Du grain à moudre pour les adversaires des OGMs ?

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C’est une information scientifique qui n’a pas fait l’objet d’une publication car les auteurs de l’étude se sont heurté à l’opposition du Congrès américain via la FDA (Food and Drug Administration). Il s’agit d’un parcours assez inhabituel car l’enjeu est de taille : la modification génétique d’un embryon humain. Cette fois-ci la manipulation n’a pas été réalisée dans un laboratoire chinois, à l’Université médicale de Guanzhou, mais à l’Université de Portland dans l’Oregon. L’administration américaine s’est à juste titre émue du comment et du pourquoi de ce type de recherche qui a néanmoins respecté la loi car les embryons humains ont été détruits à la fin de l’expérience. Le Congrès américain a en effet interdit le financement de tels travaux sur les embryons humains. Cependant les comités d’éthique prévoient que dans un avenir encore incertain de telles approches soient autorisées mais seulement dans certains cas très limités qu’il reste à préciser.

Les résultats des tentatives réalisées à l’Université de Portland ont une nouvelle fois révélé que l’utilisation de l’outil CRISPR-cas9 n’étais pas aussi spécifique que les scientifiques l’espéraient. Ils ont encore une fois, après les Chinois, constaté un « effet mosaïque », c’est-à-dire une dissémination indésirable de l’introduction du gène en question. Dans le cas de ces derniers travaux, selon les informations disponibles, la modification à l’aide du CRISPR a été réalisée au cours de la fécondation in vitro avec le sperme d’un donneur et encore une fois non seulement il y a eu dissémination indésirable du gène introduit mais moins de 50 % des cellules résultant de la multiplication subséquente ont été modifiées. Cette observation pourrait réduire à néant l’utilité d’un tel outil qui fait toujours l’objet d’une vive querelle juridique au sujet de sa protection par des brevets. Que cette approche technique soit utilisée pour modifier une plante ou une levure est une chose mais qu’elle soit utilisée pour modifier des embryons humains en est une autre.

Précisément à l’heure ou le petit Charlie Gard (illustration) a été « débranché » et est décédé après que son cas ait défrayé la chronique en Grande-Bretagne, il faudrait que les comités d’éthique se positionnent une fois pour toutes car la croyance populaire semble fonder trop d’espoirs sur les progrès récents de la biologie. L’enfant souffrait d’une très rare mutation concernant son ADN mitochondrial et s’il a survécu à sa vie foetale ce fut une exception. Aucune thérapie génique n’aurait pu sauver cet enfant, certainement pas avec l’outil CRISPR … Néanmoins il ne faut pas définitivement interdire toute approche génétique dans la mesure où des vies puissent être sauver. Il est opportun de citer ici les modifications de cellules souches de lymphocytes provenant d’un patient souffrant d’un cancer afin de les rediriger pour détruire les cellules cancéreuses, une solution beaucoup plus rapide expérimentalement que la production d’anticorps monoclonaux … La biologie moderne réserve encore de nombreuses surprises et il faudra parfois faire fi du détestable principe de précaution mais dans un cadre juridique bien défini.

Sources : diverses

Pétunias : une extermination aveugle !

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C’est une histoire qui défie le bon sens commun et qui fera date dans l’histoire de la stupidité de l’espèce humaine, tant en Europe qu’en Amérique du Nord. Il y a deux ans un biologiste finlandais se promenait dans la ville d’Helsinki quand son regard fut attiré par des pétunias de couleur rouge-saumon. Comme il avait travaillé quelques trente ans auparavant sur les pigments des végétaux et l’expression des gènes qui leur étaient associés il eut la curiosité de prélever une tige et quelques feuilles de ces pétunias et les emmena dans son laboratoire. Il constata qu’il s’agissait de pétunias qui exprimaient un gène en provenance de maïs qui est responsable de la couleur jaune des grains de cette céréale, la pelargonidine. Si vous grignotez du pop-corn vous ne craignez rien, ce pigment est totalement inoffensif …

