La politique monétaire européenne a atteint une limite inimaginable il y a encore seulement 5 ans.

Altice_logo.png

Les banques centrales des pays européens, chapeautées par la Banque Centrale européenne, ont choisi une politique non-conventionnelle afin d’éviter toute dépression économique. Les taux d’intérêts rétribuant la prise de risque des investisseurs lorsqu’ils achètent des obligations sont devenus proche de zéro au cours des années passées pour inciter les entreprises à investir et les particuliers à s’endetter pour consommer. Les Etats ont suivi ce mouvement pour maintenir une apparente croissance économique en investissant non pas pour l’avenir mais pour le présent, en d’autres termes dans le fonctionnement des Etats. C’est en effet la préoccupation des politiciens qui n’ont plus aucune vision sur le long terme : ils ne pensent qu’à leur prochaine réélection en faisant croire aux citoyens qu’il y a bien une croissance économique, et donc que tout va bien.

Puisque l’argent est « facile » et ne coûte rien (en intérêts) les entreprises empruntent pour racheter leurs actions afin de faire gonfler artificiellement le cours de ces dernières sans pour autant investir. Si la Bourse « va bien » cela doit signifier que l’économie se porte bien. Et tout les citoyens le croient qu’ils aient ou non des actions ou des obligations dans leur porte-feuille patrimonial. Donc tout va bien dans le meilleur des mondes financiarisés possibles …

Ce n’est malheureusement pas le cas pour la grande majorité des pays européens, mises à part la Suisse qui ne fait pas partie de l’Union européenne et la République d’Irlande qui tire vers le haut son économie en accueillant de nombreuses entreprises multinationales opérant dans l’Union Européenne grâce à une politique fiscale accommodante. D’ailleurs pour acheter des obligations de l’Etat suisse il faut payer un droit d’entrée. Cette exception suisse se retrouve maintenant, et c’est invraisemblable, au niveau d’autres pays européens au sein desquels des entreprises émettent des obligations sur les marchés. Il faut désormais payer pour acquérir certaines obligations libellées en euros. Et la BCE soutient cette politique. Selon l’agence Bloomberg le volume de telles obligations atteint aujourd’hui 12800 milliards d’euros et de citer 14 entreprises émettant des obligations « payantes » ! Les investisseurs peuvent toujours rêver de revoir un jour le principal, leur investissement, mais ils ne verront jamais la couleur des intérêts. Bloomberg classe ces obligations dans la catégorie des « junk-bonds » ou obligations pourries comme par exemple :

Adragh Packaging Finance plc / Ardagh Holdings USA Inc., Altice Luxembourg SA, Altice France SA, Axalta Coating System LLC, Constellium NV, Arena Luxembourg Finance Sarl, EC Finance Plc, Nexi Capital SpA, Nokia Corp., LSF10 Wolverine Investments SCA, Smurfit Kappa Acquisitions ULC, OI European Group BV, Beckton Dickinson Euro Finance Sarl et WMG Acquisition Corp.

Il est complètement illogique de posséder une obligation qui a demandé un investissement de 1 euro et qui vaudra nominalement 99 centimes dix ans plus tard. Il semble pourtant que les investisseurs préfèrent ce type de placement. Les 14 entreprises citées plus haut sont donc des entreprises zombies. La Banque des Règlements internationaux a bien analysé ce phénomène dès septembre 2018 ( https://www.bis.org/publ/qtrpdf/r_qt1809g.htm ) :

« L’augmentation du nombre de firmes appelées « zombies », c’est-à-dire des firmes qui sont incapables d’assurer le service de leur dette à partir de leurs profits réalisables sur une période étendue, a attiré l’attention des analystes politiques et académiques. En analysant les résultats d’entreprises réparties dans 14 pays à l’économie avancée, il est apparu une évidente augmentation de la prévalence de « zombies » depuis la fin des années 1980. Notre analyse suggère que ce phénomène est lié à la pressions financière réduite qui se traduit par des taux d’intérêt peu élevés. Nous constatons aussi que ces entreprises zombies pèsent sur les performances économiques parce qu’elles sont moins productives et parce que leur existence même encourage les autres entreprises à réduire leurs investissements et la création d’emplois.« 

Cette sorte de non-sens économique n’a pu exister qu’avec l’encouragement des banques centrales qui ont manipulé les taux d’intérêt. C’est totalement contre-productif et si ces entreprises zombies existent toujours ce n’est que grâce à ces taux d’intérêt proches de zéro ou négatifs. La force fondamentale du capitalisme réside dans le fait que les entreprises non viables disparaissent pour laisser la place à l’innovation et à de nouveaux modèles. Et pourtant les banquiers centraux, la FED, la BCE, la Banque de Chine, etc.., veulent garder ces entreprises en vie. De ce fait la zombification augmente. Que va-t-il se passer quand une récession sévère arrivera ?

Sources : Bloomberg et BIS (Banque des règlements internationaux)

Le déclin de l’économie américaine : ce que la presse main-stream dit et la réalité

Traduction d’un article de Paul Craig Roberts paru sur son site le 25 JUIN 2019.

