Énergie électrique : l’Europe a décidé de se suicider

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Il aura fallu un peu moins de 9 années pour que les deux EPR chinois à Taishan soient successivement connectés au réseau électrique à quelques mois d’intervalle, le résultat d’une longue coopération de 35 années dans le domaine du nucléaire civil entre la France et la Chine datant du premier balbutiement du pays dans ce domaine pour la construction du réacteur nucléaire de Daya Bay de type 900 MWe par Framatome et EDF. Le 29 juin 2018 restera donc une date symbolique tant pour la France que pour la Chine quand le premier EPR du monde a été connecté au réseau suivie du 13 décembre de la même année quand le statut commercial a été finalement accordé à cette installation industrielle après de multiples vérifications ultimes. Pour ceux qui se posent des questions au sujet de cette coopération en profondeur entre EDF et le groupe China General Nuclear Power (CGN) il faut rappeler que plus de 200 ingénieurs français ont travaillé sur le site de Taishan et que 40 compagnies françaises ont été directement impliquées dans la construction de cette usine. Qu’en est-il des accords de transfert de technologie ? Il ne faut pas attendre de réponse de la part d’EDF ni du gouvernement français à ce sujet.

Toujours est-il que cette réalisation qui a nécessité plus de 15000 personnes sur le site est surtout le résultat de la préoccupation de la Chine de disposer d’une source d’énergie propre et disponible à bon marché 24/24 heures tout en évitant l’émission de carbone dans l’atmosphère à hauteur de 21 millions de tonnes par an et par réacteur ainsi qu’à l’acharnement au travail admirable du peuple chinois. Il y a actuellement deux autres réacteurs EPR en cours de finalisation : Olkiluoto-3 en Finlande et Flamanville-3 en France, et sur le site d’Hinkley Point C le tout début de la construction de deux EPR. Pour ce qui concerne l’EPR d’Olkiluoto il se pourrait qu’en cette année 2019 on assiste à la conclusion de la plus longue saga de construction d’une centrale nucléaire en Europe. C’est en 2002 que le gouvernement finlandais manifesta le désir de construire un nouvel équipement électro-nucléaire. Cette décision représentait un changement de politique puisque en 1993 les autorités avaient décidé de ne plus développer l’énergie nucléaire dans le pays. Aujourd’hui avec plus de 7 ans de retard sur le programme initié en 2002 – cet EPR devait être raccordé au réseau en 2012 – le chargement en combustible devrait débuter dans quelques semaines et l’installation être opérationnelle au cours de l’année 2020. Le budget global de la construction de cette usine aura triplé par rapport aux estimations initiales. Quant au réacteur EPR de Flamanville, bien que l’autorisation de fonctionnement ait été accordée par l’agence de sécurité nucléaire française (ASN), il est probable que le couvercle du réacteur soit changé au cours du premier arrêt pour rechargement de combustible puisqu’il présente des anomalies !

Avec l’entrée en service d’Olkiluoto-3 la Finlande pourra réduire substantiellement ses importations d’électricité en provenance de Suède et de Norvège mais pour l’EPR de Flamanville la situation est plus technique que politique, quoiqu’en disent les détracteurs de l’énergie nucléaire car cet installation sera la bienvenue dans un marché européen de l’électricité beaucoup trop volatile.

Et cette volatilité va aller en s’aggravant dans les années à venir pour diverses raisons. Seulement en 2018 plus de 15 GW d’unités de production thermique conventionnelle ont été fermées et seuls 3 GW de production au gaz ont été installés tandis que des modifications significatives du réseau électrique européen ont rendu la Finlande, l’Italie, la Hongrie et la Lituanie encore plus dépendantes de leurs importations d’électricité. De plus dans des conditions hivernales rigoureuses comme l’Europe en connaît actuellement l’Autriche, la Belgique, la Slovaquie et la Slovénie doivent aussi importer de l’électricité. Les politiques de transition énergétique décidées par plusieurs pays européens consistant à abandonner massivement le charbon mais aussi, quoique progressivement, le nucléaire vont au cours des années 2020 encore plus aggraver la situation énergétique de l’Europe. Le bureau d’études Platts Analytics prévoit au cours de cette période des fermetures nettes de 65 GW de puissance installée en particulier pour le charbon dont l’abandon total est programmé pour 2022 en France, 2025 pour la Grande-Bretagne et 2030 pour les Pays-Bas.

