Nouvelles du Japon : confinement ou pas confinement ?

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Dans deux villes proches de Tokyo des cas de contaminations au virus couronné (un peu moins de 500) ont fait grimper les statistiques à tel point que la patronne de Tokyo, Yuriko Koike, a envisagé en fin de semaine dernière un confinement de la population, une première pour les Tokyoïtes mais également pour toutes les villes de l’agglomération de 38 millions d’habitants entièrement connectée par un réseau très dense de trains, de métros et d’autoroutes urbaines. Les foyers ont été parfaitement localisés, un centre pour handicapés et un petit hôpital du quartier nord de Tokyo proche des limites de la préfecture de Saitama. Le Premier Ministre a hésité à prendre une décision dans la mesure où un confinement serait préjudiciable à l’économie nippone. Certes l’économie japonaise tourne au ralenti non pas pour des raisons domestiques mais parce que les clients du Japon, Chine et Europe en premier lieu, sont en état de coma économique artificiel. Comme la Corée, Taiwan, Singapour et Hong-Kong le Japon n’a pas confiné les habitants à qui on n’a pas eu besoin de conseiller le port de masques : dès qu’il y a une grippe ou une menace de grippe les Japonais portent spontanément des masques, on n’a pas besoin de leur donner des ordres. À la maison quand ma petite-fille souffre d’un léger rhume elle se met un masque pour ne pas contaminer ses grands-parents sans que sa mère lui en donne l’ordre …

Confiner la population au Japon serait, d’autre part, contraire à la Constitution car cela violerait les libertés individuelles. La seule mesure que le Premier Ministre a décidé de prendre est la fermeture à 22 heures des restaurants et des bars (à whisky ou à filles ou les deux à la fois) ainsi que les Karaoke, très populaires au Japon. Shinzo Abe a été un peu échaudé par une décision antérieure de la maire de Tokyo qui proposait de couper tous les arbres qui provoquaient « un rhume des foins » au printemps, c’est-à-dire tous les arbres … Cette suggestion ne plut pas du tout à la population très attachée à ses arbres et ses nombreux et immenses parcs urbains. On est au Japon, il ne faut pas défigurer la nature. À Tokyo de nombreuses rues sont arborées alors couper les sakura, par exemple, serait un crime.

Illustration : un cerisier (sakura) sous la neige à Tokyo le 29 mars 2020.

Nouvelles du Japon et d’ailleurs. Coronavirus et ses effets collatéraux « retard »

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Au Japon la psychose s’est répandue dans la population. Les Japonais ont pour habitude de porter un masque non pas pour se protéger des germes qu’autrui peut éventuellement répandre autour de lui mais pour au contraire, quand il souffrent du moindre petit rhume, de ne pas répandre leurs propres germes autour d’eux, politesse et respect obligent. Il n’y a plus de masques à Tokyo : c’est la panique. Les femmes ne trouvent plus de garnitures périodiques et il n’y a plus de papier hygiénique. Croyant que le Japon, le voisin de la Corée et de la Chine, ses premiers partenaires économiques, allait fatalement subir de plein fouet l’épidémie virale et comme les produits précités sont pour la plupart fabriqués en Chine alors le résultat est là : c’est la pénurie, ce qui amplifie panique.

Un autre phénomène commence à sérieusement préoccuper la population japonaise : dans quelques semaines les stocks de médicaments seront épuisés. Or la population est très fortement médicalisée et dépend de traitements pharmaceutiques quotidiens puisque cette population vieillit comme chacun sait. Il est hautement probable que dans quelques semaines, compte tenu de l’arrêt presque total de l’économie chinoise, de nombreux vieillards mourront par dizaines de milliers non pas à cause du coronavirus mais parce qu’ils ne pourront plus se soigner. Cette situation pourrait également subvenir dans d’autres pays en particulier européens puisque 80 % de tous les produits pharmaceutiques et de leurs intermédiaires de synthèse proviennent de Chine. Voilà un bel effet de la mondialisation.