Depuis Juin 2009 les Américains vivent dans la fausse réalité d’une économie florissante. Des « fake-news » et des statistiques truquées ont entretenu cette fausse impression car les vrais chiffres ont été ignorés. Par exemple il serait normal dans une économie remise de la crise ou en croissance de voir le nombre d’emplois augmenter puisqu’il devrait y avoir plus d’offres d’emploi. Pourtant durant la décennies passée Juin 2009-Mai 2019 le taux des emplois n’a cessé de diminuer, passant de 65,7 à 62,8 % de la population en âge de travailler. Une autre caractéristique d’une économie prospère est un fort investissement dans les entreprises. Pourtant les entreprises américaines ont en grande majorité utilisé leurs profits non pas pour se développer mais pour réduire leur capitalisation sur les marchés en rachetant leurs actions. Pire encore d’autres entreprises ont emprunté de l’argent pour racheter encore plus leurs propres actions, manoeuvre ayant pour conséquence un plus fort endettement alors qu’elles réduisaient leur capitalisation boursière ! C’est-à-dire que les conseils d’administration, les dirigeants et les actionnaires de ces entreprises ont choisi de piller leurs propres compagnies, ce qui indique clairement que les dirigeants et les propriétaires de ces entreprises ne considèrent plus que l’état de l’économie justifie de nouveaux investissements.

Dans ces conditions comment peux-t-on considérer que l’économie est en plein essor si les entreprises ne voient pas d’opportunités d’investissements ? Pendant toute cette décennie de supposée croissance économique les vraies consommations de détail ont décliné pour se retrouver aujourd’hui à 1,3 %, et encore, ce chiffre est surévalué puisque le calcul de l’inflation a été modifié pour faire croire qu’elle était plus faible que dans la réalité. Par exemple l’indice des prix à la consommation, indice qui normalement devrait refléter le prix réel d’un standard de vie constant, mesure maintenant un standard de vie variable. Si le prix d’un bien de consommation pris en considération dans ce calcul augmente, ce prix est remplacé par une alternative moins coûteuse, manoeuvre qui réduit arithmétiquement l’indice de l’inflation. Si le prix d’un bien de consommation augmente ce dernier est considéré comme entrant dans la catégories de l’augmentation de la qualité et il n’est pas pris en compte dans le calcul de cet indice.

Les prix des biens de consommations au détail ne peuvent pas augmenter quand la plupart des salaires n’ont pas augmenté depuis plusieurs dizaines d’années, selon une enquête de Pewresearch parue en août 2018. Les salaires des employés à plein temps ont chuté de 4,4 % depuis 1973 en dollars actualisés. Les experts en économie éludent cette évidence. Par exemple ils font remarquer que les gens travaillent plus longtemps et donc que leurs revenus réels sont en hausse mais pas leurs salaires nominaux. Ces mêmes experts à la solde du gouvernement affirment aussi que les départs massifs à la retraite des « baby-boomers » ont réduit la force de travail globale mais ils semblent ignorer que si vous allez dans un grand magasin vous verrez beaucoup de retraités travailler pour arrondir leurs fins de mois difficiles car leur retraite, compte tenu de la fraude sur les statistiques de l’inflation qui n’a pas permis de revaloriser leurs maigres pensions, ne leur suffit plus pour vivre.

Ces mêmes experts gouvernementaux affirment que le faible taux de chômage signifie qu’il y a un manque de main-d’oeuvre et donc que quiconque désire travailler peut trouver un emploi mais ils oublient de dire que des millions de chômeurs, découragés car ne trouvant pas d’emploi, ne sont plus pris en compte dans les statistiques. En effet, selon la loi, si vous n’avez pas recherché activement un emploi pendant 4 semaines consécutives vous n’êtes plus considéré comme chômeur et donc vous n’êtes plus pris en compte dans les statistiques.

C’est coûteux de rechercher un emploi. Quand on dispose de peu d’argent il faut le dépenser pour se déplacer et se montrer pour une interview et rapidement il ne reste plus d’argent pour continuer à chercher. C’est également émotionnellement onéreux car plus on essuie des échecs plus on perd confiance en soi et on finit par ne plus avoir d’espoir. Les gens se rattrapent alors sur des petits boulots payés cash pour pouvoir survivre. Comme conséquence de cet état de fait beaucoup de sans-abri trouvent des petits boulots qui leur suffisent pour vivre car ils ne peuvent même pas payer un loyer et ils vivent dans la rue. Le taux de chômage officiel de 3,5 % n’est que de la propagande. En incluant tous les chômeurs découragés et ceux qui ont des petits boulots payés cash, donc non déclarés, leur permettant de survivre difficilement, on arrive plutôt à un taux de chômage de 21 %. Ces 21 % expliquent pourquoi un tiers des jeunes de 18 à 34 ans vivent toujours chez leurs parents : ils ne gagnent pas assez d’argent (ou n’en gagnent pas du tout) pour avoir une existence indépendante. Dans le même sens la Réserve Fédérale a indiqué que 40 % des ménages américains ne disposent pas d’économie supérieures à 400 dollars.

L’économie américaine a été poussée vers le déclin par des capitalistes avides sans aucune vue de long terme. Lorsque l’Union soviétique s’est effondrée au cours de la dernière décennie du XXe siècle, l’Inde et la Chine ont ouvert leurs économies aux pays occidentaux. Les entreprises de ces pays ont trouvé tant en Chine qu’en Inde une main-d’oeuvre à bon marché pour accroître leurs profits en produisant à l’étranger des biens et des services destinés à leurs marchés intérieurs. Les entreprises qui hésitaient à délocaliser leurs productions ont été menacées par Wall Street de prises de contrôle dans leur pays à moins de réaliser encore plus de bénéfices grâce à ces délocalisations de leurs productions.

