Au Japon les espaces publics ne sont pas encombrés par des voitures en stationnement

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Quelle pire horreur peut-on constater quand on flâne dans une belle ville comme Paris ou Madrid et aussi et surtout Santa Cruz de Tenerife (qui n’est pas particulièrement une belle ville) avec tous ces tas de tôle multicolore encombrant les chaussées, posés comme des détritus sur l’espace public. Comment les municipalités peuvent-elles tolérer un tel état de fait ? Le stationnement des automobiles sur l’espace public devrait être payant avec un tarif dissuasif pour éviter cet envahissement des rues par les voitures. Dans cette grande avenue du quartier de Shinjuku il n’y a pas de voitures en stationnement et de larges trottoirs sont à la disposition des piétons. Dans de nombreuses villes européennes les trottoirs ont été rétrécis pour permettre que les automobilistes puissent garer leur tas de tôle !

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Dans les quartiers résidentiels de Tokyo comme ici à Suginami à l’ouest du centre de l’agglomération il n’y a pas de trottoirs du tout et les propriétaires résidants d’automobiles doivent obligatoirement disposer d’une aire de stationnement privée. D’ailleurs on ne peut pas acquérir une voiture neuve si on ne peut pas prouver qu’on dispose d’un espace pour laisser sa voiture, avec plans cadastraux à l’appui. Dans le centre-ville de Tokyo dont la superficie est identique à celle de Paris intra muros le tarif horaire des parkings ou des zones très rares avec parcmètres oscille entre 15 et 30 euros pour chaque heure utilisée. De tels prix sont largement dissuasifs et l’utilisation des transports en commun devient donc une nécessité. Il devient alors évident que ces transports en commun doivent être irréprochables.

Les habitants de Tokyo se déplacent beaucoup en bicyclette, de plus en plus souvent électrique, pour aller de leur domicile à la station de train ou de métro la plus proche et des parkings sont aménagés près de ces stations de train ou de métro où se trouvent également des taxis attendant le client ou plutôt des clients attendant un taxi. Tout est donc organisé pour que la vie quotidienne des habitants de cette immense ville soit supportable. De ce fait il y a très peu de pollution et en dehors de situations exceptionnelles comme un tremblement de terre, un typhon ou une forte chute de neige le système de transports en commun de surface fonctionne admirablement bien. Les Européens peuvent s’inspirer largement de ces grandes villes du Japon. Je suis Français et je me demande combien de ministres du transport des divers gouvernements ont fait le déplacement pour voir sur place comment des villes comme Tokyo ou Osaka fonctionnent quotidiennement. Je glisserai ici une dernière remarque : les trottinettes électriques sont interdites au Japon …

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Pour l’anecdote un vieil autobus de ramassage scolaire abandonné dans un petit parking !

Japon : réflexion sur la notion de groupe sociétal et de respect

Quand je séjourne au Japon j’observe mes petits-enfants et je constate que l’école occupe une grande importance dans leur vie. Il y a dans leur école l’omniprésence de l’éducation – ou plutôt de la formation – des enfants à l’appartenance à un groupe. Les enfants ne se reconnaissent pas en société, l’école étant une petite société à l’échelle réduite, mais en tant que membres du groupe que constitue la classe dont ils font partie. Les élèves doivent le respect à leurs enseignants et ce souci du respect constitue le fondement de l’appartenance au groupe. Au Japon, bien qu’étant en apparence individualiste, chaque individu a toujours présente à l’esprit cette appartenance au groupe et sans respect de chacun, des règles de vie en groupe et du prolongement de la personnalité que constitue cette appartenance au groupe alors toute recherche d’une vie harmonieuse serait vaine.