Pour le nucléaire l’Allemagne fermera 10 GW de capacité d’ici 2022, la Belgique 6 GW d’ici 2025 et le Royaume-Uni 4,3 GW entre 2024 et 2026. Pour ces EPRs tant en France qu’en Grande-Bretagne il vaut mieux tard que jamais, même si Hinkley Point C ne permettra de pallier que partiellement à ces fermetures d’installations de production. L’avenir électrique de l’Europe semble donc compromis car ce ne sont ni les éoliennes ni les panneaux solaires ni la biomasse devant conduire à une réduction de 50 % des émissions de carbone à l’horizon 2030 qui pourront remplacer toute la puissance installée en particulier nucléaire et quand on sait que la prolongation d’exploitation de certains types d’installations électro-nucléaires peut atteindre plus de 30 années il est évident que ces transitions énergétiques non seulement fragiliseront le paysage électrique européen de manière critique tant pour l’industrie que pour les populations mais constitueront un désastre économique et financier. Autant dire tout de suite que l’Europe a décidé de se suicider …

Source : S&P Global Platts blog The Barrel (blogs.platts.com)

Transition énergétique à la française. Sans énergie nucléaire une catastrophe annoncée …

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Dans le cadre de la transition énergétique, écologique, festive et solidaire vers laquelle le gouvernement français veut précipiter le pays il y a comme un gros problème qui révèle l’amateurisme de ce gouvernement. Cette transition semble ne concerner que la production d’électricité. Première erreur ! D’abord la France, en termes d’émissions de carbone liées à la production d’électricité, fait figure d’excellent élève mondial puisque plus de 82 % de cette énergie électrique ne rejète aucun gaz délétère pour le climat car elle est d’origine nucléaire. L’électricité ne représente que 23 % de l’ensemble de l’énergie consommée en France. Vouloir focaliser la transition énergétique seulement sur l’électricité est une malhonnêteté et un non-sens écologique et financier qui dissimule le fait que les politiciens lourdement teintés d’écologie politique anti-nucléaire veulent tout simplement démanteler en partie le parc électro-nucléaire français qui est toujours le meilleur du monde et le restera encore longtemps.

Les postes d’utilisation d’énergie provenant des combustibles fossiles se répartissent entre les transports automobiles (33 %), le chauffage des habitations et le secteur tertiaire (45 %), l’industrie (19 %) et une infime partie dans le secteur agricole. Partant de cette constatation le gouvernement a décidé de taxer les carburants dans le cadre de cette transition énergétique ce qui a provoqué un soulèvement populaire tout à fait justifié. Une lourde taxation du gaz et du fuel domestique devrait automatiquement suivre si le gouvernement est logique avec ses idées mais il semble que le peuple est plus cohérent que le gouvernement car taxer ce peuple pour construire des moulins à vent ne plait pas à tout le monde …

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Parallèlement le gouvernement français, dont la créativité écologique est sans limites, promeut la voiture électrique convaincu qu’encore plus de moulins à vent disséminés dans la campagne française profonde permettront d’assurer le rechargement en temps voulu des batteries de ces véhicules électriques. Deuxième erreur ! Ceci est totalement erroné puisqu’il faut une disponibilité en énergie électrique 24/24 heures pour assurer le rechargement des voitures électriques et non pas quelques heures par jour quand il fait un temps venteux. Et pour les panneaux solaires c’est exactement le même cas de figure : les automobiles circulent plus souvent le jour que la nuit et leurs utilisateurs les rechargent la nuit justement quand il n’y a pas de soleil. Ce n’est que du bon sens basique.

