Les drogues les plus dangereuses ne sont pas celles que l’on croit …

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La revue The Lancet a publié il y a quelques mois un article classant les diverses drogues licites et illicites selon leur degré de dangerosité pour l’utilisateur et également pour son entourage. L’alcool arrive en première place suivi de l’héroïne et le tabac est confortablement installé à la sixième position. Il s’agit d’un classement prenant en compte l’effet direct sur l’individu mais également celui parfois dévastateur sur l’entourage de ce dernier. Pour l’alcool les accidents de la route, la dégradation de la santé et les scènes de ménage ont été pris en compte dans ce classement. Mais qu’en est-il exactement de la dépendance aux drogues ? Et là c’est un peu la surprise selon cette étude !

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On trouve champion de la dépendance l’héroïne malgré son effet dévastateur par over-doses. Il faut en effet à peine plus de 5 fois la dose que s’injecte un héroïnomane pour en mourir. Or cette dépendance entraine l’utilisateur dans une spirale dangereuse et morbide car il lui faut toujours plus de drogue pour atteindre la satisfaction recherchée. Pour mémoire le marché mondial de l’héroïne est évalué à 80 milliards de dollars par an, ça laisse rêveur.

La deuxième drogue pour laquelle la dépendance apparaît rapidement est la cocaïne qui comme l’héroïne maintient le taux de sérotonine cérébrale à son maximum quoique un peu moins efficace que cette dernière drogue. Marché mondial de la cocaïne : 100 milliards de dollars par an, ça laisse aussi rêveur.

La nicotine arrive en confortable troisième place en ce qui concerne la dépendance. En 2002 (dernières statistiques disponibles) il y avait plus d’un milliard de fumeurs sur Terre, quelle quantité de CO2 et de microparticules délétères pour le climat rejetés dans l’atmosphère ! L’OMS considère qu’en 2030 plus de 8 millions de personnes passeront de vie à trépas pour avoir fumé durant leur vie. Comme l’héroïne et la cocaïne la nicotine augmente le taux de sérotonine dans le cerveau mais à peine dix fois moins que l’héroïne.

Viennent en quatrième place les barbituriques mais ces drogues qui à faible dose procurent une certaine euphorie ont été remplacés par d’autres produits de synthèse. De plus les barbituriques ne sont pas facilement accessibles sur le marché sous-terrain des drogues.

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Vient enfin l’alcool qui selon les doses peut être aussi efficace que l’héroïne pour augmenter le taux de sérotonine cérébral. Selon l’étude du Lancet une personne sur cinq ayant consommé de l’alcool devient dépendante et l’OMS estime qu’il y a plus de 2 milliards de consommateurs réguliers de boissons alcoolisées dans le monde. À consommer, donc, avec modération … Café, alcool et nicotine sont donc les drogues les plus couramment utilisées dans le monde.

Source et illustration : Lancet

Remarques sur la doxycycline

Remarques sur la doxycycline

Un de mes lecteurs très fidèles m’a envoyé directement un commentaire au sujet des « molécules de Yamanaka » qui à juste titre soulève quelques questions importantes. Tout d’abord il ne s’agit pas de molécules au sens strict du terme puisque ce sont des facteurs de transcription, en d’autres termes des outils dont dispose la cellule pour initier et/ou moduler la synthèse d’ARNs messagers ou de signal à partir d’un gène codé par l’ADN. Les modulateurs agissant sur la production de facteurs de transcription peuvent être de diverses origines. Dans les travaux relatés sur ce blog (voir le lien) les biologistes du Salk Institute ont utilisé la doxycycline, un antibiotique tétracyclique :

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Les doses utilisées lors de cette étude qui, faut-il le rappeler a été effectuée sur des souris, sont très inférieures à celles prescrites pour observer un effet antibiotique. De surcroit la posologie était de 2 jours par semaine tout au cours de la vie de la souris et non pas sur une durée relativement courte comme tout antibiotique qui est administré rarement au delà de 6 à 10 jours consécutifs, sauf situations exceptionnelles.

