Premières cuvées de vin il y a 8000 ans près de Tbilisi

L’acide tartrique est présent en grande quantité dans le raisin (Vitis vinifera) originaire d’Eurasie et la présence de ce composé qui se retrouve naturellement dans le vin fut à la base de l’identification non équivoque de la première production de vin dans le monde. En dehors d’autres fructifications comme la carambole, l’aubépin et LE tamarinier qui renferment des traces de cet acide le raisin en contient des quantités importantes, jusqu’à 4 grammes par litre de jus. Des poteries retrouvées à proximité de la ville de Tbilisi ont montré par leur teneur en acide tartrique et dans une moindre mesure d’acide citrique qu’elles avaient servi plus de 6000 ans avant notre ère à faire du vin. Cette découverte repousse donc la date des premières productions de vin.

Les jarres utilisées étaient imposantes puisque l’une d’elles mesurait pas moins de 1 mètre de diamètre et un mètre de haut. Elle pouvait contenir jusqu’à 350 litres de jus de raisin et la vinification fut probablement effectuée dans ce récipient qui servait ensuite à stocker le vin pour sa consommation ultérieure. La configuration de ces jarres est telle qu’elle devaient être partiellement enterrées. C’est encore le cas en Géorgie avec le « qvevri », littéralement un vin dit de jarre, vinifiée dans de larges récipients de terre toujours partiellement enterrés. Comme quoi les traditions ne se sont pas évanouies après plus de 8000 ans ! La première description de préparation de vin dans des récipients non enterrés date d’environ 3000 ans avant notre ère et elle figure sur des fresques anciennes de la haute Egypte. Cet art fut introduit en Egypte par les Canaans bien après la pratique courante de production de vin sur les flancs sud du Caucase.

Le climat local de l’époque a pu être reconstitué à l’aide des grains de pollen notamment et ressemblait au climat méditerranéen actuel. Les occupants de cette région devaient donc être de bons vivants comme tous les buveurs de vin …

Source et illustration : PNAS, doi : 10.1073/pnas.1714728114

Il y a 3000 ans les Egyptiens souffraient des mêmes maladies « modernes »

Du temps des pharaons de l’Égypte ancienne le coeur était considéré comme le siège de l’âme et lorsqu’un illustre individu, comme par exemple un pharaon, était inhumé son corps était embaumé avant d’être entouré de bandelettes pour être momifié mais il était éviscéré car les sanies contenues dans ces viscères pouvaient contribuer à corrompre le coeur et l’âme aurait alors la liberté de s’éloigner. Ces viscères étaient si l’on peut dire conditionnées à l’aide de sel, de résines, parfois de miel et éventuellement de bitume puis conservées dans des vase d’albâtre ou de terre cuite appelés vases canopes, hauts d’une quarantaine de centimètres dans lesquels les archéologues ont retrouvé des morceaux de foie, de poumon ou d’intestin. Chaque canope était étiquetée avec une tête humaine pour le foie, une tête de babouin pour les poumons, d’un chacal pour l’estomac et d’un faucon pour les intestins. Si le coeur était préservé car il était le siège de l’âme il fallait que quelques viscères restent auprès du corps dans la sépulture et soient bien conservées pour « la vie d’après ».

Les vases canopes ont été délaissés par les archéologues car ils étaient considérés comme de simples ornements dans la sépulture. Ce n’est que récemment qu’ils ont attiré l’attention des spécialistes qui ont demandé à des biologistes leur concours pour analyser leur contenu. Les puissantes techniques de séquençage de l’ADN ont permis d’envisager une étude de ces restes d’organes contenus dans les vases canopes. Pour comprendre l’effet du procédé d’embaumement les chercheurs ont utilisé des organes de porc qui sont physiologiquement très proches de ceux de l’homme et ils ont reproduit les gestes et les techniques des embaumeurs égyptiens. Puis à l’aide d’appareils d’imagerie médicale ces spécialistes d’un nouveau genre ont pu optimiser les prélèvements de ces restes d’organes. Dans l’illustration les photos posées sur la table de travail sont des clichés obtenus à l’aide d’un scanner médical.

