Vitamine D et polyarthrite rhumatoïde, un effet bénéfique remis en cause.

 

Selon une étude parue en 2016 dans la revue Clinical and Experimental Rheumatology (PMID 27049238) les personnes souffrant de polyarthrite rhumatoïde présentent souvent une déficience en vitamine D et donc cette déficience serait un facteur de risque d’apparition de cette maladie handicapante. Le corps médical préconise d’ailleurs une supplémentation en cette vitamine pour prévenir l’apparition ou l’aggravation de la polyarthrite rhumatoïde qui concerne environ 2 personnes sur 1000 et plus souvent les femmes que les hommes. Pourtant les spécialistes de cette maladie ignorent par quel mécanisme la vitamine D présente des propriétés anti-inflammatoires. La « vitamine du soleil », un autre nom donné à la vitamine D, est l’objet de toutes les attentions d’une équipe de biologistes de l’Université de Birmingham dans le but de déterminer son éventuelle interférence avec la polyarthrite (voir le doi en fin de billet). Dans l’état des connaissances actuelles, cette vitamine réduit la production par les lymphocytes T d’interféron gamma et d’interleukine 17, deux signaux bien établis des processus inflammatoires.

En toute logique, ces même lymphocytes T présents dans le liquide sinovial des articulations attaquées par l’arthrite rhumatoïde devraient donc être également sensibles à la vitamine D. Cette hypothèse de travail a été choisie par l’équipe dirigée par le Docteur Karim Raza qui a, chez les même sujets comparé les lymphocytes T circulant dans le sang et ceux du liquide sinovial. À leur grande surprise, alors que les cellules du sang répondaient normalement à la vitamine D, ceux du foyer inflammatoire articulaire ne répondaient que très peu ou plus du tout à la vitamine D alors même qu’ils possédaient le récepteur spécifique et fonctionnel de cette vitamine. Il s’est donc passé quelque chose avec ces cellules issues de la lignée sanguine blanche car leur phénotype a changé malgré la présence de vitamine D dans le liquide sinovial.

Les cellules T impliquées dans les processus inflammatoires acquièrent une sorte de mémoire afin de produire de l’interféron et des interleukines, leur phénotype a donc changé mais dans le même temps leur sensibilité à la vitamine D s’est amoindrie. Si cette situation est avantageuse dans le cas de certaines attaques bactériennes pour que l’oganisme puisse « organiser » sa défense ce n’est pas vraiment le cas en ce qui concerne la polyarthrite rhumatoïde qui, de ce fait, devient alors chronique.

Il reste donc à trouver un stratagème thérapeutique pour que les lymphocytes T perdent leur « mémoire » de production d’interleukines pour pouvoir rétablir l’effet bénéfique de la vitamine D. Mais c’est un tout autre aspect de ces travaux qui devra être envisagé et qui n’est pas exempt de risques. Les sujets souffrant de cette pathologie invalidante devront continuer à s’administrer des anti-inflammatoires et des analgésiques avec ou sans supplémentation en vitamine D puisque l’effet de cette dernière a été mis en doute par ces travaux. Illustration : résumé graphique des résultats des travaux. 1,25(OH)2D3 = vitamine D, CD45 = lymphocyte T, VDR = récepteur de la vitamine D, Th17 = lymphocyte T trié et isolé produit l’interleukine17, Bld = sang, SF = liquide sinovial.

Source et illustration : doi 10.1016/j.aut.2017.10.001

Charles Darwin et la mélanine …

La vitamine D, la vitamine du soleil, est synthétisée dans la peau après irradiation d’un dérivé du cholestérol par les rayons ultra-violets. Il faut noter au passage qu’une prescription intempestive de statines peut réduire le taux de vitamine D dans l’organisme et conduire à de sérieux troubles pour la santé, mais là n’est pas le sujet de ce billet. Qui dit peau et soleil (UVB) dit aussi pigmentation, couleur de la peau, et donc tout ce qui y est sous-jacent comme la notion complètement infondée de races. Par exemple Charles Darwin, lors de son périple sur le H.M.S. Beagle de 1831 à 1836, nota qu’il existait une relation entre la latitude et la pigmentation de la peau mais rejetait toute classification de sous-types d’êtres humains en fonction de la couleur de leur peau. Darwin était viscéralement opposé à l’esclavage qui pour lui relevait d’une interprétation erronée justement de la couleur de la peau.