C’est sur ce point que peut être justifiée la remarque de mon lecteur. Connait-on tous les effets au niveau moléculaire, c’est-à-dire de l’ADN et en particulier de l’expression des gènes, des antibiotiques couramment utilisés ? Et je me pose la question moi-même ! La doxycycline utilisée en particulier pour soigner l’acné est-elle aussi anodine que le prétendent les laboratoires pharmaceutiques ? N’y aurait-il pas des effets sur le long terme ? Tous les résultats et utilisations diverses de certaines molécules de synthèse ou naturelles autorisées à la vente doivent, selon mon humble avis, être agrégés afin d’éventuellement reconsidérer leur autorisation de mise sur le marché. Si la doxycycline induit la synthèse de facteurs de transcription chez la souris, il pourrait en être de même chez l’homme. Il y a donc me semble-t-il une urgence, dès qu’un fait nouveau apparaît dans la littérature scientifique, à reconsidérer cette autorisation de mise sur le marché de certains produits de synthèse (ou naturels) dont l’usage est reconnu comme sans danger.

Voilà du grain à moudre pour les législateurs …

https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/12/27/lelixir-de-jouvence-pour-bientot-pas-si-sur/

Buvez de la bière, c’est excellent pour la santé !

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Il y a quelques mois mon médecin du centre de santé du quartier, une femme d’une cinquantaine d’années assez corpulente, me reprochait de boire trop de bière, ce qui expliquait d’après elle que mon taux de cholestérol sanguin était trop élevé. Elle me suggéra de prendre des statines … Je la regardai alors dans les yeux mais ma pratique de l’espagnol n’était et n’est toujours pas suffisante pour lui expliquer clairement qu’il est criminel de prescrire des statines quand on a un taux de cholestérol – toutes espèces confondues – d’à peine trois grammes par litre. Au passage je signale à mes lecteurs que le corps médical a inventé une unité pour le cholestérol sanguin qui se décline en milligrammes par décilitre pour mieux effrayer les gogos qui se laissent alors prescrire des produits dangereux comme les statines et autres poisons : des centaines de milligrammes c’est plus impressionnant que quelques grammes !

Je bois en moyenne deux litres de bière par jour et la principale raison est que je n’aime pas boire de l’eau, ça n’a pas de goût, pas de couleur, en un mot je préfère la bière. Mon médecin insista en me conseillant de prendre un produit pour baisser le taux de LDL sanguin. Je refusai également catégoriquement. Pour cette dame je fais partie des malades en puissance récalcitrants qui, de plus ne tiennent pas en haute estime le corps médical. Je n’ai jamais fait confiance dans ma vie qu’aux radiologues puisqu’ils observent des images et aux chirurgiens : ils vous enlèvent un bout de viande inutile et vous savez au moins qu’ils ont fait quelque chose de concret …

Aujourd’hui, je me sens pleinement rassuré et je vais continuer à boire de la bière y compris (et surtout) la bière bas de gamme Champigneule brassée à Valencia à 80 centimes d’euro le litre dans mon petit supermarché préféré, pourquoi se priver ? Et devinez pourquoi je me sens libéré de toute l’angoisse qu’a tenté de semer dans mon esprit mon médecin référent, tout simplement parce qu’une étude exhaustive réalisée auprès de 80000 chinois a clairement montré que la bière était bénéfique pour la santé en général et pour le taux de cholestérol en particulier. Je n’invente rien, surtout pas pour me donner bonne conscience. Cette étude a indiqué clairement que la bière prévenait la chute du taux de HDL, la « bonne » forme de cholestérol. Boire régulièrement de la bière non seulement réduit la chute des HDL mais prévient également les accidents cardiovasculaires. De plus, boire de la bière augmente la densité osseuse et prévient donc l’apparition avec l’âge de l’ostéoporose.

