Nouvelles du Japon : l’amour s’auto-détruit

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À Tokyo, dans le quartier de Shinjuku, au milieu d’une forêt de buildings se trouve une réalisation dite artistique supposée décorer le paysage. Le petit gamin dont on aperçoit la tête près de la jambe inférieure du E est mon petit-fils, fruit de l’amour …

Mais dans ce quartier des affaires de Tokyo très peu de jeunes couples se promènent le dimanche avec des enfants et bien qu’ils demandent à un passant de les prendre en photo avec leur kétaï (téléphone cellulaire) que restera-t-il de leurs amours s’ils ne veulent plus faire d’enfants. Et quelles seront leurs conditions de vie quand ils atteindront l’âge de la retraite, à 80 ans, et pris en charge par des robots ? Alors ils regretteront amèrement de ne pas avoir fait d’enfants par amour, un grand regret qui les détruira …

Note à l’intention de mes fidèles lecteurs. Pas de billets ces trois prochains jours, je serai sur le chemin des Îles Canaries.

Nouvelles du Japon : la PTA

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Dans tous les collèges du Japon il existe une association – non politisée comme ce n’est pas le cas en France – rapprochant les parents et les enseignants. Cette association parents-enseignants, PTA est l’acronyme de Parents-Teachers-Association, comprend un conseil de volontaires qui gère une dizaine de comités tous dédiés à certains thèmes comme la culture générale, les évènements festifs ou encore la sécurité des élèves. L’association est financée par des cotisations mensuelles des parents. Le bureau des directeurs comprend pour chaque classe une dizaine de personnes élues par les parents et les professeurs qui sont chargées pour certains programmes gérés par les comités ad hoc d’impulser des décisions d’un caractère particulier.

Par exemple la fourniture de tablettes électroniques pour les enfants en difficulté ou handicapés a été chargée dans l’école de mes petits-enfants à un comité spécial pour trouver un appui financier extérieur comme Docomo, l’une des compagnies de téléphonie japonaises. Un autre comité organise des stages d’une journée pour les élèves qui le désirent dans une boutique commerciale du quartier. Une autre activité gérée par le PTA est le bain public. Il en existe partout dans les villes japonaises quelle que soit leur taille. Les bains publics font partie de la tradition immémoriale du pays. Il y a la partie réservée aux filles et l’autre aux garçons. Après s’être longuement savonné et douché tout ce petit monde se retrouve nu dans un bassin d’eau à une température agréable. L’association organise aussi des dîners parents-enfants au cours desquels la bière coule à gros flot, j’ai assisté à plusieurs reprises à ce type de réjouissance.

Le comité en charge de la sécurité collabore avec la police locale, les koban, et les parents d’élèves sont sollicités pour apposer sur la porte d’entrée de leur maison le logo du PTA de l’école (illustration : pipokun). Côté parents la plupart des membres actifs de l’association sont soit des mères au foyer qui n’ont donc pas d’obligations professionnelles ou des « anciens », des grand-parents d’élèves, qui se proposent volontairement pour collaborer sans en être membres, par exemple surveiller le trajet des enfants de et vers l’école. Pour les élections, puisque être membre de la direction ou de comités n’est pas obligatoire, le jour des élections tous les parents d’élèves se réunissent dans une pièce et n’en sortiront que quand ils auront réussi à élire les membres des comités nécessaires.

Il est enfin important de préciser que un samedi par mois il y a une journée porte-ouverte à l’école, évènement qui favorise la convivialité et les contacts informels entre parents entre eux, et parents-enseignants. Il est également important de préciser à nouveau que cette organisation est strictement apolitique.

Nouvelles du Japon : Notre-Dame de Shinjuku

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La mairie centrale du district de Tokyo se trouve dans le quartier de Shinjuku. Il s’agit d’une imposante construction de 50 étages. La rumeur dit que l’architecture de ce bâtiment a été inspirée de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Au sommet des deux tours se trouve un étage ouvert au public avec de grandes baies vitrées permettant d’observer la totalité de la ville, et par temps clair le Mont Fuji encore couvert de neige ainsi l’immense baie entourée de villes et d’industries. Il est enfin possible d’apercevoir le plus haut building du Japon à Yokohama mise à part le « sky-tree » d’une hauteur de 700 mètres. Ci-dessous l’épaisse forêt du parc de Yoyogi vu du dernier étage de la mairie et en arrière plan la baie de Tokyo.

