Energie nucléaire : rôle dans le mix énergétique bas-carbone

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La très sérieuse Union des scientifiques « préoccupés » (Union of Concerned Scientists) fut créée en 1969 par un ensemble de membres seniors du MIT. L’une des premières missions de cette organisation fut de dénoncer la course aux armements. L’UCS s’orienta ensuite vers le bannissement des armes spatiales et la préservation énergétique de la planète en prônant la diversification des sources d’énergie mais en soutenant parallèlement le développement de l’énergie nucléaire. Une grande partie des scientifiques membres de l’UCS sont en effet des ingénieurs et des professeurs spécialisés dans le domaine de la physique nucléaire et de ses applications civiles. L’UCS considère que sans énergie nucléaire il ne sera pas possible de maîtriser les émissions de carbone ni de préserver les ressources en pétrole dont une grande partie est consacrée à la chimie et le sera encore pendant de nombreuses décennies à venir. Certes le charbon constitue une alternative au pétrole pour la chimie et également pour les carburants et il existe d’immenses réserves de charbon dans le monde dont la majeure partie n’est pas exploitée ou exploitable avec les technologies actuelles.

Cependant la montée en puissance probable des véhicules électriques va accroître la demande en énergie électrique dans des proportions difficiles à prévoir puisque les approvisionnements en lithium, cobalt et lanthanides (terres rares) constitueront également une limitation au développement massif de ces véhicules électriques.

L’UCS a rédigé un rapport qui indique clairement que l’humanité ne pourra pas se passer d’énergie nucléaire dans les décennies à venir et qu’il n’existe à l’heure actuelle aucune alternative fiable et économique et cette situation perdurera encore longtemps. Dans l’optique d’une protection du climat, approche que je me permets de contester mais qui présente au moins l’avantage de préserver les ressources en hydrocarbures liquides, le rapport de l’UCS s’est focalisé sur les centrales nucléaires des Etats-Unis mais ses recommandations sont valables pour tout autre pays. Cette organisation préconise, en dépit des problèmes de sécurité et de traitement des déchets, que les compagnies d’électricité (les « utilities ») investissent dans les centrales nucléaires existantes pour améliorer leur sécurité et permettre une exploitation prolongée. Aux USA, après inspection par les autorités de sureté, la durée de vie autorisée des réacteurs est actuellement de l’ordre de 80 ans (voir note en fin de billet).

Pour présenter des solutions économiquement viables il est donc nécessaire de préserver le parc nucléaire existant dans le cadre du développement de tous les types d’énergies renouvelables bas carbone et le nucléaire en fait partie. Si aux USA le nucléaire ne fournit que 20 % de la totalité de l’électricité, il représente 53 % de l’ensemble des énergies renouvelables en incluant l’éthanol produit par le maïs. L’UCS reconnait que les prix très faibles du gaz naturel ont conduit les « utilities » exploitant des centrales nucléaires à faire face à des difficultés financières. Ces utilities envisagent de fermer des unités de production électro-nucléaires car elles ne sont plus rentables en regard des prix du gaz. Si l’UCS s’est toujours battue pour que la sureté des centrales nucléaires soit améliorée, bien avant l’accident de Fukushima-Daiichi, elle privilégie une approche pragmatique de ce problème. Des Etats comme Illinois, New-York et New-Jersey ont déjà décidé d’aider les utilities en ce sens et l’Ohio et la Pennsylvanie vont suivre.

Ces préconisations sont valables pour beaucoup d’autres pays. Par exemple les compagnies d’électricité japonaises ont investi massivement pour mettre les centrales nucléaires du pays aux nouvelles normes de sécurité post-Fukushima. Les Allemands ont décidé de quitter l’énergie nucléaire et sont devenu de ce fait les plus gros pollueurs en termes de carbone en Europe. La France est un bon élève et, malgré la pression constante des organisations et partis politiques écologiques, ce pays semble avoir compris que l’énergie nucléaire offre la seule possibilité fiable pour réduire les émissions de carbone. L’ensemble du parc électronucléaire français pourra très probablement être encore exploité pendant 50 années supplémentaires si les autorités de sureté en décident ainsi.

