Gilets jaunes : effets collatéraux

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C’est encore un billet de Mish Shedlock qui a satisfait ma curiosité

Pour les non-anglophones dunce = cancre, I just blew … = Je viens de détruire en morceaux le pacte de stabilité, Macron will … = Macron va augmenter le salaire minimum de 100 € par mois dès janvier 2019. Il paraît que ça ne coûtera pas un centime ni aux employeurs ni à qui que ce soit d’autre.

À croire que Rothschild vient de lui faire un chèque de 15 milliards d’euros mais comment va-t-il rembourser ?

Les « gilets jaunes » vus de Toronto par la journaliste Donna Laframboise

Un mois de manifestations a mis le gouvernement français à genoux. Voici 5 remarques cruciales.

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Un. C’est une protestation spontanée venant du peuple. Les conducteurs français doivent de par la loi posséder un gilet fluorescent dans leur voiture. Les centaines de milliers de mères, de grand-mères, de frères et de soeurs, d’oncles et de cousins qui ont revêtu ces gilets sont connus comme « les gilets jaunes ». Ils englobent tout l’électorat français.

Deux. Les images des scènes d’émeute parisiennes ont fait le tour du monde, mais dans la France provinciale les communautés de gilets jaunes ont été pacifiques. Ce mouvement a été catalysé par la taxe carbone sur l’essence et le diesel qui devrait entrer en application le premier Janvier prochain. Ces taxes carbone vont rendre les déplacements en voiture délibérément plus coûteux. Elles sont supposées encourager les transports publics, au nom du combat pour le climat. Alors que les habitants de Paris et de sa région peuvent disposer d’un bon réseau de transports ils ne représentent que 20 % des 67 millions de Français.

Les gens ordinaires qui vivent en dehors des grandes agglomérations sont dépendants de leurs voitures. Ces personnes ont été outragées car, pour eux, utiliser des transports en commun n’est pas réaliste et le gouvernement a décidé de les pénaliser directement et indirectement : quand le prix de l’essence augmente il s’en suit qu’un paquet de farine, des couches pour bébé ou une boite de médicaments transportés d’un point A à un point B voient leur coût également augmenter.

Trois. Ces taxes carbone ont été annulées. Initialement elles devaient faire l’objet d’un moratoire de 6 mois. Elle ont finalement été annulées..

Quatre. Les protestations ont déstabilisé le gouvernement et provoqué de sérieux dommages à l’économie. Pour restaurer le calme, le Président Emmanuel Macron devrait démissionner après avoir accédé au pouvoir il y a seulement un an et demi.

Cinq. Donner la priorité du changement climatique sur le bien-être des citoyens est un suicide.

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Note. Ce billet de Donna a été écrit avant l’allocution télévisée de Macron. Selon les analystes les décisions prises par le Président ne feront qu’aggraver la situation de la dette française et le déficit de l’Etat, deux « détails » qui pourraient énerver la Commission de Bruxelles. Mais au fait qui va prêter de l’argent à la France ? Sans aucun doute pour attirer les investisseurs les taux vont augmenter ce qui aura donc pour effet de rendre encore plus pesante la charge de la dette. Macron, tout banquier qu’il fut, n’a pas compris dans quelle impasse financière la France se trouve.

Politique : Brexit or not Brexit, that is the question !

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Le projet d’accord entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne relatif au Brexit sera vraisemblablement rejeté par la Chambre des Communes à Londres cette semaine car il comporte trop d’incertitudes et de zones d’ombre en particulier les points précis de la frontière entre l’Ulster et la République d’Irlande et le statut de Gibraltar. La non divulgation par le gouvernement britannique de l’ensemble des articles du pré-accord a d’ailleurs ému les membres du Parlement. Si la Chambre des Communes rejète ce projet d’accord alors la Première Ministre britannique n’aura pas d’autre choix que de proposer un nouveau référendum à la population. Cependant les délais impartis pour préparer une telle consultation populaire avant la date butoir du 29 mars prochain sont insuffisants. Cette incertitude grandissante a conduit la Cour européenne de justice à préciser que la Grande-Bretagne pouvait avant cette date fatidique ou à la limite le 29 mars 2019 présenter à la Commission européenne qu’elle renonçait finalement et unilatéralement au Brexit.

C’est ce qu’a déclaré ce lundi 3 décembre l’avocat général de la CJU Manuel Campos Sanchez-Bordona. Depuis le référendum qui décida de la procédure du Brexit la Grande-Bretagne, conformément aux traités, a manifesté son « intention » mais pas sa « décision » de quitter l’Union. Cette nuance sémantique toute diplomatique est lourde de sens car les gesticulations stupides et insensées de Michel Barnier effraient les milieux financiers européens. Barnier, tout commissaire qu’il est, n’a pas la stature d’un diplomate. Il croit toujours que l’Europe peut être dirigée comme il le fit lors des jeux olympiques d’hiver de Grenoble ! Ce triste individu n’a pas l’air de comprendre quels sont les enjeux tant européens qu’internationaux d’un Brexit effectif.

Par exemple Washington voit d’un très mauvais oeil une désintégration même partielle de l’Union européenne car le Brexit pourrait ouvrir la boite de Pandore d’une dissolution de cette Union et la disparition à terme de la monnaie unique. La construction de l’Union européenne était initialement un projet suggéré et soutenu par les services secrets américains, c’est une vieille histoire qui remonte à Jean Monnet, agent de la CIA, pour que les USA contrôlent plus aisément le continent face à l’Union soviétique, en quelque sorte un protectorat chapeauté par l’OTAN. On en est fondamentalement toujours là alors que l’URSS a disparu. Le Brexit, vu de Washington, pourrait encourager des pays comme l’Italie, l’un des piliers de l’OTAN, à quitter l’Union et après il pourrait se développer un mouvement touchant l’Espagne, la France ou encore la Grèce qui a ouvert ses facilités portuaires à la Chine mais aussi et surtout l’Allemagne dont l’industrie souffre particulièrement des sanctions unilatéralement décidées par les USA à l’encontre de la Russie. Pour les Américains l’espace européen deviendra alors ingérable. En conclusion ce sont les USA qui ont dicté et dicteront encore la politique de l’Union européenne ainsi que le processus du Brexit dont les jours me semble-t-il sont comptés, mais je peux me tromper …

Source partielle et illustration : Reuters

La situation française vue de Californie par Mish Shedlock, excusez du peu !

