur de l’impact sur la santé ne peut être déterminée avec précision car les études épidémiologiques à long terme n’ont été entreprises que récemment. Les résultats des dernières études de recherche du National Cancer Institute ont été publiés en septembre 2020 dans la revue Health Physics.

« Nous étions 10 et maintenant, un seul survit », a déclaré Genoveva en parlant d’elle-même. Elle a perdu tous les membres de sa famille à cause de cancers. Dans un pays sans soins de santé universels, l’endettement des dépenses médicales a entraîné la ruine économique des communautés proches du site de Trinity. « Toute la douleur et ces souffrances que nous avons dû endurer, et pas un soupçon d’aide du gouvernement », dit Pino, et « pendant ce temps, ce gouvernement a dépensé des milliers de milliards pour les armes nucléaires ». L’histoire de Genoveva n’est pas exceptionnelle. C’est l’histoire de dizaines de milliers de familles aux États-Unis.

Plus de 1 000 essais de bombes nucléaires ont été effectués aux États-Unis entre 1945 et 1992. Un total de 100 essais hors sol ont été effectués sur le site d’essai du Nevada de 1951 à 1962. Les vents ont transporté des retombées radioactives sur des milliers de kilomètres. Des centaines de millions de personnes vivant aux États-Unis ont été exposées à des niveaux de rayonnement variables au fil des ans, sans qu’ils en aient été informés. Le Nouveau-Mexique était sous le vent du site d’essai du Nevada, et les gens qui y vivaient ont continué à être exposés à la radioactivité pendant des décennies après l’exposition initiale pendant l’essai nucléaire de Trinity.

Les habitants des communautés touchées ont fondé le Consortium des Downwinders (personnes se trouvant « sous le vent » du Nevada) du bassin de Tularosa en 2005 pour lutter pour obtenir justice pour les survivants et leurs descendants. Tina Cordova, l’un des cofondateurs du groupe, a été choquée d’apprendre que quelques-uns des États touchés voisins du Nouveau-Mexique recevaient une compensation financière en vertu de la loi sur la compensation de l’exposition aux radiations depuis 1990. Les communautés du Nouveau-Mexique, cependant, ont été exclues des clauses de cette loi. Lorsqu’on lui a demandé pourquoi, Cordova a répondu : « C’est la question à un milliard de dollars. Je pense que nous sommes exclus parce que nous sommes principalement des Hispaniques mexicains, des Autochtones et des Latinos. Nous sommes des minorités et nous sommes pauvres ». Cordova elle-même est la quatrième génération de sa famille à avoir un cancer. Elle s’est jointe à d’autres comme elle pour éduquer et organiser les communautés affectées, pour lutter afin d’établir la vérité. « Dans leur précipitation [du gouvernement] pour bombarder le Japon, nous avons été sacrifiés dans le processus. Nous avons été enrôlés au service de notre pays, sans le savoir, ne le voulant pas, et nous restons toujours sans compensation.

Liens. https://en.wikipedia.org/wiki/Trinity_%28nuclear_test%29

https://www.osti.gov/opennet/manhattan-project-history/Events/1945/trinity.htm

https://eu.detroitnews.com/story/news/nation/2015/07/16/trinity-test-anniversary/30233105/

https://www.atomicheritage.org/history/trinity-test-1945

https://dceg.cancer.gov/research/how-we-study/exposure-assessment/trinity

https://www.trinitydownwinders.com/

http://www.radiationexposurecompensationact.com/