SARS-CoV-2 et immunité de « groupe » : le cas du Japon.

Je connais mieux le Japon que la très grande majorité des Européens, ces touristes qui ont « fait » le Japon, accumulé des photos de Shibuya, des temples et palais de Kyoto ou Nara et capté par chance une image claire du Mont Fuji enneigé. Ils connaissent le Japon, mais oui puisqu’ils le disent ! En quatorze ans j’ai vécu, en durée cumulée, plus de trois ans dans ce pays admirable, à mon humble avis le plus civilisé du monde. Il y a également des analystes de l’économie et de la finance qui clament à longueur de prise de parole sur un plateau télévisuel que le Japon, c’est l’horreur, le pays le plus endetté au monde, Fukushima, l’enfer des grandes villes. Je pense que tous ces journalistes et autres chroniqueurs n’ont jamais mis les pieds sur le sol japonais. Si je connais le Japon aussi bien c’est tout simplement parce que mon dernier fils s’est installé dans ce pays il y a 14 ans et je pense qu’il y restera pour toujours tant il s’est imprégné au fil des années de la culture de ce pays. Je n’ai pas pu me rendre à Tokyo au printemps pour rendre visite à mon fils et mes deux petits-enfants métis franco-japonais et je ne peux toujours pas m’y rendre cet automne comme à mon habitude. Hypothétiquement je pourrai peut-être obtenir une autorisation du consulat du Japon pour me rendre à Tokyo au printemps prochain. Pour l’instant il est inutile d’y penser, l’Espagne est classée parmi les pays à haut risque en ce qui concerne le coronavirus, comme la France et bien d’autres pays européens. Par conséquent tous les ressortissants de l’Europe ne peuvent pas se rendre au pays du Soleil levant, point barre.

Les autorités japonaises ont en réalité raison de se protéger parce que les touristes qui ne connaissent pas le pays ne respectent pas les coutumes locales. Par exemple, et je l’ai mentionné à plusieurs reprises sur ce blog, quand on souffre de symptômes grippaux on porte un masque pour protéger son entourage, par exemple quand on est dans un train ou dans le métro, c’est la moindre des choses. On n’a pas le droit de fumer dans la rue, il faut mettre son téléphone portable en mode silencieux partout y compris dans la rue, on doit respecter la propreté des rues et ne pas jeter n’importe quoi n’importe où comme on a coutume de le faire comme à Paris, ville dont les rues ressemblent de plus en plus à des dépotoirs puants. Mes petits-enfants ont appris ce qu’était le respect dès l’école maternelle. C’est ça le Japon, un pays toujours en pleine effervescence, en perpétuelle mutation vers le modernisme le plus extravagant sans pour autant oublier ses traditions séculaires. À Arajuku, un quartier de cette immense ville de Tokyo, des créateurs de mode du monde entier viennent épier le foisonnement créatif parfois inattendu des couturiers locaux qui, dans leurs petites échoppes artisanales, proposent des tenues vestimentaires que vous retrouverez deux ans plus tard dans les grands magasins de la cinquième avenue à New-York.

Mais revenons au SARS-CoV-2 et à la gestion de l’épidémie par les autorités japonaises. Que s’est-il passé au Japon avec cette épidémie de SARS-CoV-2 alors que la très grande majorité de la population vit dans des grandes villes et qu’elle est vieillissante ? Compte tenu du fait que les autorités japonaises n’ont jamais imposé de confinement ni de port du masque obligatoire ce pays de 125 millions d’habitants n’a eu à déplorer « que » 1600 morts. Certes certaines activités nocturnes sont toujours strictement contrôlées en particulier les bars à entraineuses que l’on peut trouver à peu près dans tous les quartiers animés d’une ville comme Tokyo, ville qui a d’ailleurs déploré la majorité des décès provoqués stricto sensu par le coronavirus. L’activité économique n’a jamais cessé et le port du masque a été laissé à l’appréciation de chaque individu. On commence à comprendre quelles ont été les conséquences de cette sorte de liberté laissée aux Japonais.

