Et maintenant, l’ère du dirigisme

Ce billet est un copié-collé d’un article paru dans les pages du Temps (Genève) sous la plume de Stéphane Garelli, professeur émérite, IMD et Université de Lausanne, publié vendredi 23 mars 2018 à 18:27

Le monde entre dans une nouvelle ère où les empires économiques et les blocs régionaux reprennent le dessus et où le politique l’emporte sur les marchés. Une deuxième période «Trente Glorieuses» s’achève. Depuis la chute du mur de Berlin, le monde a connu pendant trente ans une ouverture des marchés sans précédent. La globalisation était là. Aujourd’hui, une nouvelle ère s’ouvre, celle du dirigisme économique. Les signes avant-coureurs sont de plus en plus clairs.

Quand le président Trump a annoncé des mesures de protection sur l’acier et l’aluminium américains, les optimistes – il y en a et il en faut – ont voulu minimiser son action. Tous les présidents américains depuis Jimmy Carter ont adopté à un moment ou un autre des mesures protectionnistes, et l’économie mondiale a survécu.

Peu d’impact

Effectivement, les barrières tarifaires de 25% sur l’acier et de 10% sur l’aluminium auront relativement peu d’impact. Elles affecteront tout au plus 2% des importations américaines et 0,2% du produit intérieur brut (PIB), et de nombreux pays seront exclus. Mais ce qui a changé, c’est la logique qui justifie cette politique.

Auparavant, les présidents américains voulaient défendre l’emploi. Cette fois-ci, le président Trump fait recours à la section 232 de la loi sur l’expansion commerciale de 1962 qui dénonce une atteinte à la sécurité nationale. C’est le même motif qui l’a poussé récemment à bloquer le rachat de Qualcomm par Broadcom. En plaçant le débat sur une dimension politique, le président crée une belle pagaille: «America First».

«China First»

Car la Chine fait pareil. Malgré les déclarations du président Xi Jinping à Davos, la politique économique chinoise reste protectionniste et le marché intérieur difficile d’accès aux entreprises étrangères. Les grandes sociétés technologiques américaines le savent. Elles doivent, par exemple, composer avec les restrictions imposées sur la liberté d’expression sur Internet ou sur l’emplacement des serveurs de données personnelles. La priorité économique est de développer des entreprises purement chinoises: «China First».

La Russie emboîte le pas. Le président Poutine, lui aussi réélu presque à vie, continue de se détourner de l’Europe. Son modèle est le président chinois, pas Angela Merkel ni Emmanuel Macron. Les mesures de rétorsion politiques et économiques sont passées par là. Les relations commerciales avec l’Europe n’apportent pour lui que des problèmes. Qu’importe ce que pensent les autres: «Russia First».


Et même les Britanniques s’y mettent. Le Brexit est perçu par les entreprises comme une attaque contre l’ouverture des marchés et la libre circulation des biens et des personnes: un retour en arrière évalué à une surcharge de coût de 65 milliards d’euros. Pour certains, la perfide Albion a ressurgi: «Britain forever».

L’Europe isolée

Tout cela laisse l’Europe bien isolée. Mais pourquoi sommes-nous si attachés à ce concept de monde ouvert et global ? André Malraux estimait que la pensée européenne – la Grèce, le christianisme, la Révolution française, voire le marxisme – a posé le principe de valeurs universelles. La Déclaration des droits de l’homme est «universelle» et ne s’adresse pas qu’aux Français. Au contraire, la pensée chinoise, aussi admirable soit-elle, est une pensée pour la Chine et pour les Chinois.

Cet universalisme a structuré notre monde, politiquement avec les Nations unies, économiquement avec les Accords de Bretton Woods, qui ont créé le FMI, la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce. Cette approche globale touche à sa fin. On pouvait s’attendre à ce que la Chine et la Russie n’y adhèrent pas entièrement. Mais quand les Etats-Unis et le Royaume-Uni abandonnent le multilatéralisme, cela fait trop.

Le monde entre donc dans une nouvelle ère où le dirigisme économique prévaut et où le politique l’emporte sur les marchés. Avec la multiplication de leaders forts, les empires économiques et les blocs régionaux reprennent le dessus. Pour les entreprises, le monde va devenir beaucoup plus compliqué. Les règles du jeu vont changer et l’OMC va être marginalisé. L’Europe affaiblie et sa pensée universelle marginalisée risquent de devenir un anachronisme. Ce ne sont pas de bonnes nouvelles.