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Nouvelles du Japon : la mémoire des samouraïs

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Au printemps dans les maisons japonaises la coutume consiste à exposer un présentoir où se trouvent les attributs des samouraïs, sabre, arc, casque et épaulettes. Les samouraïs ont été interdits au cours de l’ère Meiji mais dans certaines familles de descendants de samouraïs il existe encore les vraies panoplies de ces guerriers qui étaient en théorie au service du Shogun mais en pratique guerroyaient souvent entre eux pour la possession de domaines terriens.

À ce propos la superficie des domaines s’évaluait en nombre de kokus (prononcez coquou) c’est-à-dire le nombres de mesures de riz de 180 litres produites dans un domaine, quantité considérée comme suffisante pour nourrir une personne pendant une année. À titre d’exemple le domaine d’Edo (ancien nom de Tokyo) produisait 4 millions de kokus. Il est facile de comprendre pourquoi les samouraïs convoitaient les terres arables, si rares au Japon, pays essentiellement montagneux.

Cette pratique printanière d’exposition des équipements de samouraïs, maintenant des miniatures, remonte à la fin du XIIe siècle lorsque le shogun Minamoto no Yoritomo s’installa en 1192 dans la bourgade de Kamakura au sud de l’actuelle conurbation Tokyo-Kawasaki-Yokohama qui se trouve sur la rive ouest de la baie de Tokyo.

Le shogun, bien que vassal de l’Empereur qui résidait à Kyoto, exerçait tous les pouvoirs que ce dernier lui avait tacitement délégué et il décréta qu’au printemps les samouraïs devaient aérer leurs équipements et les entretenir. Cette tradition a traversé les siècles et donc aujourd’hui encore cette coutume n’a pas perdu sa signification première mais elle est aussi l’occasion, dans les familles avec des enfants mâles, de célébrer leur présence au foyer.

La ville de Kamakura fut gravement endommagée par un tsunami géant en 1293 alors qu’elle était considérée comme la quatrième plus grande ville du monde comptant environ 200000 habitants. La fin du shogunat de Kamakura date de juillet 1333 quand le seigneur de la guerre Nitta Yoshisada, fidèle à l’Empereur qui se trouvait toujours à Kyoto, assiégea la ville mais Kamakura restera encore longtemps la prospère et principale ville du Kanto, la région de l’actuel Tokyo. Pour l’anecdote il existe à flanc de colline autour de Kamakura des bornes de pierres indiquant et remémorant aussi le tsunami de 1293.

Nouvelles du Japon : les tremblements de terre …

Ce samedi (saint pour les catholiques) les petits élèves de l’école primaire où vont mes petits-enfants devaient se rendre en classe à 8 heures du matin. Tant pis pour la grasse matinée des parents après une dure semaine de travail. Ces derniers (les parents) devaient se rendre dans l’école de leurs enfants à 11 heures sans y pénétrer car aux alentours de 11 heures – 11 heures quinze minutes l’ensemble de l’école allait subir un tremblement de terre, juste une alarme, mais ils devaient tous feindre d’ignorer qu’il s’agissait d’un exercice et faire les gestes qu’ils avaient appris au moins deux fois par an et à bien les appliquer.

Les élèves les plus proches de la porte d’entrée de la salle de classe doivent ouvrir celle-ci. Au cas où le tremblement de terre induise un bloquage de la porte il faut en effet tout de suite l’ouvrir pour pouvoir évacuer la pièce. Sans précipitation les élèves doivent de blottir sous leur bureau afin d’éviter de recevoir des objets variés pouvant tomber du plafond. Pour ceux se trouvant près des fenêtres, il faut ouvrir ces dernières. Un tremblement de terre est annoncé par une alarme lancée depuis des sirènes situées un peu partout quelques secondes avant qu’il ne soit effectivement ressenti. Le délai de préparation est donc très court et les élèves doivent acquérir les réflexes qui leur permettront de sauver leur vie.