Une étude réalisée par la Medical Corporation Koshikai a Tokyo, sans aucune finalité commerciale, a permis de mettre en évidence un phénomène surprenant alors que le pays traverse la deuxième vague tant redoutée par les pays européens. Parmi les 1877 employés d’une grande entreprise de Tokyo, tous vivant dans 11 quartiers différents de cette immense ville de 14 millions d’habitants, 615 d’entre eux ont été sélectionnés, d’âges variant entre 19 et 69 ans, 46 % de femmes et 54 % d’hommes, tous en bonne santé. Tous ces employés se rendaient sur leur lieu de travail chaque jour en utilisant les transports en commun. Des tests sanguins ont été effectués chaque semaine pour chacun des volontaires du 26 mai au 25 août de cette année 2020. Les tests sanguins suivaient l’évolution des immunoglobulines G et M reconnaissant le coronavirus. Cette séropositivité indiquait que les sujets avaient été en contact avec le virus et que leur système immunitaire réagissait normalement sans apparition de symptômes cliniques.

La première indication de cette étude a montré que les IgMs apparaissaient avant les IgGs mais leur présence ne persistait qu’au plus un mois pour 80 des sujets étudiés puis seules les IgGs restaient présentes, une évolution normale dans le développement des défenses immunitaires. Mais ce qui est le plus remarquable dans les résultats de cette étude est l’augmentation du nombre de sujets séropositifs passant de 5,9 % au début de l’étude à 47 % à la fin de cette investigation strictement sérologique. Aucun des sujets étudiés n’a par ailleurs présenté de symptômes cliniques grippaux, aucun n’a été hospitalisé et il n’y a eu aucun décès à déplorer, en d’autres termes tous les sujets étudiés étaient « asymptomatiques ». Dans une ville aussi densément peuplée que Tokyo et avec la quasi obligation d’utiliser les transports en commun pour se déplacer les résultats indicatifs de cette étude montrent que ce que l’on appelle l’immunité collective a probablement été atteinte dans cette ville. En effet, le taux de létalité calculé au Japon était de 0,0006 % à la date de la fin de cette étude. Il n’est pas certain que ce taux ait significativement augmenté avec cette « deuxième » vague qui se termine (cf. l’illustration en date du 6 octobre). Une dernière nouvelles en provenance du Japon : les liaisons aériennes avec un certain nombre de pays d’Asie ont été rétablies le premier octobre et les quelques 15000 jeunes de tous pays ayant obtenu un visa « vacances-travail » devraient pouvoir enfin arriver au Japon.

Il reste néanmoins quelques points à éclaircir au sujet de cette épidémie. D’autres études sont nécessaires pour expliquer ce si faible taux de fatalité, qu’il s’agisse des habitudes de vie des Japonais, de la nature des souches du virus circulant ou encore du statut immunologique de la population japonaise très homogène, en particulier la « mémoire immunologique » qui est au cœur d’un intense débat au sujet des vaccins pourraient expliquer ce taux incroyablement faible de la létalité observée au Japon. Enfin il est important de mentionner que si les autorités politiques japonaises avaient décidé de mesures autoritaires et coercitives comme le confinement ou le port obligatoire du masque ils auraient violé la Constitution japonaise et cette immunité de groupe n’aurait probablement pas été atteinte.

Source : https://doi.org/10.1101/2020.09.21.20198796

Les crimes de guerre de Truman à Hiroshima et Nagasaki (et Tokyo …)

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Ce mois-ci marque le 75e anniversaire des bombardements atomiques américains d’Hiroshima et de Nagasaki. Alors que les partisans de ces bombardements les ont longtemps justifiés en disant qu’ils ont raccourci la Seconde Guerre mondiale, le fait est qu’il s’agissait de crimes de guerre. La seule raison pour laquelle le président Truman et les pilotes qui ont largué les bombes n’ont pas été poursuivis en tant que criminels de guerre est que les États-Unis ont fini par gagner la guerre.