La guerre commerciale à l’encontre de la Chine : le cas du Zimbabwe.

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Les autorités sanitaires du Zimbabwe sont entrées en conflit avec la Chine à propos des préservatifs, jugeant ceux-ci trop petits. Ces préservatifs sont fabriqués par les firmes Daxiang, His Friends Technology et quelques 300 autres sociétés ce qui classe la Chine premier producteur mondial de cet accessoire. Ces firmes ont promis de fabriquer dans les plus brefs délais des préservatifs adaptés aux mensurations des Zimbabwéains (je ne suis par certain de l’orthographe). Et il y a urgence car le pays est ravagé par une épidémie de SIDA incontrôlable sans préservatifs.

Pourquoi la Chine produit des préservatifs trop petits, tout simplement parce que la taille du pénis des Chinois ne dépasse pas en moyenne 4,3 pouces (10,9 centimètres) alors qu’au Congo, pays proche du Zimbabwe, cette taille moyenne atteint 18 centimètres ! L’illustration ci-dessous prouve que je n’invente rien :

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La taille moyenne du pénis des Européens se trouve dans l’honnête moyenne de 14,5 centimètres à l’exception, peut-être, de la Hongrie (16,5 cm). Quant aux Grecs et aux Turcs, finie la légende car la taille moyenne de leurs pénis est respectivement de 14,7 et 13,9 centimètres. Quant aux Coréens du Nord, frustrés par la taille ridicule de leur attribut, 9,6 centimètres, ils compensent leurs frustrations en construisant des grosses fusées …

Source et illustrations : ZeroHedge

Les économistes ne savent plus quoi inventer !

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Des économistes de l’Université Notre Dame (Indiana) sont arrivés à établir une corrélation entre l’évolution du nombre de naissances et celle du PIB, il fallait y penser … Les grossesses arrivant à leur terme ont été prises en compte pour établir cette corrélation qui saute aux yeux ! Selon le Professeur d’économie Daniel Hungerman il est évident que la chute des naissances a « toujours » précédé d’un peu plus d’une année les crises économiques récentes, 1991, 2001 et 2008. Pour un couple désireux d’avoir des enfants il apparaît donc clairement qu’une récession économique va arriver et ce professeur de renchérir :  » un couple qui va aller (ou non) au lit connaît mieux l’économie que tous les experts en économie« .

Les conjectures sont nombreuses. Selon l’un des auteurs de cette étude en des temps d’incertitude économique et financière la fertilité féminine s’amenuiserait. Et si on suit l’évolution récente de la chute des naissances depuis 2014 et 2015 l’économie américaine aurait du entrer en récession en 2016 selon ces observations. Par quel mystère inexplicable – comme tous les mystères – la récession pourtant prévisible n’a pas eu lieu. Les astro-physiciens ou les botanistes détiennent peut-être la réponse.

Vu sur le site zerohedge

Nouvelles du Japon : des opportunités d’investissement

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C’est l’institut international de management et de développement (IMD, Lausanne, Suisse et Singapour) qui l’affirme : il est opportun d’investir au Japon. Le Professeur Dominique Turpin fait l’analyse suivante parue dans le bulletin mensuel de l’IMD et dont voici une traduction par mes soins. Illustration Tokyo, Shinjuku et le Mont Fuji en arrière plan. Source IMD ( https://www.imd.org/publications/articles/time-to-invest-in-japan )

Plusieurs facteurs convergent pour créer un environnement économique au pays du Soleil Levant

La confiance en l’économie s’est récemment accrue parmi les compagnies japonaises ainsi que chez les consommateurs. Le plus récent ‘Tankan », en d’autres termes la dernière enquête auprès des entreprises réalisée par la Banque du Japon en décembre 2017, a révélé un niveau de confiance des corporations japonaises le plus élevé depuis août 1991. Selon l’enquête annuelle, réalisée pour les services du Premier Ministre au cours de l’années 2017, 73,8 % des Japonais étaient globalement satisfaits de leurs standard de vie quotidienne, le plus fort pourcentage depuis que cette enquête a été mise en place il y a plus de 50 ans. Merrill Lynch indique en outre que le produit intérieur brut réel du Japon a augmenté de 1,8 % en 2017 et qu’il est prévu d’augmenter de 1,7 % en 2018. C’est une hausse modeste si on la compare à celle d’autres pays de la région, cependant ce sera avec 2018 inclus la plus longue période d’amélioration économique depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Cinq raisons clé pour l’optimisme et la confiance.