J’ai laissé il y a quelques jours un billet rappelant l’immense pamphlet politique d’Estienne de la Boétie et le rapprochant de l’action nationale des « gilets jaunes » en France. Dans la France d’aujourd’hui, pourtant le pays des droits de l’homme et dont la devise est « liberté, égalité, fraternité », on s’achemine vers un totalitarisme global qui va réduire la liberté à sa plus simple expression, l’égalité qui n’est déjà plus l’ombre d’elle-même puisque le pays est gouverné par une caste d’énarques et de financiers et le reste de la population, les gueux du XXIe siècle, est laminé par une pression fiscale insupportable et enfin la fraternité foulée aux pieds par les partis politiques qui décidément ne comprennent rien à l’évolution alarmante de la situation. Mais cette évolution n’est pas que le fait de la France. On assiste aussi dans divers pays européens à la montée populaire qui s’oppose de manière évident au pouvoir politique traditionnel en place et aussi aux prérogatives insupportables de la Commission européenne. Pour comprendre réellement ce qui se passe en Europe et en particulier en France il n’y a plus qu’une solution, puisque tous les médias sont contrôlés par des groupes financiers et ceci surtout en France, aller lire ce que les médias du Web en pensent outre-atlantique. C’est ce que je fais tous les jours avec ma collection de sites anglo-saxons qui ont le courage et le mérite de divulguer des informations que jamais on ne trouvera ni dans les lignes du Monde ou du Figaro et encore moins dans les Echos ou même les journaux belges ou suisses. Voici donc la traduction d’un billet de Mish Shedlock paru sur son site moneymaven.io (liens en fin de billet) d’analyse économique et financière mis en ligne le 28 novembre 2018. Je ne laisserai pas d’autres commentaires. Bonne lecture ! (traduction aussi fidèle que possible de votre serviteur, l’insertion des illustrations a été fidèlement respectée. Quelques ajouts entre parenthèses permettent un meilleure compréhension de cet article).

Les stations d’essence européennes à court de gasoil : la grève dans une raffinerie française creuse la crise.

Articles de l’agence Bloomberg : « La crise du diésel en Europe s’intensifie alors qu’une grève arrête une raffinerie française » :

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1. Total SA, le plus grand raffineur de France, est en train d’arrêter la plus importante raffinerie de France, la raffinerie de Gonfreville en Normandie qui traite quotidiennement 247000 barils par jour en raison de conflits sociaux a déclaré un responsable de l’usine ce mardi 27 novembre 2018. Quelques centaines de kilomètre plus au nord, aux Pays-Bas, les stations d’essence sont à court de diésel en raison des contraintes occasionnées dans les transports sur le Rhin en étiage bas (en raison des conditions climatiques hivernales dans la chaine montagneuse alpine) selon la Royal Dutch Shell Plc.

2. Shell a déclaré le 20 novembre qu’il devait réduire la production de son site de raffinage en Rhénanie, le plus gros complexe de ce type en Allemagne en raison des basses eaux du Rhin. Dans un twitt de ce mardi 27 novembre cette société a déclaré qu’elle était temporairement dans l’incapacité d’approvisionner les stations d’essences automatiques aux Pays-Bas.

3. Les stations d’essence allemandes n’ont déjà plus de diésel en raison de la situation (des basses eaux) du Rhin, un couloir commercial important qui va de la Suisse aux Pays-Bas. La Suisse a mis à la disposition des consommateurs des stocks stratégiques en raison de la situation du Rhin.

4. La prime sur les « futurs » du baril de diésel par rapport au Brent – un autre indicatif de la vigueur des marchés – était de 15,96 dollars, le plus haut depuis 6 ans.

La crise d’approvisionnement en diésel ne peut que s’aggraver.

Cette crise ne peut pas arriver à un moment aussi critique pour le Président français Emmanuel Macron qui se débat déjà au sujet des protestations populaires relatives aux taxes sur le diésel.

Les taxes sur le diésel tournent à la violence.

Les provinciaux sont venus à Paris pour faire comprendre au Président ce qu’ils pensent des taxes en général et de celles liées au diésel en particulier. Les protestations ont tourné en violence.

Macron propose de réduire l’énergie nucléaire.

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Dans une autre annonce malvenue le Président français Emmanuel Macron a dévoilé le plan gouvernemental pour réduire la dépendance à l’énergie nucléaire de son pays :

« Au milieu de protestations quotidiennes au sujet du prix de l’énergie Monsieur Macron a déclaré que la France arrêterait 14 réacteurs nucléaires d’ici 2035 ».

La France dépend de l’énergie nucléaire plus que tout autre pays en produisant les trois quarts de son énergie électrique avec 19 centrales nucléaires. Au lieu de cela, le leader français a promis de développer les énergies renouvelables en déclarant que le voeu de la France est de réduire la dépendance de l’économie française au pétrole qui contribue au réchauffement global.

Vous savez quoi ?

Excusez-moi de rappeler que l’énergie nucléaire ne produit pas de gaz à effet de serre et toute cette alerte généralisée du réchauffement global n’en a jamais tenu compte.

Le dernier enfantillage de Macron.

« Monsieur Macron a aussi déclaré que le gouvernement trouvera une solution pour retarder les taxes sur les produits pétroliers quand les prix mondiaux des hydrocarbures augmenteront ».

Excusez-moi de remarquer que les protestations relatives au prix des carburants est apparue alors que les prix mondiaux du pétrole étaient en chute libre.

« Pour calmer le jeu Monsieur Macron a proposé une consultation de trois mois avec les associations et les groupes activistes, incluant les « gilets jaunes » qui ont été à l’origine des protestations pour savoir comment gérer les coûts croissants de l’énergie ».

C’est sûr que ça va marcher ! (Yeah right. That’s sure to work).

Il plane dans l’espace.

Voici un commentaire au sujet de Macron du New York Times du jour (mardi 27 novembre) :

« Il semble qu’il soit sourd a dit Fabrice Schlegel qui a participé à certaines manifestations et protestations en France ces dernières semaines : il nous parle de la transition écologique, c’est un politicien qui flotte dans l’espace intersidéral ».

