De qui se moque-t-on ? 3. les OGMs

Au cours de ma mission auprès de Rhône-Poulenc-Agrochimie dans les années 1980-1990 j’ai été impliqué directement dans des projets de recherche relatifs à l’identification de nouvelles cibles herbicides à la mise au point de nouveaux herbicides avec en parallèle celle de plantes de grande culture capables de résister à ces nouveaux herbicides. L’approche technologique de l’époque peut paraître préhistorique aujourd’hui mais la firme Monsanto réussit à la même époque a valoriser son glyphosate autorisé à la vente au milieu des années 1970 en mettant au point son soja résistant à cet herbicide suivi du coton, du maïs et d’autres plantes de grande culture. Le cahier des charges pour l’homologation d’une plante génétiquement modifiée était (et est toujours) volumineux et complexe. Cette complexité a été obtenue par le lobby des opposants aux manipulations génétiques des plantes de grande culture sans qu’un quelconque argument scientifique indéfendable ait été présenté à l’appui de leurs thèses obsessionnelles de protection de la nature et de la santé des humains et des animaux, vaste programme.

L’astuce pour rendre une plante résistante à un « xénobiotique », comprenez une molécule chimique qui n’existe pas dans la nature et qui interfère dans le fonctionnement d’une activité enzymatique précise, est de manipuler les gènes de cette plante pour qu’elle synthétise beaucoup plus de cette protéine enzymatique dans le but de diminuer les risques délétères de ce xénobiotique. C’est ce que fit avec élégance Monsanto pour le glyphosate en obligeant la plante à sur-exprimer la cible du glyphosate, l’EPSP-synthase, une activité enzymatique qui n’existe pas chez les animaux et qui est essentielle pour la synthèse des trois acides aminés aromatiques. Je rappelle qu’un enzyme est une protéine au même titre que la caséine du lait ou l’albumine du blanc d’oeuf mais le dossier d’obtention d’une autorisation de mise sur le marché précise qu’il faut tester sur des animaux de laboratoire l’éventuelle toxicité de l’enzyme sur-exprimé.

Je glisse au passage que toutes les molécules étrangères à la nature sont étudiées d’une manière extensive sur toutes sortes d’espèces vivantes avant même qu’elles soient envisagées comme candidats pour un développement possible. En agrochimie le passage à l’étude de plantes génétiquement modifiées pour résister à ces molécules artificielles est tellement coûteux en ressources humaines que ces études préliminaires sont terminées avant toute décision. Les gardiens de l’harmonie de Gaïa n’ont rien trouvé pour le glyphosate et tout ce qu’ils prétendent à ce sujet sont de pures inventions.

Ce fut sur un point précis qu’il fut appel à ma modeste collaboration pour la mise au point d’une plante génétiquement modifiée devant être résistante à un herbicide nouvellement développé par RP-Agro comprenant un groupement nitrile. Or, pour que la plante en question devienne résistante à cet herbicide il avait été nécessaire d’introduire un gène codant pour cette activité nitrilase dans l’ADN de la plante en question, c’est-à-dire détruisant cet herbicide expérimental et que ce gène soit exprimé de telle manière que cette plante devienne résistante au xénobiotique faisant l’objet de ce travail. J’ai été donc sollicité pour purifier des quantités suffisantes (environ un gramme, ce qui est gigantesque) de cet enzyme pour étudier son éventuelle toxicité sur des rats. J’avais accepté de mener ce travail à son terme car ma spécialité avait toujours été la purification de protéines bien que jugeant dans ce cas précis la finalité de cet exercice totalement futile. Les rats n’ont pas fait de différence entre des granulés contenant cette protéine et des granulés contenant des protéines provenant par exemple des résidus d’abattage de poulets mélangés à des brisures de blé.

Le lobby de la protection de l’harmonie de la nature a fait bien pire dans ce registre. Les fonctionnaires onusiens du Centre international de recherche sur le cancer (IARC, situé à Lyon, dépendant de l’OMS) ont déclaré par la suite que le glyphosate était un cancérigène possible rapidement devenu cancérigène probable puis cancérigène tout court sans que jamais aucune preuve n’ait été apporté pour supporter ces affirmations mensongères. Dans la foulée Monsanto est devenu la bête noire du lobby de protection de l’harmonie de Gaïa et des pays entiers ont interdit les plantes transgéniques. Et pourtant ces plantes sont utiles puisqu’elles permettent des réductions fantastiques d’usage de pesticides ou de labourages. Qui plus est l’interdiction du riz doré, dont j’ai souvent disserté sur ce blog, revêt un caractère criminel et dans ce cas c’est sérieux. Pour conclure, les plantes transgéniques de grande culture ne présentent aucunes différences nutritionnelles ou organoleptiques si on les compare à leurs homologues non modifiés. Sur un plan strictement biochimique c’est tout simplement impossible. C’est également le cas pour le riz doré que l’on peut faire cuire exactement comme n’importe quel autre riz auquel on aurait ajouté du beta-carotène pour lui donner un peu de couleur. C’est ridicule et dans le cas du riz doré malfaisant. De qui se moque-t-on ?

Retour sur les néonicotinoïdes : un récit vécu à la fin des années 1980

Durant les 13 années ultimes de ma carrière de chercheur en biologie je me trouvais intégré au sein d’un des centres de recherche en agrochimie et agronomie les plus prestigieux du monde, rivalisant notamment avec la firme Monsanto dans le domaine maintenant disparu en France des plantes transgéniques. Il s’agissait du centre de recherche de Rhône-Poulenc en agrochimie.Tout le groupe Rhône-Poulenc a disparu lorsque le polytechnicien J-R Fourtou a décidé de le démanteler et de le vendre par appartements. Fourtou a peut-être servi d’exemple au Président de la République française actuel qui ne se prive pas de trouver la moindre occasion pour vendre au plus offrant, les uns après les autres, les fleurons de l’industrie française. C’est ainsi que le savoir-faire et les brevets de Rhône-Poulenc dans le domaine de la « santé végétale » ont été majoritairement cédés à Bayer.