Comme tout bon scientifique jaloux de son honnêteté, le dénommé Teemu Teeri confirma que ces pétunias contenaient et exprimaient un « gène étranger » et qu’il se demandait bien comment de tels pétunias avaient bien pu se retrouver sur le marché alors qu’il est interdit en Europe et en Amérique du Nord de disséminer dans la nature des plantes modifiées génétiquement sans autorisation conformément aux lois en vigueur. Cette information fit la Une des médias bien intentionnés et les autorités européennes et nord-américaines ont entrepris de faire le ménage et tous les pétunias suspects ont été détruits.

Car en effet le terme transgénique, dans le subconscient de l’homme de la rue, est synonyme de toxique … résultat d’une campagne de désinformation savamment orchestrée par des ONGs « bien intentionnées » également dont le but n’est pas de préserver l’intégrité originelle du biotope végétal de la planète mais de s’opposer à tout progrès technologique quel qu’il soit.

Au mois d’avril, Teeri confia à un de ses anciens doctorants qui travaille maintenant au Ministère de l’Agriculture finlandais qu’il avait des doutes sur la réelle nature de ces pétunias. À la fin du mois d’avril l’organisme finlandais en charge de la sécurité alimentaire (c’est important de le noter surtout quand il s’agit de pétunias) fit retirer du marché 8 variétés de pétunias. Tous les autres pays européens ainsi que les USA ont suivi les directives finlandaises et c’est maintenant le carnage dans la famille des pétunias. Dans le doute, les producteurs de plants de pétunias qui ne veulent pas investir dans des contrôles génétiques hors de prix puisqu’ils doivent être effectués par des laboratoires assermentés ont préféré incinérer leur production plutôt que de s’exposer à des poursuites judiciaires.

Cette histoire rocambolesque est révélatrice du degré incroyable d’imbécillité qu’ont atteint les agences gouvernementales de contrôle sanitaire des aliments : les OGMs c’est toxique, point barre, y compris et a fortiori les pétunias …

Source et illustration : Science magazine

Les tomates : un fruit devenu immangeable …

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Pour une fois les pourfendeurs de l’amélioration variétale de plantes ne me contrediront pas, les tomates que l’on trouve dans le rayon légumes des supermarchés ne sont plus ce qu’elles étaient il y a 30 ou 40 ans. Des tomates fermes, à peine juteuses, d’un couleur franchement rouge, dégageant une odeur caractéristique provenant de dérivés de la famille des carotènes, ne cherchez pas : ces tomates n’existent pratiquement plus. La grande majorité des tomates ont été soigneusement sélectionnées durant les quelques 50 dernières années afin de murir lentement, de résister par elles-mêmes aux champignons et autres moisissures et surtout de se prêter à toutes sortes de transformations comme le ketchup ou les concentrés utilisés pour la confection des pizzas. La tomate est devenue un fruit typiquement industriel, sans goût ni attrait, un détestable produit commercial. Certes on trouve maintenant des tomates dites « cerises » attachées les unes aux autres naturellement, c’est uniquement pour la satisfaction visuelle car elles sont tout aussi insipides. Il faut musarder dans des boutiques averties pour trouver quelques tomates à l’aspect plutôt sinistre pour satisfaire ses papilles gustatives produites par de petits agriculteurs courageux qui ont le « goût » du risque.

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Aujourd’hui la production de tomates est une véritable industrie. Ces fruits – oui, il s’agit de fruits et non pas de légumes – apparentés aux pommes de terre, sont produits dans des conditions contrôlées, souvent en hydroponie, c’est-à-dire en l’absence de terre, les racines étant imbibées automatiquement de liquides nutritifs, sous serre, stérilement, afin d’obtenir des tomates toutes de la même couleur, toutes de la même taille, facilement emballées et expédiées parfois à des milliers de kilomètres de leur lieu de production. Le revers de ce succès est un produit gorgé d’eau, sans goût aucun, bref une sorte d’ersatz repoussant.

