«La Troisième Guerre mondiale a commencé»

Emmanuel Todd

10/01/2023 Emmanuel Todd avec Fabien Clairefond du Figaro Vox

Penseur scandaleux pour les uns, intellectuel visionnaire pour les autres, «rebelle destroy» selon ses propres termes, Emmanuel Todd ne laisse pas indifférent. L’auteur de La Chute finale, qui prédisait dès 1976 l’effondrement de l’Union soviétique, était resté discret en France sur la question de la guerre en Ukraine

L’anthropologue réservait jusqu’ici la plupart de ses interventions sur le sujet au public japonais, publiant même dans l’Archipel un essai au titre provocateur: La Troisième Guerre mondiale a déjà commencé. Pour Le Figaro, il détaille sa thèse iconoclaste. Il y rappelle que si l’Ukraine résiste militairement, la Russie n’a pas été écrasée économiquement. Une double surprise qui rend, selon lui, incertaine l’issue du conflit.

Emmanuel Todd est anthropologue, historien, essayiste, prospectiviste, auteur de nombreux ouvrages. 

Plusieurs d’entre eux, comme «La Chute finale», «L’Illusion économique» ou «Après l’empire», sont devenus des classiques des sciences sociales. 

Son dernier ouvrage, «La Troisième Guerre mondiale a commencé», est paru en 2022 au Japon et s’est écoulé à 100.000 exemplaires.

Pourquoi publier un livre sur la guerre en Ukraine au Japon et pas en France?

 Les Japonais sont tout aussi antirusses que les Européens. Mais ils sont géographiquement éloignés du conflit, il n’y a donc pas un véritable sentiment d’urgence, ils n’ont pas notre rapport émotionnel à l’Ukraine. Et là-bas, je n’ai pas du tout le même statut. Ici, j’ai la réputation absurde d’être un «rebelle destroy», alors qu’au Japon je suis un anthropologue, un historien et un géopoliticien respecté, qui s’exprime dans tous les grands journaux et revues, et dont tous les livres sont publiés. Je peux m’exprimer là-bas dans une ambiance sereine, ce que j’ai d’abord fait dans des revues, puis en publiant ce livre, qui est un recueil d’entretiens. Cet ouvrage s’appelle La Troisième Guerre mondiale a déjà commencé, avec 100.000 exemplaires vendus aujourd’hui.

La Troisième Guerre mondiale : pourquoi ce titre?

Parce que c’est la réalité, la Troisième Guerre mondiale a commencé. Il est vrai qu’elle a commencé «petitement» et avec deux surprises. On est parti dans cette guerre avec l’idée que l’armée de la Russie était très puissante et que son économie était très faible. On pensait que l’Ukraine allait se faire écraser militairement et que la Russie se ferait écraser économiquement par l’Occident. Or il s’est passé l’inverse. L’Ukraine n’a pas été écrasée militairement même si elle a perdu à cette date 16% de son territoire ; la Russie n’a pas été écrasée économiquement. Au moment où je vous parle, le rouble a pris 8% par rapport au dollar et 18% par rapport à l’euro depuis la veille de l’entrée en guerre.

Il y a donc eu une sorte de quiproquo. Mais il est évident que le conflit, en passant d’une guerre territoriale limitée à un affrontement économique global, entre l’ensemble de l’Occident d’une part et la Russie adossée à la Chine d’autre part, est devenu une guerre mondiale. Même si les violences militaires sont faibles par rapport à celles des guerres mondiales précédentes.

N’exagérez-vous pas? L’Occident n’est pas directement engagé militairement…

Nous fournissons des armes quand même. Nous tuons des Russes, même si nous ne nous exposons pas nous-mêmes. Mais il reste vrai que nous, Européens, sommes surtout engagés économiquement. Nous sentons d’ailleurs venir notre véritable entrée en guerre par l’inflation et les pénuries.

Poutine a fait une grosse erreur au début, qui présente un immense intérêt socio-historique. Ceux qui travaillaient sur l’Ukraine à la veille de la guerre considéraient ce pays, non comme une démocratie naissante, mais comme une société en décomposition et un «failed state» en devenir. On se demandait si l’Ukraine avait perdu 10 millions ou 15 millions d’habitants depuis son indépendance. On ne peut trancher parce que l’Ukraine ne fait plus de recensement depuis 2001, signe classique d’une société qui a peur de la réalité. Je pense que le calcul du Kremlin a été que cette société en décomposition s’effondrerait au premier choc, voire même dirait «bienvenue maman» à la sainte Russie. Mais ce que l’on a découvert, à l’opposé, c’est qu’une société en décomposition, si elle est alimentée par des ressources financières et militaires extérieures, peut trouver dans la guerre un type nouveau d’équilibre, et même un horizon, une espérance. Les Russes ne pouvaient pas le prévoir. Personne ne le pouvait.

Mais est-ce que les Russes n’ont pas sous-estimé, malgré l’État de décomposition réelle de la société, la force du sentiment national ukrainien, voire la force du sentiment européen de soutien envers l’Ukraine? Et vous-même ne le sous-estimez-vous pas?

Je ne sais pas. Je travaille là-dessus, mais en chercheur, c’est-à-dire en admettant qu’il y a des choses que l’on ne sait pas. Et pour moi, bizarrement, l’une des champs sur lesquels j’ai trop peu d’informations pour trancher, c’est l’Ukraine. Je pourrais vous dire, sur la foi de données anciennes, que le système familial de la petite Russie était nucléaire, plus individualiste que le système Grand Russe, qui était davantage communautaire, collectiviste. Ça, je peux vous le dire, mais ce qu’est devenue l’Ukraine, avec des mouvements de population massifs, une auto-sélection de certains types sociaux par le maintien sur place ou par l’émigration avant et pendant la guerre, je ne peux pas vous en parler, on ne sait pas pour l’instant.

L’un des paradoxes que j’affronte, c’est que la Russie elle ne me pose pas de problème de compréhension. C’est là-dessus que je suis le plus en décalage par rapport à mon environnement occidental. Je comprends l’émotion de tous, il m’est pénible de parler en historien froid. Mais quand on pense à Jules César enfermant Vercingétorix dans Alésia, puis l’emmenant à Rome pour célébrer son triomphe, on ne se demande pas si les Romains étaient méchants, ou déficients par les valeurs. Aujourd’hui, dans l’émotion, en phase avec mon propre pays, je vois bien l’entrée de l’armée russe en territoire ukrainien, les bombardements et les morts, la destruction des infrastructures énergétiques, les Ukrainiens crevant de froid tout l’hiver. Mais pour moi, le comportement de Poutine et des Russes est lisible autrement et je vais vous dire comment.

