OGMs (3) : Le cas du riz doré, Greenpeace une organisation criminelle

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Au jour d’aujourd’hui 500 millions d’enfants en âge préscolaire dans le monde souffrent de carence en vitamine A. Chaque année entre 250 et 500000 d’entre eux deviennent aveugles et parmi ces derniers la moitié mourra avant la fin de l’année. Cet état de fait se situe essentiellement en Asie du Sud-Est où le riz constitue la principale source de nourriture. Or le riz est très pauvre en beta-carotène, le précurseur de la vitamine A, ceci explique cela.

Il y a 25 ans l’équipe du Docteur Ingo Potrykus de l’Institut Fédéral de Technologie à Zürich décida se se lancer dans la transgénèse du riz afin qu’il produise du beta-carotène. Pour Potrykus cette approche paraissait plus logique que de distribuer deux fois par an des pilules fortement dosées en vitamine A, un riz produisant lui-même le beta-carotène et consommé quotidiennement permettrait aisément de pallier à la carence en vitamine A, aux souffrances, aux infirmités et à la mort qui en sont la conséquence. Potrykus écrivit lui-même l’histoire du « riz doré » qu’on peut lire ici : http://www.goldenrice.org/PDFs/The_GR_Tale.pdf .

En 1999, après avoir réussi à incorporer un gène de bactérie et un autre gène provenant de la jonquille, le riz doré était né. Bill Clinton, alors président des Etats-Unis, se réjouit de cette avancée humanitaire indépendante des sociétés de l’agrochimie et enjoignit les sceptiques à le rejoindre dans son enthousiasme car il déclara que « ce riz pouvait sauver jusqu’à 40000 vies humaines chaque jour ». Comme on pouvait s’y attendre les organisations non gouvernementales opposées aux OGMs furent interloquées car ce projet humanitaire minait littéralement leurs objections au sujet de la transgénèse végétale appliquée aux cultures vivrières. En 2001, Benedikt Haerlin, le coordinateur anti-OGMs de Greenpeace, donna en France une conférence en présence de Potrykus. Il concéda que ce riz servait la bonne cause mais qu’il créait un réel problème de principe à son organisation. Ne pouvant pas déclarer que ce riz était un poison il argumenta sur le fait que selon lui ce riz doré ne produisait pas assez de carotène pour juguler la carence en vitamine A. C’était donc une opposition formelle purement technique de la part de Greenpeace qui préconisait plutôt d’aider les habitants de ces pays à cultiver dans leurs petits jardins privés des haricots ou des courges riches en vitamine A et si cette approche n’était pas suffisante l’autre recommandation de Greenpeace était de distribuer des pilules de vitamine A ou d’encourager la commercialisation de sucre, de farine ou de margarine enrichis artificiellement en vitamine A.

Il se trouve qu’en 2001, Greenpeace avait raison car le tout premier riz doré transgénique ne produisait effectivement pas assez de carotène. La Fondation Rockefeller qui finançait le projet de Potrykus avoua être d’accord avec Greenpeace mais contestait que l’approche préconisée puisse être viable sur le long terme compte tenu du fait que lors de la saison sèche il est très difficile de trouver des fruits et des légumes et que ces derniers sont très coûteux et inabordables pour les famille démunies qui n’ont que le riz pour survivre et n’ont même pas de jardin pour faire pousser quelques carottes. L’UNICEF emboita le pas de la Fondation et le projet du riz doré de Potrykus faillit bien sombrer dans l’oubli. La Fondation Rockefeller ne baissa pourtant pas les bras et continua à financer les travaux de Potrykus. Discrètement, même si Potrykus déclara haut et fort que la semence transgénique serait distribuée gratuitement aux fermiers sans exiger par la suite une quelconque redevance malgré la présence de brevets protégeant ce riz, la société AstraZeneca participa aussi au financement des travaux de l’équipe de Potrykus. En 2003 un riz doré produisant 8 fois plus de beta-carotène que la lignée originale fut enfin mis au point et deux ans plus tard c’était un riz, la version finale, qui produisait 20 fois plus de carotène. Tout était donc prêt pour l’expérimentation en vraie grandeur.

Mais pendant ce temps-là les pourfendeurs des OGMs n’avaient pas non plus baissé les bras. Ils faisaient feu de tout bois pour alimenter leur haine irraisonnée des plantes génétiquement modifiées. Le financement par la Fondation Rockefeller et le fait que ce riz était « protégé » par des brevets leur paraissait suspect. Ils prétendaient que jamais un Indonésien se risquerait à manger un riz qu’il ne connait pas ou qui ne lui a pas été transmis par ses ancêtres … un peu n’importe quoi.

Quand Potrykus annonça la mise au point de la version finale de son riz doré, les organisations opposées aux OGMs adoptèrent une attitude totalement irrationnelle en déclarant que les beta-carotène et la vitamine A à haute dose étaient dangereux pour la santé.