Source : https://www.ucsusa.org/nuclear-power/cost-nuclear-power/retirements#.XA5WSC3-TuO , illustration Axios (www.axios.com)

Notes. Le mot « concerned » est difficilement traduisible en français. Je rappelle que les deux réacteurs de la centrale électronucléaire de Fessenheim peuvent subvenir au rechargement d’approximativement 400000 véhicules électriques par jour de manière économique et fiable. La durée de vie de 80 ans préconisée par l’organisme fédéral de contrôle des installations nucléaires civiles concerne le réacteur lui-même. Les pompes primaires, les générateurs de vapeur et les autres accessoires présents dans l’îlot nucléaire proprement dit peuvent être changés au cours de la durée d’exploitation.

Energie nucléaire : état des lieux succinct et perspectives.

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Selon le Directeur Général de l’agence internationale de l’énergie nucléaire (IAEA) Yukiya Amano (illustration) : « il sera difficile pour le monde entier d’atteindre les deux objectifs d’une production d’énergie suffisante et fiable en limitant dans le même temps l’augmentation globale des températures en dessous de 2 degrés C dans les décennies à venir sans augmenter la production d’énergie nucléaire. Les projections de l’IAEA indiquent que le potentiel de développement de l’énergie nucléaire reste élevé au moins jusqu’en 2050 mais cette expansion sera en déclin dans les prochaines années ».

De nombreuses études prometteuses sont en cours pour concrétiser de nouvelles générations de réacteurs nucléaires de taille intermédiaire ou modulaires et certains pays se focalisent sur la filière thorium. Cependant l’utilisation de l’uranium restera prépondérant dans les prochaines années. L’IAEA soutient le cycle du combustible et son optimisation depuis l’exploitation minière et la réhabilitation des mines jusqu’à l’enrichissement et le retraitement. L’abondance des gisements d’uranium est largement suffisante pour satisfaire la demande jusqu’en 2050 et au delà. En 2016 la production mondiale représentait 62221 tonnes d’uranium métal. Cette production est attendue pour décliner jusqu’à 55000 tonnes en 2035 et si la demande croissait d’ici cette date les réserves disponibles seraient suffisantes pour la satisfaire. Divers pays (dont la France) ont décidé de réduire la part du nucléaire dans leur source d’énergie électrique.

Pourtant l’IAEA maintient sa projection d’une part croissance de l’énergie nucléaire qui devrait atteindre 25 % du total de l’énergie électrique produite dans le monde en 2050. C’est-à-dire qu’il faudra que 1000 GWe de nouvelles capacités de production soient mises en place de maintenant à cette date. En d’autres termes cela signifie qu’il faudra qu’au moins 30 nouveaux réacteurs soient connectés au réseau chaque année dès les années 2030-2040 comme cela fut le cas au cours des années 1980. À l’heure actuelle la capacité de construction de nouvelles unités est d’environ 30 chaque année et les principaux défis rencontrés sont le support politique de ce programme, la confiance du public qui s’est dégradée depuis l’accident de Fukushima-Daiichi et aussi celle des investisseurs. Il y a aujourd’hui 451 réacteurs opérationnels dans le monde dans 30 pays et 58 réacteurs sont en construction. Trente autres pays envisagent d’introduire une part de nucléaire dans leur « paysage » énergétique.

Qu’en est-il de l’évolution des prix du « yellow cake », l’oxyde d’uranium U3O8, cotés sur le marché international ? Depuis l’accident de Fukushima-Daiichi et en dépit du programme nucléaire chinois vigoureux la demande en yellow cake a considérablement chuté passant d’environ 50 dollars la livre avant l’accident japonais à 20 dollars au début de l’année 2018 pour remonter aux alentours de 28 dollars le 25 octobre 2018. La plupart des producteurs d’uranium réduisent leur production pour maintenir un prix de marché acceptable. Cette situation déprimée a provoqué la fermeture de nombreuses mines confortant la position dominante du Kazakhstan – plus de 40 % du marché – s’en est retrouvée renforcée car le Canada dont l’exploitant Cameco de la plus grande mine au monde, MacArthur River, a décidé de stopper l’exploitation pour une durée indéterminée en attendant que les prix se stabilisent à un niveau assurant la rentabilité de la mine et des installations de production de yellow cake. De son côté le Kazakhstan a réduit sa production de 20 % pour faire pression sur les prix. La demande devrait s’accélérer dans la mesure où de nombreux réacteurs chinois devraient être bientôt connectés ainsi que la remise en fonctionnement progressive des unités de production électronucléaires japonaise. Enfin les contrats à terme entre la Chine, les USA et le Japon devraient bientôt expirer et c’est l’une des autres raisons qui pourrait pousser les prix vers le haut. Quel sera le prix de l’uranium dans les années à venir ? C’est une question qui n’a pas vraiment d’importance dans la mesure où cette source d’énergie est la moins polluante et le développement des réacteurs à neutrons rapides, l’une des filières permettant d’éliminer les transuraniens de haute activité, autorisera une rationalisation de l’ensemble de cette industrie. Comme le disait très justement Monsieur Amano ou bien on grillera tous comme des toasts (cf. Christine Lagarde, une autre experte en climatologie) ou alors le choix de l’énergie nucléaire s’imposera de lui-même.

