OGMs : mise au point au sujet du maïs

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Alors que 19 pays européens se plient aux injonctions de l’administration de Bruxelles et du Parlement européen de Strasbourg notoirement rongés de l’intérieur par les lobbys écologistes les plus radicaux du monde en ce qui concerne la culture des plantes génétiquement modifiés, mais aussi dans bien d’autres domaines, il est nécessaire de rappeler la réalité en ce qui concerne les OGMs et plus particulièrement le maïs. Voici les faits près de 35 ans après l’introduction commerciale en 1996 des plantes transgéniques par la société Monsanto – mais bien d’autres entreprises suivront – Monsanto qui a focalisé les récriminations infondées de ces activistes ignorants des subtilités biologiques ayant conduit à la création de ces plantes transgéniques de grande culture. Depuis leur introduction en 1996 les plantes génétiquement modifiées ont été adoptées par de nombreux pays devenant la biotechnologie la plus rapidement adoptée dans le monde. Leur culture est passée de 1,7 millions d’hectare au début de 1997 à 185 millions d’hectares en 2016 représentant 12 % de la production globale agricole, la moitié se trouvant dans les pays développés. En 2016 les différents traits introduits par transgénèse dans les principales cultures concernées – soja, maïs, colza et coton – sont la tolérance aux herbicides, 96 millions d’hectares soit 53 % des surfaces cultivées avec des plantes transgéniques, la résistance aux insectes : 25 millions d’hectares (14 % de cette surface cultivée) et ces deux traits combinés pour 58,5 millions d’hectares soit 33 % de la surface cultivée d’OGMs.

Malgré les milliers d’études réalisées et indépendantes des principaux producteurs de plantes transgéniques, il reste encore 38 pays dans le monde, dont 19 en Europe, qui ont officiellement interdit la culture de plantes génétiquement modifiées bien que ces pays n’aient pas prohibé l’importation d’aliments pour les êtres humains ou les animaux provenant de plantes elles-mêmes transgéniques, une situation pour le moins paradoxale. Le maïs, après le soja, est la seconde culture transgénique qui a fait l’objet du plus grand nombre d’études détaillées. Environ un tiers de la production de maïs dans le monde est d’origine transgénique. Il y a trente-trois millions d’hectares de maïs transgénique aux USA sur les 53 millions au total dans le monde soit un tiers de tout le maïs cultivé dans le monde sur 185 millions d’hectares. Le maïs transgénique a donc un bel avenir devant lui. Le chiffre d’affaire réalisé pour le seul maïs transgénique dans le monde est estimé à environ (2016) 8 milliards de dollars.

Depuis que les premiers maïs transgéniques ont été autorisés plus de 6000 publications scientifiques ont examiné en détail les avantages mais aussi les inconvénients de ces plantes. Il faut rappeler que dans la plus grande majorité des cas les semences de maïs commercialisées – transgéniques ou non – sont aujourd’hui des hybrides dits F1 qui permettent de combiner un trait génétique introduit et d’autres phénotypes permettant une optimisation des rendements ou une résistance à des conditions hydriques particulières. Les grands semenciers, souvent créateurs de ces plantes génétiquement modifiées, ont donc rendu captifs leurs clients c’est-à-dire les cultivateurs car sans ces hybrides de première génération ceux-ci ne seraient pas satisfaits économiquement des rendements des cultures.

Il existe selon une revue de ces 6000 publications pour la plus grande majorité conduites indépendamment des semenciers tels que Pioneer ou Monsanto des avantages ignorés des politiciens et des activistes écologistes qui ne cessent de décrier les plantes transgéniques. La résistance aux insectes ravageurs obtenue par l’introduction du gène codant pour la toxine Bt a permis, au delà d’une réduction considérable de l’épandage d’insecticides, de réduire presque totalement les risque d’apparition d’aflatoxines provoquées par des infections fongiques favorisées par la dégradation des grains par les insectes. Les risques de présence d’aflatoxines, des composés chimiques toxiques pour le foie et cancérigènes reconnus, sont diminués dans une proportion supérieure à 98 % par rapport à des plantes non génétiquement modifiées même traitées avec des insecticides plusieurs fois au cours de la saison de croissance.

En ce qui concerne strictement le coût et le rendement des récoltes de maïs peu d’études ont synthétisé l’ensemble des coûts ni établi de comparaisons détaillées avec des cultures identiques de cultivars non génétiquement modifiés. En effet, ce type d’étude est délicat car il est multi-factoriel. Ces études ont surtout consisté à comparer les rendements par hectare et il ressort que ces rendements oscillent autour de 18 % d’augmentation par rapport à des maïs transgéniques en comparaison de maïs conventionnels, plus précisément entre 5,6 et 24,5 % selon le type d’hybride concerné et dans des conditions de culture optimales. Pour les maïs génétiquement modifiés pour être résistants aux insectes (toxine Bt) l’amélioration est en général de 18 % également hormis les coûts des traitements à l’aide d’insecticides, les coûts des traitements chimiques n’ayant pas été pris en considération dans ces études.

Par contre tous ces travaux ont fait ressortir que les chutes de rendements des productions de maïs non génétiquement modifiés étaient généralement de 31 % par rapport aux maïs « Bt » et en moyenne de 10,5 % pour les maïs résistants aux herbicides, en l’occurence le glyphosate. Trente-et-un pour cent, économiquement parlant, c’est loin d’être négligeable mais encore une fois toutes ces études n’ont pas tenu compte des épandages répétés d’insecticides dans le cas des maïs non « Bt ».

Enfin une autre préoccupation des opposants aux plantes transgéniques concernait une modification de l’équilibre biologique des sols. Selon ces études il n’en est rien. Aucune modification significative des sols n’a pu être constatée ni aucun effet sur la fixation de carbone par les fanes de maïs laissées au champ. N’importe quel lecteur anglophone de mon blog peut se reporter à l’article dont il est fait référence dans ce billet et qui est libre d’accès :

Scientific Reports doi : 10.1038/s41598-018-21284-2

Les OGMs nouveaux sont arrivés !

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Sur ce blog j’ai à plusieurs reprises disserté du CRISPR-Cas9 et cet outil de haute couture moléculaire au niveau de l’ADN est en passe de bouleverser la perception que tout un chacun a (et aura) des plantes génétiquement modifiées. En dépit des campagnes de dénigrement orchestrées par des groupes de pression variés s’appuyant sur des convictions relevant toutes de la fausse science, les plantes génétiquement modifiées, depuis qu’elles sont commercialisées, n’ont jamais occasionné d’effets indésirables sur la santé animale ou humaine et les effets sur l’environnement sont restés très limités. Les arguments des pourfendeurs des plantes transgéniques s’appuyaient sur des arguments spécieux pour justifier leurs actions spectaculaires de saccage d’essais en plein champ comme par exemple l’introduction dans les plantes génétiquement modifiées d’un gène de résistance à la kanamycine. Ce fut l’un des arguments phare d’un José Bové alors qu’il n’était qu’un obscur activiste motivé surtout pour le déroulement de sa carrière de politicien. Devenu maintenant rentier des contribuables européens, s’intéresse-t-il encore aux OGMs et se tient-il au courant des développements récents de la transgénèse végétale à l’aide du CRISPR ? S’il ne donne plus de la voix et de la machette, c’est tout simplement parce que cet outil moléculaire est d’une telle spécificité et d’une telle précision que le père José n’a plus d’argument pour dénigrer et combattre ces biologistes de nouvelle génération qu’il qualifiait il y a 20 ans d’apprentis sorciers, de docteurs Jekill ou Frankenstein.