Le transfert de millions d’emplois américains à haute productivité et à forte valeur ajoutée en Asie a détruit les carrières et les perspectives de millions d’Américains et a eu de graves répercussions sur les budget nationaux et locaux ainsi que sur les fonds de pension. Les coûts externes de la délocalisation des emplois ont été extrêmement élevés. Ces coûts ont largement dépassé et de loin les bénéfices tirés de cette délocalisation. Presque du jour au lendemain des villes américaines prospères qui constituaient jadis une force industrielle et manufacturière sont devenues des friches économiques. La « guerre commerciale » avec la Chine est une gesticulation visant à dissimuler le fait que les problèmes économiques des Etats-Unis sont le résultat des agissements de ses propres entreprises et du fait que Wall Street a orchestré la délocalisation des emplois américains et du fait que le gouvernement américain n’a rien fait pour arrêter la déconstruction de son économie.

La politique économique de l’administration Reagan axée sur l’offre, systématiquement mal présentée et mal décrite, a permis de remédier à la « stagflation », au malaise de la hausse de l’inflation et du chômage décrit à l’époque comme une aggravation des compromis entre inflation et chômage. Personne n’a vu de courbe de Phillips (cf. note en fin de billet) depuis que l’administration Reagan s’est débarrassée de cet écueil. La Réserve Fédérale n’a même pas été capable de la ressusciter avec des années d’impression monétaire. L’administration Reagan avait mis l’économie américaine sur les rails vers une croissance à long terme non inflationniste, cette perspective a été contrecarrée par la hausse de la délocalisation des emplois.

Normalement l’objectif d’un gouvernement est de protéger les emplois de son pays parce que le gouvernement a besoin des revenus provenant des taxes et des impôts plutôt que de devoir verser des indemnités de chômage et d’entretenir un système de protection sociale. Normalement les politiciens préfèrent les succès économiques aux échecs. Mais la cupidité a triomphé des jugements rationnels et les perspectives de l’économie ont été sacrifiées aux sociétés « court-termistes » et à la cupidité de Wall Street.

En effet les profits tirés de la délocalisation des emplois sont à court terme car la délocalisation des emplois repose sur une erreur d’appréciation qui suppose que ce qui est vrai pour un acteur économique est aussi vrai pour l’ensemble des autres acteurs. Une société individuelle peut tirer avantage de l’abandon de sa main-d’oeuvre nationale et opter pour une production à l’étranger de ses produits pour son marché intérieur. Toutefois lorsque de nombreuses entreprises font de même l’impact sur le revenu des consommateurs domestiques est grave. Alors comme les petits emplois du genre employé d’un supermarché comme Walmart ne rémunèrent pas comme le secteur manufacturier la demande globale des consommateurs est affectée par la baisse des revenus et la demande pour les produits des entreprises délocalisées est moindre. Par conséquent la croissance économique faiblit et lorsque cela s’est produit Alan Greenspan, le Président de la FED à l’époque, a alors décidé de substituer un accroissement de l’endettement des consommateurs à la croissance manquante de leurs revenus. Le problème avec la solution de Greenspan est que la croissance de cette dette privée des consommateurs est limitée par le montant de leurs revenus et lorsque la dette ne peut plus être remboursée elle ne peut plus augmenter. En outre, le service de cette dette absorbe une partie du pouvoir d’achat des consommateurs. Ainsi la délocalisation des emplois a limité l’expansion de la demande globale des consommateurs. Alors que les entreprises rachètent leurs actions au lieu d’investir rien ne peut plus stimuler l’économie. Les chiffres produits plus haut ne sont que des illusions produites par la sous-estimation de l’inflation réelle.

Une grande partie de la prospérité et de la puissance des Etats-Unis après la seconde guerre mondiale est due au rôle du dollar comme monnaie de réserve mondiale. Ce rôle garantit une demande mondiale en dollars et cette demande signifie aussi que le monde finance les déficits budgétaires et commerciaux des Etats-Unis en achetant de la dette américaine. Le monde donne des biens et des services aux USA en échange d’une monnaie de papier. Les USA paient leurs factures en imprimant de la monnaie ! N’importe qui serait capable de comprendre qu’un gouvernement protégerait un tel avantage et n’encouragerait pas au contraire des pays étrangers à abandonner ses dollars. Mais le gouvernement américain, insouciant dans son arrogance, son orgueil et sa totale ignorance, a fait tout ce qui était en son pouvoir pour provoquer la fuite du dollar.

Les Etats-Unis utilisent leur système financier basé sur le dollar pour contraindre les autres pays à tenir compte des intérêts américains à leurs dépens. Les sanctions imposées à d’autres pays, les menaces de sanctions, le gel des avoir et les confiscations, etc, ont conduit de grandes parties du monde, Russie, Chine, Inde, Iran, à des transactions non monétaires qui réduisent la demande de dollars. Par exemple les menaces américaines à l’égard de l’Europe qui achètent de l’énergie russe et des produits technologiques chinois sont des éléments qui déstabilisent l’appartenance de l’Europe à l’Empire américain. Si la valeur du dollar s’effondrait en raison du manque de demande sur les marchés, les Etats-Unis, massivement sur-endettés, se retrouveraient relégués à l’état de pays du tiers-monde.

