L’Europe va devoir réaliser d’immenses investissements dans le nucléaire

Des investissements dans le nucléaire d’un montant d’environ 500 milliards d’euros (565 milliards de dollars) d’ici 2050 seront nécessaires pour atteindre l’objectif de neutralité carbone de l’Union européenne, a déclaré le commissaire européen au Marché intérieur Thierry Breton dans une interview au Journal du Dimanche. 

Breton, s’exprimant après que l’UE ait proposé d’inclure le nucléaire et le gaz naturel dans la taxonomie, a déclaré que l’énergie nucléaire avait un rôle fondamental à jouer si l’UE voulait atteindre le zéro carbone net.

« Pour atteindre la neutralité carbone, il faut vraiment passer à la vitesse supérieure dans la production d’électricité décarbonée en Europe, sachant que la demande d’électricité elle-même va doubler dans 30 ans ».

l a déclaré que la taxonomie, qui est conçue pour permettre l’accès au capital à des conditions favorables s’ils ont un « label vert », serait cruciale pour que le nucléaire attire les financements nécessaires, ajoutant que « l’objectif de zéro émission implique la mobilisation de colossaux investissements ». Il a déclaré que les centrales nucléaires existantes nécessitent un investissement de 50 milliards d’euros d’ici 2030, dont 500 milliards d’euros d’ici 2050 pour la nouvelle génération.

« La transition verte conduira à une révolution industrielle d’une ampleur sans précédent », a déclaré Breton.

Il a ajouté que si chacun des 27 États membres de l’UE est responsable de son propre mix énergétique, « la responsabilité collective doit se concentrer sur les moyens à déployer dans toute l’Union européenne pour atteindre collectivement l’objectif fixé par tous les États : zéro carbone net en 2050 ».

Il a déclaré qu’environ la moitié des États membres de l’UE avaient décidé d’inclure l’énergie nucléaire dans leur mix énergétique tandis que « certains préfèrent miser sur le gaz ».

« Je ne porte pas de jugement sur les choix souverains faits par les États », a-t-il ajouté. « L’essentiel est que l’effort du continent européen, de loin le plus engagé au monde pour la protection de la planète, puisse aboutir dans le temps imparti ».

La Commission a entamé le 31 décembre des consultations avec le groupe d’experts des États membres sur la finance durable et la plateforme Finance durable sur un projet de texte d’acte délégué complémentaire (Complementary Delegated Act, CDA) taxonomique couvrant certaines activités gazières et nucléaires. Ce document a ensuite été divulgué et publié par le réseau médiatique européen indépendant Euractiv. Dans un geste inattendu, la Commission a décidé de ne pas publier ce CDA proposé pour consultation publique, affirmant qu’une consultation suffisante avait déjà eu lieu.

Le Parlement européen et le Conseil auront quatre mois pour examiner le document. Conformément au règlement de taxonomie, les deux institutions peuvent demander un délai d’examen supplémentaire de deux mois.

France-Allemagne : une nouvelle guerre se profile

Le titre de ce billet rappelle 1914 et 1940, pourtant il n’en est rien car il s’agit maintenant d’un tout autre objectif pour l’Allemagne. Depuis le grand tsunami du 11 mars 2011 qui dévasta de nombreux secteurs de l’économie japonaise dont une très importante usine de production de semi-conducteurs et provoqua un incident nucléaire aux conséquences vite mondialisées par les tenants de l’énergie verte, l’Allemagne s’est engagée à quitter définitivement après cet événement fâcheux l’énergie nucléaire avec la fermeture définitive des trois derniers réacteurs encore en fonctionnement sur son sol à la fin de l’année 2022 selon un plan élaboré par le parti vert avec l’approbation de la chancelière. Les Allemands considèrent qu’ils sont sur le droit chemin et tous les autres pays européens, en particulier ses voisins, doivent suivre son exemple. Le très puissant parti écologiste allemand noyauté par Greenpeace a décidé de faire la loi dans le domaine énergétique européen. Après avoir obtenu la fermeture de la centrale nucléaire de Creys-Malville puis, avec en sous-main l’action incessante de Corinne Lepage, l’avocate des intérêts anti-nucléaires franco-allemands, la fermeture de la centrale de Fessenheim, l’Allemagne s’attaque maintenant au débat sur la nomenclature des sources d’énergie qui alimente depuis plusieurs mois la controverse au sein de la Commission européenne. Faut-il inclure l’énergie nucléaire dans les énergies renouvelables ? La nouvelle coalition au pouvoir en Allemagne comprend le parti écologiste et la modification de cette nomenclature risque d’être lettre morte.

Pourtant le parti vert allemand a déclaré que le gaz naturel resterait nécessaire pour assurer le bon déroulement de la transition énergétique jusqu’en 2045. Inutile de relever la mauvaise foi de ces écologistes obnubilés par les déchets radioactifs accumulés par le pays car aucune politique de recyclage du combustible nucléaire usagé n’avait été envisagée. Ce n’est pas le cas de la France qui recycle le plutonium apparu dans les réacteurs nucléaires lors de la capture d’un neutron par l’uranium-238 et qui, une fois séparé et purifié, sert de combustible à un prix modique. Le projet européen NERSA de Creys-Malville devait constituer l’élément central de l’élimination des transuraniens à haute activité. Le Ministre Jospin, subissant l’influence du parti écologiste allemand, décida la fermeture de cette usine, véritable joyau technologique, dont la France était à juste titre très fière. Mais les temps ont changé et aujourd’hui l’important ce sont les moulins à vent.

Le porte-parole du SPD, Steffen Hebestreit, a déclaré sans dissimulation : « Nous considérons que la technologie nucléaire est dangereuse » et que « l’Allemagne rejète catégoriquement le classement par l’UE de l’énergie nucléaire dans les énergies renouvelables ». La France est directement visée par Berlin et les relations entre les deux pays ne pourra donc que se détériorer. Subissant l’influence allemande la Suisse a entrepris de quitter l’énergie nucléaire, suivie par la Belgique, pays dont le parc nucléaire est géré par Engie et le combustible par Orano (ex-Areva).