Mais au fait, pourquoi la peau est plus sombre au fur et à mesure que l’on se rapproche de l’Equateur, ou l’inverse. Il est préférable de raisonner en s’éloignant de l’Equateur pour mieux comprendre quelle modification est apparue au cours de l’évolution de l’homme après avoir quitté l’Afrique de l’Est. Sans pouvoir l’affirmer, l’homme qui quitta la vallée de l’Omo pour se répandre sur l’ensemble de la planète devait avoir la peau pigmentée et au fur et à mesure qu’il s’éloigna de l’Equateur ou de la région intertropicale, sa peau devint de plus en plus claire. Les généticiens ont estimé que la divergence entre peau pigmentée et peau claire est postérieure d’environ 50000 ans après le « Out of Africa ». Pourquoi une telle rapidité dans l’évolution génétique, tout simplement parce que la vitamine D est essentielle pour la survie, en particulier lors de la vie foetale car cette vitamine est absolument essentielle pour l’apport en calcium requis pour la formation du squelette et par voie de conséquence la bonne formation de l’enfant.

Pheomelanine

Il y avait donc une raison impérative pour que la peau devienne de moins en moins pigmentée à mesure que l’homme s’éloignait de l’Equateur pour simplement compenser le déficit en rayonnement ultra-violet nécessaire à la synthèse de cette vitamine. Dans les régions intertropicales, qu’on se trouve en Afrique ou en Océanie, les habitants ont la peau sombre pour réguler en quelque sorte l’influx de rayons ultraviolets, en particulier les UVA qui peuvent interférer avec une bonne synthèse de la vitamine D par l’apparition de peroxydes. Au contraire sous d’autres latitudes, la peau doit être la plus claire possible afin de capter le maximum de rayons UV. L’organisme a donc trouvé un moyen génétique pour s’adapter, comme l’aurait dit Darwin, à son environnement et pour gérer au mieux ce problème crucial pour sa survie qu’est la synthèse de la vitamine D.

La pigmentation de la peau est due à la synthèse de mélanine, un pigment noir, et a longtemps été attribuée uniquement à une protection de la peau contre les ultraviolets, ce n’est donc pas une explication totalement exacte. Pour moins synthétiser de mélanine, dont la production dépend d’une hormone synthétisée par l’hypophyse, l’organisme, au cours de ces 50000 années cruciales suivant l’ « Out of Africa », a trouvé une solution élégante, modifier le récepteur de cette hormone appelée MSH, acronyme de Melanocyte Stimulating Hormone ou encore mélanocortine, les mélanocytes étant des cellules de l’épiderme dont la fonction est la synthèse de cette molécule plutôt compliquée (voir l’illustration tirée de Wikipedia). Pour faire bref, la mutation porte le nom barbare de V60L sur le gène du récepteur de la mélanocortine, le MC1R.

Si la mélanine protège contre les dommages causés par les rayons ultraviolets, son absence ou sa moindre présence est bénéfique pour la synthèse de vitamine D mais également dangereuse pour le développement de mélanomes malins, une forme de cancer de la peau particulière dangereuse. Au cours de l’évolution, la génétique de l’homme a donc choisi entre un gros risque, la déficience en vitamine D, et un moindre risque, le mélanome. Un étude réalisée à l’Université de Castellon au Pays Basque Espagnol sur 3142 gènes du MC1R a mis en évidence une « sélection de purification » de ce gène dans la péninsule ibérique bien que l’adaptation soit positive en favorisant une meilleure synthèse de vitamine D. Le résultat est un compromis entre risques et bénéfices dans ces zones du globe terrestre ne bénéficiant pas d’un ensoleillement optimal où le phénotype résultant de cette adaptation est une dépigmentation partielle (peau claire) mais toujours capable de s’assombrir après exposition au soleil afin d’assurer une protection contre les rayons ultra-violets.

