L’ombre fasciste de la nuit la plus longue de l’opération Barbarossa hante toujours l’Europe. C’est incroyablement préoccupant

Article de Finian Cunningham paru le 22 juin sur le site strategic-culture.org. « Pour comprendre le présent il faut connaître le passé »*.

Cette semaine marque le quatre-vingtième anniversaire de l’invasion nazie de l’Union soviétique. Il s’en est suivi une longue nuit d’horreur au cours de laquelle la Seconde Guerre mondiale s’est intensifiée pour anéantir des dizaines de millions de vies. L’opération Barbarossa a été lancée le 22 juin 1944, à quelques heures du solstice d’été, le jour le plus long de l’année dans l’hémisphère nord. L’invasion comprenait 3,3 millions de soldats du Reich nazi déployés sur une ligne de front de près de 3 000 kilomètres. Elle est considérée comme la plus grande force d’invasion de l’histoire militaire. L’Allemagne nazie était déjà en guerre avec la Grande-Bretagne et la France après avoir conquis la Pologne en septembre 1939. Mais ce qui a suivi dans l’offensive contre l’Union soviétique était la solution finale du génocide nazi à plein régime.

Parmi les troupes régulières de la Wehrmacht se trouvaient des escadrons de la mort SS dont la tâche infernale assignée par les dirigeants nazis était l’extermination des Juifs, des Slaves et des Bolcheviks. Au cours des deux années et demie qui ont suivi avant que l’Armée rouge ne repousse et finalement anéantisse l’Allemagne nazie, jusqu’à 27 millions de citoyens soviétiques mourraient de violence et de privation.

De nombreuses victimes ont été tuées dans des massacres à grande échelle ou après avoir été parquées dans des camps d’extermination, dont la plupart ont été créés sur le territoire polonais. Les plus connus étaient Auschwitz, Treblinka, Belzec, Chelmno, Sobibor et Majdanek, où les chambres à gaz et les crématoires ont fait des millions de morts.

Lors d’une cérémonie de commémoration à Berlin, le président allemand Frank-Walter Steinmeier a parlé solennellement de la guerre nazie lancée contre l’Union soviétique, qualifiant son horreur de « barbarie meurtrière ».

« Dès le premier jour, la campagne allemande a été motivée par la haine, l’antisémitisme et l’anti-bolchevisme, par la folie raciste contre les peuples slaves et asiatiques de l’Union soviétique », a déclaré Steinmeier. « Ceux qui ont mené cette guerre ont tué de toutes les manières possibles, avec une brutalité et une cruauté sans précédent », a-t-il ajouté. « C’était la barbarie allemande, elle a coûté des millions de vies et a dévasté le continent ».

Une correction importante à ces remarques est qu’il ne s’agissait pas uniquement de « barbarie allemande ». La machine à tuer nazie a été aidée et encouragée par d’autres forces européennes, y compris des rangs de collaborateurs d’Ukraine, de Pologne, de Roumanie, de Hongrie, entre autres, ainsi que des États baltes d’Estonie, de Lettonie et de Lituanie. C’était la barbarie fasciste.

L’Allemand Steinmeier a poursuivi en déclarant : « Seuls ceux qui apprennent à lire les traces du passé dans le présent pourront contribuer à un avenir qui évite les guerres, rejette la tyrannie et permet une coexistence pacifique en toute liberté ».

Et c’est ce qui est déconcertant. De nombreux hommes politiques à travers l’Europe et aux États-Unis semblent incapables de lire « les traces du passé dans le présent » pour éviter les guerres et permettre une coexistence pacifique. L’expansion incessante des forces de l’OTAN autour des frontières de la Russie se poursuit sans relâche et avec une rationalisation inquiétante. Comme l’a souligné le président russe Vladimir Poutine dans un article publié dans les médias allemands cette semaine pour commémorer le 80e anniversaire de l’opération Barbarossa, l’expansion imprudente de l’OTAN menace directement la sécurité de l’Europe.

Lors de son sommet annuel qui s’est tenu la semaine dernière à Bruxelles, l’alliance de l’OTAN dirigée par les États-Unis a vilipendé à plusieurs reprises la Russie pour avoir « menacé la sécurité de l’Europe ». Ces accusations déforment la réalité. C’est la posture offensive de l’OTAN envers la Russie qui met en péril la stabilité stratégique.

Comme Poutine l’a noté, lorsque la guerre froide entre l’Occident et l’Union soviétique a pris fin il y a trois décennies, l’Europe a manqué une occasion de faire évoluer les structures de sécurité dans le cadre d’un partenariat avec la Russie. Sous la direction des États-Unis, l’OTAN est devenue une agence de recrutement contre Moscou. Confrontation au lieu de coopération. Malheureusement, il y a peu de signes de ce changement dynamique, malgré les appels de la Russie pour des relations plus raisonnées.

L’alliance de 30 membres comprend désormais des États européens dont les politiciens expriment une russophobie ouvertement déclarée. Sous l’influence malsaine des partis ultranationalistes polonais et baltes, s’est développé un révisionnisme inquiétant concernant la Seconde Guerre mondiale, ou la Grande Guerre patriotique comme on l’appelle en Russie, où les crimes de l’Allemagne nazie sont assimilés, de manière méprisable, aux crimes de l’ère soviétique.

La polarisation de l’Europe a été une politique délibérée sous l’OTAN qui a entraîné des tensions extrêmes entre les États-Unis et leurs alliés, d’une part, et la Russie de l’autre. La désignation de l’Ukraine et de la Géorgie, deux anciennes républiques soviétiques, pour devenir membres de l’OTAN est une provocation calculée contre la Russie. Cette décision pourrait potentiellement voir des missiles balistiques américains installés à la frontière de la Russie par une alliance militaire qui définit la Russie comme une menace pour l’Europe.