Puisque j’ai mentionné la kanamycine il me faut ici répéter de quoi il s’agit. Le gène de résistance à la kanamycine se trouve partout dans le sol, la plupart des bactéries du sol sont en effet résistantes à cet antibiotique qui n’est plus guère utilisé en thérapeutique humaine. Il servait d’outil pour sélectionner les plantes qui avaient intégré la « construction » d’ADN comportant, outre ce gène de résistance utilisé comme marqueur, le ou les autres informations génétiques que les biologistes désiraient insérer dans le génome de la plante.

Dupont-Pioneer, l’un des plus grands semenciers du monde, spécialiste de longue date du maïs, promet que d’ici moins de 5 ans il y aura sur le marché des maïs de nouvelle génération de haute qualité pour le plus grand bénéfice des cultivateurs, des industriels et des consommateurs, après transformation à l’aide du CRISPR. Or cet outil n’entre pas dans les considérations classiques des régulateurs en raison de sa précision et de son aspect naturel. Il ne s’agit plus en effet de bombarder des cellules embryonnaires végétales avec des particules de tungstène recouvertes d’ADN (je passe sur les détails expérimentaux) ou de transfecter ces mêmes cellules avec des virus modifiés. Non ! L’outil CRISPR permet à l’expérimentateur de jeter aux oubliettes du passé ces technologies très approximatives développées il y a plus de 30 ans, des approches coûteuses aux résultats aléatoires et le plus souvent décevants.

En un mot, les développements de la transgénèse végétale des années 80-90 paraissent aujourd’hui tellement primitifs qu’ils sont presque caricaturaux en regard de la puissance opérationnelle du CRISPR. Cependant ils ont permis de prouver que les plantes génétiquement modifiées, comme l’Académie des Sciences américaine, l’USDA, l’Association Américaine pour l’Avancement des Sciences (AAAS), la FDA et en Europe l’EFSA le reconnaissent, ne sont pas nuisibles pour la santé. Une revue datant de 2013 a répertorié l’ensemble des travaux relatifs à l’effet possible des plantes génétiquement modifiées sur la santé animale ou humaine. La conclusion est claire : aucun effet délétère sur l’homme, les animaux d’élevage ou l’environnement (voir le lien).

Dès à présent de nombreux laboratoires ont modifié toutes sortes de fruits, légumes et céréales à l’aide du CRISPR et la FDA a d’ors et déjà adopté une position claire : les modifications génétiques à l’aide du CRISPR-Cas9 n’entrent pas dans le cadre des régulations précédemment édictées étant entendu qu’elles ne nuisent pas à la santé des autres plantes. Il s’agissait pour appuyer leur prise de position (voir le lien) d’un champignon qui ne noircit pas, le gène codant pour l’enzyme provoquant ce noircissement, une polyphénol-oxidase, ayant subi l’ablation de quelques bases constituant l’enchainement de l’ADN et désactivant ainsi l’enzyme. Pour la FDA il ne s’agit pas de l’introduction d’un gène étranger et ce champignon n’entre donc pas dans le cadre de la régulation classiquement imposée aux plantes transgéniques. Pourquoi parler d’un champignon qui ne sera probablement jamais commercialisé, tout simplement parce que la décision de la FDA constitue un précédent très important pour valider la technique utilisant le CRISPR qui fait l’objet de toutes les attentions des biologistes pour la mise au point de plantes résistantes aux ravageurs, à la sécheresse ou présentant des propriétés organoleptiques améliorées. Cette recherche d’un type nouveau est très bien répertoriée dans un article paru sur le site de l’ENSIA (voir le lien), un organisme émanant de l’Université du Minnesota ayant pourtant pour mission la protection de l’environnement.

Dans le domaine végétal, l’outil CRISPR-CAS9 accélère la sélection naturelle sans bouleverser de manière incontrôlée la structure et l’organisation des gènes de la plante comme c’était le cas avec les « vieilles » techniques de modification génétique. On ne peut qu’espérer un changement d’attitude de ces pseudo-scientifiques qui ont combattu sans arguments valables les plantes génétiquement modifiées …

Billet inspiré d’une série d’articles parus dans Business Insider

http://www.realclearscience.com/blog/2013/10/massive-review-reveals-consensus-on-gmo-safety.html

https://www.aphis.usda.gov/biotechnology/downloads/reg_loi/15-321-01_air_response_signed.pdf

http://ensia.com/voices/crispr-is-coming-to-agriculture-with-big-implications-for-food-farmers-consumers-and-nature/

Voir aussi : http://cariboubio.com/application-areas/agricultural-biotech , une firme biotech cofondée par le Docteur Jennfier Doudna.

Le Pentagone se prend les pieds dans l’ADN avec une mauvaise foi affligeante

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En 1965, Jacques Monod, André Lwoff et François Jacob virent leurs travaux reconnus par le comité Nobel trois années seulement après la reconnaissance par ce même comité des travaux de Francis Crick et James Watson au sujet de la structure de l’ADN. Monod et ses collaborateurs de l’Institut Pasteur à Paris furent les précurseurs de la biologie moléculaire car ils pressentirent à la suite de travaux très difficiles et complexes que la régulation de l’expression des gènes était commandée par des portions d’ADN non codantes sous l’influence de signaux provenant de la cellule, petites séquences d’ADN qu’ils appelèrent des « opérateurs » ou operons. En cinquante ans, cette biologie nouvelle a pris de tels essors qu’il devient difficile aujourd’hui d’imaginer quelle va en être son évolution, de même que personne ne fut capable d’imaginer l’impact de la télévision lorsque cette technologie vit le jour.

On dispose en effet aujourd’hui des séquences complètes des ADNs humain et de milliers d’autres organismes vivants. On dispose également depuis à peine deux années d’outils extrêmement précis d’insertion ou de délétion de gènes dans le patrimoine génétique de n’importe quel être vivant. J’ai informé mes lecteurs à plusieurs reprises de la découverte de cet extraordinaire outil appelé CRISPR pour la manipulation génétique car il s’agit probablement de la plus grand avancée dans ce domaine depuis les travaux de Crick, Watson et Monod et ses collaborateurs.

Cinquante années se sont donc écoulées pour enfin voir la biologie moléculaire atteindre sa pleine maturité et on commence à peine à entrevoir tous les bienfaits potentiels de cette technologie mais également les dérives éventuelles vers lesquelles il se pourrait bien que l’humanité toute entière se trouve confrontée un jour pas si lointain qu’on ne le croit.

Tout est en effet devenu très rapidement possible avec cet outil CRISPR qui permet non seulement d’insérer ou d’éliminer un gène mais également de modifier durablement le patrimoine génétique d’un être vivant en ce sens que ces modifications deviennent prioritairement transmises à la descendance. Pour faire bref, les manipulations génétiques pratiquées dans les années 80 sur les plantes pour « fabriquer » des transgènes économiquement prometteurs apparaissent aujourd’hui d’une grossièreté expérimentale incroyable : pour être franc on ne savait pas trop ce qu’on faisait. Il s’agit d’un domaine de la biologie que je connais bien et je me permet d’utiliser une comparaison imagée pour décrire en quelques mots la progression incroyable de la biologie moléculaire. Durant ces années pionnières c’était comme si on voulait reproduire la Vénus de Milo avec une tronçonneuse alors qu’aujourd’hui on dispose d’imprimantes 3D qui peuvent réaliser une copie presque indiscernable de l’original.