Il est vrai que de nombreux pays dans le monde ont des leaders politiques mauvais mais les leaders politiques des Etats-Unis sont les pires de tous. Jamais très bon, le leadership américain est tombé dans un déclin abrupt avec l’avènement des Clinton, se poursuivant par Bush, Obama et Trump. La crédibilité des Américains est au plus bas. Des imbéciles comme John Bolton et Pompeo pensent pourvoir restaurer cette crédibilité en explosant un ou des pays. À moins que ces imbéciles dangereux ne soient licenciés nous devrons tous faire l’expérience de leurs erreurs.

Auparavant la Réserve fédérale suivait une politique monétaire dans le but de réduire l’inflation et le chômage, mais aujourd’hui et au cours des dix dernières années sa politique monétaire consiste à protéger les bilans des grandes banques « trop grosses pour faire faillite » et d’autres institutions financières privilégiées par le pouvoir. Par conséquent il est problématique d’attendre des résultats sur le chômage et l’inflation. Il est aussi possible de faire face à une récession et de maintenir des prix élevés des instruments financiers grâce au soutien de la FED à ces instruments. Il est aujourd’hui possible pour la FED d’empêcher une baisse des marchés boursiers en achetant des contrats à terme sur l’indice S&P et d’empêcher une hausse du prix de l’or en faisant en sorte que ses agents fassent basculer des positions nues sur le marché des contrats à terme. De telles manoeuvres ne se sont jamais produites quand j’étais au Trésor. Ce type d’intervention a son origine dans l’équipe de protection anti-crise créée par le clan Bush au cours de la dernière année de l’administration Reagan. Une fois que la FED a appris à se servir de ces instruments elle l’a fait de manière plus agressive.

Les observateurs des marchés qui suivent les tendances du passé oublient que la manipulation du marché par les autorités centrales joue aujourd’hui un rôle plus important que par le passé. Ils s’attendent à tort à ce que les tendances établies par les forces du marché se maintiennent dans cet environnement économique manipulé.

Liens figurant dans l’article de PCRoberts :

https://www.bls.gov/charts/employment-situation/civilian-labor-force-participation-rate.htm

https://www.multpl.com/us-real-retail-sales-growth

https://www.pewresearch.org/fact-tank/2018/08/07/for-most-us-workers-real-wages-have-barely-budged-for-decades/

https://www.businessinsider.com/record-median-household-income-is-hiding-a-chilling-fact-2017-9

http://shadowstats.com/

https://www.cnbc.com/2018/05/22/fed-survey-40-percent-of-adults-cant-cover-400-emergency-expense.html

https://www.claritypress.com/product/the-failure-of-laissez-faire-capitalism/

Note. La courbe de Phillips illustre une relation empirique négative entre le taux de chômage et l’inflation, c’est-à-dire le taux de croissance des salaires nominaux. En d’autres termes, au delà d’un certain niveau de chômage les salariés ne sont plus en position de force pour exiger une hausse de salaire. Lire aussi : https://en.wikipedia.org/wiki/Phillips_curve

Note. Pour ceux qui ne savent pas qui est Paul Craig Roberts : https://en.wikipedia.org/wiki/Paul_Craig_Roberts .Cette personnalité réalise des analyses froides et non partisanes. Qu’on n’aille pas me taxer d’anti-américanisme primaire mais les faits sont là et ils parlent d’eux-mêmes. La situation économique de l’Europe est également loin d’être enviable. En dehors de l’Allemagne et dans une moindre mesure des Pays-Bas toutes les économies européennes seraient en récession profonde si celles-ci n’étaient pas adossées à de la dette alimentée par de la fausse monnaie. Un jour ou l’autre le système économique implosera et alors on entrera dans une « terra incognita ».

Le sombre tableau de l’économie française vu par un profane (que je suis).

N’étant pas économiste je sais tout de même faire des additions, des soustractions et des règles de trois, ce qu’apparemment les hauts fonctionnaires français ne savent pas ou n’ont jamais été capables de faire. En 2019 l’Agence France Trésor, qui est en charge d’émettre des obligations d’Etat françaises sur les marchés pour rembourser les obligations arrivées à maturité et également pour payer les intérêts des obligations en cours, aura besoin de collecter 236,6 milliards d’euros pour en quelque sorte financer le train de vie de l’Etat à hauteur de 106,4 milliards, le montant brut du déficit budgétaire de la France. Tous les chiffres avancés par le gouvernement français sont faux puisque ce déficit budgétaire français atteint en réalité 4,5 % du PIB. Le service de la dette, qui a atteint à la fin de l’année passée 2322,3 milliards d’euros (voir notes), coûte 41,9 milliards d’intérêts, donc à un taux moyen de 1,8 %. Il reste alors 106,4 – 41,9 = 64,5 milliards d’euros pour soutenir l’économie française. En considérant que la dette a atteint 100 % du PIB fin 2018 ces 64,5 milliards représentent 2,77 % du PIB mais comme je le mentionnais ci-dessus ce chiffre est faux.

