L’origine de « l’Origine du Monde »

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Le tableau le plus photographié dans le monde est toujours l’Origine du Monde de Gustave Courbet se trouvant en bonne place au Musée d’Orsay à Paris (illustration) mais qui fut le modèle de Courbet ayant accepté de dévoiler son intimité de manière aussi « ouverte » ? Durant des années les historiens ont cru que ce sexe était celui de sa maîtresse irlandaise Joanna Hiffernan qui partageait aussi ses faveurs avec l’artiste américain James Whistler. Le problème qui alimentait le scepticisme des historiographes de Courbet était simple : cette Joanna était rousse, très rousse, comme beaucoup d’Irlandaises et il n’y avait aucune raison logique pour que sa toison sexuelle soit d’un noir profond. Certes les artistes peuvent modifier leur modèle dans leurs peintures comme le fit habilement Modigliani quelques décennies plus tard dans ses séries de nus féminins.

La réalité de l’identité du modèle de Courbet est apparue en étudiant la correspondance entre Alexandre Dumas fils et George Sand. Il y est fait mention d’une dénommée Constance Queniaux, ancienne danseuse étoile à l’Opéra de Paris qui se trouvait être la maîtresse du diplomate ottoman Halil serif Pasha quand la peinture fut exécutée en 1866. Or l’Origine du Monde était une commande de ce personnage grand amateur d’art et mécène à ses heures. Cette Constance était réputée pour ses sourcils d’un noir d’ébène, ce qui correspond donc à la couleur de la pilosité de son sexe telle qu’elle est représentée par Courbet.

Source : The Guardian

Il y a 100 ans à 4 h 20 du matin : la bataille d’Amiens

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Depuis le début des hostilités entre l’Allemagne et la France en 1914 la bataille d’Amiens fut le théâtre d’une première grande avancée des troupes alliées – la France et l’Empire britannique – avancée décisive qui conduira 100 jours plus tard à l’armistice. Cette bataille dura officiellement 5 jours, du 8 au 12 août 1918 inclus, mais en réalité elle se termina en novembre avec la capitulation de l’Allemagne. L’utilisation massive de véhicules blindés bouscula les lignes allemandes. Durant la seule journée du 8 août les troupes franco-britanniques avancèrent de 11 kilomètres, ouvrèrent une brèche de plus de 20 kilomètres dans le front allemand et firent durant cette opération 16000 prisonniers y compris des hauts gradés. Autant dire que le moral des troupes allemandes en prit un coup.

Mais toute guerre a un prix : il y eut en ces 5 jours approximativement 44000 morts du côté franco-britannique et 75000 morts et 50000 prisonniers du côté allemand. Cette bataille signa la fin de la première guerre mondiale.

Illustration : troupes britanniques s’acheminant vers le théâtre des opérations le 5 août 1918, source : Wikipedia

Les victimes de Hiroshima ont été pétrifiées instantanément par les radiations

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Le 6 août 1945 à huit heure 15 du matin les Américains larguèrent la première bombe atomique destinée à massacrer massivement les habitants innocents de la ville d’Hiroshima au Japon. La majeure partie des 350000 habitants (166000 selon les estimations) de cette ville moururent instantanément et beaucoup d’autres les années suivantes de divers cancers. Près de 30 ans plus tard un physicien brésilien travaillant à l’Université d’Harvard se rendit à Hiroshima et les autorités japonaises lui confièrent deux os (illustration) ayant appartenu à une victime qui se trouvait à un peu plus de 1 kilomètre du point zéro de l’explosion pour tenter de déterminer la dose de radiation reçue par cette personne. Les technologies existant dans les années 1970 ne permirent pas de déterminer avec précision cette dose de radiation et il fallut attendre l’année 2017 pour quantifier avec précision par résonance du spin électronique du radical carbonate, contenu dans des dents et des os de victimes de la bombe, généré par les radiations provoquées par l’explosion de la bombe. Ces victimes ont reçu une dose massive létale de 9,46 Grays (Gy). En effet, on ne survit pas, dans l’instant, au delà d’une dose de 5 Grays reçue par le corps entier. Pour situer ce que signifie cette unité qui s’exprime en joule/kg les traitements anti-tumoraux par radiothérapie sur des volumes très réduits du corps atteignent des doses de l’ordre de 2 à 3 Grays. Pour les curieux le Sievert dont on a beaucoup entendu parler après l’accident de la centrale de Fukushima-Daiichi est la dose de radiation équivalente reçue par le corps. Cette unité est exprimée en Grays multipliés par un facteur tenant compte des effets stochastiques des radiations sur le corps entier, c’est-à-dire en particulier de la sensibilité des différents organes internes du corps aux radiations alors que le Gray est la mesure de la dose effective de radiations reçue.