Macron’s foot in mouth disease. (intraduisible, jeu de mot faisant allusion à la fièvre aphteuse, on pourrait dire « la langue de bois »)

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Les gaffes de Macron au sujet du nucléaire et du diésel culminent dans sa stratégie de danger pour l’Union européenne de persister à rester dans une perpétuelle situation de maintien de l’union douanière « temporaire ».

Il est un fait que je me réjouis de ces menaces de Macron au sujet de l’union douanière. Au moins ce positionnement réveillera le Parlement britannique pour annuler cet accord pathétique avec l’Union européenne que Theresa May tente d’imposer au Royaume-Uni et qui étranglera son pays.

Liens : https://moneymaven.io/mishtalk/economics/european-gas-stations-out-of-diesel-french-refinery-strike-deepens-crisis-QKfaVhJc0EuFHGx6OOf5ZA/

https://moneymaven.io/mishtalk/economics/macron-threatens-to-keep-eu-in-perpetual-temporary-customs-union-backstop-kOI6wnshGUCyM2WhfXvVpQ/

Billet d’humeur politique : où va la France ? Les « Gilets Jaunes ».

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Dans une démocratie chaque citoyen a abandonné des pans entiers de sa liberté en mettant au pouvoir par son vote, le seul geste réellement libre et démocratique qui lui reste, des représentants supposés défendre ses intérêts, faire régner la justice, défendre son pays contre une agression extérieure et assurer l’ordre et la sécurité intérieure. C’est le pouvoir régalien de l’Etat que le citoyen a mis en place par son vote. Tout le reste n’est qu’un abus de pouvoir de cet Etat pour lequel le citoyen est finalement complice de la perte de sa propre liberté. Estienne de La Boétie l’avait parfaitement décrit dans son essai Discours de la Servitude Volontaire publié en 1548 précisément à l’époque où les habitants de la Guyenne subissaient une violente répression à la suite d’un mouvement anti-fiscal. Je suggère encore à mes lecteurs d’écouter la version audio de ce pamphlet politique en français contemporain disponible sur la Toile.

Bref, le gouvernement, je devrais dire les gouvernements, tant de la France que de toutes les soit-disant démocraties occidentales, ont mis en place des mesures qui privent les citoyens de leurs libertés fondamentales. L’information est contrôlée par des groupes financiers complices du monde politique. Les citoyens ne reçoivent donc que les informations que le pouvoir daigne leur communiquer. Des lois liberticides sont progressivement mises en place pour museler les citoyens qui osent encore s’élever contre les agissements du gouvernement. En ce qui concerne plus particulièrement l’aspect financier du fonctionnement de l’Etat, la formule de Peyrefitte « Toujours plus » et respectée à la lettre. L’Etat est un puits sans fond en termes de financement car il s’occupe de ce qui ne le regarde pas et cette mission qu’il s’est arrogé au fil des années ne peut pas être financée à moins d’appauvrir l’ensemble de la population tout en l’asservissant.

Il ne reste plus aux citoyens pour se faire entendre d’un appareil étatique tentaculaire que la grève et les manifestations de rue pouvant dégénérer à tout moment en guerre civile tant la population est exaspérée par les prélèvements fiscaux et les transferts massifs d’aides variées aux plus démunis dont en particulier les immigrés récents qui se sont organisés en communautés imperméables au reste de la population. C’est la situation à laquelle est confrontée la Suède et à ce titre la situation de ce pays telle qu’elle est rapportée par les médias sous contrôle de l’Etat très loin de la réalité est significative. Ces médias prétendent que la Suède équipe son armée pour éventuellement attaquer la Russie, la bête noire de l’Occident comme en a décidé la Maison-Blanche. Or il n’en est rien : la Suède équipe son armée pour faire régner l’ordre sur son propre territoire afin de faire face aux désordres de plus en plus violents créés par ces immigrés récents. Et cette situation est identique en France mais les médias n’en parlent jamais.

Afin d’appauvrir systématiquement la population toute entière l’Etat avance le changement climatique, la transition énergétique écologique, la protection des écosystèmes et bien d’autres fadaises répandues par des ONGs vivant de la générosité de l’Etat pour instaurer encore plus de taxes et dans le même temps il (l’Etat) organise le prélèvement de l’impôt à la source privant ainsi les citoyens d’un autre droit qui lui reste : refuser de payer ses impôts, en quelque sorte une autre forme de grève tout en mettant progressivement une société sans cash pour mieux pister les citoyens et les priver de la gestion de leur propre porte-monnaie. Mais refuser de payer ses impôts ne peut, pour réussir pleinement, qu’être décidé simultanément par l’ensemble des citoyens afin que l’Etat ne puisse plus avoir de marge de manoeuvre pour contrecarrer ce mouvement qui doit être de ce fait global. Mais qui prendra l’initiative d’informer les contribuables que le temps presse ? Tout individu courageux invitant la nation à se rebeller contre l’administration fiscale sera immédiatement jeté en prison ! Voilà où en est arrivée la France, le pays inventeur, après la Grande-Bretagne et les USA, de la démocratie moderne. Ce pays est devenu progressivement un état totalitaire, les libertés y sont bafouées et les citoyens réduits à la misère au profit d’une élite oeuvrant de concert avec le gouvernement. Gilets jaunes ressaisissez-vous et faites passer le message : il faut refuser cette servitude volontaire par tous les moyens dont on dispose encore mais pour plus beaucoup de temps …

L’Europe s’en est allée : Adresse d’Emmanuel Todd à l’Allemagne

Copié-collé de la traduction d’un entretien publié par le Spiegel le 4 août dernier trouvé sur le blog de Xipetotec (site Mediapart)

SPIEGEL : Monsieur Todd, en 1976, vous avez prédit la fin de la domination soviétique dans votre livre La chute finale basé sur des analyses démographiques et sociales. Le pronostic audacieux de l’époque vous a fait connaître internationalement d’un seul coup. Croyez-vous à la dissolution de l’Union européenne aujourd’hui ?

Todd : L’Europe est dans un état lamentable : déchirée, divisée, malheureuse. Ses élites dirigeantes sont prises dans un sentiment d’impuissance. Ce que nous vivons maintenant me rend très triste. Mais ça ne me surprend pas du tout. C’était prévisible. De plus, c’était inévitable.

