L’open data médical et les essais cliniques : même opacité !

Il est intéressant de rapprocher un article de Contrepoints paru hier 21 juillet ( http://www.contrepoints.org/2013/07/22/131617-open-data-de-sante-en-france-toujours-pas-une-realite ) et celui paru le même jour dans le Guardian ( http://www.guardian.co.uk/business/2013/jul/21/big-pharma-secret-drugs-trials ) car dans les deux cas, l’accès public aux données de santé (open data, en particulier en France) et aux résultats d’essais cliniques de phase III (dans le monde – et également en France) lors du développement d’un nouveau médicament est impossible pour des raisons de confidentialité dans le premier cas et de secret industriel dans le second cas. On peut tout de même s’étonner de l’opacité régnant dans ce domaine et cela quelles que soient les tentatives répétées des politiques pour atteindre plus de transparence. Par exemple, le fait que près de 20000 personnes meurent chaque année en France à la suite de prescriptions médicales inadaptées, injustifiées ou incompatibles avec d’autres médicaments pris simultanément par les malades ne peut pas être étudié en détail et en temps réel car le médecin se retranche derrière le secret médical et le laboratoire pharmaceutique ne publie jamais l’ensemble des résultats des essais cliniques. On peut donc suspecter qu’il y a un lien entre ces deux situations au détriment de la santé des malades. Si l’open data médical était généralisé (ce à quoi s’est engagé le récent G8 en Ulster), c’est-à-dire l’accès aux données médicales relatives aux traitements médicamenteux, en préservant une forme d’anonymat permettant de remonter éventuellement aux malades individuellement en cas d’incidents avérés, il serait alors beaucoup plus aisé d’établir des relations entre les causes de ces incidents observés lors des prescriptions, le suivi médical et l’évolution des maladies pour les rapprocher des résultats des essais cliniques réalisés intra muros par les compagnies pharmaceutiques. Ces compagnies ne publient jamais l’ensemble de leurs résultats et surtout se gardent bien de prendre en considération l’ensemble de ces derniers, mettant en avant ceux qui sont statistiquement satisfaisants et en passant sous silence ceux qui révèlent l’absence totale d’effets ou encore de dangereux effets secondaires. Les laboratoires pharmaceutiques se défendent en arguant que si leurs résultats étaient rendus publics et donc analysables par des scientifiques indépendants, « ils risqueraient d’être mal interprétés et nuire à la santé ». On croit rêver en lisant ça (Guardian) mais c’est pourtant la réalité. Les chimistes se retranchent derrière le secret professionnel et l’anonymat des patients impliqués dans les essais cliniques. On voit donc que les deux problèmes, open data et essais cliniques, se rejoignent. On peut dès lors se poser la question de savoir si les chimistes ne font pas obstruction pour l’établissement de l’open data sachant que l’accès aux données médicales pourrait faire ressortir de graves dysfonctionnement dans cette corporation à qui on ne peut pas vraiment décerner le premier prix d’honnêteté scientifique, de nombreux scandales sanitaires étant là pour le rappeler sinon pour le prouver ! Les chimistes se retranchent aussi derrière le respect nécessaire de l’anonymat des personnes participant aux essais cliniques et qui sont rémunérées pour ce faire (pas vraiment au Zimbabwe ou en Ethiopie mais c’est un autre problème) et c’est un autre faux argument d’une telle évidente mauvaise foi qu’on peut aussi en rire (jaune). L’open data constituerait en quelque sorte un genre d’essai clinique à grande échelle qui dans beaucoup de cas risquerait d’infirmer les allégations des laboratoires pharmaceutiques et c’est en définitive ce dernier point qu’ils redoutent. Les scandales du Vioxx et du Mediator auraient pu être évités, mais les scandales à venir des statines et de certains anti-diabétiques pourraient également être prévenus si l’open data était de mise. Il y a trop de centaines voire de milliers de milliards de dollars en jeu et quelques milliers de morts de plus ou de moins rapportés aux profits réalisés est un épiphénomène, tout restera encore (et pour une période indéfinie à n’en pas douter) opaque …

Encore un autre scandale sanitaire en vue avec les anti-inflammatoires non stéroïdiens ?