Lors de la récente cérémonie commémorative présidée par le président allemand Steinmeier pour rappeler au monde la pire horreur de l’histoire moderne, il faut déplorer que l’ambassadeur d’Ukraine ait refusé d’y assister. L’événement a eu lieu au Musée germano-russe de Berlin. C’était le site où l’Allemagne nazie a signé une capitulation inconditionnelle le 8 mai 1945, devant des représentants de l’Union soviétique, des États-Unis et de la Grande-Bretagne. (La date était le 9 mai à l’heure de Moscou.)

L’ambassadeur ukrainien Andrij Melnyk a rejeté l’invitation car il a déclaré que le lieu était « un affront » car trop axé sur les souffrances de la Russie.

C’est alors que les forces ukrainiennes soutenues par l’OTAN sous le contrôle d’un régime de Kiev qui glorifie les collaborateurs nazis bombardent le peuple russe de l’est de l’Ukraine dans une guerre qui dure depuis plus de sept ans. Le régime de Kiev a été porté au pouvoir par un coup d’État soutenu par les États-Unis et l’Europe contre un président élu en février 2014. Le régime est enhardi dans son agression anti-russe par le soutien financier et militaire de Washington et de Bruxelles.

Il est en effet troublant de constater que même lorsque des dirigeants comme le président allemand Frank-Walter Steinmeier semblent parler solennellement et sagement de l’horreur de la guerre, il y a toujours un manque étonnant de conscience du danger de guerre comme en témoignent les politiques de Washington et de ses alliés. Est-ce vraiment un manque de conscience ou quelque chose de plus cynique ?

L’ombre fasciste de la nuit la plus longue de l’opération Barbarossa hante toujours l’Europe. C’est incroyablement désolant. *Citation ajoutée par votre serviteur et dont j’ai oublié l’auteur.

Retour sur l’ « agent orange », le cas de Madame Tran To Nga

Qui se souvient de la pire défaite de l’armée française depuis 1940 ? Je vais rafraichir la mémoire de mes lecteurs car je m’en souviens très bien. J’étais en pension, j’avais un peu plus de 8 ans et tous les soirs nous écoutions le bulletin d’information à la radio qui entre novembre 1953 et mai 1954 égrenait le nombre de morts dans les rangs de l’armée française. Au cours du siège de Dien bien Phu il y eut officiellement 2293 morts et 11721 prisonniers du côté français et nul ne sait quelles furent les pertes du Viet-Cong. Près de 9000 de ces prisonniers français moururent en captivité. Je m’en souviens, car ces évènements marquèrent à jamais ma mémoire de jeune enfant, qu’on ne parla jamais des prisonniers, du moins en ce qui concernait leur nombre et leur sors. Puisqu’après cette cuisante défaite la France envoya à nouveau des troupes se battre en Algérie il est facile aujourd’hui de critiquer les Américains va-t-en-guerre à nouveau avec l’équipe du vieux Joe, une obsession des démocrates américains car les Français n’ont cessé de faire la guerre pendant plus de dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale. Il n’y a pas lieu de s’en vanter. Quand les Français se retirèrent du Vietnam ce furent donc les Américains qui prirent la relève « au nom de la démocratie » et ils n’ont jamais cessé depuis de faire la guerre presque dans le monde entier toujours au nom de la démocratie. Les Français se battaient pour maintenir leur empire colonial mais les Américains se battaient se se battent toujours pour la démocratie. J’avoue que j’ai de la peine à comprendre l’attitude de nos « amis » américains car leur notion de démocratie m’échappe.

Bref, quand les Américains prirent la relève au Vietnam, après la guerre de Corée qui se terminait à peine, ils employèrent les grands moyens : des millions de tonnes de bombes et plus de quarante mille tonnes de défoliant pour repérer les mouvements du Viet-Cong lourdement appuyé par l’armée chinoise dans la forêt tropicale dense. Le produit défoliant était supposé contenir du 2,4,5-T, un défoliant ayant des propriétés herbicides puissantes maintenant interdit mais la commande de l’armée américaine auprès des compagnies de phytochimie s’appelait poétiquement l’ « agent orange » et c’est à ce moment-là que commence l’histoire de Madame Tran To Nga.

Contaminée alors qu’elle était une toute jeune fille cette franco-vietnamienne a toujours combattu pour que le Vietnam soit indemnisé des ravages profonds provoqués par l’agent orange. Tous ses enfants ont souffert de malformations et de diverses maladies dont l’explication se trouve dans le fait que la dioxine présente dans l’agent orange est un agent mutagène puissant et les mutations délétères se transmettent à la descendance (voir infra).

Encore aujourd’hui l’administration américaine et le Pentagone ont toujours refusé de reconnaître leur responsabilité : on était en temps de guerre, les pires crimes contre l’humanité n’étaient pas reconnus et la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) était tout simplement ignorée. Si le gouvernement fédéral américain a finalement indemnisé des combattants victimes de l’agent orange à hauteur de 180 millions de dollars en 1984 il s’agissait essentiellement des fonctionnaires de l’armée américaine.

Madame Tran To Nga a décidé de s’attaquer aujourd’hui aux fabricants de l’agent orange. C’est un combat perdu d’avance car ni Dow Chemical ni Monsanto, les deux principales firmes impliquées à cette époque, ne se sentent coupables directement puisqu’elles devaient faire face à une commande massive de l’armée et par conséquent toutes les précautions de fabrication n’ont pas été prises, dans l’urgence, pour satisfaire ces commandes. L’impureté incriminée et le TCDD (2,3,7,8-tetrachloro dibenzodioxin). Cette molécule s’intercale entre les appariements ioniques des bases puriques et pyrimidiques de l’ADN et provoque des erreurs de lecture au cours de la réplication de l’ADN lors par exemple d’une division cellulaire avec apparition de cancers ou pire lors de la gamétogenèse avec transmission à la descendance des erreurs de réplication.