Par exemple, puisque j’ai mentionné les chemins de fer japonais dans divers billets, chaque employé des compagnies de chemin de fer – outre Japan Rail il y a aussi une multitude d’autres compagnies privées – fait partie du groupe qui gère une ligne et sa première préoccupation est le bon fonctionnement de la ligne de chemin de fer au sein de laquelle il travaille. Comme on l’apprend aux enfants des écoles chaque jour, chaque mois, chaque année, le respect est la règle de vie fondamentale. Sans respect, faut-il le répéter, toute vie en groupe serait impossible. C’est la raison pour laquelle il n’y a jamais de grève dans les chemins de fer au Japon et pour la même raison les trains sont toujours scrupuleusement à l’heure à moins de 30 secondes près.

L’appartenance à un groupe professionnel, par exemple une grande entreprise, signifie que l’employé, quel que soit son niveau de responsabilité, respecte son entreprise à laquelle il doit tout y compris sa retraite constituée par capitalisation. Jamais, toujours pour la même raison, il n’y aura de conflit social comme il en existe régulièrement dans de nombreux pays européens. Cette attitude fondée sur le respect de chacun, du bien public et du style de vie quotidienne s’acquiert dès le plus jeune âge et si cette formation, en quelque sorte, n’a pas été fructueuse, alors la vie de l’enfant devenu adulte est presque marginale voire impossible. Le système éducatif japonais est sélectif en ce sens que si un enfant de 14-15 ans n’est pas « fait » pour poursuivre des études secondaires il est orienté vers l’apprentissage de métiers manuels et il se comportera dans la vie quotidienne en adoptant une attitude marginale. Par exemple on n’a pas le droit de fumer dans la plupart des rues de Tokyo mais aussi de n’importe quelle autre ville. Apparemment seuls les ouvriers s’arrogent le droit de transgresser cette interdiction. Ils se comportent comme leur groupe à eux mais ils ne respectent pas les lois non écrites de l’ensemble de la société qui est le super-groupe auquel ils appartiennent pourtant. Dans la vie professionnelle l’employé d’une grande société comme Mitsubishi ou Sumitomo est partie intégrante du groupe professionnel pour la vie, bien que l’emploi à vie dans une grande entreprise industrielle soit remis en question timidement en raison de l’évolution des technologies. Mais l’esprit de groupe reste omniprésent et cet esprit sera après la retraite entretenu par des repas, des réunions et diverses autres manifestations qui rappellent à l’individu qu’il n’est une personne respectée que s’il reste au sein de ce groupe bien que n’exerçant plus aucune activité professionnelle.

C’est ainsi que la société japonaise est stratifiée en groupes, sans qu’il y ait de systèmes de castes comme c’est le cas en Inde. Est-ce le secret du degré de civilisation et d’efficacité d’un tel pays, dans tous domaines, qu’il s’agisse de la recherche de l’excellence ou de la possibilité d’une reconnaissance de chaque individu dans sa valeur intrinsèque par le groupe auquel il appartient ? Peut-être bien et c’est ce qui explique l’attitude des enfants qui n’ont de cesse, au cours de leur scolarité, de tenter d’intégrer la plus prestigieuse ‘junior high », on dirait en France le lycée.

Pour digresser sur ce dernier point j’analyse le cas de ma petite-fille qui serait à peu près en classe de sixième dans le système français. Elle a décidé sans aucune influence de la part de ses parents de tenter d’intégrer une « junior high » prestigieuse et elle se soumet trois fois par semaine à des leçons particulières dans le but de préparer le concours de sélection d’entrée à cette école qui aura lieu dans un peu plus d’un an. L’année scolaire débute en effet le premier avril au Japon. En quoi consiste cette formation spécifique ? Le calcul mental et la vitesse avec laquelle une division ou une multiplication avec des nombres à trois chiffre sont effectuées, la vitesse d’écriture, de lecture, la qualité de l’élocution ! Je suppose qu’un de mes lecteurs ayant trempé un peu dans l’enseignement croira que je suis en plein délire. C’est pourtant la vérité.

Alors, si ma petite-fille réussit ce concours très sévère, elle fera partie d’un groupe restreint constituant la future élite de la nation mais ce groupe sera toujours une partie intégrée dans le super-groupe du pays sous-entendant que tous les individus respectent les us et coutumes et se respectent les uns et les autres. Sans ces bases fondamentales qui constituent le fondement d’une civilisation et sa pérennité, quelle que soit la nature d’un sous-groupe du pays, toute vie en commun devient impossible.