SPIEGEL : Pourquoi ? Après la guerre froide et la division de l’Europe, l’Union européenne, qui ne cesse de s’étendre et de devenir plus attrayante, a semblé grandir dans l’unité pendant longtemps, jusqu’à devenir une union politique à part entière.

Todd : J’adopte une vision anthropologique de l’histoire. Institutionnaliser un certain degré de coopération entre les nations européennes était un objectif à la fois ambitieux et raisonnable. Mais en tant que spécialiste des structures familiales et donc des systèmes moraux, des modes de vie, je ne me suis jamais abandonné à l’idée romantique selon laquelle les Européens seraient tous culturellement équivalents et que l’Europe pourrait devenir une zone homogène. L’UE devient victime de sa propre sacralisation et se surestime excessivement.

SPIEGEL : Où et quand détectez-vous la rupture ?

Todd : En fait, depuis 1992, lorsque le projet d’union monétaire a pris forme et que l’idée d’unifier finalement le continent par le biais de la monnaie est apparue. Je me suis dit que l’Europe était mal partie. Car dès lors, la métaphysique européenne s’opposait à la réalité du monde.

SPIEGEL : Dès le début, il y a eu peu d’objections à l’euro. Il s’agissait principalement de technocrates et d’économistes.

Todd : Je pense qu’ils visaient au-delà de l’essence – même s’ils n’avaient pas tort. Contrairement aux hypothèses marxistes, le cours de l’histoire ne peut être réduit au développement économique. Certains changements cruciaux se produisent dans des couches plus profondes de la vie sociale. L’Europe risque de se désintégrer à nouveau dans ses différentes parties parce que la politique et l’économie politique, en tant qu’idéologie dominante, n’a pas voulu tenir compte de la diversité du continent. Ils ont dit aux Français d’être comme les Allemands. Mais ils ne le peuvent pas, même s’ils le veulent. Les Allemands se sont vu refuser le droit d’être Allemands. On a nié que l’Allemagne travaille plus efficacement que la France et qu’elle est capable d’efforts collectifs considérables. Il a été immédiatement nié que beaucoup moins d’enfants naissent en Allemagne. De telles particularités et des particularités similaires peuvent être trouvées dans tous les pays à des fins pratiques. L’idéologie européenne a prévalu sur l’empirisme. L’UE s’est engagée dans une impasse de déni de la réalité.

SPIEGEL : A Paris comme à Berlin sont lancés des Mantra contre la crise : plus d’Europe, plus de communautarisation, plus de courage pour aller de l’avant. Que suggérez-vous ?

Todd : Il n’est pas possible de comprendre le malaise sur le continent européen si nous restons piégés dans les deux principes les plus importants qui se trouvaient au début du processus de construction européenne : la croyance en la primauté de l’économie prétendument dominante et l’hypothèse d’un développement commun des nations vers une société de consommation unifiée. Dans un monde où l’économie aurait été le moteur de l’histoire et où les pays auraient adapté leurs performances économiques du Nord au Sud et de l’Ouest à l’Est du continent, le projet aurait été un succès. Mais notre monde est différent.

SPIEGEL : Elle a également été couronnée de succès pendant des décennies, l’harmonisation des conditions de vie a progressé. Pourquoi l’adaptation politique et culturelle n’a-t-elle pas suivi ?

Todd : La théorie de la convergence a fonctionné aussi longtemps que l’Europe de l’Ouest a d’abord comblé le fossé économique avec les États-Unis, puis espéré intégrer l’Europe de l’Est. Entre-temps, la tendance s’est inversée. La marche vers l’inégalité se poursuit, sous l’impulsion de la doctrine du libre-échange et de la mondialisation. Le libre-échange ne crée pas automatiquement plus de prospérité pour tous, mais oblige les pays industrialisés à une concurrence acharnée, ce qui mène finalement à une guerre économique et commerciale, comme nous devons maintenant en faire l’expérience. En Europe, l’union monétaire exacerbe une fois de plus de façon dramatique les effets du libre-échange : tout le monde doit participer à la même course, mais avec des handicaps différents.

SPIEGEL : Pour l’Allemagne, la poursuite de l’existence de l’Union européenne est devenue depuis longtemps une raison d’État. Aucun homme politique allemand ne veut qu’on dise qu’il est un trouble-fête européen.

Todd : Je ne le nie pas. On m’a souvent accusé d’être Antiallemand. Je ne le suis pas. Au contraire, j’admire beaucoup l’Allemagne. Mais ce dont nous avons besoin en Europe, c’est d’une Allemagne lucide et consciente de son rôle. L’Allemagne n’est pas la seule responsable de la transformation kafkaïenne de l’UE. Mais sa propre pesanteur est ici un facteur important, car l’Allemagne est orientée vers des valeurs universelles qu’elle nie en même temps et qui, par conséquent, déploient leurs effets sans scrupule et sans inhibition.

SPIEGEL : Comment ? Nous avons plutôt l’impression que l’Allemagne doit être incitée à assumer ses responsabilités.

Todd : Je suis français, mais contrairement à mes concitoyens, en tant que scientifique, je ne suis pas guidé par le postulat d’un homme universel abstrait qui est l’héritage de la Révolution française. L’homme est universel, mais il vit dans des systèmes familiaux, sociaux et religieux différents qui déterminent son existence concrète. Chaque système, chaque culture représente une solution possible à l’insécurité de l’existence humaine, et chacun a des avantages et des inconvénients. L’économie doit être comprise comme une superstructure consciente, mais sa conception dépend de processus inconscients et subconscients. L’abstraction universaliste a eu des conséquences désastreuses pour l’Europe. L’Allemagne est obligée de s’identifier à un Occident abstrait qui défend le dogme de l’individualisme et croit en des lois et des recettes économiques universellement valables.

SPIEGEL : Avec tout le respect que je vous dois, n’est-ce pas vous qui fuyez dans la métaphysique ou, pire encore, dans la mystique nationale ? Vous cherchez un être allemand ou l’âme allemande qui isole le pays du reste de l’Europe et du monde ?