On a longtemps souligné que le Japon avait exprimé sa volonté de se rendre. La seule condition était que l’empereur japonais ne soit pas maltraité ou exécuté. Le président Truman a refusé d’accepter cette condition. Comme son prédécesseur Franklin Roosevelt, Truman a exigé une « reddition inconditionnelle ». C’est la raison pour laquelle le Japon a continué à se battre. Les responsables japonais ont naturellement supposé que les responsables américains allaient faire de très mauvaises choses à leur empereur, y compris la torture et l’exécution. Dans l’esprit des responsables japonais, pourquoi les États-Unis n’étaient-ils pas disposés à accepter cette condition, d’autant plus que cela aurait signifié la fin de la guerre ?

La sombre ironie est que Truman a fini par accepter la condition de toute façon, seulement après avoir pulvérisé les gens d’Hiroshima et de Nagasaki avec des bombes nucléaires.

Dans un excellent éditorial du Los Angeles Times intitulé « Les dirigeants US savaient que nous n’avions pas besoin de larguer des bombes atomiques sur le Japon pour gagner la guerre. Nous l’avons fait de toute façon », les auteurs soulignent :

« Sept des huit officiers cinq étoiles de l’armée et de la marine des États-Unis en 1945 étaient d’accord avec l’évaluation au vitriol de la marine. Les généraux Dwight Eisenhower, Douglas MacArthur et Henry «Hap» Arnold et les amiraux William Leahy, Chester Nimitz, Ernest King et William Halsey ont déclaré publiquement que les bombes atomiques étaient soit militairement inutiles, soit moralement répréhensibles, soit les deux ».

Gardez à l’esprit que rien dans les principes de la guerre n’obligeait Truman et Roosevelt à exiger la reddition inconditionnelle du Japon (ou de l’Allemagne). Les guerres peuvent être – et sont souvent – terminées par des conditions de reddition. Les deux présidents étaient prêts à sacrifier d’innombrables personnes des deux côtés du conflit pour satisfaire leur demande de reddition inconditionnelle.

Mais la demande de reddition inconditionnelle de Truman n’est pas la raison pour laquelle son action a constitué un crime de guerre. Ces attentats à la bombe constituaient des crimes de guerre car ils visaient la mort de non-combattants, y compris des enfants, des femmes et des personnes âgées, afin de provoquer la reddition inconditionnelle du gouvernement japonais.

Il a longtemps été considéré comme une règle de guerre que les armées combattent les armées en temps de guerre. Ils ne ciblent pas les non-combattants. Le meurtre intentionnel de non-combattants est considéré comme un crime de guerre.

Un bon exemple de ce principe concerne le cas du lieutenant William Calley pendant la guerre du Vietnam. Calley et ses hommes ont tiré et tué de nombreux non-combattants dans un village sud-vietnamien. Les victimes comprenaient des femmes et des enfants. L’armée américaine a poursuivi Calley comme criminel de guerre – et à juste titre. Bien que la mort de non-combattants survienne souvent accidentellement lors d’opérations de guerre, c’est un crime de guerre de les cibler spécifiquement pour la mort.

Truman a justifié son action en faisant valoir que les bombardements ont raccourci la guerre et, par conséquent, ont sauvé la vie de milliers de soldats américains et de Japonais si une invasion était devenue nécessaire. C’est une justification qui a été répétée depuis par les partisans de ces attentats à la bombe.

Cette justification pose cependant deux gros problèmes.

Premièrement, une invasion n’aurait pas été nécessaire. Tout ce que Truman avait à faire était d’accepter la seule condition de capitulation du Japon, et cela aurait signifié la fin de la guerre, sans les morts qui seraient survenues avec une invasion et qui sont survenues avec les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki (voir note en fin de billet).

