La croisade contre le maïs Mon810 : tout simplement ridicule

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Je voudrais faire ici un commentaire au sujet de l’article de Nathalie MP paru sur le site Contrepoints relatif aux OGMs (lien en fin de billet). Il y a maintenant plus de 25 ans une collègue du Laboratoire de Transgénèse végétale du centre de recherches de Rhône-Poulenc Agro me sollicita pour purifier des quantités importantes d’une nitrilase, un enzyme dont la surexpression avait été induite dans des plantes, je crois me souvenir qu’il s’agissait d’épinards. Cet enzyme était reconnu pour couper un groupement chimique nitrile d’un herbicide nouvellement découvert dans le Centre et donc s’il était surexprimé dans une plante il allait rendre la plante insensible à l’herbicide. Cette cadre de recherche de haut niveau connaissait parfaitement son domaine de haute coûture sur l’ADN avec les moyens expérimentaux de l’époque mais purifier une protéine lui semblait relever de l’alchimie sinon de la sorcellerie. En effet, il faut avoir acquis une expérience particulièrement diversifiée pour purifier une protéine et à plus forte raison un enzyme qui doit présenter aussi une activité spécifique satisfaisante en fin de processus de purification, ce qui constitue parfois un véritable défi. Pour les curieux je ne citerai qu’un seul exemple : pourquoi m’a-t-il fallu réussir à purifier un enzyme particulier dans la seule condition qu’il fallait incorporer au moins 30 % de glycérol en volume dans toutes les solutions que j’utilisais ? Il n’y avait rien d’intuitif pour en arriver à ce choix.

Mais revenons à nos moutons, compte tenu du taux de surexpression de cet enzyme dans la plante le protocole devait pouvoir permettre l’obtention de plusieurs grammes de protéine homogène et si possible active. Le but final était de supplémenter la nourriture de rats et de souris avec celle-ci pour atteindre l’équivalent d’environ 1 kg d’épinards par jour et par rat (ou par souris mais un peu moins tout de même) en termes de nitrilase. Cette expérimentation faisait partie du protocole complexe pour constituer le dossier de demande d’autorisation de mise sur le marché de la molécule herbicide.

J’ignore si Monsanto, tant décrié par des écologistes politiques qui n’y connaissent strictement rien, a mené à bien de tels protocoles pour son maïs transgénique résistant au glyphosate – le glyphosate étant également la bête noire de ces mêmes écologistes – mais il est hautement probable qu’ils ont suivi ce type d’approche exigé par les régulateurs tant aux USA, qu’au Japon ou en Europe. Pour rappel, le maïs Mon810 est génétiquement modifié pour devenir résistant au glyphosate par surexpression de l’enzyme cible, l’EPSP-synthase. Cet enzyme existe dans toutes les plantes, y compris la laitue, et n’est qu’une vulgaire protéine comme tant d’autres et pour moi qui suis un buveur de lait compulsif elle n’est pas très différente de la lactalbumine. Bref, le débat contre le maïs Mon810 est, à ce niveau je dirai constitutif, un faux débat qui fait ressortir, pour un scientifique au fait du problème, l’incroyable mauvaise foi de ces écologistes qui prétendent, droits dans leurs bottes, être en possession d’un savoir suprême relatif à des sujets extrêmement pointus les autorisant à exiger l’interdiction par les politiciens de ces plantes génétiquement modifiées.

Il y a cependant un petit souci qui n’en est d’ailleurs plus un et que ces mêmes écologistes éludent soigneusement quand ils incriminent faussement des semenciers comme Monsanto ou Pioneer mais il y en a d’autres en France comme Limagrain et en Europe également. Ils font un amalgame intolérable entre la modification génétique et les semences. ces deux thématiques n’ont strictement aucun lien entre elles. L’une des activités les plus lucratives des semenciers, dont Monsanto, est de produire des hybrides dits F1 à haut rendement dans des parcelles dédiées et le Mon810 n’est pas commercialisé en tant que tel mais seulement comme hybride F1. Si l’agriculteur met de côté des semences pour les semer l’année suivante, croyant qu’il aura économisé quelque argent il sera douloureusement déçu car les graines de ces hybrides dans la génération suivante dite F2 conduisent à des rendements amputés parfois de plus de 50 %. Autant dire que l’agriculteur qui croyait faire une économie se retrouve lourdement pénalisé financièrement. Ce que reprochent ces ignorants d’écologistes tient du délire idéologique. Tous les agriculteurs du monde entier ne peuvent plus se passer d’hybrides F1 et ils doivent acheter leurs semences tous les ans !

