Nouvelles du Japon : les menus dans les écoles

J’ai appris avec stupéfaction que les petits écoliers japonais, dont mes petits-enfants, avaient le privilège de voir servi dans leur assiette au repas de midi des tranches d’une viande qu’il est impossible de trouver en Europe. Il s’agit de viande de baleine ! Selon mes petits-enfants c’est très bon … Renseignement pris la viande de baleine se vend à peu près au même prix que le bœuf, le bœuf de Kobé faisant exception quant à son prix prohibitif. Il y a deux raisons « justifiant » la pêche à la baleine au Japon. La première est fallacieuse : il s’agit d’une pêche dite « scientifique ». Depuis 2017 seuls deux articles scientifiques ont été publiés dans la littérature à comité de lecture, ce qui est loin de justifier cette pêche industrielle sous couvert de science. La deuxième raison est la très forte dépendance du Japon de l’étranger pour satisfaire la demande en nourriture de sa population. C’est ainsi que le Japon a constitué au cours des années passées un stock stratégique de plus de 6000 tonnes de viande de baleine. Près de 90 % des baleines pêchées par le Japon (environ 1400 prises en 2019) sont des baleines Minke plus petites que la baleine à bosse et au ventre blanc comme les orques. Elles se nourrissent de krill mais servent aussi de nourriture aux orques, c’est la dure loi de la nature. La baleine de Minke n’est pas considérée comme une espèce marine en danger.

L’histoire raconte que les enfants dans les écoles japonaises se voient servir des tranches de viande de baleine pour réguler le stock stratégique de cette viande. La viande de baleine, riche en graisses est également riche en mercure (dimethyl-mercure) et en résidus carbonés polycycliques. Enfin la pêche japonaise à la baleine n’a aucun intérêt économique puisqu’elle coûte au gouvernement plus de 50 millions de dollars par an. Sans subventions gouvernementales cette pêche aurait disparu depuis longtemps …

https://www.reuters.com/article/us-japan-whaling-whalewatching/in-japan-the-business-of-watching-whales-overshadows-resumption-of-hunt-idUSKCN1U402J avec une vidéo montrant une baleine de Minke.

Nouvelles du Japon : recrudescence de parasitoses à Tokyo ?

Lors d’une conférence de presse le 9 février dernier, le président de l’Association médicale de Tokyo, Haruo Ozaki, a recommandé l’utilisation d’urgence de médicaments, principalement pour prévenir l’aggravation des soignants à domicile afin de répondre à la propagation de la nouvelle infection à parasites, non ! à coronavirus. Il a souligné que les médicaments antiparasitaires tels que « l’ivermectine » devraient être administrés aux personnes infectées par « la corona », rien à voir avec la bière du même nom, affirmant qu’ils se sont avérés efficaces pour prévenir l’aggravation à l’étranger.

En plus de l’ivermectine, il a appelé le gouvernement à approuver l’utilisation de l’anti-inflammatoire stéroïdien dexaméthasone. M. Ozaki a déclaré: « (Les deux) ont peu d’effets secondaires. Je voudrais que le gouvernement envisage de faire en sorte que le traitement puisse être effectué au niveau d’un médecin de famille ».

L’ivermectine et la dexaméthasone sont toutes deux prescrites dans le pays. Cependant, il n’a pas été approuvé comme traitement pour la corona. En date du 8 février, il y a environ 1 600 en récupération à domicile à Tokyo (comprenez des personnes sous oxygène) et environ 1 600 personnes infectées qui sont « sous ajustement » (comprenez sous traitement à domicile mais dans un état préoccupant) car la destination d’hospitalisation n’a pas été décidée. La façon de faire face aux changements soudains de la condition physique des patients en soins à domicile qui sont souvent bénins ou asymptomatiques est également un problème.

Monsieur Ozaki a souligné qu’avec le nombre de personnes nouvellement infectées à Tokyo par jour et hospitalisées, environ 100, ce serait le moyen d’améliorer la situation d’avril à juin. Le 9 février, 412 personnes nouvellement infectées ont été confirmées à Tokyo.