Plus important encore, le fait que la vie de soldats américains aurait été sauvée n’est pas une justification morale ou légale pour cibler les non-combattants. Si Calley avait soutenu lors de son procès que ses actions visaient à raccourcir la guerre du Vietnam, sa défense aurait été rejetée. Il aurait encore été condamné pour crimes de guerre.

Les soldats meurent à la guerre. Telle est la nature de la guerre. Tuer des femmes, des enfants et des personnes âgées dans l’espoir de sauver la vie de soldats en raccourcissant la guerre n’est pas seulement un crime de guerre, c’est aussi un acte de lâcheté extrême. Si une invasion du Japon était devenue nécessaire pour gagner la guerre, entraînant ainsi la mort de milliers de soldats américains, alors c’est ainsi que fonctionne la guerre.

Il convient également de souligner que le Japon n’a jamais eu l’intention d’envahir et de conquérir les États-Unis. La seule raison pour laquelle le Japon a bombardé Pearl Harbor était dans l’espoir d’assommer la flotte américaine du Pacifique, non pas comme un prélude à l’invasion d’Hawaï ou de la zone continentale des États-Unis, mais simplement pour empêcher les États-Unis d’interférer avec les efforts du Japon pour sécuriser le pétrole dans les Indes néerlandaises.

Et pourquoi le Japon avait-il tellement besoin de pétrole pour déclencher la guerre contre les États-Unis? Parce que le président Franklin Roosevelt avait imposé un embargo pétrolier très efficace sur le Japon afin de pousser les Japonais à attaquer les États-Unis.

Le plan de FDR, bien entendu, a réussi, ce qui a fini par coûter la vie à des centaines de milliers de soldats américains et à des millions de citoyens japonais, y compris ceux d’Hiroshima et de Nagasaki.

Article paru sur le site de Jacob G. Hornberger « The Future of Freedom Foundation » le 5 août 2020, illustration : corps carbonisé d’un enfant à Nagasaki le 9 août 1945.

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Note. Le bombardement de Tokyo débuta à la fin du moins de novembre 1944 et se termina le 10 août 1945. Je suis allé visiter le musée Edo à Tokyo. On peut y voir des images effrayantes de ces bombardements qui firent au moins 1 million de morts et plusieurs millions de blessés, essentiellement des civils. Près de la moitié de la ville fut totalement détruite. L’illustration ci-dessus (Wikipedia) indique clairement que jamais les Américains ne ciblèrent les ponts et les voies ferrées car ces axes de communication devaient rester intacts en cas d’invasion et pour faciliter ensuite l’occupation du Japon après la capitulation de l’Empereur. L’armée américaine est toujours présente au Japon et la Maison-Blanche exige toujours que la BoJ achète des T-bonds américains qui ne seront jamais remboursés …

Nouvelles du Japon : à propos de sushi et de sashimi

Dans la ville de Chuo-ku à Tokyo qui englobe le fameux quartier de Ginza et la gare ferroviaire de Tokyo Central il y a une multitude de restaurants de sushi et de sashimi. Déguster ces délicatesses typiquement japonaises n’est pas sans risque et l’expérience d’une jeune Japonaise de 25 ans vient le prouver. Avoir dégusté divers poissons crus dans un des restaurants spécialisés du quartier Tsukiji où se trouvait le grand marché au poisson de Tokyo qui vient d’être relocalisé mais où il reste encore une multitude de restaurants fameux cette personne commença à souffrir de douleurs au niveau de la gorge dès le lendemain de son festin. Après 5 jours, constatant que son état empirait elle alla consulter à l’hôpital international Saint-Luke toujours dans le même quartier.

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Un examen visuel diagnostiqua la présence d’un nématode noir de près de 4 centimètres de long qui avait élu domicile dans les replis de l’amygdale gauche de la souffrante. Le médecin put extraire sans difficulté le parasite et la jeune femme fut totalement guérie en quelques jours. Si ce ver Anisakis simplex de la famille des nématodes Pseudoterranova (ne pas confondre avec le think-tank écolo) avait atteint l’estomac il aurait été beaucoup plus difficile de traiter la patiente qui aurait alors été à la merci de toutes sortes de symptômes allergiques provoqués par la présence de ce parasite. Si le séjour de ce ver est rare au niveau du pharynx le nombre de cas ne cesse d’augmenter dans le monde ainsi que, naturellement, au Japon. Moralité de ce cours récit : dégustez des sushi et des sashimi avec précaution et à vos risques et périls car la larve du nématode est presque invisible.