Pour conclure ce billet je voudrais relater l’histoire de la belle-soeur d’origine laotienne d’un de mes amis français résidant ici qui date de seulement d’hier premier mars 2021. Elle a une quarantaine d’années et a eu deux filles qui ont aujourd’hui 14 et 12 ans. L’aînée souffre d’une forme rare de dysfonctionnement de la lignée sanguine blanche avec un fort déficit en plaquettes découvert il n’y a que quelques jours. Il peut s’agir d’une conséquence sur le long terme de l’agent orange puisque le Laos n’a pas été épargné par l’armée américaine lors de la guerre du Vietnam, ce pays étant considéré comme base-arrière et complice du Viet-Cong. La grand-mère de cette jeune adolescente a peut-être été exposée à l’agent orange lors de cette guerre et a transmis une ou plusieurs mutations à sa fille que celle-ci a transmis à l’une de ses filles. Si une mutation ne se trouve que sur l’un des allèles il y a une chance sur deux qu’elle soit transmise à la descendance. Si le gène de l’un des allèles est défectueux il peut être compensé en partie ou totalement par le gène sain. Cette Laotienne, disposant des deux allèles n’a pas souffert de symptômes délétères mais l’une de ses filles a récupéré l’allèle défectueux et pour une raison inconnue le (ou les) gène défectueux s’est exprimé. Ceci peut expliquer pourquoi peut apparaître au cours de la deuxième génération ce type de problème. Cette jeune adolescente a été prise en charge à l’hôpital à Bordeaux … Mais mon hypothèse est peut-être spéculative.

Source partielle et illustration : globalresearch.ca

Brève. Paris, premier mars 1871, les Parisiens se confinent volontairement …

Il y a 150 ans, ce premier mars 1871, conformément aux disposition arrêtées dans la convention d’armistice signée le 26 février par Guillaume Ier et Adolphe Thiers l’armée allemande défile dans Paris. Les termes de cette convention sont humiliants : la France cède à l’Empire allemand récemment proclamé au château de Versailles l’Alsace et la Lorraine mais garde la place de Belfort qui est toujours restée française durant le conflit car vaillamment défendue par le colonel Denfert-Rochereau. En outre la France doit payer à l’Allemagne une indemnité de guerre de 5 milliards de francs-or. Cette convention stipule que l’armée allemande pourra défiler le premier mars sur les Champs-Elysées.

Des détachements de l’armée allemande entrent dans Paris à 10 heures du matin en empruntant l’Avenue de la Grande Armée, arrivent jusqu’à l’Arc de triomphe et descendent l’Avenue des Champs-Elysées. Tout le quartier est gardé par des bataillons de la garde nationale française. Les Allemands vont brièvement occuper le quartier des Champs-Elysées et du faubourg Saint-Honoré. Les Parisiens ont fermé tous les volets des logements, tous les rideaux des magasins ont été baissés, les rues sont désertes … ils se sont tous confiné chez eux pour ne pas voir les pointes des casques prussiens qui préfigurent les « spikes » du coronavirus qui aboutiront à un confinement non pas spontané de la population mais imposé par le pouvoir fascistoïde (cf. Emmanuel Todd) installé dans le faubourg Saint-Honoré aujourd’hui. Comme ils le sont aujourd’hui, ces Parisiens, excédés, humiliés, sacrifiés par un gouvernement fantôme et des représentants du peuple ayant fui à Bordeaux, comme l’Assemblée Nationale qui n’est plus aujourd’hui qu’un vulgaire bureau d’enregistrement des décrets liberticides émanant du prince, vont faire exploser leur ras-le-bol quelques semaines plus tard …

Cent cinquante ans plus tard la France est à nouveau asservie par l’Allemagne et aux ordres des européistes. Miné par une guerre commerciale impitoyable le pays est devenu un désert industriel, la population s’appauvrit, les agriculteurs se suicident et « les quartiers » sont devenus des îlots de non-droit. Tout est à nouveau réuni pour que le peuple, les Gaulois réfractaires, s’insurge à nouveau. L’histoire va-t-elle se répéter ?

Source et illustration : Wikipedia

Brève. Il y a 150 ans … à Paris

Alors que les vols à l’étalage commencent aujourd’hui à prendre une ampleur inquiétante à Paris et dans les grandes villes françaises car de plus en plus de Français (et de Français un peu moins Français) ont faim, il y a 150 ans les Parisiens, assiégés par les Prussiens, commençaient à vraiment souffrir de la faim.

Je lis (Wikipedia) : « ce 16 décembre 1870 les vivres diminuent, la viande qui était rationnée manque totalement ainsi que le bois et le charbon. Le gouverneur de Paris ordonne la réquisition des chevaux, des ânes et des mulets pour les abattre et les manger. On mange du chat, du chien et on chasse les rats » (pour les manger).

Il faudra attendre quelques jours seulement pour que les températures descendent en dessous de moins 10 degrés, ce qui aggravera considérablement la situation sanitaire des Parisiens dont on déplorera parmi eux des décès massifs, par exemple du 11 au 15 décembre 2728 morts, outre les victimes des bombardements.

On est en guerre contre le coronavirus avait dit le Président Macron, il y a 150 ans, à Paris, c’était la guerre, la vraie guerre avec le froid, les pénuries de nourriture, et la totale incurie des politiciens et des militaires. Comme aujourd’hui les Français n’étaient plus gouvernés que par décrets, on était en guerre (comme aujourd’hui), et ils souffraient. Le SARS-CoV-2 a autorisé les autorités politiques françaises à réduire les libertés individuelles en cette année 2020 et à prendre des mesures totalement contraires à la constitution. En 1870, il y a 150 ans, les Parisiens étaient plus libres qu’aujourd’hui ! Macron a revêtu des habits de dictateur et ses sbires sont aux ordres, la police est devenue une milice pro-gouvernementale. Qu’il fasse aussi froid cet hiver qu’en 1870-1871 (moins 9 degrés le 24 décembre 1870) alors les Français pourront à nouveau faire la révolution et embastiller tous ces malfaisants.

