Pétition à la Chambre des Députés (1822)

Si on fait un petit retour dans l’histoire de la France, on constatera que les gouvernements ont souvent (trop souvent) méprisé le petit peuple, abrités sous les lambris dorés de la République et dans le cas présent de la royauté au cours de la Restauration, période de 15 années qui suivit la chute de l’Empire français, elle-même suivie de la Révolution de 1830 dite des « Trois Glorieuses » qui établira la monarchie de Juillet, ressemblant au système anglais mais mal ficelé. La pétition qui est l’objet de ce billet a été adressée au Parlement en 1822 pour protester contre les mesures prises par le gouvernement empêchant les villageois de tout simplement se divertir. Il est intéressant de replacer la pétition de Paul-Louis Courier, journaliste et essayiste, dans son contexte politique. La monarchie parlementaire, c’est Louis XVIII qui est sur le trône pour quelques mois encore, est dirigée par le ministre Villèle. Celui-ci a été « parachuté » par les « Ultras », royalistes très proches de l’Eglise, à la tête du gouvernement. Ces Ultras sont sous la coupe du comte d’Artois (futur roi Charles X quelques mois plus tard), un personnage très pieux, et ont obtenu que le gouvernement durcisse la censure de la presse et régente au plus près la vie quotidienne en tentant d’interdire tout comportement qui ne respecterait pas les enseignements de l’Eglise toute puissante.

Les festivités dans les villages de la France profonde, peuplée de d’agriculteurs et de petits artisans juste bons à payer des impôts, sont progressivement interdites dans les bourgs ruraux car ce sont des « rites païens », les garçons se laissant aller à la boisson et les filles se laissant volontiers trousser derrière la première meule de foin ou de paille trouvée. Paul-Louis Courier ose donc envoyer cette pétition au Parlement. Cette pétition restera comme on pouvait s’y attendre lettre morte : ( http://www.bmlisieux.com/litterature/courier/courie01.htm ), lettre morte d’autant plus que le parlement n’avait pratiquement aucun pouvoir, comme aujourd’hui !

Le parallèle entre la France de 2020 et celle des années 1820, il y a donc deux-cents ans, est tout à fait frappante en ce qui concerne l’attitude du gouvernement vis-à-vis de la population. Cette attitude n’a pas changé et se résume en un mot : mépris. Les constantes de la vie des Français n’ont pas évolué en deux siècles à deux exceptions près. D’abord la disparition dans la vie quotidienne de l’omniprésence de l’Eglise, l’Etat, dans sa grande clairvoyance, n’ayant jamais pu remplacer certains enseignements de l’Eglise comme notamment la morale. Ensuite l’autre différence majeure est la désertification des campagnes au profit des villes, petites ou grandes. En 1820, près de 80 % de la population française est rurale, la révolution industrielle ne modifiera le quotidien des Français qu’à partir du second Empire. Avec ces changements l’Etat centralisé a trouvé de nouveaux prétextes et de nouveaux moyens pour toujours emmerder, et de plus en plus, les Français. Cette histoire des bals du village d’Azai (Azay-sur-Cher près du château éponyme) et de leur interdiction est d’une actualité saisissante. L’histoire ne dit pas s’il y avait des chauve-souris et des coronavirus à l’époque mais il est certain qu’il n’y avait pas de multinationale livrant à domicile des tubes de rouge à lèvre, des casseroles ou des tournevis que les supermarchés n’ont plus le droit de vendre …

4 réflexions au sujet de « Pétition à la Chambre des Députés (1822) »

    • On était dans une autre époque et c’est surtout le fait que Savonarole s’attaqua à la toute puissance des Medicis qui conduisit à sa perte. Le « sacrifice » de Savonarole resta gravé dans les mémoires et sera l’un des points de départ de la Réforme. Je pense pour ma part que le cas de Giordano Bruno est beaucoup plus lourd de sens car l’Eglise refusa en bloc la science. Bruno imagina par une expérience de pensée le concept de repère de référence inertiel, concept qui constituera l’un des fondements de la relativité restreinte d’Einstein.

  1. La France est depuis Clovis le paya de l’absolutisme le plus sanguinaire. Rien n’a changé ni ne changera depuis ce premier souverain.
    Le seul despote un peu éclairé que nous eûmes fut Henri IV, déclarant le jour de son sacre : « Peuple de France, aimez moy du bon du cœur car je vous serai bon roy. »…
    On en est très loin aujourd’hui et même la poule au pot dominicale est menacée.
    Bonne chance à tous, car s’approche le nouveau despote, le futur calife. Certaine minorités aux mœurs ultra-modernes vont, qui sait, goûter aux plaisirs délicats de l’empalement, très en vogue au Pakistan ces temps-ci.

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