Pour commencer, j’avoue avoir été cueilli à froid par le début de la guerre, je n’y croyais pas. Je partage aujourd’hui l’analyse du géopoliticien «réaliste» américain John Mearsheimer. Ce dernier faisait le constat suivant: Il nous disait que l’Ukraine, dont l’armée avait été prise en main par des militaires de l’Otan (américains, britanniques et polonais) depuis au moins 2014, était donc de facto membre de l’Otan, et que les Russes avaient annoncé qu’ils ne toléreraient jamais une Ukraine membre de l’Otan. Ces Russes font donc, (ainsi que Poutine nous l’a dit la veille de l’attaque) une guerre de leur point de vue défensive et préventive. Mearsheimer ajoutait que nous n’aurions aucune raison de nous réjouir d’éventuelles difficultés des Russes parce que, comme il s’agit pour eux d’une question existentielle, plus ça serait dur, plus ils frapperaient fort. L’analyse semble se vérifier. J’ajouterais un complément et une critique à l’analyse de Mearsheimer.

Lesquels?

Pour le complément: lorsqu’il dit que l’Ukraine était de facto membre de l’Otan, il ne va pas assez loin. L’Allemagne et la France étaient, elles, devenues des partenaires mineurs dans l’Otan et n’étaient pas au courant de ce qui se tramait en Ukraine sur le plan militaire. On a critiqué la naïveté française et allemande parce que nos gouvernements ne croyaient pas en la possibilité d’une invasion russe. Certes, mais parce qu’ils ne savaient pas qu’Américains, Britanniques et Polonais pouvaient permettre à l’Ukraine d’être en mesure de mener une guerre élargie. L’axe fondamental de l’Otan maintenant, c’est Washington-Londres-Varsovie-Kiev.

Maintenant la critique: Mearsheimer, en bon Américain, surestime son pays. Il considère que, si pour les Russes la guerre d’Ukraine est existentielle, pour les Américains elle n’est au fond qu’un «jeu» de puissance parmi d’autres. Après le Vietnam, l’Irak et l’Afghanistan, une débâcle de plus ou de moins…. Quelle importance? L’axiome de base de la géopolitique américaine, c’est: «On peut faire tout ce qu’on veut parce qu’on est à l’abri, au loin, entre deux océans, il ne nous arrivera jamais rien». Rien ne serait existentiel pour l’Amérique. Insuffisance d’analyse qui conduit aujourd’hui Biden à une fuite en avant. L’Amérique est fragile. La résistance de l’économie russe pousse le système impérial américain vers le précipice. Personne n’avait prévu que l’économie russe tiendrait face à la «puissance économique» de l’Otan. Je crois que les Russes eux-mêmes ne l’avaient pas anticipé.

Si l’économie russe résistait indéfiniment aux sanctions et parvenait à épuiser l’économie européenne, tandis qu’elle-même subsisterait, adossée à la Chine, les contrôles monétaire et financier américains du monde s’effondreraient, et avec eux la possibilité pour les États-Unis de financer pour rien leur énorme déficit commercial. Cette guerre est donc devenue existentielle pour les États-Unis. Pas plus que la Russie, ils ne peuvent se retirer du conflit, ils ne peuvent lâcher. C’est pour ça que nous sommes désormais dans une guerre sans fin, dans un affrontement dont l’issue doit être l’effondrement de l’un ou de l’autre. Chinois, Indiens et Saoudiens, entre autres, jubilent.

Mais l’armée russe semble tout de même dans une très mauvaise posture. Certains vont jusqu’à prédire l’effondrement du régime, vous n’y croyez pas?

Non, au début il semble y avoir eu, en Russie, une hésitation, le sentiment d’avoir été abusé, de ne pas avoir été prévenu. Mais là, les Russes sont installés dans la guerre, et Poutine bénéficie de quelque chose dont on n’a pas idée, c’est que les années 2000, les années Poutine, ont été pour les Russes les années du retour à l’équilibre, du retour à une vie normale. Je pense que Macron représentera à l’opposé pour les Français la découverte d’un monde imprévisible et dangereux, des retrouvailles avec la peur. Les années 90 ont été pour la Russie une période de souffrance inouïe. Les années 2000 ont été un retour à la normale, et pas seulement en termes de niveau de vie: on a vu les taux de suicide et d’homicide s’effondrer, et surtout, mon indicateur fétiche, le taux de mortalité infantile, plonger et même passer au-dessous du taux américain.

Dans l’esprit des Russes, Poutine incarne (au sens fort, christique), cette stabilité. Et, fondamentalement, les Russes ordinaires estiment, comme leur président, faire une guerre défensive. Ils ont conscience d’avoir fait des erreurs au début, mais leur bonne préparation économique a augmenté leur confiance, non pas face à l’Ukraine (la résistance des Ukrainiens est pour eux interprétable, ils sont courageux comme des Russes, jamais des Occidentaux ne se battraient si bien!), mais face à ce qu’ils appellent «l’Occident collectif», ou bien «les États-Unis et leurs vassaux». La véritable priorité du régime russe, ce n’est pas la victoire militaire sur le terrain, c’est de ne pas perdre la stabilité sociale acquise dans les 20 dernières années.

Ils font donc cette guerre «à l’économie», surtout une économie d’hommes. Parce que la Russie garde son problème démographique, avec une fécondité de 1,5, enfant par femme. Dans cinq ans ils vont avoir des classes d’âge creuses. À mon avis, ils doivent gagner la guerre en 5 ans, ou la perdre. Une durée normale pour une guerre mondiale. Ils font donc cette guerre à l’économie, en reconstruisant une économie de guerre partielle, mais en voulant préserver les hommes. C’est le sens du repli de Kherson , après ceux des régions de Kharkiv, et de Kiev. Nous comptons les kilomètres carrés repris par les Ukrainiens, mais les Russes eux attendent la chute des économies européennes. Nous sommes leur front principal. Je peux évidemment me tromper mais je vis avec la notion que le comportement des Russes est lisible, parce que rationnel et dur. Les inconnues sont ailleurs.

Vous expliquez que les Russes perçoivent ce conflit comme «une guerre défensive», mais personne n’a tenté d’envahir la Russie, et aujourd’hui, du fait de la guerre, l’Otan n’a jamais eu autant d’influence à l’Est avec les pays Baltes qui veulent l’intégrer.

Pour vous répondre, je vous propose un exercice psycho-géographique, qui peut se faire par un mouvement de zoom arrière. Si on regarde la carte d’Ukraine, on voit l’entrée des troupes russes par le Nord, l’Est, le Sud… Et là, effectivement, on a la vision d’une invasion russe, il n’y a pas d’autre mot. Mais si on fait un immense zoom arrière, vers une perception du monde, mettons jusqu’à Washington, on voit que les canons et missiles de l’Otan convergent de très loin vers le champ de bataille, mouvement d’armes qui avait commencé avant la guerre. Bakhmout est à 8400 kilomètres de Washington mais à 130 kilomètres de la frontière russe. Une simple lecture de la carte du monde permet je pense, d’envisager l’hypothèse que «Oui, du point de vue russe, cela doit être une guerre défensive.»