Le résultat obtenu par le Docteur Sérgio Mascarenhas( voir le lien) explique donc pourquoi le bombardement de Hiroshima fut instantanément aussi dévastateur en termes de vies humaines. Pour l’anecdote morbide il faut rappeler que la moindre bombe thermonucléaire actuellement détenue par les armées nucléarisées dans le monde est plus de 500 fois plus dévastatrice que celle qui fut larguée sur Hiroshima et qui n’était qu’une vulgaire bombe A plutôt « sale » de surcroit. Nous vivons dans un monde rassurant puisque nos politiciens s’occupent aussi de réchauffement climatique alors que ça risquerait de chauffer sérieusement si les va-t-en-guerre de tout poil décidaient d’appuyer sur le bouton rouge …

Source et illustration : https://doi.org/10.1371/journal.pone.0192444

Le confort du temps des Romains : ils avaient inventé le réfrigérateur !

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Après la découverte d’un puits lors de fouilles archéologiques autour de l’amphithéâtre romain de Augusta Raurica (aujourd’hui Keiseraugst) sur la rive gauche du Rhin près de Bâle dans le nord de la Suisse, fouilles dirigées par le Docteur Peter-Andrew Schwarz, l’hypothèse la plus plausible de l’utilité de ce puits était qu’il servait de réserve de neige et de glace récoltées durant l’hiver pour servir ensuite durant les mois d’été de chambre froide. Cette hypothèse apparut après la découverte de nombreuses coquilles d’huitres près du site de cette fouille. Ce type de « réfrigérateur » était déjà connu puisque leur présence a été confirmée en Italie du sud, puits dans lesquels de la neige importée par bateau depuis les montagnes de l’Albanie actuelle était entreposée à cette fin.

L’équipe de Docteur Schwarz a donc entrepris cet hiver de stocker de la neige dans ce puits (illustration) selon un nouveau protocole consistant à disposer des couches de neige tassées par piétinement et séparées les unes des autres par de la paille. L’expérience est en cours et il faudra attendre les mois d’été pour en connaître les résultats.

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Si les Romains avaient créé des réseaux routiers pavés dans tout l’Empire, des thermes, des systèmes d’évacuation des eaux usées urbaines et des adductions d’eau potable avec des aqueducs surmontant les difficultés de certains reliefs à l’aide de conduites siphonantes réalisées avec des plaques de plomb, force est de constater qu’ils étaient des précurseurs dans de nombreux domaines de confort et les réfrigérateurs naturels en font partie. Dans de nombreux domaines « bourgeois » du XVIIIe siècle en Europe il existait des puits de structure conique au fond desquels on pouvait accéder à l’aide d’un escalier. Ces puits servaient à stocker de la neige en hiver afin de maintenir certaines denrées au frais. Quand les taxes sur le sel (la gabelle) furent abolies en France en 1790 cette neige servit à confectionner des sorbets. En effet en mélangeant à poids égal de la neige et du sel il est possible d’obtenir un mélange semi-liquide dont la température atteint moins 20°C – l’ancêtre du congélateur – pour congeler un mélange de fruits et de sucre. Peut-être que les Romains n’ignoraient pas ce détail, eux – du moins l’aristocratie – qui appréciaient particulièrement les plaisirs de la table.

Source et illustration : communiqué de presse de l’Université de Bâle, et le théâtre antique du site archéologique de Augusta Raurica (Wikipedia).