1. Durant les 18 derniers mois le Japon a vécu sa plus longue période de croissance depuis 1945. Même si on ne peut pas prédire l’avenir en examinant le passé la bonne humeur générale favorise une spirale d’optimisme mesuré auprès des entrepreneurs confirmée par les récentes enquêtes mentionnées ci-dessus.

2. Les compagnies japonaises disposent toutes d’importantes réserves de trésorerie et ont été encouragées par le gouvernement à relever les salaires et à investir afin d’assurer l’augmentation de leurs capacités de production et d’améliorer leur productivité. Etant donné la faiblesse criante de main-d’oeuvre domestique une augmentation des salaires est prévisible durant le printemps prochain, ce qui encouragera les consommateurs japonais à augmenter leurs dépenses et ce qui permettra d’atteindre une inflation de 2 % par an, l’objectif du gouvernement. L’administration Abe a annoncé que si les grandes corporations augmentent les salaires de 3 % et investissent jusqu’à 90 % de leurs coûts de dépréciation ils pourront bénéficier d’une déduction de 20 % des taxes générées par l’augmentation des salaires.

3. L’année dernière l’environnement économique global a été très favorable aux compagnies japonaises. Les autres économies asiatiques sont attendues pour faire aussi bien en 2018 et l’environnement économique chinois s’améliore. la probabilité d’une récession chinoise majeure s’évanouit dans la mesure où les analystes économiques japonais prévoient un ralentissement progressif de leur puissant voisin plutôt qu’un atterrissage brutal..

4. Le Premier Ministre Abe ne sera pas confronté à de nouvelles élections générales avant 2021 et il est pressenti pour être le Premier Ministre le plus longtemps en exercice depuis l’année 1945 favorisant ainsi une stabilité politique favorable pour le pays. Confronté à une opposition affaiblie, Abe dispose de toute la liberté pour continuer ses réformes politiques et économiques. Depuis qu’il a accédé au pouvoir en décembre 2012, le yen s’est replié de 20 % par rapport aux autres principales devises. Dans le même temps l’indice Nikkei a doublé, deux facteurs qui ont grandement amélioré la compétitivité des entreprises japonaises.

5. Finalement, le secteur de la construction, en particulier dans l’hôtellerie et les infrastructures va continuer en 2018 en prévision des Jeux Olympiques de Tokyo en 2020.

Les grands défis futurs pour le Japon en trois points.

1. La grande majorité des problèmes internes au Japon réside dans le vieillissement de la population, un taux de natalité faible et des ressources humaines qui s’effondrent. Ces trois paramètres constituent un casse-tête pour la compétitivité du Japon sur le long terme. Dans le même temps certains économistes avec des chefs d’entreprise considèrent qu’il s’agit de vastes opportunités tant pour les entreprises nippones qu’étrangères dans les domaines de la santé et de la robotique, pour ne donner que deux exemples.

2. La définition d’un nouveau modèle industriel et le développement d’une approche globale autant par l’exécutif que les grands groupes industriels seront déterminants pour que l’économie japonaise devienne effectivement compétitive à l’échelle globale. Avec une croissance limitée du marché domestique les firmes japonaises n’ont pas d’autre choix que d’accroitre leur compétitivité sur les marchés étrangers. Jusqu’à récemment les entreprises nippones étaient globalement très compétitives dans des secteurs manufacturiers clé comme l’automobile, l’électronique ou encore les machines-outil. Cependant ces secteurs industriels sont en cours d’évolution, par de nouveaux acteurs comme par exemple Tesla, ou diminuent en croissance comme l’électronique grand-public. Et si l’on s’intéresse à des secteurs comme l’hôtellerie, l’assurance ou les logiciels peu d’entreprises industrielles japonaises sont réellement globalisées.

