Les néonicotinoïdes. Des agitations médiatiques : pour rien ?

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Je ne suis plus très bien informé de la situation politique et médiatique française et c’est en lisant Contrepoints que j’ai cru comprendre qu’un débat avait eu lieu récemment au sujet des néonicotinoïdes et de leurs effets sur les insectes butineurs dont les abeilles en particulier. Le même débat fait également rage en Europe. Il semblerait que certains de ces insecticides soient interdits en Europe en 2018 pour justement préserver la santé des ruches. Mais qu’en est-il exactement ? Il est important de remarquer ici que le fameux principe de précaution entre encore une fois en scène car il existe toujours beaucoup de « flou » dans cette histoire à rebondissements des néonicotinoïdes.

Deux articles parus dans la revue scientifique Science viennent clarifier la situation. Il s’agit d’une étude réalisée dans la partie méridionale de l’Etat de l’Ontario et d’une large autre étude réalisée en Europe, en Grande-Bretagne, en Allemagne et enfin en Hongrie sur 33 sites différents. L’étude réalisée en Europe est à peu près claire : certains néonicotinoïdes ont un réel effet sur la vitalité des ruchers comme par exemple la clothianidine alors qu’un autre néonicotinoïde, le thiaméthoxane ne présente pas d’effet toxique. De plus les résultats varient selon que l’étude a été réalisée en GB, en Allemagne ou en Hongrie, observation qui a laissé les auteurs de l’étude sous la direction du Docteur Woodcock plutôt perplexes. Et la situation s’est trouvée encore plus compliquée puisque les néonicotinoïdes ont paradoxalement un effet bénéfique sur la vitalité des butineurs sauvages solitaires ou sociaux comme le bourdon commun (Bombus terrestris) ou l’osmie rousse (Osmia bicornis, illustration). L’étude a été menée sur des ruches situées près de champs de colza dont les graines avaient été enrobées avec un cocktail de pesticides pour être plus aisément semées avec des machines comme c’est maintenant un pratique courante pour les grandes cultures. Aucun néonicotinoïde n’a été utilisé directement sur les cultures avant ou durant la floraison.

Il ressort de cette étude que les quantités de néonicotinoïdes présents dans le pollen apparaissent trop faibles pour présenter un effet délétères sur les abeilles. Je rappelle à mes lecteurs que cette classe d’insecticides est systémique, en d’autres termes les doses relativement faibles présentes dans l’enrobage des graines migrent dans toutes les parties de la plante en cours de croissance et sont dès lors diluées, si on peut dire les choses ainsi, n’en déplaise aux pourfendeurs des insecticides de ce type dont les doses utilisées dépassent rarement une vingtaine de grammes par hectare.

L’étude réalisée au Canada a clairement montré que les abeilles n’étaient pas exposées aux néonicotinoïdes lors du butinage mais plutôt lors des semis, dans ce cas de soja dont les graines étaient également enrobées. Cette observation remet en cause toutes les observations et études réalisées auparavant : c’est la poussière dégagée par les machines semeuses qui est toxique pour les abeilles et non pas le pollen lui-même qui n’a qu’un effet mineur avec encore une fois une grande variabilité des résultats et des quantités de matière active encore une fois trop faibles pour pouvoir présenter un effet notoire sur la vitalité des ruchers. Cependant les divers scientifiques qui ont participé à ces études restent tout de même prudents car malheureusement aucune étude n’a jamais été réalisée avec des doses infinitésimales de néonicotinoïdes du même ordre de grandeur que celles rencontrés dans le pollen. Il est donc déplorable d’agiter un drapeau noir ou rouge – à vous de choisir la couleur – comme le font les écologistes politisés et fondamentalistes puisqu’il n’y a toujours pas de preuves tangibles de la réelle toxicité des néonicotinoïdes quand ceux-ci sont utilisés dans les règles de l’art.