Je suis personnellement convaincu qu’Emmanuelle Charpentier, la chercheuse d’origine française co-découvreuse du CRISPR avec Jennifer Doudna (voir le lien en fin de billet) sera dans des délais très brefs saluée par le comité Nobel car il ne se passe pas une semaine sans que cet outil ne soit utilisé dans toutes sortes de domaines, encore que le Comité Nobel a souvent une guerre de retard. J’ai mentionné récemment l’approche avec le CRISPR de la modification des moustiques pour qu’ils ne soient plus capables de transmettre la malaria tout simplement par curiosité scientifique mais également parce qu’il m’arrive épisodiquement de souffrir d’une crise de cette maladie dont on ne peut pas se défaire. Certes, je ne souffre pas de la forme dangereuse de cette maladie parasitaire, mais elle reste tout de même handicapante. Et la mise en œuvre du CRISPR pour produire des moustiques génétiquement modifiés incapables de transmettre le parasite ou encore des moustiques devenus stériles qui transmettent ce caractère à la descendance permettant ainsi l’anéantissement des populations de moustiques constituent un immense espoir d’éradication de la malaria.

C’est sur ce dernier point que la communauté scientifique s’émeut mais pas uniquement à propos des moustiques. Introduire une stérilité transmissible consiste à modifier non pas seulement un chromosome mais également l’autre paire afin que l’individu génétiquement modifié soit devenu ce qu’on appelle un homozygote constitutif pour ce caractère. En d’autres termes toute sa descendance hérite de ce caractère et non plus la moitié selon les lois de Mandel. Cependant l’outil CRISPR permet virtuellement de tout faire : toutes les séquences des gènes codant pour par exemple des toxines mortelles sont disponibles publiquement. N’importe quelle machine peut synthétiser pour un coût modique les amorces d’ARN (je n’entre pas dans les détails) permettant de mettre en œuvre le CRISPR également disponible commercialement ainsi que les vecteurs d’introduction dans une cellule embryonnaire et la magie noire est consommée. Par conséquent un nouveau genre de Docteur Folamour peut émerger dans n’importe quel endroit de la planète avec une super-bactérie ou un super-moustique contre lesquels on n’aura aucun moyen de défense.

C’est là que le Pentagone a littéralement été effrayé par la tournure que pourraient prendre les évènements avec ce qu’on appelle maintenant le « gene drive », une expression difficilement traduisible décrivant la technologie dont j’ai fait mention ci-dessus et qui permet de modifier spécifiquement un même gène sur la paire de chromosomes dans laquelle il se trouve (voir le lien).

Le Pentagon, le FBI, l’Office des Armements Biologiques des Nations-Unies se sentent soudain concernés par les dangers potentiels que représente cette technologie. Le fait que ce soient des moustiques qui aient préoccupé en premier lieu les biologistes a fait nerveux ce petit monde car ils ont imaginé qu’un biologiste fou pourrait tout aussi bien créer un super-moustique transmettant par une simple piqûre une toxine mortelle. Pourtant les recherches sur les moustiques n’ont pas d’autre but que de sauver plus de 500000 vies humaines chaque année !

On croit rêver car comment imaginer que tous les laboratoires de recherche des toutes les armées des pays développés ne se livrent pas déjà à ce type de recherche pour mettre au point des armes de destruction massive non plus bactériennes ou virales mais « entomologiques ». Cette soudaine agitation peu médiatisée car la réunion ultra-secrète en décembre de cette année à Washington au sujet des développements nouveaux de la biologie moléculaire eut lieu précisément au même moment que le grand raout climatique de la COP21 alors que le sujet débattu est infiniment plus préoccupant pour l’humanité qu’une hypothétique crise climatique.

En effet, n’importe quel biologiste un tant soit peu vicieux peut mettre au point dans son garage un insecte tueur surtout s’il est financé par des groupes terroristes occultes et c’est là la réthorique de ces comités d’exception soucieux de la sauvegarde de l’humanité. J’avoue que je suis sidéré par la mauvaise foi de cette démarche du Pentagone et pour que mes lecteurs comprennent mon attitude je pense qu’il est intéressant de leur relater ici une expérience vécue. Lorsque j’étais en préparation de thèse de Doctorat d’Etat, je dus collaborer pour mes travaux avec un laboratoire de recherche du service de santé des armées il y a quarante années maintenant. On travaillait déjà dans ce centre situé au sein de l’hôpital militaire de Lyon sur la toxine botulique, les venins de serpent et sur bien d’autres sujets dont des gaz neurotoxiques. Les armes biologiques ont toujours préoccupé les armées du monde entier, elles sont peu coûteuses et faciles à produire massivement. Pourquoi le Pentagone s’insurge subitement contre l’utilisation à des fins séditieuses du CRISPR ? Pour se donner bonne conscience ? J’avoue que je suis partagé entre les larmes et le rire car au final ces mêmes militaires qui sont censés tuer par profession d’autres hommes interdiront la dispersion des moustiques génétiquement modifiés et il y aura toujours 1500 morts par jour en raison de la malaria, un « détail » pour les militaires qui se livrent à des massacres quotidiens au nom de la démocratie !

Source (entre autres) : www.statnews.com/2015/11/12/gene-drive-bioterror-risk/ et http://dx.doi.org/10.7554/eLife.03401.010

Note : le deuxième lien ci-dessus explique de manière très compréhensible le principe expérimental du « gene drive » dont la précision est effectivement hallucinante non pas pour l’homme car le temps d’une génération est très long en comparaison de celui des levures ou des insectes. Je conseille vivement à mes lecteurs anglophones de lire cet excellent article.

Et encore : https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/12/03/edition-de-genes-humains-il-etait-temps-de-statuer/ et https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/02/22/bataille-entre-les-universite-de-berkeley-et-dharvard-pour-la-propriete-du-crispr/

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Pour l’anecdote la société chinoise BGI (Beijing Institute of Genomics) a réussi à produire des cochons miniatures pesant à peine un dizaine de kilos modifiés génétiquement à partir de cellules embryonaires de cochons de race Bama déjà miniatures car pesant entre 30 et 50 kilos en inactivant un des deux gènes codant pour le récepteur de l’hormone de croissance. Il ne s’agit cependant pas d’une anecdote car le cochon est l’animal le plus proche de l’homme physiologiquement en dehors des chimpanzés et élever ces petits cochons en laboratoire est infiniment moins coûteux que de disposer d’un élevage de cochons d’un poids moyen de 100 kilos. D’autres travaux faisant appel au « gene drive » vont permettre de produire des cochons dont les organes ne seront plus reconnus comme étrangers par l’homme et pourront être greffés sans problèmes de rejets d’exogreffes. Les militaires vont-ils aussi contrôler ce volet particulier de la biologie moléculaire moderne ?

Lien : http://english.big.cas.cn/

Des bactéries transgéniques « Bt » pour tuer les vers parasites !

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Tout le monde ou presque a entendu parler du « maïs Bt » de Monsanto, une plante génétiquement modifiée pour produire la toxine « crystal » du Bacillus thuringiensis. Inutile d’y revenir car cette toxine n’affecte que les insectes en perforant leur intestin mais n’a strictement aucun effet sur les autres créatures vivantes sauf qu’elle est également toxique pour les nématodes, ces vers non segmentés qui parasitent les intestins. On estime qu’il y a plus d’un milliard de personnes dans le monde parasitées par ces vers, trichiures, ascaris, filaires et autres necators et cela dans tous les pays. On estime qu’il y aurait plus de 25000 espèces de nématodes différentes dont la moitié sont des parasites. Pour l’homme et les animaux d’élevage il existe quelques traitements médicamenteux mais le problème de l’apparition de résistances devient très préoccupant car il n’existe que 4 produits autorisés pour traiter ces parasitoses.