Les prévisions de l’Agence France Trésor ont été réalisées en tablant sur une croissance de 2,3 % or ces prévisions de croissance de l’économie française viennent d’être revues à la baisse à 1,5 % au lieu des 2,3 % prévus. En conséquence la France est déjà entrée en récession à moins qu’elle n’emprunte sur les marchés un supplément d’au moins 20 milliards d’euros pour atteindre cette modeste croissance de 1,5 % puisque les recettes fiscales seront impactées d’une baisse de 0,8 %. Un élève de sixième est capable de faire ce calcul mais apparemment le Ministre de l’économie en est incapable. Il faut donc s’attendre à une augmentation globale des impôts égale au montant du « manque à gagner » de l’Etat en raison de cette baisse de la croissance.

Mais qui dit impôts supplémentaires dit baisse du pouvoir d’achat des ménages, donc baisse de la TVA, la principale source de revenus de l’Etat. Le gouvernement français se trouve ainsi dans une impasse économique et fiscale totale mais il ne voudra jamais l’admettre. En raison de la situation sociale actuelle de la France il n’est pas du tout acquis que les investisseurs se précipiteront pour acheter de la dette française : 236 milliards ou pire 256 milliards c’est beaucoup ! Il ne reste donc plus d’autre choix au patron de Bercy (ministère des finances français) que de proposer des intérêts substantiellement supérieurs aux 1,8 % mentionnés ci-dessus. Conclusion il ne restera plus d’autre choix à la France, deuxième économie européenne, que de faire défaut sur une partie de sa dette au cas où l’Agence France Trésor ne puisse pas atteindre ses objectifs. L’année 2019 débute donc très sombrement pour la France car la récession va s’accélérer inévitablement entrainant une dégradation du climat social également inévitable.

Notes. Les données présentées ici (hors mes calculs personnels) ont été trouvées sur le site La Chronique Agora. À cette dette maintenant supérieure au PIB il faudrait en toute logique ajouter les « hors-bilan », invention comptable scélérate d’Alain Juppé, qui comprend les dettes de toutes les communautés territoriales, des hôpitaux, des entreprises d’Etat (EDF, SNCF, RATP, etc), ainsi que des dettes des caisses de retraite des agents de l’Etat. Quand François Fillon a osé déclarer que la France était en faillite il a aussitôt été mis à mort par les médias qui soutenaient le candidat Macron … Il y a donc bien quelques chose de monstrueux à cacher aux Français : la dette globale de la Nation France dépasse largement 4 fois son PIB !

Ce qui ressort de ces quelques lignes est que l’Etat français s’endette pour soutenir la croissance française. C’est encore une fois un calcul stupide de la part de ces inspecteurs des finances et énarques pour la plupart puisque pour atteindre 1,8 % de croissance la France emprunte en euros l’équivalent de 3,64 % du PIB, ((64,5 + 20)/2322) x 100 en d’autres termes la France emprunte 2 euros pour 1 euro de croissance du PIB et je reconnais que mon calcul est optimiste. Le Ministre de l’économie est-il capable de faire un tel calcul ? On peut en douter. N’importe quelle entreprise ayant choisi cette stratégie ferait faillite dans les 6 mois.

Pour les obsédés de la dette japonaise comme certains analystes économiques français le sont, il faut rappeler ici mais je ne nommerai personne, que les « hors-bilan » à la Juppé n’existent pas au Japon. La dette japonaise est détenue par les Japonais à hauteur de 95 % environ (banques, institutions financières, fonds de pension,etc … résidents) et elle vient d’être de facto effacée par la fusion entre la BoJ et le Trésor japonais. La grosse différence entre le Japon et la France mais aussi bien d’autres pays de la zone euro est que le Japon « bat sa monnaie » alors que les pays européens sont prisonniers de l’euro. Donc c’est leur mort économique assurée, que ce soit l’Italie, l’Espagne, le Portugal ou même à la limite l’Allemagne compte tenu de la santé défaillante de ses principales banques privées … Et la chute de la maison France ne saurait tarder.

La situation économique mondiale est en pleine mutation

Les gesticulations de Donald Trump au sujet du fameux mur à 5 milliards de dollars pour prévenir l’immigration « latino » n’est qu’un enfumage qui dissimule un malaise beaucoup plus profond des USA, de son intelligentsia aussi appelée le « marigot », et d’une grande partie de la corporation de juristes et autres avocats d’affaires de Manhatan ou de Washington sans oublier l’ultra-puissant complexe militaro-industriel. Trump, l’homme d’affaires aux 1000 procès se moque de tout cela. Il est pragmatique car pour lui il s’agit avant tout du redécoupage géo-économique qui se recentre sur l’Asie sous l’impulsion de la Chine consistant à dédollariser l’économie de cette région. Alors que le Forum de Davos va sévir la semaine prochaine, il n’y aura que très peu d’observateurs chinois ou russes, paut-être aucun (je ne suis pas introduit dans ce milieu mafieux) mais il sera question à part le climat de cette emprise du yuan sur l’économie de l’Asie et le rapprochement entre la Russie et la Chine.

Trump a dit qu’il n’irait pas à Davos non plus ! Et pour cause, il n’a rien à y faire puisqu’il fait désormais cavalier seul sur la scène économique internationale, sa seule préoccupation étant cet abandon du dollar par la Russie, la Chine et bientôt l’Inde, l’Indonésie, le Pakistan et d’autres pays qui suivront inéluctablement comme le Vietnam et peut-être bien le Japon qui a déjà mis en place il y a plus de 3 ans des accords de swap yen-yuan pour « huiler » les échanges commerciaux sino-nippons. C’est la seule raison justifiant ce que les médias appellent la guerre économique entre la Chine et les USA mise en place par Donald Trump, c’est le dernier sursaut impérialiste américain. Il n’y en a pas d’autre et la partie est perdue d’avance au profit de la Chine.

