Nouvelles du Japon : la fertilisation in vitro (IVF) va-t-elle sauver la démographie de ce pays ?

Capture d’écran 2018-06-10 à 09.24.14.png

D’abord les faits : cinq pour cent des nouveaux-nés japonais ont été conçus par fertilisation in vitro, c’est le pourcentage le plus élevé du monde. La population du Japon est de moins de la moitié de celle des USA et pourtant il y a 30 % de plus de cliniques spécialisées dans la fertilisation in vitro. En 2016 il y a eu moins d’un million de naissances au Japon et il en est ressorti que le taux de fertilité avait atteint le triste record de 1,44 enfant par femme en âge de procréer. Pour rappel afin que la population reste stable en nombre il faut un taux de fertilité de 2,1.

Bien que le Japon soit probablement le pays du monde le plus en avance technologiquement le taux de succès des IVF y est le plus faible de tous les pays développés en atteignant un peu moins de 10 % de succès. La question qui vient à l’esprit est de savoir pourquoi les IVF sont si répandues au Japon. Bien que le système de santé publique ne prenne pas en charge les IVF le gouvernement japonais accorde une subvention de 150000 yens pour les couples désirant un enfant. Or compte tenu de l’organisation sociale du pays un grand nombre de femmes travaillent et il reste peu d’heures chaque jour au couple pour augmenter ses chances d’avoir un enfant. De plus les femmes se marient de plus en plus tardivement et peu d’entre elles ont un enfant en dehors du mariage. De ce fait la plupart des femmes qui se soumettent à une IVF ont dépassé la quarantaine, deux fois plus qu’en Grande-Bretagne ou en France.

Le gouvernement du Premier Ministre Shinzo Abe a fixé comme objectif de voir remonter le taux de natalité à 1,8 à l’horizon 2026 et si les protocoles pour effectuer des IVF étaient mieux adaptés (voir note) et que le taux de réussite doublait le nombre de naissance pourrait augmenter de 300000 enfants par an contrebalançant alors le nombre de décès. La firme danoise Origio qui vend les produits utilisés pour les IVF déplore que la société japonaise d’obstétrique et de gynécologie soit par trop restrictive en ce qui concerne les dons de sperme ou encore les mères porteuses pour autrui. De ce fait des centaines de Japonaises partent quelques mois à l’étranger chaque année pour se soumettre à une IVF sachant que près d’un cinquième des couples japonais ne réussissent pas à avoir un enfant. En effet la raison de ces choix est qu’un tentative d’IVF coûte entre 300000 et 500000 yens.

Note. Pour des raisons difficiles à expliquer les médecins japonais pratiquant des IVF ne respectent pas les protocoles généralement admis dans d’autres pays en ce qui concerne les doses de gonadotropine (hyper-stimulation des ovaires) utilisées pour favoriser la réussite d’une IVF car ils redoutent des effets secondaires indésirables pourtant parfaitement connus et décrits dans la littérature médicale. Cette attitude étrange est la raison pour laquelle les IVFs ont un taux de réussite si faible au Japon.

Sources : The Economist et BioEdge, illustration BioEdge

Un bébé avec deux mamans et un papa !

Capture d’écran 2016-09-28 à 10.29.57.png

C’est après avoir eu deux enfants souffrant d’une maladie génétique grave véhiculée par l’ADN mitochondrial qu’un couple de Jordaniens a décidé de recourir à une expérimentation maintenant bien maitrisée avec des singes en laboratoire : faire appel à une mère donneuse d’ovocyte pour que l’enfant à naître soit exempt de cette maladie. Il s’agit d’une donation de mitochondries puisque ces organites sub-cellulaires fournisseurs d’énergie ne sont transmis que par la mère. L’ADN des mitochondries ne code que pour 37 gènes et si l’un d’entre eux porte une mutation, celle-ci est en général létale car elle entraine de graves troubles du métabolisme énergétique.