Note. La préfecture de Tokyo, de la taille de la région parisienne, compte plus de 15 millions d’habitants et fait partie de la plus importante conurbation du monde autour de la baie de Tokyo avec plus de 38 millions d’habitants. Le Japon déplore à ce jour 7360 morts dûment provoqués par « la corona ». Je n’ai pas trouvé de statistiques relatives au nombre de morts provoqués par l’abus de bière éponyme, les Japonais étant de gros buveurs de bière …

Nouvelles du Japon. Samedi 13 février, 23h08 temps standard du Japon

Ce samedi, comme tous les jours j’étais connecté pour une conversation vidéo avec mon fils depuis Tokyo. Ici il était 14 heures passé lorsque subitement l’image se figea et le son fut coupé. Moins d’une minute plus tard mon fils put rétablir la liaison et il m’annonça qu’une grosse secousse tellurique venait de secouer sa maison pendant plusieurs secondes. Son épouse dormait et ses enfants étaient chez leurs grands-parents. Il n’y eut pas de dégats en dehors de quelques objets tombés au sol et l’eau de l’aquarium dangereusement agitée mais sans avoir débordé. J’assistais donc en direct à un tremblement de terre comme il y en a presque quotidiennement sur l’ensemble de l’archipel à différentes magnitude. Naturellement nous nous remémorâmes le grand tremblement du 11 mars 2011. Ce jour-là marqua l’ensemble de la population du Japon et endommagea son industrie, un événement qui resta gravé dans les mémoires et ne laissa comme souvenir aux Occidentaux que l’accident nucléaire de Fukushima-Daiichi.

La secousse de ce 13 février 2020 fut de magnitude 7,1, située à 60 kilomètres des côtes de la Préfecture de Fukushima et à 60 kilomètres de profondeur. Il s’agit d’une nouvelle réplique du grand tremblement de terre du 11 mars 2011

Les Occidentaux ne comprennent pas que le Japon est exposé aux pires risques naturels. Il y a des tremblements de terre, près de 300 par an de toutes sortes d’intensité, des tsunami, des typhons, des vagues de froid sibérien, de très fortes chaleurs l’été. Il fut un temps où la malaria sévissait jusqu’à Tokyo. Elle fut totalement éradiquée à la fin des années 1960. Il est dès lors très facile de comprendre le rapport très particulier des Japonais avec la nature et ses forces indomptables. En Europe la moindre petite canicule ou la plus petite vague de froid font la une des journaux et dans certains pays de cette Europe totalement déconnectée des réalités des éléments naturels, une canicule procure vite un prétexte pour créer un impôt sécheresse, par exemple.

Bref, les Japonais vivent quotidiennement avec les éléments naturels. Les Occidentaux ont l’outrecuidance de se prétendre capables de maîtriser ces éléments naturels comme par exemple modifier l’évolution du climat : c’est pire qu’une délirante prétention, c’est idiot et dangereux pour le bien-être des populations. Mais il y a bien pire. Au cours de l’épidémie de SARS-CoV-2 le Japon, très respectueux de sa Constitution (plus ou moins imposée par le Général McArthur à la fin de la seconde guerre mondiale), n’a jamais outrepassé la loi. Il n’y a jamais eu de confinement, ni de couvre-feu, ni de fermetures autoritaires des magasins, des universités ou des écoles. À ma connaissance seuls les bars à filles ont été fermés et les écoles ont été également fermées quelques semaines au printemps 2020. Le port du masque dans les lieux publics est laissé à l’appréciation de chacun. Le japon est un autre monde …

Dernière nouvelle : à 18h27, heure standard du Japon, ce dimanche 14 février un tremblement de terre de magnitude 4,5 a eu lieu au même endroit que la veille, la vie continue.

Nouvelles du Japon : Naomi Osaka, héroïne japonaise contre les discriminations

L’actuelle troisième joueuse mondiale de tennis, de mère nippone et de père haïtien, a été érigée en héroïne de mangas pour filles. Un choix qui n’est pas anodin et qui permet d’interroger le Japon sur son rapport à la diversité ethnique alors qu’il se voit toujours en société relativement homogène.

Héroïne des courts de tennis, Naomi Osaka devient héroïne de manga. La joueuse japonaise, actuelle numéro 3 mondiale, va se retrouver, avec raquette et cheveux roses, à la une d’Unrivalled – Naomi Tenkaichi, littéralement : « Sans rivale – Naomi, la meilleure sous le ciel ».

L’éditeur Kodansha a annoncé le 29 novembre que le mensuel Nakayoshi, numéro un au Japon de « shojo manga » (少女漫画), les mangas pour filles, publierait dès février 2021 la série dessinée par l’auteure à succès Futago Kamikita, avec une héroïne « combattant pour protéger de l’obscurité, les rêves et les espoirs de chacun », soutenue par sa sœur, Mari, et ses parents.

