Il y a 100 ans à 4 h 20 du matin : la bataille d’Amiens

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Depuis le début des hostilités entre l’Allemagne et la France en 1914 la bataille d’Amiens fut le théâtre d’une première grande avancée des troupes alliées – la France et l’Empire britannique – avancée décisive qui conduira 100 jours plus tard à l’armistice. Cette bataille dura officiellement 5 jours, du 8 au 12 août 1918 inclus, mais en réalité elle se termina en novembre avec la capitulation de l’Allemagne. L’utilisation massive de véhicules blindés bouscula les lignes allemandes. Durant la seule journée du 8 août les troupes franco-britanniques avancèrent de 11 kilomètres, ouvrèrent une brèche de plus de 20 kilomètres dans le front allemand et firent durant cette opération 16000 prisonniers y compris des hauts gradés. Autant dire que le moral des troupes allemandes en prit un coup.

Mais toute guerre a un prix : il y eut en ces 5 jours approximativement 44000 morts du côté franco-britannique et 75000 morts et 50000 prisonniers du côté allemand. Cette bataille signa la fin de la première guerre mondiale.

Illustration : troupes britanniques s’acheminant vers le théâtre des opérations le 5 août 1918, source : Wikipedia

Les victimes de Hiroshima ont été pétrifiées instantanément par les radiations

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Le 6 août 1945 à huit heure 15 du matin les Américains larguèrent la première bombe atomique destinée à massacrer massivement les habitants innocents de la ville d’Hiroshima au Japon. La majeure partie des 350000 habitants (166000 selon les estimations) de cette ville moururent instantanément et beaucoup d’autres les années suivantes de divers cancers. Près de 30 ans plus tard un physicien brésilien travaillant à l’Université d’Harvard se rendit à Hiroshima et les autorités japonaises lui confièrent deux os (illustration) ayant appartenu à une victime qui se trouvait à un peu plus de 1 kilomètre du point zéro de l’explosion pour tenter de déterminer la dose de radiation reçue par cette personne. Les technologies existant dans les années 1970 ne permirent pas de déterminer avec précision cette dose de radiation et il fallut attendre l’année 2017 pour quantifier avec précision par résonance du spin électronique du radical carbonate, contenu dans des dents et des os de victimes de la bombe, généré par les radiations provoquées par l’explosion de la bombe. Ces victimes ont reçu une dose massive létale de 9,46 Grays (Gy). En effet, on ne survit pas, dans l’instant, au delà d’une dose de 5 Grays reçue par le corps entier. Pour situer ce que signifie cette unité qui s’exprime en joule/kg les traitements anti-tumoraux par radiothérapie sur des volumes très réduits du corps atteignent des doses de l’ordre de 2 à 3 Grays. Pour les curieux le Sievert dont on a beaucoup entendu parler après l’accident de la centrale de Fukushima-Daiichi est la dose de radiation équivalente reçue par le corps. Cette unité est exprimée en Grays multipliés par un facteur tenant compte des effets stochastiques des radiations sur le corps entier, c’est-à-dire en particulier de la sensibilité des différents organes internes du corps aux radiations alors que le Gray est la mesure de la dose effective de radiations reçue.

Le résultat obtenu par le Docteur Sérgio Mascarenhas( voir le lien) explique donc pourquoi le bombardement de Hiroshima fut instantanément aussi dévastateur en termes de vies humaines. Pour l’anecdote morbide il faut rappeler que la moindre bombe thermonucléaire actuellement détenue par les armées nucléarisées dans le monde est plus de 500 fois plus dévastatrice que celle qui fut larguée sur Hiroshima et qui n’était qu’une vulgaire bombe A plutôt « sale » de surcroit. Nous vivons dans un monde rassurant puisque nos politiciens s’occupent aussi de réchauffement climatique alors que ça risquerait de chauffer sérieusement si les va-t-en-guerre de tout poil décidaient d’appuyer sur le bouton rouge …

Source et illustration : https://doi.org/10.1371/journal.pone.0192444

Le confort du temps des Romains : ils avaient inventé le réfrigérateur !