Pour argumenter leur nouvelle stratégie les Greenpeace et autres organisations comme The Institute of Science in Society, une obscure organisation créée par une dénommée Mae-Wan Ho, généticienne violemment opposée à toute forme de génie génétique peaufinèrent leurs arguments. Pour situer Mae-Wan Ho il faut rappeler que son organisation publia des pamphlets sur l’homéopathie, la mémoire de l’eau ou encore la médecine traditionnelle chinoise et la communauté scientifique digne de ce nom (mais elle est de plus en plus clairsemée) réfuta en bloc l’attitude pseudo-scientifique de Madame Ho. Toujours est-il que Greenpeace utilisa l’argument choc développé par cette généticienne qui déclara qu’une surabondance de vitamine A pouvait créer des malformations chez le fœtus. L’argument fut repris par un activiste anti-OGM, David Schubert, neurobiologiste de son état, sévissant au Salk Institute en Californie, qui déclara sans toutefois prendre trop de risques que tous les rétinoïdes pouvaient être peu ou prou tératogènes, entendez favoriser des malformations du fœtus, et qu’il était donc nécessaire de tester le riz doré avant de l’introduire dans l’alimentation. Il apparut que Schubert reprit un article faisant état de l’effet de la vitamine A sur l’apparition du cancer du poumon chez les fumeurs paru dans le NEJM en 1994 : http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJM199404143301501 . Il tronqua sciemment en bon activiste anti-OGM qu’il était les conclusions qui montraient pourtant que la vitamine A réduisait l’incidence de cancers du poumon mais également que le traitement suivi et décrit dans cet article correspondait à 20 bols de riz doré quotidien en termes de carotène. Non seulement Schubert manipula les conclusions d’un article peer-review de haute qualité mais usa d’une réthorique mensongère auprès de la NRC (Nutrition Regulatory Commission) pour décrédibiliser les bénéfices du riz doré. Il avait, fort de sa position de directeur d’un laboratoire dans le prestigieux Salk Institute, écrit un rapport pseudo-scientifique totalement mensonger. Tous les lobbys anti-OGM sans exception citèrent son rapport qui précisait que « le riz doré a été génétiquement modifié pour surproduire du beta-carotène, les études montrent que certains rétinoïdes dérivés du beta-carotène sont toxiques et provoquent des malformations foetales ».

La stratégie des mouvements anti-OGMs au sujet du riz doré ressemblait étrangement à celle adoptée pour la toxine Bt : « pas assez » puis « beaucoup trop ». Etrange attitude de louvoiement entre deux extrêmes, une sorte de double jeu déconcertant … Pourquoi les opposants aux OGMs encourageaient-ils la culture de légumes riches en carotène ? On est en droit de supposer qu’ils font une distinction entre les beta-carotènes produits par le riz doré après transgénèse végétale et les beta-carotènes d’une vulgaire carotte. En d’autres termes si le beta-carotène du riz doré est toxique alors les carottes sont aussi toxiques ! Pour se sortir de leur pirouette sémantique les anti-OGMs, Greenpeace en tête, déclarèrent finalement qu’il n’était pas nécessaire de quantifier chaque vitamine ingérée dans l’alimentation tout en préconisant l’administration de pilules fortement dosées en vitamine A pour pallier aux carences et réclamaient des tests supplémentaires sur le riz doré. À franchement n’y rien comprendre. Ce que ces activistes oubliaient de mentionner comme d’ailleurs David Schubert est que l’organisme utilise ce qu’il lui est nécessaire pour toute vitamine et que le surplus est rejeté dans l’urine : http://umm.edu/health/medical/altmed/supplement/betacarotene . Comme à son habitude Greenpeace adopta alors une attitude franchement politique clamant qu’ « imposer le riz doré » était une atteinte aux libertés fondamentales et aux droits de l’homme et que pour cette raison le riz transgénique, quel qu’il soit, devait être interdit. L’attitude de Greenpeace consistait donc à obliger les gouvernements à favoriser la supplémentation en beta-carotène ou vitamine A et exactement comme pour le B.thuringiensis cette organisation approcha les multinationales de l’agroalimentaire pour supplémenter certains produits en vitamine A et en beta-carotène.

L’affaire prit une tournure presque violente aux Philippines où Greenpeace se battit pour faire interdire des essais plein-champ car il s’agissait de tout simplement bafouer les croyances religieuses, l’héritage culturel et le sens de l’identité des habitants. Aux Philippines, curieusement, ( http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/15646309 ) la loi précise qu’il faut administrer aux enfants en âge préscolaire une pilule sur-dosée de vitamine A tous les six mois et aux femmes enceintes durant les premiers 28 jours de la grossesse. Des études ont cependant montré qu’il faudrait en réalité que les enfants reçoivent au moins trois doses par an. Bizarrement il semblait que Greenpeace était frappée d’amnésie car sur-doser en vitamine A une femme enceinte semblait tout à fait normal puisqu’il s’agissait d’une directive gouvernementale nonobstant les déclarations tonitruantes et malhonnêtes de David Schubert reprises par cette organisation et tous les activistes anti-OGMs sans exception. Si Greenpeace avait été en accord avec ses convictions jamais elle n’aurait apporté son support à un tel programme.