L’un des domaines très actifs de ce centre de recherche était la mise au point de nouveaux insecticides peu toxiques pour l’environnement et très sélectifs. Un de mes collègues, chimiste de son état, avait dédié ses travaux à la mise au point de néonicotinoïdes de telles façons qu’ils soient tellement actifs qu’il suffirait d’une cuillère à café de matière active par hectare pour éliminer tous les ravageurs susceptibles de détruire une récolte. Le centre disposait de plusieurs exploitations agricoles pour procéder à des essais dits « plein-champ » afin de tester, après les avoir expérimenté en serre, leur efficacité à des doses que l’on considérait à l’époque comme une vue de l’esprit : quelques grammes à l’hectare relevait de la science-fiction. De plus le challenge consistait à trouver un néonicotinoïde systémique dans le cadre de l’enrobage des semences permettant une mécanisation plus efficace des semis à l’aide de machines. Un pesticide systémique contenu dans l’enrobage d’une semence est absorbé par la plantule lors de la germination et se répand au cours de la croissance dans toute la plante. Le but étant d’atteindre entre cinq et dix grammes par hectare de matière active le dosage dans l’enrobage devait donc être conforme à cette exigence.

Et pour y répondre il fallait développer de nouveaux dérivés de plus en plus complexes de la banale nicotine contenue dans le tabac, d’où le nom de nouveaux nicotinoïdes. Un jour ce collègue chimiste venait de recevoir le dossier concernant une molécule qu’il avait synthétisé une année auparavant et il me fit part de son enthousiasme : il était arrivé à 4 grammes par hectare en enrobage ou en un seul épandage en cas d’attaque massive de ravageurs dans l’année car « sa » molécule persistait sur la plante à l’aide de la formulation que ses collègues « formulateurs » avaient imaginé. Je suis convaincu qu’aujourd’hui cette molécule ou l’un de ses dérivés existe toujours sur le marché, l’optimisation de la synthèse à grande échelle relevant du savoir-faire d’autres chimistes. Je lui avais demandé un peu benoîtement s’il ne craignait pas que « sa » molécule soit un tueur de masse et qu’il n’y ait plus aucun insecte dans une parcelle en culture. Il me répondit, confiant, que l’application en enrobage des semences ne pouvait pas poser de problèmes pour les insectes se nourrissant de pollen ou de nectar mais que par contre les insectes suceurs étaient condamnés à une mort certaine. Comme j’aimais un peu le taquiner il me précisa qu’il était impossible de faire des études de détermination de dose létale sur des insectes en élevage et sur des carrés de culture sous serre pour des raisons techniques et que seuls les essais plein-champ étaient susceptibles de valider l’efficacité d’un produit et donc de « sa » molécule.

Il me présenta sur le petit tableau noir qui se trouvait dans son laboratoire les résultats de ses études : chaque inflorescence de colza contenant un nombre de grains de pollen difficile à évaluer ne pouvait pas contenir plus de 1 pico-gramme (un millième de milliardième de gramme) de cet insecticide et il me fit remarquer que les instruments analytiques les plus puissants de l’époque étaient incapables de préciser la présence d’aussi infimes quantités. Le centre de recherche disposait du spectromètre de masse quadrupole le plus perfectionné du moment et malgré ses performances il était impossible de déceler des quantités aussi infimes avec cet appareil même si on extrayait tout le pollen d’un kilo de fleurs ou qu’on recherchait la présence de la même molécule dans l’huile obtenue avec les graines. Il mit fin à mon argumentation car il me rappela que ces produits sont surtout (étaient surtout, à l’époque) appliqués pour combattre les ravageurs suceurs puisqu’ils sont majoritairement utilisés en formulation systémique.

J’ai quitté ce merveilleux centre de recherche lorsque le démantèlement du groupe Rhône-Poulenc commençait à menacer sa survie non pas seulement pour cette raison mais parce que je n’avais plus d’avenir dans le domaine de la recherche en enzymologie car la biologie moléculaire envahissait tout le laboratoire. Depuis j’en suis resté à cette impression première au sujet de l’innocuité des néonicotinoïdes à propos des insectes pollinisateurs qui j’en suis convaincu n’est plus d’actualité pour des raisons éloignées de la vraie science.

Phosphate et uranium au Brésil : une combinaison rentable

L’une des premières sources d’uranium aux Etats-Unis lors du projet Manhattan était le traitement du minerai de phosphate issu des mines à ciel ouvert du centre de la Floride. Ce minerai contient environ 100 ppm d’uranium et après un procédé d’extraction et de production de phosphate trisodique et de phosphates d’ammonium, le résidu, du gypse, est impropre pour la fabrication de plâtre car il est trop radioactif. À la suite de diverses restrictions d’exportations vers la Chine la Floride a vu son activité de production de phosphates décliner. D’autre part la production d’uranium à partir de ce minerai a été abandonnée après la deuxième guerre mondiale. Le gypse phosphaté, résidu de la production de phosphates qui ne peut pas être utilisé pour la production de plâtre est stocké sous forme de collines artificielles sur lesquelles rien ne peut pousser. On estime que 280 millions de tonnes de ce résidu sont stockés dans le monde chaque année car il n’existe pas de solution économique pour débarrasser ce gypse de l’uranium, du thorium, du radium et également du cadmium qu’il contient malgré le fait que la radioactivité est pourtant faible en comparaison de certaines autres roches ignées telles que certains granits.

Au Brésil, l’Etat de Ceara dans la région du Nordest (capitale Fortaleza) a décidé d’exploiter les importants dépôts de phosphates situés dans la région de Santa Quitéria au centre de l’Etat pour produire non seulement des engrais phosphatés mais également de l’uranium. Le gisement représente la plus importante réserve d’uranium du Brésil. Les quelques 80 millions de tonnes de minerai dont les teneurs respectives finales en P2O5 et U308 sont de 11 % et 0,01 %. Le complexe industriel pourra produire chaque année 1600 tonnes d’oxyde d’uranium appelé aussi « yellow cake » comme sous-produit de la production de 240000 tonnes de P2O5 annuellement. À terme le Brésil envisage de développer son programme électronucléaire mais ne sera jamais un exportateur de phosphate car cette nouvelle production de P2O5 sera totalement absorbée par les besoins domestiques de l’agriculture par ailleurs en plein essor.