Ayant ainsi réuni tous les atouts pour procéder à des analyses d’ADN les chercheurs, donc des archéo-biologistes, de l’Université de Zürich ont par exemple montré que les intestins de ces Egyptiens anciens contenaient des bactéries capables de digérer certaines fibres mais ces bactéries ont disparu depuis longtemps. Les investigations se sont aussi orientées vers la recherche de la bilharziose, un ver parasite très présent dans les eaux du Nil. Pour l’instant les résultats doivent être confirmé malgré le fait que le nombre de canopes se trouvant dans divers musées soit limité.

Ces travaux ont étonné les chercheurs sur d’autres aspects de la santé des Egyptiens anciens. Par exemple des momies de sujets jeunes ont révélé que près de 30 % des enfants souffraient déjà d’athérosclérose mais ils n’en mourraient pas forcément car ils avaient beaucoup plus de chances de mourir de maladies infectieuses ou de blessures. Peut-être considérons-nous à tort aujourd’hui que cette maladie est réservée aux adultes. L’histoire montre ainsi que si on peut prendre certaines précautions pour combattre des affections comme l’athérosclérose ou l’obésité, ces maladies existaient déjà il y a bien longtemps. De ce fait il faut plutôt s’accommoder de la présence de certaines maladies car ces mesures de précaution sont illusoires. Un véritable pavé dans la mare des certitudes médicales, si on peut formuler les choses ainsi.

Source : Le Temps de Genève

Origine des peuples de l’Asie de l’Est

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Il y a environ 100000 ans l’homme moderne (Homo sapiens sapiens) s’échappa d’Afrique sub-sahélienne et on retrouve ses traces d’occupation les plus anciennes au Moyen-Orient. Puis il partit vers l’est pour finalement arriver en Australie et en Amérique assez récemment puisque les Aborigènes d’Australie y accostèrent là où ils sont encore aujourd’hui il y a une quinzaine de milliers d’année à peu près au même moment que la migration vers l’Amérique du Nord et du Sud alors que le détroit de Behring n’existait pas en raison de la grande glaciation qui recouvrait l’Europe et une partie de l’Amérique du Nord, variations climatiques obligent.

Sur le continent eurasiatique il existe aujourd’hui deux sous-groupes d’Homo sapiens sapiens (on dit des clades) ceux de l’ouest, disons à l’ouest de l’Oural et ceux de l’est, depuis la Chine et la Sibérie jusqu’à l’Australie. Ces deux clades se sont différenciés du point de vue génétique il y aurait environ 45000 ans. Une controverse persiste cependant au sujet de certaines ethnies asiatiques et australasiatiques comme par exemples les « negritos », un groupe ethnique que l’on rencontre dans certaines îles de l’archipel des Philippines, ou encore les papous au sens large du terme et les aborigènes d’Australie. Certaines différences génétiques très discrètes ont été expliquées par la présence de populations dispersées sur le continent eurasiatique qui préexistaient avant le « out of Africa » qui eut lieu il y a 100000 ans telles que l’homme de néandertal ou les Denisovans et pourquoi pas d’autres hominidés.

L’homme moderne rencontra donc, au cours de sa progression vers l’est de l’Asie, d’autres populations plus archaïques avec lesquelles il se mêla puisqu’on retrouve des signatures génétiques caractéristiques des hommes de néandertal et de Denisova chez beaucoup de groupes ethniques d’Asie. Il est intéressant de rappeler que les Denisovans et les néandertaliens cohabitèrent durant plusieurs centaines de milliers d’années de la péninsule ibérique à l’Asie centrale bien qu’ils divergèrent génétiquement il y a environ 600000 ans. En considérant que la dérive génétique est constante (voir le lien Wikipedia), l’équipe du Docteur David Reich, généticien à l’Université d’Harvard, a reconstruit la filiation de tous les groupes ethniques d’Asie de l’Est en collaboration avec le laboratoire d’évolution anthropologique du Max Planck Institute de Leipzig du Docteur Svante Pääbo. Et, oh surprise ! le résultat de ces travaux montre qu’il existe des mutations qui ne proviennent ni des Néandertaliens ni des Denisovans mais d’un autre hominidé inconnu qui a disparu sans laisser de traces sinon ces quelques caractéristiques génétiques.