Il y a 50 ans le bain de sang de My Lai, une date à inscrire dans les livres d’histoire

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Aujourd’hui dans la bourgade de My Lai se trouve une stèle rappelant à la mémoire des passants l’indicible massacre gratuit par l’armée américaine de 504 personnes, la moitié d’entre elles âgées de moins de 20 ans et 210 d’entre elles de moins de 12 ans et les quelques adultes étant des femmes et des vieillards. Ce massacre effroyable fut perpétré le 18 mars 1968. Les victimes n’avaient pas d’armes et ne purent fuir sous le feu des hélicoptères des GIs. La presse américaine fut abreuvée par la suite de procès de parodie des auteurs de ce massacre. Aucun des auteurs ne fut condamné. Kissinger parla d’un dommage « collatéral » regrettable et Nixon se disculpa auprès de l’opinion, lui qui était de par la constitution américaine le chef des armées. Selon les dires des militaires qui furent les auteurs de ce massacre gratuit d’innocents ces derniers allaient devenir de futurs communistes, il fallait donc les éliminer.

Le massacre de My Lai n’était que le sommet de l’iceberg d’horreurs perpétrées par les Américains au Vietnam. Habitués du fait ces mêmes « pacificateurs et promoteurs de la démocratie » dans le monde ont réitéré leur goût du sang et de la torture inimaginables pour un individu sain d’esprit lors du scandale de la prison d’Abu Ghraib dans la banlieue de Bagdad en Irak. Mais les Américains n’ont jamais reconnu la notion internationale de crime de guerre qui puisse être appliquée à eux qui n’ont jamais reconnu la validité du Tribunal Pénal International, alors qu’ils ne se sont pas privé lors des procès de Nuremberg et de Tokyo de faire condamner des criminels de guerre à la pendaison ou au peloton d’exécution.

Source détaillée pour les curieux anglophones et illustration : https://www.counterpunch.org/2018/03/16/the-tip-of-the-iceberg-my-lai-fifty-years-on/

Note : j’ai en vain tenté de trouver dans les quelques quotidiens en ligne dont je parcours les gros titres et disponibles sur internet gratuitement la moindre allusion à ce massacre de My Lai. Le cinquantième anniversaire d’un évènement historique ça n’intéresse personne dans la mesure où ça dérange l’opinion formatée par les Américains dans le monde entier avec l’aide bienveillante par exemple de Facebook (cf le scandale Facebook-Cambridge Analytica qui va avoir des retombées inattendues).

Il y a 100 ans les dernières négociations du traité de Brest-Litovsk et l’opération Faustschlag

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Pour tenter de faire plier la Russie bolchevique toute nouvelle, l’armée austro-allemande s’enfonce en territoire ukrainien pour menacer la Russie dès le 18 février 1918, c’est l’opération « Faustschlag ». Lénine, se sentant menacé va finalement signer le traité de Brest-Litovsk un mois plus tard. Les puissances « centrales » c’est-à-dire les alliés de l’Allemagne, obtiendront un redécoupage des frontières donnant naissance à l’Ukraine d’aujourd’hui sans les oblasts de Tauride et de Crimée à forte majorité russe (déjà en 1918). L’avance allemande en territoire russe (ukrainien) sera donc une défaite territoriale considérable pour le nouveau régime bolchévique et un tournant décisif dans le cours de la guerre en Europe occidentale avec la disparition du front russe à la suite de l’armistice germano-russe du 15 décembre 1917 violée de fait par l’opération Faustschlag.

Pour les Occidentaux ce traité semblait ne pas les concerner. Il en reste encore aujourd’hui des séquelles avec le découpage des frontières imposé par les Autrichiens et les Allemands ne tenant nullement compte de la réalité humaine locale. L’Ukraine est en effet un pays artificiel qui fut durant des siècles une province de l’empire russe dont la partie occidentale aurait du en toute logique être rattachée à la partie orientale de la Pologne qui ne faisait pas alors partie de l’Empire russe puisqu’il s’agissait d’un possession personnelle du Tsar. Enfin les Allemands avaient un cuisant besoin de s’approprier la production céréalière de l’Ukraine, mais il était tout aussi urgent de se replier pour alimenter en hommes le front occidental.

L’Ukraine et la Biélorussie, territoire également soustrait à la Russie par ce traité, seront reconquises par l’Armée Rouge en 1920.