Après le Mediator et les problèmes de valvulopathies associées voici le Voltarène (Diclofénac) un anti-inflammatoire non stéroïdien utilisé en comprimés, en suppositoires, en pommades et même sous forme injectable. Ce produit est bien connu pour inhiber un enzyme impliqué dans la sensation de douleur, nommément la cyclo-oxygénase II (COX-II). Pour les curieux, la COX-II intervient dans la synthèse par le rein des prostaglandines dont le thromboxane, un autre intermédiaire de la synthèse des prostaglandines également produit par le rein et jouant un rôle important dans la vasoconstriction et la tension artérielle. Peut-être que l’on se souvient du scandale du Vioxx (Merck) responsable de plus de 30000 morts seulement aux USA, maintenant interdit dans le monde entier mais qui a probablement précipité dans la mort des centaines de milliers de personnes de par le monde car on a fini par reconnaître que le Vioxx favorisait l’apparition d’infarctus du myocarde. Le Diclofénac comme le Vioxx, est aussi un inhibiteur du même enzyme. C’est donc à se demander pourquoi ce produit n’a pas aussi été retiré de la vente. Les fabricants, comme pour les paquets de cigarettes, mettent les malades et les médecins en garde contre les risques encourus par l’administration prolongée de Voltarène pour se dégager de toute responsabilité. L’un des principaux fabricants de Voltarène est la société suisse Novartis qui se lave les mains des effets secondaires mortels du Voltarène puisqu’il est bien précisé dans la notice d’utilisation que ce produit est dangereux pour les personnes présentant des risques cardiovasculaires avérés. Mais qu’en est-il des autres, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas (encore) de problèmes cardiaques et qui s’administrent jusqu’à 100 mg par jour pour atténuer une lombalgie que ni le kiné, ni l’ostéopathe n’ont pu atténuer et encore moins l’acuponcteur puisque l’acuponcture a été récemment reconnue comme n’étant pas plus efficace qu’un placebo.

 

Je lis dans un succédané du Vidal en ligne (AINS = antiinflammatoire non stéroïdien) :

« Attention

Tout traitement prolongé ou surdosage d’AINS expose à des effets indésirablesgraves.

Certaines situations doivent conduire à ne poursuivre le traitement qu’après un avis médical :

  • brûlures d’estomac importantes ou selles noires et nauséabondes pouvant traduire une irritation ou un saignement du tube digestif ;

  • éruption cutanée, crise d’asthme ;

  • fatigue inhabituelle et intense, ou baisse brutale et importante du volume des urines chez une personne souffrant d’insuffisance cardiaque, déshydratée ou traitée par diurétique.

Des précautions sont nécessaires chez la personne âgée ou en cas d’antécédent d’ulcère de l’estomac ou du duodénum ou de risque hémorragique, notamment digestif (maladie de Crohnrectocolite hémorragique).

Certains médecins considèrent que les anti-inflammatoires peuvent diminuer l’efficacité des stérilets et exposer à un risque de grossesse non désirée. Ce risque est actuellement très controversé.

Attention : conducteurConducteur : ce médicament peut provoquer parfois des étourdissements et des troubles de la vue. »

(Source : Eurekasanté)

Painkiller increases chance of heart attack, health officials advise
Il n’est fait aucune mention sur les effets secondaires au niveau cardiaque pourtant maintenant officiellement reconnus par la MHRA (Medicines and Healthcare products Regulatory Agency), l’agence britannique du médicament, chez les malades dits « à risque » sauf pour ceux également sous diurétiques, probablement les hypertendus et pour cause, les inhibiteurs de la COX-II réduisent la sécrétion d’urine et augmentent la teneur en urée dans le sang, tout pour plaire … Rien qu’en Grande-Bretagne, il y a eu de la part des médecins 17 millions de prescriptions pour des anti-inflammatoires non stéroïdiens en 2010. La question qu’on peut réellement se poser est de savoir si ces anti-inflammatoires inhibant la COX-II n’induiront pas chez un sujet sain des troubles cardio-vasculaires. Pourquoi le fameux principe de précaution (auquel je n’adhère pas pour d’autres raisons) ne s’appliquerait pas, on peut réellement se poser la question. Peut-être est-on à l’aube d’un nouveau scandale sanitaire mondial comme pour les statines et bien d’autres poisons dont on se gave pour un pet coincé en enrichissant au passage les laboratoires pharmaceutiques.

Source et crédit photo : Guardian

Vers une moralisation de l’industrie pharmaceutique ? On peut encore en douter.