La société taïwanaise Foxxcon produit essentiellement en Chine continentale et ne fonctionne qu’à 14 % de sa capacité alors la compagnie Apple va se trouver en rupture de stock. Les fabricants d’automobiles – aucun pays ne fera exception – vont devoir arrêter leurs chaines de montage, si ce n’est pas encore le cas. Le monde de la finance anticipe une grave crise à venir. Il suffit de constater que le Dow-Jones a chuté de 14 % la dernière semaine de ce mois de février 2019 et la situation va continuer avec la même tendance : tant que cette psychose totalement injustifiée persistera la situation continuera à s’aggraver et s’auto-amplifier.

Les dirigeants politiques du monde entier ont perdu la tête. Ce coronavirus n’est qu’une grippe saisonnière un tout petit peu plus mauvaise que d’habitude et qui tue surtout des vieillards ou des personnes souffrant d’autres pathologies mais les effets économiques collatéraux induits vont tuer beaucoup plus de personnes dans le monde et cette fois-là pas seulement des vieillards. Triste monde dans lequel la peur est « marchandisée » mais la psychose va se retourner contre ses organisateurs, essentiellement les médias qui jouent sur cette peur pour « faire » de l’audience et les politiciens qui doivent d’ors et déjà nous préparer des mesures de contrôle des populations encore plus sophistiquées.La Trilatérale (en illustration le logo de cette organisation s’en préoccupe déjà (lien). À vomir …

Note. À Tokyo et dans les autres grandes villes du pays les écoles sont fermées jusqu’à nouvel ordre et toutes les activités de groupe sont interdites. Mes petits-enfants adorent !

http://trilateral.org/download/files/brochure/Trilateral_brochure-2_7.pdf

Nouvelles du Japon : la course pour l’énergie … « carbonée »

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Alors qu’en Grande-Bretagne le monde politique a décidé de détruire à l’horizon 2035 l’économie du pays en bannissant les véhicules automobiles à combustion interne et toutes les centrales électriques utilisant du charbon tels des lemmings se précipitant dans la mer du sommet d’une falaise, le Japon a décidé de construire 22 nouvelles centrales électriques utilisant du charbon. Le New York Times s’en est ému dans un article choc qui frise la sensiblerie. Le journaliste du NYT s’est rendu chez Madame Satsuki Kanno à Yokosuka, préfecture de Kanagawa, au sud de Yokohama au bord de la baie de Tokyo pour entendre ses doléances. Cette dame habite à quelques pas d’un site où deux centrales électriques brûlant du charbon sont en cours de construction.

Le Japon n’a pas d’autre choix que d’utiliser du charbon qui provient directement d’Australie à bas coût pour produire l’électricité dont son industrie et sa population ont besoin puisque la remise en route des réacteurs nucléaires tarde pour des raisons de politique locale, le gouvernement japonais ayant magnifiquement oeuvré pour discréditer cette source d’énergie auprès des populations à la suite de la très mauvaise gestion de l’accident de Fukushima-Daiichi, l’histoire rocambolesque de l’eau tritiée en étant le dernier avatar.

Vingt deux nouvelles centrales à charbon sont en cours de construction sur 17 sites différents, de quoi, à terme, émettre autant de CO2 que toutes les voitures neuves vendues chaque année aux Etats-Unis. Cette comparaison pourtant utilisée par le NYT en dit long sur le gigantesque volume d’émissions de ce gaz supposé aggraver les conditions climatiques de la Terre par les seuls Etats-Unis. Et le NYT d’en rajouter une couche dans son dénigrement de la politique énergétique japonaise en rappelant que les Jeux Olympique de cet été 2020 à Tokyo seront supposés être les « plus verts » qu’ils puissent avoir été.