L’Allemagne est néanmoins un géant économique aux pieds d’argile car son paysage énergétique n’est pas tenable. Tout miser sur des sources d’énergie aléatoires met en danger son tissu économique. Dans un proche avenir les Européens constateront que le choix de l’Allemagne était catastrophique. Ce pays n’aura plus d’autre choix que d’être totalement dépendant de la Russie pour son approvisionnement en gaz à un prix abordable. Or la Russie manifeste une certaine lassitude en constatant que le gazoduc NordStream-2 n’est toujours pas opérationnel, le principal investisseur dans ce projet étant GasProm. Il est opportun de signaler que la Russie et la Chine ont réactivé la finalisation du gazoduc sibérien qui doit traverser la Mongolie. Ce pays a accordé une licence de transit à GasProm comme l’Ukraine l’a fait il y a quelques années. Si les autorités allemandes ne débrouillent pas l’impasse juridique qui bloque toujours le fonctionnement de NordStream-2 il faut craindre une prochaine augmentation du prix du gaz car la demande en cette énergie par la Chine rebattra les cartes. Et les jours sont comptés ! Autoriser des écologistes à répandre leurs idéologies dans la sphère gouvernementale se révèlera être une erreur funeste dont tous les citoyens allemands paieront le prix.

Source partielle : ZeroHedhe 

Brève. L’EPR finlandais enfin (bientôt) opérationnel !


La construction du premier EPR situé à Olkiluoto par un consortium comprenant Siemens et Areva débuta en août 2005, vous avez bien lu, et enfin, on pourrait dire contre toute attente, ce réacteur maintenant chargé en combustible vient pour la première fois d’entretenir une fission produisant de la chaleur en vue de produire de l’électricité. Ce sera chose faite en juin 2022. Durant les six prochains mois le réacteur doit atteindre la « criticalité », un terme barbare qui signifie que la fission est auto-entretenue, mais progressivement car toute une série de tests seront nécessaires pour obtenir la certification finale. Dix-sept ans pour construire un réacteur peu différent de ceux de la centrale de Chooz constitue une véritable prouesse de lenteur qui aura mis à mal la patience du gouvernement finlandais surtout quand on garde maintenant en mémoire le fait que les deux EPRs de Taishan en Chine ont été construits en 9 ans, période entre la première coulée de béton et le raccordement au réseau électrique. Pour Olkiluoto ce seront donc 17 ans entre cette première coulée de béton et le raccordement au réseau, si tout se passe comme prévu …

Durant ces 17 ans Areva a été repris par EDF mais autant au sein d’EDF qu’au sein d’Areva le savoir-faire avait disparu depuis la construction de la dernière centrale nucléaire sur le sol français qui date de 1985. En 20 ans les ingénieurs ont soit pris leur retraite soit été orientés vers d’autres préoccupations. Il faut espérer que cette situation ne se reproduira pas en Grande-Bretagne puisque la Chine est partie prenante avec EDF dans le projet d’Hinkley Point C. Quant à l’EPR de Flamanville on attend toujours … Et pendant ce temps-là le président de la République française prône la construction de petits réacteurs modulaires construits en série. De qui se moque-t-il ?

Selon l’Agence Internationale de l’Energie la France doit préserver son parc nucléaire

Le gouvernement français devra prendre des décisions importantes pour que le pays soit sur la bonne voie pour atteindre son objectif de zéro émission nette en 2050, notamment en termes de plans de modernisation de son parc électronucléaire, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). L’AIE a déclaré que le pays pourrait devoir retarder la fermeture prévue de ses 12 réacteurs les plus anciens d’ici 2035 afin d’assurer un approvisionnement suffisant en raison de la lenteur de la croissance des énergies renouvelables.

En 2019, la France a inscrit dans la loi son objectif de zéro émission nette d’ici 2050 et a mis à jour son cadre de transition énergétique l’année suivante avec une nouvelle Stratégie nationale bas-carbone et un plan énergétique à dix ans. Cependant, la transition énergétique de la France a connu des retards importants et sa mise en œuvre reste difficile malgré les nombreuses réformes en cours.

Dans son bilan de la politique énergétique de la France 2021, l’AIE note que le pays bénéficie d’une électricité décarbonée et des émissions par habitant les plus faibles parmi les économies avancées grâce au rôle de l’énergie nucléaire, qui représentait 67 % de son mix électrique en 2020, contre 76 % en 2010. Au cours de la dernière décennie, la production d’électricité éolienne et solaire a augmenté, faisant passer la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité de 14 % en 2010 à 23,4 % en 2020. « À court terme, l’énergie nucléaire à faible émission de carbone fournit l’épine dorsale très importante de l’approvisionnement français en électricité », a déclaré l’AIE.

En 2020, l’AIE s’attendait à une réduction de 12% des émissions de CO2 par rapport aux niveaux de 2019 pour la France, en raison de la pandémie de COVID-19. Cependant, l’Agence a déclaré que ces tendances ne reflètent pas les réductions d’émissions réelles et qu’un rebond rapide est attendu avec la reprise de l’économie.

« Le rythme actuel de déploiement de technologies énergétiques à faible émission de carbone et de solutions d’efficacité énergétique en France n’est pas assez rapide pour que le gouvernement atteigne ses objectifs énergétiques et climatiques, appelant à des efforts politiques plus importants et à des investissements accrus », a déclaré l’AIE. « En particulier, le développement futur de l’approvisionnement en électricité du pays nécessite la mise en place d’une stratégie politique claire ».

« La France est en retard sur ses objectifs de transition énergétique, malgré d’importantes réformes en cours », a déclaré le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol. « Alors que son secteur électrique émet des quantités relativement faibles de carbone, sa consommation globale d’énergie est dominée par les combustibles fossiles, ce qui entraîne une augmentation des émissions, notamment dues aux transports ».