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Monsanto n’a jamais interdit aux agriculteurs de replanter du Mon810 – déjà commercialisé par ses soins dès le début sous forme d’hybride F1 – car cette société sait très bien que les agriculteurs ont autre chose à faire que de produire des hybrides sur une parcelle dédiée à cet effet qui représente un travail loin d’être négligeable. J’imagine difficilement un agriculteur de l’Arkansas perdre du temps à produire ses propres hybrides d’autant plus qu’il lui faut aussi disposer des « parents » dits homozygotes. Comme tous les semenciers aujourd’hui je ne pense pas que Monsanto réalise de gigantesques profits avec le glyphosate lui-même, par contre son centre d’activité est la production d’hybrides F1 entre un homozygote soigneusement sélectionné et un Mon810 également homozygote (qui est effectivement leur propriété jalousement protégée et c’est bien normal) pour produire un F1 pleinement satisfaisant pour l’agriculteur en termes de rendement et de qualité par hybridation avec une autre souche induisant des rendements satisfaisants.

Allez expliquer cela à un écologiste militant comme par exemple en France ce clown par ailleurs ministre opportuniste caricatural, de Rugy je crois. Cet individu totalement ignare croira que vous lui parlez en tagalog ancien …

Illustrations : fleurs mâle et femelle du maïs. La production d’hybrides F1 consiste à polliniser l’un des parents dont les fleurs mâles ont été soigneusement coupées avec le pollen de l’autre parent provenant de ses fleurs mâles. Le semencier ne récolte ensuite que les graines du rang produisant effectivement des F1, en général un rang sur trois, le pollen se dispersant avec le vent dans le cas du maïs. Pour d’autres productions d’hybrides F1 la situation peut être beaucoup plus compliquée. La plupart des grandes cultures vivrières font appel aujourd’hui à ces hybrides F1 qui ont largement contribué à améliorer les rendements outre le fait que les rendements sont assurés pour l’agriculteur et également outre le fait qu’en ce qui concerne le Mon810 le dit agriculteur ne se préoccupera plus dès les semis des herbes adventices qui contribuent aux chutes de rendement ou encore le maïs dit Bt (j’ai oublié le numéro) pour lequel les traitements insecticides sont devenus inutiles. Quand je pense que la France a interdit ces maïs du paysage agricole français, je suis tout simplement consterné. Lien Contrepoints :

https://www.contrepoints.org/2018/12/19/332847-ogm-et-3-hourras-pour-le-mais-transgenique-de-monsanto

15 réflexions au sujet de « La croisade contre le maïs Mon810 : tout simplement ridicule »

  1. Globalement les anti OGM le sont pour des raisons philosophiques (j’allais dire quasi religieuse ) pour eux la nature c’est bien et la technologie c’est le diable , D’ailleurs c’est ce que leur dernier IPHONE leur a dit !
    Discuter avec eux c’est pire que de parler à un mur qui , lui au moins, vous renvoie un écho !

  2. Le Pr SERALINI (biologiste moléculaire, nul en statistiques et non spécialiste de la toxicologie) de l’Université de Caen voulait démontrer en 2012 que les maïs OGM de Monsanto génèrent des tumeurs chez les rats et présentent un danger alimentaire pour les animaux et les hommes.
    Les résultats d’une étude INRA + INSERM initiée en 2015 (voir plan projet détaillé dans le lien (1)) appelée GMO90+ vient de montrer le contraire au grand dam de SERALINI qui fait en ce moment le tour des rédactions et des plateaux télé pour se défendre et attaquer les semenciers d’OGM plus pour des raisons idéologiques que pour des raisons véritablement scientifiques.
    La cause en est que des « facteurs de confusion » (statistiques et toxicologiques) ont été ignorés, notamment la susceptibilité de l’espèce de rats utilisée (Sprague-Dawley) tellement importante à l’alimentation qu’il faut utiliser des échantillons d’au moins 2 x 50 rats (mâles + femelles) pour que les résultats soient exploitables. Les échantillons de SERALINI avaient une taille de 2 x 10 individus.
    Conclusion : les OGM sont inoffensifs et possèdent des bénéfices importants pour la recherche agronomique et médicale (riz doré etc..). Avant de crier au loup sur l’effet des OGM par voie de presse interposée, il faut bétonner les études statistiques et leur interprétation en allant débusquer les « facteurs de confusion » avec des professionnels de la toxicologie et des statistiques (les facteurs de confusion expliquent le paradoxe statistique de Simpson, pour ceux qui voudraient en savoir).
    Le commun des mortels ignore bien entendu tout cela. Les écologistes politiques se frottent les mains quand des annonces de cette nature sont répandues sans vérification scientifique par les pairs, ce qui est maintenant chose faite (coût du projet de vérification GMO90+ : 4 millions d’euros environ).
    (1) : URL pour le cahier des charges détaillé du projet GMO90+ mené par le Pr Bernard Salles de l’université de Toulouse :
    http://recherche-riskogm.fr/sites/default/files/projets/2015_02_13_gmo90plus_en_ligne.pdf