J’ai eu pour ma part plusieurs échanges de courriers électroniques avec le Docteur Woodcock qui a eu l’honnêteté de me déclarer ceci (je cite) :

« Je pense que les produits systémiques sont la voie à adopter, j’aime la nature ciblée de leur utilisation. La question que je vois actuellement est de trouver des approches atténuantes pour les utiliser efficacement. Au Royaume-Uni ils pourraient être appliqués de manière prophylactique à chaque culture : la clothanidine pour les céréales et le tandem clothianidine/thiaméthoxane pour le colza compte tenu des résultats actuels qui ne sont pas fiables. Les effets sur les abeilles sont très subtils et je soupçonne que les populations robustes d’abeilles soutenues par la création d’un meilleur habitat à proximité des grandes cultures, leur procurant un environnement de meilleure qualité pourrait parfaitement compenser l’impact de ces pesticides. Malheureusement ce n’est pas ainsi que la réglementation fonctionne car elle ne tient pas compte du passage par l’agriculteur d’une matière active à une autre, seul est pris en considération l’impact du pesticide. Je suis désolé pour beaucoup d’agriculteurs qui ne bénéficient pas directement des insectes pollinisateurs (cas du blé par exemple) qui pâtiront d’une régulation sur ces néonicotinoïdes qui pourrait porter préjudice à leur situation financière pour simplement satisfaire un désir sociétal non justifié de préservation quel qu’en soit le coût des insectes pollinisateurs dont les abeilles en particulier« .

Le commentaire du Docteur Woodcock a le mérite d’être clair, je laisse à mes lecteurs le soin d’en juger par eux-mêmes …

Sources : Science, 356, 1393-1395 (2017) du 30 juil 2017 doi : 10.1126/science.aaa1190 et Science, 356, 1395-1397 (2017) du 30 juin 2017 doi : 10.1126/science.aaa7470 Illustration couple d’osmies (Wikipedia)

Le Roundup revient sur le devant de la scène européenne

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Depuis 1974, année mémorable pour la firme Monsanto qui commercialisa pour la première fois le glyphosate sous le nom de Roundup, combien y a-t-il eu de morts prouvées comme étant la conséquence directe de cet herbicide alors que des centaines de millions de personnes ont utilisé ce produit ?

Au début des années 1990 une Australienne s’est suicidée en avalant une bonne louche de cet herbicide, c’est tout ! Après autopsie réalisée à la demande de Monsanto (bien que ce fait n’ait jamais été officiellement reconnu) il fut prouvé sans contestation possible qu’elle était morte en raison d’un oedème pulmonaire fulgurant dont la cause était la formulation contenant des tensioactifs puissants et non pas la matière active elle-même du Roundup. Avalez une louche de liquide pour vaisselle les conséquences seront identiques : vous mourrez d’un oedème pulmonaire. Toutes les études consistant à rechercher la toxicité ou la carcinogénicité du glyphosate ont été réalisées avec la matière active et non la formulation de ce produit : elles sont donc toutes sans valeur. Pour un chimiste ou un biochimiste qui connait son métier il est impossible que la molécule de glyphosate puisse interférer avec l’ADN d’une quelconque manière que ce soit et provoquer l’apparition de cancers. C’est pourtant ce que l’organisme onusien IARC (Centre International de Recherche sur le Cancer) a déclaré il y a maintenant deux années en classant le glyphosate parmi les carcinogènes potentiels, un qualificatif obscur qui a relancé la controverse sur cet herbicide utilisé dans le monde entier en raison de son efficacité et de son coût modéré depuis plus de 40 ans.

L’Echa – agence européenne des produits chimiques – vient de conclure (15 mars 2017) que le glyphosate ne présentait aucun effet carcinogène dans la foulée des recommandations de l’EFSA (Agence Européenne pour la Sécurité Alimentaire) qui allaient dans le même sens. Comme on pouvait s’y attendre l’ONG multinationale et tentaculaire Greenpeace n’a pas attendu pour monter au créneau et bombarder du haut de sa superbe les experts tant de l’Echa que de l’EFSA en considérant que les conclusions de ces organismes étaient sans valeur, arguant du fait que ces experts travaillaient pour le compte de Monsanto ou avait été payés au moins quelques mois durant leur carrière par cette firme.

Il faut dire que Greenpeace excelle dans la stratégie du mélange des genres pour mieux entretenir la confusion. Le raisonnement de cet organisme qui oeuvre pour semer la terreur est le suivant : puisque Monsanto a mis au point des plantes génétiquement modifiées pour résister au glyphosate, le glyphosate est donc dangereux comme les plantes transgéniques le sont ou sont supposées l’être. En effet, la bête noire de Greenpeace est la firme Monsanto et tous les moyens – y compris les plus fallacieux – sont bons pour ternir la réputation de cette firme. À la suite des conclusions de l’Echa l’Agence Européenne pour la Protection des Cultures (ECPA) a déclaré qu’enfin la science prévalait sur les décisions politiques largement inspirées des conclusions erronées de Greenpeace et des fonctionnaires de l’IARC.