J’ajouterai une remarque importante de mon cru. Les écologistes s’alarment à juste titre de la pollution créée par les navires gros porteurs, que ce soient les minéraliers, les super-tankers, les navires LNG ou les porte-containers qui sillonnent les océans. On peut rêver d’un monde apaisé dans lequel la paranoïa nucléaire des militaires aura disparu alors tous ces navires seront propulsés à l’aide de réacteurs nucléaires à plutonium, un métal fissile beaucoup moins onéreux que l’uranium-235. De tels réacteurs « brûlent » du matériel fissile de « qualité militaire » autrement dit avec lequel on peut fabriquer des bombes. Mais le souci est que ces mêmes écologistes sont aussi opposés à l’énergie nucléaire. Je n’assisterai pas de mon vivant à une telle conversion possible dans un monde sans aucune bombe nucléaire, l’un des souhaits de l’Assemblée générale des Nations-Unies.

Sources : IAEA, ZeroHedge. Note : pas de billet ce dimanche 28 octobre mais pas à cause du changement d’heure qui n’existe pas au Japon

L’unité 1 de l’usine électronucléaire de Taishan est connectée au réseau

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EDF, acteur à hauteur de 30 % du projet conjoint avec Guangdong Taishan à 140 kilomètres à l’ouest d’Hong-Kong peut enfin se féliciter de voir que le premier EPR au monde vient d’être connecté au réseau électrique chinois. La deuxième unité EPR sur le même site devrait être connectée avant la fin de cette année 2018. Le chantier aura duré seulement 9 ans et ceci est le résultat de l’efficacité des entreprises chinoises. Il ne faut pas mettre sous le tapis le transfert massif de technologies depuis la France vers la Chine (c’était prévu dans le contrat de joint-venture) et il ne fait aucun doute que bientôt ce pays deviendra le leader incontesté de la technologie électronucléaire dans son ensemble. EDF peut se flatter d’être aussi devenu, par la force des choses à la suite de la débâcle d’Areva, le maître d’oeuvre des 3 autres EPR en cours de construction, Taishan 2, Flamanville 3 et Olkiluoto 3 lorsque les activités d’ingénierie d’Areva (ex-Framatome) ont été reprises mais il ne faut pas oublier que sans l’aide de l’Etat français, donc des contribuables, le projet d’Hinkley Point C en Grande-Bretagne n’aurait pas pu être concrétisé. Dans ce dernier projet la Chine est également partenaire d’EDF, curieuse situation assez paradoxale.

Où est l’époque dorée des constructions françaises de centrales nucléaires en Corée et en Afrique du sud (Koeberg) par Framatome ? La filière nucléaire française constituée d’entreprises étatiques a été mal gérée et elle continuera à se dégrader car EDF est maintenant obligé de s’occuper de moulins à vent en s’endettant monstrueusement alors que ce n’était pas sa vocation initiale, celle décidée par les plan quinquennaux des années 1960-1970. Il y avait à cette époque de vrais techniciens à la tête d’EDF et non pas des crânes d’oeuf incompétents. Chaque fois que l’Etat français actionnaire d’entreprises industrielles et commerciales veut diriger celles-ci il est certain que ce sera une catastrophe ! Et cette situation est exacerbée par la porosité entre le gouvernement français et les écologistes anti-nucléaires. Dans 20 ans ce sont les Chinois qui viendront construire de nouvelles unités sur le sol français car personne ne pourra s’en passer …