Capacité de production nucléaire

La loi française de transition énergétique pour la croissance verte de 2015 stipulait que la part de l’énergie nucléaire dans l’approvisionnement en électricité serait limitée à 50 % d’ici 2035. Une part de 50 % du nucléaire dans la production d’électricité en 2035 se traduirait par une capacité nucléaire d’environ 52 GW atteinte en arrêtant 14 réacteurs de 900 MW et en mettant en service l’EPR de Flamanville. Deux réacteurs de 900 MW ont été fermés en 2020 sur le site de Fessenheim. Cependant, la loi sur l’énergie et le climat de 2019 a prolongé l’année cible à 2035, l’objectif 2025 étant irréalisable compte tenu du rythme de développement des énergies renouvelables. « Recommandé par un examen de l’AIE en 2015, il s’agit d’une étape bienvenue à l’heure de l’urgence climatique, qui maintient les avantages de l’électricité bas carbone pour la transition énergétique de la France », a déclaré l’AIE.

Le rapport indique : « La sécurité électrique sera au cœur de la transition énergétique propre. Il n’est pas exclu que garantir l’adéquation et la fiabilité puisse nécessiter des ajustements dans le rythme des mesures politiques anticipées, y compris le calendrier de fermeture des réacteurs nucléaires. Il ajoute : « Si le déploiement des énergies renouvelables et les besoins de flexibilité associés ne sont pas accélérés assez rapidement en donnant la priorité à l’exécution et à la mise en œuvre, l’objectif de fermer 14 réacteurs nucléaires peut être difficile à atteindre tout en préservant les marges de capacité de production. Le rapport indique qu’il y a « une visibilité limitée » sur le rôle futur du nucléaire en France au-delà de 2035. « Si la France décide de maintenir la part de 50 % après 2035, l’exploitation à long terme des centrales existantes et de nouvelles constructions seront probablement nécessaires » .L’AIE affirme que le secteur électrique du pays devra être décarboné d’ici 2050, conformément à l’objectif de zéro net de la France d’ici 2050. « Dans la plupart des scénarios, l’énergie nucléaire continuera de jouer un rôle important. (Voir note en fin de billet).

L’AIE a déclaré que le parc nucléaire vieillissant du pays – avec un âge moyen de 35 ans – devra être modernisé pour un fonctionnement à long terme, « à condition que la sécurité soit garantie », pour soutenir une transition énergétique sûre et abordable. Il a déclaré que l’exploitation à long terme des centrales nucléaires dans le cadre d’exigences de sécurité strictes est une manière rentable de produire de l’électricité à faible émission de carbone.

Recommandations

Le gouvernement français devrait « clarifier et revoir les conditions de l’obligation législative de limiter la contribution de l’énergie nucléaire à 50 % de la production d’électricité jusqu’en 2035, au regard des objectifs d’urgence climatique, de neutralité climatique, d’accessibilité financière et de déploiement des énergies renouvelables ». Il devrait également se prononcer sur le rôle du nucléaire au-delà de 2035. L’AIE recommande que le gouvernement assure le financement durable à long terme de la production d’énergie nucléaire, tout en préservant un marché de l’électricité compétitif, y compris la rénovation et la mise à niveau de la sécurité des réacteurs existants et le financement de nouvelles constructions à partir de 2023. En outre, il devrait renforcer la recherche sur l’énergie nucléaire la plus pertinente pour la transition énergétique. « La France approche d’un carrefour, car des décisions clés sur son futur système énergétique doivent être prises rapidement pour s’assurer qu’elle peut atteindre zéro émission nette d’ici 2050 », a déclaré Birol. « En investissant beaucoup plus dans l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et le nucléaire, la France peut accélérer les progrès sur ses objectifs énergétiques et climatiques clés ».

« L’examen par les pairs de l’AIE est très précieux car il consiste en une analyse indépendante des forces et faiblesses de notre politique énergétique, notamment dans le cadre de l’engagement de neutralité carbone d’ici 2050 », a déclaré Barbara Pompili, ministre française de la Transition écologique ajoutant que « Ce bilan intervient à un moment crucial, notamment pour anticiper la préparation du bilan du plan pluriannuel français et la discussion de la loi de programmation énergie et climat en 2023. Le bilan de l’AIE confirme les orientations retenues par la France, fondées sur trois piliers : renforcer l’efficacité énergétique, le développement des énergies renouvelables et le maintien d’une base électrique nucléaire ».

Source : https://iea.blob.core.windows.net/assets/7b3b4b9d-6db3-4dcf-a0a5-a9993d7dd1d6/France2021.pdf et traduction du commentaire paru sur le site World Nuclear News

Note. On retrouve dans la politique énergétique de la France la focalisation démesurée sur la production électrique qui est à plus de 95 % décarbonée. La France n’a pas besoin de s’enfoncer dans l’écueil de la transition énergétique qui n’a aucune signification dans l’état actuel de la production électrique. La mise en place de parcs éoliens est inutile et coûteuse. L’utilisation de sources d’énergies carbonées relève du chauffage domestique, des transports et de l’industrie. Favoriser le chauffage domestique électrique peut constituer une approche encore faudra-t-il rouvrir l’usine de Fessenheim et construire d’autres réacteurs nucléaires. Quant au secteur du transport il s’agirait alors de convertir l’ensemble du parc automobile en véhicules électriques. Or une telle conversion est inenvisageable sans provoquer de graves troubles sociaux. Techniquement une telle reconversion est impossible car la France n’est pas seule au monde et bien d’autres pays pensent également aux véhicules électriques. Rapidement l’approvisionnement en cobalt et lithium sera un problème non résolu. En conclusion, la France compte parmi les meilleurs « élèves » en termes d’émissions de CO2 de tous les pays développés et cette « transition énergétique » si chère aux écologistes, dont fait partie Madame Pompili, relève de la fiction sinon de la stupidité.

Les Allemands (les Verts) ont perdu la raison

Avant la fin de cette année 2021 l’Allemagne mettra à l’arrêt définitif, comme cela était prévu, les installations de production électrique nucléaire de Brokdorf, de Grohnde et de Gundremmingen. Il manquera donc au réseau électrique 4050 MW de puissance au cours de l’hiver qui vient. C’est une pure folie. Afin d’éviter un black-out l’Allemagne devra mettre aussi à l’arrêt toutes les industries fortes consommatrices d’électricité, depuis la chimie jusqu’aux constructions automobiles. En effet, s’il n’y a pas de vent et que les panneaux solaires sont recouverts de neige autant dire que des régions entières de ce pays le plus prospère d’Europe se retrouveront alternativement dans le noir. Qu’à cela ne tienne les Verts, maintenant bien assis au gouvernement, ne lâcheront rien. Avec Corinne Le page les verts allemands ont convaincu leurs homologues français d’obtenir la fermeture de Fessenheim sous le fallacieux prétexte que cette installation était trop près de l’Allemagne. On assiste au dénouement de cette campagne anti-nucléaire allemande. À la fin de 2022, quoiqu’il arrive, les trois dernières usines seront fermées, encore 4000 MW de capacité de production annulés.