C’est la raison pour laquelle des équipes de recherche se sont orientées vers la toxine Bt car son utilisation dans l’agriculture sous forme de pulvérisation de bacille vivant n’a jamais révélé de toxicité pour l’homme ou les animaux depuis plus d’un demi-siècle. Et a fortiori les plantes génétiquement modifiées pour exprimer cette toxine sont anodines pour l’homme. Quant à l’apparition de résistances chez les insectes, elle pourra toujours être contournée en raison de la multiplicité des formes de Bt disponibles.

Quand un individu est parasité par un nématode le problème consistera à administrer la toxine par voie orale afin qu’elle atteigne l’intestin sans être dégradée par le processus de digestion. De plus il faudra qu’elle soit libérée lentement afin de tuer tous les nématodes présents dans le tube digestif. C’est pour ces raisons qu’une équipe de biologistes de l’Université de Caroline du Nord à Raleigh a imaginé d’utiliser le Lactococcus lactis pour démontrer qu’il était possible d’administrer cette toxine de manière douce et efficace. Pourquoi ce choix, tout simplement parce que d’une part cette bactérie est inoffensive pour l’homme et elle est largement utilisé dans l’industrie laitière et d’autre part elle est facilement modifiable génétiquement et est largement utilisée dans l’industrie pharmaceutique pour produire notamment des vaccins et d’autres protéines recombinantes à usage thérapeutique.

La bactérie a été modifiée de telle façon qu’elle sur-exprime la toxine Cry ou son homologue tronqué tCry et qu’elle emmagasine la toxine ou au contraire qu’elle l’exporte dans le milieu externe. La bactérie peut être administrée vivante par encapsulation ou associée à un aliment d’origine lactée. Dans ces conditions elle survit relativement bien aux enzymes de la digestion et à la bile pour pouvoir atteindre le duodénum. Dans la théorie cet outil peut être couronné de succès pour combattre les parasitoses et son efficacité a déjà été démontrée chez des rats.

Reste à savoir si un tel organisme génétiquement modifié sera autorisé pour des traitements thérapeutiques par voie orale compte tenu de la scandaleuse campagne de dénigrement des plantes génétiquement modifiées exprimant la toxine Bt. Quand les travaux seront pleinement couronnés de succès chez l’homme, ce que les auteurs de cette étude considèrent comme tout à fait probable, on assistera alors à une bataille judiciaire et idéologique qui risque de devenir tout à fait épique malgré le fait que des centaines de millions de personnes souffrent de parasitoses qui pourraient être élégamment traitées par cette approche innovante et totalement inoffensive pour les vertébrés dont l’homme.

Source Applied and Environmental Microbiology doi : 10.1128/AEM.02365-15

OGMs (3) : Le cas du riz doré, Greenpeace une organisation criminelle

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Au jour d’aujourd’hui 500 millions d’enfants en âge préscolaire dans le monde souffrent de carence en vitamine A. Chaque année entre 250 et 500000 d’entre eux deviennent aveugles et parmi ces derniers la moitié mourra avant la fin de l’année. Cet état de fait se situe essentiellement en Asie du Sud-Est où le riz constitue la principale source de nourriture. Or le riz est très pauvre en beta-carotène, le précurseur de la vitamine A, ceci explique cela.

Il y a 25 ans l’équipe du Docteur Ingo Potrykus de l’Institut Fédéral de Technologie à Zürich décida se se lancer dans la transgénèse du riz afin qu’il produise du beta-carotène. Pour Potrykus cette approche paraissait plus logique que de distribuer deux fois par an des pilules fortement dosées en vitamine A, un riz produisant lui-même le beta-carotène et consommé quotidiennement permettrait aisément de pallier à la carence en vitamine A, aux souffrances, aux infirmités et à la mort qui en sont la conséquence. Potrykus écrivit lui-même l’histoire du « riz doré » qu’on peut lire ici : http://www.goldenrice.org/PDFs/The_GR_Tale.pdf .

En 1999, après avoir réussi à incorporer un gène de bactérie et un autre gène provenant de la jonquille, le riz doré était né. Bill Clinton, alors président des Etats-Unis, se réjouit de cette avancée humanitaire indépendante des sociétés de l’agrochimie et enjoignit les sceptiques à le rejoindre dans son enthousiasme car il déclara que « ce riz pouvait sauver jusqu’à 40000 vies humaines chaque jour ». Comme on pouvait s’y attendre les organisations non gouvernementales opposées aux OGMs furent interloquées car ce projet humanitaire minait littéralement leurs objections au sujet de la transgénèse végétale appliquée aux cultures vivrières. En 2001, Benedikt Haerlin, le coordinateur anti-OGMs de Greenpeace, donna en France une conférence en présence de Potrykus. Il concéda que ce riz servait la bonne cause mais qu’il créait un réel problème de principe à son organisation. Ne pouvant pas déclarer que ce riz était un poison il argumenta sur le fait que selon lui ce riz doré ne produisait pas assez de carotène pour juguler la carence en vitamine A. C’était donc une opposition formelle purement technique de la part de Greenpeace qui préconisait plutôt d’aider les habitants de ces pays à cultiver dans leurs petits jardins privés des haricots ou des courges riches en vitamine A et si cette approche n’était pas suffisante l’autre recommandation de Greenpeace était de distribuer des pilules de vitamine A ou d’encourager la commercialisation de sucre, de farine ou de margarine enrichis artificiellement en vitamine A.

Il se trouve qu’en 2001, Greenpeace avait raison car le tout premier riz doré transgénique ne produisait effectivement pas assez de carotène. La Fondation Rockefeller qui finançait le projet de Potrykus avoua être d’accord avec Greenpeace mais contestait que l’approche préconisée puisse être viable sur le long terme compte tenu du fait que lors de la saison sèche il est très difficile de trouver des fruits et des légumes et que ces derniers sont très coûteux et inabordables pour les famille démunies qui n’ont que le riz pour survivre et n’ont même pas de jardin pour faire pousser quelques carottes. L’UNICEF emboita le pas de la Fondation et le projet du riz doré de Potrykus faillit bien sombrer dans l’oubli. La Fondation Rockefeller ne baissa pourtant pas les bras et continua à financer les travaux de Potrykus. Discrètement, même si Potrykus déclara haut et fort que la semence transgénique serait distribuée gratuitement aux fermiers sans exiger par la suite une quelconque redevance malgré la présence de brevets protégeant ce riz, la société AstraZeneca participa aussi au financement des travaux de l’équipe de Potrykus. En 2003 un riz doré produisant 8 fois plus de beta-carotène que la lignée originale fut enfin mis au point et deux ans plus tard c’était un riz, la version finale, qui produisait 20 fois plus de carotène. Tout était donc prêt pour l’expérimentation en vraie grandeur.

Mais pendant ce temps-là les pourfendeurs des OGMs n’avaient pas non plus baissé les bras. Ils faisaient feu de tout bois pour alimenter leur haine irraisonnée des plantes génétiquement modifiées. Le financement par la Fondation Rockefeller et le fait que ce riz était « protégé » par des brevets leur paraissait suspect. Ils prétendaient que jamais un Indonésien se risquerait à manger un riz qu’il ne connait pas ou qui ne lui a pas été transmis par ses ancêtres … un peu n’importe quoi.

Quand Potrykus annonça la mise au point de la version finale de son riz doré, les organisations opposées aux OGMs adoptèrent une attitude totalement irrationnelle en déclarant que les beta-carotène et la vitamine A à haute dose étaient dangereux pour la santé.