Pétition à la Chambre des Députés (1822)

Si on fait un petit retour dans l’histoire de la France, on constatera que les gouvernements ont souvent (trop souvent) méprisé le petit peuple, abrités sous les lambris dorés de la République et dans le cas présent de la royauté au cours de la Restauration, période de 15 années qui suivit la chute de l’Empire français, elle-même suivie de la Révolution de 1830 dite des « Trois Glorieuses » qui établira la monarchie de Juillet, ressemblant au système anglais mais mal ficelé. La pétition qui est l’objet de ce billet a été adressée au Parlement en 1822 pour protester contre les mesures prises par le gouvernement empêchant les villageois de tout simplement se divertir. Il est intéressant de replacer la pétition de Paul-Louis Courier, journaliste et essayiste, dans son contexte politique. La monarchie parlementaire, c’est Louis XVIII qui est sur le trône pour quelques mois encore, est dirigée par le ministre Villèle. Celui-ci a été « parachuté » par les « Ultras », royalistes très proches de l’Eglise, à la tête du gouvernement. Ces Ultras sont sous la coupe du comte d’Artois (futur roi Charles X quelques mois plus tard), un personnage très pieux, et ont obtenu que le gouvernement durcisse la censure de la presse et régente au plus près la vie quotidienne en tentant d’interdire tout comportement qui ne respecterait pas les enseignements de l’Eglise toute puissante.

Les festivités dans les villages de la France profonde, peuplée de d’agriculteurs et de petits artisans juste bons à payer des impôts, sont progressivement interdites dans les bourgs ruraux car ce sont des « rites païens », les garçons se laissant aller à la boisson et les filles se laissant volontiers trousser derrière la première meule de foin ou de paille trouvée. Paul-Louis Courier ose donc envoyer cette pétition au Parlement. Cette pétition restera comme on pouvait s’y attendre lettre morte : ( http://www.bmlisieux.com/litterature/courier/courie01.htm ), lettre morte d’autant plus que le parlement n’avait pratiquement aucun pouvoir, comme aujourd’hui !

Le parallèle entre la France de 2020 et celle des années 1820, il y a donc deux-cents ans, est tout à fait frappante en ce qui concerne l’attitude du gouvernement vis-à-vis de la population. Cette attitude n’a pas changé et se résume en un mot : mépris. Les constantes de la vie des Français n’ont pas évolué en deux siècles à deux exceptions près. D’abord la disparition dans la vie quotidienne de l’omniprésence de l’Eglise, l’Etat, dans sa grande clairvoyance, n’ayant jamais pu remplacer certains enseignements de l’Eglise comme notamment la morale. Ensuite l’autre différence majeure est la désertification des campagnes au profit des villes, petites ou grandes. En 1820, près de 80 % de la population française est rurale, la révolution industrielle ne modifiera le quotidien des Français qu’à partir du second Empire. Avec ces changements l’Etat centralisé a trouvé de nouveaux prétextes et de nouveaux moyens pour toujours emmerder, et de plus en plus, les Français. Cette histoire des bals du village d’Azai (Azay-sur-Cher près du château éponyme) et de leur interdiction est d’une actualité saisissante. L’histoire ne dit pas s’il y avait des chauve-souris et des coronavirus à l’époque mais il est certain qu’il n’y avait pas de multinationale livrant à domicile des tubes de rouge à lèvre, des casseroles ou des tournevis que les supermarchés n’ont plus le droit de vendre …

Il y a 400 ans presque jour pour jour : l’Edit de Pau

En 1589 le roi de Navarre Henri III devient roi de France après avoir abjuré sa religion protestante. On est en pleine guerre civile dans le royaume de France. Les Français s’entretuent pour des histoires de transsubstantiation et de trinité divine. Henri III de Navarre, de sang Bourbon par son père sera sacré roi de France à Chartres sous le nom de Henri IV. Curieusement il restera « propriétaire » de ses domaines d’une étendue considérable s’étendant sur la presque totalité de l’Aquitaine actuelle et comprenant également la principauté d’Andorre. Tout ce sud-ouest plus tard rattaché au royaume de France, nous allons le découvrir, est majoritairement protestant et pour apaiser son peuple et surtout ses sujets de ce grand Sud-Ouest, Henri IV restant au fond de lui-même un protestant convaincu mettra en place l’Edit de Nantes en 1598 deux ans avant son assassinat par un catholique fanatique. Cet édit obtenu après de multiples péripéties mettra fin à la sanglante guerre de religion qui dura trente ans et ravagea la France. Un calme relatif s’instaurant le roi entreprend une série de réformes économiques et, comme les Français ont toujours su le faire, la prospérité revient dans un royaume apaisé. L’essor des arts et des lettres, de l’artisanat et du commerce vont faire renaître une France dévastée par cette guerre fratricide ponctuée de massacres tous aussi écœurants les uns que les autres.