Plus incroyable encore fut l’attitude rétrospective de Greenpeace quand cette organisation apprit que les autorités chinoises avaient effectué un essai en vraie grandeur sur 24 enfants avec du riz doré dernière version en 2008 pour définitivement mesurer avec précision quelle était l’efficacité de ce riz sur la déficience en vitamine A. Au premier groupe d’enfants on donna du riz doré, au deuxième groupe du riz normal et des gélules de vitamine et au troisième groupe des épinards. Les résultats furent parfaitement concluants : un bol de riz doré préparé avec 50 grammes de riz suffisait à lui seul à satisfaire 60 % des besoins d’un enfant en carotène. Toutes proportions gardées le même résultat fut obtenu sur un groupe d’adultes. Il ressortit de cette étude que le riz doré était aussi efficace que les pilules et bien plus efficace que les épinards pour supplémenter l’organisme en vitamine A. On peut trouver cette étude ici : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3417220/ . Un comble pour Greenpeace, cette étude avait été réalisée en collaboration entre l’Académie de Médecine de Hangzhou, la Tufts University à Boston et le Baylor College of Medicine à Houston ! Greenpeace clama qu’il était inadmissible de traiter des enfants comme des animaux de laboratoire, sous-entendu la Chine est à leurs yeux un pays totalitaire (comme si Greenpeace n’était pas aussi une organisation totalitaire) et tout y est permis. Bref Greenpeace reprit ses arguments surannés selon lesquels aucune étude n’avait été effectuée sur les animaux permettant de prouver l’absence de toxicité de ce riz doré et que de toutes les façons David Schubert avait déclaré haut et fort que les caroténoïdes pouvaient être toxiques. Greenpeace s’alarma aussi du fait que les autorités compétentes qui avaient conduit ces essais n’avaient pas mentionné aux parents que le riz « qui fabriquait des carotènes » était en réalité un riz transgénique. Greenpeace, profondément offusquée, publia un communiqué de presse incendiaire à l’encontre des autorités chinoises en posant la question de savoir si les prochains cobayes ne seraient pas des petits Filipinos ! La Tuft University, sous la pression de Greenpeace, dut reconnaître qu’au cours de cette étude aucun aspect « santé » n’avait été sérieusement abordé mais qu’il ressortait seulement qu’un bol de riz doré chaque jour pouvait significativement améliorer la santé des enfants.

Ne savant plus vraiment où donner de la tête les dirigeants de Greenpeace exigèrent une recherche potentielle d’allergènes dans ce riz. Le résultat fut négatif ! Un autre argument, cette fois totalement délirant, fut que le changement climatique pourrait avoir un effet sur la stabilité génétique de ce riz et qu’enfin au cours des générations ce riz pourrait parfaitement devenir réellement toxique ! Vraiment n’importe quoi … Mais l’opiniâtreté de Greenpeace pour combattre les OGMs semble ne pas avoir de limites. Cette organisation réclama qu’on effectue une analyse génétique détaillée de toute plante transgénique afin de quantifier les sites d’intégration des gènes, le nombre de copies de gènes et les possibles réarrangements et délétions pouvant être intervenus lors de la manipulation génétique. Il se trouve, et tous les généticiens le savent, que la sélection assistée à l’aide de marqueurs créé beaucoup plus de modification génomiques indésirables que l’ingénierie génétique correctement réalisée. Monsanto, pour ne citer que cette compagnie, avait lancé un vaste programme de sélection végétale à l’aide de marqueurs il y a 3 ans. Le projet a été rapidement abandonné car il conduisit systématiquement à des impasses. L’idée était pourtant séduisante car une plante ainsi modifiée ne serait plus entachée par le label « GMO » et Monsanto aurait retrouvé l’estime de ces activistes viscéralement opposés aux OGMs.

La paranoïa des anti-OGM a atteint les limites du concevable. Par exemple le riz doré doit être interdit sinon les consommateurs ne se croiront plus obligés de manger d’autres légumes (sic) ou encore il apparaîtra des contrefaçons de riz doré coloré avec un pigment pas nécessairement de qualité alimentaire. Il y a deux ans Greenpeace a organisé une campagne de destruction systématique des rizières où était cultivé du riz doré aux Philippines. Greenpeace a récemment déclaré qu’ « en 10 ans le riz doré n’a pas atteint ses objectifs et il n’a pas amélioré la déficience en vitamine A ». Bel exemple de mauvaise foi. Greenpeace oublie que pendant ce temps-là des millions d’enfants sont morts de déficience en vitamine A : Greenpeace est tout simplement une organisation qui devrait être poursuivie pour crimes contre l’humanité.

Source : inspiré d’un article paru dans Slate.com, illustration Slate.com

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