Le Japon a donc fait un choix clair. La population ne veut pas dénaturer les admirables paysage du pays avec des moulins à vent géants, coûteux et d’une efficacité qui n’est pas prouvée. Le Ministère de l’industrie japonais a en outre pris en considération le fait que ce type d’énergie renouvelable n’est pas adapté au pays en raison de la fréquence des typhons qui réduiraient à un tas de ferraille n’importe quel moulin à vent. Et il en est de même pour les tremblements de terre …

Il ne reste donc que le charbon, combustible peu onéreux qui produit déjà 40 % de toute l’énergie électrique du pays avec parfois de vieilles installations qui devront elles-aussi être remplacées dans les années à venir.

Source : New York Times

La stupidité du principe de précaution : illustration avec le tritium à la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi

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Je me suis permis ici de faire figurer un article de Yann Rousseau paru le 28 janvier sur le site Les Echos pour illustrer l’incommensurable imbécillité des politiciens (japonais en l’occurence mais il en est de même en Europe) qui sont obnubilés par le principe de précaution et la peur irraisonnée du nucléaire civil. Certes il y a eu un grave accident nucléaire au Japon mais il faut relativiser la gravité de la situation. Durant ma carrière de recherche en biologie j’ai utilisé des doses importantes de tritium. Je me suis certainement contaminé sans le savoir comme j’ai aussi eu la surprise de m’être contaminé à deux reprises par de l’iode radioactif, ce qui est beaucoup dangereux. Et pourtant je suis toujours vivant et bien vivant …

« Comment 16 grammes de tritium dans un million de litres d’eau paralysent Fukushima »

Neuf ans après la catastrophe, le gouvernement japonais doit se prononcer sur le sort de l’eau « contaminée » qui s’accumule sur le site de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Tokyo préférerait un rejet en mer, conforme à ce que font les autres centrales [nucléaires] de la planète [situées en bord de mer], mais le projet tétanise la région.

Les cerisiers ont presque tous disparu de Fukushima Daiichi. Plantés à partir des années 1970 pour égayer la gigantesque centrale nucléaire du nord-est du Japon, la plupart des « sakuras » ont été abattus après la catastrophe de mars 2011 qui a ravagé le site et sa région. Plus de 800 des 1.200 arbres à fleurs recensés auraient été abattus sur les neuf dernières années, laissant place à un décor de science-fiction.

Pour figer les poussières radioactives, les collines sont désormais recouvertes d’un ciment gris clair et de longues dalles de béton renforcé sur lesquelles ont poussé partout de gigantesques citernes bleues et grises. La centrale est noyée sous ces 965 réservoirs contenant chacun près de 1.200 tonnes d’eau « contaminée ».

L’heure des choix

Tepco, l’opérateur, estime qu’il peut encore trouver un peu d’espace pour en construire quelques dizaines de plus. « Mais très vite, à l’été 2022, on va atteindre notre capacité de stockage maximale », explique Junichi Matsumoto, le porte-parole de la division en charge du démantèlement chez l’électricien. « Le gouvernement va devoir prendre une décision sur la gestion de cette eau », prévient-il, sans s’engager sur le sujet, conscient de son extrême sensibilité.

Depuis la catastrophe, Tepco pompe en permanence les eaux chargées en éléments radioactifs qui s’accumulent sur le site. Le groupe doit capter les eaux qu’il utilise pour refroidir les réacteurs 1, 2 et 3, mais également récupérer les eaux naturelles souterraines qui s’infiltrent toujours dans les sous-sols ravagés des tranches construites au pied d’une colline.

Reste le tritium

Au total, Tepco a déjà « récupéré » 1,18 million de mètres cubes d’eau qu’il a filtré dans ses trois usines de décontamination construites sur place. « Nous parvenons à retirer 62 des 63 radionuclides contenus dans ces eaux », détaille Kenji Abe, l’un des cadres de l’électricien. « Mais il en reste un, le tritium », ajoute-t-il avant de présenter au visiteur du jour un petit bocal pharmaceutique contenant 30 centilitres de cette eau de la discorde. « Elle n’a pas d’odeur, pas de couleur, elle est peu radioactive », insiste-t-il.