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Après la découverte d’un puits lors de fouilles archéologiques autour de l’amphithéâtre romain de Augusta Raurica (aujourd’hui Keiseraugst) sur la rive gauche du Rhin près de Bâle dans le nord de la Suisse, fouilles dirigées par le Docteur Peter-Andrew Schwarz, l’hypothèse la plus plausible de l’utilité de ce puits était qu’il servait de réserve de neige et de glace récoltées durant l’hiver pour servir ensuite durant les mois d’été de chambre froide. Cette hypothèse apparut après la découverte de nombreuses coquilles d’huitres près du site de cette fouille. Ce type de « réfrigérateur » était déjà connu puisque leur présence a été confirmée en Italie du sud, puits dans lesquels de la neige importée par bateau depuis les montagnes de l’Albanie actuelle était entreposée à cette fin.

L’équipe de Docteur Schwarz a donc entrepris cet hiver de stocker de la neige dans ce puits (illustration) selon un nouveau protocole consistant à disposer des couches de neige tassées par piétinement et séparées les unes des autres par de la paille. L’expérience est en cours et il faudra attendre les mois d’été pour en connaître les résultats.

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Si les Romains avaient créé des réseaux routiers pavés dans tout l’Empire, des thermes, des systèmes d’évacuation des eaux usées urbaines et des adductions d’eau potable avec des aqueducs surmontant les difficultés de certains reliefs à l’aide de conduites siphonantes réalisées avec des plaques de plomb, force est de constater qu’ils étaient des précurseurs dans de nombreux domaines de confort et les réfrigérateurs naturels en font partie. Dans de nombreux domaines « bourgeois » du XVIIIe siècle en Europe il existait des puits de structure conique au fond desquels on pouvait accéder à l’aide d’un escalier. Ces puits servaient à stocker de la neige en hiver afin de maintenir certaines denrées au frais. Quand les taxes sur le sel (la gabelle) furent abolies en France en 1790 cette neige servit à confectionner des sorbets. En effet en mélangeant à poids égal de la neige et du sel il est possible d’obtenir un mélange semi-liquide dont la température atteint moins 20°C – l’ancêtre du congélateur – pour congeler un mélange de fruits et de sucre. Peut-être que les Romains n’ignoraient pas ce détail, eux – du moins l’aristocratie – qui appréciaient particulièrement les plaisirs de la table.

Source et illustration : communiqué de presse de l’Université de Bâle, et le théâtre antique du site archéologique de Augusta Raurica (Wikipedia).

Il y a 50 ans le bain de sang de My Lai, une date à inscrire dans les livres d’histoire

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Aujourd’hui dans la bourgade de My Lai se trouve une stèle rappelant à la mémoire des passants l’indicible massacre gratuit par l’armée américaine de 504 personnes, la moitié d’entre elles âgées de moins de 20 ans et 210 d’entre elles de moins de 12 ans et les quelques adultes étant des femmes et des vieillards. Ce massacre effroyable fut perpétré le 18 mars 1968. Les victimes n’avaient pas d’armes et ne purent fuir sous le feu des hélicoptères des GIs. La presse américaine fut abreuvée par la suite de procès de parodie des auteurs de ce massacre. Aucun des auteurs ne fut condamné. Kissinger parla d’un dommage « collatéral » regrettable et Nixon se disculpa auprès de l’opinion, lui qui était de par la constitution américaine le chef des armées. Selon les dires des militaires qui furent les auteurs de ce massacre gratuit d’innocents ces derniers allaient devenir de futurs communistes, il fallait donc les éliminer.

Le massacre de My Lai n’était que le sommet de l’iceberg d’horreurs perpétrées par les Américains au Vietnam. Habitués du fait ces mêmes « pacificateurs et promoteurs de la démocratie » dans le monde ont réitéré leur goût du sang et de la torture inimaginables pour un individu sain d’esprit lors du scandale de la prison d’Abu Ghraib dans la banlieue de Bagdad en Irak. Mais les Américains n’ont jamais reconnu la notion internationale de crime de guerre qui puisse être appliquée à eux qui n’ont jamais reconnu la validité du Tribunal Pénal International, alors qu’ils ne se sont pas privé lors des procès de Nuremberg et de Tokyo de faire condamner des criminels de guerre à la pendaison ou au peloton d’exécution.

