L’uranium de l’eau de mer : c’est faisable

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Il y a eu lors d’une coopération entre la France et le Japon une tentative de récupération de l’uranium présent dans l’eau de mer qui s’est soldée par un semi-échec car les quantités de ce métal sous forme ionisée étaient très faibles. Cette fois-ci c’est le laboratoire national du Nord-Ouest (PNNL) aux USA qui a enfin réussi à piéger cet uranium dans les « filets » ioniques d’un tissu tout à fait courant mais modifié par voie chimique sur les polymères duquel a été greffée une molécule qui chélate spécifiquement l’ion uranium. Un tout petit aparté pour expliquer brièvement comme les choses se passent : les agents chélatants sont des molécules parfois complexes dont la structure se présente sous forme d’une cage ionisée également et il faut que sa dimension soit adaptée à l’atome ciblé. Après un peu de cogitation et comme l’uranium est l’atome le plus gros et le plus lourd naturellement présent sur la planète il a fallu quelques années pour obtenir un tel agent chélatant qui puisse être aisément greffé sur des fibres textiles.

En laissant durant quelques mois un kilo de fibres modifiées chimiquement baigner dans de l’eau de mer circulant à l’aide d’une petite pompe, les ingénieurs chimistes du PNNL ont réussi à récupérer 5 grammes d’uranium après l’avoir détaché de sa « cage chimique » spécifique par un traitement acide doux. Le textile a été récupéré en bon état et peut être utilisé à nouveau. Cinq grammes ce n’est pas beaucoup, certes, mais la quantité d’eau de mer est inépuisable et celle d’uranium non plus même si la teneur en uranium de l’eau de mer est ridiculement faible, de l’ordre de 3 parties par milliard (3 milligrammes par mètre-cube) alors qu’il y a en moyenne dans la croute terrestre 2,7 ppm d’uranium – 1000 fois plus que dans l’eau de mer – et que dans certains gisements les teneurs atteignent plus de 1 %.

Il suffira dans un proche avenir réaliser une telle extraction spécifique à grande échelle pour obtenir d’une manière très économique, presque gratuite si l’on peut dire, de l’uranium sans courir le risque d’appauvrir le gisement océanique qui est virtuellement infini.

Actuellement pour un coût global de 130 dollars le kg de « yellow cake » il y a des gisement exploitables contenant au bas mot 3,7 millions de tonnes d’uranium et les océans, après avoir prouvé la validité de la technique développée au PNNL, renferment 4 milliards de tonnes d’uranium ! Autant dire que l’énergie nucléaire civile a un bel avenir devant elle avec un combustible ayant un prix dérisoire. Le Japon, la Chine et l’Arabie Saoudite qui veut trouver des alternatives au pétrole pour dessaler l’eau de mer sont aussi sur ce coup fantastiquement économique.

Source et illustration (yellow cake – oxyde d’uranium – provenant de l’eau de mer) : LCW Supercritical Technologies (lcwsupercritical.com). La fibre modifiée a été développée par l’entreprise basée à Seattle pour initialement piéger du vanadium dans les eaux de rivière.

La Russie se positionne dans l’énergie nucléaire au niveau mondial

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Décidément les pays occidentaux se font damer le pion par la Russie et la Chine dans le domaine de l’énergie nucléaire et c’est bien regrettable. Les Etats-Unis avaient été les premier à « vulgariser » l’usage civil de l’atome puis arrivèrent la France et la Grande-Bretagne et dans le même temps ce qui était alors l’Union Soviétique. Après l’accident de Three Miles Island les USA freinèrent leurs ambitions « électro-nucléaires » puis l’accident de Tchernobyl fit monter les écologistes au créneau et seule la France en Occident continua son programme électro-nucléaire domestique, les Allemands (Siemens) considérant que toutes précautions prises des accidents pouvaient encore survenir. Il faut rappeler ici que les deux accidents mentionnés ci-dessus furent provoqués par des erreurs humaines mais malgré ce fait avéré les politiques énergétiques s’orientèrent au moins en Europe vers le gaz naturel tout en réservant une grande place au charbon. La Chine, compte tenu de son évolution économique fulgurante datant des années 1990, s’orienta résolument vers le nucléaire avec l’aide de la Russie qui n’avait jamais mis en veilleuse son industrie liée à l’usage civil de l’atome.