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Selon les calculs du ministère japonais de l’Industrie, l’ensemble de l’eau stockée sur le site contient 860 TBq (terabecquerels) de tritium soit l’équivalent de… 16 grammes de cet isotope radioactif de l’hydrogène. En décembre dernier, les autorités nippones ont expliqué que ces eaux pourraient  soit être évaporées dans l’air, soit être progressivement diluées en mer sur une vingtaine d’années.

En France aussi…

Tokyo rappelle que de l’eau tritiée a été rejetée dans l’océan pendant des décennies, avant la catastrophe, sans qu’aucun dégât sur l’environnement ne soit jamais constaté. Les autres centrales nucléaires de la Terre rejettent aussi de l’eau tritiée », note encore Masato Kino du ministère de l’Industrie.

En France, le site de retraitement de la Hague en a rejeté, lui, en 2018… 11400 TBq selon Orano, qui précise dans son rapport environnemental que la limite autorisée sur le site français est de 18500 TBq. Le complexe français écoule ainsi en vingt jours ce que la centrale de Fukushima Daiichi voudrait rejeter en… vingt ans. Depuis l’accident, ce n’est pas si simple. Nous avons un important problème de perception et nous devons obtenir l’accord de chacun », souffle le haut fonctionnaire.

Pêcheurs en souffrance

En dehors du site, le projet d’un rejet en mer fait l’unanimité contre lui. Dans le port d’Onahama, aussi situé dans la préfecture de Fukushima mais à une cinquantaine de kilomètres plus au sud,  les associations de pêcheurs sont catégoriques. « Nous souffrons déjà des rumeurs blessantes sur nos poissons », s’inquiète, un matin de criée, Hisashi Maeda, de la coopérative de la pêche au chalut.

Malgré des milliers de tests et l’absence de concentration de radio-césium supérieures aux standards internationaux les plus rigoureux, les consommateurs continuent de bouder les produits locaux. En 2019, les ventes de la préfecture n’ont représenté que 15 % des volumes enregistrés avant la catastrophe. Les marins pensent qu’un rejet, forcément mal compris, porterait un coup terrible à la filière.

Défiance générale

Les ONG sont tout aussi méfiantes. « Il y a d’autres solutions que le rejet dans l’air ou l’eau comme le fait croire le gouvernement, explique Kazue Suzuki, de Greenpeace. Mais les technologies d’extraction du tritium sont coûteuses et donc ils ne veulent pas les envisager », avance l’experte  qui préférerait voir appliquer une stratégie de stockage de long terme et dénonce les erreurs passées de Tepco.

En septembre 2018, l’électricien avait dû admettre qu’une grande partie des eaux stockées sur le site contenait, contrairement à ses premières estimations, encore des radionucléides bien plus dangereux que le tritium. « Nous sommes aujourd’hui certains que 25 % peut être relâché sans problème. Et nous allons retraiter les 75 % qui auraient encore des concentrations d’autres radionucléides supérieurs aux standards », promet Kenji Abe, son bocal d’eau à la main.

Auteur : Yann Rousseau, à Fukushima Daiichi. Illustrations provenant de l’article des Echos

Bref commentaire. La deuxième illustration a probablement été mise en scène pour la cause journalistique. En effet le tritium se désintègre pour former de l’hélium-3 avec émission d’un anti-neutrino et d’un électron de faible énergie (rayonnement beta) qui ne traverse ni le verre ni le plastique. L’opérateur vérifiant la radioactivité du flacon d’eau avec un compteur de type Geiger recherchait des éléments radioactifs émettant des rayons gamma émis par les produits de fission de l’uranium ou par l’uranium combustible lui-même. Il faut enfin se souvenir que du tritium est naturellement présent dans l’eau car il apparaît massivement au cours de la collision d’un atome d’azote avec un neutron de haute énergie provenant du rayonnement cosmique. Ma conclusion, personnelle et que je ne partage qu’avec moi-même, est qu’il faut rejeter toutes ces « eaux tritiées » dans l’océan et il ne se passera strictement rien, les poissons contiennent déjà du tritium mais aussi, et surtout, du potassium-40 beaucoup plus radioactif que le tritium. Mais le principe de précaution étant respecté au Japon il suffirait qu’un tremblement de terre d’intensité moyenne détruise quelques-uns de ces immenses réservoirs construits à la hâte pour qu’on n’entende plus parler de ce tritium …

