De qui se moque-t-on ? 3. les OGMs

Au cours de ma mission auprès de Rhône-Poulenc-Agrochimie dans les années 1980-1990 j’ai été impliqué directement dans des projets de recherche relatifs à l’identification de nouvelles cibles herbicides à la mise au point de nouveaux herbicides avec en parallèle celle de plantes de grande culture capables de résister à ces nouveaux herbicides. L’approche technologique de l’époque peut paraître préhistorique aujourd’hui mais la firme Monsanto réussit à la même époque a valoriser son glyphosate autorisé à la vente au milieu des années 1970 en mettant au point son soja résistant à cet herbicide suivi du coton, du maïs et d’autres plantes de grande culture. Le cahier des charges pour l’homologation d’une plante génétiquement modifiée était (et est toujours) volumineux et complexe. Cette complexité a été obtenue par le lobby des opposants aux manipulations génétiques des plantes de grande culture sans qu’un quelconque argument scientifique indéfendable ait été présenté à l’appui de leurs thèses obsessionnelles de protection de la nature et de la santé des humains et des animaux, vaste programme.

L’astuce pour rendre une plante résistante à un « xénobiotique », comprenez une molécule chimique qui n’existe pas dans la nature et qui interfère dans le fonctionnement d’une activité enzymatique précise, est de manipuler les gènes de cette plante pour qu’elle synthétise beaucoup plus de cette protéine enzymatique dans le but de diminuer les risques délétères de ce xénobiotique. C’est ce que fit avec élégance Monsanto pour le glyphosate en obligeant la plante à sur-exprimer la cible du glyphosate, l’EPSP-synthase, une activité enzymatique qui n’existe pas chez les animaux et qui est essentielle pour la synthèse des trois acides aminés aromatiques. Je rappelle qu’un enzyme est une protéine au même titre que la caséine du lait ou l’albumine du blanc d’oeuf mais le dossier d’obtention d’une autorisation de mise sur le marché précise qu’il faut tester sur des animaux de laboratoire l’éventuelle toxicité de l’enzyme sur-exprimé.

Je glisse au passage que toutes les molécules étrangères à la nature sont étudiées d’une manière extensive sur toutes sortes d’espèces vivantes avant même qu’elles soient envisagées comme candidats pour un développement possible. En agrochimie le passage à l’étude de plantes génétiquement modifiées pour résister à ces molécules artificielles est tellement coûteux en ressources humaines que ces études préliminaires sont terminées avant toute décision. Les gardiens de l’harmonie de Gaïa n’ont rien trouvé pour le glyphosate et tout ce qu’ils prétendent à ce sujet sont de pures inventions.

Ce fut sur un point précis qu’il fut appel à ma modeste collaboration pour la mise au point d’une plante génétiquement modifiée devant être résistante à un herbicide nouvellement développé par RP-Agro comprenant un groupement nitrile. Or, pour que la plante en question devienne résistante à cet herbicide il avait été nécessaire d’introduire un gène codant pour cette activité nitrilase dans l’ADN de la plante en question, c’est-à-dire détruisant cet herbicide expérimental et que ce gène soit exprimé de telle manière que cette plante devienne résistante au xénobiotique faisant l’objet de ce travail. J’ai été donc sollicité pour purifier des quantités suffisantes (environ un gramme, ce qui est gigantesque) de cet enzyme pour étudier son éventuelle toxicité sur des rats. J’avais accepté de mener ce travail à son terme car ma spécialité avait toujours été la purification de protéines bien que jugeant dans ce cas précis la finalité de cet exercice totalement futile. Les rats n’ont pas fait de différence entre des granulés contenant cette protéine et des granulés contenant des protéines provenant par exemple des résidus d’abattage de poulets mélangés à des brisures de blé.

