La controverse du Monarch (ou Monarque)

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Si je m’intéresse de loin au monarque, ce magnifique papillon c’est tout simplement parce qu’il est sédentaire dans tout l’archipel des îles Canaries et qu’on peut l’observer tous les jours en pleine ville. En octobre 2014 j’avais laissé sur ce blog un billet qui expliquait par l’étude du génome de ce papillon emblématique pourquoi il s’était sédentarisé dans certaines régions du monde alors qu’il continue à migrer sur de folles distances – pour un papillon – entre le nord des USA et le Mexique (voir le lien et le doi de l’article paru dans la revue Nature). Cette étude n’avait pas assigné les gènes à des chromosomes puisqu’il s’était agi de détecter les mutations permettant de reconstruire l’arbre « généalogique » des divers spécimens de ce papillon. Il était admis que le monarque, Danaus plexippus, possédait 30 chromosomes selon des travaux parus en 1975 et réalisés à l’Université de Madras en Inde.

Le problème est que le caryotype réalisé à Madras le fut sur un autre lépidoptère proche du monarque, le Danaus genutia, car le monarque d’Amérique du Nord n’existe pas en Inde ! D’autres travaux avaient cité entre 28 et 32 chromosomes. Établir un caryotype de lépidoptère n’est cependant pas aisé car les chromosomes ont tendance à se couper en deux, voire à fusionner, au cours de la métamorphose. De plus les résultats dépendent de la partie du corps de l’insecte où un prélèvement a été effectué pour obtenir un caryotype.

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Pour mettre les choses au clair le Docteur Christopher Hamm de l’Université du Kansas a effectué le caryotype à partir des testicules de jeunes larves du « vrai » monarque. Il a ainsi pu établir sans ambiguïté que le matériel génétique, dans ce cas haploïde (N chromosomes au lieu de 2N pour un adulte puisqu’il s’agit des chromosomes de cellules germinales correspondant donc aux spermatozoïdes), est constitué de 30 chromosomes. La controverse est donc close et tous les zoologistes peuvent maintenant se baser sur une étude solide et parfaitement documentée parue dans la revue bioRxiv (voir le doi)

Source et illustration : bioRxiv, doi : 10.1101/107144 et aussi :

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/10/06/lemblematique-monarque-migrateur-une-enigme-enfin-resolue/

Nature, doi : 10.1038/nature13812

Le champion du monde de vol libre

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Après avoir capturé des martinets communs (Apus apus) des zoologistes de l’Université de Lund en Suède les ont muni d’enregistreurs permettant de les géolocaliser et d’accumuler pendant plus d’une année les caractéristiques de vol à l’aide d’un accéléromètre, d’un détecteur de battement des ailes et d’un localisateur GPS. Ce petit équipement ne pesant pas plus d’un gramme a été récupéré une année voire deux années plus tard pour l’un des oiseaux en les recapturant aux alentours des mêmes lieux de nidification dans le sud de la Suède. Les résultats obtenus sont tout simplement époustouflants. Deux martinets ont passé plus de dix mois à voler jour et nuit sans jamais se poser ni sur un arbre ni sur un édifice.

Cet équipement miniaturisé a aussi permis d’élucider précisément la route empruntée par les martinets pour hiverner si on peut appeler la situation ainsi car « hiverner » au Congo ou au Ghana consiste seulement à s’éloigner des rigueurs des hivers scandinaves.

Bien que nidifiant dans la même région de Suède les martinets suivent à peu près la même route lors de leur migrations en traversant l’Europe en direction de la côte méditerranéenne de l’Espagne puis l’est du Maroc. Certains d’entre eux hivernent en Guinée-Conakry et au Libéria (oiseau #4) alors que d’autres individus préfèrent le Nigeria, le Congo-Brazzaville, le Gabon ou la RDC (oiseau #3). Le dépouillement des données des enregistreurs a mis en évidence des périodes de pseudo-inactivité des oiseaux sans toutefois qu’ils se posent au sol car ils peuvent passer de longs moments sans battre des ailes en profitant des courants d’air ascendants, le jour comme la nuit. Voici un exemple de données recueillies pour l’oiseau #4 :

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En août il survole la côte espagnole. On le retrouve en novembre au sud de la Mauritanie et il passe une longue période au Libéria. À gauche les périodes de faible activité et au centre le nombre de périodes de faible activité en vol. La nidification a lieu entre le début du mois de juin et la fin du mois de juillet représentée par les traits noirs quand l’oiseau se pose au nid. Extraordinaire oiseau dont quelques secrets de sa vie peu connue viennent d’être dévoilés …

Source : Curent Biology, soi : 10.1016/Cuba.2016.09.014