Enfin, pour terminer ce pamphlet, les syndicats dans leur ensemble s’inquiètent à juste titre de l’avenir de l’entreprise car le gouvernement constitué d’incapables veut obliger EDF à diversifier ses sources d’électricité, au risque de me répéter. Sous le fallacieux prétexte qu’il faut réduire l’empreinte carbone de l’entreprise (ah bon ?) les écologistes poussent le gouvernement à réorienter la politique énergétique alors qu’il faudrait en premier lieu, au sujet de cette empreinte, se préoccuper des transports mais ces mêmes écologistes ne veulent pas toucher à la fibre sensible des Français trop attachés à leur tas de tôle monté sur 4 roues (cf un prochain billet sur ce blog). Un choix critique confié à des ministres nullissimes qui ne connaissent même pas la loi d’Ohm. La France est déjà descendue dans les limbes et sera bientôt un pays classé parmi ceux du Tiers-Monde.

Source et illustration : CGNPC

L’uranium de l’eau de mer : c’est faisable

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Il y a eu lors d’une coopération entre la France et le Japon une tentative de récupération de l’uranium présent dans l’eau de mer qui s’est soldée par un semi-échec car les quantités de ce métal sous forme ionisée étaient très faibles. Cette fois-ci c’est le laboratoire national du Nord-Ouest (PNNL) aux USA qui a enfin réussi à piéger cet uranium dans les « filets » ioniques d’un tissu tout à fait courant mais modifié par voie chimique sur les polymères duquel a été greffée une molécule qui chélate spécifiquement l’ion uranium. Un tout petit aparté pour expliquer brièvement comme les choses se passent : les agents chélatants sont des molécules parfois complexes dont la structure se présente sous forme d’une cage ionisée également et il faut que sa dimension soit adaptée à l’atome ciblé. Après un peu de cogitation et comme l’uranium est l’atome le plus gros et le plus lourd naturellement présent sur la planète il a fallu quelques années pour obtenir un tel agent chélatant qui puisse être aisément greffé sur des fibres textiles.

En laissant durant quelques mois un kilo de fibres modifiées chimiquement baigner dans de l’eau de mer circulant à l’aide d’une petite pompe, les ingénieurs chimistes du PNNL ont réussi à récupérer 5 grammes d’uranium après l’avoir détaché de sa « cage chimique » spécifique par un traitement acide doux. Le textile a été récupéré en bon état et peut être utilisé à nouveau. Cinq grammes ce n’est pas beaucoup, certes, mais la quantité d’eau de mer est inépuisable et celle d’uranium non plus même si la teneur en uranium de l’eau de mer est ridiculement faible, de l’ordre de 3 parties par milliard (3 milligrammes par mètre-cube) alors qu’il y a en moyenne dans la croute terrestre 2,7 ppm d’uranium – 1000 fois plus que dans l’eau de mer – et que dans certains gisements les teneurs atteignent plus de 1 %.

Il suffira dans un proche avenir réaliser une telle extraction spécifique à grande échelle pour obtenir d’une manière très économique, presque gratuite si l’on peut dire, de l’uranium sans courir le risque d’appauvrir le gisement océanique qui est virtuellement infini.

Actuellement pour un coût global de 130 dollars le kg de « yellow cake » il y a des gisement exploitables contenant au bas mot 3,7 millions de tonnes d’uranium et les océans, après avoir prouvé la validité de la technique développée au PNNL, renferment 4 milliards de tonnes d’uranium ! Autant dire que l’énergie nucléaire civile a un bel avenir devant elle avec un combustible ayant un prix dérisoire. Le Japon, la Chine et l’Arabie Saoudite qui veut trouver des alternatives au pétrole pour dessaler l’eau de mer sont aussi sur ce coup fantastiquement économique.

Source et illustration (yellow cake – oxyde d’uranium – provenant de l’eau de mer) : LCW Supercritical Technologies (lcwsupercritical.com). La fibre modifiée a été développée par l’entreprise basée à Seattle pour initialement piéger du vanadium dans les eaux de rivière.