Et ce résultat d’une sélection intense qui débuta au cours des années soixante a provoqué la disparition des gènes qui justement rendaient les tomates attractives de par leur senteur et la fermeté de leur chair. La sélection vers des tomates résistantes aux champignons et capables de rester sur les linéaires des supermarchés plus d’une semaine a été atteinte au détriment des propriétés organoleptiques qu’appréciaient nos parents et grands-parents. Aujourd’hui, on peut s’offrir un kilo de tomates insipides pour 1 euro ou si on est regardant et si on a les moyens financiers on peut s’offrir des tomates « comme autrefois » pour 10 euros le kilo, pas toutes de la même taille ni de la même couleur mais de vrais fruits que l’on peut déguster comme tels.

Le souci est que si les maraîchers voulaient produire des tomates, allez, on va dire industrielles, avec les saveurs d’antan, il faudrait réintroduire les gènes bien identifiés qu’elles ont perdu par sélection mais cette fois par génie génétique, en d’autres termes des tomates transgéniques qui redeviendraient de vraies tomates. N’est-ce pas là une absurdité ?

Inspiré d’un article paru sur le site Bloomberg

Même à l’INRA (France) il y a des activistes anti-OGMs !

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En France la recherche universitaire financée par les contribuables doit être pure, sans taches, exemplaire, en un mot déconnectée de toute relation avec l’industrie. Qui dit connexion avec des industriels dit donc conflit d’intérêt puisque la philosophie de la recherche fondamentale française doit rester indépendante de l’industrie mercantile. C’est en tous les cas la position des caciques des organismes comme le CNRS, l’INRA ou l’INSERM, des organisations étatiques contrôlées par des idéologues rétrogrades qui en ce XXIe siècle n’ont toujours pas compris que la recherche pure et dure n’avait aucun avenir sinon au sein de grandes institutions internationales comme le CERN qui a investi des dizaines de milliards de dollars dans un engin monstrueux de recherche strictement fondamentale à la recherche du boson de Higgs ou des raies spectrales de l’antiproton. Tout le monde s’en moque et le boson de Higgs ne changera pas le quotidien de l’homme de la rue.

Dans les laboratoires de recherche universitaires français c’est toujours la plus rétrograde des idéologies qui persiste. Il ne faut pas fricoter avec les industriels, c’est mal vu, c’est déontologiquement répréhensible. C’est ce que viennent de dénoncer des « chercheurs » de l’INRA de Nice : une collusion flagrante entre l’industrie et la recherche. Ils – le dénommé Thomas Guillemaud en tête, directeur du laboratoire Agrotech de Sophia-Antipolis – dénoncent la « collaboration » contre nature entre les chercheurs en agro-biologie et l’industrie en se focalisant sur les plantes génétiquement modifiées pour exprimer la toxine Bt, un sujet que j’ai à de nombreuses reprises abordé dans ce blog.

J’ai moi-même, en tant que chercheur au CNRS été traité de « collabo » par mes collègues universitaires quand j’ai osé accepter de travailler au sein du laboratoire de transgénèse végétale du Groupe Rhône-Poulenc. J’ai bénéficié du confort incroyable des équipements et des crédits alloués pour pouvoir poursuivre mes travaux sur par exemple la biosynthèse des vitamines dans les plantes, un sujet qu’il aurait été hors de question d’aborder dans un laboratoire universitaire en raison du coût exorbitant de ces recherches.

Il s’est trouvé que je me suis retrouvé en conflit avec le département marketing de RPA (Rhône-Poulenc Agrochimie) lorsque j’ai découvert fortuitement le mécanisme d’action alors inconnu d’un pesticide qui constituait une part substantielle des revenus de cette société. À l’époque le CNRS m’a interdit de publier les résultats de mes travaux alors que j’étais tenu de prouver par mes publications scientifiques que je travaillais activement … J’étais membre du personnel du CNRS et je travaillais dans un centre de recherche privé, je devais donc respecter les règles de confidentialité de l’industriel, rien de plus normal.