3. Dans le domaine de la politique étrangère la menace nord-coréenne reste une préoccupation majeure. Kim Jong-Un a récemment déclaré qu’il était prêt à « faire plonger le Japon au fond de la mer », ce qui reste un sujet de préoccupation majeure pour le public japonais. Dans le même temps cette menace nord-coréenne encourage l’agenda de Abe consistant à revisiter la constitution japonaise et à renforcer le secteur militaire du pays.

Un temps pour investir

Etant donné cet environnement japonais, le temps est venu pour les étrangers d’investir au Japon. À court terme le marché boursier devrait continuer à performer. le Nikkei vient d’atteindre son plus-haut depuis 26 ans et les analystes prévoient encore une progression. À l’ouverture après le Nouvel an le Nikkei affichait 23952 points (21720 le vendredi 16 février 2018). Après une longue période d’hésitations de nombreuses corporations approchent des réformes structurelles. Par exemple Sony entreprend une restructuration majeure en s’orientant résolument vers la détection et l’analyse d’images et les plateformes de jeux. Les prévisions de profit opérationnel de la société atteignent une augmentation de 25 % sur un an ce qui sera supérieur au record de 1998.

Sur les moyen et long termes, le Japon offre de formidables opportunités pour les entreprises étrangères. Le vieillissement de la population peut ouvrir des marchés considérables pour les sociétés spécialisées dans la santé et l’assistance à la personne et c’est le cas aussi pour la robotique. Le domaine offrant les plus belles opportunités est incontestablement le développement de logiciels. Si on prend le cas de l’industrie automobile le modèle de fabrication « à l’ancienne » d’une voiture repose sur l’acier et l’ingénierie et fit la fortune de compagnies comme Toyota. Cependant avec l’avènement de la voiture autonome le véhicule automobile deviendra de plus en plus dépendant d’une multitude de logiciels et cette industrie n’est pas la spécialité du Japon. Malgré une tentative de répliquer les modèles de Google, Amazon et Apple, peu d’entreprises japonaises ont réussi à prendre des parts de marché au niveau local comme au niveau international à ces trois géants américains.

Pour conclure l’évolution digitale redistribue les cartes parmi les acteurs internationaux et peut donner un nouvel élan à la troisième économie mondiale. Dans le même temps les firmes nippones se réinventent pour combler les fossés de compétitivité dont elles souffrent. Et tous ces éléments se conjuguent pour offrir les plus importantes opportunités d’investissement étranger en Japon depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.

 

La dette de l’Etat par citoyen, c’est réjouissant : un vrai cadeau de fin d’année !

 

Vous voulez savoir combien l’Etat va vous prendre d’argent pour rembourser ses créanciers, c’est très simple ! Hormis le Japon qui a emprunté à ses propres citoyens le plus souvent à leur insu en ponctionnant dans les fonds de retraite par exemple, en d’autres termes ce pays ne doit d’argent à personne (voir note), ce serait d’ailleurs plutôt l’inverse, les autres pays de l’OCDE sont lourdement endettés. Par exemple un ménage français avec quatre enfants (c’est le cas de ma fille) devrait se voir démuni de 6 x 49652 $ = 297912 $ pour renflouer les caisses percées de l’Etat. En Italie c’est pire, le même ménage avec 4 enfants devrait débourser 369234 $ alors qu’en Estonie ce serait seulement 22566 $ …

Inutile d’être préoccupé l’Etat, dans quelque pays que vous soyez, fera tout pour vous prendre cet argent : première étape supprimer le cash pour contrôler ce que vous faites avec votre argent, deuxième étape saisir votre compte en banque, vos porte-feuilles boursiers (si vous en avez) et vos assurances-vie, troisième étape, si vous n’êtes toujours pas solvable de votre dette citoyenne, saisie du terrain sur lequel vous avez bâti votre maison, terrain qui deviendra alors propriété de l’Etat et à qui vous devrez verser un loyer fixé arbitrairement. Et si à votre mort cette dette n’est pas remboursée ce seront vos enfants et petits-enfants qui paieront. C’est ça le socialisme financiarisé ! Et encore une fois ne vous en prenez qu’à vous-même, inutile de pleurer car c’est vous qui avez élu les politiciens qui vous gouvernent et ont pris votre destinée sous leur protection !