Pour les initiés internationaux, l’affaiblissement du rôle du dollar au niveau mondial signifie que l’une des armes américaines de domination du monde est également affaiblie et c’est pour eux très fâcheux !

Ce que Trump a réussi à faire en deux ans est le rapprochement entre la Russie et la Chine. Le centre économique mondial s’est déplacé et les bourses de Shangaï, Shenzen et Hong-Kong vont dominer le marché financier de la région qui sera en peu de mois totalement dédollarisé. Certes cette période de transition va conduire à un ralentissement économique – il faudra s’adapter à la nouvelle situation – mais il sera passager et la croissance resurgira alors mais certainement pas en Amérique du Nord et encore moins en Europe. Les USA, selon le souhait de Donald Trump, se replieront encore plus sur eux-mêmes et continueront à vivre péniblement malgré le malaise social grandissant. La puissance économique devenue zombie qu’est l’Europe sera celle qui subira de plein fouet cette nouvelle donne géo-économique, prisonnière de l’euro et de la Commission de Bruxelles qui décidément est incapable de détecter le bouleversement qui se met en place.

Ce n’était qu’une brève réflexion qui n’engage que moi-même …

Nouvelles du Japon : l’économie japonaise est un modèle à suivre !

800px-Hiroshige,_Sugura_street.jpg

Ce billet est la traduction d’un article d’Adair Turner paru sur le site Project Syndicate.

Presque tout le monde clame que le modèle économique japonais a implosé. Depuis 1991, la croissance économique japonaise a été en moyenne de 0,9 % par an alors qu’elle était de 4,5 % les deux décennies précédentes. La faible croissance combinée à des déficits fiscaux conséquents et une inflation proche de zéro a fait passer la dette gouvernementale de 50 % du produit intérieur brut à 236 % de ce dernier au cours de la même période. Les Abenomics, cet ensemble de réformes initiées par le Premier Ministre Shinzo Abe quand il est arrivé au pouvoir il y a 6 ans promettait un retour de l’inflation vers 2 %. Pourtant 5 années de « quantitative easing » et une politique monétaire d’intérêt zéro n’ont pas réussi à atteindre cet objectif. Un taux de fertilité de 1,4 et une immigration quasiment nulle signifient que dans 50 ans le Japon aura perdu 28 % de sa force de travail rendant les soins de santé aux plus âgés impossibles à financer et ceci accroîtra par conséquent le déficit fiscal qui est déjà de 4 % du PIB. Pour éviter une crise de la dette il faut augmenter les taxes et réduire les dépenses publiques et des réformes structurelles sont nécessaires pour relancer la croissance.

En dépit de cet état des lieux, l’idée majoritairement admise par les analystes économiques et financiers d’un effondrement du système économique japonais pourrait s’avérer totalement fausse !

Si le déclin démographique du Japon peut poser un problème il présente aussi quelques avantages et la dette du Japon va devenir beaucoup plus facilement supportable.

Il est vrai que la croissance du PIB japonais est à la traine en comparaison de toutes les autres économies développées et il en sera de même dans les années à venir puisque la population décline. Mais ce qui est important pour le bien-être d’une population c’est le PIB par habitant. Pour le Japon il a cru de 0,65 % par an depuis 2007, à peu près comme pour les USA alors que pour la Grande-Bretagne son accroissement sur la même période n’a été que de 0,39 % et pour la France de 0,34 %. C’est tout de même pas si mal pour un pays comme le Japon où les standards de vie sont les plus élevés du monde.

Il est vrai aussi qu’au cours des 25 dernières années la croissance américaine par habitant a été plus rapide : mais la société japonaise n’a pas été défigurée par l’accroissement massif des inégalités qui ont laissé des dizaines de millions de travailleurs américains sans augmentations de revenus et parfois dans une grande pauvreté. Au Japon le taux de chômage est inférieur à 3 %. La machine économique japonaise distribue la prospérité à la plus grande majorité des habitants. La criminalité y est la plus faible du monde, donc le modèle social doit bien y être pour quelque chose. Par ailleurs le tourisme est en plein essor passant de 6 millions de visiteurs il y a 15 ans à 20 millions cette dernière année. Naturellement ce qui est vrai aujourd’hui pourrait bien devenir difficilement atteint dans le futur en raison de l’état de la démographie. Si le taux de fécondité reste scotché à 1,4 enfant par femme fertile, le rapide déclin de la population pourrait poser de sérieux problèmes. Les avertissements relatifs au ratio travailleurs/retraités de 2,1 tombant à 1,4 n’ont pas lieu d’être puisqu’ils sont basés sur un âge de la retraite de 65 ans alors que le gouvernement de Shinzo Abe vient de prendre des mesures pour repousser cet âge de départ volontaire à la retraite. Si l’âge moyen de départ à la retraite était de 70 ans ce ratio ne serait plus que de 1,8 en 2050 (au lieu de 1,4 prévu).