J’ai mentionné sur ce blog à plusieurs reprises que les deux tranches 900 MW électriques de Fessenheim étaient juste suffisantes pour recharger les batteries de 400000 véhicules électriques légers soit environ 1,6 % du parc français de véhicules à l’exclusion des camions. À moins de vouloir obliger autoritairement tous les Français à se déplacer à pied ou en bicyclette ou encore à utiliser les transports en commun – quand il y en a – pour supprimer la totalité des émissions de CO2 produites par les véhicules automobiles il faudrait construire 140 tranches nucléaires du type de celles de Fessenheim ou 78 EPR de 1600 MW électriques, pas moins ! Conclusion : qui va oser prendre une telle décision et la rendre acceptable par le public ? Car il faudrait mettre en chantier dès aujourd’hui deux EPR chaque année pour atteindre les objectifs 2050 de réduction des émissions de CO2 fixés par l’Europe. Et pour « électrifier » entièrement le secteur tertiaire et résidentiel gros producteur de carbone, inutile d’imaginer les scénarios …

Pour les énergies électriques dites renouvelables la France a mis la charrue avant les boeufs sans examiner un seul instant ses voisins, l’Allemagne et le Danemark, dont les programmes de « verdissement » de la production électrique sont des catastrophes écologiques, environnementales, économiques et financières. Sur le papier tout est beau avec ces sources d’énergie intermittentes par nature, mais dans la réalité il n’existe pas à l’heure actuelle de technologies de stockage à grande échelle de l’énergie électrique. Il est probable qu’il faudra attendre des dizaines d’années et des centaines de milliards d’euros d’investissements pour espérer mettre en place des technologies de stockage à très grande échelle de l’électricité. Produire de l’hydrogène – c’est nouveau et c’est écolo car ça ne produit que de l’eau – est une autre lubie car cette « filière » consomme plus d’énergie qu’elle n’en restitue en raison des rendements déplorables tant de la production d’hydrogène elle-même que du fonctionnement des piles à combustible.

Il ne reste donc que l’atome et les écologistes ultra-politisés et pilotés par Greenpeace, une organisation génétiquement allergique à l’uranium, doivent se rendre à cette évidence avant qu’il ne soit trop tard.

Il est clair que remplacer tout le parc automobile d’un pays comme la France avec des voitures électriques constitue un véritable challenge car il faudra alimenter les réacteurs nucléaires de la génération actuelle, c’est-à-dire des réacteurs à eau pressurisée (PWR) qui paraîtront dans quelques décennies complètement démodés en regard, par exemple, des réacteurs à haute température refroidis à l’hélium bénéficiant d’un rendement thermique excellent. Mais comme cette technologie n’est encore qu’en cours de développement expérimental la seule alternative reste le PWR qui bénéficie d’une robuste expérience. La France et la Belgique sont les deux pays au monde les plus « nucléarisés » en termes de production électrique mais il faudra aussi se confronter à l’approvisionnement en combustible pour cette filière PWR qui utilise un uranium enrichi en isotope 235 à hauteur de 4 %.

La France peut servir d’exemple pour qu’il soit permis de faire un peu de prospective. Avec 58 réacteurs de diverses puissances allant de 900 MWe (34 tranches), 1300 MWe (20 tranches) et 4 tranches 1450 MWe la France « consomme » chaque année l’équivalent de 8000 tonnes d’uranium naturel dont environ – toujours en équivalent U naturel – 960 tonnes de MOX et 1120 tonnes (toujours en équivalent U naturel) d’uranium ré enrichi dans les installations ultra-modernes George Besse II. La totalité de l’uranium utilisé en France est importée car toutes les mines d’uranium de l’Hexagone ont été fermées. la France n’importe donc que 6000 tonnes d’uranium naturel sous forme de « yellow cake », soit 7000 tonnes d’oxyde U3O8.

Si tous les pays du monde convertissaient leur parc automobile en voitures électriques la planète serait-elle en mesure de fournir tout l’uranium nécessaire ?

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Selon le dernier rapport de la Nuclear Energy Agency conjointement avec l’IAEA (disponible sur le site de la NEA, n° 7413) d’où ces informations proviennent les réserves mondiales d’uranium métal prouvées se situent dans une fourchette comprise entre 12 et 20 millions de tonnes. À cette estimation très incertaine car comme pour le pétrole de nombreux pays dissimulent leurs véritables réserves il faut ajouter les gisements dits non conventionnels comme les phosphates, les gisements profonds et enfin l’eau de mer. J’ai déjà mentionné ce dernier gisement infini sur ce blog. Quant aux dépôts de phosphate il en existe non pas seulement au Maroc, la première réserve mondiale, mais également en Russie, au nord de la Chine ou encore au Chili. Il reste que l’exploitation des gisements d’uranium est assujettie aux cours mondiaux du Yellow cake et si la demande augmentait en raison de « transitions énergétiques » censément pensées et préparées alors les cours du yellow cake augmenteraient et de nombreux gisements déjà identifiés et non exploités deviendraient rentables.