Selon vous, l’entrée en guerre des Russes s’explique aussi par le relatif déclin des États-Unis…

Dans “Après l’empire”, publié en 2002, j’évoquais le déclin de longue période des États-Unis et le retour de la puissance russe. Depuis 2002, l’Amérique enchaîne échecs et replis. Les États-Unis ont envahi l’Irak, mais en sont repartis laissant l’Iran acteur majeur du Moyen-Orient. Ils ont fui l’Afghanistan. La satellisation de l’Ukraine par l’Europe et par les États-Unis n’a pas représenté un surcroît de dynamisme occidental mais l’épuisement d’une vague lancée vers 1990, relayée par le ressentiment antirusse des Polonais et des Baltes. Or c’est dans ce contexte de reflux américain que les Russes ont pris la décision de mettre au pas l’Ukraine, parce qu’ils avaient le sentiment d’avoir enfin les moyens techniques de le faire.

Je sors de la lecture d’un ouvrage de S. Jaishankar, ministre des Affaires étrangères de l’Inde (The India Way), publié juste avant la guerre, qui voit la faiblesse américaine , qui sait que l’affrontement entre la Chine et les États-Unis ne fera pas de vainqueur mais va donner de l’espace à un pays comme l’Inde, et à bien d’autres. J’ajoute: mais pas aux Européens. Partout on voit l’affaiblissement des États-Unis, mais pas en Europe et au Japon parce que l’un des effets de la rétraction du système impérial est que les États-Unis renforcent leur emprise sur leurs protectorats initiaux.

Si on lit Brzeziński (Le Grand Échiquier), on voit que l’empire américain s’est constitué à la fin de la deuxième Guerre mondiale par la conquête de l’Allemagne et du Japon, qui sont toujours aujourd’hui des protectorats. À mesure que le système américain se rétracte, il pèse de plus en plus lourdement sur les élites locales des protectorats (et j’inclus ici l’ensemble de l’Europe). Les premiers à perdre toute autonomie nationale, seront (ou sont déjà) les Anglais et les Australiens. Internet a produit dans l’anglosphère une interaction humaine avec les États-Unis d’une telle intensité que leurs élites universitaires, médiatiques et artistiques sont pour ainsi dire annexées. Sur le continent européen nous sommes un peu protégés par nos langues nationales, mais la chute de notre autonomie est considérable, et rapide. Souvenons-nous de la guerre d’Irak, lorsque Chirac, Schröder et Poutine faisaient des conférences de presse communes contre la guerre

Beaucoup d’observateurs soulignent que la Russie a le PIB de l’Espagne, ne surestimez-vous pas sa puissance économique et sa capacité de résistance?

La guerre devient un test de l’économie politique, elle est le grand révélateur. Le PIB de la Russie et de la Biélorussie représente 3,3% du PIB occidental (États-Unis, anglosphère, Europe, Japon, Corée du Sud), pratiquement rien. On peut se demander comment ce PIB insignifiant peut faire face et continuer à produire des missiles. La raison en est que le PIB est une mesure fictive de la production. Si on retire du PIB américain la moitié de ses dépenses de santé surfacturées, puis la «richesse produite» par l’activité de ses avocats, par les prisons les mieux remplies du monde, puis par toute une économie de services mal définis incluant la «production» de ses 15 à 20.000 économistes au salaire moyen de 120 000 dollars, on se rend compte qu’une part importante de ce PIB est de la vapeur d’eau. La guerre nous ramène à l’économie réelle, elle permet de comprendre ce qu’est la véritable richesse des nations, la capacité de production, et donc la capacité de guerre. Si on revient à des variables matérielles, on voit l’économie russe. En 2014, nous mettons en place les premières sanctions importantes contre la Russie, mais elle augmente alors sa production de blé, qui passe de 40 à 90 millions de tonnes en 2020. Alors que, grâce au néo-libéralisme, la production américaine de blé, entre 1980 et 2020, est passée de 80 à 40 millions de tonnes. La Russie est aussi devenue le premier exportateur de centrales nucléaires. En 2007, les Américains expliquaient que leur adversaire stratégique était dans un tel état de déliquescence nucléaire que bientôt les États-Unis auraient une capacité de première frappe sur une Russie qui ne pourrait répondre. Aujourd’hui, les Russes sont en supériorité nucléaire avec leurs missiles hypersoniques.

La Russie a donc une véritable capacité d’adaptation. Quand on veut se moquer des économies centralisées, on souligne leur rigidité, et quand on fait l’apologie du capitalisme, on vante sa flexibilité. On a raison. Pour qu’une économie soit flexible, il faut bien sûr le marché, des mécanismes financiers et monétaires. Mais il faut d’abord une population active qui sache faire des choses. Les États-Unis sont maintenant plus de deux fois plus peuplés que la Russie (2,2 fois dans les tranches d’âges étudiantes). Reste qu’avec des proportions par cohortes comparables de jeunes faisant des études supérieures, aux États-Unis, 7% font des études d’ingénieur, alors qu’en Russie c’est 25%. Ce qui veut dire qu’avec 2,2 fois moins de personnes qui étudient, les Russes forment 30% de plus d’ingénieurs. Les États-Unis bouchent le trou avec des étudiants étrangers, mais qui sont principalement Indiens et plus encore Chinois. Cette ressource de substitution n’est pas sûre et diminue déjà. C’est le dilemme fondamental de l’économie américaine: elle ne peut faire face à la concurrence chinoise qu’en important de la main-d’œuvre qualifiée chinoise. Je propose ici le concept d’équilibrisme économique. L’économie russe, quant à elle, a accepté les règles de fonctionnement du marché (c’est même une obsession de Poutine de les préserver), mais avec un très grand rôle de l’État, mais elle tient aussi sa flexibilité des formations d’ingénieurs qui permettent les adaptations, industrielles et militaires.

Beaucoup d’observateurs pensent, au contraire, que Vladimir Poutine a profité de la rente des matières premières sans avoir su développer son économie…

Si c’était le cas, cette guerre n’aurait pas eu lieu. L’une des choses marquantes dans ce conflit, et qui le rend si incertain, c’est qu’il pose (comme toute guerre moderne), la question de l’équilibre entre technologies avancées et production de masse. Il ne fait aucun doute que les États-Unis disposent de certaines des technologies militaires les plus avancées, et qui ont parfois été décisives pour les succès militaires ukrainiens. Mais quand on entre dans la durée, dans une guerre d’attrition, pas seulement du côté des ressources humaines mais aussi matérielles, la capacité à continuer dépend de l’industrie de production d’armes moins haut de gamme. Et nous retrouvons, revenant par la fenêtre, la question de la globalisation et le problème fondamental des Occidentaux: nous avons délocalisé une telle proportion de nos activités industrielles que nous ne savons pas si notre production de guerre peut suivre. Le problème est admis. CNN, le New York Times et le Pentagone se demandent si l’Amérique arrivera à relancer les chaînes de production de tel ou tel type de missile. Mais on ne sait pas non plus si les Russes sont capables de suivre le rythme d’un tel conflit. L’issue et la solution de la guerre dépendront de la capacité des deux systèmes à produire des armements.