Aujourd’hui, forte de sa technologie robuste et bien sécurisée de son réacteur à eau pressurisé AP1000, la Russie a conclu, lors de la Conférence Internationale AtomeXpo qui s’est tenue à Sochi il y a quelques jours, des projets de collaboration dans les domaines électro-nucléaire et des applications médicales et industrielles hors énergie avec le Chili, la Chine, Cuba, la Finlande, la Hongrie, l’Iran, l’Italie, le Kazakhstan, l’Arabie Saoudite, la Serbie, l’Espagne et la Zambie tout en réaffirmant sa collaboration étroite avec la Chine dans les domaines des combustibles, des équipements de sécurité et de la surrégénération. La Turquie s’est déjà engagée dans le financement d’une installation.

Le partenaire russe est donc Rosatom et ses filiales spécialisées dans les domaines du nucléaire autres que l’énergie. Autant dire que tous ces pays vont donc échapper tant aux Allemands qu’aux Français dont le savoir-faire dans ces technologies s’effondre ou est sur le point de disparaître. Et c’est bien désolant en particulier pour la France qui fut un temps le leader mondial de l’industrie électro-nucléaire avec en aval la collaboration étroite d’Alstom pour les turbines. Aujourd’hui la division énergie d’Alstom n’est plus française et EDF est devenu l’interlocuteur commercial obligé pour le projet anglais Hinkley Point C dans lequel participe la Chine. Il est clair que le patrimoine industriel français dans ce domaine va donc tout simplement disparaître à terme comme beaucoup d’autres fleurons industriels et commerciaux français, on peut tout de suite penser en particulier à Air France … Enfin, il faut constater que l’énergie électro-nucléaire devrait être considérée comme irremplaçable par les tenants de la toxicité du gaz carbonique sur l’évolution du climat mais ce n’est à l’évidence pas le cas.

Source et illustration : World Nuclear News

Nucléaire : en Chine tout va plus vite (et mieux)

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Il y a 4 réacteurs nucléaires de type EPR en construction ou proches d’être opérationnels dans le monde. Le premier à être construit en 2005 est celui d’Olkiluoto en Finlande qui n’est toujours pas en activité et le sera peut-être en mai 2019, c’est-à-dire 14 ans après la mise en chantier initiale, si tout va bien. Deux autres réacteurs de ce type ont été mis en construction en Chine sur le site de Taishan respectivement en 2009 et 2010. Enfin le réacteur de Flamanville en France n’en finit pas de voir sa facture augmenter (et payée par le contribuable) et le délai de mise en service repoussé mois après mois. Le gigantisme de ces installations et leur caractère novateur en termes de sécurité sont peut-être les causes de ces retards. Ce qu’il faut constater est l’efficacité dans la gestion du chantier de Taishan par les ingénieurs et techniciens de China General Nuclear (CGN) puisque le chargement en combustible vient de commencer pour le premier réacteur.

L’illustration ci-dessus (source CGN) montre la cuve du réacteur ouverte et sous le portique orange le couvercle du réacteur dont on aperçoit les auxiliaires externes de commande des barres de contrôle, le tout immergé dans l’eau pour recevoir les assemblages de combustible.

Il faut donc souligner ici que les énormes besoins en électricité de la Chine ne pourront être satisfaits qu’avec le développement du nucléaire. La pollution par le charbon est en effet insoutenable et constitue un grave problème pour la santé et l’environnement. Il y a actuellement dans ce pays 38 réacteurs en opération, 20 en construction et 30 autres projetés. L’industrie nucléaire chinoise a largement profité du transfert de technologies depuis la Russie et la France – en ce qui concernes les EPR deTaishan – et la politique actuelle du pays est d’intégrer l’ensemble de cette filière depuis l’enrichissement de l’uranium, le retraitement du combustible usé et le développement de surrégénérateurs pour « brûler » les transuraniens hautement radioactifs dont on ne sait que faire en dehors du plutonium. Enfin la Chine s’est également orientée vers l’exportation dans ce domaine industriel et elle va tailler des croupières d’abord à l’industrie nucléaire française condamnée à un inexorable déclin en raison de la pression des écolos mais aussi à l’industrie nucléaire américaine qui se trouve dans la même situation. Et ce constat est paradoxal puisque pour décarboner le monde au moins pour la production d’électricité il n’y a pas d’autres solutions fiables et économiques que l’énergie nucléaire. Enfin les besoins grandissants en eau douce dans de nombreux pays du monde ne pourront être résolus économiquement qu’avec l’énergie nucléaire. Le procédé d’osmose inverse de dessalage de l’eau de mer fonctionne infiniment mieux à haute température, une énergie thermique considérable fatalement gaspillée au cours du fonctionnement d’un réacteur nucléaire qui peut être avantageusement récupérée pour une usine de dessalage.