  3. PS : La connerie des ânes bâtés de l’écologie politique atteint décidément des sommets stratosphériques : je viens de lire qu’ils ont décidé d’attaquer l’état français pour « inaction climatique » –> https://www.francetvinfo.fr/sante/environnement-et-sante/climat-la-petition-contre-l-inaction-de-l-etat-recueille-un-million-de-signatures-en-36-heures_3109433.html
    Derrière cette tartufferie, on retrouve « Greenpeace France », « Oxfam France », la « Fondation pour la Nature et l’Homme » (rien que ça), et « Notre Affaire A Tous » (pour ceux qui ne se sentiraient pas franchement concernés comme moi). Je me demande si ces idiots pathologiques peuvent encore être récupérés par la psychiatrie ou s’il faut envisager des greffes de cerveaux tout neufs.

    • Vous posez la question de la formulation des biocides, et en effet c’est un sujet intéressant. Précisons tout de suite que Séralini est totalement ignare sur le sujet, il a juste une formation de BM dans un laboratoire normand qui est tout sauf un centre d’excellence en la matière (j’ai des amis professeurs, maîtres de conf avec HDR et donc chercheurs à l’université de Caen qui sont atterrés par le niveau scientifique de Séralini, notamment en statistiques et en toxicologie).
      L’article de Séralini et al oublie de mentionner dès le départ que le cadre juridique des formulations en France, puis en Europe est archi hyper strict, et l’emploi de grades techniques de certains adjuvants contenant des toxiques comme les métaux lourds est formellement interdit chez nous depuis belle lurette. Par contre, les dormulations à base glyphosate étant majoritairement fabriqué en Chine et en Inde (allez donc faire un tour sur alibaba.com pour vous en convaincre), ces pays n’ayant pas de cadres juridiques contraignants de ce point de vue, il est alors facile de se procurer sur les marchés internationaux des produits enfreignant les lois européennes.
      Ces lois ont été durcies au niveau de l’UE par la mise en place de la directive Biocides et du réglement REACH (Registration, Evaluation and Authorization of Chemicals) qui est un règlement européen de 1000 pages très explicite que j’ai eu l’occasion de pratiquer et de faire mettre en place à titre de consultant scientifique et réglementaire dans des grands groupes. Ces lois européennes sont des transpositions de textes existant en France depuis des décennies.
      Vous noterez au passage que
      – le glyphosate ne pose aucun danger (c’est un dérivé de la glycine, l’acide aminé le plus simple qui soit, sur lequel on a greffé un radical phosphate, un dérivé de l’acide phosphorique H3PO4, constitutif de nombreuses molécules biologiques, à commencer par le carburant cellulaire, l’ATP, l’adénosine tri-phosphate, ou l’ADN qui contient des sucres phosphatés également); les analyses de Jacques Henry sont suffisamment démonstratives à cet égard pour qu’il y ait besoin d’y revenir
      – les formulations à base de glyphosate doivent obéir aux réglementations françaises et européennes extrêmement contraignantes (directive biocides, REACH). Le glyphosate est assez facile à formuler, il suffit de lui adjoindre des tensio-actifs (obligatoirement biodégradables et ayant des critères de pureté acceptables) et les fournisseurs de tels produits sont légions en UE (BASF, Dow, etc…).
      – Les producteurs, acheteurs et utilisateurs de produits ne respectant pas ces réglementations sont passibles de poursuites pénales sévères sur tout le territoire de l’UE.
      – les manquements à la loi sont du ressort en France de la Répression des Fraudes et Séralini est tenu juridiquement d’alerter les autorités sur la présence de ces produits interdits, étant donné qu’il est rémunéré et financé par l’état français.