Quelques 1230000 SNPs (mutations ponctuelles affectant un seul nucléotide de l’ADN) ont été comparées pour identifier les mélanges génétiques ayant eu lieu entre l’homme moderne et ces populations qui existaient dispersées sur le territoire eurasiatique. L’arbre reconstruit paraît très compliqué pour un non-initié (dont je fais partie) mais il mérite d’être examiné. Chimp est l’ancêtre de l’homme c’est-à-dire le chimpanzé. La distance génétique qui sépare les Dinka, un groupe ethnique du Sud-Soudan, donc l’homme moderne qui n’a pas émigré hors d’Afrique, du chimpanzé est de 61 +56 + 80 + 3 = 200 milliers d’unités de dérive génétique. Le dernier ancêtre commun à l’homme moderne et au chimpanzé date ainsi de 6,5 millions d’années selon cette méthode de calcul.

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Il existe dans cet « arbre » généalogique neuf évènements de mélange (ou alliances, admixture en anglais) le premier étant un mélange entre deux ancêtres de l’homme de néandertal (Altaï) pour conduire à l’homme de Denisovan. Cet évènement eut lieu il y a approximativement 500000 ans. Beaucoup plus récemment, c’est-à-dire il y a moins de 100000 ans l’homme de néandertal et l’homme moderne dont l’interfécondité a été prouvée sans que l’on sache toutefois si les descendants mâles étaient féconds a provoqué l’émergence de l’Homo sapiens sapiens « non africain » ayant incorporé 3 % du génome néandertalien qui s’est scindé en deux groupes (clades) : Asie-est et Asie-ouest (East1 et West1). Les individus West1 se sont à nouveau alliés avec des néandertaliens pour donner l’homme de Ust’-Ishim, un individu retrouvé en Sibérie datant de 45000 ans et dont l’ADN mitochondrial a été séquencé. Un autre mélange a donné naissance à l’individu appelé K14, l’homme de Kostenki daté de 37000 ans. Enfin les descendants directs des West1 (North1) se sont mélangé avec ceux des East1 dans les proportions 73/27 % pour donner les Amérindiens dont l’exemple étudié est les Surui, une tribu amazonienne du Brésil qui n’a jamais été en contact avec d’autres êtres humains.

Dans la branche est (East1) on trouve les Onge, un groupe ethnique habitant certaines îles Andaman à l’est de l’Océan Indien et les Ami, des aborigènes taïwanais vivant encore isolés dans la forêt de cette île. La descendance du sous-groupe Australasie est plus compliquée. Un premier mélange avec les Denisovan a donné naissance aux Aborigènes d’Australie et aux habitants de la Nouvelle-Guinée (Papous) incorporant 4 % de gènes de Denisovan. Les « negritos » ou Mamanwa des îles de l’archipel des Philippines résultent de deux admixtures successives conduisant à seulement 1,3 % de gènes provenant des Denisovan. Enfin l’homme de Mal’ta (MA1) retrouvé en Sibérie centrale et datant de 24000 ans partage les gènes de trois lignées, East1, North1 et Denisovan. Il reste à mentionner que les Surui (Amazonie) partagent des SNPs en commun avec les Onge et les Aborigènes d’Australie.

L’ancêtre commun à tous les peuples d’Asie de l’Est et de l’Ouest est donc un inconnu apparu il y a environ 700 à 80000 ans qui n’a pas laissé de traces, une sorte d’hybride entre un hominidé et un néandertalien archaïque. Les Denisovan (première illustration : reconstitution d’artiste) seraient enfin apparentés à l’homme d’Heidelberg (Homo heidelbergensis) qui vécut en Europe entre 700000 et 200000 ans avant l’ère présente.

Cette filiation génétique peut être représentée de manière plus simple ainsi (source Nature, doi ci-dessous). Les Dai sont un groupe ethnique vivant dans le sud du Yunnan en Chine :

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Source : Article encore sous presse aimablement communiqué par le Docteur Reich et aussi Nature : DOI : 10.1038/nature18964

https://en.wikipedia.org/wiki/Human_mitochondrial_molecular_clock

https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/09/18/levolution-humaine-un-long-parcours-parfois-seme-dembuches/

