Histoire de trains à Tokyo … et à Paris

Comme tous les jours je vais déjeuner avec mon fils et je me déplace en utilisant deux trains de la « JR » (Japan Rail), la Chuo Line connectée à la station Kanda avec la fameuse Yamanote, la ligne circulaire de Tokyo, probablement la ligne de chemin de fer la plus fréquentée du monde. Normalement tout va bien jusqu’à ce mémorable après-midi du 2 novembre 2017 à 14h25. Je venais de finir un repas très léger et je suis, comme à mon habitude, allé marcher vers la gare de Shimbashi pour prendre la Yamanote sur le chemin du retour. Fort heureusement un train est arrivé presque à la minute où j’atteignais la plate-forme. Il y avait des places assises ce qui est parfait. Normalement ces trains restent à quai au maximum une minute et demi juste le temps que les passagers sortent et que d’autres rentrent dans le train. Hier, rien ne se passe, des avis au haut-parleur en japonais fusent. Les passagers se regardent, certains ressortent du train libérant des places assises immédiatement occupées par d’autres passagers très occupés par leur kétaï (smart-phone). D’autres annonces au haut-parleur. Cette fois presque tout le monde se retrouve sur le quai et la foule commence à devenir de plus en plus dense. Enfin, des annonces en anglais, en coréen puis en chinois précisent que tout le trafic est interrompu dans les deux sens sur toute la ligne en raison d’un incendie près des voies. L’annonce indique qu’un train arrivant de Yokohama qui normalement ne s’arrête pas dans cette gare va embarquer les passagers qui désirent se rendre plus au nord sur la ligne de la Yamanote.

J’ai fait l’expérience que vivent des millions de Tokyoïtes tous les jours : le tassement comme des sardines dans une boite. L’horreur ! À la station suivante, où il y a une correspondance avec deux lignes de métro je me suis fait littéralement et promptement expulser sur le quai par des gens pressés de sortir. Et comme il y avait une foule compacte sur le quai à nouveau la compression incroyable dans le train jusqu’à Tokyo- central station où il y a eu une légère diminution de la pression humaine à l’intérieur du train.

J’ai donc vécu le temps de trois stations de train, soit environ 9 minutes arrêts compris, ce que les Japonais de la gigantesque métropole de Tokyo vivent 5 jours par semaine, matin et soir, un véritable stress que j’ai peut-être vécu parfois dans le RER A à Paris le vendredi soir à l’heure de pointe quand les trains se faisaient attendre pour des raisons inconnues. Comme dans tous les trains de Tokyo, des écrans de télévision informent les voyageurs et effectivement l’annonce d’une perturbation sur la ligne Yamanote était indiquée sur le train de la Chuo line que je pris à la station Kanda pour rentrer au domicile de mon fils. La vétusté des trains parisiens n’en est pas encore à ce genre d’accessoire. Le sous-sol parisien réserve des surprises parfois odorantes et parfois boueuses tel ce dernier incident entre Auber et la Défense où la voie a été inondée par de l’eau boueuse sur une cinquantaine de mètres interrompant tout trafic de trains pour une durée indéterminée. Mais les Parisiens sont habitués aux grèves à répétition et aux incidents techniques en tous genre qui interrompent le trafic. Une telle situation est inimaginable dans une ville comme Tokyo qui ne pourrait pas survivre sans ses transports en commun d’une excellence inégalée dans le monde …

Source pour Paris et illustration : Les Echos

Incroyable mais vrai, des drones-taxis … à Dubai.

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À Dubai, semble-t-il, les pétro-dollars coulent à flot et toutes les extravagances sont donc permises. À tel point que ces petits émirats défient le bon sens commun. Les usines de dessalage permettent à l’eau douce de couler à flot – il y a tellement de pétrole que cette eau ne coûte pratiquement rien – et on se croirait en plein désert verdoyant comme si on se trouvait dans la Silicon Valley. Cet endroit veut devenir avec ses dollars qui dégoulinent comme le pétrole des puits un hub régional de la high-tech et tout est permis y compris les projets les plus fous comme par exemple ce drone-taxi, le « Volocopter », de fabrication allemande comme il se doit, qui va décongestionner les rues de la ville car il servira de taxi pour deux personnes qui le réserveront avec leur téléphone portable. Cet engin futuriste est équipé de 18 rotors, de toute une série d’équipements annexes de sécurité comme un parachute qui se déploie en cas de panne pour que les deux passagers privilégiés touchent le sol en toute sécurité ainsi que des batteries additionnelles lui permettant une autonomie de 30 minute si le système calé sur le GPS ne permettait pas à l’ordinateur de transporter automatiquement les deux passagers à bon port.