Source et illustration : 10.4269/ajtmh.20-0175

Nouvelles du Japon : confinement ou pas confinement ?

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Dans deux villes proches de Tokyo des cas de contaminations au virus couronné (un peu moins de 500) ont fait grimper les statistiques à tel point que la patronne de Tokyo, Yuriko Koike, a envisagé en fin de semaine dernière un confinement de la population, une première pour les Tokyoïtes mais également pour toutes les villes de l’agglomération de 38 millions d’habitants entièrement connectée par un réseau très dense de trains, de métros et d’autoroutes urbaines. Les foyers ont été parfaitement localisés, un centre pour handicapés et un petit hôpital du quartier nord de Tokyo proche des limites de la préfecture de Saitama. Le Premier Ministre a hésité à prendre une décision dans la mesure où un confinement serait préjudiciable à l’économie nippone. Certes l’économie japonaise tourne au ralenti non pas pour des raisons domestiques mais parce que les clients du Japon, Chine et Europe en premier lieu, sont en état de coma économique artificiel. Comme la Corée, Taiwan, Singapour et Hong-Kong le Japon n’a pas confiné les habitants à qui on n’a pas eu besoin de conseiller le port de masques : dès qu’il y a une grippe ou une menace de grippe les Japonais portent spontanément des masques, on n’a pas besoin de leur donner des ordres. À la maison quand ma petite-fille souffre d’un léger rhume elle se met un masque pour ne pas contaminer ses grands-parents sans que sa mère lui en donne l’ordre …

Confiner la population au Japon serait, d’autre part, contraire à la Constitution car cela violerait les libertés individuelles. La seule mesure que le Premier Ministre a décidé de prendre est la fermeture à 22 heures des restaurants et des bars (à whisky ou à filles ou les deux à la fois) ainsi que les Karaoke, très populaires au Japon. Shinzo Abe a été un peu échaudé par une décision antérieure de la maire de Tokyo qui proposait de couper tous les arbres qui provoquaient « un rhume des foins » au printemps, c’est-à-dire tous les arbres … Cette suggestion ne plut pas du tout à la population très attachée à ses arbres et ses nombreux et immenses parcs urbains. On est au Japon, il ne faut pas défigurer la nature. À Tokyo de nombreuses rues sont arborées alors couper les sakura, par exemple, serait un crime.

Illustration : un cerisier (sakura) sous la neige à Tokyo le 29 mars 2020.

Petit billet d’humour piquant

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Par les temps qui courent il semble que les occasions de rire sont devenues quasiment inexistantes. Par exemple mon fils puiné vit à Tokyo depuis près de 15 ans, il parle le japonais presque parfaitement et il a fondé un foyer avec une charmante japonaise qui m’a comblé avec deux adorables petits-enfants. Mon fils travaille dans un organisme financier situé près de Ginza dans le quartier des affaires et des ministères situé près du palais impérial. L’immeuble de 20 étages où se trouve son bureau a découvert cette semaine dernière un cas de coronavirus. L’horreur ! Mon fils, un brin hypochondriaque, a mentionné les boutons d’ascenseur, les poignées de porte, les toilettes d’étage, bref, il était déjà persuadé – propagande mondialisée aidant – qu’il allait se coller une pneumonie éventuellement mortelle.