L’hygiène en Chine il y a 2000 ans

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C’est en effectuant des fouilles archéologiques d’un ancien relais situé aux confins du redoutable désert du Taklamakan qu’une équipe anglo-chinoise a découvert, preuves à l’appui, que la Route de la Soie véhiculait non seulement des denrées commerciales en tous genres mais aussi des maladies parasitaires tout aussi variées. Ce désert de dunes de sables mouvants situé entre les chaines de montagne de l’Himalaya, de Qilian et de Beishan avec à l’est le désert de Gobi est une des régions les plus inhospitalières du monde car il y fait froid et sec. Entre les années 111 avant et 109 après l’ère présente le relais de Dunhuang, un oasis situé aux confins est de la région autonome chinoise du Xinjiang, s’appelait Xuanquanzhi et était une étape importante de la Route de la Soie où arrivaient les marchandises de l’est et du sud pour repartir par deux voies contournant par le nord et par le sud les déserts de Gobi et du Taklamakan. S’y retrouvaient durant la dynastie Han toutes sortes de personnages, des marchands, des moines, des pèlerins, des soldats et des nomades. La Grande Muraille de Chine arrivait jusqu’à cet endroit où il fait relativement chaud l’été et un froid glacial en hiver.

Les archéologues ont passé minutieusement en revue les restes de ce relais important classé site historique national par la Chine et parmi une multitude d’artéfacts ils se sont aussi intéressé aux latrines dans les fosses desquelles les excréments humains ont été relativement bien conservés pendant plus de 2000 ans en raison du climat extrêmement sec sévissant dans cette région. Les voyageurs utilisaient des petites baguettes de bois autour desquelles était enroulé un morceau de tissu pour se nettoyer l’anus :

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un genre de coton tige d’une douzaine de centimètres de long pour le trou de balle …

Les fragments d’excréments, les taches brunes sur la « baguette d’hygiène anale », ont été extraits et analysés au microscope optique. Quatre sortes d’oeufs de vers parasites ont pu être aisément identifiés. D’abord le Trichuris trichiura qui est la cause de la trichiurose, une parasitose bénigne sauf en cas d’infestation massive. C’est un ver suceur de sang qui colonise l’intestin grêle et plus d’un milliard de personnes dans le monde vivent avec sans trop de désagréments. L’autre nématode parasite identifié par ses oeufs est l’ascaris (Ascaris lumbricoides) qui était déjà présent dans ce relais de la route de la soie car son hôte est exclusivement l’homme. Encore aujourd’hui plus d’un milliard et demi de personnes en sont atteintes en particulier les enfants qui paient un lourd tribut de par la mortalité, environ 2500 enfants en meurent chaque année dans le monde.

La troisième sorte d’oeufs a été attribuée au ténia (Taenia solium), le classique ver solitaire muni de crochets pouvant atteindre 10 mètres de long et dont le réservoir animal est le porc.

Arrêtons-nous un instant sur la présence de ces trois parasites. D’abord la bourgade de Xuanquanzhi était déjà à cette époque un oasis prospère. On y cultivait comme aujourd’hui toutes sortes de légumes et de fruits et l’élevage, en particulier de porcs, procurait la viande nécessaire pour poursuivre la route vers l’Europe et la Méditerranée. Les excréments humains étaient utilisés comme engrais et il n’est donc pas surprenant qu’une grande partie de la population de passage ou sédentaire de ce relais devait être porteuse de l’un ou voire plusieurs de ces trois parasites. Les habitudes alimentaires des Chinois de l’époque favorisaient la transmission d’un parasite comme le ténia. Les viscères des porcs étaient consommées et la viande de porc était parfois mal cuite ou mangée séchée car elle se conservait alors plus longtemps. Il est rare aujourd’hui de se retrouver parasité avec un ténia après avoir consommé du jambon cru car le dépistage du parasite et son éventuelle élimination à l’aide de médicaments appropriés sont systématiquement réalisés dans les élevages de porcs. Mais il y a 2000 ans, dans ce coin perdu de la Chine, il en était tout autrement.

Enfin le quatrième type d’oeufs a été attribué à la douve du foie (Clonorchis sinensis) un ver parasite qui vit dans les voies biliaires et la vésicule biliaire et peut provoquer un type de cancer du foie. Or le cycle de la douve (voir le lien sur ce blog) nécessite des eaux stagnantes peuplées d’escargots et de poissons, ce qui n’était et n’est toujours pas le cas de la région de Xuanquanzhi. Cette découverte a suscité quelques spéculations sur le climat de l’époque aux alentours du désert de Taklamakan. En réalité les oeufs de douve retrouvés sur les baguettes d’hygiène anale provenaient très certainement de personnes parasitées arrivant des zones où ce ver est endémique matérialisées par des rayures jaunes sur la carte ci-dessous.