Si on émet des doutes quant à la fiabilité de l’uranium comme énergie du futur il reste aussi les gisements massifs de thorium et enfin la surrégénération qui a été déplorablement abandonnée par la France. Comme son nom l’indique un réacteur à neutrons rapides surrégénérateur produit plus de combustible qu’il n’en consomme. Il s’agit de plutonium et la France, dans le cadre du projet européen NERSA, maîtrisait parfaitement le retraitement du combustible irradié. Ce fut une catastrophe industrielle dont l’ampleur apparaît maintenant avec cette « transition énergétique » dans laquelle la France s’engouffre en mettant à nouveau la charrue devant les boeufs pour se conformer aux diktats des mouvements écologistes.

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Illustrations : page de titre du rapport de la NEA (yellow cake), principaux pays producteurs d’uranium et connaissancedesenergies.org pour le « paysage » énergétique français. Lire aussi les articles de Michel Gay sur le site Contrepoints du 9 septembre 2018 relatif à la durée d’exploitation d’un réacteur nucléaire et du 21 juillet 2018 au sujet du stockage de l’électricité sous forme d’hydrogène entre autres multiples articles sur le sujet de l’énergie de ce même auteur.

Energie nucléaire : rôle dans le mix énergétique bas-carbone

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La très sérieuse Union des scientifiques « préoccupés » (Union of Concerned Scientists) fut créée en 1969 par un ensemble de membres seniors du MIT. L’une des premières missions de cette organisation fut de dénoncer la course aux armements. L’UCS s’orienta ensuite vers le bannissement des armes spatiales et la préservation énergétique de la planète en prônant la diversification des sources d’énergie mais en soutenant parallèlement le développement de l’énergie nucléaire. Une grande partie des scientifiques membres de l’UCS sont en effet des ingénieurs et des professeurs spécialisés dans le domaine de la physique nucléaire et de ses applications civiles. L’UCS considère que sans énergie nucléaire il ne sera pas possible de maîtriser les émissions de carbone ni de préserver les ressources en pétrole dont une grande partie est consacrée à la chimie et le sera encore pendant de nombreuses décennies à venir. Certes le charbon constitue une alternative au pétrole pour la chimie et également pour les carburants et il existe d’immenses réserves de charbon dans le monde dont la majeure partie n’est pas exploitée ou exploitable avec les technologies actuelles.

Cependant la montée en puissance probable des véhicules électriques va accroître la demande en énergie électrique dans des proportions difficiles à prévoir puisque les approvisionnements en lithium, cobalt et lanthanides (terres rares) constitueront également une limitation au développement massif de ces véhicules électriques.

L’UCS a rédigé un rapport qui indique clairement que l’humanité ne pourra pas se passer d’énergie nucléaire dans les décennies à venir et qu’il n’existe à l’heure actuelle aucune alternative fiable et économique et cette situation perdurera encore longtemps. Dans l’optique d’une protection du climat, approche que je me permets de contester mais qui présente au moins l’avantage de préserver les ressources en hydrocarbures liquides, le rapport de l’UCS s’est focalisé sur les centrales nucléaires des Etats-Unis mais ses recommandations sont valables pour tout autre pays. Cette organisation préconise, en dépit des problèmes de sécurité et de traitement des déchets, que les compagnies d’électricité (les « utilities ») investissent dans les centrales nucléaires existantes pour améliorer leur sécurité et permettre une exploitation prolongée. Aux USA, après inspection par les autorités de sureté, la durée de vie autorisée des réacteurs est actuellement de l’ordre de 80 ans (voir note en fin de billet).

Pour présenter des solutions économiquement viables il est donc nécessaire de préserver le parc nucléaire existant dans le cadre du développement de tous les types d’énergies renouvelables bas carbone et le nucléaire en fait partie. Si aux USA le nucléaire ne fournit que 20 % de la totalité de l’électricité, il représente 53 % de l’ensemble des énergies renouvelables en incluant l’éthanol produit par le maïs. L’UCS reconnait que les prix très faibles du gaz naturel ont conduit les « utilities » exploitant des centrales nucléaires à faire face à des difficultés financières. Ces utilities envisagent de fermer des unités de production électro-nucléaires car elles ne sont plus rentables en regard des prix du gaz. Si l’UCS s’est toujours battue pour que la sureté des centrales nucléaires soit améliorée, bien avant l’accident de Fukushima-Daiichi, elle privilégie une approche pragmatique de ce problème. Des Etats comme Illinois, New-York et New-Jersey ont déjà décidé d’aider les utilities en ce sens et l’Ohio et la Pennsylvanie vont suivre.