La situation de l’Allemagne va donc être extrêmement tendue durant l’hiver à venir. Les tergiversations juridiques pour l’autorisation du fonctionnement du gazoduc Nord-Stream-2 vont inévitablement conduire à un désastre. Les Verts veulent annihiler toute activité industrielle dans leur pays et par conséquent toute vie et toute prospérité. Et la contagiosité de ce parti de fous est remarquable puisque le Ministre allemand de la santé Jens Spahn préconise un confinement d’une année de tous les non-vaccinés. Les Allemands vont-ils rouvrir des camps de concentration. Ils en seraient bien capables …

Note. Le réacteur de Brokdorf mis en service en 1986 est un PWR de 1410 MW, celui de Grohnde est un PWR de 1360 MW mis en service en 1985 et celui de Gunderemmingen est un BWR de 1280 MW mis en service en 1988.

Inspiré d’un billet de Pierre Gosselin paru sur son site notrickszone

« La centrale nucléaire la plus dangereuse est celle que l’on ne construit pas »

Zion Lights est une activiste écologiste, communicante scientifique britannique et ancienne porte-parole du mouvement Extinction­ Rebellion. Isabelle Boemeke est influenceuse pro-nucléaire tandis que Myrto Tripathi, ingénieure française, préside l’ONG « Les Voix du nucléaire ». Dans une tribune, ces trois activistes mêlent – au lieu d’opposer – l’atome et les énergies vertes. (Article paru sur le site Marianne le 13 août dernier)

La crise climatique actuelle n’aura échappé à personne. Dans le même temps, la pollution atmosphérique liée aux combustibles fossiles tue plus de 8 millions de personnes par an. Ces décès sont entièrement évitables. Dans ce contexte, l’énergie nucléaire offre des avantages considérables. Elle contribue à la stabilité de la transition énergétique, à l’amélioration de la qualité de l’air, à la création d’emplois non délocalisables et à la production non-intermittente d’une électricité verte à bas coût dans des centrales qui ont une durée de vie assez longue : jusqu’à 80 ans dans les bonnes conditions de sécurité.

Le nucléaire n’est bien sûr pas la seule solution pour lutter contre le changement climatique et la pollution de l’air. Nous croyons en une cohabitation avec une part croissante de renouvelables à mesure que les technologies qui les portent se développent. Toutes les solutions bas carbone ont un rôle à jouer dans la construction d’un monde plus vertueux. Ce qui nous pousse à ce plaidoyer en faveur du nucléaire est que cette source pourtant propre, bon marché, sûre et durable est trop souvent écartée en vertu d’arguments totalement fallacieux.

TRIOMPHE DE LA DÉSINFORMATION

Il existe un véritable tabou autour de l’atome, qui rend toute discussion factuelle sur ses mérites et défauts impossible. Il n’y a malheureusement aujourd’hui pas d’industrie donnant lieu à plus de fausses informations et de croyances erronées. À titre d’exemple, en France, près de 86 % des 18-34 ans pensent que cette technologie à un impact néfaste sur le climat. Il s’agit pourtant de la seconde énergie la moins émettrice de CO2 après les barrages hydrauliques – et devant le solaire et l’éolien.

Cette tendance est encore plus marquée chez les femmes, qui sont deux fois plus nombreuses à penser que le nucléaire contribue à la production de gaz à effet de serre. Cela peut s’expliquer par le fait que nous sommes traditionnellement plus engagées dans la lutte pour préserver l’environnement, notamment via l’écoféminisme né dans les années 1970, mais aussi par notre association traditionnelle à des figures de « care-giver ».

Après le déni du changement climatique, nous déplorons une sorte de « déni nucléaire ». Il est largement dû à sa perception trop « technique », alors qu’il ne l’est pas plus que les autres technologies que nous utilisons tous les jours, telles que les voitures, les avions, les ordinateurs ou les smartphones. Le nucléaire est mal expliqué, donc incompris, ce qui laisse libre cours aux clivages et à la désinformation.

Le mouvement écologiste a été extrêmement efficace pour communiquer un sentiment antinucléaire et pour associer cette énergie aux armes et accidents nucléaires – une connexion aussi ténue qu’anachronique. Aussi, pour beaucoup, être impliqué dans l’écologie revient à être antinucléaire par principe. Ironiquement, la plupart des mouvements écologistes actuels, qui demandent à nos dirigeants d’écouter les scientifiques sur le climat, se gardent bien d’en faire autant à propos des atouts de nos centrales.

DERRIÈRE L’IMAGE, UNE CATASTROPHE ÉCOLOGIQUE

Cette croisade a un effet terrible. L’atome est frappé par une sorte de stigmate social et le défendre est mal vu. En coulisses, la plupart des experts et des chercheurs le reconnaissent volontiers : « le nucléaire est indispensable et nous devrions l’utiliser ». Mais ils ne le diront pas publiquement.

Cela nuit au développement de la filière : qui va étudier l’ingénierie nucléaire si tout ce que vous entendez en grandissant est qu’il s’agit d’une technologie polluante, dangereuse et sans lendemain ? Imaginez le nombre de cerveaux qui aurait pu continuer à porter l’industrie nucléaire si elle était considérée comme un élément positif pour le monde. Nous voulons porter la voix de la majorité silencieuse qui soutient le nucléaire, de sorte qu’on lui accorde sa « licence sociale ».

Chaque fois qu’une centrale ferme, les gouvernements assurent qu’elle sera remplacée par des énergies renouvelables. Ce n’est malheureusement jamais le cas, et les conséquences sont très réelles : une récente étude (1) indique que la fermeture de la centrale californienne de Diablo entraînerait 15,5 millions de tonnes d’émissions de CO2 supplémentaires au cours de la prochaine décennie. C’est comme si 300 000 voitures à essence roulaient pendant dix ans. Et ce, pour des raisons purement idéologiques.