Approchant de la cinquantaine et sans héritier, son union avec Marguerite de Valois (dite la Reine Margot) est sans descendants, Marguerite s’exile dans un château dans le Massif central et rendra l’âme en 1615, Henri IV obtient l’annulation de son mariage par le pape et à la suite du décès de sa compagne Gabrielle d’Estrée qui n’est pas de sang royal le roi épouse Marie de Médicis en la cathédrale Saint-Jean de Lyon en 1600 avec laquelle il aura un héritier mâle très rapidement, le futur roi Louis XIII. Passons sur les qualités de négociateur de Henri IV en pleine guerre de religion mêlant la diplomatie et les jupons (et de nombreux enfants illégitimes mais l’histoire est très diserte à ce sujet), il restait cependant la question du domaine personnel de Henri IV, l’ancien Henri de Navarre, assassiné en 1610. De multiples négociations complexes et à rebondissements aboutiront finalement à l’édit de Pau finalisé au début du mois d’octobre 1620 peu après l’accession au trône royal de Louis XIII après dix années de régence assurées par Marie de Médicis. Cet édit sera promulgué le 19 du même mois. Tout en préservant une certaine autonomie législative au Parlement de Pau ce document rattache de fait l’ensemble du domaine du « roi de Navarre » au royaume de France. Ces domaines comprenaient la Basse-Navarre, le Béarn, le Donezan et quelques marquisats aux confins de l’actuelle région Aquitaine ainsi que la principauté d’Andorre. À ce domaine du roi de Navarre l’édit de Pau réservera un statut spécial en instituant deux co-princes : le roi de France et l’évêque de Seo de Urgel. Il en est toujours ainsi aujourd’hui, le président de la république française étant co-prince d’Andorre.

Il y a donc 400 ans la France commençait à ressembler à ce territoire d’aspect hexagonal d’aujourd’hui. Le bon roi Henri IV restera celui qui a unifié la France et institué toutes sortes de réformes qui favoriseront par la suite l’essor de l’économie de ce pays. Il faut mentionner tout de même que la dot de Marie de Médicis était constituée de suffisamment de florins-or pour que Henri IV puisse rembourser la totalité de la dette du royaume de France à ses créditeurs qui étaient, ironie de l’histoire, en majorité des Florentins. Il y aurait beaucoup à dire sur la révocation de l’Edit de Nantes par ce mégalomane détestable que fut Louis XIV, le petit-fils de Henri IV, une erreur de ce monarque qui eut des conséquences négatives immenses pour le royaume, mais c’est hors du sujet de ce billet. Il est peu probable qu’un quelconque journaliste ou chroniqueur se hasarde à une mention spéciale à l’occasion de ce quatre-centième anniversaire de l’Edit de Pau, et pourtant …

On ne célèbre jamais les défaites de la République : la reddition de Bazaine

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Il y a 150 ans, en cette fin de mois d’août, vers le 18, le maréchal Bazaine, défait quelques jours auparavant par l’armée prussienne à Gravelotte, se réfugie à Metz, une ville fortifiée réputée imprenable. La deuxième armée prussienne s’installe alors autour de Metz pour l’assiéger le 20 août 1870. Le siège durera jusqu’à la fin du mois d’octobre alors que Napoléon III a été capturé le 2 septembre lors de la bataille de Sedan, et la capitulation de l’armée de Mac Mahon le même jour.

Cette résistance de la ville de Metz, traduction dans les faits de l’orgueil délirant de Bazaine, exacerbera la vengeance des Prussiens qui, le jour de la reddition de la ville le 28 octobre, se retrouvera de facto allemande, la ville de Metz devenant la préfecture de la « Lorraine allemande », le nouveau gouverneur étant le Comte Guido Henckel von Donnersmarck, bien avant la signature de l’armistice. La chute de la ville de Metz aura d’immenses répercussions dans l’opinion publique française et Bazaine sera plus tard condamné pour trahison et intelligence avec l’ennemi. Il a été contraint de livrer 226000 personnels militaires aux Allemands dont trois maréchaux et cinquante généraux. L’armement lourd de la ville de Metz contribuera à la mise en place du siège de Paris en 1870-1871 l’armée prussienne arrivant à Melun dès le 12 septembre 1870. On connait la suite …

Source : Wikipedia, peinture de Théodore Devilly décrivant l’adieu des soldats à leurs généraux près de la voie ferrée Paris-Metz

Les crimes de guerre de Truman à Hiroshima et Nagasaki (et Tokyo …)

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Ce mois-ci marque le 75e anniversaire des bombardements atomiques américains d’Hiroshima et de Nagasaki. Alors que les partisans de ces bombardements les ont longtemps justifiés en disant qu’ils ont raccourci la Seconde Guerre mondiale, le fait est qu’il s’agissait de crimes de guerre. La seule raison pour laquelle le président Truman et les pilotes qui ont largué les bombes n’ont pas été poursuivis en tant que criminels de guerre est que les États-Unis ont fini par gagner la guerre.

On a longtemps souligné que le Japon avait exprimé sa volonté de se rendre. La seule condition était que l’empereur japonais ne soit pas maltraité ou exécuté. Le président Truman a refusé d’accepter cette condition. Comme son prédécesseur Franklin Roosevelt, Truman a exigé une « reddition inconditionnelle ». C’est la raison pour laquelle le Japon a continué à se battre. Les responsables japonais ont naturellement supposé que les responsables américains allaient faire de très mauvaises choses à leur empereur, y compris la torture et l’exécution. Dans l’esprit des responsables japonais, pourquoi les États-Unis n’étaient-ils pas disposés à accepter cette condition, d’autant plus que cela aurait signifié la fin de la guerre ?

La sombre ironie est que Truman a fini par accepter la condition de toute façon, seulement après avoir pulvérisé les gens d’Hiroshima et de Nagasaki avec des bombes nucléaires.

Dans un excellent éditorial du Los Angeles Times intitulé « Les dirigeants US savaient que nous n’avions pas besoin de larguer des bombes atomiques sur le Japon pour gagner la guerre. Nous l’avons fait de toute façon », les auteurs soulignent :

« Sept des huit officiers cinq étoiles de l’armée et de la marine des États-Unis en 1945 étaient d’accord avec l’évaluation au vitriol de la marine. Les généraux Dwight Eisenhower, Douglas MacArthur et Henry «Hap» Arnold et les amiraux William Leahy, Chester Nimitz, Ernest King et William Halsey ont déclaré publiquement que les bombes atomiques étaient soit militairement inutiles, soit moralement répréhensibles, soit les deux ».