Ces préconisations sont valables pour beaucoup d’autres pays. Par exemple les compagnies d’électricité japonaises ont investi massivement pour mettre les centrales nucléaires du pays aux nouvelles normes de sécurité post-Fukushima. Les Allemands ont décidé de quitter l’énergie nucléaire et sont devenu de ce fait les plus gros pollueurs en termes de carbone en Europe. La France est un bon élève et, malgré la pression constante des organisations et partis politiques écologiques, ce pays semble avoir compris que l’énergie nucléaire offre la seule possibilité fiable pour réduire les émissions de carbone. L’ensemble du parc électronucléaire français pourra très probablement être encore exploité pendant 50 années supplémentaires si les autorités de sureté en décident ainsi.

Source : https://www.ucsusa.org/nuclear-power/cost-nuclear-power/retirements#.XA5WSC3-TuO , illustration Axios (www.axios.com)

Notes. Le mot « concerned » est difficilement traduisible en français. Je rappelle que les deux réacteurs de la centrale électronucléaire de Fessenheim peuvent subvenir au rechargement d’approximativement 400000 véhicules électriques par jour de manière économique et fiable. La durée de vie de 80 ans préconisée par l’organisme fédéral de contrôle des installations nucléaires civiles concerne le réacteur lui-même. Les pompes primaires, les générateurs de vapeur et les autres accessoires présents dans l’îlot nucléaire proprement dit peuvent être changés au cours de la durée d’exploitation.

Energie nucléaire : état des lieux succinct et perspectives.

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Selon le Directeur Général de l’agence internationale de l’énergie nucléaire (IAEA) Yukiya Amano (illustration) : « il sera difficile pour le monde entier d’atteindre les deux objectifs d’une production d’énergie suffisante et fiable en limitant dans le même temps l’augmentation globale des températures en dessous de 2 degrés C dans les décennies à venir sans augmenter la production d’énergie nucléaire. Les projections de l’IAEA indiquent que le potentiel de développement de l’énergie nucléaire reste élevé au moins jusqu’en 2050 mais cette expansion sera en déclin dans les prochaines années ».

De nombreuses études prometteuses sont en cours pour concrétiser de nouvelles générations de réacteurs nucléaires de taille intermédiaire ou modulaires et certains pays se focalisent sur la filière thorium. Cependant l’utilisation de l’uranium restera prépondérant dans les prochaines années. L’IAEA soutient le cycle du combustible et son optimisation depuis l’exploitation minière et la réhabilitation des mines jusqu’à l’enrichissement et le retraitement. L’abondance des gisements d’uranium est largement suffisante pour satisfaire la demande jusqu’en 2050 et au delà. En 2016 la production mondiale représentait 62221 tonnes d’uranium métal. Cette production est attendue pour décliner jusqu’à 55000 tonnes en 2035 et si la demande croissait d’ici cette date les réserves disponibles seraient suffisantes pour la satisfaire. Divers pays (dont la France) ont décidé de réduire la part du nucléaire dans leur source d’énergie électrique.

Pourtant l’IAEA maintient sa projection d’une part croissance de l’énergie nucléaire qui devrait atteindre 25 % du total de l’énergie électrique produite dans le monde en 2050. C’est-à-dire qu’il faudra que 1000 GWe de nouvelles capacités de production soient mises en place de maintenant à cette date. En d’autres termes cela signifie qu’il faudra qu’au moins 30 nouveaux réacteurs soient connectés au réseau chaque année dès les années 2030-2040 comme cela fut le cas au cours des années 1980. À l’heure actuelle la capacité de construction de nouvelles unités est d’environ 30 chaque année et les principaux défis rencontrés sont le support politique de ce programme, la confiance du public qui s’est dégradée depuis l’accident de Fukushima-Daiichi et aussi celle des investisseurs. Il y a aujourd’hui 451 réacteurs opérationnels dans le monde dans 30 pays et 58 réacteurs sont en construction. Trente autres pays envisagent d’introduire une part de nucléaire dans leur « paysage » énergétique.