Tokyo et ses environs : un univers de contrastes (suite)

Nous sommes allé, mon fils et moi-même à Kawagoe dans la préfecture de Saitama. Pourquoi passer une partie de la journée dans une ville-dortoir de près de 300000 habitants entourée de cultures maraîchères et de rizières, finalement sans caractère ? Il n’y a pas de montagnes à l’horizon et à première vue cette ville ressemble étrangement à n’importe quel quartier de Tokyo sinon qu’il n’y a pas d’immeubles de bureaux mais d’immenses complexes de tours, surtout près de la gare ferroviaire, qui sont de vastes concentrations d’appartements permettant aux employés qui vont travailler à Tokyo chaque matin de vivre dans le calme et surtout de pouvoir supporter d’éventuels loyers ou impôts fonciers s’ils sont propriétaires beaucoup moins élevés qu’à Tokyo même ou ses proches environs. Pour se rendre à Shinjuku depuis Kawagoe, Shinjuku étant l’un des centres d’affaires de Tokyo et abondamment pourvu de connections ferroviaires ou de métro (il y a 9 lignes de métro à Shinjuku), il faut endurer une heure et quart de train entassé comme des sardines dans une boite chaque matin et chaque soir.

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Nous sommes allé en vélo (électrique pour votre serviteur) depuis la maison de mon fils jusqu’à à la gare de train sur une ligne qui dessert le grand-ouest de Tokyo et comme il se doit – tout est parfaitement organisé – les vélos ont été garés dans un parking sous-terrain, presque du luxe.

La particularité de Kawagoe réside dans le fait qu’elle n’a pas été bombardée en 1944 et 1945 par les Américains tout simplement parce que cette ville ne présentait aucun intérêt stratégique. Il y a donc de beaux restes d’architecture ancienne et on peut se faire une idée de ce que pouvait être une ville japonaise avant la deuxième guerre mondiale. Presque à l’ombre des grands édifices résidentiels il existe encore de nombreuses petites demeures ayant résisté au temps et aux tremblements de terre. Il y a peu de touristes tout simplement parce qu’ils dédaignent ce genre de d’expédition réservée aux curieux. Ci-après quelques photos, dont une petite tour permettant de sonner le tocsin en cas d’incendie :

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Les toits en tuiles vernissées étaient universellement utilisés à l’époque. Les tuiles sont épaisses et pesantes, encastrées les unes dans les autres et emboitées avec des crochets. De lourdes et imposantes faîtières les maintiennent en place en cas de typhon. Les volets épais sont en bois massif de thuya pour protéger l’habitation des typhons dont on voit deux troncs dans le cliché pris dans le petit parc entourant un temple bouddhiste situé près de ce quartier préservé où un shogun résida quelques jours en des temps reculés.

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Notes. La ville de Saitama, 1,3 millions d’habitants, se trouve à 30 kilomètres du centre de Tokyo. Elle fait partie de la conurbation de Tokyo, étant reliée par un réseau complexe et dense de communications ferroviaires et de métros. La ville de Kawagoe accueillera une partie des compétitions olympiques de golf en 2020 et pour l’anecdote elle est jumelée avec Autun en France.

Nouvelles du Japon : le sanctuaire de Yasukuni.

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Situé près du Palais impérial le sanctuaire shinto de Yasukuni a célébré cette année son 150e anniversaire, une date importante pour les Japonais puisque la guerre civile qui sévit dans le pays de 1868 à 1869 entre le shogun et ses soutiens et les partisans du tout nouvel empereur Meiji (moins connu sous le nom de Mutsuhito) qui accéda au trône du chrysanthème le 12 septembre 1868. Le règne de Meiji ouvrit le Japon au monde extérieur et à la modernité. Les âmes des victimes de la guerre civile appelée guerre de Boshin qui favorisa la suprématie de l’Empereur sur le shogun furent confiées aux dieux dans ce sanctuaire. La tradition voulut ensuite que les sujets de l’Empereur morts au combat eurent droit à des célébrations en leur mémoire depuis la guerre de Boshin jusqu’à la première guerre du Vietnam.