      • PS @sophiaparamount : à une époque, j’ai fait une étude et j’en suis arrivé à la conclusion que les textes de loi relatifs aux produits chimiques en France représentent 15,000 pages de textes au format A4 avec une police de caractère Time New Roman. On a suffisamment de lois, certainement beaucoup trop. Sont-elles rigoureusement appliquées ? Certainement pas, à tel point qu’à une autre époque, j’ai fait des formations aux agents de la répression des fraudes qui ont du mal à suivre, les pauvres. En tous cas, merci pour avoir partagé cet article. 🙂

      • Intéressant tout ça, mais au vu de ce qu’il se passe en coulisse avec les lobbies et consorts et surtout les dessous de table, vous croyez vraiment que le roundup en Europe soit si différent que ça du même produit aux USA???
        Tous ces produits ajoutés ne sont pas mentionnés sur l’étiquette.
        Perso je n’ai pas confiance en cette entreprise, elle traîne beaucoup trop de casseroles

      • Vous avancez une argumentation technique fallacieuse avec une publication risible d’un dévoyé de la science officielle qui s’appelle Séralini qui fait honte à tout ses pairs.
        Cette argumentation est démontable en deux coups de cuillère à pot.
        Du coup, vous n’avez plus d’arguments techniques à faire valoir, votre réserve d’arguments techniques et scientifiques étant déjà épuisée, ce qui en dit long sur votre connaissance du sujet.
        Ensuite, vous vous réfugiez logiquement derrière votre « intuition » en disant que vous n’avez pas confiance dans Monsanto qui est le « satan de la chimie »; comme le disent tous les associations d’écologistes qui sont constituées d’ignorants et d’ânes bâtés.
        Cette ignorance est d’autant plus pathétique que :
        1- Monsanto n’est plus depuis longtemps le plus gros fabricant d’herbicides et si vous aviez potassé le sujet, vous sauriez que le glyphosate est dans le domaine public depuis la date de l’expiration de son brevet en 2000…ça fait quand même 18 ans, réveillez-vous camarade !
        2- Si Monsanto était vraiment une boîte pourrie se traînant de grosses casseroles comme vous l’écrivez, pourquoi Bayer l’aurait rachetée pour la bagatelle de 63 milliards d’euros ? Par pure charité chrétienne peut-être ?

        Moralité :
        a – Inutile d’essayez de vous convaincre sur la base d’une argumentation rationnelle, car comme dit le proverbe « on ne saurait faire boire un âne qui n’a pas soif ».
        b – Pourquoi vous intéressez-vous à des sujets scientifiques et techniques ? A votre place, j’entrerais au séminaire pour devenir curé ou bonne soeur. Au moins, personne ne vous contestera vos croyances.

      • pourquoi tant de hargne à mon encontre????
        qu’est-ce qui vous gène dans le fait que je n’aie pas confiance à tous ces marchands de produits phytosanitaires.
        et je ne me prétends pas scientifique, pas du tout
        mais vous préférez attaquer le messager plutôt que le message, c’est navrant
        Mais bon, ce n’est pas mon opinion ni la vôtre qui feront changer les choses, c’est comme ça, et tant qu’on a encore le choix c’est tant mieux, mais un jour……

  4. Je pense comme vous que les plantes génétiquement modifiées sont inoffensives pour la santé, 20 ou 25 ans d’utilisation tendent à le démontrer. Je n’ai pas une culture scientifique suffisante pour bien comprendre la totalité de votre billet mais le maïs Mon810 n’est pas génétiquement modifié pour devenir résistant au glyphosate ; il pourrait s’agir en l’occurrence du NK603. Le MON810 est un maïs BT insecticide résistant à des larves de papillons. Peut-être écrit-on parfois un peu trop rapidement…

    • Merci pour le lien 🙂
      Les doux rêveurs d’écolos bobos bon teint parisiens ont des âmes d’agriculteurs, c’est très romantique…même s’ils ne savent pas combien de lait produit une vache, combien il y a de traites dans la journées ou ce qu’est un vélage…le glyphosate étant dans leurs cerveaux embrumés un produit satanique, ils proposent de le remplacer par le désherbage mécanique des sols ou l’utilisation du sulfate de cuivre…ça désespère mes amis agronomes…bref, retour au 19ème siècle alors que le revenu moyen d’un agriculteur qui bosse 80 heures par semaine ne dépasse pas les 800 euros nets mensuels (je ne parle même pas des éleveurs et du lait acheté en dessous de son prix de revient). Les travailleurs de la terre en France finiront tous en Russie si ça continue. Au moins là bas, ils sont respectés et arrivent à vivre du fruit de leur labeur.

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