Thomas Guillemaud s’insurge dans un article paru dans le journal PlosOne du fait que de nombreux scientifiques impliqués dans la transgénèse végétale soient financés par l’industrie. Ce monsieur est complètement en dehors de la réalité, c’est un idéologue rétrograde, probablement affilié à Greenpeace ou je ne sais quelle autre organisation écolo opposée aux OGMs. C’est tout simplement déplorable de lire un tel pamphlet pourtant publié dans une revue à comité de lecture de portée internationale …

Source : La Tribune de Genève (illustration) et PlosOne, doi : 10.1371/journal.pone.0167777

Note : pour rappel le Groupe Rhône-Poulenc, un des fleurons de l’industrie française, leader mondial dans de nombreux domaines de la chimie fine (je pense aux terres rares) ou de la biologie a été démantelé et vendu par appartements par Monsieur Jean-René Fourtoux en raison des conséquences désastreuses de sa nationalisation par François Mitterand. Aujourd’hui il n’y a plus de chimie française, il n’y a plus d’industrie textile française quant à l’agrochimie française qui était leader mondial dans son domaine, elle a disparu au profit de Bayer …

Des OGMs au climat en passant par les vaccins …

Des OGMs au climat en passant par les vaccins …

Un climat d’inquisition et de chasse aux sorcières se met progressivement en place aux USA pour tenter de réduire au silence tous les dissidents à la cause écologiste. L’organisation US Right To Know, (USRTK) qui peut se traduire en français par « nous avons le droit de savoir » bien que cette interprétation soit de mon cru et j’en prends la pleine responsabilité, a pris le taureau par les cornes en assignant devant les tribunaux l’ensemble du Département de Biotechnologie de l’Université de Californie à Davis (voir le lien) sous couvert de la loi de liberté de l’information (Freedom of Information Act) afin d’avoir accès aux dossiers d’une dizaine d’universitaires de haut rang pour prouver qu’ils ont des liens avec la firme Monsanto dans le cadre de leurs programmes de recherche liés aux plantes génétiquement modifiées. Le but on ne peut plus évident d’USRTK est de prouver sur la place publique que ces chercheurs de très haut niveau travaillent main dans la main avec l’industrie et qu’il est impératif de discréditer leur travail et leur réputation.

Le Guardian avait déjà tiré la sonnette d’alarme en 2015 à ce sujet en dénonçant (voir le lien) les agissements obscurs de ce groupe de lobbying qui amalgame les OGMs, le climat et les vaccins … sous le prétexte que le droit de savoir (Freedom of Information Act) l’autorise à ordonner des investigations judiciaires dans le seul but de discréditer des institutions académiques de réputation mondiale. L’UC Davis est en effet l’Université leader mondial dans le domaine de la biologie végétale et pas seulement en ce qui concerne les plantes génétiquement modifiées.

La stratégie utilisée au cours des années 1990 pour culpabiliser et rançonner au passage l’industrie du tabac est utilisée maintenant d’une manière encore plus agressive contre des universitaires honnêtes et intègres sous prétexte qu’ils développent des OGMs dans le cadre d’une collaboration avec l’industrie privée, en l’occurence Monsanto.

Si on entre dans le détail de cette opération de chasse aux sorcières USRTK est financé en grande partie par des consommateurs gogos membres d’une autre espèce de secte, l’OCA (Organic Consumers Association) qui prône l’alimentation « vegan » pour préserver le climat et des traitements naturels contre le virus Zika. USRTK prêche également ouvertement contre la dangerosité des vaccins qui, selon ses « experts » provoque l’apparition de l’autisme chez les enfants. Pour les adeptes de ces sectes extravagantes – et il en existe en Europe, y compris en France et en Belgique – la grippe peut parfaitement être traitée par l’homéopathie ! Ben voyons …