Todd : Le dogmatisme, la démesure et l’hybris sont très allemands, du moins du point de vue des autres. C’est précisément ce que l’Europe a connu à nouveau pendant la crise migratoire et le comportement aventureux de Mme Merkel. L’augmentation soudaine de l’importance de l’Allemagne en Europe et dans le monde, qui n’était pas le résultat d’un projet conscient, mais plutôt la conséquence inévitable de la réunification et de l’efficacité économique, a mis en avant un pays qui ne se considérait plus comme le chef de file de l’Union européenne. L’Allemagne a été aveuglée simultanément par deux idées abstraites : l’universalisme économique américain et l’universalisme politique français. Mais tout ce qu’elle a pu proposer à ses partenaires européens dans la crise financière, ce sont ses propres mesures économiques, qui incarnent un ordre social autoritaire et inégalitaire avec une forte intégration de l’individu.

SPIEGEL : Ce qui n’est pas forcément une erreur.

Todd : Mais elles ne peuvent pas être appliquées dogmatiquement. En Italie et en Grèce l' »économie sociale de marché à l’allemande » n’a aucun sens. En France, le terme « ordolibéralisme » est associé à une politique économique allemande répressive et est maintenant aussi négatif que le mot « ultra », ou encore « néolibéralisme. » Tenter d’imposer sur les autres fondements anthropologiques de ces pays un concept économique abouti en Allemagne ne peut qu’accroître les différences entre les nations.

SPIEGEL : Vous n’avez certainement pas oublié que l’union monétaire n’était pas le résultat d’une perfide ruse de guerre allemande.

Todd : C’est absolument clair, c’était une tentative totalement inadaptée des socialistes français sous le président François Mitterrand de construire un rempart contre la domination économique des Allemands. Il aurait été préférable pour tout le monde que l’Allemagne ait envisagé une perspective raisonnable pour les différentes nations sous une forme modérée et assumé un rôle de leadership flexible qui aurait pris en compte les différences anthropologiques et culturelles sur le continent. Établir la même norme juridique et économique pour tous, d’un point de vue moral, c’est certes impeccable, mais en pratique cela conduit à un cauchemar pour tous.

SPIEGEL : Personne ne veut niveler l’Europe, surtout pas la Chancelière. Sa rhétorique politique n’évoque pas seulement l’unité, mais aussi la diversité de l’Europe. Et le fait que les sociétés sont différentes dans leurs valeurs et leurs formes organisationnelles est un truisme. Pourquoi sommes-nous néanmoins confrontés à une spirale d’aliénation et de ressentiment croissants ?

Todd : Parce que l’universalisme du taux de profit exige que la diversité anthropologique du monde soit ignorée. L’économisme exige une vision uniforme des sociétés. Mais lorsque ces sociétés sont mises en concurrence les unes avec les autres, contraintes de s’adapter et menacées de désintégration, elles finissent par se replier sur elles-mêmes d’une manière ou d’une autre.

SPIEGEL : La mondialisation comme moyen de lutte contre le nationalisme précède un virage dialectique ?

Todd : Le stress économique en Europe signifie que les Italiens deviennent plus italiens, les Anglais plus anglais, les Français plus français et les Allemands plus allemands. Ils se souviennent naturellement de leurs valeurs et particularités originales. Trop avancé, le libre-échange favorise la xénophobie universelle, le libéralisme sans barrières et le particularisme national. Le retrait dans les frontières, combiné à un effondrement soudain, est présenté à l’Europe et au monde d’une manière effrayante par l’image du président américain Donald Trump.

SPIEGEL : Une idée aussi diffuse que la nature nationale d’un peuple ne peut être comprise scientifiquement. Quelles structures profondes et objectivement vérifiables maintiennent les différences entre les nations en Europe, même si tout le monde s’efforce de mener une bonne vie dans la prospérité ?

Todd : Bien sûr, l’identité nationale ne doit pas être réduite à son caractère populaire. Mais depuis l’âge de pierre, différents systèmes familiaux se sont développés et se sont répandus à travers l’histoire de l’humanité, qui, à ce jour, ont une influence profonde sur les mentalités, les valeurs, la morale, les coutumes et donc le comportement. Ils sont beaucoup plus anciens que les religions qui interagissent avec eux d’une manière complexe, parce que chaque religion a quelque chose à dire sur la sexualité, la reproduction, la relation de l’homme et de la femme. Dans un sens, la famille et la religion forment l’inconnu des sociétés, tandis que l’économie et la politique ont lieu à la surface de l’histoire, dans le domaine de la conscience. La nation n’est que la forme actuelle tardive de l’intégration humaine dans un groupe sans lequel la vie de l’Homo sapiens depuis la nuit des temps, depuis les chasseurs et les cueilleurs itinérants, est inconcevable.

SPIEGEL : Les systèmes familiaux modernes ne sont-ils pas partout les mêmes, l’influence de la religion n’est-elle pas en déclin partout en Europe ?

Todd : Certes, mais sans que les politiciens en soient conscients, les structures familiales – selon le pays – libéral ou autoritaire, individualiste ou social, égalitaire ou inégalitaire – engendrent à leur tour des valeurs politiques, des idéologies, des succès éducatifs et du dynamisme économique. Je ne sous-estime pas l’économie, il y a une logique de marché. Mais nous ne devons pas oublier que l’être humain n’agit pas dans le vide, mais qu’il est doté de capacités et poursuit des objectifs fixés par la famille, la religion et l’éducation. Dans ses profondeurs, la vie sociale va au-delà de la simple intégration dans un système économique. L’appartenance nationale est une constante structurelle dont nous devons rester conscients du mode d’action au lieu de fantasmer sur sa disparition possible, ce rêve ultime des élites de la globalisation.

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En rouge, famille souche ; en bleu, famille nucléaire et égalitaire, mais nucléaire absolue en Angleterre ; en rose, famille communautaire.

(notez que la carte n’inclut pas l’Est de l’Ukraine, qui est communautaire)


SPIEGEL : Dans la révolte populiste, le national revient de l’inconscient avec un pouvoir perturbateur ?