Bonne fin d’année, dormez tranquilles en attendant des jours meilleurs qui n’arriveront jamais …

Source et illustration OCDE : http://dx.doi.org/10.1787/888933531516

Note : la Banque du Japon (BoJ) a fusionné avec le Trésor japonais en d’autres termes la dette du pays, détenue par les Japonais eux-mêmes à plus de 95 % , est virtuellement effacée par un simple artifice comptable.

Nouvelles du Japon : premier salaire des jeunes diplômés

Au Japon un étudiant fraîchement diplômé de l’Université gagne au mieux 25000 dollars par an pour un premier job soit 213000 yens par mois avant impôts et avec un bonus de fin d’année le salaire moyen annuel atteindra environ 2,9 millions de yens (22300 euros). C’est peu pour un jeune diplômé américain mais tout de même satisfaisant pour un Français, environ 1860 euros par mois avant impôts. Les salaires moyens au Japon n’ont pas évolué depuis 10 ans, ce qui n’est pas très favorable pour relancer la consommation intérieure ni provoquer une petite inflation tant souhaitée par le Premier Ministre Shinzo Abe.

Il faut ajouter que pour les salariés des grandes firmes industrielles et commerciales japonaises celles-ci prennent en charge les frais de transport, consentent à payer des indemnités aux salariés ayant des enfants et mettent à la disposition de leurs employés des restaurants d’entreprise à des prix très abordables. Ces avantages ajoutent chaque mois environ 110000 yens (840 euros) au salaire officiellement déclaré. Beaucoup de jeunes diplômés européens seraient parfaitement satisfaits avec de tels salaires, s’ils trouvaient du travail … Il est opportun de rappeler ici que le taux de chômage au Japon est de 3,1 % et que se déclarent chômeurs ceux qui ont choisi de ne pas travailler car l’industrie et le secteur du bâtiment manquent cruellement de main-d’oeuvre

Source : Bloomberg

Chronique cinématographique : « Mille Milliards de Dollars » ou l’actualité qui brûle les doigts …

Dans mes quelques 3500 films téléchargés illégalement soigneusement archivés sur des disques durs et dupliqués pour ne pas voir cette sorte de patrimoine disparaître et ainsi pouvoir le transmettre à mes petits-enfants, c’est d’ailleurs à peu près tout ce que je possède d’intéressant, j’ai regardé il y a quelques jours un film au cours duquel se distingue avec une excellence jamais égalée dans le genre émotionnel, et je dirai presque attachant, un certain Patrick Dewaere disparu beaucoup trop tôt comme Mozart ou Schubert. Un immense acteur qui joua avec un brio fantastique le rôle d’un journaliste, un vrai, d’investigation dans cette histoire invraisemblable et pourtant réelle dans la vie de tous les jours, la main-mise des grandes multinationales sur le monde entier. Je veux parler du film « Mille milliards de dollars » sur un scénario d’Henry Verneuil également producteur et réalisateur qui date de 1982. L’histoire décrit la montée en puissance des grandes multinationales dans un monde mondialisé qui contournent toutes les règles locales sans état d’âme pour s’implanter où elles ont décidé de le faire en dépit des réticences de certains individus. Ces derniers ne comprennent finalement qu’à leur dépens et au risque de leur vie ce qu’est le véritable objectif de ces entreprises, la plupart américaines : tout simplement dominer le monde. Et tous les moyens sont bons pour atteindre cet objectif. Ce qui était dépeint dans ce film qui date pourtant de 35 ans est toujours d’actualité … et d’une actualité brûlante. Il y est fait mention de l’implication des grands groupes industriels américains qui ont réalisé des profits monstrueux durant la deuxième guerre mondiale en fournissant des armes à l’Allemagne nazie puis aux alliés voyant que la situation évoluait en leur faveur. Ces entreprises insaisissables qui ne paient pas d’impôts et donc ne participent pas au bien commun et dirigent les grands pays de ce monde occidental à grands coups de pots-de-vin généreusement versés aux politiciens ne respectent absolument aucun principe moral, seul le profit et les dividendes versés aux actionnaires les préoccupent : toujours plus de profits, peu importe pour le reste. Dewaere arrive à décrypter le côté sombre de ces pieuvres anonymes qui corrompent et n’hésitent pas en cas d’urgence à assassiner froidement un candidat réfractaire à leurs visées hégémoniques.