Selon vous cette guerre est non seulement militaire et économique, mais aussi idéologique et culturelle…

Je m’exprime ici surtout en tant qu’anthropologue. Il y a eu en Russie des structures familiales plus denses, communautaires, dont certaines valeurs ont survécu. Il y a un sentiment patriotique russe qui est quelque chose dont on n’a pas idée ici, nourri par le subconscient d’une nation famille. La Russie avait une organisation familiale patrilinéaire, c’est-à-dire dans laquelle les hommes sont centraux et elle ne peut adhérer à toutes les innovations occidentales néoféministes, LGBT, transgenres… Quand nous voyons la Douma russe voter une législation encore plus répressive sur «la propagande LGBT», nous nous sentons supérieurs. Je peux ressentir ça en tant qu’Occidental ordinaire. Mais d’un point de vue géopolitique, si nous pensons en termes de soft-power, c’est une erreur. Sur 75% de la planète, l’organisation de parenté était patrilinéaire et l’on peut y sentir une forte compréhension des attitudes russes. Pour le non-Occident collectif , la Russie affirme un conservatisme moral rassurant. L’Amérique latine cependant est ici du côté occidental.

Quand on fait de la géopolitique, on s’intéresse à de multiples domaines: les rapports de force énergétiques, militaires, la production d’armes (qui renvoie aux rapports de force industriels). Mais il y a aussi le rapport de force idéologique et culturel, ce que les Américains appellent le «soft power». L’URSS avait une certaine forme de soft power, le communisme, qui influençait une partie de l’Italie, les Chinois, les Vietnamiens, les Serbes, les ouvriers français… Mais le communisme faisait au fond horreur à l’ensemble du monde musulman par son athéisme et n’inspirait rien de particulier à l’Inde, hors du Bengale-Occidental et du Kerala. Or, aujourd’hui, la Russie telle qu’elle s’est repositionnée comme archétype de la grande puissance, non seulement anticolonialiste, mais aussi patrilinéaire et conservatrice des mœurs traditionnelles, peut séduire beaucoup plus loin. Les Américains se sentent aujourd’hui trahis par l’Arabie saoudite qui refuse d’augmenter sa production de pétrole, malgré la crise énergétique due à la guerre, et prend de fait le parti des Russes: pour une part, bien sûr, par intérêt pétrolier. Mais il est évident que la Russie de Poutine, devenu moralement conservatrice, est devenue sympathique aux Saoudiens dont je suis sûr qu’ils ont un peu de mal avec les débats américains sur l’accès des femmes transgenres (définies comme mâles à la conception) aux toilettes pour dames.

Les journaux occidentaux sont tragiquement amusants, ils ne cessent de dire: «La Russie est isolée, la Russie est isolée». Mais quand on regarde les votes des Nations unies, on constate que 75% du monde ne suit pas l’Occident, qui paraît alors tout petit. Si l’on est anthropologue, on peut expliquer la carte, d’une part des pays classés comme ayant un bon niveau de démocratie par The Economist (à savoir l’anglosphère, l’Europe…) , d’autre part des pays autoritaires, qui s’étalent de l’Afrique jusqu’à la Chine en traversant le monde arabe et la Russie. Pour un anthropologue, c’est une carte banale. Sur la périphérie «occidentale» on trouve les pays de structure familiale nucléaire avec des systèmes de parenté bilatéraux, c’est-à-dire où les parentés masculines et féminines sont équivalentes dans la définition du statut social de l’enfant. Et au centre, avec le gros de la masse afro-euro-asiatique, on trouve les organisations familiales communautaires et patrilinéaires. On voit alors que ce conflit, décrit par nos médias comme un conflit de valeurs politiques, est à un niveau plus profond un conflit de valeurs anthropologiques. C’est cette inconscience et cette profondeur qui rendent la confrontation dangereuse. Source : blogs de Mediapart

Note de votre serviteur. Au Japon on trouve tous les ouvrages d’Emmanuel Todd en français et une grande partie d’entre eux traduits en japonais. Cet anthropologue dont j’ai lu beaucoup d’oeuvres dont en particulier “Origine des Systèmes Familiaux”, une étude absolument incontournable, que l’ai même lu deux fois car la première lecture ne permet pas de saisir dans leur profondeur certains arguments, est probablement, du moins selon moi, le plus grand anthropologue français présent. Todd est dénigré par les intellectuels progressistes car ses idées et ses analyses ne correspondent pas à leur idéologie globaliste. Et puisque j’ai utilisé ce néologisme j’ai l’occasion d’exposer mon opinion au sujet du globalisme. Cette idéologie n’est pas adaptée à la nature humaine qui est au contraire fondamentalement individualiste. Le globalisme a conduit au marxisme-léninisme tel que l’a enduré le peuple russe pendant 70 ans. La nature profonde de l’Homo sapiens sapiens n’a pas fondamentalement évolué depuis 100000 ans, il réagit souvent avec son cerveau “reptilien” et se recroqueville dans une cellule familiale aujourd’hui restreinte dans le monde moderne alors que la vraie structure ancestrale de la cellule familiale avait pris la forme de cellules étendues englobant plusieurs générations comme cela a été très bien décrit dans l’ouvrage de Todd que j’ai cité plus haut.

Nouvelles du Japon : présence anecdotique du pays au “raout” de Davos

Contrairement à de nombreux pays déléguant des personnalités de haut rang pour se gaver de l’idéologie de Klaus Schwab, le guide suprême du monde, c’est le titre qu’il se donne, le Japon a délégué un simple député de la chambre basse du pays, fils d’un précédent premier ministre mais surtout “young leader” labellisé par le World Economic Forum. Il s’agit de Shinjiro Koizumi (https://en.wikipedia.org/wiki/Shinjirō_Koizumi). Pour une grande puissance économique comme le Japon ça fait désordre. Alors que se passe-t-il entre le WEF et le Japon, c’est très simple à expliquer selon mon point de vue que je ne partage qu’avec moi-même : le Japon a bien assez de supporter l’occupant américain depuis 1945 qui lui dicte sans cesse ce qu’il faut faire et ne pas faire et n’a pas l’intention d’être phagocyté par cet organisme dont les projets de domination du monde devrait en effrayer plus d’un. Le Japon n’a que faire de la “grande réinitialisation prêchée par le guide”, ce serait en totale contradiction avec le respect des traditions qui forgent le quotidien des Japonais, pays pétri de la culture des ancêtres et du respect de la nature considérée comme un dieu. Si l’envoi de ce simple représentant à la chambre basse, membre du partie démocrate libéral, à Davos peut s’expliquer par le court propos ci-dessus il exprime aussi le caractère bling-bling de ce raout alpin qui a mobilisé plus de 5000 forces de sécurité lourdement armées d’une compagnie privée pour protéger plus de 1000 privilégiés payés par les contribuables du monde entier. Et pour quel résultat ? Mes lecteurs me donneront peut-être la réponse. Voici un élément de réponse très révélateur : les VIPs venus en Suisse conviés par Klaus Schwab ont pour la plupart d’entre eux refusé d’embarquer dans le jet privé qui les acheminait si le pilote était “vacciné” contre le coronavirus !