Belle adaptation qui aurait comblé de satisfaction Charles Darwin …

Source : AlphaGalileo

Le curcuma et les infections bactériennes (curcumine, cathelicidines, vitamine D)

L’apparition de bactéries résistantes à tous les antibiotiques fait resurgir les grandes peurs des siècles passés qui ont vu des populations entières décimées par la peste, le typhus ou le choléra. L’organisme des mammifères dispose pourtant de tout un arsenal pour combattre les agressions microbiennes et il est évident que les êtres humains ont survécu pendant des millénaires à ces agressions car chacune d’entre elles éduquait le système immunitaire pour réagir immédiatement à une nouvelle infection par la même bactérie. C’est ainsi que le lait maternel transmet partiellement à l’enfant l’immunité acquise de sa mère par l’intermédiaire des anticorps présents dans le lait et peu ou pas détruits par la digestion. Les anticorps sont produits par des cellules sanguines dites compétentes qui ont été en contact avec une bactérie portant des antigènes, protéines ou des polymères de sucres étrangers à l’organisme hôte. Je simplifie mais sans m’éloigner de la réalité. Au cours de la vie, l’exposition à toutes sortes de bactéries résulte donc en un arsenal sophistiqué d’anticorps qui devrait nous permettre de combattre efficacement les attaques bactériennes. Malheureusement les bactéries qui se reproduisent à très grande vitesse ont l’inconvénient de se modifier légèrement et de rendre inefficace la machinerie immunitaire. C’est ce qui a poussé la recherche sur les antibiotiques au cours de la seconde guerre mondiale avec l’apparition des sulfamides puis des dérivés de la pénicilline car il fallait éviter que les armées ne succombent de maladie comme ce fut le cas du temps des croisades.
Outre les anticorps, les lymphocytes (en particulier les macrophages) disposent aussi d’une arme discrète et peu connue les cathelicidines, des petites protéines de taille variable qui dès la naissance permettent au nouveau-né, encore peu armé, de se défendre seul contre les agressions bactériennes. Ces petites protéines sembleraient stopper l’activité d’enzymes protéolytiques des bactéries, freinant les dégats causés aux tissus par ces dernières. On sait que la production de ces cathelicidines est très dépendante de la vitamine D, autrement appellée calciférol car cette vitamine a aussi pour rôle de maintenir une balance correcte du calcium dans l’organisme.
Comme la recherche sur de nouveaux antibiotiques patine lamentablement puisqu’il n’y a pas beaucoup de profits à l’horizon (j’en ai déjà dit un mot dans un précédent billet) alors on épluche les vieilles recettes des médecines traditionnelles puisqu’il est acquis que certaines sont efficaces.
On vient ainsi de découvrir qu’une substance présente dans les rhizomes de curcuma (turmeric en anglais) ou Curcuma longa qui donne la couleur jaune vif caractéristique des racines de cette plante apparentée au gingembre augmente d’un facteur trois la production de cathelicidines par les macrophages et les polynucléaires du sang. Le curcuma est depuis des millénaires utilisé en médecine Ayurvédique comme, justement, antibactérien.

Des chercheurs de l’Université de l’Orégon à Corvallis ont pu déterminer sans ambiguité le mode d’action de la curcumine comme agent antibactérien non pas directement mais en accélérant la synthèse de cathelicidines.
Je vais vite aller acheter un pot de poudre de curcuma dans mon magasin nature favori au cas où …

Lien : http://oregonstate.edu/ua/ncs/archives/2012/may/curry-new-biological-role-identified-compound-used-ancient-medicine

Ceci ne veut pas dire qu’on peut se passer de vitamine D !!!