J’ignore quelle est la composition des minerais de phosphate du Maroc qui a annexé sans que la communauté internationale s’en émeuve le Sahara Occidental mais je subodore qu’elle est intéressante pour justifier l’implantation d’une importante installation militaire américaine dans cette région. Il faut toujours lire entre les lignes les filets d’information et dans le cas du Maroc, premier producteur du monde de phosphate qui détient dans son sous-sol maintenant étendu au Sahara occidental 72 % des réserves mondiales de phosphate, c’est encore plus important. Il est certain que le phosphate marocain contient de l’uranium et du thorium puisque le minerai provient de sédiments marins comme en Floride et au Brésil. Or les océans sont la première réserve mondiale de ces deux métaux, d’où l’intérêt renouvelé pour extraire au moins l’uranium des gypses, résidus fatals de la production de P2O5. Enfin l’OCP (Office Chérifien des Phosphates) construit actuellement une gigantesque extension de l’usine de production de phosphate d’ammonium datant de 1986 sur le sol marocain afin de réaliser de confortables plus-values sous la protection bienveillante de l’armée américaine. Gageons que dans un proche avenir le Maroc, comme le Brésil, s’intéressera de très près à l’extraction des gypses résiduels pour produire de l’uranium, le seul combustible actuellement capable de produire de l’électricité totalement décarbonée de manière fiable.

Sources : World Nuclear News et Office Chérifien des Phosphates

Bientôt le blé sera attaqué en Europe par un champignon dévastateur pandémique

Le brunissement du blé est une maladie initialement observée avec le riz en Asie dès les années 1950. Pour cette culture la maladie est communément appelée pyriculariose puisque l’agent pathogène qui en est responsable est principalement le champignon Pyricularia oryzae. Les nœuds des tiges sont préférentiellement attaqués entrainant la mort de la plante. Des symptômes similaires sont provoqués par le champignon Magnaporthe grisea. Depuis plusieurs années ce dernier champignon attaque également le blé, ce qui provoque des dégâts de plus en plus considérables. Au début des années 2000 l’entreprise japonaise Sumitomo Chemicals développa un fongicide efficace contre cette maladie du riz. Le produit appelé Isotianil avait été initialement mis au point par la société allemande Bayer au cours d’un projet important de synthèse d’isothiazoles afin de trouver de nouveaux fongicides et son développement fut repris par Sumitomo pour l’appliquer au traitement de la pyriculariose du riz. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un fongicide puisque ce composé est inactif sur le champignon cultivé in vitro. On considère que l’Isotianil présente des propriétés d’activation des défenses de la plante. Ces défenses de la plante sont corrélées directement à une surexpression d’un enzyme appelé lipoxygénase entrainant la mort du champignon.

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Jamais ce produit n’avait été utilisé contre la pyriculariose de blé provoquée par le même champignon Magnaporthe oryzae puisque l’occurence de cette maladie était rare. Elle apparut d’abord en Amérique du sud dans des régions où la culture du riz est également répandue. Il a suffi de quelques mutations du champignon pour qu’il devienne pathogène pour le blé. Les pertes de rendement peuvent atteindre plus de 50 %. À titre d’information la pyriculariose du riz provoque des chutes de rendement en Asie correspondant à la consommation de riz de 60 millions de personne et dans des pays comme le Japon, la Thaïlande ou la Chine où le riz est une culture à forte valeur ajoutée les pertes financières sont considérables. Dès 2010, conjointement avec Bayer, la firme Sumitomo commercialisa l’Isotianil pour la protection des cultures de riz mais il n’a jamais été homologué pour le blé. Or, après le Brésil, l’Uruguay puis l’Argentine ce sont maintenant le Bengladesh et l’Inde qui sont touchés. Parions qu’il ne faudra pas beaucoup d’années pour que l’Europe soit à son tour infectée.

Si j’ai écrit ce billet c’est aussi pour faire ressortir les effets pervers des procédures d’homologation des matières actives utilisées en agrochimie qui ont été récemment renforcées en raison du fameux principe de précaution. Pour information, l’Isotianil est inclus dans l’enrobage des semences de riz à raison de 10 milligrammes pour 100 kg de semences ! Il s’agit de quantités infinitésimales indétectables en plein-champ. Il en est de même pour les néo-nicotinoïdes qui ont alimenté la désinformation pendant des années jusqu’à leur interdiction totale dans certains pays européens au sujet de la mortalité des insectes pollinisateurs dont les abeilles à miel. Les doses de matière active appliquées par hectare de culture dépassent rarement 3 à 4 grammes. Au pire chaque plante, qu’il s’agisse de colza ou de graminées contiendra moins de 0,1 microgramme de néo-nicotinoïde et dans le cas de l’Isotianil il faut diviser par 10 cette teneur par plantule de riz ou de blé. Ce problème d’autorisation de mise sur le marché est exactement le reflet de ce qui se passe en médecine où encore une fois le principe de précaution mis en place par des gauchistes totalement ignorants des réalité de la science joue son rôle pervers. Je rappelle à mes lecteurs que c’est l’illustre Michel Barnier qui mit en place le principe de précaution en France, personnalité illustre par son incompétence en matière de négociations commerciales. Mais je m’égare.

Sources : Bayer et Sumitomo Chemicals, illustration Sumitomo

Glyphosate : L’incompétence de la justice française

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Lyon est la capitale de la gastronomie française mais c’est aussi la capitale de la stupidité judiciaire illustrée avec l’interdiction immédiate par le tribunal administratif du Roundup Pro360. Sur quelles bases scientifique les magistrats se sont appuyés pour prendre une telle décision relève du mystère. Il est vrai que Lyon abrite aussi le Centre International de Recherche sur le cancer (IARC), un nid de pseudo-scientifiques grassement payés par les contribuables des pays de l’OCDE qui, sur des bases scientifiques plus que contestables, ont déclaré que le glyphosate était un cancérigène probable. Et avec les pression des médias et des organisations écologistes le mot «  »probable » a disparu, ceci explique cela. Pourtant ce tribunal a semble-t-il ignoré les décisions de la Commission de Bruxelles relatives à cet herbicide supportées par une étude ayant mobilisé des dizaines d’experts indépendants tant de l’industrie phytosanitaire que de l’agriculture qui avait réaffirmé que le glyphosate n’était pas cancérigène.