Le lobby de la protection de l’harmonie de la nature a fait bien pire dans ce registre. Les fonctionnaires onusiens du Centre international de recherche sur le cancer (IARC, situé à Lyon, dépendant de l’OMS) ont déclaré par la suite que le glyphosate était un cancérigène possible rapidement devenu cancérigène probable puis cancérigène tout court sans que jamais aucune preuve n’ait été apporté pour supporter ces affirmations mensongères. Dans la foulée Monsanto est devenu la bête noire du lobby de protection de l’harmonie de Gaïa et des pays entiers ont interdit les plantes transgéniques. Et pourtant ces plantes sont utiles puisqu’elles permettent des réductions fantastiques d’usage de pesticides ou de labourages. Qui plus est l’interdiction du riz doré, dont j’ai souvent disserté sur ce blog, revêt un caractère criminel et dans ce cas c’est sérieux. Pour conclure, les plantes transgéniques de grande culture ne présentent aucunes différences nutritionnelles ou organoleptiques si on les compare à leurs homologues non modifiés. Sur un plan strictement biochimique c’est tout simplement impossible. C’est également le cas pour le riz doré que l’on peut faire cuire exactement comme n’importe quel autre riz auquel on aurait ajouté du beta-carotène pour lui donner un peu de couleur. C’est ridicule et dans le cas du riz doré malfaisant. De qui se moque-t-on ?

14 réflexions au sujet de « De qui se moque-t-on ? 3. les OGMs »

  1. Ping : De qui se moque-t-on ? 3. les OGMs – Qui m'aime me suive…

  2. S’opposer aux végétaux GM, et en même temps promouvoir des « vaccins » génétiquement modifiés comme celui d’Astra Zeneca (vaccin de singe, comme disent les Russes), drôle de pratique vraiment.

  3. Le secte du bio-isme accuse sans preuve les OGMs et l’utilisation des pesticides de causer tous les maux, tels que le déclin du nombre d’insectes en général et d’abeilles en particulier, l’augmentation des cancers et des maladies rares, voire même l’obésité. S’y ajoute le rôle obscur des maisons d’édition et les médias, par exemple la promotion des livres anti-OGMs de Michael Pollan aux USA.

  4. Si je me souviens, les plantes tolérantes au Glyphosate ont été obtenues de deux manières : par sélection cellulaire sur des concentrations croissantes en Glyphosate, ce qui a entraîné l’amplification du gène EPSP-synthase, et aussi par introduction du gène EPSP-synthase extrait de Salmonelle et modifié. Seules les secondes plantes sont des OGM au sens de la définition légale de l’époque. Les premières plantes OGM vraies sont des Pétunia, bourgeonnant très bien en cultures in vitro.Ce procédé date de 1985.
    Le riz doré est une prouesse de technologie avec deux fois trois gènes d’origines différentes introduits dans la même variété de riz qui peut servir à refaire par hybridation/sélection classique n’importe quelle variété de riz sous forme « jaune ». Cette invention a été faite en partie avec des crédits européens publics, par Ingo Potrykus (1997 à 2000).
    Nous vivons une époque où le progrès scientifique est très souvent neutralisé par l’inculture, la peur et l’imbécillité.

  5. Ca c’est un commentaire ! Je serais bien incapable de dire autre chose que « vous avez sûrement raison, en tout cas vous en savez 1000 fois plus que moi ». Au sujet des OGM, il me semble que le Pr Séralini a testé les OGM sur des rats lesquels n’ont pas apprécié. Pile poil au moment ou cette étude sortait (financement par souscription publique soi-dit en passant), l’Europe sortait de son chapeau 2 études prouvant exactement le contraire. je répète , je ne suis pas un biologiste, mais je ne suis pas con non plus.

    • Une étude utilisant une lignée de rats sélectionnée pour leur tendance particulière à développer des processus tumoraux, et devenue parmi les scientifiques comme le type même d’un travail bâclé, à peine d’un niveau étudiant, ridiculisant ainsi son auteur et tous ceux qui s’y référent.

      • En effet.
        Un commentaire du Québec, remarquait tout récemment que pas mal de « communicants scientifiques » devraient porter un blouson comme les chauffeurs de formule 1, avec tous les macarons des marques qui les financent . L’idée me plaît bien.