En effet, cet épisode de guerre au cours de laquelle furent impliqués quelques 5000 militaires japonais est peu connu. Il s’agissait de cadres de l’armée impériale qui eurent honte de retourner dans leur pays défait par les Américains et les Anglais à la fin de la deuxième guerre mondiale lorsque l’Empereur abdiqua. Ils servirent de conseillers pour le Viêt Minh et leurs âmes sont vénérées dans le sanctuaire Yasukuni.

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Ce sanctuaire fait l’objet de controverses de la part de la Corée et de la Chine quand le Premier ministre vient y effectuer ses dévôtions traditionnelles à tous les « morts pour l’Empire ». Il faut cependant souligner que la vraie signification de ce sanctuaire est l’ère Meiji et la modernisation du Japon avec son ouverture vers le monde extérieur. Voici quelques clichés de cet endroit hautement symbolique pour tous les Japonais qui viennent s’y recueillir pour se souvenir des combattants qui construisirent le Japon d’aujourd’hui depuis 1869 jusqu’en 1954.

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L’évolution de la population mondiale : l’exemple du Japon

Faisons naturellement abstraction ici des délires eugénistes des mondialistes qui veulent mettre en place un système mondial coercitif de contrôle des naissances pour réduire à terme la population dans le monde sous le prétexte fallacieux qu’il est urgent de sauver le climat. Il suffit de considérer les exemples du Japon, de l’Italie ou encore de l’Allemagne pour se faire une idée de l’évolution de la population en une génération, c’est-à-dire 30 ans, à l’horizon 2050. Cette date a été considérée comme celle de tous les dangers si tous les pays du monde ne s’unissent pas pour sauver le climat car, au delà nous grillerons tous comme des toasts. Il faut raison garder pour deux raisons.

1. Personne ne sait dans quel sens évoluera le climat. Les géophysiciens prévoient un refroidissement généralisé déjà initié depuis quelques années, en dépit de ce qu’affirme la propagande, qui durera jusqu’en l’an 2100 en raison d’un effondrement de l’activité magnétique du Soleil alors que l’IPCC tente de faire admettre à l’opinion qu’au contraire la température moyenne augmentera de 2 à 5 degrés sans toutefois que les modèles utilisés pour une telle prédiction par cette institution soient capables de remonter dans le temps. C’est la raison pour laquelle on peut sérieusement douter de la pertinence de ces modèles. Il n’y a donc aucune raison de se préoccuper de l’évolution de la population mondiale en prétextant que le climat se dégrade parce qu’il y trop de bipèdes sur la planète.

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2. Pour les deux pays les plus peuplés du monde la population va s’effondrer et ils vont suivre l’exemple du Japon qui perd actuellement plus de 500000 habitants chaque année. La Chine a profondément modifié l’équilibre démographique naturel en introduisant au cours des années 1970 la politique de l’enfant unique. Cette politique combinée avec un « embourgeoisement » de la population a accéléré le déclin de l’accroissement de la population qui n’est plus aujourd’hui, malgré la réintroduction d’une politique de 2 enfants par famille en 2016, que de 0,3 % par an. La population chinoise va donc commencer à décliner au milieu de la prochaine décennie tout en vieillissant très rapidement. La Chine en est actuellement dans la situation que connut le Japon dans les années 1980.