Puisque ce billet mentionne Monsanto, le leader mondial des plantes vivrières de grande culture génétiquement modifiées, la situation est identique à celle du Roundup. Depuis maintenant 40 ans que les êtres humains et les animaux consomment ou utilisent des plantes transgéniques et leurs produits dérivés, je pense au soja, au maïs et au coton, combien de personnes (ou d’animaux) se sont retrouvés indisposés ou malades après avoir consommé ces produits ? Combien de cas de relation directe de cause à effet ont été dûment répertoriés et étudiés ? Si j’ai mentionné le coton il ne faut pas oublier que la plupart des huiles végétales utilisées en cuisine contiennent des quantités non négligeables d’huile de graines de coton. Quant à la lécithine de soja transgénique elle se retrouve dans toutes les sauces et mayonnaises industrielles dans le monde entier …

Mais revenons au glyphosate. Pour l’anecdote, je me souviens avoir eu une discussion haletante avec des « formulateurs », ces spécialistes de la mise au point de formules permettant à une molécule chimique de pénétrer dans une plante, un insecte ou un champignon phytopathogène. Les formules mises au point par les firmes agrochimiques sont tenues secrètes. Elle ne sont protégées par aucun brevet car il s’agit d’un savoir-faire industriel. Personne ne connait la composition exacte des formulations qui contiennent parfois jusqu’à dix produits différents ! J’avais demandé à un formulateur si telle molécule dont j’avais mis en évidence la présence dans un champignon phytopathogène provenant de la dégradation d’un fongicide pouvait elle-même être considérée comme un fongicide potentiel. À la simple vue de la molécule il me répondit tout simplement « certainement pas, il faut la formuler « . Je découvris ainsi l’aspect parfois empirique de cette discipline particulière de l’agrochimie.

Greenpeace ne veut pas en rester là et a organisé une pétition citoyenne à l’échelle européenne pour que, forte d’un million de signatures, cette ONG puisse officiellement infléchir la Commission Européenne afin qu’elle ne revienne pas sur l’interdiction de l’utilisation du glyphosate et qu’elle entérine une autre décision beaucoup plus inquiétante pour le monde agricole, la réduction de l’usage des pesticides quels qu’ils soient à l’échelle européenne et à terme l’interdiction totale de leur utilisation. Autant dire que les agriculteurs qui se trouvent tous dans une situation économique précaire apprécieront les errements idéologiques infondés de cette ONG dont le rôle consiste uniquement à répandre la terreur, une terreur totalement infondée …

Source partielle : The Guardian

Vers une « séralinisation » de la Commission Européenne ?

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Au menu de l’ordre du jour de la Commission Européenne cette fin de semaine, la reconduction de l’autorisation du glyphosate ou son interdiction en Europe … Les organisations non gouvernementales qui se sont donné pour objectif d’orienter idéologiquement les instances décisionnelles européennes se frottent les mains d’avance : enfin une agriculture propre sans cet horrible pesticide de la non moins horrible société Monsanto qui provoque(rait) des cancers.

Il y a deux problèmes dans cette affaire qui pourrait ruiner une partie de l’agriculture. D’une part l’allégation de l’OMS via le Centre International de Recherche sur le Cancer (IARC) de considérer le glyphosate comme cancérigène est fausse car il n’y a jamais eu d’évidence depuis près de 30 ans que le glyphosate provoquait des cancers en particulier chez les personnels exposés directement à ce produit et à sa formulation. L’affirmation de l’IARC est tout simplement fantaisiste.

L’autre problème est beaucoup plus préoccupant ! Une étude très sérieuse menée indépendamment de la firme Monsanto par des agronomes de l’Université du Kansas et supervisée par les Départements de l’Agriculture tant du Canada que des USA a évalué le coût de l’interdiction des désherbants en général et du glyphosate en particulier puisque c’est le pesticides le moins coûteux et le plus efficace pour contrôler les mauvaises herbes dites adventices dans les cultures.

Malgré le fait que les améliorations génétiques des plantes de grande culture ont permis d’obtenir des rendements très améliorés en l’espace de moins de 50 ans, les « mauvaises herbes » constituent toujours un problème majeur pour les agriculteurs.