L’ENJEU DE LA TAXONOMIE VERTE

La même chose pourrait se produire en Europe avec les débats sur la taxonomie verte : la Commission européenne est en train de mettre en place les règles définissant quelle technologie est verte et laquelle ne l’est pas. Cela déterminera l’allocation d’aides au développement des filières et affectera le choix des investisseurs publics et privés, ce qui aura des conséquences immenses pour la recherche et l’innovation.

Plusieurs pays font pression pour exclure le nucléaire de cette taxonomie, ce qui reviendrait de fait à exclure progressivement le nucléaire du mix énergétique européen. Une attaque directe au porte-monnaie qui bloquerait la construction de nouvelles centrales ainsi que le développement des nouvelles technologies permettant de dépasser les faiblesses actuelles du secteur. Le projet Astrid, qui devait permettre de réutiliser les déchets nucléaires comme carburant, a ainsi été suspendu…

NON AU NUCLÉAIRE ET OUI AU GAZ FOSSILE

L’exclusion du nucléaire de cette taxonomie serait un non-sens total. D’autant plus quand on sait que près des trois quarts des émissions humaines proviennent de la consommation d’énergie Dans le même temps, les mêmes qui s’opposent au nucléaire militent pour que le gaz – une énergie fossile, donc – soit inclus dans cette taxonomie, alors que celui-ci génère près de 80 fois plus de CO2 ou équivalent par kilowattheure d’énergie produite.

La question ne devrait pas être « le nucléaire est-il une solution ? », mais bien « de combien de nucléaire avons-nous besoin pour verdir nos pays ? ». Mais aujourd’hui, le débat est monopolisé par les arguments trompeurs de militants antinucléaires – un peu comme si on n’écoutait que des antivax pour trouver des solutions possibles au Covid-19 ou des platistes pour déterminer la forme de la Terre.

Notre constat, bien au contraire, est que, compte tenu de l’urgence climatique, nous avons besoin d’énergie décarbonée, et le nucléaire est une source incontournable. En conséquence, il faut construire plus de réacteurs, pas moins – et ce, de toute urgence. Aujourd’hui, la centrale nucléaire la plus dangereuse, c’est celle qu’on ne construit pas. De nombreuses femmes l’ont compris et sont à l’avant-garde d’un élan pronucléaire, loin des clichés. Espérons que nous puissions inspirer les Greta Thunberg de ce monde, qui écartent aujourd’hui le nucléaire pour de mauvaises raisons.

(1) Le Joint Research Center a rendu le 26 mars 2021 un rapport à la Commission européenne affirmant que le nucléaire peut être qualifié d’énergie verte.

Note. J’ai contacté Myrto Tripathi via le site « La voix du Nucléaire » sans réponse de cet organisme à ce jour bien avant de me décider à mettre cet article sur mon blog.

Histoire d’hélium … un juteux business pour le Canada

L’hélium est un gaz important pour de nombreuses applications mais il y en a trop peu dans l’atmosphère pour qu’il soit techniquement possible de le récupérer. Il existe donc une autre source qui est le gaz naturel. Ce gaz combustible contient entre 2 et 7 % d’hélium avec des traces de néon. Cet hélium est issu de la lente désintégration des éléments radioactifs contenus dans la croute terrestre mais également des plus grandes profondeurs magmatiques. Alors cet hélium, comme le gaz naturel, issu lui d’un lent processus de transformation bactérienne de matières organiques diverses, va être piégé dans des structures géologiques imperméables où il s’accumule comme ce gaz naturel. À l’heure actuelle la plus grande unité au monde de récupération de cet hélium se trouve au Qatar, une usine de la société Air Liquide jouxtant les installations de liquéfaction du gaz naturel de cet émirat. L’hélium y est purifié et stocké sous forme liquide ou sous haute pression pour être ensuite expédié aux clients disséminés dans le monde entier. Les usages de l’hélium sont d’abord les ballons-sonde météorologiques et dans le registre des ballons un usage récréatif pour gonfler les ballons des enfants et dans ce cas il s’agit d’un usage conduisant à une perte du gaz car cet hélium traverse l’enveloppe des ballons et ceux-ci finissent pas se dégonfler. L’autre usage de l’hélium est indispensable pour réaliser certaines soudures d’alliages spéciaux comme par exemple les tubes d’assemblage en Zircaloy du combustible des réacteurs nucléaires. L’une des utilisations à l’état liquide est le refroidissement des bobinages des installations de résonance magnétique nucléaire utilisées en imagerie médicale ainsi que dans d’autres applications industrielles.

Enfin parmi les applications nucléaires la toute récente mise en fonctionnement du premier réacteur nucléaire à très haute température a mis en œuvre de l’hélium comme fluide caloporteur pour refroidir le cœur du réacteur et servir de source de haute température pour toutes sortes d’application dont, dans un avenir proche, la production massive et à bas cout d’hydrogène. L’hélium naturellement présent dans le gaz naturel retenu dans des formations géologiques favorables contient également des traces de l’isotope hélium-3 en quantités infimes, la très grande majorité de ce gaz étant constitué d’hélium-4. Je vais maintenant expliquer quelles sont les applications de cet isotope léger de l’hélium et exposer les sources d’approvisionnement de ce type d’hélium qui présente un intérêt commercial évident.

Inutile de tenter de séparer l’hélium-3 de l’hélium-4 car il représente seulement 0,000137 % de ce dernier. Pourquoi l’hélium-3 présente quelques intérêts. D’abord à l’état liquide il bout à 3,2°K alors que pour l’hélium-4 cette température d’ébullition est de 4,23°K. Cette différence semble ne rien représenter et pourtant l’hélium-3 est promis à un immense avenir dans le développement des ordinateurs quantiques. En ce qui concerne l’imagerie médicale l’hélium-3 qui comme tous les gaz inertes se trouve à l’état atomique et non moléculaire possède un spin de ½ contrairement à l’hélium-4 dont le spin est égal à zéro et cette propriété peut être mise à profit dans la visualisation de certains processus biologiques par résonance magnétique nucléaire. Ce domaine n’est pour l’instant que très peu exploré en raison de la rareté de cet isotope. L’hélium-3 est utilisé pour la détection de neutrons à l’aide de compteurs type Geiger dans les installations portuaires pour déceler les trafics illicites de matières radioactives. Enfin, dans la théorie l’hélium-3 serait un bon candidat pour la fusion nucléaire telle qu’elle est envisagée à un stade industriel dans le prototype ITER. Encore une fois la rareté extrême du lithium-3 n’a pas permis d’inclure ce gaz dans les processus de fusion nucléaire dans le cadre d’un développement industriel de cette technologie.