Comme je l’ai souvent écrit sur ce blog jamais aucune relation de cause à effet entre un quelconque cancer et l’utilisation du glyphosate selon les recommendations d’utilisation préconisées par le fabricant n’a pu être objectivement établie depuis que ce produit a été mis sur le marché à la fin des années 1970. Le jugement du tribunal de Lyon va mettre en péril des milliers d’exploitations agricoles car s’il existe des alternatives au glyphosate celles-ci sont plus coûteuses et toxiques tant pour l’utilisateurs que pour l’environnement comme l’atrazine par exemple qui est un bel exemple de pollution des nappes phréatiques des sols légèrement alcalins, le Bassin parisien et l’Aquitaine en sont des exemples.

Il existe fort heureusement des personnalités politiques pour s’élever contre la démagogie qui entoure le glyphosate dont l’eurodéputée Angélique Delahaye (PPE). Elle a été immédiatement accusée d’être rémunérée par le lobby de l’agrochimie lorsqu’elle a contesté la décision du tribunal lyonnais. Il serait plus approprié que ce soit le lobby des agriculteurs qui la soutienne !

Source : Euractiv

Quelques mémoires de ma carrière de chercheur en biologie (suite et fin)

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Le cas d’un fongicide (épilogue)

Mes travaux arrivaient à leur terme (voir les liens en fin de billet) après plus de deux années de difficiles moments de doute et de remises en question. J’avais en effet parfois douté en effet de mes capacités d’analyse. La remise en question de ses propres travaux par un chercheur fait partie de son éthique surtout quand ces travaux sont essentiellement expérimentaux. Beaucoup de mes collègues à qui je confiais mes états d’âme avaient tenté de me dissuader de continuer mes investigations en particulier ceux du sérail, c’est-à-dire les chercheurs employés par la firme chimique qui réalisait de confortables bénéfices en particulier avec cette molécule. Il suffisait de constater l’opulence du laboratoire en comparaison des laboratoires universitaires qui comme on a coutume de le dire dans les chaumières « tiraient le diable par la queue » pour simplement survivre. J’allais donc voir mon supérieur hiérarchique qui me répondit sèchement que j’avais choisi de travailler sur une molécule de la compagnie et que je devais assumer mes responsabilités.

Il me conseilla de rédiger un article relatif à la purification de l’enzyme et de « fermer ma gueule ». Néanmoins je je tins pas compte de sa mise en garde et j’organisais une conférence, ce qui m’occupa trois semaines pour préparer la présentation. Tout le Centre de Recherche se retrouva le jour où j’allais exposer les résultats de mes travaux excepté le Directeur des recherches et mon supérieur hiérarchique du CNRS, par ailleurs membre du Collège de France. Curieuse absence qui sans vraiment m’inquiéter me perturba tout de même un peu. Mon exposé était mal ficelé et il fut l’objet de critiques acerbes émanant des anciens qui avaient travaillé sur ce produit près de 20 ans auparavant, mais sur des points de détail, en tous les cas selon mon point de vue. J’étais en effet convaincu de la validité de la totalité de mes travaux qui formaient un tout cohérent et difficilement réfutable.

Le lendemain je fus convoqué par le « chef-produit » en charge de l’Iprodione qui rapportait plus de 750 millions de francs de bénéfices nets à la société et il me dit clairement qu’il était hors de question que je publie quoi que ce soit au sujet de mes résultats. Quelques jours plus tard mon supérieur, reconnaissant la valeur de mon travail me proposa une promotion au grade de directeur de recherches à condition de me taire, ce que je refusais en bloc. Puis il me conseilla de m’intéresser à un autre sujet comme par exemple la résistance des bananiers aux attaques virales. Une blague ? Je ne connaissais rien des bananiers et encore moins de la virologie phytopathogène. Puis je suis parti assister à deux congrès internationaux sur les bananes à Brisbane puis à Kuala-Lumpur et j’établis de solides contacts avec des spécialistes du bananier et j’entrepris une étude bibliographique minutieuse et découvris que l’on pouvait diagnostiquer aisément si une plantule de bananier produite in vitro pouvait être génétiquement satisfaisante pour le planteur par simple imagerie en fluorescence infra-rouge sous éclairage ultra-violet. Ce n’était pas une vue de l’esprit de ma part car il ressortait à l’issue de cette étude bibliographique exhaustive que j’avais réalisé qu’il s’agissait d’une histoire de pigments qu’exprimaient ou non ou plus ou moins normalement les bananiers, sans entrer dans des détails complexes.

J’eus alors l’idée d’une réalisation expérimentale dans une serre d’acclimatation des plantules produites in vitro dans une petite entreprise de Montpellier. Je fis un voyage à la Guadeloupe (à mes frais) pour mettre au point ce projet avec un horticulteur de Saint-François. À mes temps perdus je rédigeais un brevet pour protéger mon idée. Lorsqu’arriva le moment où j’allais me décider à partir à Saint-François mettre en place la réalisation de mon idée je fus convoqué par le CNRS à Paris qui me signala que je devais reverser 30 % de mes royalties à l’Etat car mon brevet était une propriété du CNRS. Je fus totalement découragé car mon business-plan n’allait même pas pouvoir me rémunérer sans salaire du CNRS pour survivre en étant optimiste au moins durant les 3 premières années. Je ne pris même pas la peine d’exposer ma position à mon supérieur au sujet des bananiers quand il vint me demander où j’en étais. Pour toute réponse je lui donnais ma lettre de démission. Je vendis tous mes biens et je partis dans les îles des mers du sud. C’est ainsi qu’au Vanuatu j’eus le plaisir de créer une petite entreprise très lucrative d’exportation de productions végétales locales.