Todd : Nous avons peur parce que l’économie politique réalise le tour de force de répandre une fausse conscience qui ignore ou déclare obsolète les couches profondes de la vie sociale. La première priorité est déclarée secondaire, la cause et l’effet sont inversés. Je prétends que cette fausse conscience est la plus prononcée en Allemagne, parce que depuis la monstruosité du national-socialisme, elle a peur de ses idiosyncrasies. Mais elle ne peut pas se changer. La montée de l’Alternative pour l’Allemagne [parti AfD] me semble également être l’aboutissement d’un long processus de répression et de déni continu de la réalité et d’oubli de l’histoire par les élites.

SPIEGEL : Il y a de bonnes raisons de se méfier des orientations allemandes particulières. Quelle est la prétendue particularité anthropologique ou même l’altérité de l’Allemagne ?

Todd : L’Allemagne est spéciale, mais en aucun cas unique. Il est important que le monde germanophone ne soit historiquement pas plus le territoire de la famille d’origine que celui de la famille nucléaire, celui des Etats-Unis, de l’Angleterre et de certaines parties de la France. La famille nucléaire pure se compose d’un couple marié et de leurs enfants, qui quittent la maison de leurs parents à l’âge adulte et établissent à leur tour des ménages indépendants par leur mariage. Ce type de famille, qui couvre tous les pays anglo-américains et domine le Bassin parisien en France, est essentiellement libéral, individualiste, féministe et égalitaire. La famille souche préfère le fils, généralement le fils aîné, qui hérite de la plupart des biens familiaux. Ce type peut être attribué au Japon, à la Corée, à l’Allemagne, à la Catalogne, mais aussi au sud-ouest de la France. Cela vous interroge-t-il ?

SPIEGEL : Pensez-vous que les sociétés familiales souche posent un problème dans les temps modernes ? Peut-on en déduire des valeurs telles que la liberté et l’égalité en termes de hiérarchie et d’inégalité ? Le point commun des générations sous un même toit et l’inégalité de traitement dans le droit successoral ne se retrouvent plus guère dans les sociétés urbaines modernes.

Todd : Des valeurs telles que l’autorité, la hiérarchie, l’inégalité, la discipline, la classification de l’individu dans le groupe familial ont étrangement survécu au déclin des grands ménages ruraux, où elles étaient clairement reconnaissables. Tout comme en Europe, après la disparition des pratiques religieuses, un zombie-catholicisme et un zombie-protestantisme survivent encore. En tout état de cause, deux phénomènes peuvent être observés au début du troisième millénaire : les nations dans lesquelles la famille était autrefois souche se caractérisent par un dynamisme économique et technologique constant, tandis que d’autre part elles vivent une crise démographique profonde conduisant au vieillissement de la société et à une pénurie de main-d’œuvre qualifiée.

SPIEGEL : Depuis les Lumières, l’image de soi de l’Occident est basée sur l’idée d’un individu autonome qui décide et agit librement sans contraintes extérieures. Voulez-vous sérieusement attribuer les crises actuelles au contraste entre une entreprise familiale sur la base de la famille souche et celle des zones aux structures familiales égalitaires ?

Todd : L’identification culturelle et philosophique à l’idéal de liberté est elle-même déterminée. La continuation subliminale des valeurs de la tribu et de la famille nucléaire menace de briser l’unité du « monde occidental ». Après 1945, elle avait émergé davantage de la victoire militaire des Etats-Unis que de toute convergence culturelle. Le fait que, dans de nombreux pays européens, les valeurs d’autorité et d’inégalité reviennent, donne au continent un visage nouveau et en même temps ancien. La démocratie libérale est sur le point de se transformer en un concept creux, dépourvu de ses valeurs fondamentales qui étaient la souveraineté populaire, l’égalité des peuples et leur droit au bonheur. Sans l’hypothèse d’un retour de l’anthropologiquement réprimé, de l’inconscient familial, cette transformation et la montée de la « démocratie illibérale » ne peut être comprise. L’autoritarisme d’origine familiale, souvent renforcé par l’héritage religieux, domine les sociétés européennes locales et ramène la carte politico-idéologique à celle de l’Entre-deux-guerres.

SPIEGEL : L’Allemagne a relativement bien résisté pendant longtemps à la tournure antilibérale des démocraties. Pourquoi s’est-elle développée de plus en plus en Europe contre sa volonté, pour devenir un modèle ?

Todd : La culture autoritaire et collective en Allemagne a permis le gel des salaires et une politique de désinflation compétitive, pour assurer la compétitivité des entreprises, qui est essentiellement nationaliste dans son orientation. Là encore, je constate que toute activité économique a un fondement anthropologique. Le développement d’un énorme excédent commercial dans un pays où le taux de natalité des citoyens est de 1,46 n’est pas en train de façonner un avenir raisonnable ! Les politiciens allemands passent beaucoup de temps à négocier des détails mineurs, mais ils ont du mal à trouver une ligne commune, un projet commun. Vous pouvez penser ce que vous voulez de Donald Trump, il a raison sur un point : il a identifié la Chine et l’Allemagne comme des ennemis dans la guerre économique mondiale.

SPIEGEL : Alors l’Allemagne n’a qu’un seul bon et fiable ami à nos côtés – La France ?

Todd : Trump a créé les conditions pour un saut de l’Europe vers l’inconnu. Le fait que les États-Unis se détournent de l’Europe, l’hostilité ouverte de Trump à l’égard de l’UE, peut inciter l’Allemagne et la France à se sentir pleinement justifiés en tant que dirigeants d’une Europe émancipée, avec tous les risques qu’une telle attitude comporterait. Le danger de l’orgueil, combiné à la peur de la liberté, nous ferait revenir pleinement à l’histoire allemande et européenne.

SPIEGEL : (Pour l’instant, on dirait plutôt qu’Emmanuel Macron voudrait emmener Angela Merkel à la chasse).

Todd : Pour moi, Macron est issu d’une élite française petite-bourgeoise qui agit de manière particulièrement irresponsable parce qu’elle n’a plus de réel pouvoir de décision en matière économique et géopolitique et compense son impuissance dans la pratique par l’intransigeance théorique.

SPIEGEL : Par exemple ?

Todd : L’attitude rigide de la France à l’égard du Brexit pourrait mettre l’Allemagne en conflit avec la Grande-Bretagne. Il incomberait à la chancelière de permettre aux Britanniques de quitter l’UE en douceur. La position tout aussi intransigeante de la France dans le différend douanier et commercial de l’UE avec les États-Unis pourrait nuire gravement à l’ensemble de l’Europe, et en particulier à l’Allemagne. En tant que plus grand pays exportateur, l’Allemagne a beaucoup plus à perdre que la France.