Qu’en est-il de l’évolution des prix du « yellow cake », l’oxyde d’uranium U3O8, cotés sur le marché international ? Depuis l’accident de Fukushima-Daiichi et en dépit du programme nucléaire chinois vigoureux la demande en yellow cake a considérablement chuté passant d’environ 50 dollars la livre avant l’accident japonais à 20 dollars au début de l’année 2018 pour remonter aux alentours de 28 dollars le 25 octobre 2018. La plupart des producteurs d’uranium réduisent leur production pour maintenir un prix de marché acceptable. Cette situation déprimée a provoqué la fermeture de nombreuses mines confortant la position dominante du Kazakhstan – plus de 40 % du marché – s’en est retrouvée renforcée car le Canada dont l’exploitant Cameco de la plus grande mine au monde, MacArthur River, a décidé de stopper l’exploitation pour une durée indéterminée en attendant que les prix se stabilisent à un niveau assurant la rentabilité de la mine et des installations de production de yellow cake. De son côté le Kazakhstan a réduit sa production de 20 % pour faire pression sur les prix. La demande devrait s’accélérer dans la mesure où de nombreux réacteurs chinois devraient être bientôt connectés ainsi que la remise en fonctionnement progressive des unités de production électronucléaires japonaise. Enfin les contrats à terme entre la Chine, les USA et le Japon devraient bientôt expirer et c’est l’une des autres raisons qui pourrait pousser les prix vers le haut. Quel sera le prix de l’uranium dans les années à venir ? C’est une question qui n’a pas vraiment d’importance dans la mesure où cette source d’énergie est la moins polluante et le développement des réacteurs à neutrons rapides, l’une des filières permettant d’éliminer les transuraniens de haute activité, autorisera une rationalisation de l’ensemble de cette industrie. Comme le disait très justement Monsieur Amano ou bien on grillera tous comme des toasts (cf. Christine Lagarde, une autre experte en climatologie) ou alors le choix de l’énergie nucléaire s’imposera de lui-même.

J’ajouterai une remarque importante de mon cru. Les écologistes s’alarment à juste titre de la pollution créée par les navires gros porteurs, que ce soient les minéraliers, les super-tankers, les navires LNG ou les porte-containers qui sillonnent les océans. On peut rêver d’un monde apaisé dans lequel la paranoïa nucléaire des militaires aura disparu alors tous ces navires seront propulsés à l’aide de réacteurs nucléaires à plutonium, un métal fissile beaucoup moins onéreux que l’uranium-235. De tels réacteurs « brûlent » du matériel fissile de « qualité militaire » autrement dit avec lequel on peut fabriquer des bombes. Mais le souci est que ces mêmes écologistes sont aussi opposés à l’énergie nucléaire. Je n’assisterai pas de mon vivant à une telle conversion possible dans un monde sans aucune bombe nucléaire, l’un des souhaits de l’Assemblée générale des Nations-Unies.

Sources : IAEA, ZeroHedge. Note : pas de billet ce dimanche 28 octobre mais pas à cause du changement d’heure qui n’existe pas au Japon

L’unité 1 de l’usine électronucléaire de Taishan est connectée au réseau

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EDF, acteur à hauteur de 30 % du projet conjoint avec Guangdong Taishan à 140 kilomètres à l’ouest d’Hong-Kong peut enfin se féliciter de voir que le premier EPR au monde vient d’être connecté au réseau électrique chinois. La deuxième unité EPR sur le même site devrait être connectée avant la fin de cette année 2018. Le chantier aura duré seulement 9 ans et ceci est le résultat de l’efficacité des entreprises chinoises. Il ne faut pas mettre sous le tapis le transfert massif de technologies depuis la France vers la Chine (c’était prévu dans le contrat de joint-venture) et il ne fait aucun doute que bientôt ce pays deviendra le leader incontesté de la technologie électronucléaire dans son ensemble. EDF peut se flatter d’être aussi devenu, par la force des choses à la suite de la débâcle d’Areva, le maître d’oeuvre des 3 autres EPR en cours de construction, Taishan 2, Flamanville 3 et Olkiluoto 3 lorsque les activités d’ingénierie d’Areva (ex-Framatome) ont été reprises mais il ne faut pas oublier que sans l’aide de l’Etat français, donc des contribuables, le projet d’Hinkley Point C en Grande-Bretagne n’aurait pas pu être concrétisé. Dans ce dernier projet la Chine est également partenaire d’EDF, curieuse situation assez paradoxale.