Finalement j’aurais été probablement plus productif en faisant du business mais pour créer une entreprise il faut des idées et j’avais acquis ces idées au cours de ma carrière de chercheur dans un organisme public. Aujourd’hui l’Iprodione est toujours en vente car on n’a pas trouvé d’alternative aussi efficace. Il n’y a jamais eu d’accident sanitaire (comme d’ailleurs pour le glyphosate dont je vécus l’avènement de l’intérieur du centre de recherche) et parfois il me semble avoir vécu une sorte de fiction durant toutes ces années …

https://jacqueshenry.wordpress.com/2018/12/08/quelques-memoires-de-ma-carriere-de-chercheur-en-biologie-4/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2018/11/03/quelques-memoires-de-ma-carriere-de-chercheur-en-biologie-3/

Quelques mémoires de ma carrière de chercheur en biologie (4-bis). Le cas d’un fongicide.

Pour suivre et comprendre cette chronique je suggère à mes fidèles lecteurs de relire les précédents billets relatifs à ce sujet (liens en fin de billet). Je reprends donc le cours de ce récit. Devant ma perplexité vraiment pesante un de mes collègues chimistes, il est vrai que mon hypothèse avait fait le tour du centre de recherche, me signala qu’il restait un petit stock d’Iprodione radioactif marqué avec du carbone-14 et qu’il me serait alors possible de suivre l’évolution du produit avec des cultures in vivo du champignon. Cet éminent chimiste, éminent dans la mesure où il était en charge de synthétiser une molécule à la demande marquée avec du carbone-14 en partant de carbonate de sodium (C14) provenant du CEA, un véritable tour de passe-passe pour un chimiste organicien. Je retournais dans le laboratoire avec une petite fiole contenant une quantité confortable de radioactivité, de l’ordre d’une milliCurie (oui, je suis de la vieille école), et suivant les conseils de ce chimiste j’entrepris de repurifier le composé en question car tout produit radioactif organique subit au cours du temps une dégradation (radiolyse) consécutive aux rayonnements émis par l’isotope même si dans le cas du carbone-14 ces derniers ne sont pas très énergétiques, beaucoup moins en tous les cas que ceux émis par le potassium-40 de nos ossements. Parallèlement je démarrais des cultures d’une souche de champignon résistant au fongicide établie en Israël dans des grands flacons de 5 litres. Personne ne s’inquiéta de la quantité massive de C-14 que je manipulais sans précaution particulière car beaucoup de mes collègues utilisaient des radioisotopes bien plus dangereux comme du phosphore-32 ou encore du fer-59. Conformément à mon hypothèse je devais ne m’intéresser qu’au sort du fongicide advenu à l’intérieur des cellules du champignon, ce qui veut dire que tous les « jus » de culture furent allègrement évacués dans l’évier.

J’entamais alors la lourde tâche de purifier tous les produits radioactifs mineurs apparus au cours de la croissance du champignon résistant car cette résistance, toujours selon mon hypothèse ne pouvait qu’être le résultat d’une modification de l’enzyme cible le rendant insensible au produit provenant de l’Iprodione mais qui n’était pas de l’Iprodione natif. Je m’étais emprisonné dans ma démarche mais il allait s’avérer qu’elle était justifiée. L’extrait provenant des cellules de champignon et non pas du milieu de culture inhibaient effectivement « ma » phosphoglucomutase et je fis une calibration approximative entre un poids sec global et la radioactivité spécifique qui lui était associée (connaissant cette dernière au début de l’expérimentation) pour suivre les taux d’inhibition qui seraient mesurés au cours du processus complexe de purification subséquent qui m’occupa plusieurs semaines.

Enfin, un jour j’avais le produit final dans un petit tube dont l’homogénéité était pour moi satisfaisante selon les critères d’un biochimiste qui sont différents de ceux d’un chimiste et, assez fier de moi, je le soumettais à l’analyse dans le service de spectrographie de masse du Centre de Recherches. La réponse me fut communiquée le lendemain, il s’agissait d’un produit de dégradation de l’Iprodione bien connu qui avait été testé comme fongicide mais n’avait jamais révélé une quelconque activité in vivo. Il me fallut une petite semaine pour étudier toutes les propriétés inhibitrices de ce produit sur « mon » enzyme. Les paramètres d’inhibitions étaient incroyables pour un enzymologiste que je fus durant toute ma carrière. Il ne fallait que quelques fractions de picomoles (10-12 ou un millième de milliardième) par millilitre pour inhiber totalement l’activité de l’enzyme.

Fort de l’ensemble de mes travaux qui avaient duré plus de deux années, je soumettais à mon directeur de recherches le projet de rédiger une publication explosive car ce produit pouvait être un diabétogène potentiel puissant pour les animaux bien que la littérature scientifique n’en ait jamais fait état. Il fallait aussi que la société au sein de laquelle je travaillais accepte que je publie mes travaux. Je me trouvais dès lors confronté non plus à une problématique scientifique pure et dure mais à de réels problèmes humains.

Suite dans l’épilogue qui sera l’objet d’un prochain billet.

https://jacqueshenry.wordpress.com/2018/11/03/quelques-memoires-de-ma-carriere-de-chercheur-en-biologie-3/

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Quelques mémoires de ma carrière de chercheur en biologie (4)

Le cas d’un fongicide (deuxième partie de cette rubrique, relire le billet du 3 novembre 2018)

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Durant plus d’un mois je passais donc mes journées à lire cette énorme bibliographie relative à l’Iprodione et il me restait enfin une dizaine d’articles, tous émanant de laboratoires universitaires sans aucun lien avec la société propriétaire de la molécule et n’ayant bénéficié d’aucun aide financiaire de cette dite société au sein de laquelle je poursuivais mes travaux, il faut le préciser. j’avais noté les observations relatant l’éclatement des cellules du champignon au cours de sa croissance mais le fongicide n’avait pas d’effet sur les spores. Le mécanisme d’action de la molécule se mettait donc en jeu quand il y avait une activité métabolique puisque les spores sont des cellules dormantes. Les membranes cellulaires des champignons phytopathogènes sont, comme pour la plupart de celles des êtres vivants, constituées de polymères de sucres, essentiellement du glucose, entrelacés d’acides gras et de stérols, ces polymères de sucres, des polysaccharides, servant d’architecture pour le maintien de l’intégrité de cet ensemble complexe. Au cours de la croissance du champignon ces membranes éclataient. La molécule fongicide devait donc interférer avec la synthèse de l’un ou l’autre des composants membranaires et très probablement les polysaccharides puisque aucun article n’avait fait mention d’une perturbation ni des acides gras, en particulier les phospholipides ni des stérols.