SPIEGEL : vous appelez maintenant l’Allemagne à se méfier de la France ?

Todd : Le rationalisme français, l’obsession française de l’uniformité administrative qui domine également la Commission de Bruxelles, empêche une réflexion raisonnable sur des solutions pragmatiques à la crise européenne. Il serait urgent de mettre en place un leadership européen souple et flexible qui tiendrait mieux compte des réalités de nos diverses sociétés.

SPIEGEL : Êtes-vous en train de dire que ce serait une erreur de supposer qu’avec la France comme partenaire, l’Allemagne est du bon côté de l’histoire ?


Todd : En tout cas, les Allemands se trompent s’ils pensent que la France représente la démocratie libérale. Ce n’est pas le cas. En France, les partis politiques, sans lesquels il n’y a pas de choix entre des alternatives, sont implosés. La bureaucratie et la fonction publique sont devenues indépendantes. C’est dans cet esprit que Macron agit. Il fait entrer la France dans une nouvelle phase autoritaire de son histoire et suit le style monarchique de Louis XIV ou le style bonapartiste des deux Napoléons. Dans sa forme actuelle, la France est un mauvais exemple pour l’Allemagne, un exemple beaucoup plus dangereux que Viktor Orbán en Hongrie, parce que la France se présente dans la splendeur historique d’une nation qui aurait apporté une contribution décisive à l’invention de la démocratie libérale. C’est un canular intellectuel. Le bon partenaire critique, démocratique et libéral pour l’Allemagne serait la Grande-Bretagne, même et surtout après le Brexit. La France et Macron, qui est actuellement le seul et le plus loyal allié de l’Allemagne, pourrait s’avérer être son esprit maléfique en fin de compte. Ne dites pas que je ne vous aurai pas prévenu.

SPIEGEL : Monsieur Todd, nous tenons à vous remercier.


La vérité s’évapore sous nos yeux

Comme le Docteur Alexander l’a bien décrit au sujet de l’imposture climatique je voudrais ici reprendre les propos de Paul Craig Roberts qui, toujours imperturbable, consacre les lignes de son blog à une dénonciation de la décrépitude alarmante du système politique américain car il s’agit fondamentalement de la même logique d’intoxication via les médias de l’opinion du public. Ici, sur ce blog j’ai déjà rédigé de nombreux billets au sujet du vol MH17 et dans les lignes qui vont suivre je livre à mes lecteurs la traduction par mes soins car je suis parfaitement bilingue français-anglais, je pourrais écrire mon blog en anglais et alors j’aurais beaucoup plus de lecteurs avides de contributions à l’information parfois dérangeantes. Il m’a donc paru opportun de communiquer à mes lecteurs francophones mais pas nécessairement anglophones ce billet de PCR traduit par mes soins sans en déformer le contenu initial.

La vérité s’évapore sous nos yeux

Le 17 septembre dernier ( https://www.paulcraigroberts.org/2018/09/17/the-evidence-is-conclusive-ukraine-shot-down-the-malaysian-airliner/ ) j’ai laissé un billet dont le titre était « Evidence is no longer a Western Value ». J’ai utilisé comme exemple de cet état de fait l’accusation qui a été lancée à l’encontre de la Russie pour la destruction du vil civil de Malaysia Airline MH17. Il n’existe aucune preuve pour conforter cette accusation, et au contraire il existe des arguments massifs que cet avion a été abattu par les néonazis qui ont pris le pouvoir en Ukraine à la suite du coup organisé par Washington à Kiev.

Le blâme a été dirigé contre la Russie non pas avec une quelconque évidence des faits mais par une construction d’accusations qui a débuté dès l’instant ayant suivi la destruction en vol de l’avion. Toutes les personnes demandant de fournir des preuves accompagnant cette accusation ont été immédiatement accusées de « pro-Putine » ce qui a eu pour conséquence de ne plus, justement, mentionner une quelconque évidence. Où que l’on porte notre regard aujourd’hui nous pouvons constater des accusations diverses ne s’appuyant sur aucunes évidences réelles : les armes de destructions massives de Saddam Hussein, les bombes nucléaire iraniennes, l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la conspiration entre Trump et Putine qui a volé les élections présidentielles américaines au détriment de Hillary Clinton, l’utilisation par le régime syrien démocratiquement élu de gaz toxiques … Il n’y a pas le moindre soupçon de preuves pour toutes ces accusations mais la véracité de ces dernières est admise via le travail inlassable des médias dans le monde entier.

La science dès le XVIe siècle en Europe a répandu le principe du « fait scientifique » basé sur des observations irréfutables qui a par exemple conduit l’Eglise à abandonner la coûtume de brûler les sorcières ainsi que pour les souverains à ne plus prendre de décisions politiques adossées sur de la superstition. La vérité devint alors une ligne de conduite qu’il fallait respecter. Mais cette vérité peut aussi être adaptée aux objectifs des élites et quand le pouvoir de ces dernières put à nouveau émerger des réformes sociales, politiques et économiques passées, la vérité a alors été divisée en catégories tellement parcellaires qu’elle a fini par disparaître. Pour les élites (que ce soit le « Deep State » aux USA ou les grandes fortunes européennes) la recherche de la vérité a disparu et s’est confondue avec leurs propres intérêts économiques et les politiciens asservis par les intérêts des élites ont dépouillé la vérité de sa signification universelle et l’ont réduite à des boniments sans signification concernant les problèmes de races et de genres, pour prendre un bref exemple.