La Russie se positionne dans l’énergie nucléaire au niveau mondial

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Décidément les pays occidentaux se font damer le pion par la Russie et la Chine dans le domaine de l’énergie nucléaire et c’est bien regrettable. Les Etats-Unis avaient été les premier à « vulgariser » l’usage civil de l’atome puis arrivèrent la France et la Grande-Bretagne et dans le même temps ce qui était alors l’Union Soviétique. Après l’accident de Three Miles Island les USA freinèrent leurs ambitions « électro-nucléaires » puis l’accident de Tchernobyl fit monter les écologistes au créneau et seule la France en Occident continua son programme électro-nucléaire domestique, les Allemands (Siemens) considérant que toutes précautions prises des accidents pouvaient encore survenir. Il faut rappeler ici que les deux accidents mentionnés ci-dessus furent provoqués par des erreurs humaines mais malgré ce fait avéré les politiques énergétiques s’orientèrent au moins en Europe vers le gaz naturel tout en réservant une grande place au charbon. La Chine, compte tenu de son évolution économique fulgurante datant des années 1990, s’orienta résolument vers le nucléaire avec l’aide de la Russie qui n’avait jamais mis en veilleuse son industrie liée à l’usage civil de l’atome.

Aujourd’hui, forte de sa technologie robuste et bien sécurisée de son réacteur à eau pressurisé AP1000, la Russie a conclu, lors de la Conférence Internationale AtomeXpo qui s’est tenue à Sochi il y a quelques jours, des projets de collaboration dans les domaines électro-nucléaire et des applications médicales et industrielles hors énergie avec le Chili, la Chine, Cuba, la Finlande, la Hongrie, l’Iran, l’Italie, le Kazakhstan, l’Arabie Saoudite, la Serbie, l’Espagne et la Zambie tout en réaffirmant sa collaboration étroite avec la Chine dans les domaines des combustibles, des équipements de sécurité et de la surrégénération. La Turquie s’est déjà engagée dans le financement d’une installation.

Le partenaire russe est donc Rosatom et ses filiales spécialisées dans les domaines du nucléaire autres que l’énergie. Autant dire que tous ces pays vont donc échapper tant aux Allemands qu’aux Français dont le savoir-faire dans ces technologies s’effondre ou est sur le point de disparaître. Et c’est bien désolant en particulier pour la France qui fut un temps le leader mondial de l’industrie électro-nucléaire avec en aval la collaboration étroite d’Alstom pour les turbines. Aujourd’hui la division énergie d’Alstom n’est plus française et EDF est devenu l’interlocuteur commercial obligé pour le projet anglais Hinkley Point C dans lequel participe la Chine. Il est clair que le patrimoine industriel français dans ce domaine va donc tout simplement disparaître à terme comme beaucoup d’autres fleurons industriels et commerciaux français, on peut tout de suite penser en particulier à Air France … Enfin, il faut constater que l’énergie électro-nucléaire devrait être considérée comme irremplaçable par les tenants de la toxicité du gaz carbonique sur l’évolution du climat mais ce n’est à l’évidence pas le cas.

Source et illustration : World Nuclear News

Nucléaire : en Chine tout va plus vite (et mieux)

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Il y a 4 réacteurs nucléaires de type EPR en construction ou proches d’être opérationnels dans le monde. Le premier à être construit en 2005 est celui d’Olkiluoto en Finlande qui n’est toujours pas en activité et le sera peut-être en mai 2019, c’est-à-dire 14 ans après la mise en chantier initiale, si tout va bien. Deux autres réacteurs de ce type ont été mis en construction en Chine sur le site de Taishan respectivement en 2009 et 2010. Enfin le réacteur de Flamanville en France n’en finit pas de voir sa facture augmenter (et payée par le contribuable) et le délai de mise en service repoussé mois après mois. Le gigantisme de ces installations et leur caractère novateur en termes de sécurité sont peut-être les causes de ces retards. Ce qu’il faut constater est l’efficacité dans la gestion du chantier de Taishan par les ingénieurs et techniciens de China General Nuclear (CGN) puisque le chargement en combustible vient de commencer pour le premier réacteur.

L’illustration ci-dessus (source CGN) montre la cuve du réacteur ouverte et sous le portique orange le couvercle du réacteur dont on aperçoit les auxiliaires externes de commande des barres de contrôle, le tout immergé dans l’eau pour recevoir les assemblages de combustible.