Source : World Nuclear Association

La plus vieille centrale électronucléaire du monde remise en service après deux ans d’arrêt.

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La centrale nucléaire de Beznau 1 a été mise en chantier en 1965 et a été couplée au réseau électrique le 24 décembre 1969. Ce site est situé dans le Canton de Aargau (Confédération Helvétique) sur une île artificielle dans la rivière Aar à proximité de la frontière allemande et a fait l’objet à de nombreuses reprises de manifestations anti-nucléaires organisées par les écologistes allemands et Greenpeace. Les réacteurs de Beznau 1 et 2 construits à peu près simultanément sont des modèles réduits des réacteurs de Fessenheim puisque leurs puissances électriques respectives sont de 380 MW électriques. Ils ont été construits sous licence Westinghouse comme ceux de Fessenheim et utilisent des assemblages de combustibles 15×15. La centrale nucléaire de Beznau est aujourd’hui la plus vieille installation électronucléaire en service dans le monde.

Les cuves des réacteurs ont fait l’objet d’une inspection en 2015 et un certain nombre de trous et fissures superficiels dans l’acier des cuves ont été détectés en particulier au niveau des viroles d’entrée et de sortie de l’eau pressurisée. L’organisme de sureté nucléaire suisse, l’IFSN, a donc ordonné l’arrêt de ces deux unités pour procéder à des investigations approfondies. Finalement après de nombreux tests il s’est avéré que ces défauts apparus au cours du fonctionnement des réacteurs étaient provoqués par des inclusions microscopiques d’oxyde d’aluminium dans l’acier constituant la cuve.

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Un groupe d’experts internationaux est arrivé aux même conclusions que l’IFSN : ces trous d’un diamètre pouvant atteindre parfois 7 millimètres ne sont en aucun cas préjudiciables à la solidité des cuves. Comme pour les réacteurs de la centrale nucléaire de Doel en Belgique, l’autorisation a finalement été accordée pour le rechargement en combustible du réacteur de Beznau 1. Il est intéressant de noter que cette installation électronucléaire est également certifiée pour utiliser du MOX et qu’elle entre dans la catégorie « co-génération » puisque l’eau chaude de refroidissement est utilisée pour le chauffage domestique et urbain de 9 localités environnantes.

La centrale nucléaire de Fessenheim a été couplée au réseau électrique le premier janvier 1978 soit 9 ans après celle de Beznau mais elle est considérée comme « trop vieille » par les écologistes pour être encore exploitée. Elle est condamnée à un démantèlement prématuré pour des raisons essentiellement politiques et idéologiques détestables.

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Les écologistes semblent ne pas savoir de quoi ils parlent, ni les politiciens d’ailleurs, car en effet s’il fallait remplacer cette installation par des unités de production utilisant du charbon ou du pétrole il faudrait chaque année brûler 2530000 tonnes de pétrole ou encore 4290000 tonnes de charbon mais ce « petit détail » n’a pas l’air de préoccuper qui que ce soit … Le patron d’EDF a déclaré que la fermeture de Fessenheim devrait « être exemplaire ». Dans le domaine de l’exemplarité de la stupidité c’est déjà fait ! Source et illustrations : IFSN, AXPO (exploitant de Breznau), AFP (Jean-Bernard Levy).

