La disparition des abeilles : mythe ou réalité ?

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Les 6, 20 et 29 février 2016 j’ai laissé trois billets sur ce blog relatifs à la maladie des colonies d’abeilles et il semble que, du moins aux USA, ce phénomène soit en voie d’atténuation significative. Selon les dernières statistiques du Département de l’agriculture américain (USDA) le nombre d’essaims actifs a augmenté de 3 % depuis le début de l’année 2017 soit une augmentation du nombre d’environ de 90000 ruches sur un total de 2,9 millions enregistrées auprès des autorités. Selon Tim May, vice-président de l’association nord-américaine des apiculteurs « pour sauver les abeilles il faudrait savoir exactement de quoi elles souffrent » (sic) … cela va de soi. Si les ruches meurent toujours car une colonie n’est pas éternelle leur disparition a diminué de plus de 60 % entre avril et juin de cette année par comparaison avec la même période de l’année 2016, toujours aux USA.

Les meilleures conditions adoptées par les apicultures sur recommandation de l’USDA pour dédoubler les ruches, leurs discussions avec les agriculteurs afin qu’ils n’utilisent pas de pesticides lors de la période critique d’essaimage et de dédoublement des colonies semblent avoir été un succès. Malgré ces efforts aux résultats encourageants, il reste toujours que 13 % des colonies meurent en raison de l’usage de ces pesticides, 12 % à la suite d’infestations avec des parasites autres que le varroa et enfin 4,3 % en raison d’autres maladies. Les principales causes de la mort des ruches restent toujours le mauvais temps, l’insuffisance de pollen pour les butineuses, le manque de nourriture à la fin de l’hiver et enfin et surtout les mauvaises pratiques d’élevage des apiculteurs eux-mêmes. La disparition des colonies d’abeilles deviendrait-elle un mauvais souvenir ? Selon le Docteur May Berenbaum, entomologiste à l’Université d’Illinois, les pesticides ont été peut-être un peu trop tôt incriminés pour masquer les mauvaises pratiques d’un grand nombre d’apiculteurs pour une raison assez simple à comprendre : près de la moitié des ruches américaines sont infestées par le varroa et les apiculteurs n’aiment pas trop reconnaître qu’ils ne connaissent pas leur métier ou plus simplement leur passe-temps. Belle démonstration d’un évènement monté en épingle par les défenseurs de l’environnement alors que les arguments scientifiques irréfutables d’une effet nocif des pesticides, en particulier des néonicotinoïdes, se font toujours attendre. En Europe la situation est sensiblement identique et ce n’est pas le moratoire décrété par les instances bruxelloises au sujet de l’utilisation des néonicotinoïdes qui y est pour quoi que ce soit. Il était politiquement correct d’interdire ces produits en vertu du détestable principe de précaution qui à l’évidence ne s’applique pas aux USA …

Source : Bloomberg, illustration : varroa (Wikipedia)

Alimentation et santé : rumeurs et mensonges (4)

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Les mensonges et les fausses informations parfois émises par des scientifiques peuvent conduire à des désastres sociétaux comme vous allez le découvrir en particulier quand il s’agit d’informations mensongères au sujet de la santé.

13. Si vous faites tomber de la nourriture au sol, vous avez 5 secondes …

Il paraîtrait que si on fait tomber un morceau de gâteau par terre en le ramassant pour le manger pas plus de 5 secondes après, on ne risque pas de contamination. Encore une idée préconçue erronée car il suffit de quelques millisecondes aux bactéries présentes partout pour contaminer ce morceau de gâteau et vous devrez vous résigner à le jeter plutôt que de le manger. Les règles d’hygiène élémentaire ont disparu depuis l’avènement des produits d’entretien de toutes les couleurs et parfumés à la jonquille ou à la résine de pin. Ces produits sont totalement inefficaces et ils ne donnent qu’une impression de propreté : « Ça sent le propre », « Monsieur Propre » … Depuis que les hôpitaux ont abandonné l’usage de l’eau de Javel (hypochlorite de sodium) on ne compte plus le nombre de morts par infections appelées du nom savant d’infections nosocomiales. Pourquoi ? Tout simplement parce que les hôpitaux sont devenus des endroits insalubres et c’est la même chose chez soi. Pour ma part le fais le grand ménage une fois par semaine dans mon modeste logement et je suis à peu près certain qu’il est ensuite propre. J’utilise comme mes grand-mères de l’eau de Javel diluée quatre fois pour laver le sol. De plus, comme dans beaucoup de pays dont en particulier le Japon, je quitte mes chaussures dès que je rentre à la maison. Pourquoi a-t-on interdit l’eau de Javel dans les hôpitaux, pourtant le seul antiseptique efficace à 100 % ? Il n’y a pas de mystère, ça ne coûte rien et les grandes multinationales de la propreté n’en tireraient aucun profit. Ceci explique cela.