L’éditeur surfe sur la popularité de celle qui est devenue l’icône d’un Japon métissé et ouvert au monde. Née en 1997 de mère nippone et de père haïtien, la jeune femme au sourire timide et à la volonté de fer a grandi aux Etats-Unis mais a choisi, devenue adulte, la nationalité japonaise.

Du racisme au Japon ?

Ses succès et son style faussement ingénu teinté de « kawaii » (« mignon », 可愛い ) l’ont vite rendue populaire – elle a une poupée Barbie à son effigie – et donnent un écho particulier à ses prises de position en soutien au mouvement Black Lives Matter (BLM) aux Etats-Unis et à la lutte contre les discriminations dans son pays natal. Les appuis sont nombreux, les critiques également. « Il n’y a pas de racisme au Japon. Ne provoquez pas de problème », lui a lancé en juin un Japonais sur Twitter. Pas démontée, la jeune femme a réagi par un virulent « NANIIIII?! » (« Quoi ?! » en japonais, 何 ) car elle se veut la « représentante des gens qui pensent qu’ils ne sont pas représentés ».

Sa voix porte dans un pays qui abritait, fin 2019, 2,93 millions d’étrangers, un record, dont 810 000 Chinois, 440 000 Coréens du Sud et 410 000 Vietnamiens. L’Archipel compte aussi un nombre croissant de métis, les « hafu » (prononciation japonaise de « half », « moitié » en anglais, métis, ハーフ), de plus en plus visibles dans le sport de haut niveau avec Naomi Osaka, mais aussi avec les sprinters Abdul Hakim Sani Brown (Nippo-ghanéen) ou Asuka Cambridge (Nippo-jamaïcain) ou le joueur de baseball Yu Darvish (Nippo-iranien). Une naissance sur 30 était en 2019 celle d’un « hafu » contre une sur 50 en 1990.

Cette internationalisation n’empêche pas les discriminations de perdurer dans un pays qui se sent toujours ethniquement pur. Longtemps, les victimes furent les Chinois et les Coréens. Nombre d’entre eux ont choisi un nom japonais pour « se fondre » dans la majorité. En l’absence de législation contre les discriminations, des politiciens n’hésitent pas à jouer sur le rejet de l’étranger. Candidat à la mairie de Tokyo en juillet, Makoto Sakurai, auparavant organisateur des « Heito supitchi », les discours de haine dans les rues contre les Coréens, appelait à interdire les aides sociales aux étrangers. Selon une enquête gouvernementale de 2017, 40% des étrangers se sont vu refuser l’accès à un appartement au motif que la résidence est « interdite aux étrangers ».

Blancheur de la peau

Les clichés perdurent dans un pays où la blancheur de peau reste valorisée et où une peau sombre, voire une simple ascendance étrangère, peut susciter de l’hostilité. « Comment Mme Osaka, multiculturelle, peut-elle représenter le Japon ? » s’interrogeait en 2019 Kunihiko Miyake, le président du centre d’analyses Foreign Policy Institute. Dans un spot publicitaire la même année, le géant des nouilles instantanées Nissin présentait Naomi Osaka et l’autre star du tennis nippon, Kei Nishikori, en version manga. La joueuse y apparaissait très « blanche» ». « Je suis bronzée, c’est assez évident », avait-elle réagi. Nissin avait retiré le spot et présenté ses excuses : « Il n’y avait aucune intention de blanchir ».

Au Japon, il y a une pression excessive pour que les gens se comportent et apparaissent comme des Japonais «normaux», regrette Julian Keane, du Centre de recherche sur les cultures urbaines de l’Université d’Osaka (ouest). « Un hafu qui réussit à l’international est généralement salué pour son héritage japonais, pas pour son héritage multiculturel », ajoute Kaori Mori Want, de l’Université Konan (Okayama, sud-ouest).

La hausse du nombre d’étrangers pousse de plus en plus de victimes à s’exprimer. « Je pensais que si je sautais de mon balcon et que je renaissais, je serais peut-être un Japonais normal », a ainsi écrit en juin, dans un tweet très remarqué, Louis Okoye, métis nippo-nigérian aujourd’hui joueur de baseball professionnel, qui a profité du mouvement BLM pour détailler son enfance ponctuée de moqueries sur sa couleur de peau.