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La situation de l’Inde est différente. Pendant de nombreuses années le gouvernement central de New-Delhi a négligé de prendre des mesures pour réduire l’accroissement de sa population. Les citoyens ont pris eux-mêmes une mesure beaucoup plus efficace justifiée par la tradition des mariages. En Inde le mariage d’une fille représente une dépense tellement élevée que de nombreux couples ne peuvent pas l’assumer. L’arrivée de l’échographie dans les dispensaires a fait le reste : l’avortement sélectif est tellement répandu qu’aujourd’hui il y a en Inde un profond déséquilibre entre le nombre de femmes nubiles et le nombre d’hommes en âge de se marier. Le rapport est en moyenne de 100 femmes pour 120 hommes. Si le taux de fertilité total de l’Inde est toujours de 2,4 les conséquences de ce déséquilibre seront dans un proche avenir tout aussi dramatiques que celles de la politique de l’enfant unique en Chine. L’élévation du niveau de vie moyen des Indiens conduira également aux mêmes conséquences qu’au Japon et en Chine : une baisse de la fécondité et par conséquent une décroissance progressive de la population au tournant des années 2030. Chaque fois que les gouvernements ou les particuliers – dans le cas de l’Inde – tentent de modifier les lois naturelle de la démographie ils favorisent une catastrophe apparaissant lors de la génération suivante et cette catastrophe ne peut plus être jugulée dans le cas de la Chine.

3. Le cas de l’Europe est exemplaire car il n’y a plus de pays où le taux de fécondité soit supérieur à 2,1 enfant par femme féconde. L’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, la France (qui n’est plus une exception) et les pays baltes vont assister à un vieillissement de leur population encore plus rapidement que ce que le Japon a connu depuis le début des années 1990. En 2030 la moitié de la population allemande aura plus de 65 ans et ce simple chiffre signifie que le modèle économique allemand s’effondrera, accélérant par voie de conséquence la chute de la natalité. Cette évolution atteindra l’ensemble des pays européens avec quelques années d’écart entre eux. En effet, envisager d’avoir des enfants qui seront confrontés à des conditions de vie difficiles plus tard constituera un argument très dissuasif.

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Si on analyse le graphique provenant d’une étude de la CIA (voir aussi le tableau : https://www.cia.gov/library/publications/resources/the-world-factbook/fields/356rank.html ) 100 pays sur 224, incluant de nombreuses dépendances ultra-marines de divers pays, ont un taux de fécondité supérieur à 2,1 et sur le continent africain seul le Maroc présente un taux de natalité inférieur à ce chiffre. L’alphabétisation et l’amélioration des conditions de vie quotidienne ne peuvent être que les seuls instruments pour que progressivement, peut-être en une génération si on reste optimiste, les taux de natalité diminuent et atteignent le seuil de 2,1 enfant par femme. On se retrouve donc vers 2050, décennie de tous les dangers mais beaucoup d’entre nous seront morts depuis longtemps …

Nouvelles du Japon : l’arrêt de toutes les centrales nucléaires japonaises a fait « plus de mal que de bien » …

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À la suite du grand tsunami du 11 mars 2011 qui provoqua l’accident nucléaire de Fukushima-Daiichi l’accroissement du prix de l’électricité et l’augmentation de l’utilisation de combustibles carbonés fossiles a provoqué plus de morts que celles provoquées auprès de personnes fragiles par l’évacuation des zones proches de la centrale nucléaire selon une récente étude. Il n’y eut aucune mort directe due à l’accident lui-même mais la décision d’arrêter toutes les centrales nucléaires a provoqué à une perte en vies humaines inattendue.

Il s’agit encore une fois de l’application à la lettre du fameux (et fumeux) principe de précaution qui précipita l’arrêt des centrales nucléaires japonaises ordonné par le MITI, selon l’Institut allemand IZA d’économie du travail. Avant le grand tsunami l’énergie nucléaire japonaise produisait 30 % de l’énergie électrique mais en moins de 15 mois toutes les unités ont été mises à l’arrêt pour mise en conformité – selon ce fameux principe de précaution – afin d’éviter un nouveau désastre provoqué par un autre tsunami géant, le cinquième du genre connu dans le monde depuis 1500 ans c’est-à-dire aussi loin que les chroniques et écrits aient pu remonter. Depuis 2015 neuf réacteurs ont été raccordés au réseau et 17 autres sont en attente de nouveau fonctionnement après approbation par les autorités nationales et locales.