Il ne s’agit que d’un film et pourtant les agissements de ces firmes, je le répète pour la plupart américaines, sont plutôt troublants. Il me revint en mémoire après avoir revu ce film trois évènements économiques récents qui concernent des entreprises américaines et révèlent au grand jour ce que ce film mettait en évidence. D’abord le rachat par General Electric de la division énergie d’Alstom en France. Ça tombait bien, GE est un fabricant de moteurs d’avions et de turbines et cette division d’Alstom battait de l’aile pour ne pas dire était en difficulté. Aujourd’hui GE se trouve être une entreprise virtuellement en faillite et elle liquide des départements pourtant rentables à des prix cassés comme l’imagerie médicale pour ne citer qu’un exemple. C’est exactement le scénario du film de Verneuil : seuls les profits en direction des actionnaires sont importants quitte à balayer d’un revers de la main des milliers d’emplois. Le deuxième exemple tout aussi illustratif est le rachat de Westinghouse par Toshiba Nuclear il y a une dizaine d’années. Il n’a pas fallu beaucoup de temps pour que la supercherie de la transaction soit dévoilée. C’était un marché de dupes et les Japonais commencent à comprendre leurs erreurs : Toshiba doit se défaire d’un des fleurons de son groupe leader mondial dans le domaine, les cartes mémoire, qui ont été bradées à un fond d’investissement américain pour redorer sa trésorerie … N’y aurait-il pas dans tout ça un coup monté ?

Enfin et cerise sur le gâteau l’accord commercial CETA, supposé ne concerner « que » le Canada et l’Union Européenne. Les politiciens européens sont-ils tous vendus aux multinationales américaines pour avoir accepté un tel accord scélérat ? Probablement que oui. Cet accord stipule en effet qu’en cas de litige économique entre une entreprise canadienne et un pays de l’Union ce litige sera réglé par un tribunal arbitral spécial et mis en place par et pour ces multinationales qui échappe à la juridiction nationale du pays concerné. En d’autres termes toutes les multinationales américaines ayant pignon sur rue au Canada, et il y en a des centaines, pourront poursuivre n’importe quel état européen si ce dernier entrave leurs vues économiques hégémoniques.

À l’époque où ce film a été réalisé il était question d’une centaine de firmes qui contrôlaient une infime partie de l’économie mondiale, peut-être à peine 10 %, aujourd’hui ce sont 50 grandes firmes qui contrôlent 70 % de l’économie mondiale et elles sont toutes ou presque américaines. Seuls échappent, du moins partiellement et pour le moment, à cette main-mise mercantile soigneusement organisée depuis la fin de la deuxième guerre mondiale par les USA avec la mise en place du dollar comme monnaie généralisée pour les échanges commerciaux mondiaux, la Chine – sa montée en puissance économique n’était pas vraiment prévue – et la Russie, l’ennemi traditionnel des USA depuis la Guerre Froide.

C’est la raison pour laquelle les grandes multinationales américaines cherchent à faire plier la Maison-Blanche pour que le pays adopte des mesures coercitives à l’encontre de ces « rebelles au système » et y compris à leurs alliés, le Vénézuela ou encore l’Iran pour ne citer que deux d’entre eux. En Allemagne, en Italie, en France comme en Espagne et également au Japon et en Corée les cartes ont déjà été étalées sur la table et les jeux sont faits comme on dirait au casino de la grande finance apatride.

Enfin il faut rappeler ici que ce sont les USA avec leur armée qui contrôlent le Web ainsi que le système GPS, deux entités dont personne dans le monde ne peut plus se passer au quotidien. Il faut rappeler également la main-mise absolue sur les réseaux sociaux et une grande partie du Web parfaitement organisée avec le concours des agences de renseignement américaines par Alphabet (Google, Chrome, Google Street map, Google Earth, Google cloud, etc …), Facebook, Twitter et quelques autres firmes californiennes. En somme, avec le dollar US utilisé comme monnaie d’échange internationale, le monde entier est insidieusement contrôlé par les USA et ses multinationales et malheur aux récalcitrants. Et pendant ce temps-là certains politiciens incriminent la « mondialisation », source de tous les maux de certains pays européens : de qui se moquent-ils ?

Revoyez ce film de Verneuil, un pur délice …

Illustration : IMDB