Un seul court article mentionnait enfin un déficit significatif de la teneur en acide ascorbique intracellulaire. Cette observation n’avait apparamment jamais attiré l’attention de qui que ce soit mais elle était pourtant la preuve que l’Iprodione agissait sur le métabolisme des sucres puisque l’acide ascorbique, plus connu sous le nom de vitamine C, est synthétisé à partir d’une forme phosphorylée du glucose particulière, le glucose-1-phosphate, nous allons y revenir. Toutes les voies de biosynthèse conduisant à des polymères du glucose comme par exemple le glycogène chez les animaux et y compris chez l’homme ou encore les polysaccharides membranaires comme chez le champignon sont issues de ce glucose-1-phosphate. Or tous les organismes vivants sont incapables d’ajouter directement un groupe phosphate en position 1 du glucose. Ce que la cellule sait faire c’est produire du glucose phosphorylé en position 6 puis à l’aide d’un enzyme particulier transférer ce phosphate de la position 6 à la position 1 car c’est thermodynamiquement moins dispendieux.

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J’avais donc intuitivement identifié la cible primaire de l’Iprodione mais encore fallait-il prouver que cette intuition était exacte. Et pour ce faire il fallait donc purifier l’enzyme en question, tâche à laquelle je me livrais en partant de cultures in vitro du champignon qui était heureusement coopératif puisqu’il était très aisé d’en obtenir des quantités suffisantes en quelques jours. En quelques 6 mois je réussis à isoler l’enzyme et en caractériser les paramètres cinétiques. Restait l’étape critique : essayer de voir quel effet l’Iprodione avait sur l’activité de cet enzyme appelé phosphoglucomutase. Hélas les premiers essais furent totalement négatifs. Peut-être que l’enzyme purifié ne se comportait pas à l’identique dans un milieu aqueux très simplifié en regard de la soupe complexe du cytoplasme d’une cellule ou qu’il devait être associé à d’autres éléments pour devenir sensible à l’Iprodione, bref, rédiger une publication au sujet de cette purification me paraissait trivial car je n’avais pas apporté de modifications innovantes dans les protocoles de purification du même enzyme à partir d’autres êtres vivants décrits dans la littérature.

Ma conviction était trop fortement ancrée dans mon cerveau pour abandonner et cet échec apparent eut lieu peu avant les vacances de fin d’année et je partis, je m’en souviens très bien, au sud du Sénégal avec mon dernier fils dans un petit hôtel situé dans le delta du Saloun. De retour au laboratoire je repris la solution d’Iprodione qui était restée sur la paillasse à la température ambiante et recommençais mon travail d’investigation et, Oh surprise ! « ma » phosphoglucomutase était cette fois totalement inhibée par des ajouts infimes de cette « vieille » solution d’Iprodione. Il n’y avait plus de doute, l’Iprodione inhibait donc bien cet enzyme et ce dernier pouvait être considéré comme la cible primaire du fongicide. Encore fallait-il le prouver.

J’étais confronté à un nouveau problème : identifier ce qui s’était passé en deux semaines au sein de cette solution dans du diméthylsulfoxyde abandonnée dans un coin de paillasse à la température ambiante et à la lumière. La démarche pouvait alors être d’identifier toutes les molécules issues de l’Iprodione qui avaient pu apparaître dans cette solution lors de processus complexes d’oxydation ou de dégradation spontanée ou bien de tester les unes après les autres toutes celles qui avaient été décrites dans la littérature relatives à la dégradation de la molécule initiale. Un tel processus dégradatif pouvait aussi exister dans des conditions réelles d’utilisation du fongicide soit à l’extérieur du champignon, soit à l’intérieur des cellules de ce dernier. Pour avoir une petite idée de ce qui avait pu se passer dans cette solution « vieillie » je fis une petite vérification en soumettant un échantillon à une analyse chromatographique dont le résultat pouvait être hasardeux dans la mesure où il était alors nécessaire de détecter d’éventuels produits secondaires dans l’ultra-violet lointain, technique qui pouvait prêter à confusion. Le résultat fut décevant car en dehors du pic de l’authentique fongicide il existait des dizaines d’autres entités en quantités infimes, autant dire chercher une aiguille dans une meule de foin.

Suite et fin (peut-être) dans le prochain épisode. Illustrations Wikipedia.

Quelques mémoires de ma carrière de chercheur en biologie (3)

 Le cas d’un fongicide (première partie).

Un peu las de tenter de trouver une nouvelle cible pour un nouvel herbicide et après une multitude de tentatives pour caractériser l’ultime étape de la voie de biosynthèse de la vitamine B6, toutes conduisant à des échecs, à croire qu’il n’existait pas d’enzyme précisément dédié à ce travail spécifique, je me décidais un jour à aller frapper à la porte du directeur des recherches du centre, un homme d’environ 10 ans mon cadet qui avait fait carrière en tant que chimiste dans la compagnie dont il dirigeait l’un de ses centres, qui de plus habitait sur le territoire de ma commune natale, mais cela n’a rien à voir avec mon propos.

Il me reçut très amicalement (nous nous connaissions déjà) et il m’entretint de toutes sortes de sujets qui n’avaient apparemment rien à voir avec la requête que j’avais décidé de lui présenter. Par exemple il mentionna sans entrer dans les détails les manoeuvres des actionnaires du groupe Rhône-Poulenc qui voulaient le vendre « par appartements » afin de recentrer les activités dans la santé humaine. Ceci signifiait qu’à terme le secteur agro-chimie serait démantelé. Plus inquiétant celui de la chimie fine, c’est-à-dire entre autres domaines celui de la purification des terres rares qui était à l’époque – il y a plus de 25 ans – le quasi-monopole mondial de la France (on sait ce qui s’est passé par la suite) allait être mis en veilleuse pour des raisons strictement financières. Rétrospectivement les manoeuvres du sieur Jean-René Fourtoux (avec ou sans x, je ne sais plus) aboutirent à un désastre industriel français irréparable. Aujourd’hui encore le « reste » de ce que fut Rhône-Poulenc du temps de sa splendeur, je veux parler de Sanofi, pourrait bien devenir la proie de fonds « vautours » américains ou apatrides et c’est très inquiétant. Force est de constater que la désindustrialisation de la France ne semble pas préoccuper le gouvernement et c’est tout aussi inquiétant. Bref, cet aparté n’avait pas vraiment de lien avec le propos de ce billet.