Pour argumenter leur nouvelle stratégie les Greenpeace et autres organisations comme The Institute of Science in Society, une obscure organisation créée par une dénommée Mae-Wan Ho, généticienne violemment opposée à toute forme de génie génétique peaufinèrent leurs arguments. Pour situer Mae-Wan Ho il faut rappeler que son organisation publia des pamphlets sur l’homéopathie, la mémoire de l’eau ou encore la médecine traditionnelle chinoise et la communauté scientifique digne de ce nom (mais elle est de plus en plus clairsemée) réfuta en bloc l’attitude pseudo-scientifique de Madame Ho. Toujours est-il que Greenpeace utilisa l’argument choc développé par cette généticienne qui déclara qu’une surabondance de vitamine A pouvait créer des malformations chez le fœtus. L’argument fut repris par un activiste anti-OGM, David Schubert, neurobiologiste de son état, sévissant au Salk Institute en Californie, qui déclara sans toutefois prendre trop de risques que tous les rétinoïdes pouvaient être peu ou prou tératogènes, entendez favoriser des malformations du fœtus, et qu’il était donc nécessaire de tester le riz doré avant de l’introduire dans l’alimentation. Il apparut que Schubert reprit un article faisant état de l’effet de la vitamine A sur l’apparition du cancer du poumon chez les fumeurs paru dans le NEJM en 1994 : http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJM199404143301501 . Il tronqua sciemment en bon activiste anti-OGM qu’il était les conclusions qui montraient pourtant que la vitamine A réduisait l’incidence de cancers du poumon mais également que le traitement suivi et décrit dans cet article correspondait à 20 bols de riz doré quotidien en termes de carotène. Non seulement Schubert manipula les conclusions d’un article peer-review de haute qualité mais usa d’une réthorique mensongère auprès de la NRC (Nutrition Regulatory Commission) pour décrédibiliser les bénéfices du riz doré. Il avait, fort de sa position de directeur d’un laboratoire dans le prestigieux Salk Institute, écrit un rapport pseudo-scientifique totalement mensonger. Tous les lobbys anti-OGM sans exception citèrent son rapport qui précisait que « le riz doré a été génétiquement modifié pour surproduire du beta-carotène, les études montrent que certains rétinoïdes dérivés du beta-carotène sont toxiques et provoquent des malformations foetales ».

La stratégie des mouvements anti-OGMs au sujet du riz doré ressemblait étrangement à celle adoptée pour la toxine Bt : « pas assez » puis « beaucoup trop ». Etrange attitude de louvoiement entre deux extrêmes, une sorte de double jeu déconcertant … Pourquoi les opposants aux OGMs encourageaient-ils la culture de légumes riches en carotène ? On est en droit de supposer qu’ils font une distinction entre les beta-carotènes produits par le riz doré après transgénèse végétale et les beta-carotènes d’une vulgaire carotte. En d’autres termes si le beta-carotène du riz doré est toxique alors les carottes sont aussi toxiques ! Pour se sortir de leur pirouette sémantique les anti-OGMs, Greenpeace en tête, déclarèrent finalement qu’il n’était pas nécessaire de quantifier chaque vitamine ingérée dans l’alimentation tout en préconisant l’administration de pilules fortement dosées en vitamine A pour pallier aux carences et réclamaient des tests supplémentaires sur le riz doré. À franchement n’y rien comprendre. Ce que ces activistes oubliaient de mentionner comme d’ailleurs David Schubert est que l’organisme utilise ce qu’il lui est nécessaire pour toute vitamine et que le surplus est rejeté dans l’urine : http://umm.edu/health/medical/altmed/supplement/betacarotene . Comme à son habitude Greenpeace adopta alors une attitude franchement politique clamant qu’ « imposer le riz doré » était une atteinte aux libertés fondamentales et aux droits de l’homme et que pour cette raison le riz transgénique, quel qu’il soit, devait être interdit. L’attitude de Greenpeace consistait donc à obliger les gouvernements à favoriser la supplémentation en beta-carotène ou vitamine A et exactement comme pour le B.thuringiensis cette organisation approcha les multinationales de l’agroalimentaire pour supplémenter certains produits en vitamine A et en beta-carotène.

L’affaire prit une tournure presque violente aux Philippines où Greenpeace se battit pour faire interdire des essais plein-champ car il s’agissait de tout simplement bafouer les croyances religieuses, l’héritage culturel et le sens de l’identité des habitants. Aux Philippines, curieusement, ( http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/15646309 ) la loi précise qu’il faut administrer aux enfants en âge préscolaire une pilule sur-dosée de vitamine A tous les six mois et aux femmes enceintes durant les premiers 28 jours de la grossesse. Des études ont cependant montré qu’il faudrait en réalité que les enfants reçoivent au moins trois doses par an. Bizarrement il semblait que Greenpeace était frappée d’amnésie car sur-doser en vitamine A une femme enceinte semblait tout à fait normal puisqu’il s’agissait d’une directive gouvernementale nonobstant les déclarations tonitruantes et malhonnêtes de David Schubert reprises par cette organisation et tous les activistes anti-OGMs sans exception. Si Greenpeace avait été en accord avec ses convictions jamais elle n’aurait apporté son support à un tel programme.

Plus incroyable encore fut l’attitude rétrospective de Greenpeace quand cette organisation apprit que les autorités chinoises avaient effectué un essai en vraie grandeur sur 24 enfants avec du riz doré dernière version en 2008 pour définitivement mesurer avec précision quelle était l’efficacité de ce riz sur la déficience en vitamine A. Au premier groupe d’enfants on donna du riz doré, au deuxième groupe du riz normal et des gélules de vitamine et au troisième groupe des épinards. Les résultats furent parfaitement concluants : un bol de riz doré préparé avec 50 grammes de riz suffisait à lui seul à satisfaire 60 % des besoins d’un enfant en carotène. Toutes proportions gardées le même résultat fut obtenu sur un groupe d’adultes. Il ressortit de cette étude que le riz doré était aussi efficace que les pilules et bien plus efficace que les épinards pour supplémenter l’organisme en vitamine A. On peut trouver cette étude ici : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3417220/ . Un comble pour Greenpeace, cette étude avait été réalisée en collaboration entre l’Académie de Médecine de Hangzhou, la Tufts University à Boston et le Baylor College of Medicine à Houston ! Greenpeace clama qu’il était inadmissible de traiter des enfants comme des animaux de laboratoire, sous-entendu la Chine est à leurs yeux un pays totalitaire (comme si Greenpeace n’était pas aussi une organisation totalitaire) et tout y est permis. Bref Greenpeace reprit ses arguments surannés selon lesquels aucune étude n’avait été effectuée sur les animaux permettant de prouver l’absence de toxicité de ce riz doré et que de toutes les façons David Schubert avait déclaré haut et fort que les caroténoïdes pouvaient être toxiques. Greenpeace s’alarma aussi du fait que les autorités compétentes qui avaient conduit ces essais n’avaient pas mentionné aux parents que le riz « qui fabriquait des carotènes » était en réalité un riz transgénique. Greenpeace, profondément offusquée, publia un communiqué de presse incendiaire à l’encontre des autorités chinoises en posant la question de savoir si les prochains cobayes ne seraient pas des petits Filipinos ! La Tuft University, sous la pression de Greenpeace, dut reconnaître qu’au cours de cette étude aucun aspect « santé » n’avait été sérieusement abordé mais qu’il ressortait seulement qu’un bol de riz doré chaque jour pouvait significativement améliorer la santé des enfants.