L’étude s’est intéressée au maïs et au soja, deux grandes cultures importantes économiquement pour le Canada et les USA. Des essais en plein champ ont été réalisés durant 5 années sur des parcelles traitées ou non avant les semis par du glyphosate. Les semences utilisées étaient des variétés résistantes ou non au glyphosate. Les résultats obtenus sont indubitables. Pour le maïs, la chute de rendement observée est de 52 % et pour le soja elle est de 49,5 % sans « désherbage » systématique préalable.

Naturellement et comme on peut s’y attendre les écologistes ultra-politisés réfuteront cette étude puisque le rendement maximal obtenu est celui de sojas et de maïs résistants au glyphosate semés sur des champs traités avec cet herbicide au moment des semis. Néanmoins, il faut se rendre à l’évidence et se mettre à la place de l’agriculteur nord-américain. Si on lui interdit l’utilisation d’un désherbant il mettra tout simplement la clé sous le paillasson, les pertes potentielles ayant été estimées seulement pour le Canada et les USA à 43 milliards de dollars par an.

Les agriculteurs européens ne sont pas autorisés à cultiver des maïs hybrides F1 résistants au glyphosate mais ils utilisent cet herbicide pour préparer les champs dans une certaine limite qui ne détruit malheureusement pas tous les adventices. Les rendements des cultures de maïs en Europe sont de l’ordre de 30 % inférieurs à ceux obtenus couramment en Amérique du Nord dans des conditions optimales. Sans désherbant la seule alternative est de herser les champs à plusieurs reprises avant les semis (qui doivent être retardés) dans le but de détruire les adventices, une opération coûteuse en temps, en carburant et en matériel. La WSSA (Weed Science Society of America, société pour la science des adventices) insiste sur le fait que le désherbage mécanique est un pis-aller économique et environnemental.

Si la Commission Européenne interdit le glyphosate, elle signera l’arrêt de mort d’un des rares secteurs agricoles européens encore rentables, celui des céréaliers. Mais pas seulement car les adventices sont aussi un facteur loin d’être négligeable pour les rendements d’autres cultures comme les pois, les betteraves ou encore les fruits et légumes et les pommes de terre. Les agriculteurs européens et en particulier français doivent s’attendre à une décision calamiteuse de ces technocrates au service de la cause écologiste.

Source : http://wssa.net/wssa/weed/croploss/ Illustration : Kansas State University

Le glyphosate revient à la une des médias … pour la mauvaise cause.

L’intoxication médiatique bat son plein. L’IARC (Centre International de Recherche sur le Cancer), une émanation onusienne coûteuse et inutile située à Lyon avait déclaré le RoundUp probablement cancérigène à la suite d’une compilation d’articles relatifs aux effets de cet herbicide sur la santé des travailleurs de la terre nourricière. Comme je l’ai déjà mentionné dans ce blog, j’ai une opinion personnelle désastreuse au sujet de la qualité des travaux de ce « machin » onusien peuplé de fonctionnaires tous aussi obtus et inefficaces les uns que les autres et loin d’être des scientifiques de haut niveau. Quand on grenouille dans ce genre d’endroit il faut trouver des idées percutantes pour l’opinion publique et le RoundUp (Monsanto) constituait l’opportunité à saisir.

L’information a fait le tour de la planète et maintenant c’est chose faite, dans son édition en ligne du 22 avril 2016, le Guardian déclare que le glyphosate est carcinogène (voir le lien) et donc le « probablement » a disparu … La Commission Européenne a mandaté des spécialistes qui ont déclaré qu’il n’y avait aucune évidence pour que l’IARC classe le glyphosate parmi les « probables » carcinogènes et le fait qu’elle considère que cet herbicide ne présente aucun danger pour la santé humaine et animale ne nécessitait pas son interdiction de mise sur le marché ni de moratoire ce hérissé d’horreur le parti vert du parlement européen, une institution constituée de politiciens grassement payés avec les impôts des contribuables européens et qui sont notoirement absentéistes et totalement inutiles.