La Fondation Westreich (voir le lien), également sponsor d’USRTK, amalgame tout et n’importe quoi pour semer le doute au sujet de la science et de la médecine sans jamais apporter de preuves scientifiquement reconnues des allégations formulées dans sa propagande. On baigne donc, du moins aux USA, dans le mensonge institutionnalisé et reconnu par les lois. Et ce ne sont pas seulement les OGMs, le climat, le CO2 ou les vaccins qui sont concernés mais aussi le vol MH17, les gaz utilisés par Assad, les armes de destruction massive de Saddam Hussein et le bellicisme de Poutine. Ce ne sont plus des faits tangibles qui orientent la politique et l’économie de ce pays mais le mensonge organisé à tous les niveaux sociétaux. Triste image d’un pays !

Source : Communication de Mark Lynas

http://www.davisenterprise.com/local-news/ucd/anti-gmo-group-sues-ucd-over-public-records-requests/

https://www.theguardian.com/environment/2015/mar/09/gm-opponents-are-science-deniers

http://thewestreichfoundation.org/

Où la religion se mêle des OGMs

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Quand un agresseur n’a plus d’ennemis il en invente un nouveau. Mes lecteurs pourraient croire que je vais me lancer dans une énième diatribe au fort relent d’anti-américanisme primaire à propos de la politique belliqueuse des USA qui n’a cessé depuis la fin de la dernière guerre mondiale. Pas du tout mais il s’agit néanmoins des USA où la guerre pour l’étiquetage des produits alimentaires est finalement arrivée à son terme. Ce sont donc des ONGs et des groupuscules « représentatifs » des consommateurs qui ont gagné contre les grandes firmes de l’agrochimie et de l’alimentation. L’étiquetage des aliments est devenu obligatoire pour indiquer si oui (ou non, ou un peu tout de même) les aliments proposés aux consommateurs n’étaient pas pollués par des dérivés provenant de plantes transgéniques. Le débat a été initié par le minuscule Etat du Vermont qui a fait passer une proposition il y a déjà maintenant 2 ans obligeant les distributeurs à spécifier le plus clairement possible la présence de produits issus de cultures génétiquement modifiées dans les produits présents sur les linéaires des super- et micro-marchés comme on en trouve dans n’importe quelle petite ville américaine, on dirait en Europe l’épicerie du coin.

Cette décision qui a été reprise par plusieurs autres Etats américains et entérinée finalement par la Cour Suprême à la suite de démêlés judiciaires à rebondissements presque rocambolesques a conduit divers industriels de la bonne et de la moins bonne bouffe à se résigner à l’étiquetage des produits alimentaires. Des firmes comme Campbell, General Mills ou encore Mars Food et Kellogg se sont donc pliées au diktat organisé par des ONGs du genre « Paix verte » au risque de se voir trainer dans la boue, leur image de marque écornée et leur marché s’effondrer. La Cour Suprême, à n’en pas douter, a subi des pressions du même genre pour finalement rendre son verdict : il faut étiqueter les aliments.

Depuis que les plantes génétiquement modifiées existent et sont cultivées il n’y a jamais eu le moindre cas de nuisance pour la santé humaine ou animale qui ait pu être honnêtement lié à la présence de gènes étrangers dans ces dernières. Un maïs transgénique résistant au glyphosate ou exprimant la toxine Bt est biochimiquement indiscernable d’un maïs non modifié si on se penche sur la plante entière ou ses graines. Les produits dérivés comme l’amidon, les tourteaux ou les sucres sont également chimiquement identiques à ceux obtenus avec un maïs non modifié. Il en est de même pour toute autre plante transgénique à vocation alimentaire animale ou humaine. Seules échappent à cette règle les plantes destinées à produire une protéine spécifique à usage médical ou pharmaceutique, une approche infiniment plus économique que la même production à l’aide de bactéries ou de levures également génétiquement modifiées.