Les deux « clients » plutôt aventureux ont en effet confié leur sort à un drone qui en d’autres lieux sert à assassiner des innocents, pas très loin de Dubai d’ailleurs, mais c’est une autre histoire … La société Volocopter a mis le paquet (https://www.volocopter.com/en/) et décroché ce contrat juteux avec la ville de Dubai pour transporter comme n’importe quel taxi Uber des clients fortunés. L’histoire ne dit pas quel est le prix du transport de l’aéroport à un hôtel en centre-ville ni si les passagers n’ont pas éprouvé la plus grande peur de leur vie que de se trouver dans un hélicoptère étrange sans pilote, en quelque sorte livrés à eux-mêmes. J’éprouve déjà la plus grande peine à comprendre l’intérêt des voitures, des camions et maintenant des bateaux sans pilote, là j’avoue que je suis complètement bluffé par l’inquiétante dérive dans laquelle l’humanité s’engouffre – encore faut-il être assis sur des matelas de pétro-dollars pour ce faire et la firme allemande qui a répondu à l’appel d’offre de Dubai va réaliser de substantiels chiffres d’affaire, merci pour eux.

Alstom dans la tourmente …

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La Suisse a doublé la France dans les liaisons ferroviaires transalpines vers l’Italie à la suite de l’achèvement du tunnel du Gothard. La liaison ferroviaire à grande vitesse Lyon-Turin a été repoussée aux calendes gréco-romaines, trop chère, anti-écolo, pas certaine d’être rentable, bref pour aller de Lyon à Milan on continuera à emprunter les sentiers muletiers, c’est mieux pour la nature. Les Suisses, conscients de leur statut d’enclave au milieu de l’Union Européenne, ont mis plus de dix ans pour percer le tunnel du Gothard et ils n’ont pas attendu pour équiper cette ligne de trains à grande vitesse qu’Alstom leur propose ses services. En bon gestionnaires de leur industrie les Helvètes ont confié la construction de 29 rames de 400 mètres de long capables de transporter jusqu’à 250 km/h 810 passagers assis à une entreprise suisse. Les trains appelés « Giruno » ont été construits par la société Stadler Rail basée à Bussnang dans le canton de Thurgovie à l’extrême nord-est de la Confédération.

Dans des délais très brefs cette liaison à grande vitesse sera prolongée jusqu’à Bâle via les cantons du Tessin et Lucerne. Reste donc l’utilité de la liaison Lyon-Turin-Milan … La Suisse a tout simplement pris de court la région Rhône-Alpes et la société Alstom dont j’ai dénoncé le marketing désastreux sur ce blog.

Source et illustration : RST.info Relire aussi : https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/08/27/souvenirs-souvenirs/

Nouvelles de Tenerife : Il y a 40 ans l’accident aérien le plus meurtrier

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Dans une dizaine de jours j’irai à l’aéroport de Los Rodeos maintenant rebaptisé Tenerife Norte (code TFN) pour voler vers le Japon via Madrid puisqu’il existe enfin (!) des liaisons directes Madrid-Tokyo Narita. Cet aéroport de Tenerife Norte maintenant moderne reste tout de même dans les mémoires puisque sur sa piste d’envol eut lieu l’accident aérien le plus meurtrier qu’ait connu l’aviation civile, 583 morts, à la suite d’une conversation mal comprise entre la tour de contrôle et les pilotes de deux Boeing 747, l’un de la PanAm et l’autre de KLM. L’accident eut lieu il y a 40 ans, au milieu du calme après-midi de ce dimanche 27 mars 1977. Pour l’anecdote ma novia (fiancée ou « petite-amie » en français) habitait et habite toujours à Los Rodeos, un faubourg de San Cristobal de la Laguna. Elle souffrit pendant plusieurs jours de l’odeur de viande (humaine) brûlée par le gigantesque incendie provoqué par les réservoirs pleins de kérosène.

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Elle en garde encore aujourd’hui un souvenir tenace, ne pouvant pas ouvrir les fenêtres de son appartement tant l’odeur était insupportable, souvenir d’autant plus tenace que cet accident fut indirectement provoqué par une alerte à la bombe à l’aéroport de Las Palmas (Gran Canaria) et ces deux avions furent détournés vers Tenerife, alerte à la bombe émanant des mouvements indépendantistes canariens … Le frère de ma copine, qui travaillait à l’aéroport dans l’équipe de pompiers et intervint donc directement sur le lieu de l’accident ne put avaler de viande pendant plusieurs années, la simple odeur de viande grillée le dégoutait.