Au Japon les espaces publics ne sont pas encombrés par des voitures en stationnement

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Quelle pire horreur peut-on constater quand on flâne dans une belle ville comme Paris ou Madrid et aussi et surtout Santa Cruz de Tenerife (qui n’est pas particulièrement une belle ville) avec tous ces tas de tôle multicolore encombrant les chaussées, posés comme des détritus sur l’espace public. Comment les municipalités peuvent-elles tolérer un tel état de fait ? Le stationnement des automobiles sur l’espace public devrait être payant avec un tarif dissuasif pour éviter cet envahissement des rues par les voitures. Dans cette grande avenue du quartier de Shinjuku il n’y a pas de voitures en stationnement et de larges trottoirs sont à la disposition des piétons. Dans de nombreuses villes européennes les trottoirs ont été rétrécis pour permettre que les automobilistes puissent garer leur tas de tôle !

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Dans les quartiers résidentiels de Tokyo comme ici à Suginami à l’ouest du centre de l’agglomération il n’y a pas de trottoirs du tout et les propriétaires résidants d’automobiles doivent obligatoirement disposer d’une aire de stationnement privée. D’ailleurs on ne peut pas acquérir une voiture neuve si on ne peut pas prouver qu’on dispose d’un espace pour laisser sa voiture, avec plans cadastraux à l’appui. Dans le centre-ville de Tokyo dont la superficie est identique à celle de Paris intra muros le tarif horaire des parkings ou des zones très rares avec parcmètres oscille entre 15 et 30 euros pour chaque heure utilisée. De tels prix sont largement dissuasifs et l’utilisation des transports en commun devient donc une nécessité. Il devient alors évident que ces transports en commun doivent être irréprochables.

Les habitants de Tokyo se déplacent beaucoup en bicyclette, de plus en plus souvent électrique, pour aller de leur domicile à la station de train ou de métro la plus proche et des parkings sont aménagés près de ces stations de train ou de métro où se trouvent également des taxis attendant le client ou plutôt des clients attendant un taxi. Tout est donc organisé pour que la vie quotidienne des habitants de cette immense ville soit supportable. De ce fait il y a très peu de pollution et en dehors de situations exceptionnelles comme un tremblement de terre, un typhon ou une forte chute de neige le système de transports en commun de surface fonctionne admirablement bien. Les Européens peuvent s’inspirer largement de ces grandes villes du Japon. Je suis Français et je me demande combien de ministres du transport des divers gouvernements ont fait le déplacement pour voir sur place comment des villes comme Tokyo ou Osaka fonctionnent quotidiennement. Je glisserai ici une dernière remarque : les trottinettes électriques sont interdites au Japon …

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Pour l’anecdote un vieil autobus de ramassage scolaire abandonné dans un petit parking !

Japon : réflexion sur la notion de groupe sociétal et de respect

Quand je séjourne au Japon j’observe mes petits-enfants et je constate que l’école occupe une grande importance dans leur vie. Il y a dans leur école l’omniprésence de l’éducation – ou plutôt de la formation – des enfants à l’appartenance à un groupe. Les enfants ne se reconnaissent pas en société, l’école étant une petite société à l’échelle réduite, mais en tant que membres du groupe que constitue la classe dont ils font partie. Les élèves doivent le respect à leurs enseignants et ce souci du respect constitue le fondement de l’appartenance au groupe. Au Japon, bien qu’étant en apparence individualiste, chaque individu a toujours présente à l’esprit cette appartenance au groupe et sans respect de chacun, des règles de vie en groupe et du prolongement de la personnalité que constitue cette appartenance au groupe alors toute recherche d’une vie harmonieuse serait vaine.