Nouvelles du Japon : Le japon adopte un plan pour maximiser l’énergie nucléaire

Depuis juillet dernier, un comité consultatif – le Comité exécutif de la transformation verte (GX) – examine la mise en œuvre de changements majeurs dans le secteur de l’énergie, dans toutes les industries, dans l’économie et dans la société afin d’atteindre l’objectif de carbo-neutralité d’ici 2050. La réunion de mise en œuvre du GX du gouvernement s’est tenue le 22 décembre 2022, au cours de laquelle une feuille de route pour les dix prochaines années a été élaborée en tant que « politique de base pour la réalisation du GX ».

En vertu de la nouvelle politique – qui décrit l’énergie nucléaire comme « une source d’énergie qui contribue à la sécurité énergétique et a un effet de décarbonisation élevé » – le Japon maximisera l’utilisation des réacteurs existants en en redémarrant autant que possible et en prolongeant la durée de vie des réacteurs vieillissants au-delà de la limite actuelle de 60 ans. Le gouvernement a également déclaré que le pays développera des réacteurs avancés pour remplacer ceux qui sont déclassés.

Avant l’accident le 11 mars 2011 de la centrale de Fukushima-Daiichi, les 54 réacteurs japonais fournissaient environ 30 % de l’électricité du pays. Cependant, dans les 14 mois qui ont suivi l’accident, la production nucléaire du pays a été arrêtée en attendant une modification réglementaire. À ce jour, dix des 39 réacteurs opérables du Japon ont été inspectés, ce qui confirme qu’ils répondent aux nouvelles normes de sûreté réglementaires et ont repris leurs activités. Dix-sept autres réacteurs ont demandé à redémarrer. En 2021, l’énergie nucléaire ne fournissait que 7,2 % de l’électricité du pays.

En vertu de la réglementation révisée qui est entrée en vigueur en juillet 2013, les réacteurs japonais ont une période d’exploitation nominale de 40 ans. Les prolongations ne peuvent être accordées qu’une seule fois et sont limitées à un maximum de 20 ans, sous réserve d’exigences de sécurité rigoureuses.

Le 21 décembre, l’Autorité japonaise de régulation nucléaire (ARN) a approuvé un projet de nouvelles règles qui permettrait aux réacteurs d’être exploités pendant plus de 60 ans. En vertu de la modification, les exploitants de réacteurs en service depuis 30 ans ou plus doivent formuler un plan de gestion à long terme des réacteurs et obtenir l’approbation de l’organisme de réglementation au moins une fois tous les 10 ans s’ils veulent continuer à fonctionner.

La nouvelle politique prolongera effectivement la période pendant laquelle les réacteurs peuvent demeurer en service au-delà de 60 ans en excluant le temps passé hors ligne, pour les inspections, les opérations de maintenance et les rechargements en combustible, de la durée de vie totale. Dans le cadre de la nouvelle politique, le Japon développera et construira également des « réacteurs innovants de prochaine génération » pour remplacer une vingtaine de réacteurs qui devraient être déclassés.

En septembre, Mitsubishi Heavy Industries a lancé le réacteur à eau sous pression SRZ-1200. Développé en collaboration avec quatre services publics japonais, le réacteur de 1200 MWe est conçu pour répondre aux normes de sécurité réglementaires renforcées du pays.

Le Premier ministre Fumio Kishida a déclaré que le gouvernement soumettra les projets de loi pertinents pour mettre en œuvre la nouvelle politique à une session parlementaire ordinaire au début de l’année. Il sera officialisé par une décision du Cabinet attendue au plus tôt en février 2023.

Commentant la nouvelle politique, Kazuhiro Ikebe, président de la Fédération japonaise des compagnies d’électricité, a déclaré : « Sur la base de la politique présentée cette fois-ci, nous, en tant que compagnies d’électricité, travaillerons à assurer un approvisionnement stable en électricité en maximisant l’utilisation des énergies renouvelables et de la production d’énergie nucléaire sur la base de la sûreté, de la décarbonisation de la production d’énergie thermique, et promouvoir l’électrification. Nous sommes déterminés à prendre toutes les mesures possibles pour atteindre la neutralité carbone. Source : World Nuclear News.

Dernières nouvelles du front coronaviral depuis Tokyo

Donc, comme convenu, je me suis rendu avec mon fils pour un test PCR afin de savoir si oui ou non je pourrai embarquer ce prochain lundi à destination de Nouméa. Il s’agit d’un test officiel avec copie du passeport et du billet d’avion pour accéder au check-in. Coût de l’opération 22000 yens (145 euros au cours du jour) avec un petit détail croustillant : si le test se révèle être positif la ville de Tokyo rembourse la moitié du prix de l’opération car le système administratif n’aura ainsi pas la nécessité de transmettre à la compagnie aérienne le résultat du test puisque je ne pourrai pas embarquer. C’est ainsi, c’est la loi et il est impossible de protester. Nous avons déjà déboursé 20000 yens il y a quelques jours pour constater que j’étais positif, positivité qui s’est traduite par une profonde gastro-entérite que je ne souhaite à personne.

À ce rythme-là le prix du billet d’avion ne fait qu’augmenter et c’est le but recherché : décourager les candidats aux voyages au lointain de se déplacer afin de préserver le climat. Il n’y a qu’un tout petit pas à franchir pour transformer le « pass » sanitaire ou vaccinal (selon votre humeur) en « pass » climatique et le tour sera joué. Et qu’il s’agisse du coronavirus ou du climat nous serons tous piégés par l’élite qui veut dominer le monde occidental.

Donc, muni ce soir 6 août du certificat de « négativité » je pourrai embarquer ce prochain lundi pour Nouméa puis Papeete. Je me déconnecterai donc demain dimanche pour au moins une dizaine de jours.

Je voudrais tout de même insister sur le fait que près de 100 pour cent des personnes dans la rue sont masqués ici dans la banlieue de Tokyo et pourtant le nombre de nouveaux « cas » n’a jamais atteint de tels sommets depuis le tout début de l’épidémie malgré le fait que plus de 90 pour cent de la population s’est fait injecter trois, voire quatre fois, le poison de Pfizer, autant dire que le Japon est la preuve vivante de la totale inefficacité de cette thérapie expérimentale …

Les paramètres de l’économie japonaise feraient pâlir plus d’un pays européen. L’inflation est proche de zéro en raison de l’approvisionnement en énergie primaire qui entre dans le cadre de contrats à long terme, charbon, pétrole ou gaz liquéfié. Le chômage est inférieur à trois pour cent de la population active malgré un grand nombre de seniors toujours en activité, ce qui paraît paradoxal. À peine 2 % des jeunes diplômés de cette année ont renoncé à trouver un travail car ils ont choisi de poursuivre des études supérieures plus longues. L’activité industrielle est toujours très dynamique malgré une ralentissement des économies voisines, Chine, Corée. Le secteur du bâtiment est toujours très actif et constitue avec l’automobile et les machines-outils le principal moteur de l’économie. En ce qui concerne les taux d’intérêt, tous les taux à moins de 5 ans d’échéance sont négatifs et le taux de référence des bonds à 10 ans, qui avait évolué aux alentours de 0,25 % est retombé à 0,18 % et dans le même temps le yen s’est raffermi par rapport au dollar ces dernières 24 heures.

