Alcool et sexe : tout un programme !

 

Regarder le visage d’une personne du sexe opposé n’est pas anodin. Nous sommes des primates mais durant l’évolution qui nous a différenciés de nos cousins les singes, nous avons perdu une série de mécanismes sensoriels qui pourtant sont toujours présents tant chez d’autres primates que chez beaucoup de mammifères. Dans un billet de ce blog, j’avais relaté la fonction de l’organe voméronasal utile pour détecter l’état de santé d’un(e) partenaire sexuel potentiel ( https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/01/16/on-ne-sent-plus-rien-levolution-nous-a-joue-un-mauvais-tour/ ). La vue joue également un rôle essentiel dans la reconnaissance d’un partenaire, pas seulement au niveau esthétique général mais pour détecter d’ « autres qualités » de ce partenaire. Les lois de la nature nous orientent ainsi subtilement vers le meilleur choix possible pour assurer une meilleure descendance possible biologiquement et génétiquement parlant. Mais nous sommes loin de nous douter que porter notre regard sur le visage d’un (ou d’une) partenaire sexuel éventuel constitue un comportement entièrement instinctif qui échappe à notre contrôle.

Les psychologues spécialistes de l’évolution ont suggéré que l’attractivité physique servait de signal facilitant l’identification d’un partenaire en bonne santé présentant des qualités génotypiques et phénotypiques favorables à la reproduction. Par exemple un visage bien symétrique serait un signe de bonne santé, de résistance aux assauts de germes pathogènes ou de parasites ou encore au stress, je n’invente rien : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/17972486?access_num=17972486&link_type=MED&dopt=Abstract . Toutes sortes d’études ont été réalisées pour lier l’attractivité que représente le visage à des signaux autres que la seule attirance sexuelle. Cependant dans toutes ces études, outre les caractéristiques géométriques du visage, la texture et la couleur de la peau revêtent une importance capitale mais encore fallait-il explorer quels signaux sont envoyés dans notre subconscient par la « qualité » de la peau du visage.

Capture d’écran 2015-03-11 à 11.15.00

La peau représente une mine d’or inépuisable pour les cosméticiens et ils ont parfaitement raison d’exploiter cette mine sans s’encombrer de garde-fous éthiques. Une vasodilatation périphérique visible sur le visage de par sa couleur signifie chez l’homme qu’il produit beaucoup de testostérone et ce signal coloré de la peau signifie que cet homme est un géniteur potentiel satisfaisant. Chez la femme, le même signal indique un taux normal voire élevé de synthèse d’hormones sexuelles. Mais la couleur de la peau signifie aussi une bonne ventilation pulmonaire et donc un tonus physique susceptible de correspondre à une énergie sexuelle favorable lors de la quête d’un partenaire.

L’équipe du Docteur Ian Stephen de l’Université St Andrews en Ecosse a clairement montré que la couleur du visage était corrélée dans notre subconscient à l’état de santé général et donc aux performances sexuelles.

En jouant avec Photoshop, tout simplement, la perception de la couleur de la peau révélait une attirance ou au contraire un rejet allant bien plus loin que la simple attractivité physique en établissant une sélection physiologique du (de la) partenaire éventuel(le) : ( DOI: 10.1371/journal.pone.0005083 ) sans qu’on en soit réellement conscient !

Venons-en à la consommation (avec modération) d’alcool et à l’incidence sur la perception de l’attractivité du visage. Il est bien connu que l’alcool est un vasodilatateur périphérique et cet effet se fait directement sentir sur le visage : le nez rougeoyant ou les pommettes roses, tout un chacun n’a pas besoin de description plus détaillée mais ce que l’on ignore est la différence de perception du visage à la suite de cette peinture haute en couleurs, une sorte de Photoshop dans la réalité. À cet effet visuel de l’alcool se superposent des changements d’humeur, le plus souvent dans le bon sens, et une tendance marquée au développement de désirs sexuels y compris dans des situations risquées et avec parfois des personnes inconnues.

Le Docteur Jana Van Den Abbeele et son équipe de l’Université de Bristol (UK) ont donc imaginé un protocole pour suivre l’effet de la consommation d’alcool sur les relations entre personnes de sexes opposés. Les participants ont été recrutés à l’Université de Bristol étant entendu qu’ils consommaient régulièrement mais avec modération, hommes ou femmes, un peu d’alcool, jusqu’à 0,8 g/kg soit environ 50 ml d’alcool, une quantité correspondant à un verre de whisky tassé ou trois verres de vin titrant 14 degrés. Après avoir bu une demi-dose d’alcool on demandait aux participants de regarder une centaine de photos de visages des participants volontaires, hommes et femmes, prises dans des conditions standard. Trois photos de chacun ou chacune furent prises, à jeun d’alcool, après avoir bu la première dose ou enfin après avoir bu l’équivalent de 0,8 g/kg d’alcool pour les hommes et 0,6 g/kg pour les femmes. Leur âge s’échelonnait entre 18 et 30 ans et ils étaient en bonne santé sans être consommateurs de drogues. Les participants ignoraient l’objet final de l’étude consistant à leur montrer des portraits et à leur demander de les classer sur une échelle de 1 à 4 selon ce qu’ils ressentaient. L’étude consistait donc à montrer aux femmes les visages d’hommes et vice-versa. Les 40 participants hétérosexuels, 20 femmes et 20 hommes, ont systématiquement montré une nette préférence pour les visages correspondants à ceux qui avaient bu un demi verre d’alcool (0,4 g/kg) et une préférence pour les photos des participants sobres plutôt que pour ceux qui avaient bu un plein verre d’alcool (0,8 g/kg). Les photos furent toutes analysées selon un indice colorimétrique standard.

Ce qui est apparu à l’issue de cette étude fut qu’une consommation exagérée d’alcool, environ une demi bouteille de vin pour une personne de 70 kg, modifiait la coloration du visage de telle manière qu’un simple regard suggérait une attitude sexuelle risquée mais de manière complexe car la consommation d’alcool libère aussi les individus en les rendant plus ouverts à l’établissement d’une relation y compris risquée. Le consommateur d’alcool paraît plus attractif mais il est aussi plus attiré par les autres, un comportement à double sens qui favorise les échanges et le rapprochement entre personnes de sexe opposé à la recherche d’une relation plus approfondie. Cette observation peut également expliquer que la consommation d’alcool est recherchée également dans le but de niveler les obstacles éducationnels dans des contextes sociaux favorables. L’alcool mime donc sur le visage ce qui est considéré comme un signe de bonne santé, de robustesse et d’aptitude à la transmission de gènes donc à un éventuel rapprochement d’ordre sexuel y compris ouvrant une porte vers l’inconnu ou en d’autres termes vers une aventure sexuelle. Mais l’abus d’alcool modifie imperceptiblement la couleur du visage rendant alors ce rapprochement incertain sinon risqué. Il serait intéressant de tester la validité de ces résultats dans un contexte réel, dans la vie de tous les jours, mais l’analyse des comportements et des choix serait infiniment plus difficile à analyser qu’une simple évaluation de photos auxquelles on attribue un score.

L’alcool modifie donc l’impression de soi-même qu’on offre à autrui tout en libérant l’individu des contraintes éducationnelles le rendant plus ouvert à la formalisation d’une relation à caractère sexuel sous-jacent. On peut donc résumer cette étude plutôt inattendue en une phrase : L’alcool peut rendre amoureux mais seulement jusqu’à un certain point …

Source : Alcohol and Alcoholism ( http://dx.doi.org/10.1093/alcalc/agv010 ) en accès libre

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