Le débat américain qui va apparaître en Europe à n’en point douter s’est focalisé sur la présence de gènes en provenance d’animaux hétérologues comme dans les cas des saumons AquaBounty qui surproduisent leur propre hormone de croissance contrôlée par un gène signal provenant d’anguilles. Là où le bât blesse est justement la présence de ce gène. Le saumon AquaBounty a été approuvé « bon pour le service » en novembre dernier par la toute puissante FDA qui n’est fort heureusement pas (pour combien de temps encore ?) inféodée aux ONGs genre « Paix verte ». Le cas de ce saumon est emblématique car il a fait l’objet d’une vigoureuse campagne de dénigrement orchestrée par les associations ultra-orthodoxes juives : l’anguille n’est pas un poisson kosher ! Comme si la présence d’un gène en provenance d’un poisson considéré comme impur par une religion et qui n’exprime même pas de protéine puisqu’il s’agit d’un « opérateur d’expression » pouvait être répréhensible en vertu de lois coutumières issues d’élucubrations de dignitaires théologiens ultra-religieux totalement déconnectés de la réalité scientifique moderne. Le combat contre les OGMs en général, et l’affaire du saumon AquaBounty en est un élément révélateur, est maintenant entré dans le plus total obscurantisme qui mêle la religion à la science.

L’argument des milieux religieux, et pas seulement des juifs, est que les organismes génétiquement modifiés violent les lois de la nature et donc abusent du grand dessein de la Création divine ! La nature est « sainte » et toute modification d’origine humaine est hasardeuse et dangereuse pour la santé de l’homme (et des animaux et des plantes) et il s’agit d’une sorte de sacrilège dont il faudra rendre compte un jour. Il est intéressant à ce niveau d’extravagance de remarquer que la définition même de « modification génétique » prête à confusion tant au niveau d’une plante entière que des produits qui en sont dérivés. Où se situe la manipulation contre nature ? Les revendications de l’Etat du Vermont n’ont jamais spécifié clairement que les produits issus des plantes transgéniques devaient être marqués comme « transgéniques » ni également que les produits alimentaires ayant subi des traitements à l’aide d’enzymes produits par des bactéries ou des levures génétiquement modifiés entraient dans cette catégorie. Il y a donc comme une faille dans cette démarche pseudo-scientifique … mais quand la religion s’en mêle, on ne peut que constater qu’inévitablement l’opinion publique suit aveuglément sans se poser d’autres questions. Puisque les théologiens en ont décidé ainsi c’est donc vrai, il faut les croire, les OGMs ne sont pas bons pour la santé et les horribles manipulations des apprentis sorciers sans foi ni loi qui ont abouti à ces monstres que jamais le Créateur n’avait envisagé dans son grand dessein harmonieux sont tout simplement nocives.

On est devant la même attitude anti-scientifique adopté par les mêmes organisations non gouvernementales à propos de l’effet néfaste de l’activité humaine sur l’évolution du climat. On est foutu on mange trop d’OGMs, on est foutu on émet trop de CO2, on est foutu on ne respecte pas la nature … Les dieux vont se venger !

Billet inspiré d’un article paru dans Slate.com

Quand les éoliennes remplacent les arbres …

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Au Danemark, le pays européen le plus « dans le vent », il n’a pas été nécessaire de couper des arbres pour installer des moulins à vent au milieu des forêts parce que les arbres, je veux parler des frênes (Fraxinus), sont tous morts comme en Pologne et dans le nord de l’Allemagne. Cette décimation des forêts serait-elle liée au réchauffement climatique, personne n’en sait rien mais il y aurait comme des doutes …

Sauf que la cause de la mort des frênes est un champignon microscopique appellé Hymenoscyphus fraxineus provoquant la maladie appellée chalara. Il n’y a pour le moment aucun espoir de sauver les frênes qui restent encore en vie en Allemagne, dans l’est de la France et en Grande-Bretagne. Dans ce dernier pays le mal apparu en 2012 a presque envahi tous les comtés et les frênes dépérissent inexorablement laissant des forêts défigurées et vulnérables aux coups de vent pouvant déraciner les autres arbres se trouvant maintenant isolés dans les massifs forestiers. Dans les Universités d’Oxford et de Queen Mary à Londres des biologistes s’activent pour trouver une solution à ce grave problème. Après des études préliminaires il a été décidé de séquencer le génome du frêne européen et de le comparer à son homologue de Chine qui est résistant au champignon. Ce travail est une des facettes de l’approche par transgénèse qui semble la seule issue : identifier un ou des gènes de résistance du frêne chinois et les incorporer dans le frêne européen adapté au climat et aux sols européens.