L’oeuf de la mère donneuse a donc été débarrassé par micromanipulation de son gamète (ou noyau) puis dans lequel a été implanté celui de la mère génétique. Le nouvel oeuf ainsi produit contenait donc des mitochondries saines provenant de cette « mère » donneuse. L’oeuf a alors été fécondé par les gamètes du père (les spermatozoïdes) et l’oeuf fécondé a été implanté dans l’utérus de la mère biologique. La grossesse s’est déroulée normalement et le corps médical a attendu quelques mois après la naissance pour être certain que l’enfant ne souffrait pas de cette mutation qui avait été transmise auparavant à deux reprises à deux de ses enfants décédés l’un à l’âge de six ans et l’autre à 8 mois. Il s’agit d’un cas relativement rare car l’incidence de la transmission d’une telle mutation est de l’ordre de 1 % malgré le fait que la mère possède pourtant près du quart de ses mitochondries porteuses de cette mutation et par conséquent défectueuses. Il s’agit du syndrome de Leigh qui atteint le système d’oxydation des mitochondries entrainant une acidose fatale à relativement court terme due à l’accumulation d’acide lactique dans le sang et le liquide céphalo-rachidien et provoquant des dommages généralisés tant musculaires que neurologiques conduisant à une mort rapide.

Les parents se sont adressé au New Hope Fertility Center de New-York et la « manipulation » mitochondriale proprement dite a été effectuée au Mexique car elle est interdite aux USA. Ce n’est pas une première mondiale car d’autres enfants sont nés de « deux » mères et d’un père mais seul un quart de ces enfants particuliers purent survivre. La manipulation effectuée à Londres fut en effet un peu différente dans la mesure où l’ovocyte de la mère biologique fut vidé de son contenu cytoplasmique qui fut remplacé par celui d’une « mère » donneuse de mitochondries. Le problème dans ce cas est qu’il reste trop de mitochondries défectueuses dans l’ovocyte ainsi manipulé. L’approche choisie par le Docteur John Zhang du New Hope Fertility Center semble donc être la mieux adaptée pour cette thérapeutique génétique d’un nouveau genre.

Source : New Scientist

Enceinte 7 ans après une ablation des ovaires !

Oocyte

Une jeune Australienne de dix-sept ans a dû subir une ablation des ovaires en raison d’un cancer. Afin de pallier à une ménopause précoce, dans ce type de situation la patiente doit régulièrement prendre de l’estradiol ou une forme dérivée de cette hormone non pas pour maintenir une activité normale de l’utérus, cela ne suffirait pas, mais surtout pour prévenir les risques d’ostéoporose, l’un des effets secondaires de la ménopause dite dans ce cas chirurgicale. Cette jeune femme originaire de Brisbane a demandé à son chirurgien de garder une partie saine d’un de ses ovaires dans de l’azote liquide au cas où les progrès de la science médicale lui permettraient d’éventuellement avoir un enfant plus tard. Ce qui a été fait. Sept ans plus tard, mariée et désirant avoir un enfant, vivant maintenant à Melbourne, cette jeune femme a demandé à un spécialiste des fécondations in vitro du Royal Women’s Hospital s’il était possible de tenter quelque chose avec ce bout d’ovaire gardé soigneusement à – 196 degrés depuis 7 ans. Le médecin, d’abord dubitatif, demanda l’avis de l’oncologue qui avait pris en charge en son temps cette personne et se résigna à réimplanter ce morceau de tissu entre le péritoine et les muscles de la paroi abdominale de telle manière qu’il puisse être facilement accessible par simple incision en cas de complication inattendue mais aussi pour prélever des ovocytes dans l’éventualité où cet échantillon redeviendrait fonctionnel. Il a alors suffi d’un traitement hormonal approprié pour pouvoir récolter, si l’on peut parler ainsi, deux ovocytes qui ont été fécondés avec le sperme de l’époux et implantés dans l’utérus de la jeune femme qui attend maintenant deux jumelles. La stimulation hormonale du morceau d’ovaire avait permis également dans le même temps de « préparer » l’utérus à la nidation. Bel exemple des progrès de la médecine …

Source : Guardian