Naomi Osaka peut-elle changer la donne ? Son sponsor, Nike, semble y croire. Dans une publicité diffusée depuis le 28 novembre dans l’archipel, vue plus de 16,8 millions de fois et suscitant de vifs débats sur Twitter, l’équipementier sportif met en scène trois jeunes footballeuses, une Japonaise, une Coréenne et une Noire. Toutes victimes de harcèlement à l’école, elles s’interrogent sur leur normalité, leurs qualités, avant de surmonter leurs souffrances par la persévérance. Un peu comme Naomi Osaka, d’ailleurs présente dans le spot.

Article de Philippe Esnard, correspondant à Tokyo du quotidien Le Temps

Note. J’ai deux petits-enfants métis franco-japonais. Ils sont parfaitement intégrés …

Nouvelles du Japon : les petits secrets de la Chuo Line enfin dévoilés

Nouvelles du Japon : les petits secrets de la Chuo Line enfin dévoilés

La Chuo Line est une ligne de chemin de fer partant de la station de Tokyo Central et supposée à sa création de relier Tokyo à Nagoya par l’intérieur (424 km). Elle fut mise en chantier dès 1889 et fut électrifiée dans sa partie urbaine dès 1904, cependant il fallut attendre 1973 pour que la totalité de la ligne Tokyo-Nagoya soit complètement électrifiée. Si cette ligne est presque rectiligne dans la plaine où se trouve l’immense conurbation de Tokyo, au delà de la ville de Hachioji le relief devient montagneux et cette ligne serpente au milieu des forêts. Les conducteurs des trains poursuivant leur route en direction de Nagoya étaient parfois avertis à Hachioji du danger que représentait l’impossibilité de freiner correctement dans les courbes en raison d’une invasion des rails par des centaines de milliers de millepattes au-delà de la station de Tatsuno à 220 kilomètres à l’ouest de Tokyo. Ce qui excita la curiosité des employés de la JR East (la compagnie de chemins de fer dont dépend la Chuo Line) était que ces alertes n’étaient pas communes tous les étés mais qu’il existait une périodicité de 8 ans sur certaines sections de la voie mais cette périodicité de 8 ans était décalée sur d’autres sections. Cette énigme occupa l’attention de certains entomologistes dès les années 1920.

Ce n’est que vers les années 1970 que le Docteur Keiko Niijima de l’administration nationale des forêts basé à Hachioji, une des villes situées à l’ouest de Tokyo sur la Chuo Line à 47 kilomètres de Tokyo Central en bordure des premiers reliefs montagneux, s’intéressa à ces curieuses explosions massives de millepattes sur les voies de la Chuo Line. Les archives incroyablement détaillées (à la japonaise !) relatant les minutieuses observations du Docteur Niijima, aujourd’hui retraité et vivant paisiblement à Suginami (arrondissement de la ville de Tokyo, situé à l’ouest du centre-ville et desservi par 4 stations de la Chuo Line), ont été étudiées et exploitées par les Docteurs Momoka Nii et Jin Yoshimura des Universités de Shizuoka et de Tokyo, campus de Hachioji, pour tenter de trouver une explication satisfaisante de la présence périodique, très exactement de 8 ans pour un site particulier, de ces centaines de milliers de millepattes qui ont toujours préoccupé les conducteurs de train de la Chuo Line dans la partie montagneuse au delà de la ville de Hachioji.

Il s’agit de l’espèce de petits millepattes Parafontaria laminata armigera dont le cycle larvaire complexe dure huit années. Les deux auteurs cités ont concentré leurs études près du Mont Yatsu et d’autres sites alentour où les essence forestières sont principalement des hêtres. L’état larvaire de ces petits arthropodes dans le sol à des profondeurs variant entre 10 et 30 centimètres dure huit ans avec donc huit stades (instar) successifs :

Et lors de l’émergence massive des adultes non seulement ce phénomène peut présenter un danger pour les trains mais également pour les automobilistes puisqu’il s’agit de centaines de milliers d’individus qui vont se livrer aux joies de la reproduction en groupe, les femelles déposant leurs œufs, entre 400 et 1000, à la fin de ces festivités sexuelles pour ensuite mourir. Le cycle de vie de 8 ans de ces millepattes est remarquable par sa régularité et ce sont les seuls insectes ayant un cycle larvaire aussi long avec certaines cigales dont le cycle larvaire, selon les espèces, varie entre 3, 7 et 17 ans.