L’idéologie anti-nucléaire : une réminiscence du passé

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Durant les années 1970 un activiste anti-nucléaire était préoccupé par la tyrannie des puissances nucléarisées qui possédaient l’arme absolue pour dominer le monde. Aujourd’hui les activistes anti-nucléaire ont peur des radiations. Il n’y a pas eu de domination tyrannique du monde par l’une de ces grandes puissances (en 1970 : USA, URSS, Grande-Bretagne et France, les 4 puissances nucléarisées qui disposaient d’un droit de veto au Conseil de Sécurité des Nations-Unies) et le danger des radiations est très mal compris. Selon Scott L. Montgomery aujourd’hui c’est le « changement climatique » qui préoccupe les esprits et s’il est réel nous devons développer l’énergie nucléaire. Scott Montgomery est un géophysicien professeur associé à l’Université de l’Etat de Washington à Seattle. Il a passé trois ans à l’Université Waseda à Tokyo comme professeur d’anglais et s’est imprégné de la culture japonaise et son premier emploi à son retour aux USA fut un poste de traducteur de japonais en tant que géophysicien dans une grande compagnie pétrolière. Il a écrit un livre en 2015 qui fut un best-seller :  » The Shape of the New : Four Big Ideas and How They Built the Modern World » ( L’aspect de la nouveauté : 4 grandes idées et comment elles ont façonné le monde moderne). Voici une traduction de son article paru sur le site de la World Nuclear Association.

J’étais en 1974 étudiant à l’Université Cornell en géosciences et j’étais un peu activiste anti-nucléaire. Je suis allé à Shoreham, sur l’île de Long Island, pour tenter de stopper les bulldozers qui préparaient le terrain pour la construction d’une nouvelle centrale nucléaire. Je faisais partie de groupes comme l’Alliance Clamshell ou l’Aberlone. j’étais anti-armes nucléaires très profondément et aussi anti-énergie nucléaire et il y avait une raison bien spécifique à cette attitude. À cette époque on était en plein milieu de l’affaire du Watergate et de la guerre du Vietnam et on se souciait beaucoup de l’accroissement du pouvoir de l’Etat, et pas seulement de l’Etat mais aussi du complexe militaro-industriel. Tout le gouvernement était également impliqué dans ce processus. Il y avait la puissance des grandes corporations, l’industrie de la défense et le pouvoir du gouvernement. L’énergie nucléaire nécessitait d’énormes investissements et pour l’opinion publique elle était un symbole et un signe du déclin de la démocratie. L’énergie nucléaire paraissait comme une étape vers la tyrannie et il y avait donc beaucoup d’enjeux idéologiques.

De tous les ouvrages que j’ai pu lire c’était un peu la même attitude en Europe et en particulier en Allemagne. Donc si vous étiez un libéral et si vous pensiez que cette situation allait arriver alors il fallait s’opposer à l’énergie nucléaire. Même si vous saviez comment fonctionne un réacteur nucléaire ça n’avait pas d’importance parce que les résultats attendus étaient infiniment plus importants.

C’est ainsi que bien qu’étant scientifique, en allant dans ces endroits comme Long Island (voir note 1 en fin de billet) et d’autres régions impliquées dans l’énergie nucléaire sous tous ses aspects en comprenant les technologies relatives à l’exploitation des sols et les ressources de la croûte terrestre, je n’ai jamais pris le temps de me documenter sur la technologie nucléaire civile.

Aujourd’hui, bien des années plus tard avec le changement climatique qui est arrivé il est clair que les sources d’énergie non carbonées feront partie du futur et je me trouve de l’autre côté de la science. Je donne maintenant des cours d’énergie renouvelable à l’université mais au début des années 2000 il s’agissait d’un nouveau concept en termes de politique, du moins en ce qui me concernait. Néanmoins beaucoup d’étudiants désiraient en savoir plus sur l’énergie nucléaire. Il s’agissait de la génération qui n’avait pas connu Three Miles Island et Tchernobyl et c’était avant Fukushima. Ce fut donc pour moi une obligation de me documenter afin d’atteindre un degré de connaissances tel que je pourrais ensuite intégrer cet enseignement sur l’énergie nucléaire à mes cours. Je me rendis compte qu’il y avait une multitude de choses que j’ignorais totalement et que l’énergie nucléaire était bien plus complexe que je l’avais imaginé auparavant.