En vérité la suite des évènements me poussa vers la sortie comme je vais l’exposer en deux parties, dans ce présent billet puis dans le suivant de cette petite série. Le Directeur des recherches du centre me suggéra de me pencher sur le mode d’action d’un fongicide appelé iprodione largement utilisé pour combattre la pourriture des légumes et des fruits par le champignon Botrytis cinerea. J’ai déjà mentionné dans ce blog les quelques travaux que je fis à ce sujet mais je voudrais revenir ici sur la stratégie qu’adopte un chercheur quand il aborde un sujet entièrement nouveau pour lui. Identifier la cible primaire d’une molécule chimique dont j’étais totalement ignorant allait être une tâche ardue. Le Directeur appela en ma présence la secrétaire du chef-produit de ce pesticide et la pria de m’accueillir tout de suite. Quand c’est le grand chef qui contacte directement une personne très subalterne ça marche très bien. Je quittais le bureau de ce monsieur pour lequel j’avais beaucoup d’estime et me rendis dans le bureau de cette secrétaire. En quelques mots elle avait été informée de l’objet de ma visite inopinée et elle avait déjà préparé deux cartons d’articles scientifiques relatifs au fongicide en question. Il y avait 1000 « papiers » émanant d’une multitudes de laboratoires disséminés dans le monde entier, très peu d’entre eux ayant un lien direct avec la société. Ce produit avait été découvert (de mémoire) en 1984 et très rapidement autorisé car il n’était que très peu toxique pour les animaux excepté certains poissons et il constituait une avancée considérable pour combattre les attaques fongiques par le Botrytis et Sclerotinia qui provoquent des phénomènes de pourriture préjudiciables aux cultures, en particulier la vigne. Pour les viticulteurs il avait tout de suite été considéré comme magique !

Je décidais de lire tous les articles à tête reposé et je fis deux aller-retour entre le bâtiment administratif et le laboratoire pour transporter ces cartons. Les articles étaient classés par année de parution, un curieux système, mais ils étaient également numérotés dans l’ordre de leur arrivée sur le bureau du chef-produit, encore plus curieux. En lisant les résumés je fis un classement sommaire : 1. les observations macroscopiques, 2. les observations microscopiques et 3. les investigations aux niveaux chimique et métabolique. Les observations macroscopiques concernaient surtout l’évolution de l’attaque fongique et ses effets sur la plante. Le résultat de l’intervention du fongicide était montré à l’aide de photos et ces publications ne présentaient pas d’intérêt car on peut faire dire ce que l’on veut avec des photos. Au niveau microscopique c’était évident, le fongicide provoquait un éclatement des cellules du champignon provoqué par une fragilisation des membranes cellulaires. Les spores semblaient aussi curieusement altérés comme s’ils avaient perdu leur substance. Ils ressemblaient à des petits pois séchés, au microscope naturellement. Il me parut tout de suite évident que l’architecture des membranes cellulaires était perturbée lors de la multiplication cellulaire. Il me fallait trouver parmi ces 1000 publications d’autres pistes pour affiner ce « diagnostic ».

Suite dans les prochains billets. Mon blog restera inactif jusqu’à mardi 6 novembre 2018.

Suite de la controverse sur le glyphosate : affligeant !

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Glyphosate : pourquoi les agriculteurs sont-ils si attachés à ce produit toxique

C’est le titre en rouge d’une dépêche de l’Agence France Propagande (voir le texte ci-dessous) : le glyphosate est passé au fil des jours de « cancérigène probable » à toxique ! Je rappelle à mes lecteurs que j’ai souvent dans ce blog disserté au sujet de cet herbicide qui excite les folliculaires des écologistes car ils associent ce produit à leur bête noire Monsanto et aux plantes génétiquement modifiées résistantes à cet inhibiteur d’un enzyme qui n’existe que chez les plantes, certains champignons et bactéries. Le glyphosate est une molécule très simple, un dérivé substitué sur l’azote de l’acide aminé glycine qui a la particularité de comporter un groupement phosphonate, c’est-à-dire une liaison carbone-phosphate qui n’existe pas dans la nature. Pour ce qui est des effets cancérigènes « probables » de ce produit, selon le Centre International de Recherche sur le Cancer, c’est tout simplement une vue de l’esprit car cette molécule, de par sa structure et ses propriétés ioniques, ne peut pas interagir avec l’ADN et par conséquent ne peut pas être cancérigène. Maintenant, en toute honnêteté, les détracteurs de cet herbicide devraient par la même occasion demander l’interdiction de tous les détergents couramment utilisés dans l’industrie et à la maison comportant un groupement phosphonate … et il y en a des multitudes.

Je rappelle également à mes lecteurs qu’une seule personne est décédée à cause du glyphosate : une Australienne qui, voulant mettre fin à ses jours dans les années 1990, a pris un bidon de RoundUp et a avalé plusieurs grosses gorgées de ce produit « formulé ». Elle a succombé à un grave oedème pulmonaire provoqué par les détergents et tensioactifs présents dans la formulation, diagnostic confirmé par le corps médical. D’autre part, aucune étude sérieuse sur des cultures de cellules humaines n’a pu démontrer une quelconque toxicité (cytotoxicité) de ce produit. Par contre le produit « formulé » est létal pour ces mêmes cellules. Le problème nouveau du glyphosate est apparu à la suite de la publication mensongère de l’IARC (Centre International de Recherche sur le Cancer), un ramassis onusien (encore un !) de personnages totalement incompétents et j’écris cela parce que je connais bien cet endroit sinistre infiltré de fonctionnaires internationaux écolos bien-pensants ! (Voir addendum et illustration en fin de billet).

Comme pour le fipronil dans les oeufs, cette histoire de glyphosate est un non-évènement organisé par des ONGs qui sèment la terreur dans les esprits sans aucune espèce de commencement de preuve scientifique. Il en est exactement de même pour le climat et bien d’autres sujets de société. Ci-après la dépêche de l’AFP. Voir l’addendum en fin de billet.