Tout le problème réside dans la production d’hélium-3 économiquement rentable.

C’est pourquoi le Canada s’intéresse au plus haut point à la production d’hélium-3. Pourquoi le Canada ? Car l’essentiel de la production électrique d’origine nucléaire de ce pays provient de réacteurs de type CANDU dont le fluide de refroidissement est de l’eau lourde, c’est-à-dire de l’eau constituée de deux atomes de deutérium et d’un atome d’oxygène. Lorsque ces atomes de deutérium captent un neutron provenant de la fission du combustible nucléaire il se forme du tritium. Comme les réacteurs CANDU présentent la particularité de ne jamais être arrêtés pour rechargement en combustible puisque ce processus est effectué en continu de l’hélium à l’état gazeux s’accumule et l’installation est régulièrement purgée de ce gaz. Le tritium est radioactif et sa demi-vie est d’environ 12 ans. L’hélium-3 est le produit de l’émission par le tritium d’un électron de très faible énergie et d’un neutrino. La centrale nucléaire de type CANDU de Darlington dans l’Etat de l’Ontario a donc décidé de récupérer cet hélium-3 plutôt que de le rejeter dans l’atmosphère et le conditionner pour les utilisateurs. Avec un prix d’environ 1400 dollars le gramme, environ 7 litres (45 fois plus que l’or en poids), on comprend que les Canadiens s’intéressent de très très à ce marché. L’hélium avec lequel on gonfle les ballons pour les enfants coute un peu plus de 3 dollars le m3 … Pour l’anecdote les millions de m3 d’eau tritiée stockés autour de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi depuis maintenant plus de 10 ans ont produit des centaines de litres d’hélium-3 facilement récupérables dans le gaz se trouvant au dessus de ces réservoirs mais les quantités sont très faibles pour qu’un processus de récupération soit envisageable car les réservoirs de stockage n’ont pas été conçus à cet effet. Et puisque j’ai fait cette diversion le tritium n’est pas dangereux. L’électron émis lors de la désintégration pour produire de l’hélium-3 est moins dangereux que les électrons émis par les vieux téléviseurs à tube cathodique dont plusieurs générations de téléspectateurs se sont gavés sans aucun effet pathologique puisque ces électrons émis par le tritium lors de sa désintégration sont incapables de traverser la couche de peau morte de l’épiderme. Quoiqu’en pense l’opinion internationale toute cette eau faiblement tritiée à Fukushima-Daiichi peut tout simplement être rejetée dans l’océan sans qu’il y ait une quelconque incidence sur la faune alieutique. Bref, les Canadiens ont trouvé un filon en or et c’est tant mieux pour eux …

Energie nucléaire : la Chine définitivement en avance !

Avec quelques jours d’intervalle le monde entier a appris que la Chine était devenue l’incontestable leader mondial de l’énergie nucléaire du futur : le chargement en combustible du premier réacteur nucléaire à très haute température et la mise en fonctionnement d’un réacteur à sels de thorium fondu. Ces deux programmes de démonstration ont été planifiés il y a plus de dix ans et ont chacun nécessité le travail de milliers d’ingénieurs souvent formés dans des universités occidentales et de techniciens hautement qualifiés ainsi que le savoir-faire d’une multitude de petites entreprises de haute technologie. La Chine s’oriente donc résolument vers un avenir énergétique fiable et peu onéreux.

Le réacteur à très haute température refroidi avec de l’hélium est situé à Shidaowan dans la province du Shandong. Il s’agit de deux unités qui fourniront de la vapeur de très haute qualité pour alimenter une turbine de 210 MW électriques. La première unité est déjà opérationnelle et le complexe sera raccordé au réseau électrique avant la fin de cette année. La construction de cette usine a débuté en décembre 2012. La température de l’hélium en sortie de réacteur est de 750°C et après passage dans un générateur de vapeur cet hélium refroidi à 250°C retourne dans le réacteur. Le réacteur lui-même se trouve dans une cuve de 11 mètres de haut et de 3 mètres de diamètre comprenant des déflecteurs en graphite et des barres de contrôle entourant un dispositif innovant constitué d’un lit fluidisé de billes de combustible de 60 millimètres de diamètre. À pleine charge le combustible comprend 420000 billes de céramique contenant chacune 7 grammes d’uranium enrichi à 8,5 % d’isotope 235. Il faut un mois pour que le chargement soit complet.

L’intérêt d’un tel dispositif est que le réacteur peut fonctionner sans arrêt de rechargement puisque celui-ci peut être effectué en continu et en cas d’incident les billes peuvent être stockées dans des cuves ayant un volume tel que le processus de fission s’arrête en raison du déficit de quantité critique d’uranium. Il s’agit pour l’instant d’un prototype néanmoins producteur d’électricité qui permettra aux ingénieurs de se former pour l’étude d’unités de puissance plus importante ainsi que pour développer toutes les technologies afférentes dont en particulier la production d’hydrogène.

L’autre innovation chinoise se trouve implanté à WuWei dans la province du Gansu. Il s’agit du premier réacteur à sels fondus de thorium. Bien que cette technologie ait été explorée au début des années 1960 aux USA elle n’a jamais fait depuis l’objet de nouvelles recherches car le fonctionnement de ce réacteur est beaucoup plus problématique. Le fonctionnement en continu d’une telle installation requiert absolument une unité de retraitement chimique en ligne afin de séparer les produits de fission qui empoisonnent le fonctionnement normal de la fission en raison de leur très grande section de capture des neutrons. L’isotope naturel du thorium est le thorium-232 qui n’est pas « fissile » comme l’uranium-235 ou le plutonium-239. Il faut donc une source de neutrons pour initier la réaction nucléaire. Celle-ci est constituée d’uranium-235. Le thorium-232 capte un neutron et se transforme alors en uranium-233. Mais la situation se complique avec l’apparition de protactinium-233. Tous ces métaux se trouvent sous forme de fluorures mixtes fondus à partir d’une température d’environ 290°C. Le prototype de 3 MW thermiques permettra surtout d’étudier le cycle du combustible, le flux de neutrons étant particulièrement délicat à contrôler. Depuis 1969 aucun pays dans le monde n’a envisagé la construction d’un tel prototype.