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Voici quelques clichés de cette catastrophe terrible dont réchappèrent seulement 61 personnes du vol PanAm, un vrai miracle ! Et pourtant l’avion est un moyen de transport infiniment plus sûr que la voiture ou le train.

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Note : Il existe à l’entrée de l’aéroport un horrible monument en ferraille plus ou moins rouillée qui commémore cet accident, à l’image de cette catastrophe que la mémoire locale tente d’oublier. Ce prochain dimanche 3 avril 2017 une brève cérémonie sera organisée à l’entrée de l’aéroport pour commémorer cette catastrophe. Illustration : The Telegraph.

Souvenirs, souvenirs …

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Au printemps de l’année 1984, je suis arrivé depuis Paris à l’aéroport de San Francisco, j’ai loué une Chevrolet de grosse cylindrée pour me rendre par la route à Sacramento, capitale de l’Etat de Californie. J’avais un rendez-vous très spécial car il s’agissait de vendre le TGV français à la Californie pour établir une liaison grande vitesse entre San Francisco et Los Angeles avec une subséquente prolongation vers San Diego.

La société Alsthom qui ne m’avait pas officiellement mandaté pour cette tentative de marketing était plutôt réticente et ne connaissait absolument rien du tout aux possibles développements de la technologie unique au monde de son TGV dont la particularité par rapport au Shinkansen japonais, un autre train à grande vitesse qui existait déjà et qui a largement fait depuis ses preuves de fiabilité, est la conception des bogies solidaires des deux voitures adjacentes munies d’amortisseurs pneumatiques.

J’avais avec moi un dossier technique détaillé que m’avait été confié avec un certain dédain par la direction d’Alsthom qui ne croyait pas un mot en la véracité de ma démarche.

Dans les affaires, si on ne tente rien il vaut mieux rester chez soi. Les représentants du gouvernement californien me reçurent poliment et ne cachèrent pas leur admiration pour la technologie ferroviaire française mais ma visite et les négociations qui s’en suivirent furent sans suite. Je n’invente rien, je ne suis pas un mythomane, j’étais bien mandaté pour tenter de vendre les technologies françaises de pointe et pas seulement dans le domaine ferroviaire mais également dans le domaine du nucléaire civil.

Bref, ce n’est pas vraiment l’Etat de Californie qui freina des quatre fers mais plutôt Alsthom. Jamais ils n’ont cru que ma démarche pourrait déboucher sur un marché très juteux pour l’industrie française, pour eux le marché américain n’existait pas, tout simplement, car les Américains se déplacent en avion ou en voiture, point barre. Alsthom n’a jamais tenté par la suite de pénétrer le marché américain car l’inertie de cette entreprise dans ses prises de décision était notoire pour ne pas dire déplorable.

Plus de 30 ans plus tard, je viens d’apprendre que, selon une dépêche d’agence AWP, la compagnie AmTrack, l’équivalent de la SNCF, vient de commander des rames de TGV à Alsthom, sensiblement identiques à ceux qui circulaient entre Paris et Lyon à l’époque où je tentais d’en vendre aux Californiens mais cette fois sur la côte est pour relier Boston à Washington sur une distance de 730 km. La ligne à grande vitesse est en construction et, ironie de l’actualité, une ligne à grande vitesse est également en construction entre San Francisco et LA.

Dépêche d’AWP du 26.08.2016 à 22H06 (illustration SNCF)

Bref récit de voyage

Je suis revenu dans mon île après un long, très long périple : 40 heures porte à porte ! Je ne voyagerai plus du Japon aux îles Canaries en embarquant dans des compagnies plus ou moins low-cost avec des transits qui n’en finissent pas. D’abord à Shanghai, puis à Roissy où j’ai découvert le terminal 3, vraiment créé pour des back-packers habitués à l’inconfort, des kilomètres de marche sous la pluie avec un froid glacial en trainant une valise roulant sur un macadam de mauvaise qualité, des heures de queue pour arriver au check-in, un hall ressemblant plutôt à une cour des miracles, bref, j’ai fait l’épuisante expérience consistant à économiser quelques centaines d’euros au prix d’une fatigue tenace.

Je ne parle même pas des repas servis sur les vols long courrier, tout simplement inmangeables.