Il faut ajouter que le Japon est le leader mondial dans les technologies permettant aux travailleurs âgés de rester actifs plus longtemps comme en particulier le développement massif de la robotique qui permet de procurer des biens et des services avec moins d’employés. Les craintes répandues dans le monde occidental prédisant que la robotisation détruit des emplois n’existent pas au Japon et sont absentes de tout débat public. Le livre récemment paru sous les plumes de Linda Gratton et Andrew Scott « The 100 Years Life » est d’ailleurs devenu un best-seller au Japon ! Dans un pays où les possibilités d’automatisation sont immenses, une espérance de vie plus longue et une population en déclin sont des problèmes beaucoup plus faciles à appréhender qu’une natalité élevée avec une croissance rapide de la population qui entravent la création de suffisamment d’emplois comme c’est le cas dans de nombreux pays émergents.

C’est comme pour la dette et les déficits insoutenables, les analystes qui prédisent une catastrophe si l’Etat japonais ne se serre pas la ceinture pourraient être profondément déçus. Peut-être que la dette réelle est de 236 % du PIB mais le Fond Monétaire International l’estime plus près de 152 % du PIB après avoir soustrait de cette dernière les actifs financiers détenus par l’Etat japonais. De plus la Banque Centrale du Japon (BoJ) détient plus de 90 % des obligations de l’Etat japonais (la BoJ a fusionné en 2017 avec le Trésor) et rétrocède au gouvernement du Japon les dividendes perçus sur ces obligations. Par conséquent la dette du pays, puisqu’elle était détenue majoritairement par des résidents n’est plus que d’environ 60 % du PIB du pays et elle n’est pas en croissance. Dans ces conditions le « poids de la dette » sera parfaitement supportable même si les déficits fiscaux restent élevés pendant de nombreuses années !

Il est très facile de comprendre la situation du Japon. Supposons un pays ayant une dette gouvernementale globale égale à 250 % de son PIB, une dette nette de 150 % et sa banque centrale détenant l’équivalent de 100 % de ce PIB en obligations d’Etat ceci aboutit à une dette nette égale à 50 % du PIB. Supposons maintenant que l’inflation est de 1 % et que l’augmentation réelle du PIB est aussi de 1 % alors le PIB nominal croit donc de 2 %. Si, dans ce pays pris en exemple, le rendement des obligations est de 2 % (aujourd’hui il est de 0,1 % au Japon) le ratio dette/PIB resterait stable même si le déficit primaire était de 4 % et le déficit total de 5 % années après années. C’est en gros ce qui se passe au Japon actuellement. Et plutôt que d’être horrifiés les investisseurs se précipitent dans la réalité pour acheter des obligations de l’Etat Japonais malgré un rendement proche de zéro.

Tous ces arguments ne signifient pas que le Japon sera confronté à d’importants challenges. Les dépenses de santé pour la population vieillissante aggraveront les déficits fiscaux. Les théories économiques suggèrent qu’à partir d’un certain seuil les rendements des obligations ne peuvent que devenir supérieurs à la croissance nominale du PIB.

Pour ces deux raisons un plan à moyen terme de consolidation fiscale et souhaitable et en l’absence d’amélioration du taux de fertilité et d’au moins un peu d’immigration les progrès technologiques du Japon seront essentiels pour gérer une population vieillissante. Mais le sombre tableau peint au sujet du futur du Japon généralement admis par les analystes financiers est grossièrement amplifié. Beaucoup de pays aimeraient bien avoir à faire face aux même problèmes que ceux auxquels est confronté le Japon.

Note. La dette du Japon est détenue à près de 95 % par des institutions financières résidentes, fonds de retraite publics ou privés, banques, entreprises et par des particuliers. L’opération comptable à somme nulle réalisée en 2017, c’est-à-dire la fusion entre la BoJ et le Trésor japonais, a réduit nominalement la dette de l’Etat japonais de 13200 milliards de dollars à 3360 milliards de dollars (source FMI). Le PIB du Japon est le troisième du monde et sa dette nominale actuelle est, rapportée à son PIB, très inférieure à celle de la France, dette détenue à plus de 60 % par des non-résidents ! De plus le Japon est le premier créditeur mondial auprès de nombreux pays de l’OCDE quant aux réserves en devises du Japon je n’ai pas trouvé de statistiques publiées sur le Web. Illustration : le Mitsukoshi en 1856, ancêtre d’Isetan. Si mes lecteurs méconnaissent Isetan il s’agit d’un « department-store » que je considère personnellement comme le plus extraordinaire du monde très loin devant Harrods à Londres ou les Galeries Lafayette en France près de l’Opéra à Paris ou encore El Corte Inglese à Madrid en Espagne pour ne citer que ceux que je connais.

Et maintenant, l’ère du dirigisme

Ce billet est un copié-collé d’un article paru dans les pages du Temps (Genève) sous la plume de Stéphane Garelli, professeur émérite, IMD et Université de Lausanne, publié vendredi 23 mars 2018 à 18:27

Le monde entre dans une nouvelle ère où les empires économiques et les blocs régionaux reprennent le dessus et où le politique l’emporte sur les marchés. Une deuxième période «Trente Glorieuses» s’achève. Depuis la chute du mur de Berlin, le monde a connu pendant trente ans une ouverture des marchés sans précédent. La globalisation était là. Aujourd’hui, une nouvelle ère s’ouvre, celle du dirigisme économique. Les signes avant-coureurs sont de plus en plus clairs.