14. Les vaccins peuvent être dangereux

Je ne reviendrai pas ici sur la nouvelle phobie des vaccins qui s’est propagée à la suite de la publication par Wakefield d’un article falsifié relatif au lien entre l’autisme et les vaccins en 1998 dans la revue The Lancet. Cet individu a avoué ses turpitudes, s’est rétracté et a été mis au ban de la société par l’Ordre britannique des Médecins. La rumeur s’est pourtant propagée et amplifiée malgré toutes les études scientifiques rigoureuses qui n’ont jamais pu prouver par la suite qu’il y avait un quelconque lien entre vaccins et autisme. À ce sujet le lien suivant est tout à fait instructif (www.pbs.org/wgbh/nova/body/autism-vaccine-myth.html).

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La France, patrie de Pasteur, se distingue par son attitude irraisonnée puisque près de la moitié de la population considère que les vaccins sont dangereux. Il faut dire que la justice française s’est distinguée par son imbécillité en admettant que les téléphones portables étaient dangereux pour la santé, or comme ce sont les mêmes groupes d’activistes qui colportent les même rumeurs, suivez mon regard … L’italie pour sa part vient de rendre la vaccination des enfants des écoles obligatoire, 15 % des parents refusant de faire vacciner leurs enfants.

Aux USA, pays où la rougeole avait été virtuellement éradiquée, passant de 500 000 cas annuels en 1960 à une centaine en 2000, le CDC a constaté ces derniers mois une recrudescence de la maladie. Tous les cas de rougeole déclarés proviennent d’immigrés non vaccinés, en particulier en provenance de Somalie.

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15. Les yaourts remettent de l’ordre dans les intestins

Bien que les yaourts – non sucrés et non aromatisés – ne soient pas mauvais en soi pour la santé il ne faut pas croire que les bactéries lactiques qu’ils contiennent ont le pouvoir de modifier la flore intestinale. C’est un mythe savamment vendu à grands coups de publicité par les fabricants de yaourts. À l’heure actuelle, aucun biologiste digne de ce nom ne sait comment modifier la flore intestinale en raison de sa complexité – plus de 250 bactéries intestinales sont encore inconnues et n’ont jamais été étudiées en détail ! Le marché des « probiotiques » se porte bien, merci, il atteint plus de 25 milliards de dollars par an. Quant aux yaourts sucrés ils sont plutôt dangereux pour la santé puisqu’ils apportent un supplément de sucres dont l’organisme se passerait volontiers. Le seul avantage du yaourt par rapport au lait est qu’il ne contient pratiquement plus de lactose, une caractéristique le rendant assimilable par les personnes souffrant d’intolérance au lactose.

16. Manger une pomme chaque jour, c’est bon pour la santé

Comparée à beaucoup d’autres fruits la pomme est plutôt pauvre en vitamines et en fibres contrairement à la croyance populaire. Par conséquent manger une pomme chaque jour pour rester en bonne santé est une vue de l’esprit. L’argument serait que la pomme est riche en vitamine C. C’est faux : une pomme n’apporte que 6 % du besoin quotidien ce cette vitamine. De là à prétendre que manger des pommes est bon pour soigner la grippe (illustration Red delicious, qui n’a de délicieux que le nom)…

Source : Business Insider, suite dans un prochain billet. Illustrations : World Economic forum, CDC et Wikipedia

La controverse du Monarch (ou Monarque)

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Si je m’intéresse de loin au monarque, ce magnifique papillon c’est tout simplement parce qu’il est sédentaire dans tout l’archipel des îles Canaries et qu’on peut l’observer tous les jours en pleine ville. En octobre 2014 j’avais laissé sur ce blog un billet qui expliquait par l’étude du génome de ce papillon emblématique pourquoi il s’était sédentarisé dans certaines régions du monde alors qu’il continue à migrer sur de folles distances – pour un papillon – entre le nord des USA et le Mexique (voir le lien et le doi de l’article paru dans la revue Nature). Cette étude n’avait pas assigné les gènes à des chromosomes puisqu’il s’était agi de détecter les mutations permettant de reconstruire l’arbre « généalogique » des divers spécimens de ce papillon. Il était admis que le monarque, Danaus plexippus, possédait 30 chromosomes selon des travaux parus en 1975 et réalisés à l’Université de Madras en Inde.