Seulement voilà, le parti vert est puissamment implanté dans ce parlement et il a le champ libre pour colporter de fausses informations, organiser des pétitions et influer sur les décisions de la Commission. Comme le Guardian ne cache pas ses sympathies pour les verts en général et pour « Paix Verte » en particulier il était du devoir de ce journal de relater tendancieusement les faits en oubliant que les dizaines de milliers d’études scientifiques sérieuses réalisées sur le glyphosate n’ont jamais pu mettre en évidence un quelconque effet sur la santé. Le glyphosate est maintenant considéré comme une substance toxique pour la santé publique et l’environnement. On assiste donc à une dérive de vocabulaire uniquement motivée par des positions idéologiques telles celles d’un Séralini qui mélangea les genres : il faut choisir entre la vraie science et l’activisme idéologique, surtout quand on est un politicien supposé au service de ses concitoyens … Mais on a encore le droit de rêver !

http://www.theguardian.com/environment/2016/apr/22/european-commission-glyphosate-weedkiller-leaked-proposal

Les OGMs nouveaux sont arrivés !

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Sur ce blog j’ai à plusieurs reprises disserté du CRISPR-Cas9 et cet outil de haute couture moléculaire au niveau de l’ADN est en passe de bouleverser la perception que tout un chacun a (et aura) des plantes génétiquement modifiées. En dépit des campagnes de dénigrement orchestrées par des groupes de pression variés s’appuyant sur des convictions relevant toutes de la fausse science, les plantes génétiquement modifiées, depuis qu’elles sont commercialisées, n’ont jamais occasionné d’effets indésirables sur la santé animale ou humaine et les effets sur l’environnement sont restés très limités. Les arguments des pourfendeurs des plantes transgéniques s’appuyaient sur des arguments spécieux pour justifier leurs actions spectaculaires de saccage d’essais en plein champ comme par exemple l’introduction dans les plantes génétiquement modifiées d’un gène de résistance à la kanamycine. Ce fut l’un des arguments phare d’un José Bové alors qu’il n’était qu’un obscur activiste motivé surtout pour le déroulement de sa carrière de politicien. Devenu maintenant rentier des contribuables européens, s’intéresse-t-il encore aux OGMs et se tient-il au courant des développements récents de la transgénèse végétale à l’aide du CRISPR ? S’il ne donne plus de la voix et de la machette, c’est tout simplement parce que cet outil moléculaire est d’une telle spécificité et d’une telle précision que le père José n’a plus d’argument pour dénigrer et combattre ces biologistes de nouvelle génération qu’il qualifiait il y a 20 ans d’apprentis sorciers, de docteurs Jekill ou Frankenstein.

Puisque j’ai mentionné la kanamycine il me faut ici répéter de quoi il s’agit. Le gène de résistance à la kanamycine se trouve partout dans le sol, la plupart des bactéries du sol sont en effet résistantes à cet antibiotique qui n’est plus guère utilisé en thérapeutique humaine. Il servait d’outil pour sélectionner les plantes qui avaient intégré la « construction » d’ADN comportant, outre ce gène de résistance utilisé comme marqueur, le ou les autres informations génétiques que les biologistes désiraient insérer dans le génome de la plante.

Dupont-Pioneer, l’un des plus grands semenciers du monde, spécialiste de longue date du maïs, promet que d’ici moins de 5 ans il y aura sur le marché des maïs de nouvelle génération de haute qualité pour le plus grand bénéfice des cultivateurs, des industriels et des consommateurs, après transformation à l’aide du CRISPR. Or cet outil n’entre pas dans les considérations classiques des régulateurs en raison de sa précision et de son aspect naturel. Il ne s’agit plus en effet de bombarder des cellules embryonnaires végétales avec des particules de tungstène recouvertes d’ADN (je passe sur les détails expérimentaux) ou de transfecter ces mêmes cellules avec des virus modifiés. Non ! L’outil CRISPR permet à l’expérimentateur de jeter aux oubliettes du passé ces technologies très approximatives développées il y a plus de 30 ans, des approches coûteuses aux résultats aléatoires et le plus souvent décevants.

En un mot, les développements de la transgénèse végétale des années 80-90 paraissent aujourd’hui tellement primitifs qu’ils sont presque caricaturaux en regard de la puissance opérationnelle du CRISPR. Cependant ils ont permis de prouver que les plantes génétiquement modifiées, comme l’Académie des Sciences américaine, l’USDA, l’Association Américaine pour l’Avancement des Sciences (AAAS), la FDA et en Europe l’EFSA le reconnaissent, ne sont pas nuisibles pour la santé. Une revue datant de 2013 a répertorié l’ensemble des travaux relatifs à l’effet possible des plantes génétiquement modifiées sur la santé animale ou humaine. La conclusion est claire : aucun effet délétère sur l’homme, les animaux d’élevage ou l’environnement (voir le lien).