Pourquoi s’intéresser au thorium ? D’abord parce que le thorium est beaucoup plus abondant que l’uranium et ensuite parce que la Chine accumule des quantités impressionnantes de « stériles » provenant de la purification des terres rares, stériles très riches en thorium. Pour clore ce deuxième chapitre il n’existe aucune information disponible quant au choix technologique des ingénieurs chinois : simple flux ou double flux. S’il s’agit de la technologie double flux la Chine est alors très novatrice en ce qu’un tel dispositif peut fonctionner indéfiniment car il ne comporte pas de réflecteur en graphite mais il est beaucoup plus complexe à mettre en œuvre (voir le lien wikipedia ci-dessous). Si les ingénieurs chinois réussissent ils auront fait franchir un grand pas à l’humanité qui n’aura alors dans l’avenir plus aucun problème d’énergie.

Sources : World Nuclear News, https://www.nature.com/articles/d41586-021-02459-w et

https://en.wikipedia.org/wiki/Liquid_fluoride_thorium_reactor#Removal_of_fission_products

Nouvelles du Japon. L’HTTR va être redémarré.

Le Japon ne dispose d’aucune source d’énergie fossile et ce pays trop respectueux de ses paysages admirables n’a pas l’intention de recouvrir ses montagnes, ses forêts ses vallées et ses bords de mer d’éoliennes. Depuis de nombreuses années le Japon a développé une énergie nucléaire susceptible de satisfaire en partie aux besoins en énergie du pays mais pas seulement pour la production d’électricité car, un peu comme la Chine aujourd’hui, ce pays a vite compris que l’énergie nucléaire ouvrait des possibilités technologiques qu’il était difficile d’atteindre par d’autres approches. D’ailleurs quand les ingénieurs nippons ont piloté la première montée en puissance du réacteur expérimental HTTR (High Temperature Test Reactor) en novembre 1998 ils ignoraient que 20 ans plus tard cette utilisation de l’énergie nucléaire allait devenir la préoccupation de plusieurs pays dans le cadre de la production industrielle et à bas coût d’hydrogène.

L’HTTR japonais est un petit réacteur expérimental de 30 MW thermiques situé près de la localité d’Oarai dans la préfecture d’Ibaraki au nord-est de Tokyo, près de l’océan. Cette installation fut mise à l’arrêt en février 2011 (quelques jours avant le grand tremblement de terre du 11 mars 2011) pour effectuer des travaux divers. Il s’agit d’un réacteur compact comprenant un modérateur de neutrons constitué de graphite refroidi avec de l’hélium. Les travaux réalisés ont surtout concerné la mise au point du combustible et l’étude de la résistance des matériaux et des composants mobiles de l’installation dont les pompes de circulation de l’hélium de refroidissement ainsi que la mise au point d’échangeurs à haute température. La mise au point du combustible constitué d’uranium enrichi à 6 % d’isotope 235 est le problème central qui a pu être résolu durant les années de fonctionnement de l’installation. Il s’agit de billes d’uranium recouvertes de céramique et incorporées dans des prismes hexagonaux de graphite constituant l’assemblage proprement dit de combustible. Le redémarrage de cette unité expérimentale le 30 juillet 2021 a surtout pour but d’étudier la faisabilité de l’adjonction d’une petite unité de production d’hydrogène et de tester des échangeurs hélium-hélium ou hélium-eau pour le fonctionnement d’une turbine. Ces travaux intéressent de nombreux pays et sont en partie financés par l’Agence de l’Energie Nucléaire de l’OCDE pour la production d’hydrogène par électrolyse à haute température ou par le cycle thermochimique soufre-iode.

Source : World Nuclear News, illustration JAEA

Pourquoi l’énergie nucléaire s’impose-t-elle?

En dehors de quelques pays européens qui font de la politique énergétique démagogique et électoraliste, le reste du monde s’engage résolument dans la voie nucléaire. Les projets de développement y sont de plus en plus nombreux, mais aussi de plus en plus variés, notamment avec l’émergence des SMR (Small Modular Reactors).

Par Roger Stump, analyste financier, 8 juillet 2021 sur le site investir.ch

Voici tous les avantages comparatifs de l’industrie nucléaire

  1. L’énergie nucléaire est pilotable* (voir notes en fin de billet), donc produite à la demande. C’est indispensable à la stabilité du réseau électrique où offre et demande doivent toujours correspondre.
  2. L’énergie nucléaire produit 2 fois moins de CO2 que l’éolien et 7 fois moins que le photovoltaïque.
  3. La quantité de matériaux nécessaires à la construction d’une centrale nucléaire est respectivement 9 et 14 fois inférieure à celle nécessaire pour l’éolien et le photovoltaïque pour produire le même térawatt/heure.
  4. Le nucléaire nécessite 1000 fois moins de surface au sol que l‘éolien et le solaire pour produire le même TWh.
  5. L’énergie dégagée par la fission de l’uranium génère plusieurs centaines de milliers de fois plus d’énergie que la combustion d’une quantité équivalente de charbon, de pétrole ou de gaz, d’où une quantité très faible de déchets en proportion de la quantité d’énergie produite.
  6. Pour pourvoir un être humain occidental en énergie pour toute sa vie, il suffit de 6 kilos d’uranium, soit le volume d’une cannette de coca (l’uranium étant 19 fois plus lourd que l’eau). Pensez ne serait-ce qu’à la quantité d’essence que chacun de nous a déjà consommé dans sa vie !
  7. En moyenne, le facteur de charge d’un réacteur nucléaire est de 92%, ce qui fait de l’énergie nucléaire la plus fiable de toutes, bien loin devant le gaz (55%) et le charbon (54%), et évidemment l’éolien et le solaire.
  8. De toutes les industries énergétiques, le nucléaire est la plus sûre et son bilan humain (90 décès par 1000 TWh) est même inférieur à celui de l’éolien (150), du solaire (440) et de l’hydroélectrique (1400).
  9. Les déchets totaux de l’industrie nucléaire depuis sa naissance représentent le volume d’un stade de foot de 10 mètres d’épaisseur, soit 100000 m3 ou 2 millions de tonnes. Aucune industrie au monde ne s’astreint à une gestion aussi précise de ses déchets et, à ce jour, aucune irradiation, aucun accident n’a jamais été à déplorer avec des déchets nucléaires. Notez aussi qu’une grande partie des déchets sont susceptibles d’être encore réutilisés dans le futur avec l’émergence d’autres technologies de fission nucléaires ou de production de batteries utilisant la radioactivité !