Voilà très brièvement résumé l’histoire de ce traité préparé par des diplomates qui n’avaient cure des populations, de leur langue et de leur religion. Il est intéressant de noter que les Allemands encouragèrent dès 1915 les séparatistes ukrainiens opposés à la Russie. Les évènements se suivent et se ressemblent parfois. On peut dire enfin que ce traité portait les germes du conflit ukrainien contemporain qui émergera après le démantèlement de l’Union soviétique …

Illustration : entrée de l’armée allemande à Kiev en mars 1918 (Wikipedia).

Il y a 100 ans la grande grippe « espagnole »

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J’ai déjà écrit plusieurs billets sur cette pandémie de grippe qui tua entre 50 et 100 millions de personnes parmi le demi-milliard d’entre elles qui furent affectées par ce virus de type H1N1 (voir les liens en fin de billet). Les gènes de virulence du virus ont pu être reconstitués par génétique inverse et ce virus est apparenté à celui qui fit 18000 morts de par le monde en 2008-2009. Mais nul ne sait si ce virus venait d’Espagne.

Durant la « Grande Guerre » qui fit beaucoup moins de morts que cette grippe, l’Espagne était neutre mais le Portugal participait au conflit. Il y eut des mouvements entre la France et ce pays et comme l’information n’était pas censurée par les armées seule l’Espagne fit part de l’épidémie au début de l’année 1918. C’est ainsi qu’elle fut donc appelée « grippe espagnole ». Il est (presque) admis aujourd’hui qu’elle arriva d’Asie via les pays d’Europe de l’Est. Le virus H1N1 n’était pas du tout un super-virus mais l’épidémie se répandit très rapidement non pas en raison de l’agressivité du virus mais parce qu’il y avait de fortes concentrations de personnes dans les zones de conflit, une malnutrition chronique et des conditions d’hygiène plutôt détériorées. Ce dernier point entraina une aggravation de la grippe en raison des infections bactériennes collatérales contre lesquelles il n’existait à l’époque aucune thérapie efficace.

Il y eut plusieurs vagues de grippe et contrairement à ce qui fut admis la première vague au tout début de l’année 1918 ne fut pas la plus catastrophique. Les jeunes adultes furent les plus touchés par l’épidémie et parmi la population amérindienne des USA la mortalité fut particulièrement élevée car cette population n’avait pas été en contact avec le virus de la grippe auparavant. Un autre facteur aggravant et méconnu fut l’utilisation intensive de l’aspirine pour faire baisser la fièvre. Or à hautes doses l’aspirine devient un facteur hémorragique et de nombreux malades en moururent … bien que dans certaines régions d’Europe où l’aspirine ne fut jamais utilisée les taux de mortalité furent également élevés.

Comme les informations étaient filtrées par les autorités militaires il fallut un certain temps pour organiser des quarantaines afin de protéger les populations et ce manque d’information fut un incontestable facteur aggravant. L’évolution du conflit armé ne fut pas vraiment affecté par l’épidémie, ce fut plutôt l’inverse car les concentrations de soldats favorisèrent l’évolution du virus qui devint de plus en plus agressif au cours des mois qui suivirent les premiers cas de grippe. C’est ainsi que durant l’automne 1918 la mortalité atteignit son maximum.

Aujourd’hui encore la « grippe espagnole » suscite la controverse. L’humanité a pourtant beaucoup appris de cet évènement sanitaire remarquable. L’utilisation systématique de vaccins constitue l’une des facettes les plus prometteuses pour prévenir une nouvelle pandémie. Les anti-viraux sont également un outil efficace pour juguler l’extension de la maladie malgré le fait que beaucoup d’entre eux présentent des effets secondaires indésirables. La civilisation moderne améliore la qualité de la nourriture et sa disponibilité, les conditions d’hygiène et enfin les conditions de vie en général atteintes par les progrès techniques permettent de rendre les populations plus aptes à se défendre contre ce virus si ce dernier subissait une mutation le rendant particulièrement pathogène. Espérons que nous serons mieux armés pour la prochaine pandémie qui apparaîtra certainement un jour.

Source et illustration : The Conversation Et aussi sur ce blog :

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/05/03/la-grippe-espagnole/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/06/14/la-controverse-du-virus-de-la-grippe/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/03/17/et-si-le-virus-h1n1-revenait-bientot/