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Ces commerçants et autres voyageurs avaient déjà parcouru près de 2000 kilomètres pour arriver à Dunhuang … Pour terminer la description de ce tableau peu engageant mais tout de même riche en informations aucun oeuf d’oxyures (Enterobius vermicularis) n’a été retrouvé dans ces latrines probablement pour deux raisons : les femelles pondent leurs oeufs la nuit à l’extérieur de l’anus et ces oeufs sont fragiles. L’oxyurose est pourtant encore aujourd’hui la parasitose la plus répandue dans le monde. Dans les pays de l’OCDE il est admis que près de 40 % des enfants ont été ou seront en contact avec des oxyures.

Cette étude bien qu’un peu scatologique révèle de précieuses informations sur l’hygiène, les habitudes alimentaires et les mouvements migratoires qui prévalaient il y a 2000 ans dans cette bourgade importante de la Route de la Soie qui est de nouveau d’actualité aujourd’hui avec la construction d’une liaison ferroviaire à grande vitesse depuis Pékin jusqu’à l’Europe occidentale …

Source et illustrations : http://dx.doi.org/10.1016/j.jasrep.2016.05.010 (article aimablement communiqué par le Docteur Piers Mitchell qui est vivement remercié ici. Dunhuang aujourd’hui (Wikipedia).

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/09/14/la-douve-du-foie-fait-toujours-autant-de-ravages/

Il y a 176000 ans les Néandertaliens étaient déjà évolués

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L’homme de Néandertal, notre lointain cousin, a été considéré comme un sous-homme plus proche de l’orang-outang que de l’homme moderne. Cette image populaire persiste encore. Et pourtant on sait que les Néandertaliens enterraient déjà leurs morts il y a 400000 ans comme cela a été montré lors des études de la grotte Sima de los Huesos dans le nord de la péninsule ibérique. Ils maîtrisaient le feu et étaient capables de fabriquer des outils. Peut-être avaient-ils aussi développé une certaine forme de langage pour communiquer. Les peintures pariétales que l’on trouve dans plusieurs grottes en Europe et en particulier dans le sud-ouest de la France ne sont pas le fait des Néandertaliens mais de l’homme moderne qui arriva en Europe depuis l’Afrique il y a environ 100000 ans. Comme on n’avait jamais attribué d’oeuvres d’art aux Néandertaliens il était donc admis qu’il s’agissait de sous-hommes frustres, roux et poilus, qui se seraient plus ou moins mélangés aux hommes modernes en leurs laissant en prime quelques gènes dont justement celui commandant les cheveux roux …

En 1990, un adolescent curieux remarqua un léger courant d’air frais filtrant à travers un éboulis surplombant la rive sud de l’Aveyron. Patiemment il arriva après trois années de laborieux travaux à pénétrer dans une grotte en ayant ménagé un petit tunnel de 30 mètres de long à ses risques et périls. Ce qu’il découvrit le fascina : une grande salle à plus de 300 mètres de l’entrée de la grotte jonchée de stalagmites et de stalactites cassées en morceaux et disposées en arc de cercle. Il contacta un archéologue, François Rouzaud, qui procéda à une datation au carbone-14 des fragments d’os brûlés retrouvés dans cette salle. Les résultats indiquèrent que vraisemblablement cet artéfact inédit datait d’environ 47600 ans. Rouzaud mourut quelques mois plus tard et l’affaire fut classée, si l’on peut dire, et l’entrée de la grotte condamnée. Rien n’indiquait que cette construction au sol était l’oeuvre des Néandertaliens. Elle aurait pu tout aussi bien avoir été créée par l’homme moderne arrivé d’Afrique quelques cinquante mille ans plus tôt. Cette découverte eut lieu dans la grotte de Bruniquel située sur le territoire de la commune du même nom au bord de la Vère, un petit affluent de l’Aveyron. Comme non loin de cette grotte se trouve celle de Mayrière occupée à l’évidence plus récemment par l’homme moderne, l’identification des auteurs de cette sorte de monument dans la grotte de Bruniquel intrigua les archéologues d’autant plus qu’au delà de 30000 ans la datation au carbone-14 devient de plus en plus hasardeuse.