Par exemple, puisque j’ai mentionné les chemins de fer japonais dans divers billets, chaque employé des compagnies de chemin de fer – outre Japan Rail il y a aussi une multitude d’autres compagnies privées – fait partie du groupe qui gère une ligne et sa première préoccupation est le bon fonctionnement de la ligne de chemin de fer au sein de laquelle il travaille. Comme on l’apprend aux enfants des écoles chaque jour, chaque mois, chaque année, le respect est la règle de vie fondamentale. Sans respect, faut-il le répéter, toute vie en groupe serait impossible. C’est la raison pour laquelle il n’y a jamais de grève dans les chemins de fer au Japon et pour la même raison les trains sont toujours scrupuleusement à l’heure à moins de 30 secondes près.

L’appartenance à un groupe professionnel, par exemple une grande entreprise, signifie que l’employé, quel que soit son niveau de responsabilité, respecte son entreprise à laquelle il doit tout y compris sa retraite constituée par capitalisation. Jamais, toujours pour la même raison, il n’y aura de conflit social comme il en existe régulièrement dans de nombreux pays européens. Cette attitude fondée sur le respect de chacun, du bien public et du style de vie quotidienne s’acquiert dès le plus jeune âge et si cette formation, en quelque sorte, n’a pas été fructueuse, alors la vie de l’enfant devenu adulte est presque marginale voire impossible. Le système éducatif japonais est sélectif en ce sens que si un enfant de 14-15 ans n’est pas « fait » pour poursuivre des études secondaires il est orienté vers l’apprentissage de métiers manuels et il se comportera dans la vie quotidienne en adoptant une attitude marginale. Par exemple on n’a pas le droit de fumer dans la plupart des rues de Tokyo mais aussi de n’importe quelle autre ville. Apparemment seuls les ouvriers s’arrogent le droit de transgresser cette interdiction. Ils se comportent comme leur groupe à eux mais ils ne respectent pas les lois non écrites de l’ensemble de la société qui est le super-groupe auquel ils appartiennent pourtant. Dans la vie professionnelle l’employé d’une grande société comme Mitsubishi ou Sumitomo est partie intégrante du groupe professionnel pour la vie, bien que l’emploi à vie dans une grande entreprise industrielle soit remis en question timidement en raison de l’évolution des technologies. Mais l’esprit de groupe reste omniprésent et cet esprit sera après la retraite entretenu par des repas, des réunions et diverses autres manifestations qui rappellent à l’individu qu’il n’est une personne respectée que s’il reste au sein de ce groupe bien que n’exerçant plus aucune activité professionnelle.

C’est ainsi que la société japonaise est stratifiée en groupes, sans qu’il y ait de systèmes de castes comme c’est le cas en Inde. Est-ce le secret du degré de civilisation et d’efficacité d’un tel pays, dans tous domaines, qu’il s’agisse de la recherche de l’excellence ou de la possibilité d’une reconnaissance de chaque individu dans sa valeur intrinsèque par le groupe auquel il appartient ? Peut-être bien et c’est ce qui explique l’attitude des enfants qui n’ont de cesse, au cours de leur scolarité, de tenter d’intégrer la plus prestigieuse ‘junior high », on dirait en France le lycée.

Pour digresser sur ce dernier point j’analyse le cas de ma petite-fille qui serait à peu près en classe de sixième dans le système français. Elle a décidé sans aucune influence de la part de ses parents de tenter d’intégrer une « junior high » prestigieuse et elle se soumet trois fois par semaine à des leçons particulières dans le but de préparer le concours de sélection d’entrée à cette école qui aura lieu dans un peu plus d’un an. L’année scolaire débute en effet le premier avril au Japon. En quoi consiste cette formation spécifique ? Le calcul mental et la vitesse avec laquelle une division ou une multiplication avec des nombres à trois chiffre sont effectuées, la vitesse d’écriture, de lecture, la qualité de l’élocution ! Je suppose qu’un de mes lecteurs ayant trempé un peu dans l’enseignement croira que je suis en plein délire. C’est pourtant la vérité.