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Cet arrêt brutal de la production électrique d’origine nucléaire a eu pour effet presque immédiat une augmentation considérable du prix de l’électricité variant selon les région. Plus ces régions étaient « nucléarisées » plus l’augmentation a été substantielle. Dans certaines régions comme celle de Tokyo cette augmentation a atteint plus de 38 % et elle a entrainé une chute de la consommation en particulier quand la demande pour satisfaire le chauffage domestique était élevée, c’est-à-dire durant les mois d’hiver.

Etant donné le rôle du contrôle de la température au cours des mois d’hiver dans les logements cette baisse de la consommation d’électricité a provoqué un accroissement de la mortalité. L’étude de l’Institut IZA montre que cet accroissement de la mortalité a largement dépassé celui occasionné par le déplacement des personnes âgées lors de l’évacuation des zones contaminées (en vertu de l’application stricte du principe de précaution), par conséquent l’arrêt de tous les réacteurs nucléaires a fait beaucoup plus de mal que de bien.

Selon l’étude la conséquence a été une augmentation du nombre de décès de 1280 personnes sur la période 2011-2014, beaucoup plus que les 1232 morts déplorés à la suite de l’évacuation des zones contaminées après l’accident. Cette étude ne s’est intéressée qu’aux 21 plus grandes agglomérations représentant 28 % de la population totale du Japon, l’impact de l’arrêt de tous les réacteurs nucléaires est probablement beaucoup plus élevé.Le remplacement des centrales nucléaires par des centrales utilisant des combustibles fossiles a aussi eu un impact sur la santé des population en raison de la dégradation de la qualité de l’air dans l’environnement immédiat de ces installations et l’effet global de ce « retour » précipité vers les combustibles fossiles n’est pas encore très bien connu mais ne doit pas être sous-estimé. Les résultats de l’étude IZA coïncident avec celles conduites par les experts japonais de la santé qui ont souligné le stress de certaines évacuation inutiles en particulier chez les personnes âgées qui ont représenté l’essentiel des 1232 morts déplorés.

Selon le Professeur Geraldine Thomas, enseignant la pathologie moléculaire à l’Imperial College à Londres, l’ordre d’évacuation des habitants des zones peu ou faiblement contaminées autour de la centrale nucléaire endommagée a été disproportionnée et en tous les cas mal organisée. Si les doses de radioactivité sur le site ont été élevées il n’en a pas été de même sur tout le territoire évacué à la hâte, doses qui ont été largement surévaluées. Plus tôt cette année 2019, Michael Shellenberger, président de l’organisation Environmental Progress a déclaré que cette évacuation avait été faite de manière irraisonnée dans un moment de panique et qu’elle avait provoqué la mort d’au moins 2000 personnes (statistique non officielle), panique alimentée par la peur de radiations quasiment inexistantes. Toujours est-il que le Comité onusien en charge des effets des radiations n’a pas été capable de comptabiliser le moindre décès directement provoqué par les radiations.

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En tant qu’outil de régulation, le principe de précaution qui stipule qu’une quelconque activité ne peut être poursuivie si des doutes de dommages possibles ne sont pas complètement levés a été maintes fois mal appliqué et l’Institut IZA en est arrivé à se poser la question de savoir pourquoi les autorités japonaises (mais aussi la population et diverses association non-gouvernementales) invoquent encore ce principe de précaution compte tenu de l’évidence des résultats de son étude. L’une des explications possibles est qu’un évènement marquant et inattendu, comme un accident nucléaire, affecte la perception raisonnée du risque, perception qui est alors fortement teinté d’émotion instinctive plutôt que de rationalité et d’argumentation scientifique.