Il faut donc souligner ici que les énormes besoins en électricité de la Chine ne pourront être satisfaits qu’avec le développement du nucléaire. La pollution par le charbon est en effet insoutenable et constitue un grave problème pour la santé et l’environnement. Il y a actuellement dans ce pays 38 réacteurs en opération, 20 en construction et 30 autres projetés. L’industrie nucléaire chinoise a largement profité du transfert de technologies depuis la Russie et la France – en ce qui concernes les EPR deTaishan – et la politique actuelle du pays est d’intégrer l’ensemble de cette filière depuis l’enrichissement de l’uranium, le retraitement du combustible usé et le développement de surrégénérateurs pour « brûler » les transuraniens hautement radioactifs dont on ne sait que faire en dehors du plutonium. Enfin la Chine s’est également orientée vers l’exportation dans ce domaine industriel et elle va tailler des croupières d’abord à l’industrie nucléaire française condamnée à un inexorable déclin en raison de la pression des écolos mais aussi à l’industrie nucléaire américaine qui se trouve dans la même situation. Et ce constat est paradoxal puisque pour décarboner le monde au moins pour la production d’électricité il n’y a pas d’autres solutions fiables et économiques que l’énergie nucléaire. Enfin les besoins grandissants en eau douce dans de nombreux pays du monde ne pourront être résolus économiquement qu’avec l’énergie nucléaire. Le procédé d’osmose inverse de dessalage de l’eau de mer fonctionne infiniment mieux à haute température, une énergie thermique considérable fatalement gaspillée au cours du fonctionnement d’un réacteur nucléaire qui peut être avantageusement récupérée pour une usine de dessalage.

Source : World Nuclear Association

La plus vieille centrale électronucléaire du monde remise en service après deux ans d’arrêt.

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La centrale nucléaire de Beznau 1 a été mise en chantier en 1965 et a été couplée au réseau électrique le 24 décembre 1969. Ce site est situé dans le Canton de Aargau (Confédération Helvétique) sur une île artificielle dans la rivière Aar à proximité de la frontière allemande et a fait l’objet à de nombreuses reprises de manifestations anti-nucléaires organisées par les écologistes allemands et Greenpeace. Les réacteurs de Beznau 1 et 2 construits à peu près simultanément sont des modèles réduits des réacteurs de Fessenheim puisque leurs puissances électriques respectives sont de 380 MW électriques. Ils ont été construits sous licence Westinghouse comme ceux de Fessenheim et utilisent des assemblages de combustibles 15×15. La centrale nucléaire de Beznau est aujourd’hui la plus vieille installation électronucléaire en service dans le monde.

Les cuves des réacteurs ont fait l’objet d’une inspection en 2015 et un certain nombre de trous et fissures superficiels dans l’acier des cuves ont été détectés en particulier au niveau des viroles d’entrée et de sortie de l’eau pressurisée. L’organisme de sureté nucléaire suisse, l’IFSN, a donc ordonné l’arrêt de ces deux unités pour procéder à des investigations approfondies. Finalement après de nombreux tests il s’est avéré que ces défauts apparus au cours du fonctionnement des réacteurs étaient provoqués par des inclusions microscopiques d’oxyde d’aluminium dans l’acier constituant la cuve.

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Un groupe d’experts internationaux est arrivé aux même conclusions que l’IFSN : ces trous d’un diamètre pouvant atteindre parfois 7 millimètres ne sont en aucun cas préjudiciables à la solidité des cuves. Comme pour les réacteurs de la centrale nucléaire de Doel en Belgique, l’autorisation a finalement été accordée pour le rechargement en combustible du réacteur de Beznau 1. Il est intéressant de noter que cette installation électronucléaire est également certifiée pour utiliser du MOX et qu’elle entre dans la catégorie « co-génération » puisque l’eau chaude de refroidissement est utilisée pour le chauffage domestique et urbain de 9 localités environnantes.

La centrale nucléaire de Fessenheim a été couplée au réseau électrique le premier janvier 1978 soit 9 ans après celle de Beznau mais elle est considérée comme « trop vieille » par les écologistes pour être encore exploitée. Elle est condamnée à un démantèlement prématuré pour des raisons essentiellement politiques et idéologiques détestables.

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Les écologistes semblent ne pas savoir de quoi ils parlent, ni les politiciens d’ailleurs, car en effet s’il fallait remplacer cette installation par des unités de production utilisant du charbon ou du pétrole il faudrait chaque année brûler 2530000 tonnes de pétrole ou encore 4290000 tonnes de charbon mais ce « petit détail » n’a pas l’air de préoccuper qui que ce soit … Le patron d’EDF a déclaré que la fermeture de Fessenheim devrait « être exemplaire ». Dans le domaine de l’exemplarité de la stupidité c’est déjà fait ! Source et illustrations : IFSN, AXPO (exploitant de Breznau), AFP (Jean-Bernard Levy).