Je ne reviendrai pas sur la dette du Japon car comme chacun sait la transparence est totale puisque les dettes des collectivités locales, des fournisseurs d’énergie électriques et des compagnies de transport, pour ne prendre que ces trois exemples, sont comptabilisées dans le calcul de la dette globale du pays.

Je ne voudrais pas paraître un oiseau de mauvais augure mais le secteur de l’immobilier comprenant également le marché de la maison individuelle a toujours été scruté de près par les analystes financiers car il s’agit d’un moteur de croissance essentiel pour l’économie. Ne disait-on pas au cours des « trente glorieuses » : quand le bâtiment va, tout va. J’ai pu observer au cours des derniers mois la multitude de chantiers de toutes tailles dans tous les quartiers de Tokyo que j’ai pu traverser en train. C’est tout simplement étonnant. Et l’explication se trouve dans la faiblesse des taux d’intérêt des prêts immobiliers.

Ce n’est pas le cas en Europe et encore moins aux USA. Considérons donc la première économie du monde et son marché immobilier. Tous les indicateurs sont au rouge aux USA et les passer en revue est riche d’enseignements. Le nombre de mises en chantier est passé en territoire négatif depuis plus d’un an, les taux des prêts sont les plus élevés depuis 2008, le coût annuel des remboursements de ces prêts a augmenté de 80 % en moins d’un an. Pour les ménages la possibilité d’accès à la propriété est la plus faible depuis 1970. Le prix des maisons est plus élevé qu’en 2006-2007. Depuis plus de 40 ans il n’y a plus de « bon moment » pour acheter une maison, les ventes de maisons neuves se sont effondrées ces derniers mois, les ouvertures de dossiers de prêt ont atteint leur niveau le plus bas depuis 22 ans et enfin le coût des garanties inclues dans le calcul de l’inflation est le plus élevé jamais atteint.

La situation de crise devient donc impossible à éviter d’autant plus que la réserve fédérale, pensant juguler une inflation à deux chiffres, a augmenté son taux directeur de 150 points de base en quelques jours seulement. Vers quoi s’achemine-t-on aux USA ? Vers une crise qui fera paraître celle de 2008 comme un petit grain de sable dans le rouage économique nord-américain. Et comme il se doit ce sont tous les pays occidentaux qui paieront pour cette crise dont la cause première est l’argent facile depuis cette crise de 2008 déversé sans discernement dans l’économie. Cette situation encourage les pays occidentaux, surtout européens, qui se prétendent des démocraties, à prendre des mesures privatrices de libertés, comme la monnaie électronique, le contrôle des changes et des dépenses, la surveillance des comptes en banque et bien d’autres vexations. Tout cela est fait pour masquer la totale incompétence des dirigeants politiques qui n’ont rien trouvé d’autre, comme excuse, d’incriminer la Russie en raison du conflit ukrainien. Demandez à un Américain moyen rêvant de sa maison individuelle ce qu’il en pense, il éclatera se rire …

Nouvelles du front coronaviral vues de Tokyo (suite)

Je reprends donc cette petite chronique du « cluster » familial et il n’y a pas matière à s’étonner car au Japon plus de 150000 nouveaux « cas » sont répertoriés chaque jour pourtant avec très peu de décès dûment répertoriés « covid ». Détecté positif le 19 juillet j’espérais échapper à la maladie, Las ! Les premiers symptômes apparurent ce jeudi 21 sous forme de nausées et de vomissements, avant-coureurs d’un dérangements gastro-intestinal. J’étais persuadé de souffrir d’une gastroentérite. Mon fils m’apprit alors qu’il s’agissait de la forme intestinale de l’infection car un des copains de son fils souffrait des mêmes symptômes.

Ce fut violent au point que malgré un large volume de bière, de lait et de café, ne pouvant rien avaler de solide il m’arriva de ne plus uriner pendant deux jours. La situation a commencé à s’améliorer ce dimanche (au niveau urinaire) mais je ne peux pas rester debout plus de 15 minutes car un dehors d’un peu de lait je ne me suis pas nourri du tout.

Compte tenu de mon état potentiellement contagieux et conformément aux dispositions gouvernementales la famille reste confinée. Seul mon fils brave les éléments pour aller faire le ravitaillement chaque jour et ma belle-fille, très respectueuse des décisions du gouvernement ne peut pas s’y opposer. Je voudrais signaler à mes lecteurs que le mutant omicron, quelque soit son variant actuel appelé BA.5, possède toujours le site de clivage par la furine introduit artificiellement et intentionnellement pour amplifier la fonction infectieuse du virus, alors que se passe-t-il avec la sous-unité 1 de la protéine « spike » quel que soit son état de mutations ? Toutes sortes de conséquences encore non étudiées apparaitront au cours des prochaines années. Et puisque cette forme du mutant omicron continue à se répandre alors il faudra injecter les femmes enceintes et les enfant dès l’âge de six mois pour être bien sûr que tout se passera bien. Il est confondant que dans le pays natal du découvreur de l’Ivermectine ses dirigeants n’aient pas pris la décision de mettre un terme à cette épidémie par traitement prophylactique. Qui a perdu la tête ? Peut-être est-ce votre serviteur …

La grande banlieue résidentielle de Tokyo : des aspects déroutants

Vue du jardin de la maison de mon fils il y a deux petites maisons séparées l’une de l’autre de moins d’un mètre. Le confortable mur appartenant à la maison de mon fils et recouvert d’une plante grimpante protège en quelque sorte le domaine privé de ma belle-fille et de son époux. Il y a des fleurs et, luxe rare dans ce quartier, une petite pelouse. Les deux petites maisons voisines m’ont conduit à écrire ce billet décrivant ce qui se passe dans cette banlieue à près de 20 kilomètres à l’ouest du quartier de Shinjuku. La petite maison blanche a été récemment repeinte et il y a quelques jours des géomètres sont venus faire des relevés probablement pour un projet de vente. Depuis lors j’entends quand je vais fumer ma cigarette dans le jardin des éclats de voix incessants presque jour et nuit avec une petite voix féminine et de bonnes grosses répliques graves masculines. Est-ce un couple se déchirant à propos d’une vente de cette maison ? J’ai posé la question à mon fils qui m’a tout de suite répondu que c’était la mère, une vieille dame de plus de 70 ans, qui débattait avec son fils âgé d’une cinquantaine d’années et ce dernier est un « hikikomori ». J’avais à plusieurs reprises entrevu le visage spectral d’une sorte de fantôme avec de longs cheveux gris m’observant par la fenêtre protégée par une tenture entre les volets anti-typhons du premier étage.