Ne savant plus vraiment où donner de la tête les dirigeants de Greenpeace exigèrent une recherche potentielle d’allergènes dans ce riz. Le résultat fut négatif ! Un autre argument, cette fois totalement délirant, fut que le changement climatique pourrait avoir un effet sur la stabilité génétique de ce riz et qu’enfin au cours des générations ce riz pourrait parfaitement devenir réellement toxique ! Vraiment n’importe quoi … Mais l’opiniâtreté de Greenpeace pour combattre les OGMs semble ne pas avoir de limites. Cette organisation réclama qu’on effectue une analyse génétique détaillée de toute plante transgénique afin de quantifier les sites d’intégration des gènes, le nombre de copies de gènes et les possibles réarrangements et délétions pouvant être intervenus lors de la manipulation génétique. Il se trouve, et tous les généticiens le savent, que la sélection assistée à l’aide de marqueurs créé beaucoup plus de modification génomiques indésirables que l’ingénierie génétique correctement réalisée. Monsanto, pour ne citer que cette compagnie, avait lancé un vaste programme de sélection végétale à l’aide de marqueurs il y a 3 ans. Le projet a été rapidement abandonné car il conduisit systématiquement à des impasses. L’idée était pourtant séduisante car une plante ainsi modifiée ne serait plus entachée par le label « GMO » et Monsanto aurait retrouvé l’estime de ces activistes viscéralement opposés aux OGMs.

La paranoïa des anti-OGM a atteint les limites du concevable. Par exemple le riz doré doit être interdit sinon les consommateurs ne se croiront plus obligés de manger d’autres légumes (sic) ou encore il apparaîtra des contrefaçons de riz doré coloré avec un pigment pas nécessairement de qualité alimentaire. Il y a deux ans Greenpeace a organisé une campagne de destruction systématique des rizières où était cultivé du riz doré aux Philippines. Greenpeace a récemment déclaré qu’ « en 10 ans le riz doré n’a pas atteint ses objectifs et il n’a pas amélioré la déficience en vitamine A ». Bel exemple de mauvaise foi. Greenpeace oublie que pendant ce temps-là des millions d’enfants sont morts de déficience en vitamine A : Greenpeace est tout simplement une organisation qui devrait être poursuivie pour crimes contre l’humanité.

Source : inspiré d’un article paru dans Slate.com, illustration Slate.com

OGMs (2) : Les produits « organiques » sont-ils plus sûrs ?

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En 1901 un biologiste japonais du nom de Ishiwata Shigetane découvrit qu’une bactérie du sol tuait les vers à soie. Il fallut attendre de nombreuses années pour mettre à profit le pouvoir de cette bactérie pour protéger les culture avec la toxine de cette bactérie appelée par la suite Bacillus thuringiensis par un biologiste allemand travaillant non plus sur le ver à soie mais sur la mite de la farine. Il observa les même effets toxiques de la bactérie et ce n’est qu’au début des années 70 qu’on commença à s’intéresser sérieusement à cette bactérie. On découvrit que sa toxicité pour les insectes – et seulement pour les insectes – était provoquée par une protéine codée par un plasmide, un petit ARN circulaire présent uniquement dans cette bactérie. On envisagea donc de cultiver à grande échelle cette bactérie pour la répandre sur les cultures et ainsi les protéger contre les insectes ravageurs puisque la toxine n’avait aucun effet sur les vertébrés. Dans les années 80 des biologistes belges eurent l’idée d’intégrer le gène codé par le plasmide dans des plants de tabac. Il faut mentionner ici que les premiers travaux de transgénèse végétale étaient presque exclusivement réalisés avec le tabac, non pas parce qu’ils étaient sponsorisés par les fabricants de cigarettes mais seulement parce que le tabac était une plante de laboratoire merveilleusement prolifique et facile à modifier génétiquement avec les techniques dont on disposait à l’époque. Le résultat ne se fit pas attendre quand on tenta de mettre des insectes suceurs sur les plants de tabac modifiés pour produire la toxine de la bactérie, Bt, ces derniers ne survivaient pas. Les agriculteurs applaudirent ces résultats prometteurs car ceux-ci allaient les dispenser de traitements phytosanitaires répétés et également, pour les agriculteurs dits « bio » de répandre à grands frais de la purée de bacille sur leurs champs de maïs ou leurs parcelles de légumes.

Les écologistes encore une fois ne l’entendirent pas de cette oreille et contre toute logique s’opposèrent immédiatement aux plantes génétiquement modifiées exprimant la toxine Bt. Alors que tout le monde s’accordait pour confirmer l’innocuité de la toxine pour les vertébrés dont l’homme et que ces écologistes préconisaient les bouillies de bacille aux producteurs « bio » pour conserver leur label « vert », d’un seul coup, parce qu’une plante modifiée génétiquement pour produire elle-même cette toxine, cette dernière devenait dangereuse parce que cette fois on avait affaire à une plante transgénique. Les premières plantes modifiées Bt apparurent à la fin des années 80 et l’Agence de Protection de l’Environnement (EPA) approuva les pommes de terre, le maïs et le coton Bt en 1995. Greenpeace se coalisa avec d’autres organismes non gouvernementaux – ils sont devenus quasiment gouvernementaux depuis – comme le Center for Food Safety, le Pesticide Action Network ou encore la fédération internationale des mouvements de l’agriculture organique (IFOAM) basée à Bonn en Allemagne pour intenter un procès à l’EPA. Les motivations de cette action en justice étaient les suivantes : possibilité de voir apparaître des insectes résistants à la toxine et possibilité d’être toxique pour les organismes vivants non ciblés par la toxine, traduisez les êtres humains !

Cette coalition d’écologistes purs et durs parlaient au nom de la protection de l’environnement alors que bon nombre d’agriculteurs inscrits sur la liste des plaignants opposés aux nouveaux OGMs Bt utilisaient les bouillies de bacille pour leurs propres productions agricoles, à n’y rien comprendre !

Greenpeace et ses partenaires se battaient pour protéger les producteurs de bacille et de coccinelles qui faisaient partie du business bio. Greenpeace avança sans aucune preuve à l’appui que les plantes transgéniques Bt contenaient jusqu’à 1000 fois plus de toxine que la purée de Bt répandue sur les plantes. Ils durent faire marche arrière en 2006 quand des enquêteurs mandatés par cette organisation s’aperçurent qu’en réalité les plantes transgéniques, dans le cas présent du maïs Bt cultivé en Espagne, ne contenaient que de très faibles quantités de toxine, à peine plus de 10 parties par million en moyenne dans la plante (voir le lien en fin de billet). Déconcertés par ce résultats, qu’entre parenthèses les biologistes de Monsanto connaissaient, les managers de Greenpeace changèrent leur fusil d’épaule et à court d’arguments décrétèrent que ces plantes transgéniques étaient de toutes les façons dangereuses pour la sécurité alimentaire animale et surtout humaine et qu’il n’y avait pas assez de toxine Bt exprimée pour que la plante soit vraiment résistante aux insectes ravageurs. Greenpeace s’appuya alors sur un argument totalement erroné en prétendant que la toxine Bt produite par la plante était activée et que c’était la raison pour laquelle il y en avait si peu dans les plantes transformées. Donc, dans la logique terrorisante de Greenpeace, puisqu’il en était ainsi cette toxine activée était donc dangereuse pour l’animal et l’homme puisqu’elle attaquait l’intestin des insectes, pourquoi pas celui de l’homme ?

Et c’est là que réside la rhétorique mensongère de Greenpeace. Il faut que soit présent dans l’intestin une protéine sur laquelle va se fixer la toxine Bt activée préalablement. Cette activation nécessite une activité enzymatique digestive particulière. Or les vertébrés ne possèdent ni cette activité enzymatique ni les récepteurs spécifiques au niveau de l’épithélium intestinal. Les curieux peuvent lire l’excellente revue citée ici en lien : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1899880/ . On y découvre, pour contrecarrer aussi l’argument fallacieux de Greenpeace relatif à l’apparition de résistance au Bt chez les insectes ravageurs qu’à ce jour plus de 140 toxines Bt ont été identifiées et que l’apparition d’une résistance est hautement improbable et si c’était le cas il existe une gigantesque panoplie dans cette famille de protéines pour contourner toute résistance pouvant éventuellement apparaître : http://www.lifesci.sussex.ac.uk/home/Neil_Crickmore/Bt/ .

