L’Inde préfigure l’ère post-antibiotiques

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En 2013 58000 nouveaux-nés sont morts dans les hôpitaux indiens d’infections intraitables par tous les antibiotiques connus y compris les molécules de « dernier ressort » comme les carbapenems. On ne peut qu’à moitié se rassurer quand on sait que près de 800000 nouveaux-nés meurent pour diverses raisons dans ce pays. Mais ces morts par infections bactériennes contrecarrent les efforts constants pour diminuer ce nombre de décès de la part du corps médical indien qui n’est pas et de loin le moins expérimenté dans le monde. Ce phénomène est nouveau, il n’existait pas il y a encore 5 ans et près de la totalité des enfants nouveaux-nés en consultation car gravement malades sont porteurs de germes bactériens multi-résistants. Ces bactéries sont le plus souvent transmises par la mère qui méconnait les risques auxquels elle expose son enfant mais aussi l’eau souvent dangereusement polluée, les animaux variés et les poussières provenant des allées des bidon-villes qui sont construits à même les flancs des décharges innommables d’ordures ménagères et industrielles. En Inde, à la périphérie des grandes villes « occidentalisées » des millions de gens vivent en exploitant les ordures et en y vivant à proximité. Autant dire qu’il n’est pas difficile de comprendre que des germes hautement pathogènes apparaissent dans des environnements où l’eau potable, les toilettes et l’hygiène basique, personne ne sait ce que c’est ! Les adultes sont plus ou moins immunisés ce qui n’est pas du tout le cas des nouveaux-nés qui passent à la trappe à peine venus au monde.

L’autre aspect de la situation qu’on peut qualifier de pathétique en Inde est le penchant inconsidéré des médecins à prescrire des antibiotiques pour tout et n’importe quoi, y compris pour une diarrhée qui le plus souvent (dans plus de 70 % des cas) est d’origine virale. Cette situation alarmante est aggravée par la disponibilité de toutes sortes de remèdes dans n’importe quelle boutique au coin de la rue y compris des antibiotiques qui viennent de sortir ! En effet l’Inde n’a jamais ratifié les accords internationaux relatifs à la protection industrielle et la production d’antibiotiques est un business répandu au point qu’on trouve n’importe quelle molécule active partout, sans contrôle et surtout sans que l’on soit obligé d’être muni d’une prescription pour acquérir l’antibiotique censé traiter un symptôme qui justement ne nécessite pas d’antibiotique.Cette situation assez paradoxale pour un immense pays globalement en voie de développement en dehors des grands centres industriels et commerciaux comme Mumbai, New-Delhi ou Bangalore fait que l’usage d’antibiotiques est totalement hors de contrôle. Les infections bactériennes sont devenues un phénomène rampant et les docteurs, s’il y en a, ont baissé les bras et prescrivent des antibiotiques les yeux fermés. Un exemple parmi d’autres illustre parfaitement cet état de fait alarmant. Près de 70 % des adultes consultant pour une diarrhée persistante se voient prescrire des antibiotiques et pour ce même symptôme plus de la moitié des enfants repartent avec une ordonnance comportant un antibiotique alors que les médecins ne sont pas sans ignorer que plus des trois quarts des diarrhées sont d’origine virale :

( http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(04)15599-2/fulltext ) !

Parler de l’Inde semble anecdotique mais la situation est tout aussi alarmante dans les pays dits « développés » avec de surcroit l’utilisation quasiment quotidienne d’antibiotiques variés dans les élevages de porcs, de bovins, de poulets et même de poissons. L’élevage constitue un réservoir de bactéries résistantes à tous les antibiotiques connus et celles-ci sont parfaitement transmissibles à l’homme. Cette situation ne fait qu’empirer quand on sait que la consommation d’antibiotiques est en constante augmentation aussi bien dans les pays d’Europe qu’aux USA ou encore dans les « BRICS » avec des taux d’augmentation de cette consommation de l’ordre de 3,5 % par an ! Vraiment de quoi s’alarmer car il n’existe plus aucune arme efficace pour combattre le fléau des infections bactériennes. En quelque sorte on a tout simplement régressé de cent ans et les mouvements colportant des idées totalement fausses au sujet de la vaccination qui serait parait-il dangereuse ne font que contribuer insidieusement à cette situation terrifiante. La désaffection de facto pour la vaccination contre la tuberculose a tout simplement favorisé l’apparition de souches du bacille de Koch résistantes à tous les antibiotiques connus et aucun pays n’est à l’abri d’une recrudescence de cette maladie en dehors de ceux où le BCG est obligatoire pour des raisons faciles à comprendre de santé publique, sans parler d’autres affections comme la blennorragie – 100 millions de nouveaux cas par an dans le monde – alors qu’on ne sait plus traiter cette maladie hautement transmissible, la bactérie responsable ayant acquis la résistance à tous les antibiotiques connus. On est entré dans un scénario apocalyptique et ce n’est que le triste début …

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Source : The Times, illustration : décharge d’ordure Dharavi à Mumbai (Getty Images) et Bacille de Koch (CDC)

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