Une étude émanant de l’Institut de Recherche en Biomédecine de Barcelone a recensé parmi plus de 1600 effets secondaires de divers médicaments 1162 d’entre eux identifiés sur la base des structures chimiques de ces médicaments, et parmi ceux-ci 446 ont pu être clairement expliqués biologiquement, 68 chimiquement et pour les 648 autres biologie et chimie devaient être combinées pour expliquer ces effets souvent indésirables voire invalidants. Cette étude minutieuse a été conduite car les effets secondaires des médicaments sont l’une des premières causes d’hospitalisation dans les pays occidentaux.

Un exemple parmi d’autres est le syndrome buccoglossal, un désordre invalidant provoqué par des mouvements désordonnés. La cause très probable de cet effet secondaire est la présence d’un noyau pipérazine dans le structure du médicament interagissant avec le récepteur de la 5-hydroxytryptamine (sérotonine) un neuromédiateur important impliqué notamment dans la régulation de la température du corps ou encore du sommeil. Treize autres médicaments provoquent une xanthopsie, syndrome de la vision en jaune, ce dont souffrait peut-être Van Gogh, d’autres encore provoquent des insuffisances rénales graves ou un assèchement de la langue. Bref, on se demande pourquoi les laboratoires pharmaceutiques, pourtant informés des risques d’effets secondaires de leurs produits, n’alertent pas plus fermement le corps médical. Devant ces résultats publiés dans le numéro du 18 avril 2013 de Chemistry and Biology et dont j’ai glissé une illustration tirée de cet article dans le présent billet, on se demande quelle peut être la validité des essais préliminaires obligatoirement réalisés pour toute nouvelle molécule afin d’obtenir son autorisation de mise sur le marché. Ou bien les laboratoires pharmaceutiques biaisent volontairement les résultats de leurs études, ou bien ils cachent sciemment la vérité sur les effets secondaires parfois délétères de ces médicaments afin de réaliser le maximum de profits. On se souvient de l’affaire du Vioxx (Merck) un médicament supposé traiter l’ostéoarthrose mais qui s’est avéré provoquer des infarctus du myocarde chez des sujets n’ayant aucune prédisposition pour cette pathologie. Les laboratoires Merck ont mis ce produit sur le marché en 1999 et il ne fut interdit qu’en 2004 après des dizaines de milliers de morts alors que Merck savait depuis 2001 qu’il provoquait des infarctus. Belle illustration de la malhonnêteté des laboratoires pharmaceutiques. Inutile d’insister sur le Mediator et bien d’autres médicaments dont les effets curatifs sont moindres que les effets secondaires souvent mortels ! Patrick Aloy, l’un des auteurs de l’étude écrit : « Nous proposons à la communauté scientifique la liste des protéines (le plus souvent des récepteurs ou des enzymes interagissant avec ces médicaments) et les structures chimiques associées avec les effets secondaires. Nous les définissons comme des « alertes ». Elles peuvent être utilisées par les chimistes pour essayer d’éviter certaines interactions et/ou structures (chimiques spécifiques) afin de développer des drogues plus sûres ». (Les annotations entre parenthèses sont de mon cru).

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Mais il s’agit d’un vœu pieux. Comme à leur habitude les laboratoires continueront leur course effrénée au profit en procédant à de soit-disant essais cliniques en toute opacité, souvent sur des cobayes humains rémunérés ou non dans des pays dits pauvres, et en masquant soigneusement au monde médical les effets secondaires de leurs nouvelles molécules géniales. Il faut ici relater le cas des statines, ces produits supposés diminuer le taux de cholestérol sanguin, j’indique à mes lecteurs le lien ci-dessous pour se faire une idée de la quasi obscénité de la commercialisation des statines qui ne présentent qu’un effet thérapeutique statistique en regard des effets secondaires invalidants et reconnus. L’usage des statines est très probablement le prochain grand scandale sanitaire à l’échelle mondiale !

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=Pt64YzmHlqg

Contact : http://www.irbbarcelona.org

Note : mon blog n’a aucune vocation lucrative, je n’ai jamais sollicité mes lecteurs pour une aide financière et je ne le ferai jamais contrairement à certains autres sites de la blogosphère, et l’utilisation de cette illustration tirée d’une préview de Chemistry & Biology sans la permission des auteurs ne peut que leur être favorable.