Source et illustrations : https://doi.org/10.1098/rsos.201399

Lien : https://en.wikipedia.org/wiki/Chūō_Main_Line

Nouvelles du Japon : le premier Janvier

Au Japon il y a deux calendriers, celui se référant à l’accession au trône de la chrysanthème de l’Empereur du soleil levant et le calendrier dit grégorien. Par respect pour la tradition calendaire le Premier mai 2019 marque le début de l’ère Reiwa de Naruhito, le fils du précédent empereur Akihito qui abdiqua. L’anniversaire de la naissance de l’empereur est un jour férié au Japon. L’empreinte de cette tradition n’est pas du tout anecdotique car de nombreux documents officiels font mention de cette chronologie qui peut paraître obsolète pour de nombreux occidentaux. Ce calendrier figure également sur les pièces de monnaie. Le premier janvier suivant le premier jour de la date de la nouvelle ère la numérotation passe à la deuxième année et c’est ainsi qu’aujourd’hui 3 janvier, au Japon, c’est le deuxième jour de la seconde année de l’ère Reiwa. Chacun ses particularités …

L’adoption du calendrier grégorien a été plus précoce que des pays comme la Corée, la Mongolie ou le Vietnam qui ont longtemps utilisé le calendrier chinois.

Quelles sont les festivités au Japon le premier janvier ? Tout d’abord aller se livrer à quelques dévotions au temple shintoïste du quartier. La journée est ensuite ponctuée par un repas spécial comportant divers mets constitués de fruits de mer cuisinés selon des protocoles qui poseraient de véritables problèmes aux papilles gustatives de la très grande majorité des Occidentaux. Je défie quiconque d’apprécier des coques ou autres palourdes cuites dans leur coquille sur la flamme jusqu’à la limite de leur carbonisation sans autre accommodation …

Selon les dernières nouvelles reçues du Japon mon petit-fils a mis quelques centaines de yens dans la boite destinée aux moines du sanctuaire pour obtenir un petit papier qu’il a soigneusement accroché aux branches d’un arbuste ou de tout autre artéfact prévu à cet effet. Il a fait un vœu mais j’en ignore le contenu. Ma petite-fille, en pleine préparation de très difficiles concours qui auront lieu au début du mois de février pour accéder à la junior high school qu’elle vise, l’équivalent du lycée en France, n’a pas jugé utile de suivre son jeune frère, considérant que soit cela était inutile et que sa réussite aux concours ne dépendait que de sa détermination personnelle, soit que formuler un vœu devant les dieux du shintoïsme serait plutôt un mauvais présage. Comme beaucoup de Coréens et de Chinois de son âge ma petite-fille travaille depuis plusieurs mois tous les jours jusqu’à 22 heures pour préparer ce concours et la compétition est extrêmement sévère. Elle accèdera en effet au lycée à la rentrée des classes qui se trouve être au début du mois d’avril et ce sera l’année de l’anniversaire de ses 13 ans. Bref, les Japonais vivent avec leurs traditions religieuses si on considère que le shintoïsme est une religion et chaque enfant, par son choix personnel, se soucie de son éducation, et les Japonais ont bien raison …

Illustration tirée du blog franckinjapan : https://www.rosenight.net/?p=7818

La « japonisation » des économies de l’Europe occidentale ?

J’ai encore entendu un analyste économique clamer à nouveau la semaine dernière que les économies comme celles de la France, de l’Italie, de l’Espagne et de bien d’autres pays européens se japonisaient. Qu’entendait-il par là ? Tout simplement que les banques centrales de ces pays imprimaient de l’argent et rachetaient les obligations émises par leurs Etats respectifs et qu’elles déposaient ces dernières auprès de la Banque centrale européenne, c’est du moins c’est ce que j’ai compris. Cet analyste établissait un parallèle avec le système financier japonais qui selon lui procédait à ce type de manipulation monétaire depuis des années ajoutant qu’ « il n’y avait qu’à constater le montant astronomique de la dette de l’Etat japonais ». J’appelle ce genre d’analyse une escroquerie intellectuelle. En effet, prenons le cas de la France qui est officiellement endettée à hauteur de 120 % de son produit intérieur brut. Les réserves de change de la France sont égales à zéro puisque la balance commerciale est chroniquement déficitaire. Le pays a même vu sa balance commerciale agricole déficitaire en 2019 pour la première fois depuis le début des années 1950, une prouesse. Comme la moitié de la dette souveraine de la France est détenue par des non-résidents le pays est donc dans l’obligation d’emprunter sur les marchés pour rembourser ses titres de dette détenus par exemple par le Japon ! À la dette souveraine officielle de la France il faut ajouter tous les « hors-bilan », une entourloupe d’Alain Juppé pour rassurer le chaland car déclarer publiquement que la dette de la France est plutôt proche de 350 % du PIB ferait mauvais genre. Ces hors-bilan comprennent les dettes des entreprises publiques, des départements, des régions, des hôpitaux ainsi que des caisses de retraites des fonctionnaires de l’Etat et des collectivités locales et le montant global est énorme.