Source détaillée pour les curieux anglophones et illustration : https://www.counterpunch.org/2018/03/16/the-tip-of-the-iceberg-my-lai-fifty-years-on/

Note : j’ai en vain tenté de trouver dans les quelques quotidiens en ligne dont je parcours les gros titres et disponibles sur internet gratuitement la moindre allusion à ce massacre de My Lai. Le cinquantième anniversaire d’un évènement historique ça n’intéresse personne dans la mesure où ça dérange l’opinion formatée par les Américains dans le monde entier avec l’aide bienveillante par exemple de Facebook (cf le scandale Facebook-Cambridge Analytica qui va avoir des retombées inattendues).

Il y a 100 ans les dernières négociations du traité de Brest-Litovsk et l’opération Faustschlag

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Pour tenter de faire plier la Russie bolchevique toute nouvelle, l’armée austro-allemande s’enfonce en territoire ukrainien pour menacer la Russie dès le 18 février 1918, c’est l’opération « Faustschlag ». Lénine, se sentant menacé va finalement signer le traité de Brest-Litovsk un mois plus tard. Les puissances « centrales » c’est-à-dire les alliés de l’Allemagne, obtiendront un redécoupage des frontières donnant naissance à l’Ukraine d’aujourd’hui sans les oblasts de Tauride et de Crimée à forte majorité russe (déjà en 1918). L’avance allemande en territoire russe (ukrainien) sera donc une défaite territoriale considérable pour le nouveau régime bolchévique et un tournant décisif dans le cours de la guerre en Europe occidentale avec la disparition du front russe à la suite de l’armistice germano-russe du 15 décembre 1917 violée de fait par l’opération Faustschlag.

Pour les Occidentaux ce traité semblait ne pas les concerner. Il en reste encore aujourd’hui des séquelles avec le découpage des frontières imposé par les Autrichiens et les Allemands ne tenant nullement compte de la réalité humaine locale. L’Ukraine est en effet un pays artificiel qui fut durant des siècles une province de l’empire russe dont la partie occidentale aurait du en toute logique être rattachée à la partie orientale de la Pologne qui ne faisait pas alors partie de l’Empire russe puisqu’il s’agissait d’un possession personnelle du Tsar. Enfin les Allemands avaient un cuisant besoin de s’approprier la production céréalière de l’Ukraine, mais il était tout aussi urgent de se replier pour alimenter en hommes le front occidental.

L’Ukraine et la Biélorussie, territoire également soustrait à la Russie par ce traité, seront reconquises par l’Armée Rouge en 1920.

Voilà très brièvement résumé l’histoire de ce traité préparé par des diplomates qui n’avaient cure des populations, de leur langue et de leur religion. Il est intéressant de noter que les Allemands encouragèrent dès 1915 les séparatistes ukrainiens opposés à la Russie. Les évènements se suivent et se ressemblent parfois. On peut dire enfin que ce traité portait les germes du conflit ukrainien contemporain qui émergera après le démantèlement de l’Union soviétique …

Illustration : entrée de l’armée allemande à Kiev en mars 1918 (Wikipedia).

Il y a 100 ans la grande grippe « espagnole »

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J’ai déjà écrit plusieurs billets sur cette pandémie de grippe qui tua entre 50 et 100 millions de personnes parmi le demi-milliard d’entre elles qui furent affectées par ce virus de type H1N1 (voir les liens en fin de billet). Les gènes de virulence du virus ont pu être reconstitués par génétique inverse et ce virus est apparenté à celui qui fit 18000 morts de par le monde en 2008-2009. Mais nul ne sait si ce virus venait d’Espagne.

Durant la « Grande Guerre » qui fit beaucoup moins de morts que cette grippe, l’Espagne était neutre mais le Portugal participait au conflit. Il y eut des mouvements entre la France et ce pays et comme l’information n’était pas censurée par les armées seule l’Espagne fit part de l’épidémie au début de l’année 1918. C’est ainsi qu’elle fut donc appelée « grippe espagnole ». Il est (presque) admis aujourd’hui qu’elle arriva d’Asie via les pays d’Europe de l’Est. Le virus H1N1 n’était pas du tout un super-virus mais l’épidémie se répandit très rapidement non pas en raison de l’agressivité du virus mais parce qu’il y avait de fortes concentrations de personnes dans les zones de conflit, une malnutrition chronique et des conditions d’hygiène plutôt détériorées. Ce dernier point entraina une aggravation de la grippe en raison des infections bactériennes collatérales contre lesquelles il n’existait à l’époque aucune thérapie efficace.