L’horreur ? Pas tellement parce que mon fils va devoir travailler depuis son domicile la semaine qui vient et il pourra côtoyer ses enfants privés d’école sur ordre du maire de la ville de Tokyo. Et il se fait du souci pour sa santé …

Alors pour divertir tous ces angoissés pathologiques j’ai choisi un petit billet humoristique. À l’époque où j’ai rencontré la future mère de mes futurs enfants, mon futur beau-père déclara à des amis avec qui il jouait au poker, à haute voix pour qu’il soit certain que j’entendrais ses propos à mon sujet : « s’il pique ma fille il sera mon gendre » :

Tokyo ville de contrastes (épisode 2) : les chemins de fer à Tokyo

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J’ai fait un cliché de qualité médiocre des proches environs de la gare ferroviaire de Shimbashi située à deux stations au sud de la gare centrale Tokyo-station, soit environ 3 kilomètres. On discerne dans ce cliché le viaduc ferroviaire en briques rouges et le passage d’une rame de la ligne Yamanote. Tokyo-station, qui n’a aucun caractère central sinon qu’elle est proche du Palais Impérial, a été construite au cours des années 1910 à la demande de l’armée qui exigeait une ligne de chemin de fer reliant Tokyo à Nagoya par l’intérieur afin d’éviter d’exposer les trains circulant sur la voie côtière vers le sud de Honshu en direction d’Osaka à d’éventuels bombardements par les marines étrangères. Ce projet a été réactualisé il y a une dizaine d’années seulement pour créer une ligne de shinkansen ultra-rapide (350 km/h) pour relier ces deux villes et elle sera opérationnelle au milieu des années 2020. Au début du XXe siècle la gare de « Tokyo-central » était donc le point de départ de cette ligne future qui s’appelle aujourd’hui la Chuo Line qui s’arrête quand elle atteint les montagnes de l’ouest de l’agglomération de Tokyo sans être jamais allée jusqu’à Nagoya.

Vers le sud il existait toujours au début du XXe siècle la station terminale appellée Shimbashi de la première ligne de chemin de fer allant jusqu’à Yokohama dont la création remonte à la fin de la guerre russo-japonaise en 1872. Shimbashi, donc à environ 3 kilomètres de Tokyo-central, fut reliée à celle-ci vers 1920 par un long viaduc partiellement construit avec des briques qui a résisté à de nombreux tremblements de terre dont celui particulièrement dévastateur de 1923 quelques années seulement après sa construction et qui détruisit la presque totalité de Tokyo. Ce viaduc pas très élevé, une dizaine de mètres tout au plus, permettait la libre circulation entre les quartiers est et ouest de la ville.

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Il est toujours là et des milliers de trains l’empruntent chaque jour excepté les shinkansen pour lesquels une voie parallèle a été créée spécialement. Depuis ce tremblement de terre qui traumatisa le peuple japonais ce tronçon de viaduc est scruté minutieusement. Les arches ont été renforcées avec du béton armé (je n’ai pas su déterminer en quelle année) et les espaces situés sous ces arches sont louées par la compagnie JR (Japan Rail) à diverses sociétés dont majoritairement des restaurants. Il y a des travaux incessants sur ce viaduc, voie névralgique du système ferroviaire de la ville de Tokyo. L’illustration ci-dessus montre une série de capteurs destinés à surveiller le pilier entre deux arches 

On se trouve là devant un vestige du passé comme la gare de Tokyo au beau milieu d’édifices flambants neufs construits pour résister aux pires des tremblements de terre comme celui du 11 mars 2011.

Pour l’anecdote, la gare de Tokyo a reçu quelques bombes larguées par des B-29 au plus fort du bombardement de Tokyo par les Américains mais ni ce viaduc ferroviaire ni le palais impérial n’ont été pris pour cible par les Américains. La rumeur dit que cette voie ferrée fut épargnée car les yankees avaient mis sur le papier un grand plan d’invasion de toute l’île de Honshu. Cette liaison ferroviaire aurait été d’une extrême utilité pour convoyer les troupes sur le territoire japonais.

Petite histoire tokyoïte : les « like » de Facebook.