« Il faut soigner les plantes pour protéger les animaux et les hommes »: Christiane Lambert, patronne du premier syndicat d’agriculteurs FNSEA, défend une utilisation « raisonnée » du glyphosate, désherbant controversé, classé « cancérogène probable » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’OMS en 2015.
Question: Pourquoi beaucoup d’agriculteurs, réputés être proches de la nature, défendent-ils bec et ongle l’utilisation du glyphosate, jugé dangereux pour la santé et les nappes phréatiques par les défenseurs de l’environnement?
Réponse: « C’est l’herbicide le plus utilisé au monde, qui n’a pas d’équivalent sur le marché, et les agriculteurs ont besoin de tuer les mauvaises herbes, chardons et plantes vivaces, afin de préserver les plantes qu’ils cultivent. Sinon, les mauvaises herbes aspirent l’eau et les ressources du sol, et empêchent les céréales ou les légumes de se développer correctement.
Nous préconisons une utilisation raisonnée de ce produit, en faible quantité, avec 1,5 litre par hectare maximum, surtout pour nettoyer les couverts végétaux de l’hiver avant de planter les graines au printemps. 
Aux Etats-Unis, il est utilisé à plusieurs reprises sur une même parcelle, et notamment juste avant la moisson, pour dessécher les plants de blé. C’est ce qui explique, à mon avis, qu’on puisse retrouver des traces de glyphosate jusque dans les céréales du petit-déjeuner, heureusement pas en proportions dangereuses pour la santé, car celles-ci sont souvent des céréales non produites en France. »
Q: Les risques du glyphosate ont justement été évalués en se fondant notamment sur des études d’exposition agricole menées aux Etats-Unis et au Canada. Ne peut-on pas le remplacer ou utiliser des moyens mécaniques pour désherber, comme dans l’agriculture biologique, où, du coup, les rendements des cultures sont plus faibles ?
R: « On peut le remplacer, mais par des produits à doses plus importantes, car ils sont moins efficaces. Par exemple, pour obtenir le même effet, il faut 4 litres par hectare d’un anti-graminée et 3,5 litres d’un anti-dichotyledone. Ce qui veut dire aussi passer deux fois le tracteur dans le champ au lieu d’une, tasser les sols et brûler du carburant. Il nous faut bien enlever les mauvaises herbes, sinon nos récoltes ne sont pas acceptées par les moulins !
Pour ce qui est des outils de désherbage mécaniques, ils ne sont pas utilisables pour toutes les cultures et les robots en cours d’expérimentation, coûtent encore très cher. 
Plus largement, les produits phytosanitaires sont des médicaments pour soigner les plantes malades. Si mon blé est malade de la fusariose, et que je n’ai pas le droit de le traiter, il développe des mycotoxines naturelles, qui, une fois ingérées par l’animal, produit des avortements, notamment chez les truies. Et je ne vous parle pas des dégâts sur les hommes. »
Q: Allez-vous rencontrer Nicolas Hulot qui est soucieux des « effets cocktails » croisés des pesticides sur la santé et l’environnement afin de discuter des différends qui opposent les écologistes et une partie des agriculteurs ?
R: « Nous devons nous voir lundi, pour évoquer les Etats généraux de l’alimentation. Le rendez-vous était pris il y a une semaine.  
Les agriculteurs sont prêts à une alternative dès qu’elle sera prête sur le plan technique, mais nous ne pouvons pas accepter un arrêt brutal car il est impossible de livrer des produits agricoles qui ont des problèmes. Les utilisations de pesticides ont beaucoup baissé en France avec le plan Ecophyto lancé par Stéphane Le Foll et nous sommes prêts à relever le défi de parvenir à -25% d’ici 2020 et -50% d’ici 2025.
Propos recueillis par Isabel MALSANG
(©AFP / 22 septembre 2017 16h12)

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Addendum. La classification du glyphosate comme cancérigène « probable par l’IARC a précédé une publication émanant du National Cancer Institute (NCR) relative à la totale innocuité du glyphosate, étude conduite par l’éminent Professeur Aaron Blair (illustration), spécialiste en épidémiologie du cancer et dont les travaux ont concerné plus particulièrement les pesticides durant toute sa carrière. Questionnés par l’Agence Reuters à ce sujet, les « spécialistes » de l’IARC ont répondu laconiquement qu’ils ne prenaient pas en compte les travaux non publiés dans leurs « recommandations ». Lorsque l’IARC a publié son pamphlet mensonger, plus d’une centaine de résidents de Californie ont déposé plainte auprès des tribunaux pour empoisonnement par le glyphosate, ces personnes ayant souffert ou souffrant de cancers.

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La société Monsanto a naturellement réagi lorsqu’elle a pris connaissance des travaux du NCR. Le Docteur Blair, interrogé par Reuters, a confirmé que le glyphosate ne pouvait en aucun cas être classé parmi les substances cancérigènes y compris « probables » comme l’a fait l’IARC. Lorsqu’au mois de mars 2015 le Docteur Blair assista à une réunion à l’IARC entouré de 17 « spécialistes » du sérail il ne mentionna pas ses travaux en cours sur le glyphosate car ils n’avaient pas encore été publiés. Le Docteur Blair, interrogé au sujet de la décision de l’IARC, déclara qu’à l’évidence cet organisme (photo, source Reuters) avait délibérément ignoré systématiquement toutes les études déjà publiées qui montraient que le glyphosate n’était pas (et ne pouvait pas être) cancérigène, ce que j’ai écrit noir sur blanc au début de ce billet. Il apparaît donc clairement que cette histoire de glyphosate (RoundUp) a été montée de toute pièce, entrainant des décisions politiques européennes totalement infondées qui non seulement ternissent la réputation des dirigeants politiques, ce qui n’est pas un fait nouveau, mais mettent en péril l’agriculture dans son ensemble, ce qui est beaucoup plus préoccupant. Tout ça pour satisfaire des groupuscules écologistes politiques pour qui la science n’a aucune importance en comparaison de leur idéologie déconnectée de la réalité.

Source et dernières illustrations (Aaron Blair et IARC) : Reuters, 14 juin 2017