Où est l’époque dorée des constructions françaises de centrales nucléaires en Corée et en Afrique du sud (Koeberg) par Framatome ? La filière nucléaire française constituée d’entreprises étatiques a été mal gérée et elle continuera à se dégrader car EDF est maintenant obligé de s’occuper de moulins à vent en s’endettant monstrueusement alors que ce n’était pas sa vocation initiale, celle décidée par les plan quinquennaux des années 1960-1970. Il y avait à cette époque de vrais techniciens à la tête d’EDF et non pas des crânes d’oeuf incompétents. Chaque fois que l’Etat français actionnaire d’entreprises industrielles et commerciales veut diriger celles-ci il est certain que ce sera une catastrophe ! Et cette situation est exacerbée par la porosité entre le gouvernement français et les écologistes anti-nucléaires. Dans 20 ans ce sont les Chinois qui viendront construire de nouvelles unités sur le sol français car personne ne pourra s’en passer …

Enfin, pour terminer ce pamphlet, les syndicats dans leur ensemble s’inquiètent à juste titre de l’avenir de l’entreprise car le gouvernement constitué d’incapables veut obliger EDF à diversifier ses sources d’électricité, au risque de me répéter. Sous le fallacieux prétexte qu’il faut réduire l’empreinte carbone de l’entreprise (ah bon ?) les écologistes poussent le gouvernement à réorienter la politique énergétique alors qu’il faudrait en premier lieu, au sujet de cette empreinte, se préoccuper des transports mais ces mêmes écologistes ne veulent pas toucher à la fibre sensible des Français trop attachés à leur tas de tôle monté sur 4 roues (cf un prochain billet sur ce blog). Un choix critique confié à des ministres nullissimes qui ne connaissent même pas la loi d’Ohm. La France est déjà descendue dans les limbes et sera bientôt un pays classé parmi ceux du Tiers-Monde.

Source et illustration : CGNPC

L’uranium de l’eau de mer : c’est faisable

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Il y a eu lors d’une coopération entre la France et le Japon une tentative de récupération de l’uranium présent dans l’eau de mer qui s’est soldée par un semi-échec car les quantités de ce métal sous forme ionisée étaient très faibles. Cette fois-ci c’est le laboratoire national du Nord-Ouest (PNNL) aux USA qui a enfin réussi à piéger cet uranium dans les « filets » ioniques d’un tissu tout à fait courant mais modifié par voie chimique sur les polymères duquel a été greffée une molécule qui chélate spécifiquement l’ion uranium. Un tout petit aparté pour expliquer brièvement comme les choses se passent : les agents chélatants sont des molécules parfois complexes dont la structure se présente sous forme d’une cage ionisée également et il faut que sa dimension soit adaptée à l’atome ciblé. Après un peu de cogitation et comme l’uranium est l’atome le plus gros et le plus lourd naturellement présent sur la planète il a fallu quelques années pour obtenir un tel agent chélatant qui puisse être aisément greffé sur des fibres textiles.

En laissant durant quelques mois un kilo de fibres modifiées chimiquement baigner dans de l’eau de mer circulant à l’aide d’une petite pompe, les ingénieurs chimistes du PNNL ont réussi à récupérer 5 grammes d’uranium après l’avoir détaché de sa « cage chimique » spécifique par un traitement acide doux. Le textile a été récupéré en bon état et peut être utilisé à nouveau. Cinq grammes ce n’est pas beaucoup, certes, mais la quantité d’eau de mer est inépuisable et celle d’uranium non plus même si la teneur en uranium de l’eau de mer est ridiculement faible, de l’ordre de 3 parties par milliard (3 milligrammes par mètre-cube) alors qu’il y a en moyenne dans la croute terrestre 2,7 ppm d’uranium – 1000 fois plus que dans l’eau de mer – et que dans certains gisements les teneurs atteignent plus de 1 %.