Les décès provoqués par l’augmentation des tarifs de l’énergie électrique sont largement passés inaperçus. Bien qu’une relation directe de cause à effet ne puisse pas être clairement établie il a néanmoins été possible d’estimer l’impact de cette augmentation des tarifs à une modification du comportement des populations. Le principe de précaution monte en épingle, bien trop souvent, les évènements marquants comme l’accident de Fukushima-Daiichi, sans aucune rationalité, et n’a pas pour but de proposer des scénarios alternatifs. Ce principe contribue donc à des prises de décision gouvernementales totalement inadaptées et inefficaces. Selon la fondation IZA c’est l’un des grands défauts de ce principe de précaution.

Source et illustrations : ftp.iza.org/dp12687.pdf

Nouvelles de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi

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Le gouvernement japonais a décidé de démanteler la totalité du site électro-nucléaire de Daiichi dans la Préfecture de Fukushima. Outre les deux réacteurs endommagés par le grand tsunami du 11 mars 2011 et dont le combustible a partiellement fondu au fond du réacteur, il y a 5 autres réacteurs à démanteler. Ce chantier colossal durera probablement une quarantaine d’années et la société TEPCO (Tokyo Electric Power Co) a fait appel à Orano dans le cadre d’une coopération qui sera positive pour les deux entreprises. Orano aura pour mission primaire d’évacuer tout le combustible des tranches non endommagées et de le retraiter sur le site français de La Hague. Il existe déjà des accords à ce sujet entre la France et le Japon puisque l’ancêtre d’Orano, la société Areva, est présent au Japon depuis 50 ans. Puis il s’agira du démantèlement proprement dit des installations.

Bien que ces réacteurs soient de type eau-bouillante contrairement au parc nucléaire français le démantèlement fait appel aux mêmes technologies largement robotisées et cette collaboration sera fructueuse pour les deux parties. L’expertise en robotique du Japon sera, on s’en doute, très bénéfique pour Orano qui n’a pas encore abordé un quelconque démantèlement sur le sol français en dehors de Chooz 1 (cf. infra). Néanmoins Orano a aussi développé de son côté toute une série de robots utilisés pour les opérations de maintenance des installations françaises. De plus la politique totalement surréaliste du gouvernement français consistant, dans le cadre de la fameuse « transition énergétique », à décommissionner tous les « vieux » réacteurs nucléaires, c’est-à-dire toutes les tranches 900 MWe, obligera Orano a acquérir un savoir-faire dans ce domaine du démantèlement qu’il ne connaît pas ou peu et le Japon est une excellente opportunité pour se faire la main en vraie grandeur, si on peut dire les choses ainsi.

Mes lecteurs pourront se poser quelques questions au sujet des réacteurs graphite-gaz qui ne sont toujours pas démantelés sur les sites de Chinon, Bugey et Saint-Laurent ainsi que celui de Brennilis (eau lourde-uranium naturel) qui a fait l’objet d’une véritable saga de la part des écologistes, ayant pris cette installation pour cible afin de dénoncer l’incurie du gouvernement en ce qui concerne l’industrie nucléaire française. La centrale de Chooz 1 est une exception car c’est le seul PWR souterrain dans le monde. On y accède par un tunnel et l’ensemble de l’installation se trouve dans une série de salles aménagées à cet effet. Ironiquement l’administration Macron continue à se plier aux diktats des écologistes en décidant de ruiner l’approvisionnement en électricité de la France, l’un de ses rares atouts industriels et économiques encore opérationnel de ce pays. Par effet direct la fermeture de ces équipements conduira fatalement à la mise à genoux de l’ensemble de l’économie française mais aussi des conditions de vie quotidienne précaires pour toute la population. Pour un ancien banquier qu’a été Macron il y a de réelles questions existentielles à se poser. Quant aux réacteurs graphite-gaz il faut attendre encore une cinquantaine d’années avant d’intervenir sur le graphite lui-même. Contrairement à ce qui est affirmé dans la presse bien-pensante les opérations de démantèlement ne sont pas créatrices d’emplois car quelques personnes seulement travaillent sur les sites lors de ces interventions de très longue durée.

Source et illustration : World Nuclear News