Bien que le but de ces travaux de recherche qui n’en sont encore qu’au stade préliminaire soit de préserver les forêts, la seule mention d’une transgénèse horizontale de frênes qui pourraient ensuite être disséminés dans la nature a immédiatement provoqué une levée de bouclier de la part des écologistes grands-bretons. Pourtant il s’agit de transgénèse horizontale c’est-à-dire l’introduction d’un gène de frêne dans un autre frêne, pas de quoi ameuter les foules ignorantes. Il s’agit là de l’approche la plus prometteuse pour trouver une solution rapide à ce grave problème. L’hybridation entre frênes résistants en provenance de Chine et frênes natifs d’Europe est en effet l’autre solution possible qui convient aux écologistes mais elle pourrait aboutir à un succès prouvé dans une vingtaine d’années tout au moins. Les frênes auront eu tout le temps de disparaître complètement. C’est pourtant ce que préconisent ces mêmes écolos : laisser faire la nature qui trouvera bien un moyen de s’adapter …

La transgénèse appliquée aux arbres n’est pas une idée nouvelle puisqu’elle a donné lieu depuis une vingtaine d’années (en pure perte) à des travaux en particulier à l’INRA en France sur le peuplier stérile génétiquement modifié qui pousse plus rapidement. Les quelques rares essais en « plein champ » ont été détruit par des activistes agissant pour le compte de Greenpeace. Le projet a été abandonné et il resurgit aujourd’hui aux USA où une demande de certification a été déposée auprès du régulateur. Ces arbres stériles présentent un réel intérêt économique car ils poussent à une vitesse 30 % plus élevée que les peupliers non génétiquement modifiés. Dans le cas du peuplier il n’y a pas eu d’introduction de gènes étrangers mais seulement l’extinction de l’expression de certains gènes impliqués dans la floraison. Le Brésil et la Chine ont déjà mis au point des eucalyptus stériles à croissance ultra-rapide avec la même technique génétique. L’eucalyptus comme le peuplier sont des matières premières de choix pour produire de la pâte à papier. On se demande pourquoi les écologistes sont opposés à ces améliorations génétiques qui pourraient pourtant sauver des millions d’hectares de forêts … Reconnaissons qu’ils n’en sont pas à une contradiction près pour soutenir leur idéologie supposée respecter la nature.

Mais revenons à la Grande-Bretagne, le gouvernement a dépensé, sous la pression des écologistes, 21 millions de livres sterling pour tenter de protéger les forêts écossaises en créant une sorte de no-man’s-land allant du Loch Aber au sud et suivant les lochs jusqu’à la baie d’Inverness au nord où tout frêne en voie de dépérissement est systématiquement abattu et brûlé. Peine et argent perdus, en cette année 2015, douze sites de frênes infectés ont été décelés dans la zone écossaise dite « protégée » au nord-ouest des lochs ! Ce même gouvernement, malgré l’urgence, n’a octroyé que 3 millions de livres en trois ans pour établir les séquences d’ADN des frênes européen et chinois et ensuite décider de la stratégie à suivre. Longue vie aux mouvements écologistes tels que Les Amis de la Terre, une émanation de Greenpeace et du WWF, qui attribue cette expansion du chalara à la mondialisation des échanges commerciaux et au réchauffement climatique (ben voyons), longue vie, certes, mais aussi mort rapide de tous les frênes européens …

Inspiré d’un article paru dans The Guardian