Il suffira dans un proche avenir réaliser une telle extraction spécifique à grande échelle pour obtenir d’une manière très économique, presque gratuite si l’on peut dire, de l’uranium sans courir le risque d’appauvrir le gisement océanique qui est virtuellement infini.

Actuellement pour un coût global de 130 dollars le kg de « yellow cake » il y a des gisement exploitables contenant au bas mot 3,7 millions de tonnes d’uranium et les océans, après avoir prouvé la validité de la technique développée au PNNL, renferment 4 milliards de tonnes d’uranium ! Autant dire que l’énergie nucléaire civile a un bel avenir devant elle avec un combustible ayant un prix dérisoire. Le Japon, la Chine et l’Arabie Saoudite qui veut trouver des alternatives au pétrole pour dessaler l’eau de mer sont aussi sur ce coup fantastiquement économique.

Source et illustration (yellow cake – oxyde d’uranium – provenant de l’eau de mer) : LCW Supercritical Technologies (lcwsupercritical.com). La fibre modifiée a été développée par l’entreprise basée à Seattle pour initialement piéger du vanadium dans les eaux de rivière.

La Russie se positionne dans l’énergie nucléaire au niveau mondial

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Décidément les pays occidentaux se font damer le pion par la Russie et la Chine dans le domaine de l’énergie nucléaire et c’est bien regrettable. Les Etats-Unis avaient été les premier à « vulgariser » l’usage civil de l’atome puis arrivèrent la France et la Grande-Bretagne et dans le même temps ce qui était alors l’Union Soviétique. Après l’accident de Three Miles Island les USA freinèrent leurs ambitions « électro-nucléaires » puis l’accident de Tchernobyl fit monter les écologistes au créneau et seule la France en Occident continua son programme électro-nucléaire domestique, les Allemands (Siemens) considérant que toutes précautions prises des accidents pouvaient encore survenir. Il faut rappeler ici que les deux accidents mentionnés ci-dessus furent provoqués par des erreurs humaines mais malgré ce fait avéré les politiques énergétiques s’orientèrent au moins en Europe vers le gaz naturel tout en réservant une grande place au charbon. La Chine, compte tenu de son évolution économique fulgurante datant des années 1990, s’orienta résolument vers le nucléaire avec l’aide de la Russie qui n’avait jamais mis en veilleuse son industrie liée à l’usage civil de l’atome.

Aujourd’hui, forte de sa technologie robuste et bien sécurisée de son réacteur à eau pressurisé AP1000, la Russie a conclu, lors de la Conférence Internationale AtomeXpo qui s’est tenue à Sochi il y a quelques jours, des projets de collaboration dans les domaines électro-nucléaire et des applications médicales et industrielles hors énergie avec le Chili, la Chine, Cuba, la Finlande, la Hongrie, l’Iran, l’Italie, le Kazakhstan, l’Arabie Saoudite, la Serbie, l’Espagne et la Zambie tout en réaffirmant sa collaboration étroite avec la Chine dans les domaines des combustibles, des équipements de sécurité et de la surrégénération. La Turquie s’est déjà engagée dans le financement d’une installation.

Le partenaire russe est donc Rosatom et ses filiales spécialisées dans les domaines du nucléaire autres que l’énergie. Autant dire que tous ces pays vont donc échapper tant aux Allemands qu’aux Français dont le savoir-faire dans ces technologies s’effondre ou est sur le point de disparaître. Et c’est bien désolant en particulier pour la France qui fut un temps le leader mondial de l’industrie électro-nucléaire avec en aval la collaboration étroite d’Alstom pour les turbines. Aujourd’hui la division énergie d’Alstom n’est plus française et EDF est devenu l’interlocuteur commercial obligé pour le projet anglais Hinkley Point C dans lequel participe la Chine. Il est clair que le patrimoine industriel français dans ce domaine va donc tout simplement disparaître à terme comme beaucoup d’autres fleurons industriels et commerciaux français, on peut tout de suite penser en particulier à Air France … Enfin, il faut constater que l’énergie électro-nucléaire devrait être considérée comme irremplaçable par les tenants de la toxicité du gaz carbonique sur l’évolution du climat mais ce n’est à l’évidence pas le cas.

Source et illustration : World Nuclear News