Les hikikomori sont des gens ayant décidé de s’isoler de l’extérieur et de vivre dans leur chambre sans jamais sortir de chez eux. Que font-ils, je l’ignore, pour quelle raison, des hypothèses parvenant de psychiatres ayant examiné deux douzaines de ces personnes, un échantillon très restreint, ont conclu qu’ils ne présentaient aucune pathologie bien définie. L’explication la plus communément admise est un « burn-out » au cours des études très compétitives pour accéder à la high school ou à l’université. Il y a des « vieux » hikikomori comme le voisin de mon fils, d’une cinquantaine d’années. Ils ont échoué lors de la féroce compétition des années quatre-vingt à la suite de la crise financière que traversa le Japon. Il y a maintenant de jeunes hikikomori rejetés par la tout aussi féroce compétition qui règne à tous les niveaux du cursus scolaire. Les estimations communément admises font état de près d’un million d’hikikomori au Japon, une énorme perte pour l’économie du pays dont la population est vieillissante.

L’autre maison recouverte d’ampélopsis est abandonnée depuis plusieurs années. Dans un hypothétique avenir elle sera rasée mais son accès, comme c’est aussi le cas pour la maison blanche, est réduit à une petite allée. Cette allée en impasse débouche sur la rue à peine plus large mais comme toujours dans ces quartiers résidentiels le dédale de ruelles n’oblige jamais les entreprises à bloquer un accès aux maisons environnantes. Cette maison abandonnée ne présente aucun danger et un tremblement de terre violent ne la précipitera pas au sol à moins que sa structure en bois soit déjà largement détériorée par les termites. Dans toute la région de Tokyo il y aurait plus de 200000 maisons abandonnées, la plupart d’entre elles n’étant pas mises en vente par la famille, les descendants s’il y en a, car les procédures administratives sont complexes, leur démolition coûteuse pour proposer un terrain nu à la vente et le fisc se sert en priorité sur le fruit de cette vente. En conséquence le nombre de maisons abandonnées est considérable. Je citerai le cas de la maison des grand-parents de ma bru à Shikoku. Après leur décès elle a été tout simplement abandonnée et personne n’y pense plus. Voilà quelques aspects déroutants d’un pays en pleine effervescence économique compte tenu de la chute du yen par rapport au dollar et aux autres devises et à ma connaissance il n’y a pour l’instant pas d’inflation, mais elle arrivera aussi dans le pays du soleil levant un jour. 

Nouvelles du Japon : stupéfaction !

L’opinion japonaise était très partagée quant à la politique élaborée par l’ancien premier ministre Shinzo Abe. Les uns le détestaient et les autres trouvaient qu’il tentait de redynamiser l’économie japonaise sous le joug de la Maison-Blanche. De même que Bruxelles dicte sa loi auprès des Etats membres de l’Union européenne, en adaptant les directives de la Maison-Blanche il en est de même du Japon. Le parallélisme entre le Japon et l’Union européenne ne s’arrête pas là car pour Washington ni l’Europe ni le Japon (il en est de même de la Corée) ne sont autorisés à porter ombrage à l’économie américaine. C’est pourquoi Abe était détesté par les progressistes et apprécié par les conservateurs japonais.

Maintenant l’assassinat de Shinzo Abe, un fait divers en quelque sorte, mérite d’être analysé en profondeur. Un militaire raté a ressorti une vieille histoire d’immobilier dans laquelle Abe n’était pas directement impliqué. Il s’agissait de la vente d’un terrain appartenant à son épouse pour y construire une crèche. Il y eut un tour de passe-passe pour échapper à l’impôt et Abe ne fit rien pour s’opposer à cette transaction. L’assassin s’était juré d’en finir avec Abe et il passa à l’acte. Il sera certainement condamné à la mort par pendaison. Cette sentence dissuasive existant toujours au Japon fonctionne exactement comme l’arme nucléaire : si vous assassinez quelqu’un l’Etat vous pendra ou vous coupera la tête, la mort pour la mort. La dissuasion nucléaire répond exactement à ce critère.

Qu’on me traite de fasciste, je m’en moque, mais je pense que la suppression de la peine de mort en France à une époque où le système juridique tenait encore debout fut une erreur. Il n’y a plus de dissuasion aujourd’hui puisqu’on n’incarcère même plus les délinquants récidivistes, y compris les assassins qui feront un séjour aux frais de l’Etat pendant au moins une quinzaine d’années, au pire 25 ans. La justice en France est au bord de la ruine et une peine dissuasive telle qu’elle existe au Japon pourrait redorer son image. La stupeur du peuple japonais facilitera la condamnation à mort de cet individu à l’esprit dérangé …

Selon les dernières information l’individu qui a assassiné l’ancien premier ministre en voulait à une secte à laquelle sa mère avait légué toute sa fortune et pris de dépit il choisit Monsieur Shinzo Abe comme cible pour assouvir sa vengeance. « Quand on nait con on est con » et quand on a quelques gros fusibles défectueux dans le cerveau c’est pour la vie. 

La souveraineté du Japon : un avenir pas très réjouissant

Article de Thorsten J. Pattberg paru sur The Saker le 3 juillet 2022

La Chine, l’Inde, la Russie et d’autres nations libres sont confrontées à des difficultés de respect et de confiance mutuels lorsqu’elles s’engagent avec les dirigeants du Japon, car le Japon n’est pas une nation souveraine. Le Japon impérial s’est rendu aux États-Unis le 15 août 1945, mettant ainsi fin à la Seconde Guerre mondiale. Depuis lors, les dirigeants japonais doivent consulter leurs occupants américains avant de signer quoi que ce soit avec d’autres pays, ce qui empêche fondamentalement l’unification de l’Asie.

Les États-Unis ont démantelé le Japon.

D’abord, ils ont saisi toutes les armes, machines, plans et inventions japonaises. Ensuite, ils ont pris le contrôle de l’approvisionnement en nourriture et en énergie. Enfin, ils ont persécuté des centaines de milliers de nationalistes pour alimenter la peur au sein de la population : Obéissez !

Les États-Unis voulaient tout du Japon, les réparations de guerre, les réserves d’or, la fabrication et les services.

Le Japon devrait payer pour sa propre occupation par les États-Unis jusqu’à la fin des temps. Actuellement, Tokyo dépense environ 8 milliards de dollars par an pour maintenir les 34 bases américaines.

Les impérialistes ont inventé un terme impérial pour leurs mondes forgés, ils les appellent « nations exportatrices ». Ainsi, le Japon, tout comme l’Allemagne nazie vaincue, est devenu une nation d’exportation pour la fabrication, ce qui signifie essentiellement qu’ils doivent maintenant produire des machines pour l’Empire américain.

Et si c’est trop, Japon, tu peux toujours en trouver et en voler plus. Regardez autour de vous. Construisez vos usines partout sur le pourtour du Pacifique, mais n’oubliez pas d’envoyer la moitié de tout aux États-Unis et à ses alliés.

Malheureusement, cela rend le Japon trop cher.

Le système politique américain est certainement « libéral et démocratique », alors le régime japonais de 1950 s’est empressé de s’appeler le « Parti libéral démocrate du Japon ».