Naturellement cette frayeur de la tyrannie n’arriva jamais mais l’accident de Tchernobyl fut, lui, bien réel et les populations devinrent alors effrayées par les radiations. C’est ainsi qu’il me fallut aussi me documenter sur les radiations et c’est aussi un domaine extraordinairement complexe. Dès qu’on se penche sur l’impact des radiations utilisées en milieu hospitalier on comprend que le sujet des radiations a été également mal interprété par les médias car il est aussi très complexe. Le public n’a pas la moindre idée précise de ce problème et personne ne l’a jamais aidé correctement pour le comprendre. On nous a seulement appris à nous méfier!

C’est ainsi que le public considère globalement qu’être exposé aux radiations est mortel alors que ce n’est certainement pas le cas. L’un des sujets les plus captivants a été de dialoguer avec tous les experts, radiologues, médecins, radiobiologistes, physiciens et tous les professionnels de la médecine qui ont été directement impliqués dans les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima. Toute cette communauté d’experts sait qu’une faible dose de radiations de l’ordre de 100 millisieverts par an (voir note 2 en fin de billet) n’est pas ou n’est que très faiblement carcinogène. Pour l’opinion publique une telle dose peut paraître très élevée puisque les seuils de sécurité ont été fixés à des valeurs extrêmement faibles dans le but de protéger les personnels travaillant dans les secteurs de la radiologie médicale et des centrales nucléaires. Le gros problème avec ces régulations est qu’elles entretiennent la terreur du public au sujet des radiations. C’est ainsi qu’une dose de 1 mSv par an surajouté la radioactivité naturelle a été considérée comme conforme à la sécurité des personnes qui, après avoir été déplacées de leur domicile à la suite de l’accident de Fukushima, ont été autorisées à retourner vivre à leur domicile. C’est tout simplement absurde. Un habitant de la Préfecture de Fukushima qui irait s’installer dans le Colorado à Denver, dans la région de Limoges en France ou de Salamanque en Espagne s’exposerait à une radioactivité naturelle trois fois plus élevée que dans certaines zones dites contaminées dans le périmètre d’exclusion de 30 kilomètres autour du site de Fukushima !

Il y a donc quelques chose de totalement faux au sujet de la radioactivité. Ça n’a aucun sens ou alors ça n’a de sens que pour alimenter l’angoisse et l’effroi de manière totalement exagérée. Si l’on compare l’énergie nucléaire à toutes les autres sources d’énergie, en dehors peut-être des panneaux solaires (voir note 3), c’est la source d’énergie la plus sûre. Il y a eu à peu près 300 réacteurs nucléaires construits dans le monde ces dernières 55 années, il y a eu 3 accidents majeurs et moins de 100 morts (les pompiers à Tchernobyl) : ce n’est donc pas une technologie dangereuse dans tous les sens du terme et si les estimations de cancers de la thyroïde dans la région de Tchernobyl ont été estimés à 5000 ce n’est pas non plus un désastre. Il y a chaque années des dizaines de milliers de morts dans les mines de charbon et les sites de production de pétrole et de gaz naturel. N’oublions pas non plus l’hydroélectricité : seulement en Chine il y a eu des centaines de milliers de morts à la suite de ruptures de barrages. En une année, en 1975, 4 ans avant l’accident de Three Mile Island, 600 personnes moururent à la suite de ruptures de barrages aux USA. Ces accidents n’ont jamais fait la une des journaux. Après Three Mile Island, un accident durant lequel personne n’a été blessé ou fortement irradié, de multiples plaintes et procès ont été commentés dans la presse à grande distribution et à la télévision pour bien entretenir l’effet psychologique de la terreur alors qu’une multitude d’expertises commandées par les pouvoirs publics ont montré qu’il n’y avait jamais eu d’augmentations de cancers dans la région de Three Mile Island.