Dès à présent de nombreux laboratoires ont modifié toutes sortes de fruits, légumes et céréales à l’aide du CRISPR et la FDA a d’ors et déjà adopté une position claire : les modifications génétiques à l’aide du CRISPR-Cas9 n’entrent pas dans le cadre des régulations précédemment édictées étant entendu qu’elles ne nuisent pas à la santé des autres plantes. Il s’agissait pour appuyer leur prise de position (voir le lien) d’un champignon qui ne noircit pas, le gène codant pour l’enzyme provoquant ce noircissement, une polyphénol-oxidase, ayant subi l’ablation de quelques bases constituant l’enchainement de l’ADN et désactivant ainsi l’enzyme. Pour la FDA il ne s’agit pas de l’introduction d’un gène étranger et ce champignon n’entre donc pas dans le cadre de la régulation classiquement imposée aux plantes transgéniques. Pourquoi parler d’un champignon qui ne sera probablement jamais commercialisé, tout simplement parce que la décision de la FDA constitue un précédent très important pour valider la technique utilisant le CRISPR qui fait l’objet de toutes les attentions des biologistes pour la mise au point de plantes résistantes aux ravageurs, à la sécheresse ou présentant des propriétés organoleptiques améliorées. Cette recherche d’un type nouveau est très bien répertoriée dans un article paru sur le site de l’ENSIA (voir le lien), un organisme émanant de l’Université du Minnesota ayant pourtant pour mission la protection de l’environnement.

Dans le domaine végétal, l’outil CRISPR-CAS9 accélère la sélection naturelle sans bouleverser de manière incontrôlée la structure et l’organisation des gènes de la plante comme c’était le cas avec les « vieilles » techniques de modification génétique. On ne peut qu’espérer un changement d’attitude de ces pseudo-scientifiques qui ont combattu sans arguments valables les plantes génétiquement modifiées …

Billet inspiré d’une série d’articles parus dans Business Insider

http://www.realclearscience.com/blog/2013/10/massive-review-reveals-consensus-on-gmo-safety.html

https://www.aphis.usda.gov/biotechnology/downloads/reg_loi/15-321-01_air_response_signed.pdf

http://ensia.com/voices/crispr-is-coming-to-agriculture-with-big-implications-for-food-farmers-consumers-and-nature/

Voir aussi : http://cariboubio.com/application-areas/agricultural-biotech , une firme biotech cofondée par le Docteur Jennfier Doudna.

Glyphosate : encore une séralinisation mais cette fois en Argentine

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Je m’informe régulièrement sur les imbécillités qu’on peut raconter sur le glyphosate et j’ai trouvé une vraie perle relatée par le site rt.com, site sur lequel je me suis retrouvé pour la première fois. Une étude réalisée à l’Université de la Plata en Argentine a été présentée au public lors d’un congrès cryptique ( 3d National Congress of Doctors for Fumigated Communities) qui s’est tenu il y a quelques jours à Buenos-Aires. Elle concerne la présence de glyphosate dans tous les produits en coton utilisés pour l’hygiène et en milieu hospitalier : compresses stériles, tampons périodiques, lingettes de démaquillage, protège-slip, etc. Les quantités trouvées sont alarmantes selon le Docteur Damiano Marino qui a conduit cette étude : jusqu’à 13 parties par milliard (ppb) de glyphosate et 39 ppb d’acide aminomethylphosphonique. C’est énorme : 13 microgrammes par kg de coton, soit pour un protège-slip au plus une centaine de milliardièmes de grammes, et encore, seule la surface du protège-slip est en contact direct avec la peau. Énorme !

J’ai fait un petit calcul en me télé-transportant dans un laboratoire de chimie analytique. Il a fallu tout un artifice expérimental pour arriver à doser des quantités aussi infimes. Les techniques de mesure n’ont pas été décrites. S’il s’agissait de spectrographie de masse, l’échantillon a-t-il été au préalable soumis à une étape de purification … aucun détail, seulement des chiffres à l’emporte-pièce. J’ai recherché sur pubpeer.com si par un effet du hasard l’auteur de l’étude avait publié un article à ce sujet : toujours rien, ce monsieur Damiano Marino semble ne jamais avoir publié quoi que ce soit dans une revue scientique !