Tout est redevenu presque normal à Madrid …

Ce bref billet pour m’excuser auprès de mes lecteurs qui n’ont pas pu lire ma prose quotidienne ce dernier samedi et à qui je promets au cours de la journée une autre lecture.

La SNCF : un modèle pour l’étranger ?

Hier mardi, je pensais à ma petite-fille en pleine période d’écrits des concours des grandes écoles d’ingénieurs perturbée par la grève des employés de la SNCF, la énième grève et certainement pas la dernière à moins qu’un gouvernement lucide décide d’interdire tout simplement cette prise en otage de toute la population par des syndicalistes radicaux qui osent revendiquer je ne sais quoi alors qu’une grande partie de la population active française est au chômage quoiqu’en disent les dernières statistiques évidemment bidouillées pour que « ça aille mieux ».

Le sommaire de l’édition en ligne du soir du quotidien Les Echos titrait ceci (capture d’écran) :

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J’ai, comme vous, relevé sans lire l’article cette perle : « un modèle que l’étranger nous envie ». Je séjourne en ce moment à Tokyo et j’ai eu comme une crise de fou-rire intérieur. Il faut raconter les faits dans le détail pour apprécier la saveur de ce modèle qu’est la SNCF envié par l’étranger. Le Japon est-il inclus dans ces étrangers ? Certainement pas ! Pour rentrer à la maison après avoir déjeuné avec mon fils à Chiyoda City, c’est-à-dire Ginza, je prend la Yamanote à Shimbashi en direction de Ueno. La station de train et de métro de Shimbashi est un peu merdique en ce moment parce qu’elle est en totale réfection mais tout est organisé pour que les centaines de milliers de personnes qui l’empruntent quotidiennement ne soient pas incommodées.

Je rappelle aux Parisiens que cette ligne de train, la Yamanote, est circulaire, sa longueur est sensiblement identique à celle du périphérique parisien et elle interconnecte les usagers par 29 stations à une multitude d’autres lignes de trains et de métros. Je change de train à la station Kanda qui était encore en travaux il y a un an et qui a été entièrement rénovée. Je prend alors la Chuo rapide (pas la « special rapid » qui ne s’arrête pas à la station où je descend) en direction de Mitaka puis Ome et très loin jusqu’à Otsuki à l’ouest de Tokyo.

À Kanda j’ai eu l’impression que la JR (Japan Rail) avait organisé un retard par solidarité avec la SNCF : le prochain train était affiché à 14h12 et normalement tous les trains sont à l’heure à la seconde près car tout est automatique. Hier après-midi le train avait un retard de 10 minutes. Vent de panique et de stupeur à la station ! Le chef de gare s’est confondu en excuses par haut-parleur expliquant, bien que je n’aie rien compris sur le moment, que le retard était dû à un incident à la station de Yotsuya et qu’il n’y avait plus de train à la station Tokyo, terminus de la ligne Chuo. L’annonce a été reprise ensuite en anglais, en chinois et en coréen, ouf !

Les retards de trains sont un fait rarissime à Tokyo. Les trains sont toujours à l’heure sauf s’il y a un incident du genre suicide ou tremblement de terre. De plus il n’y a jamais de grèves : la culture de l’exactitude ferroviaire est profondément ancrée dans l’esprit de tous les employés des lignes de trains car il y a aussi des lignes privées utilisant les voies qui font partie du domaine public et tout doit fonctionner à la minute près sinon ce serait une terrible pagaille dans une agglomération de 38 millions d’habitants qui n’utilisent que le train ou le métro pour se déplacer. J’en profite pour mentionner que certaines lignes de métro sont aussi des trains de banlieue du genre RER à Paris et que leurs terminus se trouvent parfois à des dizaines de kilomètres.

Je demande donc à Olivier Pastré, journaliste des Echos quel est le modèle ferroviaire français tant envié par l’étranger. Les TGV ? Ce sont de vraies poubelles avec des toilettes inutilisables, les TER ? Ils sont toujours en retard, les RER pour les Parisiens ? On se demande dans quel pays on se trouve tant ils sont sales, recouverts de graffitis, lents et vétustes … Le modèle français ? Permettez-moi Monsieur Pastré d’avoir un gros fou-rire. De toute évidence vous n’êtes jamais allé au Japon et vous n’avez jamais pris de train – Shinkansen compris – ni à Tokyo ni à Osaka.

Vendredi prochain je rentre chez moi et pour aller à l’aéroport de Narita je sais que les trains seront ponctuellement à l’heure et qu’il n’y aura naturellement pas de grève … Vive le modèle ferroviaire japonais !