Cette étude, bien que réalisée en Chine sur un large échantillon de personnes durant 6 années, ce qui n’exclue en aucun cas sa validité dans d’autres pays, a également montré que boire de la bière régulièrement protégeait contre les anémies. Je confirme personnellement que la bière contient diverses vitamines du groupe B pour les avoir dosées moi-même par curiosité lorsque je travaillais sur la biosynthèse des vitamines chez les plantes. D’autres bienfaits inattendus de la bière sont la prévention des calculs qui peuvent se former dans la vésicule biliaire, une meilleure digestion, un sommeil de plus grande qualité et, c’est bien connu des buveurs de bière, un effet diurétique puissant promouvant une meilleure élimination des toxines par les reins. Tout pour plaire et à consommer avec moins de modération que le vin …

Source : Bel Marra Health

Le cratère d’impact de Chicxulub va peut-être livrer ses secrets

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C’est en observant divers cratères d’impact sur la Lune, Mars et d’autres objets célestes du système solaire que les scientifiques ont formulé l’hypothèse de la formation d’anneaux concentriques entourant le point d’impact central. Du cratère lunaire de 930 km de diamètre extérieur situé sur la « Mer orientale » provoqué par la chute d’un météore d’environ 20 kilomètres de diamètre il ne subsiste que trois anneaux concentriques (image ci-dessus, crédit NASA). À la suite de l’impact par un très gros caillou il y a 3,8 milliards d’années, il se forma un réarrangement du manteau lunaire qui donna naissance à un pic de roches de 140 kilomètres de haut. Cet amas instable s’effondra sur lui-même pour provoquer une onde de choc secondaire qui se matérialisa par deux rides concentriques. Ce n’est qu’une hypothèse de travail qu’il est impossible d’aller vérifier sur place : il faudrait acheminer sur la Lune du matériel de forage en profondeur …

Mais il existe sur la Terre le cratère de Chicxulub dont un grande partie sur trouve sur la péninsule du Yucatan au Mexique qui pourrait permettre de vérifier cette hypothèse et rendre compte de l’effet dévastateur de cet impact qui provoqua la disparition des dinosaures et de bien d’autres espèces animales il y a 63 millions d’années (voir le lien sur ce blog). Selon cette hypothèse l’impact du météore a provoqué un effondrement de la croute terrestre (lunaire) sur une centaine de kilomètres de diamètre et l’onde de choc a entrainé la croissance transitoire d’un pic de matière – des roches de diverses origines provenant de cette croute et du manteau sous-jacent – qui, tel le phénomène d’une goutte tombant à la surface de l’eau, a ensuite provoqué des ondes de choc secondaires, processus illustré par la figure ci-dessous :

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L’éjection initiale de matière a formé le cercle le plus externe de l’impact et deux autres formations circulaires concentriques se sont ensuite formé, un processus qui n’a probablement pas duré plus de quelques heures voire moins. Pour en avoir la certitude les scientifiques de l’IODP (International Ocean Discovery Program) ont donc décidé d’effectuer un forage au large de la péninsule du Yucatan, tous ceux réalisés par la société pétrolière Pemex à la recherche de pétrole ayant été abandonné car en lieu et place de pétrole les trépans ne rencontrèrent que du basalte là où les données gravimétriques prévoyaient la présence d’huile.

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Le site de forage à 30 kilomètres au large au nord du port de Progreso a été choisi comme étant situé le plus probablement au niveau du second anneau hypothétique de l’impact et également là où comme par hasard la profondeur de la mer n’est que de 17 mètres. Le forage doit atteindre la profondeur de 1500 mètres et selon les prévisions traverser en premier lieu une couche de 550 mètres de calcaire. En remontant donc le temps, à cet horizon géologique le trépan devrait rencontrer une couche riche en algues fossilisées correspondant au maximum climatique Paléocène-Eocène (il y a 55 millions d’années) de 5°C plus élevé qu’aujourd’hui.

Ensuite, bien qu’il ne s’agisse encore que d’hypothèses, le forage devrait remonter des carottes indiquant la réapparition de la vie dont les témoins seront les squelettes de foraminifères. Enfin le forage devrait arriver au niveau du deuxième anneau en rencontrant un mélange géologiquement complexe de roches d’origines variées et enfin au delà de 1000 mètres de profondeur il sera peut-être possible de retrouver des bactéries qui se sont infiltrées dans les fissures provoquées par l’impact et ont continué à vivre en utilisant d’autres sources d’énergie que le carbone et l’oxygène mais plutôt le fer et le soufre … Tout un programme alliant la géologie, la biologie, le climat et l’histoire passée lointaine. Le forage a débuté au mois de mai dernier. À suivre … Ci-dessous reconstitution d’artiste du cratère d’impact de Chicxulub.