Il y eut plusieurs vagues de grippe et contrairement à ce qui fut admis la première vague au tout début de l’année 1918 ne fut pas la plus catastrophique. Les jeunes adultes furent les plus touchés par l’épidémie et parmi la population amérindienne des USA la mortalité fut particulièrement élevée car cette population n’avait pas été en contact avec le virus de la grippe auparavant. Un autre facteur aggravant et méconnu fut l’utilisation intensive de l’aspirine pour faire baisser la fièvre. Or à hautes doses l’aspirine devient un facteur hémorragique et de nombreux malades en moururent … bien que dans certaines régions d’Europe où l’aspirine ne fut jamais utilisée les taux de mortalité furent également élevés.

Comme les informations étaient filtrées par les autorités militaires il fallut un certain temps pour organiser des quarantaines afin de protéger les populations et ce manque d’information fut un incontestable facteur aggravant. L’évolution du conflit armé ne fut pas vraiment affecté par l’épidémie, ce fut plutôt l’inverse car les concentrations de soldats favorisèrent l’évolution du virus qui devint de plus en plus agressif au cours des mois qui suivirent les premiers cas de grippe. C’est ainsi que durant l’automne 1918 la mortalité atteignit son maximum.

Aujourd’hui encore la « grippe espagnole » suscite la controverse. L’humanité a pourtant beaucoup appris de cet évènement sanitaire remarquable. L’utilisation systématique de vaccins constitue l’une des facettes les plus prometteuses pour prévenir une nouvelle pandémie. Les anti-viraux sont également un outil efficace pour juguler l’extension de la maladie malgré le fait que beaucoup d’entre eux présentent des effets secondaires indésirables. La civilisation moderne améliore la qualité de la nourriture et sa disponibilité, les conditions d’hygiène et enfin les conditions de vie en général atteintes par les progrès techniques permettent de rendre les populations plus aptes à se défendre contre ce virus si ce dernier subissait une mutation le rendant particulièrement pathogène. Espérons que nous serons mieux armés pour la prochaine pandémie qui apparaîtra certainement un jour.

Source et illustration : The Conversation Et aussi sur ce blog :

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/05/03/la-grippe-espagnole/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/06/14/la-controverse-du-virus-de-la-grippe/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/03/17/et-si-le-virus-h1n1-revenait-bientot/

Changement climatique : Le « Grand Hiver » de 1709

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Au cours des tous premiers jours de l’année 1709, dès le 5 janvier et pratiquement en une nuit, les températures chutèrent dramatiquement en Europe depuis l’Italie jusqu’à la Scandinavie et du Portugal à la Russie. Un 5 janvier en Europe était souvent froid mais ce 5 janvier de l’année 1709 fut le premier jour d’une saison extrêmement froide qui dura plus de 3 mois. Cet hiver là, le plus froid depuis 500 ans, fut suivi par une raréfaction des denrées alimentaires qui seulement en France provoqua la mort de centaines de milliers de personnes. Les lagons de la Vénétie gelèrent en quelques jours, et le cours de la guerre de succession d’Espagne fut affecté par cette vague de froid jamais éprouvée de mémoire d’homme comme l’écrivit le chroniqueur anglais William Derham.