Gardez à l’esprit que rien dans les principes de la guerre n’obligeait Truman et Roosevelt à exiger la reddition inconditionnelle du Japon (ou de l’Allemagne). Les guerres peuvent être – et sont souvent – terminées par des conditions de reddition. Les deux présidents étaient prêts à sacrifier d’innombrables personnes des deux côtés du conflit pour satisfaire leur demande de reddition inconditionnelle.

Mais la demande de reddition inconditionnelle de Truman n’est pas la raison pour laquelle son action a constitué un crime de guerre. Ces attentats à la bombe constituaient des crimes de guerre car ils visaient la mort de non-combattants, y compris des enfants, des femmes et des personnes âgées, afin de provoquer la reddition inconditionnelle du gouvernement japonais.

Il a longtemps été considéré comme une règle de guerre que les armées combattent les armées en temps de guerre. Ils ne ciblent pas les non-combattants. Le meurtre intentionnel de non-combattants est considéré comme un crime de guerre.

Un bon exemple de ce principe concerne le cas du lieutenant William Calley pendant la guerre du Vietnam. Calley et ses hommes ont tiré et tué de nombreux non-combattants dans un village sud-vietnamien. Les victimes comprenaient des femmes et des enfants. L’armée américaine a poursuivi Calley comme criminel de guerre – et à juste titre. Bien que la mort de non-combattants survienne souvent accidentellement lors d’opérations de guerre, c’est un crime de guerre de les cibler spécifiquement pour la mort.

Truman a justifié son action en faisant valoir que les bombardements ont raccourci la guerre et, par conséquent, ont sauvé la vie de milliers de soldats américains et de Japonais si une invasion était devenue nécessaire. C’est une justification qui a été répétée depuis par les partisans de ces attentats à la bombe.

Cette justification pose cependant deux gros problèmes.

Premièrement, une invasion n’aurait pas été nécessaire. Tout ce que Truman avait à faire était d’accepter la seule condition de capitulation du Japon, et cela aurait signifié la fin de la guerre, sans les morts qui seraient survenues avec une invasion et qui sont survenues avec les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki (voir note en fin de billet).

Plus important encore, le fait que la vie de soldats américains aurait été sauvée n’est pas une justification morale ou légale pour cibler les non-combattants. Si Calley avait soutenu lors de son procès que ses actions visaient à raccourcir la guerre du Vietnam, sa défense aurait été rejetée. Il aurait encore été condamné pour crimes de guerre.

Les soldats meurent à la guerre. Telle est la nature de la guerre. Tuer des femmes, des enfants et des personnes âgées dans l’espoir de sauver la vie de soldats en raccourcissant la guerre n’est pas seulement un crime de guerre, c’est aussi un acte de lâcheté extrême. Si une invasion du Japon était devenue nécessaire pour gagner la guerre, entraînant ainsi la mort de milliers de soldats américains, alors c’est ainsi que fonctionne la guerre.

Il convient également de souligner que le Japon n’a jamais eu l’intention d’envahir et de conquérir les États-Unis. La seule raison pour laquelle le Japon a bombardé Pearl Harbor était dans l’espoir d’assommer la flotte américaine du Pacifique, non pas comme un prélude à l’invasion d’Hawaï ou de la zone continentale des États-Unis, mais simplement pour empêcher les États-Unis d’interférer avec les efforts du Japon pour sécuriser le pétrole dans les Indes néerlandaises.

Et pourquoi le Japon avait-il tellement besoin de pétrole pour déclencher la guerre contre les États-Unis? Parce que le président Franklin Roosevelt avait imposé un embargo pétrolier très efficace sur le Japon afin de pousser les Japonais à attaquer les États-Unis.

Le plan de FDR, bien entendu, a réussi, ce qui a fini par coûter la vie à des centaines de milliers de soldats américains et à des millions de citoyens japonais, y compris ceux d’Hiroshima et de Nagasaki.

Article paru sur le site de Jacob G. Hornberger « The Future of Freedom Foundation » le 5 août 2020, illustration : corps carbonisé d’un enfant à Nagasaki le 9 août 1945.

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Note. Le bombardement de Tokyo débuta à la fin du moins de novembre 1944 et se termina le 10 août 1945. Je suis allé visiter le musée Edo à Tokyo. On peut y voir des images effrayantes de ces bombardements qui firent au moins 1 million de morts et plusieurs millions de blessés, essentiellement des civils. Près de la moitié de la ville fut totalement détruite. L’illustration ci-dessus (Wikipedia) indique clairement que jamais les Américains ne ciblèrent les ponts et les voies ferrées car ces axes de communication devaient rester intacts en cas d’invasion et pour faciliter ensuite l’occupation du Japon après la capitulation de l’Empereur. L’armée américaine est toujours présente au Japon et la Maison-Blanche exige toujours que la BoJ achète des T-bonds américains qui ne seront jamais remboursés …

Quand la France rançonna Haïti : le plus grand hold-up de l’histoire.

Avant-propos. En cette période troublée par des faits divers amplifiés au niveau planétaire par des médias aux ordres ayant reçu pour consigne de divertir l’opinion afin qu’elle ne prenne pas conscience (ou au mieux le plus tard possible) qu’un gouvernement mondial se met progressivement en place à la suite de l’épidémie coronavirale dont il ne restera dans les livres d’histoire qu’une modeste mention en termes de mortalité si on considère la grippe espagnole, la grippe asiatique, la pandémie de HIV, la malaria ou la tuberculose, il est opportun de faire un retour vers l’histoire passée puisque la vie des Noirs est importante (Black Live Matters). Voici la traduction d’un article paru sur le site The Conversation relatif à la France et à sa colonie sur l’île d’Hispaniola. Je souhaite à tous mes honorables lecteurs de trouver là une information sans parti-pris d’un passé peu glorieux de la France soigneusement passé sous silence dans les livres d’histoire. Article de Marlene Daut, Université de Virginie, paru le 2 juillet 2020 sur le site The Conversation.