Toutes ces contradictions sont carrément troublantes et elles le sont d’autant plus quand on se penche sur l’usage des rayonnements ionisants et des radio-isotopes en médecine. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé d’écrire un livre sur ce sujet avec Thomas Graham qui fut un des négociateurs pour le traité de non-prolifération nucléaire pendant 40 ans. Il m’alerta après l’accident de Fukushima en estimant que la presse grand-public ne dirait jamais la vérité au sujet de cet accident. Ce fut un accident comme il en arrive régulièrement dans l’industrie. Personne n’a été blessé et seuls les habitants de la région promptement évacués en ont souffert. Ce livre décrit en détail l’impact de l’utilisation des radiations et des radio-isotopes en médecine et la radioactivité naturelle, région par région. Le but de ce livre est d’éduquer le public et de lui exposer ce qui entre en jeu dans l’énergie nucléaire, ce qui a été mal interprété pour des raisons diabolisantes ou encore l’attitude négative de quelques activistes anti-nucléaire qui en sont restés aux peurs de la tyrannie des années 1950 et 1960 et ne sont jamais sortis de cette problématique. Nous sommes fautifs en ce sens que nous avons tendance à ignorer les informations scientifiques et techniques nouvelles alors qu’elles devraient au contraire permettre de modifier notre point de vue sur l’énergie nucléaire. Et ce n’est pas seulement le public qui réagit négativement car certains scientifiques n’ont toujours pas fait l’effort de reconsidérer les faits avec objectivité. Il est en effet très important pour l’humanité toute entière de disposer d’une source d’énergie décarbonée, continue et fiable. L’énergie nucléaire représente 60 % de l’électricité décarbonée aux USA et en Europe environ 50 %, la France étant championne en la matière. Il ne nous est pas permis de renoncer à l’énergie nucléaire car il n’existe pas de sources d’énergie renouvelables pouvant satisfaire les besoins de l’économie moderne. Peut-être que dans un avenir lointain ce sera réalisable mais il est inacceptable de vouloir parier sur un avenir incertain sans même avoir aujourd’hui une quelconque certitude sur l’avenir des technologies relatives à ces énergies renouvelables.

Le changement du climat (voir note 4) représente une menace tellement préoccupante qu’il est nécessaire de développer l’énergie nucléaire pour une raison très simple : cette technologie est connue et éprouvée. Les pays occidentaux, pour des motifs irrationnels, veulent abandonner cette source d’énergie. L’expérience et le savoir-faire industriels disparaîtront rapidement au profit de l’Inde, de la Chine et d’autres pays qui, avec l’aide de la Russie, domineront dans un délai relativement court ce marché en favorisant leur développement économique décarboné avec de l’électricité produite à un prix abordable. Nous Occidentaux qui avons mis au point l’énergie nucléaire civile n’auront alors plus que des moulins à vent pour nous éclairer … quand il y aura du vent.

Source : World Nuclear Association. Illustration : The Conversation

Note 1. Le plus important gisement d’uranium dans le monde est l’eau des océans. Au cours du projet Manhattan le sel de mer fut ponctuellement utilisé comme source alternative d’uranium par électrolyse de l’eau, l’uranium étant une impureté contenue dans le sodium à hauteur de 0,09 microgrammes par kg. Des marais salants de Long Island et de Floride furent exploités à cette fin. Il est opportun de rappeler que l’uranium n’est pas un métal rare puisqu’il est aussi abondant que l’étain ou le zinc dans la croûte terrestre.

Note 2. Le sievert est une unité de dose de rayonnement qui s’exprime en Joules par kg de poids corporel. L’effet physiologique des radiations dépend de l’organe anatomique considéré et un facteur de correction pondérale doit donc être pris en compte. Par exemple les gonades et la moelle osseuse sont plus sensibles que l’oesophage. Enfin la dose de rayonnement dépend de l’énergie de ce dernier. La dose de 100 mSv par an est de l’ordre du rayonnement naturel atteint dans de nombreuses régions du monde dont la principale source est le potassium-40 naturellement présent dans notre organisme (400 microsieverts par an). Manger une banane qui contient du potassium-40 correspond à une dose de 0,1 micro sievert. Une radiographie pulmonaire représente 20 microSv, une mammographie 400 microsieverts, un scanner cérébral 2 millisieverts et un scanner du thorax 7 millisieverts, des doses reçues en quelques minutes et non pas étalées sur une année. Un employé d’une centrale nucléaire est supposé ne pas recevoir de dose de radiations supérieure à 50 mSv qui s’ajoute à la radioactivité naturelle.