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Source et illustrations : sciencemag.com

https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/07/21/le-petrole-cest-vraiment-dangereux-pour-le-climat/

L’élixir de jouvence pour bientôt ? Pas si sûr

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Quand en 2006, il y a déjà 10 ans … comme le temps passe vite, les Docteurs Takahashi et Yamanaka de l’Université de Kyoto publièrent leurs travaux sur l’induction de cellules souches à partir de n’importe quelles cellules adultes la presse salua cette découverte comme pouvant constituer un futur élixir de jouvence. Il s’agissait de 4 facteurs dits de transcription appelés depuis les « molécules de Yamanaka ». Ces travaux concernaient alors des cellules en culture et l’extrapolation sur des animaux vient tout juste d’être décrite sur des souris dans le cadre d’une collaboration entre le Laboratoire d’expression génique du Salk Institute à La Jolla en Californie et trois Universités espagnoles.

Il s’est agi de tenter de rajeunir des souris génétiquement modifiées pour reproduire le syndrome d’Hutchinson-Gilford décrit chez l’homme. C’est une maladie génétique rare dont le symptôme majeur est un vieillissement accéléré tant au niveau cellulaire que tissulaire. La progéria – c’est son nom médical – est mortelle et aucun enfant atteint n’a jamais survécu plus de quelques années. Les biologistes du Salk Institute se sont donc fait la main sur des cellules humaines de patients souffrant de cette maladie et ont démontré que les facteurs de Yamanaka réversaient au niveau cellulaire les effets de cette mutation ne modifiant pourtant qu’une seule protéine appelée lamine qui intervient en particulier dans l’intégrité du noyau cellulaire et donc de l’ADN.

 

Les souris modèles présentant ce syndrome, une mutation sur le gène de la lamine, ont été reprogrammées à l’aide d’une molécule chimique simple pour sur-exprimer les 4 facteurs de Yamanaka et elles ont été presque complètement guéries. Une sorte de contrôle avec des souris normales également reprogrammées pour exprimer également ces 4 facteurs ont vécu beaucoup plus longtemps, toutes proportions gardées comme si un être humain vivait allègrement plus de 150 ans … Mais il n’y a rien sensationnel dans cette étude scientifique très complexe dont certains médias se sont emparés pour créer de faux espoirs. Les 4 facteurs de Yamanaka sont des facteurs de transcription, faut-il le répéter, et l’expression de leurs gènes doit être stimulée à l’aide de doxycycline, un antibiotique de la famille des tétracyclines. Les souris ont été traitées 2 jours par semaine avec cet antibiotique dès l’âge de 8 semaines jusqu’à leur mort et le résultat qu’on peut qualifier de spectaculaire ne doit en rien être interprété comme pouvant conduire à une application thérapeutique anti-vieillissement pour l’homme car il ne faut pas oublier que l’induction des facteurs de Yamanaka (Oct4, Sox2, Klf4 et c-Myc dans la figure) peut aussi avoir des effets tératogènes, en d’autres termes l’apparition de très méchantes tumeurs indifférenciées. Il faudra probablement attendre les résultats de nombreux essais cliniques sur le long terme avec des volontaires si possible courageux pour voir une application possible de ces travaux. Si les protocoles utilisés dans cette étude devaient être appliqués à l’homme il faudrait se traiter chaque semaine dès l’âge de 20 ans pour hypothétiquement voir sa vie prolongée dans de bonnes conditions physiques pour on ne sait pas trop combien d’années avec comme une épée de Damoclès le développement de cancers atypiques, le prix pour rester jeune ?