Aujourd’hui la dette souveraine du Japon représente, certes, plus de 250 % du PIB du pays mais dans l’exercice comptable du ministère des finances japonais il n’y a pas de hors-bilan, même la colossale dette de Japan Rail est incluse dans le calcul. La balance commerciale japonaise est largement excédentaire, les réserves de devises sont considérables, le Japon détient des quantités massives de T-bonds américains qui sont aussi liquides que le dollar lui-même et les fonds de pension sont tous nantis. Enfin la dette du Japon est détenue maintenant à plus de 90 % par des résidents dont ces fonds de pension. Enfin la BoJ et le Trésor japonais ont fusionné « sur le papier ». Il s’est agi en effet d’une opération comptable blanche, un jeu d’écritures à somme nulle.

J’aimerais bien que l’économie française se « japonise » ! Le seul homme politique français ayant eu le courage de dire haut et fort que la France était en faillite fut Français Fillon. On sait ce qui lui est arrivé pour cet écart de langage. Oui, Fillon avait raison, la France est bien en état de mort économique et financière et les imbécillités à répétition des dirigeants dans la gestion de l’épidémie de SARS-CoV-2 n’ont fait qu’aggraver une situation économique déjà catastrophique. Les dirigeants politiques français n’oeuvrent pas pour le bien de leur pays mais pour celui de leur propre portefeuille, ils sont tous corrompus par le système qui est lui-même corrompu et inefficace en raison de l’omniprésence d’une administration jalouse de ses prérogatives et de ses privilèges. Ce n’est pas ainsi qu’un pays doit être géré. Au Japon si un ministre tente de se faire rembourser une note de taxi ou un repas auquel assistait une personnalité qui ne devait pas être présente il se fait limoger sur le champ. J’aimerais bien que la France se « japonise ». J’aimerais bien que les dirigeants français mettent de l’ordre dans une administration tentaculaire et inefficace, j’aimerais bien que le train de vie de l’Etat soit réduit des deux tiers et que toutes les gabegies, fraudes et ententes entre amis soient dénoncées par la justice, encore faudrait-il que cette justice soit réellement indépendante. J’aimerais bien que la France se « japonise » …

Brève. SARS-CoV-2 au Japon, informations complémentaires

Je rappelle à mes lecteurs que le Japon compte 125 millions d’habitants, 92 % de la population vit dans des villes (je m’étais trompé dans un précédent billet) et enfin que 30 % de la population a plus de 65 ans. Toutes ces données proviennent du site cia.gov . Le nombre quotidien de décès au Japon est de 3493 à peu près identique au nombre de décès quotidiens en France rapporté à la population française, 1709 morts par jour. À ce jour il y a eu au Japon 1847 morts à la suite de l’infection par le SARS-CoV-2 alors que le pays n’a jamais confiné sa population ni rendu le port du masque obligatoire. Ce nombre de décès est sensiblement égal à la moitié du nombre moyen de morts quotidiens au Japon. Étalé sur 365 jours il n’y a donc aucune différence statistique, coronavirus ou pas

À ce jour également il y a eu en France 42600 morts en raison de la grippe coronavirale alors que le gouvernement français a porté atteinte d’une manière contraire à la Constitution et d’une manière intolérable aux libertés individuelles dans le but de juguler cette épidémie. Si on effectue le même calcul que celui appliqué au Japon, le SARS-CoV-2 aura donc provoqué peu ou prou un excédent de mortalité sur l’année de 25 décès par jour, la belle affaire !