La France gèle

Sans aucun doute la France fut le pays le plus affecté par le froid. L’année 1709 avait commencé bien mal. La paysannerie avait déjà souffert des mauvaises récoltes de 1708, de la lourdeur des taxes et de la circonscription obligatoire pour alimenter l’armée en guerre pour la succession d’Espagne. Durant toute la première quinzaine de janvier 1709 il neigea sans discontinuer et les températures atteignirent moins 30°C. Comme il n’existait alors pas de prévisions météorologiques les autorités n’eurent pas le temps de réagir et des dizaines de milliers de personnes moururent d’hypothermie avant que des mesures d’urgence soient décidées. Les animaux ne furent pas épargnés et ils moururent massivement dans les étables, les écuries et les bergeries. Les rivières, les canaux et les ports furent pris par les glaces et la neige bloqua la plupart des grandes routes. Dans le port de Marseille, pourtant sur la côte méditerranéenne, ainsi que dans plusieurs points du Rhône et de la Garonne la couche de glace atteignit des épaisseurs, parfois plus de 40 cm, telles que des chariots lourdement chargés pouvaient traverser ces fleuves. Dans les grandes villes les habitants commencèrent à brûler tout ce qu’ils pouvaient trouver pour se chauffer et Paris se trouva isolé de tout ravitaillement durant les trois mois de ce qui fut appelé par la suite « Le Grand Hiver ». Même les plus fortunés qui possédaient des réserves de nourriture et de boissons s’aperçurent que les grands froids les avaient rendues impropres à la consommation. Le pain, la viande et même le vin étaient gelés. Seuls le rhum des Antilles et le cognac n’étaient pas transformés en blocs de glace. Aussi bien les riches que les pauvres furent affectés par ce « Grand Hiver ». Les hôtels et châteaux particuliers des riches avaient été construits pour épater la galerie et les grandes fenêtres comme au Château de Versailles laissaient passer le froid intense. La belle-soeur du Roi, la Duchesse d’Orléans, écrivit à une amie à Hanovre que : « Le froid est ici tellement intense qu’il est difficile de le décrire. Je suis assise tout près d’un feu ronflant, il y a une tenture devant la porte qui est fermée et ainsi je peux rester dans la pièce avec une fourrure autour du cou et les pieds dans un sac en peau d’ours, mais je suis toujours frissonnante et je peux à peine tenir ma plume. Je n’ai jamais vu de ma vie un tel hiver qui gèle le vin dans les bouteilles ».

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Le gouvernement de la France de Louis XIV fut confronté à une crise alimentaire sans précédent provoquée par le froid intense. Une commission spéciale présidée par Henri-François d’Aguesseau représenté sur cette gravure fut nommée pour la distribution d’urgence de grains. Ces temps désespérés appelèrent des mesures désespérées : toute personne stockant du grain pouvait être condamnée aux travaux forcés ou aux galères voire à la peine de mort.

À travers le reste de l’Europe de nombreux témoins notèrent que les arbres se fendaient avec un bruit sinistre à cause du gel comme si des bûcherons invisibles les abattaient. On ne sonnait plus les cloches des églises de peur qu’elles ne se fendent en raison du froid. À Londres, pendant le « Grand Gel » la Tamise resta gelée près de 4 mois. À Amsterdam les canaux et le port furent également pris par les glaces. La Mer Baltique fut totalement gelée pendant 4 mois et il fut possible de la traverser à pied ou à cheval depuis le Danemark jusqu’à la Suède et la Norvège. Pratiquement toutes les rivières et fleuves de l’Europe furent gelés et même la source chaude d’Aachen aujourd’hui en Allemagne fut prise par les glaces. De gros chariots pouvaient traverse les lacs de Suisse et les loups s’aventurèrent dans les villages en quête de nourriture et ne dédaignaient pas se nourrir de passants morts de froid dans les rues. Dans la Mer Adriatique le froid emprisonna des navires marchands dans les glaces et les équipages moururent de faim et d’hypothermie. À Venise les habitants se déplaçaient en patins à glace car les gondoles ne pouvaient plus être utilisées. Rome et Florence furent complètement isolées par la neige et en Espagne l’Ebre gela totalement et les oliviers de la région de Valence furent totalement détruits par le gel.

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La vague de froid eut aussi des ramifications politiques. Les hostilités entre la France et la Grande-Bretagne au sujet de la Succession d’Espagne furent suspendues en raison du froid et les soldats malnutris moururent massivement (plus de 30000) à la bataille de Malplaquet durant l’automne 1709. Les historiens considèrent que la victoire de Pierre Le Grand contre la Suède à Poltova en juin 1709 fut également une conséquence de l’hiver rigoureux. En effet un grand nombre de soldats suédois étaient morts de froid et de famine durant l’hiver.