Source et illustration : Cell en accès libre, doi : 10.1016/j.cell.11.052

Le parasitisme chez les oiseaux, une affaire de mémoire

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En Europe les oiseaux qui parasitent les nids d’autres oiseaux font partie de la famille des coucous et dans les Amériques c’est le « vacher » (Molothrus alter illustration ci-dessus) qui se livre à ce genre de comportement. Jusqu’à une étude récente réalisée en Argentine on ne savait pas trop comment le vacher à tête brune (en anglais cowbird) s’y prenait pour aller déposer un oeuf au bon moment dans le nid de son hôte préféré le moqueur (Mimus saturninus, illustration ci-dessous), en anglais mockingbird. Le vacher se nourrit des insectes dérangés par les bovins lorsqu’ils broutent. Or il lui faut parasiter le nid d’un autre oiseau car il se déplace avec ces ruminants et ne peut donc pas, de par son habitude alimentaire, s’occuper de sa couvée. Il dépose le plus souvent un seul oeuf dans le nid d’un moqueur qu’il a soigneusement repéré car il lui faudra déposer cet oeuf au bon moment quand le moqueur aura tout juste commencé à pondre et il faut qu’il (la femelle) s’accouple pour féconder l’oeuf et attendre de pondre cet quand sa coquille est formée.

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Pour l’anecdote le moqueur (mockingbird) est appelé ainsi car il est capable d’imiter parfaitement le chant de bien d’autres oiseaux. Pour l’anecdote encore qui ne se souvient pas de l’immense film de Robert Mulligan « To Kill a Mockingbird » avec Gregory Peck dans le rôle d’un avocat défendant un noir accusé de viol (1962). Bref, on ne sait pas trop pourquoi le vacher choisit précisément le moqueur pour le parasiter, probablement parce que ces deux oiseaux sont de taille sensiblement identique. Le coucou a plutôt tendance à parasiter le nid des pies, un oiseau de la famille des corvidés remarquablement intelligent qui ne saisit pourtant pas ce qui lui est arrivé …

Pour comprendre comment les choses se passent une équipe de zoologistes de l’Université de Buenos-Aires a capturé des femelles de vacher et les a équipées d’un tout petit émetteur qui envoie des « bips » toutes les deux secondes pendant environ trois semaines. À l’aide d’antennes réparties sur le territoire d’étude l’analyse de l’intensité des signaux et le lieu de leur provenance par goniométrie il a été possible de suivre très précisément les agissements exploratoires du vacher. Il repère les nids en construction et quand il a compris que l’un des nids était terminé cela signifiait que le moqueur allait commencer à pondre. Selon les diverses femelles étudiées, une trentaine, il est apparu comme l’indique l’illustration ci-dessous que chaque oiseau n’avait pas tout à fait le même comportement dans le temps.

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Par exemple la femelle 2681 a inspecté le nid du moqueur depuis moins de 10 mètres le jour même où la ponte a débuté (temps zéro dans l’échelle de temps) et a déposé son oeuf le lendemain (flèche orientée vers le bas). La femelle 2874 par contre a fait plusieurs visites les trois jours précédant le début de la ponte du moqueur et a curieusement attendu 4 jours pour venir parasiter le nid en effectuant quotidiennement des visites de près (moins de 10 mètres) comme de plus loin. Quant à la femelle 3850 il ne lui a fallu que deux visites pour comprendre qu’il était favorable de venir parasiter le nid deux jours après la première ponte. L’étude détaillée des allers et venues des vachers a indiqué en outre qu’ils faisaient preuve d’une mémoire spatiale et temporelle très précise car ils ne repèrent pas seulement un unique nid « parasitable » au bon moment, ils se ménagent en quelque sorte un certain choix. Enfin, à l’aide de petites caméras vidéo l’étude a également montré que le vacher ne dédaignait pas revenir inspecter le nid parasité et éventuellement détruire quelques-uns des oeufs de l’hôte pour mieux assurer la couvaison du sien. Ce comportement a fait l’objet de nombreuses études d’où il est ressorti que cette attitude est risquée puisque le vacher peut se tromper d’oeufs et également détruire le sien. Au cas où le moqueur abandonne son nid quand il a été dévasté par le vacher, ce qui n’arrive heureusement pas de manière systématique, le vacher ira alors à la recherche d’un autre nid à parasiter. Extraordinaire comportement de ces oiseaux parasites …

Source et illustration : Behavioral Ecology and Sociobiology, doi : 10.1007/s00265-016-2250-8, autres illustrations Wikipedia (en tête d’article le vacher, dans le texte le moqueur.