Le problème est que le caryotype réalisé à Madras le fut sur un autre lépidoptère proche du monarque, le Danaus genutia, car le monarque d’Amérique du Nord n’existe pas en Inde ! D’autres travaux avaient cité entre 28 et 32 chromosomes. Établir un caryotype de lépidoptère n’est cependant pas aisé car les chromosomes ont tendance à se couper en deux, voire à fusionner, au cours de la métamorphose. De plus les résultats dépendent de la partie du corps de l’insecte où un prélèvement a été effectué pour obtenir un caryotype.

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Pour mettre les choses au clair le Docteur Christopher Hamm de l’Université du Kansas a effectué le caryotype à partir des testicules de jeunes larves du « vrai » monarque. Il a ainsi pu établir sans ambiguïté que le matériel génétique, dans ce cas haploïde (N chromosomes au lieu de 2N pour un adulte puisqu’il s’agit des chromosomes de cellules germinales correspondant donc aux spermatozoïdes), est constitué de 30 chromosomes. La controverse est donc close et tous les zoologistes peuvent maintenant se baser sur une étude solide et parfaitement documentée parue dans la revue bioRxiv (voir le doi)

Source et illustration : bioRxiv, doi : 10.1101/107144 et aussi :

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/10/06/lemblematique-monarque-migrateur-une-enigme-enfin-resolue/

Nature, doi : 10.1038/nature13812

Le champion du monde de vol libre

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Après avoir capturé des martinets communs (Apus apus) des zoologistes de l’Université de Lund en Suède les ont muni d’enregistreurs permettant de les géolocaliser et d’accumuler pendant plus d’une année les caractéristiques de vol à l’aide d’un accéléromètre, d’un détecteur de battement des ailes et d’un localisateur GPS. Ce petit équipement ne pesant pas plus d’un gramme a été récupéré une année voire deux années plus tard pour l’un des oiseaux en les recapturant aux alentours des mêmes lieux de nidification dans le sud de la Suède. Les résultats obtenus sont tout simplement époustouflants. Deux martinets ont passé plus de dix mois à voler jour et nuit sans jamais se poser ni sur un arbre ni sur un édifice.

Cet équipement miniaturisé a aussi permis d’élucider précisément la route empruntée par les martinets pour hiverner si on peut appeler la situation ainsi car « hiverner » au Congo ou au Ghana consiste seulement à s’éloigner des rigueurs des hivers scandinaves.

Bien que nidifiant dans la même région de Suède les martinets suivent à peu près la même route lors de leur migrations en traversant l’Europe en direction de la côte méditerranéenne de l’Espagne puis l’est du Maroc. Certains d’entre eux hivernent en Guinée-Conakry et au Libéria (oiseau #4) alors que d’autres individus préfèrent le Nigeria, le Congo-Brazzaville, le Gabon ou la RDC (oiseau #3). Le dépouillement des données des enregistreurs a mis en évidence des périodes de pseudo-inactivité des oiseaux sans toutefois qu’ils se posent au sol car ils peuvent passer de longs moments sans battre des ailes en profitant des courants d’air ascendants, le jour comme la nuit. Voici un exemple de données recueillies pour l’oiseau #4 :

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En août il survole la côte espagnole. On le retrouve en novembre au sud de la Mauritanie et il passe une longue période au Libéria. À gauche les périodes de faible activité et au centre le nombre de périodes de faible activité en vol. La nidification a lieu entre le début du mois de juin et la fin du mois de juillet représentée par les traits noirs quand l’oiseau se pose au nid. Extraordinaire oiseau dont quelques secrets de sa vie peu connue viennent d’être dévoilés …

Source : Curent Biology, soi : 10.1016/Cuba.2016.09.014