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À la suite de l’assassinat de George Floyd, des appels ont été lancés en faveur du démantèlement des services de police et des demandes de suppression de statues commémoratives. La question des réparations pour l’esclavage a également refait surface.

Une grande partie du débat sur les réparations a tourné autour de la question de savoir si les États-Unis et le Royaume-Uni devraient enfin indemniser certains de leurs citoyens pour les coûts économiques et sociaux de l’esclavage qui persistent encore aujourd’hui. Mais pour moi, il n’y a jamais eu de cas de réparation aussi clair que celui d’Haïti.

Je suis spécialiste du colonialisme et de l’esclavage, et ce que la France a fait au peuple haïtien après la révolution haïtienne est un exemple particulièrement notoire de vol colonial. La France a institué l’esclavage sur l’île au 17ème siècle, mais, à la fin du 18ème siècle, la population asservie s’est rebellée et a finalement déclaré son indépendance. Pourtant, d’une manière ou d’une autre, au XIXe siècle, on pensait que les anciens esclavagistes du peuple haïtien devaient être indemnisés, plutôt que l’inverse.

Tout comme l’héritage de l’esclavage aux États-Unis a créé une grande disparité économique entre les Américains noirs et blancs, la taxe sur la liberté que la France a forcé Haïti à payer – appelée à l’époque une «indemnité» – a gravement endommagé la capacité à prospérer de ce nouveau pays indépendant.

Coût de l’indépendance

Haïti déclara officiellement son indépendance de la France en 1804. En octobre 1806, le pays fut divisé en deux, Alexandre Pétion régnant au sud et Henry Christophe statuant au nord. Malgré le fait que les deux dirigeants d’Haïti étaient des vétérans de la Révolution haïtienne, les Français n’avaient jamais tout à fait renoncé à reconquérir leur ancienne colonie.

En 1814, le roi Louis XVIII, qui avait aidé à renverser Napoléon au début de l’année, envoya trois commissaires en Haïti pour évaluer la volonté des dirigeants du pays de se rendre. Christophe, s’étant proclamé roi en 1811, est resté obstiné face au projet exposé par la France de rétablir l’esclavage. Craignant une guerre, le plus éminent membre du cabinet de Christophe, le baron de Vastey, insista : « Notre indépendance sera garantie par les pointes de nos baïonnettes ! ».

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En revanche, Pétion, le souverain du sud, était disposé à négocier, espérant que le pays pourrait payer la France pour la reconnaissance de son indépendance.

En 1803, Napoléon avait vendu la Louisiane aux États-Unis pour 15 millions de francs. Utilisant ce montant comme un objectif, Pétion proposa de payer le même montant. Ne voulant pas faire de compromis avec ceux qu’il considérait comme des «esclaves fugueurs», Louis XVIII rejeta l’offre. Pétion mourut subitement en 1818, mais Jean-Pierre Boyer, son successeur, poursuivit les négociations. Les pourparlers, cependant, ont continué de caler en raison de l’opposition obstinée de Christophe.

« Toute indemnisation des ex-colons », déclara le gouvernement de Christophe, « était inadmissible ».

Après la mort de Christophe en octobre 1820, Boyer put réunir les deux côtés du pays. Cependant, même avec l’obstacle de Christophe disparu, Boyer n’a pas réussi à plusieurs reprises à négocier avec succès la reconnaissance de l’indépendance de la France. Déterminé à gagner au moins la suzeraineté sur l’île – ce qui aurait fait d’Haïti un protectorat de la France – le successeur de Louis XVIII, Charles X, a réprimandé les deux commissaires de Boyer envoyés à Paris en 1824 pour tenter de négocier une indemnité en échange de la reconnaissance.

Le 17 avril 1825, le roi de France change subitement d’avis. Il publie un décret déclarant que la France reconnaîtrait l’indépendance d’Haïti mais seulement au prix de 150 millions de francs – soit 10 fois le montant que les États-Unis avaient payé pour le territoire de la Louisiane. Cette somme était destinée à compenser les colons français pour la perte de revenus de l’esclavage.

Le baron de Mackau, que Charles X a envoyé pour délivrer l’ordonnance, est arrivé en Haïti en juillet, accompagné d’une escadre de 14 frégates de guerre armées de plus de 500 canons. Le rejet de l’ordonnance signifiait presque certainement la guerre. Ce n’était pas de la diplomatie. C’était de l’extorsion.

Avec la menace de violence qui se profile, le 11 juillet 1825, Boyer signe le document fatal, qui déclare: « Les habitants actuels de la partie française de Saint-Domingue paieront… en cinq versements égaux… la somme de 150 000 000 de francs, destinée à indemniser les anciens colons ».

La prospérité française bâtie sur la pauvreté haïtienne

Des articles de journaux de l’époque révèlent que le roi de France savait que le gouvernement haïtien était à peine capable d’effectuer ces paiements, car le total représentait plus de 10 fois le budget annuel d’Haïti. Le reste du monde semble convenir que le montant est absurde. Un journaliste britannique a noté que « l’énorme prix » constituait une « somme que peu d’États européens pouvaient supporter de sacrifier ».

Obligé d’emprunter 30 millions de francs aux banques françaises pour effectuer les deux premiers paiements, ce ne fut une surprise pour personne quand Haïti fit défaut peu de temps après. Pourtant, le nouveau roi de France a envoyé une autre expédition en 1838 avec 12 navires de guerre pour forcer la main du président haïtien. La révision de 1838, qualifiée à tort de « Traité d’Amitié » a réduit le montant restant dû à 60 millions de francs, mais le gouvernement haïtien a de nouveau été contraint de contracter des emprunts écrasants pour payer le solde.