Note 3. La production de panneaux solaires et de génératrices électriques des éoliennes sont des technologies polluantes qui requièrent souvent l’utilisation de minerais contenant de fortes quantités de thorium-232 qui est un émetteur de rayonnements alpha (noyaux d’hélium) peu énergétiques (5 MeV) mais fortement ionisants par contact direct.

Note 4. Changement climatique. Quel que soit la direction de ce changement vers le « plus chaud » ou vers le « plus froid », la demande en énergie propre sera identique

En Finlande ce sera « tout-nucléaire » !

Le Parti Pirate finlandais, équivalent des écolos en France dont le riche ministre d’Etat de la transition énergétique, verte, décarbonée, désuraniumisée et participative est un emblématique représentant, vient de convaincre le gouvernement de bien vouloir faire tout pour décarboner le pays. Comme chacun sait le climat finlandais, même en cas de réchauffement global comme prévu par les spécialistes auto-proclamées de l’IPCC, resterait tout aussi globalement ce qu’il est c’est-à-dire froid, très froid, l’hiver et à peine chaud l’été. Or l’empreinte dite carbone du pays est essentiellement due aux véhicules automobiles et au chauffage des logements et des bâtiments commerciaux, publics et industriels. Petrus Pennamen a donc pris les choses en main, lui qui siège au gouvernement de la ville d’Helsinki et est également vice-président du Parti Pirate.

Pour décarboner à 100 % le pays et surtout les villes il faudra à brève échéance installer des petits réacteurs nucléaires modulaires d’une puissance de l’ordre de 200 à 300 MW thermiques (80 à 160 MW électriques, voir note) à la lisière des concentrations urbaines pour assurer conjointement le chargement des voitures électriques, le chauffage urbain et domestique et enfin à plus long terme la production d’hydrogène pour les véhicules automobiles. En effet, la Finlande est un gros consommateur de combustibles carbonés, que ce soit du pétrole pour les voitures et les camions mais aussi le chauffage avec le bois et la tourbe.

Pour le seul district d’Helsinki l’ONG Ecomodernist Society s’est employée à dédramatiser l’énergie nucléaire et faire accepter par la population la nécessité d’avoir recours à cette source de chaleur mais aussi d’électricité abondante et continue à un prix abordable. Il est prévu d’installer dans ce seul district 8 TWh thermiques pour le chauffage, 12 TWh électriques et 4TWh équivalents pour la production d’hydrogène comme combustible pour les transports. L’étude réalisée conjointement avec le gouvernement finlandais et le district d’Helsinki a choisi deux options possibles, le réacteur à lit fluidisé HTR-PM de conception chinoise et le réacteur intégré à sels fondus de Terrestrial Energy (voir note). Les districts de Espoo et Kirkkonummi ont également de convertir l’ensemble de leurs besoins énergétiques vers des réacteurs modulaires.

Source et illustration : World Nuclear Association

Note : Le réacteur de conception chinoise HTR-PM est un réacteur modulaire, entièrement fabriqué en usine donc d’un prix réduit, à haute température refroidi avec de l’hélium (cycle de Brayton) composé de deux unités de 250 MWt chacune développé par CNEC & Huaneng. Terrestrial Energy est une entreprise canadienne. L’HTR-PM peut utiliser de l’uranium-238 comme combustible mais également du thorium-233. Le combustible se présente sous formes d’environ 15000 micro-sphères multicouches de céramique constituées de graphite et de combustible constitué d’un mélange de thorium ou uranium appauvri et de plutonium ou d’uranium-235, l’ensemble entouré de céramique de carbure de silicium. Il s’agit d’un surrégénérateur à neutrons rapides pouvant donc accepter de l’uranium-235 ou du plutonium-239 comme initiateurs de la fission. Un réacteur de ce type est cours de construction en Chine. Mes lecteurs pourraient croire que les données relatives à la puissance électrique délivrée en comparaison de la puissance thermique sont erronées. Dans la réalité le cycle de Brayton autorise un rendement électrique de 50 %. En effet la température du fluide caloporteur, ici de l’hélium est de 950 °C, permet une amélioration de ce rendement de 1,5 % pour chaque incrément de 50 degrés de température. Le conditionnement du combustible est par ailleurs critique dans la mesure où l’usure des billes de ce combustible peut entrainer la présence de graphite radioactif entrainé par l’hélium. Il semblerait que CNEC semble être sur le point de résoudre ce problème clé. Le petit Nicolas ferait bien de revoir sa copie …

AFP : information ou désinformation ?