Rien n’a été fait en France pour dépister, isoler et traiter précocement les personnes atteintes par le SARS-CoV-2 comme cela a été fait systématiquement au Japon, en Corée et à Taïwan, trois pays proches de la Chine qui avaient gardé en mémoire la première grippe à coronavirus de 2001 dite SARS-CoV-1 et s’étaient donc préparé à l’éventualité d’une nouvelle épidémie du même type. Les populations, déjà habituées à porter spontanément un masque en cas de symptômes grippaux ou de simples rhumes non pas pour se protéger mais pour ne pas contaminer leur entourage, ont largement contribué au succès indéniable de leur maîtrise de cette grippe.

Hier, mon fils résidant à Tokyo me disait que 4 morts le 11 novembre dans tout le pays en raison du SARS-CoV-2 avait fait la une du journal télévisé, 4 morts s’ajoutant aux 3493 décès quotidiens en moyenne, toutes causes confondues (ce vendredi 13 Novembre : 10 morts) … À ce jour enfin le Japon a rétabli ses liaisons aériennes avec les pays jugés sécurisés mais les voyageurs en provenance d’Europe devront encore attendre compte tenu de la gestion catastrophique de cette épidémie dans la presque totalité de ces pays. Si les Français, les Espagnols, les Italiens, etc souffrent moralement et matériellement de cette grippe ils doivent demander des comptes à leurs gouvernements qui se sont révélés être des incapables en comparaison des pays d’Extrême-Orient que j’ai cité plus haut, pays auxquels il faut également ajouter la Chine …

Nouvelles du Japon : le grave problème de la natalité

Le taux de fertilité des femmes japonaises en âge de procréer stagne depuis près de dix ans maintenant à 1,36 enfants par femme. Or pour maintenir la population à une valeur constante il faudrait que ce taux soit égal à 2,1. Les conséquences sur la démographie seront catastrophiques si aucune mesure radicale n’est adoptée pour relever ce taux au moins vers 1,8. Le nouveau Premier Ministre Yoshihide Suga vient de décider de mettre en place une mesure cosmétique pour juguler cette chute dramatique de la fertilité dans son pays : rendre accessible à toutes les femmes japonaises confrontées à des problèmes de fertilité en prenant en charge les frais de fécondation in vitro qui s’élèvent actuellement au Japon à environ 2 millions de yens, soit 18000 euros ( https://www.japantimes.co.jp/news/2020/10/18/national/social-issues/yoshihide-suga-infertility-birth-rate/ ).

Mais il s’agit d’une mesure « cosmétique » qui n’aboutira pas à une augmentation significative de la fertilité au Japon, ceci pour diverses raisons. Au Japon, après avoir eu son enfant, une femme reste à la maison pendant une année pour allaiter son nouveau-né, c’est une tradition. Si celle-ci avait un emploi et que son contrat de travail ne prévoyait aucune disposition particulière en cas de grossesse, cette femme n’a pas bénéficié d’allocations prénatales ni de congés de maternité payés ou non. Les femmes japonaises ayant un emploi hésitent donc à procréer car elles prennent le risque de perdre leur emploi ou dans le cas le plus favorable de voir leur carrière professionnelle profondément perturbée par leur grossesse suivie de cette année de repli traditionnel total à la maison. À moins d’exercer une profession libérale lucrative ou d’avoir un époux disposant d’un salaire confortable la femme japonaise hésite donc à « pouponner » voire abandonne totalement l’idée d’une grossesse.

Après l’année suivant l’accouchement il reste alors la solution du « jardin d’enfants », établissement acceptant les enfants âgés d’un an. Encore faut-il qu’il en existe un près de son domicile et qu’il y ait des places disponibles pour l’enfant à la date du premier anniversaire de cet enfant. Ce n’est pas un détail comme on pourrait avoir tendance à le croire ! Ceci oblige un couple de Japonais à programmer au moins deux ans à l’avance, année de quasi réclusion à la maison comprise, une grossesse tout en réservant à une date précise une place dans un jardin d’enfants (kindergarten). Cette exigence requiert de subtiles calculs calendaires pour le couple … Les jardins d’enfants sont pour la plupart loin d’être gratuits et les mères ne perçoivent pas d’indemnités de maternité durant l’année de réclusion à la maison avec leur enfant.