Pour brouiller les cartes Greenpeace prétendit en 1999 que les plantes exprimant la toxine Bt étaient dangereuses pour l’environnement parce que la toxine n’était pas dégradée correctement dans le milieu naturel. Cette affirmation mensongère fut répétée de nombreuses fois mais elle contredisait l’autre affirmation consistant à dire que les quantités de Bt exprimées étaient trop faibles pour que la plante soit efficacement protégée contre les insectes ravageurs. Cette organisation réellement terroriste, à court d’arguments, monta de toute pièce une histoire de suicide de centaines de milliers d’agriculteurs indiens qui ne pouvaient pas acheter leurs semences de coton Bt et qui ne fut jamais prouvée dans les faits : http://blogs.discovermagazine.com/collideascape/files/2014/01/GMOsuicidemyth.pdf .

Avant même la mise au point de plantes transgéniques exprimant la toxine Bt pour leur propre protection contre les insectes ravageurs, cette toxine pulvérisée manuellement ou avec des machines sur les cultures avait été montrée comme étant l’insecticide le plus inoffensif dans le monde. À ce jour aucune corrélation de cause à effet n’a pu être démontrée sur un soit-disant effet néfaste de la toxine Bt que ce soit appliquée sur les plantes à l’aide de la bactérie vivante ou à partir de plantes transgéniques tant chez les animaux (vertébrés) que chez l’homme ( http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24041244 ) avec un retour d’expérience de maintenant plus de 30 ans, des dizaines de millions d’hectares de plantes Bt cultivées, des dizaines de milliards d’animaux nourris avec des préparations issues de plantes génétiquement modifiées sans parler du coton de nos chemises et de nos draps ou de l’huile de coton qu’on trouve dans n’importe quelle huile végétale pour cuisiner à la maison ou encore de la multitude de dérivés du soja ou du maïs transgéniques Bt utilisés dans l’alimentation.

Pour insister sur la malhonnêteté de cette organisation qui transparaît quand il faut trouver un nouvel argument permettant de justifier sa stratégie il y a cette mémorable histoire de persistance de la toxine dans les sols qui vient d’être brièvement mentionnée. En 2006 Greenpeace alerta le régulateur néo-zélandais du risque d’apparition d’insectes résistants à la toxine Bt en s’appuyant sur des études réalisées pour prouver la persistance de cette toxine dans le sol au delà de 200 jours. Selon Greenpeace si la toxine persistait aussi longtemps dans le sol alors des insectes pouvaient parfaitement s’en accommoder. Or les expériences conduites sur commande par Greenpeace, organisation qui prend bien soin de sous-traiter ses études pour ne jamais apparaître comme le responsable légal de ses allégations, furent réalisées non pas avec des plantes transgéniques mais avec le spray disponible commercialement et appelé DiPel, une émulsion de B.thuringiensis avec des particules d’argile. Le comble de l’ironie était que le but de l’action de Greenpeace était de protéger les agriculteurs « bio » des agriculteurs utilisant des plantes transgéniques Bt ! Même chose en Inde pour protéger les producteurs d’aubergines alors qu’une variété d’aubergine Bt venait d’être disponible pour les petits maraîchers indiens. Le souci avec la technique du spray de bactéries directement sur les plantes est qu’il est très coûteux et que dans certaines configurations il faut même faire appel à des hélicoptères. La propagande de Greenpeace précise bien dans ses recommandations qu’aucune partie des plantes ne doit être oubliée et de plus, selon les affirmations de cette même organisation il n’y a pas de souci à se faire car les protéines de la bactérie se dégradent en moins de deux semaines, il faut être logique avec soi-même ! Il faut donc effectuer des pulvérisations périodiquement et il n’y a aucun danger car les fruits et les légumes sont consommables presque immédiatement ! On croit rêver mais c’est pourtant la vérité : https://www.youtube.com/watch?v=vPQnphEJr98 !!!

Ce que Greenpeace oublie c’est que ces pulvérisation sont effectuées avec des bactéries vivantes et qu’elle persistent sur les aliments qu’on retrouve dans notre assiette « bio », des études réalisées au Danemark et en Chine l’ont montré. On retrouve même ces bactéries dans le lait … Le business de la pulvérisation de Bt représente un chiffre d’affaire d’environ 2 milliards de dollars par an. Aux USA seulement on a retrouvé la bactérie sur près de la moitié des tomates et plus de 60 % des brocolis, des choux-fleurs et des choux. Le plus hallucinant est que ce sont les gouvernements qui promeuvent l’agriculture dite « bio » sous prétexte que les plantes transgéniques Bt contiennent plus de toxine Bt alors que dans les faits c’est exactement le contraire. En Allemagne on estime que 125 kilos de pesticides bio sont pulvérisés par hectare et par an, en termes de toxine Bt cela représente 25 fois plus de toxine que ce que peut introduire une plante génétiquement modifiée Bt quelconque, bonjour la qualité des aliments !

Pour ajouter à l’attitude totalement ridicule de Greenpeace qui encourage les pulvérisations de bio-pesticides, devinez qui les commercialise ? Monsanto, Syngenta, Bayer, DuPont et BASF, ceux-là même qui ont développé et commercialisent aussi les plantes transgéniques. Ces grandes compagnies se frottent les mains car elles ont compris que les actions de Greenpeace et d’autres organisations comme l’Organic Consumers Association leur avaient ouvert le marché. DuPont a investi pas moins de 6 milliards de dollars pour être prêt à satisfaire la demande sans cesse croissante en bio-pesticides ! C’est proprement hallucinant de constater que Greenpeace et les autres ONGs qui répandent la terreur se sont fait prendre dans leur propre piège. Le combat contre les OGMs est devenu un faux prétexte mais il n’est pas question pour Greenpeace de l’abandonner, ce serait une catastrophe pour la réputation de cette organisation.

Alors, pour ne pas perdre la face, on voit encore des publications mensongères paraître dans des revues scientifiques qui n’existent même pas. GreenMedInfo, un site d’information des adeptes de l’agriculture organique a créé le « buzz » en livrant une information précisant que les plantes transgéniques type Bt ou RoundUp Ready favorisaient l’apparition de leucémies. C’était en 2013. L’article fut publié dans une revue inconnue qui n’existait pas auparavant ( http://www.esciencecentral.org/journals/ArchiveJHTD/jhtd-archive.php?month=April&&year=2013 ) ce qui est déjà suspect, et ce qui est encore plus suspect est que cette étude émane d’un obscur laboratoire de l’Université de Brasilia et qu’elle se garde bien de conclure si on lit l’article dans son intégralité (ce que j’ai fait).

Le dernier combat de Greenpeace reste donc l’étiquetage informatif. Et là c’est du business pour cette organisation car elle est devenue experte dans le domaine de l’intimidation et de l’arnaque des sociétés qui ne veulent pas se plier à ses injonctions « vertes ». Greenpeace a fait une fixation sur les plantes transgéniques et on vient de le voir à l’évidence avec les plantes Bt au détriment de la sécurité des consommateurs : la culture bio est un leurre, elle n’est pas rentable car non compétitive, elle appauvrit les consommateurs persuadés qu’elle sera meilleure pour leur santé ce qui est loin d’être le cas et elle n’est encore une fois réservée qu’à ceux qui ont les moyens de payer beaucoup plus cher leur nourriture. Finalement on peut dire que cette longue campagne anti-OGMs n’est qu’un mensonge de plus qui passe auprès de 60 % de la population car il suscite la peur, une peur orchestrée et montée de toute pièce sur la base de mensonges et de contradictions par Greenpeace et toutes les organisations qui en suivent l’idéologie.