Le résultat est qu’aujourd’hui la vérité est établie sans aucune évidence et elle se base uniquement sur des accusations répétées inlassablement et de fausses affirmations. Et cette attitude a rendu d’une facilité déconcertante de détruire des pays et des personnes seulement sur la base de mensonges. Qui a oublié l’ « affaire » Dominique Strauss-Kahn (DSK), le Directeur du FMI et à cette époque considéré comme le futur Président de la France ? Le problème était que DSK n’était pas conforme aux plans de Washington de plutôt voir l’élection de sa marionnette Sarkozy. DSK arriva en transit à New-York entre deux avions et fut accusé par une femme de ménage de l’hôtel où il était descendu d’agression à caractère sexuel. Il fut sur le champ arrêté et incarcéré. L’avocat général de la Cour de New-York et les médias, naturellement, le déclarèrent coupable. Et curieusement une Française fit au même moment une même déclaration d’harassement sexuel de la part de DSK. Affaire close. Pas d’évidences. Juste des déclarations à la presse. Il apparut par la suite que le compte en banque de cette femme de ménage de l’hôtel où se trouvait DSK ce jour-là avait été crédité de fortes sommes d’argent. Plus inquiétant encore il apparut que Sarkozy fut informé des faits avant même que la presse et la télévision n’en parlent. L’affaire fut réduite à rien du tout et l’avocat général fit des excuses publiques. Le résutalt de cette histoire fut que DSK dut démissionner de son poste de Directeur du FMI et fut évincé des élections présidentielles françaises. Conclusion Washington gagna sur les deux plans (voir mon commentaire en fin de billet).

Aujourd’hui à Washington mettre en scène une femme est devenu une tactique de routine, une femme qui va accuser n’importe quel homme hétérosexuel normal d’aggression sexuelle parce qu’il ne correspond pas au profil que l’intelligencia attend de lui. C’est devenu tellement courant que plus personne n’accorde une quelconque crédibilité à ces femmes. Les aggressions sexuelles sont devenues aujourd’hui de sales combines politiciennes. Aussi graves que puissent être ce genre d’accusations fictives à l’encontre d’individus, elles peuvent aussi détruire des pays entiers. Il suffit de se remémorer l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, aujourd’hui le Yémen et Washington n’a pas encore dit son dernier mot au sujet de la Syrie et de l’Iran. Tout était basé sur des mensonges mais Washington n’a cessé de réitérer les mêmes accusations, des millions de personnes ont été assassinées, violées, rendues orphelines, déplacées et envoyées comme réfugiées en Europe.

Il n’y a pas la moindre évidence où que ce soit qui puisse justifier les crimes monstrueux de Washington contre l’humanité. Dans un monde idéal reconnaissant la vérité telle qu’elle est les USA auraient déjà été condamnés par la Cour Internationale de Justice (dont la Maison-Blanche n’a jamais reconnu la légitimité) tout simplement parce que le fait que les USA aient détruit des pays entiers suffit pour justifier les actes de Washington … Ce qui vient d’être décrit ici est l’existence d’un monde qui ignore la vérité et qui vit dans le mensonge permanent. Il n’y a plus de place pour la vérité dans les pays occidentaux. Et cette hostilité à l’encontre de la vérité dans les pays occidentaux est devenue un fait dominant.

Comme je l’ai déjà écrit ceux qui disent la vérité sont bannis de Facebook, de Twitter et de Paypal. Google fait en sorte que leurs sites deviennent introuvables. Dans le monde occidental dire la vérité est maintenant assimilé à une conspiration (« Conspiration Theory »). Des membres de l’élite comme George Soros ainsi que d’innombrables ONGs financées par les gouvernements dépensent des sommes colossales pour discréditer ceux qui osent dire la vérité qualifiés d’ « ennemis des intérêts de l’élite ». Vous n’êtes pas obligés de me croire. Il faut rappeller que lorsque César a franchi le Rubicon le système gouvernemental romain ne s’en est jamais remis. Je ne pense pas que la Constitution américaine se remettre des exactions de Dick Cheney. Par exemple il ne fait plus aucun doute que les « attentats » du 11 septembre étaient organisés de l’intérieur pour justifier les aggressions américaines pendant deux décennies et encore pour des années à venir au Moyen-Orient. Il n’existe aucune évidence officielle ou factuelle de la cause réelle de ces attentats. Pendant 17 ans le monde entier a été abreuvé de mensonges approuvés par des milliers d’experts au sujet de ces attentats et ceux qui prétendent mettre en cause la véracité des dizaines de milliers de pages de rapports relatifs à cet évènement sont immédiatement taxés de conspirationistes et de complotistes.

Et il en est de même de la torture pratiquée systématiquement par l’armée américaine en Irak et en Afghanistan. Les autorités, malgré une documentation fournie, ont toujours nié ce genre de comportement. Les chaines de télévision américaines et les grands quotidiens nationaux sont asservis par les élites et quiconque contredit ce que les élites ont décidé est immédiatement mis à pied et sa carrière définitivement teminée. Sans médias soucieuses de la vérité, il ne peut plus y avoir de contrôle sur le gouvernement et alors la démocratie n’existe plus. Nous entrons dans un monde d’obscurantisme et la science fondamentale ou appliquée et la vérité sont aujourd’hui discréditées. Depuis la fin du Moyen-Àge jamais l’Humanité n’a été confrontée à une telle régression !

Note. Il en est exactement de même pour cette histoire de réchauffement du climat d’origine humaine : il s’agit d’un ensemble de contre-vérités qui sont répandues par les élites dont l’agenda est d’asservir l’humanité entière en alimentant la peur d’une catastrophe imminente. Ce que ces élites n’ont pas prévu est que les peuples, mondialement, peuvent se rebeller pour contrer les décisions de ces élites (Club de Bilderberg, Club de Rome, Trilatérale, Forum de Davos, GAFAs, ONGs comme Greenpeace ou le WWF, etc) alors comme durant la Révolution française leurs têtes finiront sur des piques. Pour ce qui concerne DSK il fallait absolument pour l’élite de Washington (le Deep State) se débarrasser de lui. DSK avait commencé à mettre en place une alternative à la toute puissance mondiale du dollar sous la forme des DTS émis par le FMI qui deviendrait de facto détenteur d’une monnaie universellement reconnue et indépendante du dollar US. Ce projet devait à n’importe quel prix être contrecarré et c’est la raison pour laquelle DSK fut victime d’une véritable guet-appens entièrement organisé par le FBI sur ordre de la Maison-Blanche qui en réalité ne faisait que relayer les désidérata du Deep State. Raisonnablement on ne peut pas espérer que Donald Trump puisse changer quoi que se soit à cette situation. L’Amérique, comme la plupart des pays occidentaux, n’est plus une démocratie.