Bien que les colons aient affirmé que l’indemnité ne couvrirait qu’un douzième de la valeur de leurs biens perdus, y compris les personnes qu’ils prétendaient être leurs esclaves, le montant total de 90 millions de francs était en fait égal à cinq fois le budget annuel de la France.

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Le peuple haïtien a subi de plein fouet les conséquences du vol de la France. Boyer a prélevé des impôts draconiens afin de rembourser les prêts. Et tandis que Christophe avait été occupé à développer un système scolaire national pendant son règne, sous Boyer et tous les présidents suivants, de tels projets devaient être suspendus. De plus, les chercheurs ont constaté que la dette d’indépendance et la fuite qui en résulte sur le trésor haïtien étaient directement responsables non seulement du sous-financement de l’éducation en Haïti au XXe siècle, mais aussi du manque de soins de santé et de l’incapacité du pays à développer les infrastructures publiques.

De plus, les évaluations contemporaines révèlent qu’avec les intérêts de tous les prêts, qui n’ont été entièrement remboursés qu’en 1947, les Haïtiens ont fini par payer plus du double de la valeur des réclamations des colons. Reconnaissant la gravité de ce scandale, l’économiste français Thomas Piketty a reconnu que la France devrait rembourser au moins 28 milliards de dollars à Haïti en restitution.

Une dette à la fois morale et matérielle

Les anciens présidents français, de Jacques Chirac, à Nicolas Sarkozy, en passant par François Hollande, ont une histoire de punition, de contournement ou de minimisation des demandes d’indemnisation haïtiennes. En mai 2015, lorsque le président français François Hollande n’est devenu que le deuxième chef d’État français à se rendre en Haïti, il a admis que son pays devait « régler la dette ». Plus tard, réalisant qu’il avait involontairement fourni le carburant pour les réclamations légales déjà préparées par l’avocat Ira Kurzban au nom du peuple haïtien – l’ancien président haïtien Jean-Bertrand Aristide avait demandé une compensation formelle en 2002 – Hollande a précisé qu’il voulait dire que la dette de la France était simplement « morale ».

Nier que les conséquences de l’esclavage étaient également matérielles, c’est nier l’histoire française elle-même. La France a aboli tardivement l’esclavage en 1848 dans ses colonies restantes de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Réunion et de la Guyane française, qui sont encore aujourd’hui des territoires de la France. Par la suite, le gouvernement français a démontré une fois de plus sa compréhension de la relation de l’esclavage avec l’économie en se chargeant d’indemniser financièrement les anciens « propriétaires » des esclaves.

L’écart de richesse raciale qui en résulte n’est pas une métaphore. En France métropolitaine, 14,1% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. En Martinique et en Guadeloupe, en revanche, où plus de 80% de la population est d’origine africaine, les taux de pauvreté sont respectivement de 38% et 46%. Le taux de pauvreté en Haïti est encore plus terrible à 59%. Et alors que le revenu annuel médian d’une famille française est de 31 112 $, il n’est que de 450 $ pour une famille haïtienne.

Ces écarts sont la conséquence concrète du travail volé de générations d’Africains et de leurs descendants. Et parce que l’indemnité qu’Haïti a versée à la France est la première et la seule fois où un peuple anciennement esclave a été contraint d’indemniser ceux qui l’avaient autrefois asservi, Haïti devrait être au centre du mouvement mondial pour les réparations.

Bibliographie.

https://dh.virginia.edu/people/prof-marlene-l-daut

https://www.nbcnews.com/think/opinion/reparations-slavery-are-only-way-fix-america-s-racial-wealth-ncna1225251

https://theconversation.com/inside-the-kingdom-of-hayti-the-wakanda-of-the-western-hemisphere-108250

https://www.aaihs.org/haitian-writer-baron-de-vastey-and-black-atlantic-humanism-an-interview-with-marlene-l-daut/

https://rabble.ca/news/2010/11/exclusive-aristide-haiti’s-earthquake-cholera-election-reparation-and-exile

https://libcom.org/history/slavery-emancipation-1848

 

Nouvelles du Japon : le sanctuaire de Yasukuni.

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Situé près du Palais impérial le sanctuaire shinto de Yasukuni a célébré cette année son 150e anniversaire, une date importante pour les Japonais puisque la guerre civile qui sévit dans le pays de 1868 à 1869 entre le shogun et ses soutiens et les partisans du tout nouvel empereur Meiji (moins connu sous le nom de Mutsuhito) qui accéda au trône du chrysanthème le 12 septembre 1868. Le règne de Meiji ouvrit le Japon au monde extérieur et à la modernité. Les âmes des victimes de la guerre civile appelée guerre de Boshin qui favorisa la suprématie de l’Empereur sur le shogun furent confiées aux dieux dans ce sanctuaire. La tradition voulut ensuite que les sujets de l’Empereur morts au combat eurent droit à des célébrations en leur mémoire depuis la guerre de Boshin jusqu’à la première guerre du Vietnam.

En effet, cet épisode de guerre au cours de laquelle furent impliqués quelques 5000 militaires japonais est peu connu. Il s’agissait de cadres de l’armée impériale qui eurent honte de retourner dans leur pays défait par les Américains et les Anglais à la fin de la deuxième guerre mondiale lorsque l’Empereur abdiqua. Ils servirent de conseillers pour le Viêt Minh et leurs âmes sont vénérées dans le sanctuaire Yasukuni.

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Ce sanctuaire fait l’objet de controverses de la part de la Corée et de la Chine quand le Premier ministre vient y effectuer ses dévôtions traditionnelles à tous les « morts pour l’Empire ». Il faut cependant souligner que la vraie signification de ce sanctuaire est l’ère Meiji et la modernisation du Japon avec son ouverture vers le monde extérieur. Voici quelques clichés de cet endroit hautement symbolique pour tous les Japonais qui viennent s’y recueillir pour se souvenir des combattants qui construisirent le Japon d’aujourd’hui depuis 1869 jusqu’en 1954.

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