Le marché de l’uranium en deux graphiques

Le premier illustre les ratios de couverture en uranium des opérateurs de centrales nucléaires européens et américains (environ 50% du total des réacteurs). Cette situation est inédite.

Les besoins non-couverts par des contrats à terme devront être comblés dans un marché souffrant déjà d’un déficit de production.
Rappelons au passage que les stocks des producteurs sont également au plancher!

Le deuxième illustre le déficit de l’offre d’uranium dans le contexte d’une demande en croissance selon deux scénarios établis l’année dernière par le World Nuclear Association. L’évolution actuelle de la demande penche désormais clairement vers le scénario le plus élevé.

Des exemples récents illustrent le propos. Parmi ceux-ci citons Shikoku Electric (Japon) qui se prépare à redémarrer son réacteur Ikata No3 le 12 octobre prochain. Il avait été stoppé en décembre 2019 sur décision d’une cour de justice. Aux Etats-Unis Duke Energy vient de faire les démarches en vue d’une demande de renouvellement/prolongation de licence d’exploitation jusqu’à 80 ans de ses trois réacteurs de la centrale d’Oconee en Caroline du Sud, jusqu’en 2053 et 2054 et l’administration Biden prend des mesures pour constituer une réserve d’uranium, une proposition faite sous l’ère Trump. La Société CEZ Group qui exploite la centrale nucléaire de Dukovany II en République Tchèque a sollicité une offre de trois constructeurs pour un nouveau réacteur. En Inde, la construction de deux nouveaux réacteurs russes de plus de 1000 MW chacun a démarré, les unités 5 & 6 de la centrale de Kudankulam. Plus globalement, selon la World Nuclear Association, on compte actuellement 445 réacteurs en fonction, représentant une puissance 24/7 installée de 396 GW. 60 réacteurs sont en construction (66 GW), 99 sont en planification avancée ou commandés et 325 sont proposés. La Chine qui veut augmenter de 40% sa puissance nucléaire d’ici à 2025 et l’Inde qui planifie de tripler son parc nucléaire pour 2030 sont deux acteurs majeurs de ce secteur.

Quid du prix de l’uranium?

Le sommet historique du prix de l’uranium de 140$/lb atteint en mai 2007, ajusté de l’inflation, serait aujourd’hui de 177 $/lb. Le prix actuel de la livre d’uranium navigue aux environs des 32 dollars. Un minimum de 45-50 dollars (niveau du coût moyen d’extraction) est requis pour redémarrer les mines en maintenance et un prix de 65-70 dollars pour développer les nouvelles mines nécessaires à rétablir l’équilibre. Or, il faut 8 à 10 ans pour qu’une mine atteigne le stade de la production, et la production requise de ces mines doit représenter celle de deux fois le Kazakhstan, le plus gros producteur du monde (35%)…

Mais encore

De part et d’autre de l’Atlantique, le bon sens semble vouloir définitivement l’emporter. Les Etats-Unis affichent désormais leur intention d’inclure le nucléaire dans les énergies propres, alors que de l’autre côté, le rapport du groupe d’experts mis en place par la Commission européenne est favorable à l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie des investissements durables, ce qui devrait ainsi faire intégrer le nucléaire à l’acte délégué sur la finance verte. Cette perspective n’est pas sans conséquence sur le secteur uranifère, car si un seul petit pourcent des fonds de placement ESG devait lui être alloué, ce pourcent aurait la capacité d’acheter 100% de toutes les sociétés uranifères listées à trois fois le prix actuel …

Notes explicatives. La puissance d’un réacteur est modulable (pilotable) entre 95 et 100 % de sa puissance nominale. Pour un réacteur d’une puissance de 1000 MWe il s’agit donc de 50 MWe soit 1/6e de la puissance d’une centrale thermique de taille moyenne. En dessous de 95 % la qualité de la vapeur se dégrade et l’exploitant évite de dépasser ce seuil. À propos du CO2 ces chiffres sont pessimistes car un réacteur nucléaire peut fonctionner jusqu’à 80 ans alors que la durée de vie d’une éolienne est au mieux de 25 ans. Il s’agit ici des émissions de CO2 pour la construction de ces installations. Autre précision le facteur de charge de 92 % comprend les opérations de changement du combustible hors arrêts de maintenance de plus longue durée planifiés à l’avance.

En ce qui concerne les déchets générés par les réacteurs à neutrons lents dits thermiques type PWR les données figurant dans l’énumération ci-dessus ne font pas état du retraitement. Ce retraitement consiste à éliminer les produits de fission et certains transuraniens. Le plutonium, transuranien le plus léger, peut-être réutilisé comme combustible en remplaçant l’uranium-235. Quelques pays seulement utilisent le MOX, combustible contenant du plutonium, il s’agit en premier lieu de la France puis de la Russie, du Japon et enfin de l’Inde. Partant du fait que lors d’un cycle du combustible une infime fraction de ce dernier est effectivement consommée, le retraitement réduit notoirement les volumes de déchets dits radioactifs. L’uranium « appauvri » n’est pas pris en compte dans les déchets. En attendant des jours meilleurs, comprenez le développement inévitable des surrégénérateurs, cet uranium appauvri non fissile, essentiellement de l’uranium-238, est stocké sous formes d’oxydes.