Depuis des décennies le Japon a négligé les mesures natalistes comme celles prises par la France à l’issue de la seconde guerre mondiale. Enfin l’opinion japonaise est très réticente à l’idée d’ouvrir ses frontières à l’immigration de peur que celle-ci ne porte atteinte aux valeurs traditionnelles du pays. Si en apparence le Japon s’est américanisé avec l’occupant américain depuis la reddition du Japon en 1945, ce pays reste fondamentalement attaché à ses traditions, à ses religions, le bouddhisme et le shintoïsme, et à son mode de vie. Il est vrai que contrairement à la Thaïlande il est rarissime de croiser dans la rue des militaires américains, l’île d’Okinawa étant une exception. L’engouement des Japonais pour le base-ball ne date pas de la fin de la deuxième guerre mondiale mais de la fin du XIXe siècle … Les mariages mixtes restent exceptionnels au Japon et ouvrir les frontières ne résoudra pas le problème central auquel est confronté ce pays, un taux de fertilité désespérément bas. Si le Premier Ministre Suga désire vraiment fixer un objectif ambitieux de « repeuplement » de son pays il devra donc en premier lieu créer des multitudes de jardins d’enfants gratuits, mesure que son prédécesseur avait déjà mis en place, mettre en place des mesures incitatives pour encourager les femmes à avoir des enfants : allocations prénatales, indemnités de congés de maternité, gratuité totale des crèches, un point qui aura pour conséquence une rémunération attractive des personnels de ces crèches, une modification des lois sociales du travail afin que les futures mères ne mettent pas en danger leur carrière professionnelle, et enfin un système d’allocations familiales et la mise en place d’un quotient familial au niveau des foyers fiscaux.

Illustration : sanctuaire dans la ville de Kyoto

Caricatural by Franck

« Je ne suis pas vraiment au courant de ce qui se passe en France, de l’évolution de la situation dans les grandes villes, de l’ambiance, du ressenti des différentes composantes de la société française. Je suis resté bloqué 15 ans en arrière mais je ressens quand même un certain malaise en ce qui concerne la décapitation de ce professeur d’histoire-géo (un fait divers en fin de compte un peu plus glauque que d’habitude) et ce qui a suivi.

Alors que le seuil de tolérance des autorités parait illimité quand il concerne ce qui se passe dans les banlieues pauvres françaises et qu’il semble même préférable de minimiser systématiquement la situation voire de carrément l’occulter afin de préserver l’harmonie au sein de la société et de ne pas envenimer une situation qui pourrait facilement dégénérer a la guerre civile, c’est une chose que je peux éventuellement comprendre vu la difficulté du problème. Les mêmes autorités, le même cerveau pensent utile de défendre le droit à caricaturer le prophète d’une religion fortement implantée dans notre pays, justement la religion des résidents des banlieues qu’on ne voulait pas stigmatiser.

Sous prétexte que l’intolérance à la caricature serait une sorte d’obscurantisme, voire de bêtise, ce qu’on a le droit de penser, on risque de mettre le feu a un tas de poudre qu’on semblait vouloir préserver a tout prix. Au prix de la tranquillité d’un nombre toujours plus important de nos concitoyens, au prix de tellement de chose qu’il serait difficile d’en faire la liste exacte.

Je n’ai aucune animosité envers le peuple musulman, au contraire, je suis parfois envieux de cette foi encore vivace, de ce sentiment d’appartenance à quelque chose de plus qu’eux-mêmes, à la communauté des croyants, la Ouma. Etant un agnostique irrécupérable ça me laisse un peu songeur et je pense qu’il est idiot de tuer des gens parce qu’ils ont fait des caricatures, mais il me semble encore plus idiot de blesser la sensibilité d’un peuple sous prétexte qu’on a le droit de le faire, que c’est marrant, qu’ils sont idiots de mal le prendre. Ce sentiment de supériorité me semble vraiment malsain et déplacé ».

Source: https://www.rosenight.net/?p=7807

Note de votre serviteur. L’auteur de ce billet est mon fils puiné. Il vit à Tokyo depuis près de 15 ans, la ville du monde classée au premier rang pour la sécurité. Mon fils s’est, disons, converti au shintoïsme, une philosophie plutôt qu’une religion. Il parle japonais mais je suis incapable d’en juger, lit et écrit (un peu péniblement) le japonais. Au cours de toutes ces années d’exil, si on peut dire les choses ainsi, mon fils a entretenu une solide amitié avec des copains de lycée d’origine maghrébine, la majorité d’entre eux des Kabyles, qui exercent tous aujourd’hui des métiers que beaucoup de Français de souche à 5 générations en arrière peuvent envier.