  6. @Ecir
    Non, il ne s’agissait pas d’un travail baclé mais mal conçu (Seralini, 2012). Comme vous le dites, la lignée de rats utilisée fait normalement des tumeurs. L’expérience a consisté à nourrit ces rats avec des quantités d’aliments OGM importantes (ou de glyphosate ajouté à la ration!) et de tenter d’en tirer des conclusions objectives. Mais cela s’est révélé impossible car les tests exigent des calculs statistiques puisqu’il y a toujours des tumeurs chez les traités comme chez les non-traités. Pour que de tels tests donnent des résultats significatifs, il faut des nombres très élevés d’individus. Malgré les efforts faits, contrairement à ce que disent les auteurs, les conclusions ne peuvent être tirées en faveur ou non de l’hypothèse d’un effet cancérigène des aliments issus d’OGM. Le plus critiquable est cependant le fait qu’il s’agissait d’une expérience militante, ce qui est contraire à l’esprit scientifique.

    • Relisez la presse scientifique de cette époque et vous constaterez que Seralini a été décrit comme un incompétent notoire par des organisations prestigieuses (CNRS, académie des sciences, etc…), qui non seulement a pris des espèces de rats qui fabriquent spontanément des tumeurs, mais qui plus est, a bâclé le traitement statistique de sa pseudo-étude et n’a pas voulu transmettre ses résultats à ses pairs et a préféré les publier dans la presse à sensation. Son étude a ensuite été démontée par d’éminents mathématiciens qui ont rappelé si je me souviens bien qu’avant de monter un plan d’expérience, un bon biologiste doit se concerter avec un statisticien pour que ses résultats soient exploitables (taille minimale d’échantillons, etc…).
      Ensuite, vous avez raison, Séralini est un Khmer Vert et son organisation (le Criigen ? je ne me souviens plus de son nom) est une organisation militante politique, ce qui n’est pas compatible avec de la bonne science.

      • Les résultats de Seralini et al. ont été publiés dans une revue à comité de lecture : (je traduis en français) : Toxicité à long terme d’un herbicide, le Roundup et d’un maïs tolérant au Roundup par modification génétique. Food Chem. Toxicol.2012. 10pp
        J’ai étudié l’article avant qu’il ne paraisse et refait à l’époque des tests statistiques: aucun des tests de mortalité n’est significatif ; les tests sur les tumeurs non plus. Je critiquerais plutôt les relecteurs d’avoir laissé passer cela.

  7. La presse n’en a pratiquement jamais parlé, bien évidemment, mais il faut savoir que pour l’affaire du glyphosate/CIRC de Lyon, il a été démontré qu’un des chercheurs américains du CIRC a été soudoyé pour accuser le glyphosate d’être cancérigène.
    Le corrupteur est l’avocat américain Thimothy Litzenburg qui aurait versé à ce chercheur de Lyon environ 150 mille euros qui devaient permettre au chercheur américain de financer les études d’un de ses rejetons aux USA…en échange d’une déclaration sur la prétendue cancérogénicité du glyphosate, ce qui n’a même pas été vérifié par sa hiérarchie et ses pairs au centre de recherche international sur le cancer de Lyon, ce qui est un double scandale.
    Pour en savoir plus sur cette sordide histoire de pots de vins qui a permis aux écologistes de proclamer haut et fort la dangerosité de cet herbicide anodin, voici un résumé de l’affaire (dans lequel il manque beaucoup d’informations cruciales toutefois, mais cela suffit pour se faire une idée du dossier) : ​
    https://www.agriculture-environnement.fr/2020/01/13/inculpation-du-tombeur-de-monsanto
    J’espère que le chercheur américain du CIRC et l’avocat Litzenburg sont derrière les barreaux à l’heure qu’il est. Il faut savoir également que Litzenburg est soupçonné d’avoir versé des pots de vin à une kyrielle d’organisations écologistes pour qu’ils diffusent de fausses allégations sur le glyphosate et à des journaux dont Le Monde pour relayer ces mensonges (cela ne surprendra personne que ce torchon propagandiste ait trempé dans ce pastis infâme).

  8. Cette information présente une importance capitale pour la cause de la vérité scientifique. Le seul moyen est la lutte contre le mensonge, qui comprend aussi le silence (mensonge par omission).

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