Alors, si ma petite-fille réussit ce concours très sévère, elle fera partie d’un groupe restreint constituant la future élite de la nation mais ce groupe sera toujours une partie intégrée dans le super-groupe du pays sous-entendant que tous les individus respectent les us et coutumes et se respectent les uns et les autres. Sans ces bases fondamentales qui constituent le fondement d’une civilisation et sa pérennité, quelle que soit la nature d’un sous-groupe du pays, toute vie en commun devient impossible.

Tokyo et ses environs : un univers de contrastes (suite)

Nous sommes allé, mon fils et moi-même à Kawagoe dans la préfecture de Saitama. Pourquoi passer une partie de la journée dans une ville-dortoir de près de 300000 habitants entourée de cultures maraîchères et de rizières, finalement sans caractère ? Il n’y a pas de montagnes à l’horizon et à première vue cette ville ressemble étrangement à n’importe quel quartier de Tokyo sinon qu’il n’y a pas d’immeubles de bureaux mais d’immenses complexes de tours, surtout près de la gare ferroviaire, qui sont de vastes concentrations d’appartements permettant aux employés qui vont travailler à Tokyo chaque matin de vivre dans le calme et surtout de pouvoir supporter d’éventuels loyers ou impôts fonciers s’ils sont propriétaires beaucoup moins élevés qu’à Tokyo même ou ses proches environs. Pour se rendre à Shinjuku depuis Kawagoe, Shinjuku étant l’un des centres d’affaires de Tokyo et abondamment pourvu de connections ferroviaires ou de métro (il y a 9 lignes de métro à Shinjuku), il faut endurer une heure et quart de train entassé comme des sardines dans une boite chaque matin et chaque soir.

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Nous sommes allé en vélo (électrique pour votre serviteur) depuis la maison de mon fils jusqu’à à la gare de train sur une ligne qui dessert le grand-ouest de Tokyo et comme il se doit – tout est parfaitement organisé – les vélos ont été garés dans un parking sous-terrain, presque du luxe.

La particularité de Kawagoe réside dans le fait qu’elle n’a pas été bombardée en 1944 et 1945 par les Américains tout simplement parce que cette ville ne présentait aucun intérêt stratégique. Il y a donc de beaux restes d’architecture ancienne et on peut se faire une idée de ce que pouvait être une ville japonaise avant la deuxième guerre mondiale. Presque à l’ombre des grands édifices résidentiels il existe encore de nombreuses petites demeures ayant résisté au temps et aux tremblements de terre. Il y a peu de touristes tout simplement parce qu’ils dédaignent ce genre de d’expédition réservée aux curieux. Ci-après quelques photos, dont une petite tour permettant de sonner le tocsin en cas d’incendie :

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Les toits en tuiles vernissées étaient universellement utilisés à l’époque. Les tuiles sont épaisses et pesantes, encastrées les unes dans les autres et emboitées avec des crochets. De lourdes et imposantes faîtières les maintiennent en place en cas de typhon. Les volets épais sont en bois massif de thuya pour protéger l’habitation des typhons dont on voit deux troncs dans le cliché pris dans le petit parc entourant un temple bouddhiste situé près de ce quartier préservé où un shogun résida quelques jours en des temps reculés.

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Notes. La ville de Saitama, 1,3 millions d’habitants, se trouve à 30 kilomètres du centre de Tokyo. Elle fait partie de la conurbation de Tokyo, étant reliée par un réseau complexe et dense de communications ferroviaires et de métros. La ville de Kawagoe accueillera une partie des compétitions olympiques de golf en 2020 et pour l’anecdote elle est jumelée avec Autun en France.