Source : billet inspiré d’un article paru dans Slate.com, illustration Slate

https://www.testbiotech.org/sites/default/files/How%20much%20Bt%20toxin%20produced%20in%20MON810_Greenpeace.pdf

La patate douce transgénique (OGM) existe naturellement depuis des millénaires, et on se délecte de ses conséquences !

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Les plantes génétiquement modifiées par l’homme sont décriées par un grand nombre de groupuscules qui dans l’immense majorité des cas ne connaissent strictement rien à la transgénèse végétale et leur combat contre ce que l’on a coutume d’appeler des OGMs n’est motivé que par de pures convictions idéologiques sans aucun fondement scientifique. Bref, je ne vais pas encore une fois dans ce billet faire l’apologie des plantes génétiquement modifiées mais un rappel historique des techniques de transgénèse utilisées lors des premières « manipulations » génétiques qui permirent à des firmes comme Monsanto ou Pioneer de « fabriquer » au laboratoire ces plantes résistantes à un herbicide ou exprimant la toxine Bt est important pour comprendre l’argument développé ici.

La première technique utilisée était l’utilisation d’une bactérie qui provoque des tumeurs chez les plantes. Cette bactérie appelée Agrobacterium tumefacians transfert son pouvoir tumorigène grâce à un petit ADN circulaire qui s’incorpore au génome de la plante pour dicter ou imposer à cette dernière de nouvelles voies métaboliques permettant à la bactérie de vivre confortablement sans détruire la plante tout en formant une tumeur qui ne détruit pas non plus celle-ci. On a même décerné l’appellation d’ingénieur généticien à cette bactérie après cette découverte datant de la fin des années 70. Les biologistes ont tout de suite imaginé qu’en insérant un gène étranger dans cet ADN circulaire bactérien ce gène pourrait avoir de bonnes chances d’être aussi introduit dans le génome de la plante puis être exprimé. Il faut rappeler aussi que l’on disposait alors dans les laboratoires, et cela depuis peu, d’enzymes capables de couper l’ADN en des points précis (enzymes de restriction) et d’autres enzymes (ligases) capables de recoller des morceaux d’ADN entre eux pour pouvoir « insérer » une séquence d’ADN codante dans un ensemble plus complexe. Puis sont venues d’autres techniques plus hasardeuses comme le bombardement par des microparticules de tungstène recouvertes d’ADN ce qui revenait un peu au même principe que celui utilisé par agrobacterium. Ces techniques datent d’une bonne trentaine d’années et ont été couronnées de succès tant dans le domaine de la transgénèse végétale que dans bien d’autres disciplines comme en particulier la production d’insuline ou de vaccins, il ne faut pas l’oublier.

Il est important aussi d’insister sur le fait que la transgénèse végétale à l’aide d’agrobacterium ne fut pas un hasard car les biologistes généticiens ne firent que contourner un phénomène qui se passe dans la nature. C’est justement sur ce point précis que les détracteurs des OGMs doivent avouer publiquement leur ignorance car ce qu’a fait l’expérimentateur en créant de nouvelles plantes exprimant un gène étranger ou sur-exprimant un gène naturellement présent dans leur génome, la bactérie agrobacterium l’a fait à son profit bien avant lui ! Les agro-biologistes s’étaient contenté d’étudier cette bactérie en raison des tumeurs qu’elle provoque chez les plantes mais ils ignoraient qu’un grand nombre de plantes contiennent des gènes spécifiques de cette bactérie qui ne peuvent provenir que d’une transgénèse naturelle même si elles ne présentent aucunes tumeurs visibles. Plus incroyable encore, on vient d’établir sans ambiguité que cette manipulation génétique est présente dans l’une des cultures vivrières les plus répandues dans le monde, la patate douce, sans que jamais personne ne s’en soit soucié. On s’aperçut très rapidement que le tabac ou la linaire (voir photo, Linaire de Pelissier, Wikipedia) possédaient des gènes d’agrobacterium et que ces derniers, transmis à la descendance, avaient contribué à des modifications morphologiques dont ces plantes s’étaient accoutumé. Mais ni la linaire ni le tabac ne sont des aliments …

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Puisqu’il s’agit de patate douce dans ce billet je voudrais communiquer à mes lecteurs gastronomes l’utilisation de la patate douce, si possible à peau violacée, pour faire des chips. Si vous faites l’essai, vous n’achèterez plus jamais de chips de pommes de terre commerciales y compris celles soit-disant fabriquées artisanalement. Il suffit de disposer du petit ustensile de cuisine en plastique muni d’une lame pour couper en rondelles fines les patates et il n’est pas nécessaire de les peler. Inutile non plus d’utiliser des quantités massives d’huile pour la friture, les fines rondelles de patate douce (koumala chez les Papous du Vanuatu) n’absorbent que très peu d’huile et avec de l’huile vierge de coprah c’est encore meilleur !

Revenons donc à nos patates douces. Cette plante est originaire d’Amérique Centrale et du Sud et est cultivée par l’homme pour son alimentation depuis dix mille ans. Jamais personne ne s’est plaint de la présence ni des gènes provenant d’agrobacterium ni des produits de ces gènes puisque l’un d’entre eux code pour un enzyme qui oblige en quelque sorte, comme je le mentionnais plus haut, la plante à fabriquer des métabolites dont elle n’a pas besoin qu’on appelle opines (http://en.wikipedia.org/wiki/Opine) et ces molécules servent originellement de nourriture à la bactérie. Or la bactérie n’est plus présente dans les variétés de patate douce cultivées. Pour le prouver, pas moins de 304 spécimens de variétés diverses de patate douce ont été analysés minutieusement et il est apparu qu’un ancêtre commun, cultivé ou sauvage, on ne sait pas trop, avait acquis ces gènes inutiles et les avait transmis à la descendance. Dans ce cas de transfert de gènes étrangers il s’agit d’un processus initial dit « horizontal » puisque la bactérie incriminée n’a rien à voir avec une plante.

Ce qui ressort de ce travail publié dans les PNAS (voir le lien, accès libre) émanant de l’Université de Ghent (Gand en français) en Belgique en collaboration avec le Centre International de la Patate de Lima et l’Université Agricole de Pékin est que la patate douce a en fait « profité » de cette introduction de gènes d’agrobacterium du point de vue phénotypique dans la mesure où ces gènes sont proportionnellement beaucoup exprimés dans les tubercules que dans d’autres parties de la plante. Pour preuve, les plantes sauvages les plus proches de la patate douce (famille des Ipomées) n’expriment pas ces gènes et n’ont aucune valeur alimentaire !

Belle démonstration de la transgénèse végétale conduisant à une plante « monstrueuse » en comparaison de ses cousines les plus proches, devenue intéressante pour les qualités nutritives de ses racines tout aussi monstrueuses que l’on peut apparenter à ces tumeurs créées par la bactérie chez d’autres plantes, grâce à l’acquisition de ces gènes étrangers. Les opposants aux OGMs n’ont donc plus aucun argument valable dans leur réthorique vide maintenant de tout sens. Agrobacterium est un outil de transgénèse artificiel largement utilisé par les biologistes et cet outil existe dans la nature depuis des dizaines de milliers d’années. Quand on mange une patate douce (j’adore ce mets) on mange une tumeur végétale provoquée accidentellement par les gènes d’une bactérie et c’est délicieux !

Sources :

http://www.pnas.org/content/112/18/5844.full et aussi un article de synthèse sur Agrobacterium : doi: 10.1094/APSnetFeatures-2008-0608