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Je ne suis pas du tout un fanatique du réseau social Facebook, pire encore je suis viscéralement opposé à l’intrusion de cette société dans ma vie privée puisque tout ce que laisse un amateur de ce réseau est mémorisé pour être analysé afin d’orienter les aspirations de celui-ci à qui la société de la Silicon Valley insèrera sur ses fils de discussion des publicités ciblées, gratuitement mais pas tout à fait pour tout le monde. Facebook est une immense tentacule qui s’infiltre dans la vie privée de ses utilisateurs à leur insu. Les fameux « like », icônes sur lesquels les fanatiques de ce réseau « cliquent » permettent à Facebook tout simplement d’augmenter son chiffre d’affaire car plus il y a de « like » pour une page publicitaire plus l’annonceur paie pour cette dernière. Mais au fait qui a inventé les « like » ? Attention, seul le rapprochement entre Facebook et la suite de ce billet est humoristique.

Dans l’espace jouxtant l’école nationale de shiatsu située dans le quartier de Korakuen à Tokyo se trouve une statue de Tokujiro Namikoshi (1905-2000), le fondateur de la nouvelle thérapie shiatsu, littéralement en japonais « pression avec les pouces ». Les meilleurs praticiens de cette technique de massage pas vraiment agréable car souvent très douloureuse furent traditionnellement des aveugles, comme il y a des aveugles pour accorder les pianos. Lorsque le Général McArthur s’installa durablement avec ses conseillers à Tokyo et dans l’ensemble du pays en conquérant et vainqueur son objectif était de briser la culture et les traditions japonaises. Il s’attaqua de front au massage shiatsu et des milliers d’aveugles se retrouvèrent sans emploi. Cette acte scandaleux de McArthur émut la population et les aveugles purent finalement après des mois de tractations retrouver le seul travail qu’ils étaient capable de pratiquer.

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Quand je suis allé pour la première fois me soumettre à un massage à l’école nationale de shiatsu à Tokyo dans le quartier de Korakuen, pas très loin du Tokyo Dome, ce fut un aveugle qui s’occupa de moi, il y a maintenant une quinzaine d’années. Il m’a fait dire par une employée du cabinet de massage ouvert au public parlant anglais que je devrais moins picoler … Il y a donc une statue du maître Namikoshi devant l’entrée de cette école et le « like » à la Facebook pour signifier que c’est avec les pouces que repose toute la magie de cette technique de massage.

Tokyo : ville de contrastes (épisode 1)

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L’immense ville de Tokyo, environ 14 millions, d’habitants fait partie avec une dizaine d’autres villes de la plus grande conurbation du monde avec près de 39 millions d’habitants autour de la baie éponyme. C’est une ville sans unité architecturale aucune, une sorte de patchwork hétéroclite de quartiers d’affaire d’avant-garde et de zones résidentielles. En quelques dizaines de mètres on passe d’un univers à un autre en particulier dans le « centre » de Tokyo. Ce centre a une superficie sensiblement identique à Paris « intra-muros ». Il est délimité par la ligne de chemin de fer en boucle Yamanote d’une longueur égale à celle du périphérique parisien comportant 30 stations pratiquement (il y en avait 29 il y a un an mais une extension de la gare de Shinagawa en a fait le trentième) toutes reliées à des correspondances ferroviaires aériennes ou des lignes de métro souterraines. De plus toutes les stations de train y compris dans les quartiers périphériques de la ville hébergent des gares routières desservant judicieusement les quartiers alentour. L’ensemble de tous ces transports en commun est unique au monde de par sa densité, ses interconnections, sa ponctualité et sa propreté. Dans les mailles de ce lacis très dense de transports en commun se trouvent donc des « quartiers » présentant tous leur particularisme dont l’origine pourrait être expliquée par un historien érudit spécialisé de cette ville.