Une grande partie du Japon a également été renommée. Le confucéen est devenu « chrétien », le bouddhisme est devenu « philosophie ». Le colonialisme est devenu le « mondialisme », et l’assujettissement des nations étrangères est maintenant appelé « partage des valeurs ». Faites ce que les États-Unis vous disent selon « l’ordre fondé sur des règles », et le Japon s’identifie désormais comme [faisant partie de] « l’Occident ».

Le fait que le Japon ait été torturé et maltraité pendant si longtemps a presque rendu impossible tout engagement de la Chine et d’autres pays avec le Japon sans un embargo américain. C’est comme si les États-Unis, avec une batte de baseball ensanglantée en main, ordonnaient au Japon : « Ne parlez pas avec les Chinois ! »

En conséquence, personne au Japon ne parle chinois. Même si c’est leur voisin de 1,4 milliard d’habitants. Les enfants n’apprennent pas la langue à l’école.

Les Japonais sont notoirement surchargés de travail, et pourtant le PIB moyen par habitant, après trois quarts de siècle de dictature américaine, est toujours inférieur de 33% à celui des États-Unis, alors que la charge fiscale est 100% plus élevée.

Plus horrible encore, les États-Unis ont « emprunté » au Japon des biens d’une valeur de 1300 milliards de dollars qu’ils n’ont jamais payés et qu’ils ne paieront jamais (dernière vérification, le 1er mai 2022).

Le peuple japonais a-t-il jamais bénéficié du fait d’agir comme l’Occident associé ? Non. Lorsque le Japon a imité les puissances occidentales aux XIXe et XXe siècles et a colonisé la Mandchourie, Taïwan, la Corée du Sud et les Philippines, le véritable Occident a rapidement saboté le Japon et celui-ci a tout perdu, et plus encore.

Même aujourd’hui, après sept décennies d’occidentalisation, les puissances occidentales de l’OTAN, du G7 et des alliances militaires du QUAD considèrent surtout le Japon comme un traître asiatique utile. Washington sanctionnera le Japon à tout moment. Le train de sanctions le plus infâme contre le Japon a été la coupure de la nourriture, du pétrole et des métaux dans les années 30 du siècle dernier, suivie du gel de tous les actifs japonais à l’étranger, ce qui a entraîné l’attaque désespérée du Japon contre la base de la marine américaine à Pearl Harbor.

Depuis 2016, les États-Unis menacent à nouveau le Japon avec des sanctions infernales : Si vous n’achetez pas nos derniers chasseurs militaires Boeing pour combattre la Chine, si vous ne soutenez pas l’Ukraine contre la Russie, nous vous traiterons de raciste et inonderons votre pays de dix millions de plombiers africains. Nous licencierons également le groupe Toyota et ferons d’une femme névrosée votre prochain premier ministre, etc…

Environ 86 000 militaires et dirigeants américains gouvernent le Japon (dernière vérification : juillet 2022). Ils disposent de porte-avions américains, d’armes nucléaires, de drones tueurs, de sous-marins et d’agents dans chaque ministère, université, groupe de réflexion et ONG. Le complexe de l’ambassade américaine est plus grand que la Diète nationale du Japon.

Voici la triste réalité : Le Japon est le terminal de l’hégémonie américaine dans le Pacifique, et sa richesse et son pouvoir sont la richesse et le pouvoir des États-Unis, pas de l’Asie.

Depuis 40 ans maintenant, le Japon connaît le déclin ou la stagnation. Qu’est-ce qui nous fait penser qu’un plus grand assujettissement des États-Unis est meilleur pour le Japon ?

L’accord commercial américano-japonais de 2020 ou et l’accord de partenariat économique UE-Japon de 2019 sont en fait des traités injustes. Étudiez-les. Il n’existe pas une seule norme japonaise dans le monde. Tokyo signe son propre asservissement à des puissances étrangères, et pour quoi ? Pour exclure l’Asie.

La Chine n’interfère pas dans la politique des nations souveraines. Si le Japon veut se décoloniser, il ne peut le faire que de l’intérieur. Il faut cependant qu’il le veuille vraiment et il n’y a aucun signe de cela pour l’instant. L’Inde a été gouvernée par l’Angleterre pendant 200 ans. Hong Kong a été une colonie britannique pendant 156 ans. Le Japon est une colonie américaine depuis 77 ans maintenant, et Washington a toujours le vent en poupe. L’Occident va probablement gaspiller Tokyo dans des combats illégaux entre l’empire américain et les pays libres voisins.

Cette folie pourrait cesser si le Japon mettait à la porte les occupants américains et se faisait à nouveau « respecter ». L’Asie pour les Asiatiques.

Thorsten Pattberg est un essayiste et critique culturel allemand. Il effectue actuellement des recherches de sémantique du japonais ancien à l’Université de Tokyo. Traduction par Réseau international. Illustration : statue de la Liberté à Odaiba, en arrière plan le Rainbow Bridge à Tokyo.

Nouvelles du Japon. Les chaussures dans l’entrée et pas dans la maison !

Dans tous les appartements et les maisons, au Japon et dans beaucoup d’autres pays d’Asie orientale, il existe une sorte de barrière entre l’extérieur et l’intérieur du logement. Entre la porte d’entrée qui s’ouvre vers l’extérieur et le reste de cet espace il y a une différence de niveau matérialisant cette barrière. On doit y laisser ses chaussures souillées en marchant à l’extérieur et ne pas introduire de miasmes. On marche donc pieds nus ou en chaussettes. Pour les Japonais l’extérieur du logement consacré aux dieux est impur et cette limite est scrupuleusement respectée. Toutes sortes de rites gravitent autour de cette sacralisation du logement. Lorsque l’on démolit une maison, l’acquéreur de la parcelle de terrain sur laquelle il va construire son logement est consacrée aux dieux. Une sorte de cérémonie a lieu sur ce terrain et on plante un grand rameau d’un arbre et parfois on y attache des petits papiers sur lesquels ont été inscrits des sortes de vœux. Il paraît qu’il faut chasser les mauvais esprits ayant pu être laissés par les anciens occupants.

Pour les chaussures laissées dans l’entrée du logement la tradition remonterait, pour le Japon au moins, au fait que l’espace de vie des maisons était recouverts de tatamis fabriqués avec de la paille de riz. Il était inimaginable de marcher sur un tatami avec des chaussures. C’est aussi l’une des raisons évoquées pour interdire les chats dans les maisons. Il a été prouvé scientifiquement que les chaussures peuvent introduire toutes sortes de polluants et d’agents pathogènes dans une maison ainsi que des poussières potentiellement allergènes. Mais il y a un revers à cet excès de précautions hygiéniques : un très grand nombre de Japonais souffrent de problèmes allergiques car leur organisme n’a pas été habitué dès l’enfance au contact de toutes sortes de composés chimiques naturels et de microorganismes présents dans les sols, par exemple. Et le résultat est une hypersensibilité aux agents microbiens du sol, aux pollens, aux piqûres de moustiques … Trop de précautions nuisent à la santé. Illustration : l’entrée de la maison de mon fils à Tokyo.