L’AFP, la plus importante agence de presse en langue française dans le monde, profite de sa position dominante pour faire de la propagande anti-nucléaire conformément aux souhaits du gouvernement français qui est résolument engagé dans la transition énergétique écologique et solidaire. Cette transition, dans l’esprit dérangé des politiciens qui sont au pouvoir en France, consistera a remplacer un tiers des réacteurs nucléaires par des moulins à vent (il en faudra au moins 40000, un minimum !) et des panneaux solaires (des milliers d’hectares …) et dans le même temps à promouvoir les voitures électriques. L’absurdité de cette politique a échappé à l’AFP et toutes les occasions que peut présenter l’actualité pour dénigrer l’énergie nucléaire sont, pour cette agence d’information étatique, bonnes à saisir.

La dernière information mise sur le « marché » médiatique date du 21 novembre 2017 quand cette agence de propagande a communiqué un scoop qui a très probablement réjoui le frétillant et laryngophonique Ministre d’Etat (faut-il le rappeler encore) de la transition solidairement irresponsable mais verdoyante relative à 22 crayons de combustible fournis à ses clients par la société Areva qui ont semble-t-il échappé aux contrôles de qualité et se sont retrouvés disséminés dans les assemblages utilisés dans diverses centrales électro-nucléaires dont celles de Leibstadt en Suisse (BWR) et celles de Golfech, Flamanville et Cattenom en France (PWR). Les opérateurs, respectivement Kernkraftwerk et EDF, ont été informés de la présence de crayons défectueux par Areva.

Selon les types de réacteurs chaque chargement en combustible comporte entre 30000 et 60000 crayons groupés en assemblages de chacun 200 à 300 « crayons » en zyrcaloy remplis de pastilles d’oxyde d’uranium conditionnées sous forme de céramique. L’Inspection fédérale de la sureté nucléaire en Suisse et l’IRSN en France ont été, comme les opérateurs, informés de la présence de ces crayons défectueux sans qu’il puisse être possible, selon cette dépêche d’agence, de connaître les caractéristiques précises de ces défauts. Pour information chaque assemblage de combustible est soumis à un test dit « sipping test » (littéralement « aspirer ») consistant à immerger cet assemblage dans un puits de 5 mètres de profondeur rempli d’eau, muni d’un éclairage, de microphones et de caméras et d’établir une dépression afin de vérifier l’étanchéité de l’ensemble des crayons. Si un crayon s’avère défectueux l’assemblage est renvoyé au fournisseur, en l’occurence dans le cas présent Areva mais normalement c’est Areva qui effectue ce test sur les assemblages neufs. Le même type de test est effectué après déchargement du combustible usé et désactivation dans la piscine de stockage avant d’être renvoyé à Areva pour retraitement subséquent. Un crayon fissuré peut en effet dégager du xénon radioactif. Si un quelconque « sipping test » avait révélé la présence d’un crayon défectueux l’opérateur aurait retiré cet assemblage. Le défaut révélé par Areva n’est donc pas un défaut d’étanchéité et par conséquent il ne présente aucun danger de fuite de xénon radioactif par exemple pendant et après l’exploitation.

C’est la raison pour laquelle EDF a gardé son sang-froid en précisant que ces crayons ne présentaient aucun danger pour la sureté des personnels des centrales électriques ni pour l’environnement. Il n’en a pas moins fallu que l’AFP signale ce type d’information pour maintenir la psychose anti-nucléaire tant en France qu’en Suisse car elle est conforme à l’agenda des écologistes qui sévissent dans ces deux pays. L’attitude de l’AFP que j’ai coutume appeler l’ « Agence Française de Propagande » comme bien d’autres chroniqueurs et blogueurs est tout simplement déplorable. C’était un non-évènement communiqué uniquement pour plaire à Greenpeace …

Source : dépêche du 21 novembre 2017 mise en ligne à 09h35