Il y a des quartiers qui concentrent les magasins où on peut acheter de la vaisselle et des équipements pour la cuisine, d’autres où il y a une multitude d’échoppes d’instruments de musique, d’autres entièrement consacrés à l’électronique ou encore ceux qui regorgent d’articles en cuir. Il y a quelques jours déjà je suis allé me promener en famille dans le quartier d’Ochanomizu à l’intérieur de la voie circulaire Yamanote, cette station faisant partie de la Yamanote. Il y a aux alentours de cette station de train le « Tokyo Dome », stade de base-ball couvert, un sanctuaire shinto d’un extrême dépouillement, une cathédrale catholique, une église orthodoxe monumentale et plusieurs universités dont la prestigieuse Meiji University. Cette université privée n’a pas de « campus » mais c’est seulement un grand édifice d’une trentaine d’étages assez austère de par son architecture. À quelques pas de là on trouve des gargotes étonnantes (illustrations) dans des petites rues étroites probablement très fréquentées le soir par la faune estudiantine. À Tokyo, trouver un endroit pour se restaurer n’est pas vraiment un problème : il y a plus de 170000 restaurants et la plus forte densité de restaurants « étoilés Michelin » : 224 ! Vous avez bien lu. Voici deux clichés donnant une idée précise des côtés inattendus de cette ville : un restaurant où on mange du poisson et tout près un bar à saké …

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Première illustration : Meiji University

Nouvelles du Japon : le sanctuaire de Yasukuni.

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Situé près du Palais impérial le sanctuaire shinto de Yasukuni a célébré cette année son 150e anniversaire, une date importante pour les Japonais puisque la guerre civile qui sévit dans le pays de 1868 à 1869 entre le shogun et ses soutiens et les partisans du tout nouvel empereur Meiji (moins connu sous le nom de Mutsuhito) qui accéda au trône du chrysanthème le 12 septembre 1868. Le règne de Meiji ouvrit le Japon au monde extérieur et à la modernité. Les âmes des victimes de la guerre civile appelée guerre de Boshin qui favorisa la suprématie de l’Empereur sur le shogun furent confiées aux dieux dans ce sanctuaire. La tradition voulut ensuite que les sujets de l’Empereur morts au combat eurent droit à des célébrations en leur mémoire depuis la guerre de Boshin jusqu’à la première guerre du Vietnam.

En effet, cet épisode de guerre au cours de laquelle furent impliqués quelques 5000 militaires japonais est peu connu. Il s’agissait de cadres de l’armée impériale qui eurent honte de retourner dans leur pays défait par les Américains et les Anglais à la fin de la deuxième guerre mondiale lorsque l’Empereur abdiqua. Ils servirent de conseillers pour le Viêt Minh et leurs âmes sont vénérées dans le sanctuaire Yasukuni.

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Ce sanctuaire fait l’objet de controverses de la part de la Corée et de la Chine quand le Premier ministre vient y effectuer ses dévôtions traditionnelles à tous les « morts pour l’Empire ». Il faut cependant souligner que la vraie signification de ce sanctuaire est l’ère Meiji et la modernisation du Japon avec son ouverture vers le monde extérieur. Voici quelques clichés de cet endroit hautement symbolique pour tous les Japonais qui viennent s’y recueillir pour se souvenir des combattants qui construisirent le Japon d’aujourd’hui depuis 1869 jusqu’en 1954.

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Nouvelles du Japon : Notre-Dame de Shinjuku

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La mairie centrale du district de Tokyo se trouve dans le quartier de Shinjuku. Il s’agit d’une imposante construction de 50 étages. La rumeur dit que l’architecture de ce bâtiment a été inspirée de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Au sommet des deux tours se trouve un étage ouvert au public avec de grandes baies vitrées permettant d’observer la totalité de la ville, et par temps clair le Mont Fuji encore couvert de neige ainsi l’immense baie entourée de villes et d’industries. Il est enfin possible d’apercevoir le plus haut building du Japon à Yokohama mise à part le « sky-tree » d’une hauteur de 700 mètres. Ci-dessous l’épaisse forêt du parc de Yoyogi vu du dernier étage de la mairie et en arrière plan la baie de Tokyo.

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