On se trouve donc devant un pamphlet dont le but est d’alimenter la désinformation sur le glyphosate. Il s’agit d’une retombée des allégations mensongères récentes du CIRC relatives aux propriétés potentiellement cancérigènes de ce désherbant (voir le lien) qui ne sont également étayées par aucune étude scientifique sérieuse. On vit donc dans un monde imprégné de mensonges systématiquement alimentés et soutenus par des organisations de défense de l’environnement qui n’ont qu’un seul objectif : répandre la peur et faire admettre des contre-vérités. La toxicité du glyphosate n’a jamais pu être démontrée formellement après plus de 30 années d’utilisation, faut-il le rappeler.

Que mes lecteurs n’imaginent pas un seul instant que j’oeuvre pour Monsanto, loin de moi cette idée. Quant à incriminer le glyphosate dans le développement de toutes sortes de pathologies cela relève de la désinformation. Il suffit de parcourir l’article de rt.com pour se rendre compte de l’amalgame insidieux de données disparates admirablement réunies pour réaliser un chef-d’oeuvre de propagande environnementaliste. Désespérant …

Source et illustration : https://www.rt.com/usa/319524-tampons-cotton-glyphosate-monsanto/

et encore : https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/08/22/le-glyphosate-et-monsanto-revient-sur-le-devant-de-la-scene/

Bayer, le Luna Privilege et les vignerons suisses : la lune dans le caniveau.

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On est toujours étonné de la créativité des chimistes quand ils découvrent maintenant le plus souvent par screening haute fréquence une molécule active pour combattre un ravageur des grandes cultures. L’une des préoccupations majeures des agrochimistes est de développer de nouveaux fongicides car il apparaît assez rapidement des résistances. Ainsi quand il y a un « hit » il reste ensuite à vérifier que le nouveau produit n’est pas (trop) toxique pour les insectes ou encore les poissons et les grenouilles et naturellement sans danger pour d’autres vertébrés comme par exemple les mammifères. Mais il arrive parfois que l’arme se retourne contre la plante qui était supposée être protégée des attaques de champignons pathogènes. Les conditions d’utilisation sont définies en laboratoires, sous serre et également en plein champ dans des situations parfois éloignées de celles de l’agriculteur moyen qui se contente de lire la notice d’utilisation et de traiter ses cultures quand il détecte une attaque fongique.

C’est ce genre de déboire qui est arrivé chez les vignerons suisses au début de l’été. Quelques 900 vignerons ont traité leurs vignes avec du Luna Privilege contre l’oïdium et le Botrytis (pourriture grise) et se sont rapidement aperçu que les jeunes feuilles se recroquevillaient et que la floraison et la véraison étaient inhibées, en d’autres termes que les ceps ne porteraient pas de fruits. Ils ont immédiatement incriminé le nouveau fongicide Moon Privilege de Bayer, homologué en Suisse en 2012 sous ce nom et en cours d’homologation dans certains Etats des USA pour traiter les arbres fruitiers, les pommes de terre, la vigne et les betteraves sucrières.

Malgré le manque de preuves évidentes, Bayer a conseillé aux vignerons de cesser d’utiliser le produit dont la matière active est le fluopyram, un inhibiteur d’une activité enzymatique clé de la mitochondrie. Bayer a discrètement approché les vignerons ayant évalué leurs pertes à environ 5 % pour les dédommager et étouffer si possible le scandale car les pertes pourraient s’élever au final à plus de 100 millions de francs suisses si on se base sur le prix du vin. Bayer avait initialement proposé une indemnisation sur la base du prix du raisin évalué à 4 francs le kg. Maintenant que les vendanges sont terminées, la perte est évaluée à 4,85 %.

Que va faire Bayer ? Dans un premier temps cette société avait reproché aux vignerons de ne pas avoir respecté les directives d’emploi. Les aléas météorologiques ont fait que le début de l’été a été pluvieux plus que de coutume et c’est sur cet argument que Bayer a tenté une esquive. Les vignerons ne l’ont pas tout à fait entendu ainsi et si Bayer ne s’arrange pas à l’amiable, ce sera encore une autre grosse entreprise allemande qui risquerait bien de devoir payer le prix fort pour cette bavure. Des dégâts du même type ont en effet été observés en Autriche, en France (Champagne et Val de Loire) et en Italie …

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Conclusion de cette histoire : les agrochimistes ne s’entourent pas toujours de toutes les précautions pourvu qu’ils réalisent des profits le plus rapidement possible.

Source : agence ats, illustration oïdium, Wikipedia