Également disciplinés les parents viennent alors à l’intérieur de l’école pour récupérer leurs enfants et les évacuer de l’immeuble. Dans la réalité et avant toute chose il ne faut surtout pas créer un mouvement de panique. Le calme et le stoïcisme, et peut-être aussi le fatalisme, des Japonais est exemplaire …

Ce dimanche, toute la famille étant partie se réjouir à Disney Land Tokyo situé quelque part au sud-est de Chiba je suis sagement resté à la maison pour attendre des livraisons d’Amazon, parce que – oui – comme la Poste d’ailleurs et certains supermarchés, le dimanche est un jour comme les autres. C’est ça le Japon !

Nouvelles du Japon : vous avez dit Pâques ?

Demain dimanche 21 avril ce sera ici à Tokyo un dimanche comme les autres avec les centres commerciaux ouverts, les trains qui circuleront à l’heure et, le soleil aidant, les parcs envahis par des familles avec leurs enfants.

De plus ce dimanche sera un jour d’élections municipales dans tout le pays avec une multitude de candidats. Le shintoïsme, une sorte de religion animiste particulière, plutôt une philosophie qu’une religion puisque n’importe quel arbre centenaire, n’importe quelle cascade dans la forêt ou un beau bloc de roche volcanique sont des dieux, n’a jamais mentionné ce qui advient après la mort contrairement aux grandes religions monothéistes qui utilisaient et utilisent encore ce « passage » pour le plus souvent culpabiliser les croyants ou les pousser à combattre pour atteindre le paradis. Le shintoïsme ignore la notion de paradis et c’est bien ainsi.

Donc demain, pas de Pâques au Japon et pas de billet sur mon blog …

Nouvelles du Japon : Pourquoi les chats sont exclus des maisons

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Au Japon le sol de la pièce servant de séjour et celui des chambres sont souvent pavés, si on peut dire les choses ainsi, de tatamis. Certes pour un Européen un tatami est le tapis souple sur lequel évoluent les judokas mais en réalité il s’agit d’un rectangle de 88 centimètres par 176 centimètres (rapport un sur deux) bordé de galons souvent ouvragés, fabriqué avec de la paille de riz tressée selon une tradition séculaire. Cette dimension sert à mesurer la superficie d’une pièce, un multiple de 1,6562 mètre carré au dixième de millimètre près … D’une manière générale les maisons sont construites selon des dimensions telles que celles des chambres et des pièces à vivre peuvent être recouvertes d’un nombre exact de tatamis sans découpe.

Ainsi dans les agences de vente ou de location d’habitations la dimension des pièces est spécifiée selon le nombre de tatamis et tout le monde comprend ce que cela veut dire … sauf les Européens naturellement. Alors pourquoi y a-t-il tant de chats dans les rues ? Tout simplement parce qu’ils sont interdits de séjour dans les maisons. Les chats ont la malencontreuse idée de « se faire les griffes » sur un peu n’importe quoi. Un tatami ne résisterait pas deux jours à ce genre de traitement … Le Japon est vraiment un pays à part ! L’époque moderne d’après-guerre a bouleversé les traditions japonaises mais beaucoup de personnes restent attachées à leur pièce à vivre « pavée » de tatamis. De nombreux restaurants offrent à leurs clients une salle spécialement recouverte de tatamis avec des tables basses pour déjeuner ou simplement boire un thé dans la plus pure tradition japonaise.

De cette tradition des tatamis découle une habitude typiquement japonaise bien qu’on la retrouve aussi dans d’autres pays d’Asie comme la Thaïlande : les chaussures sont bannies dans les maisons. On se déchausse quand on entre et il existe à l’entrée un espace spécial devant la porte d’entrée où on laisse ses chaussures. C’est l’une des raisons pour lesquelles les portes d’entrée s’ouvrent vers l’extérieur mais elle doit être rapprochée de l’autre raison. Quand les portes glissantes des anciennes maisons en bois ont été remplacées par des portes à paumelles l’ouverture vers l’extérieur permettait de s’échapper plus rapidement en cas d’incendie. Voilà une petite histoire de tatamis …