Les fièvres printanières

Les conditions glaciales de l’hiver furent seulement les premières d’une longue série de catastrophes qui ravagèrent l’Europe cette année-là. Les températures restèrent anormalement basses jusqu’à la mi-avril puis les glaces et la neige finirent pas fondre créant de monstrueuses inondations. Toutes sortes de maladies se répandirent durant l’hiver à la faveur de la malnutrition généralisée. L’épidémie de grippe qui était apparue à Rome à la fin de l’année 1708 se répandit dans toute l’Europe en 1709 et 1710 et pour aggraver cette situation la peste venue d’Asie fit son apparition en Hongrie et se répandit également rapidement. La famine resta par dessus tout le principal ravage. En dehors des animaux décimés par le froid, les semis de blé d’hiver étaient totalement détruits et les récoltes de céréales de l’année 1709 furent désastreuses sans parler des fruits, du vin et des légumes. Durant l’été 1709 le prix du blé connut une augmentation de 600 %. Le Roi Louis XIV eut beau faire pour contrôler le commerce des grains mais contre la misère généralisée du peuple il ne put rien. Des pillards attaquèrent les boulangeries et les convois de grain pourtant bien gardés par des hommes en armes. La population française se réduisit de près d’un million de personnes et plus de 200000 naissances manquèrent si l’on peut dire à l’appel, un état de fait qui affaiblit encore plus l’état de l’économie française déjà fragilisée par les dépenses militaires.

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Gravure du peintre italien Guiseppe Maria Mitelli (1634-1718)

Les causes de la vague de froid

L’hiver 1709 reste encore aujourd’hui le plus froid jamais atteint en plus de 500 ans, un froid horrifiant qui rend toujours les climatologues perplexes. Plusieurs théories s’affrontent pour en expliquer les causes. Durant les années précédentes plusieurs éruptions volcaniques furent répertoriées : le Teide sur l’île de Tenerife dans l’Archipel des Canaries, le Santorin dans la Mer Egée et le Vésuve près de Naples. De grandes quantités de poussière furent éjectées dans l’atmosphère. De plus l’année 1709 se trouve être située dans la période d’activité solaire réduite dite du minimum de Maunder. Qu’il y ait eu une combinaison de ces différents facteurs fait toujours l’objet d’un débat.

Source et illustrations : article du National Geographic traduit aussi fidèlement que possible

Notes : le minimum de Maunder est caractérisé par l’absence presque totale de taches solaires. Il s’étala sur 5 cycles solaires soit près de 60 ans entre les années 1645 et 1715. Entre les années 1670 et 1700 les observations du Soleil révélèrent moins de 50 taches solaires alors qu’au cours de l’optimum moderne et sur une même période de 30 ans le dénombrement des taches solaires atteignit plus de 50000. L’activité magnétique du Soleil qui est maintenant considérée comme liée directement au nombre de taches solaires était donc à cette époque très déficitaire. Les 20 années entourant l’année 1709 se caractérisèrent également par un proxy particulier de l’activité magnétique du Soleil qui est la présence anormalement élevée de béryllium-10. Cet isotope radioactif apparait au cours de la spallation cosmique c’est-à-dire du bombardement de très haute énergie des atomes d’azote ou d’oxygène par les rayons cosmiques. Plus il y a de béryllium-10 à la surface du sol plus le rayonnement cosmique atteignant l’atmosphère terrestre est intense et cette intensité est inversement proportionnelle à l’activité magnétique du Soleil (voir un prochain article sur ce blog).

La guerre de succession d’Espagne à la mort du Roi Charles II fut l’apogée de la mégalomanie de Louis XIV qui voulut « placer » un Bourbon sur le trône d’Espagne, en l’occurence un de ses petits-fils. Les Européens ne l’entendirent pas de la même oreille et s’allièrent contre Louis XIV. Ce fut la guerre la plus sanglante que connut l’Europe au XVIIIe et la bataille de Malplaquet la plus meurtrière. Cette guerre connut des ramification jusqu’au Canada et se termina par le Traité d’Utrecht. La France en sortit considérablement affaiblie tant économiquement que politiquement et humainement.