Une équipe d’archéologues, de géologues et de physiciens dirigés par le Docteur Jean Jaubert de l’Université de Bordeaux, sous l’impulsion de l’archéologue belge Sophie Verheyden, obtint l’autorisation de pénétrer à nouveau dans cette grotte et d’y effectuer des travaux de relevés et de datation directement sur des échantillonnages des débris de stalagmites jonchant le sol non plus par la technique du carbone-14 mais à l’aide de celle beaucoup plus précise et adaptée aux concrétions de calcite faisant appel à la présence de thorium-230 provenant de la désintégration de l’uranium-238.

Les résultats obtenus et publiés dans la revue Nature ( DOI : 10.1038/nature18291) sont tout à fait extraordinaires. Les structures circulaires datent de 176500 ans plus ou moins 2000 ans. La grotte était très probablement occupée sporadiquement 5000 ans plus tôt puisque la datation de la calcite recouvrant des fragments d’os (d’ours) brûlés indique qu’elle date d’environ 180000 ans.

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Dans la figure ci-dessus, un relevé de l’ensemble de la structure faite de main d’homme indique également en orangé les zones qui ont été chauffées par des feux intentionnels et en rouge un « gisement » de cendres d’os brûlés.

Quel climat prévalait à cette époque ? Il faisait généralement froid car la teneur en CO2 atmosphérique était faible, de l’ordre de 200 ppmv, comme l’ont montré les carottages effectués au pôle sud (Vostok ice core) mais suffisamment humide pour qu’il puisse se former des dépôts de calcite par ruissellement. La figure ci-dessous tirée de l’article paru dans Nature indique l’évolution de la teneur en gaz carbonique au cours du temps et situe les datations effectuées dans la grotte de Bruniquel.

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Les Néandertaliens maitrisaient parfaitement le feu pour pouvoir parcourir plusieurs centaines de mètres dans les profondeurs du massif calcaire surplombant l’Aveyron, y séjourner pour construire la structure en question et ressortir plus tard tout en continuant à s’éclairer avec des torches. La grotte elle-même ne semble pas avoir été habitée. Cette salle reculée pourrait avoir servi de lieu de culte ou d’initiation. Toutes les hypothèses sont possibles. La conclusion de ces travaux est que contrairement aux idées reçues les Néandertaliens étaient un peuple plus évolué qu’on ne le pensait jusqu’à présent …

Lien d’une vidéo décrivant le site :

http://www.nature.com/nature/journal/vaop/ncurrent/extref/nature18291-sv1.mov

La Judée fut le premier producteur de verre du monde civilisé

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Des fouilles archéologiques effectuées lors de terrassements pour la construction d’une voie ferrée en Israël viennent de révéler un fait tout à fait inattendu : la terre de Judée était le premier fournisseur de verre brut de l’Empire romain. Il était expédié par bateau jusqu’aux fabriques pour façonner des vases et bien d’autres objets. On a en effet retrouvé lors de fouilles sous-marines cet étrange verre de couleur légèrement verte mais on ignorait d’où il provenait. Des documents romains signalaient que les sables de la vallée de l’Akko étaient d’une qualité apte à la production de verre mais jusqu’à ces fouilles on ignorait que le verre brut était produit dans cette région du Moyen-Orient et qu’il était ensuite disséminé à travers tout l’Empire romain.

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Les fouilles ont permis de reconstituer la configuration des fours formés d’une partie destinée à la combustion pour atteindre une température d’environ 1200 degrés et d’une chambre autorisant la récolte du verre en fusion. Le verre brut était ensuite chauffé pendant une semaine pour finalement former des blocs pouvant atteindre le poids respectable d’une tonne. Ces blocs étaient en majorité expédiés vers Rome et l’Europe ou utilisés localement pour être retravaillés. À l’époque de l’Empereur Dioclétien il existait dans l’Empire deux sortes de verre, celui de Judée et celui d’Alexandrie. Le verre de Judée, en raison de sa couleur légèrement verte était moins coûteux que celui en provenance d’Egypte don tla production avait été encouragée par les Ptolémée(s). La région de Khirbat’Asafna au sud-est d’Haïfa a fait l’objet de nombreuses fouilles archéologiques et elle était un grand centre industriel. Outre cette industrie de production de verre brut, les fouilles ont mis en évidence des unités de production d’huile d’olive et des sites de production de vin dans cette région proche du Mont Carmel. Aujourd’hui la région d’Haïfa est l’un des plus industrieuses d’Israël.

Source et illustrations : http://www.antiquities.org.il/article_eng.aspx?sec_id=25&subj_id=240