Quand le président Trump a annoncé des mesures de protection sur l’acier et l’aluminium américains, les optimistes – il y en a et il en faut – ont voulu minimiser son action. Tous les présidents américains depuis Jimmy Carter ont adopté à un moment ou un autre des mesures protectionnistes, et l’économie mondiale a survécu.

Peu d’impact

Effectivement, les barrières tarifaires de 25% sur l’acier et de 10% sur l’aluminium auront relativement peu d’impact. Elles affecteront tout au plus 2% des importations américaines et 0,2% du produit intérieur brut (PIB), et de nombreux pays seront exclus. Mais ce qui a changé, c’est la logique qui justifie cette politique.

Auparavant, les présidents américains voulaient défendre l’emploi. Cette fois-ci, le président Trump fait recours à la section 232 de la loi sur l’expansion commerciale de 1962 qui dénonce une atteinte à la sécurité nationale. C’est le même motif qui l’a poussé récemment à bloquer le rachat de Qualcomm par Broadcom. En plaçant le débat sur une dimension politique, le président crée une belle pagaille: «America First».

«China First»

Car la Chine fait pareil. Malgré les déclarations du président Xi Jinping à Davos, la politique économique chinoise reste protectionniste et le marché intérieur difficile d’accès aux entreprises étrangères. Les grandes sociétés technologiques américaines le savent. Elles doivent, par exemple, composer avec les restrictions imposées sur la liberté d’expression sur Internet ou sur l’emplacement des serveurs de données personnelles. La priorité économique est de développer des entreprises purement chinoises: «China First».

La Russie emboîte le pas. Le président Poutine, lui aussi réélu presque à vie, continue de se détourner de l’Europe. Son modèle est le président chinois, pas Angela Merkel ni Emmanuel Macron. Les mesures de rétorsion politiques et économiques sont passées par là. Les relations commerciales avec l’Europe n’apportent pour lui que des problèmes. Qu’importe ce que pensent les autres: «Russia First».


Et même les Britanniques s’y mettent. Le Brexit est perçu par les entreprises comme une attaque contre l’ouverture des marchés et la libre circulation des biens et des personnes: un retour en arrière évalué à une surcharge de coût de 65 milliards d’euros. Pour certains, la perfide Albion a ressurgi: «Britain forever».

L’Europe isolée

Tout cela laisse l’Europe bien isolée. Mais pourquoi sommes-nous si attachés à ce concept de monde ouvert et global ? André Malraux estimait que la pensée européenne – la Grèce, le christianisme, la Révolution française, voire le marxisme – a posé le principe de valeurs universelles. La Déclaration des droits de l’homme est «universelle» et ne s’adresse pas qu’aux Français. Au contraire, la pensée chinoise, aussi admirable soit-elle, est une pensée pour la Chine et pour les Chinois.

Cet universalisme a structuré notre monde, politiquement avec les Nations unies, économiquement avec les Accords de Bretton Woods, qui ont créé le FMI, la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce. Cette approche globale touche à sa fin. On pouvait s’attendre à ce que la Chine et la Russie n’y adhèrent pas entièrement. Mais quand les Etats-Unis et le Royaume-Uni abandonnent le multilatéralisme, cela fait trop.

Le monde entre donc dans une nouvelle ère où le dirigisme économique prévaut et où le politique l’emporte sur les marchés. Avec la multiplication de leaders forts, les empires économiques et les blocs régionaux reprennent le dessus. Pour les entreprises, le monde va devenir beaucoup plus compliqué. Les règles du jeu vont changer et l’OMC va être marginalisé. L’Europe affaiblie et sa pensée universelle marginalisée risquent de devenir un anachronisme. Ce ne sont pas de bonnes nouvelles.

La guerre commerciale à l’encontre de la Chine : le cas du Zimbabwe.

Capture d’écran 2018-03-25 à 11.41.04.png

Les autorités sanitaires du Zimbabwe sont entrées en conflit avec la Chine à propos des préservatifs, jugeant ceux-ci trop petits. Ces préservatifs sont fabriqués par les firmes Daxiang, His Friends Technology et quelques 300 autres sociétés ce qui classe la Chine premier producteur mondial de cet accessoire. Ces firmes ont promis de fabriquer dans les plus brefs délais des préservatifs adaptés aux mensurations des Zimbabwéains (je ne suis par certain de l’orthographe). Et il y a urgence car le pays est ravagé par une épidémie de SIDA incontrôlable sans préservatifs.

Pourquoi la Chine produit des préservatifs trop petits, tout simplement parce que la taille du pénis des Chinois ne dépasse pas en moyenne 4,3 pouces (10,9 centimètres) alors qu’au Congo, pays proche du Zimbabwe, cette taille moyenne atteint 18 centimètres ! L’illustration ci-dessous prouve que je n’invente rien :

Capture d’écran 2018-03-25 à 11.53.35.png

Capture d’écran 2018-03-25 à 11.54.42.png

La taille moyenne du pénis des Européens se trouve dans l’honnête moyenne de 14,5 centimètres à l’exception, peut-être, de la Hongrie (16,5 cm). Quant aux Grecs et aux Turcs, finie la légende car la taille moyenne de leurs pénis est respectivement de 14,7 et 13,9 centimètres. Quant aux Coréens du Nord, frustrés par la taille ridicule de leur attribut, 9,6 centimètres, ils compensent leurs frustrations en construisant des grosses fusées …

Source et illustrations : ZeroHedge