Le vin français vu de la Suisse Romande : tout un programme !

Article paru dans le quotidien en ligne Le Temps daté du 5 décembre 2017

Des pratiques étatiques hors d’âge altèrent le vin français

La rigidité des systèmes d’autorisation des plantations et de certification péjore la productivité du vin français et explique la baisse d’un quart de sa part au marché mondial de l’exportation. L’Institut de recherches économiques et fiscales propose des pistes de réforme.

Note : « péjore », le verbe péjorer n’est plus utilisé en France il faut dire « pénalise », « altérer » est aussi un verbe dont le sens en français de la Suisse romande est plutôt nuire, il faut donc lire « nuisent »)

Le marché du vin est de plus en plus international: 42% des vins ont traversé les frontières en 2016, contre 30% il y a 15 ans. La valeur des échanges a plus que doublé en 15 ans.

Sous l’effet des grands crus, la France reste leader en termes de valeur. Mais en volume, la part des exportations françaises est tombée de 29% à 20% du total des exportations mondiales en 15 ans, selon une analyse de l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREF, Caluire et Cuire, Rhône, France). À l’inverse, les exportations viticoles espagnoles sont passées de 15% à 24%. Le Chili a doublé sa part de marché et la Nouvelle-Zélande l’a triplée.

L’Italie et l’Espagne deux fois moins chères

En dehors des grands crus et de quelques exceptions comme le Prosecco (voir note en fin de billet), les vins européens perdent du terrain, parce que les producteurs peinent à s’adapter et à devenir flexibles, selon l’IREF. Mais le recul est entièrement dû à la France. Les vins espagnols et italiens sont moitié moins chers dans les segments d’entrée de gamme.

L’empreinte de l’Etat français sur la viticulture ressemble à une tache de vin rouge sur un tapis au teint clair. Elle est très difficile à effacer malgré d’infinis travaux. Le fardeau réglementaire débute en 1931 avec l’établissement des systèmes d’autorisation de plantation, puis en 1935 la certification des vins d’origine à travers les AOC. En 1953, nouveau tour de vis avec un Code du vin qui introduit des subventions à l’arrachage, la distillation des «surplus» et des amendes pour des rendements trop élevés.

Un cocktail destructeur en termes de productivité. Pire, lors de la création de la Politique agricole commune, c’est la réglementation française qui donnera le ton. Les Italiens se voulaient plus libéraux. Depuis 1962, plus de 2000 règlements, directives ou décisions sur la filière sont décrétés dans l’UE.

«Un véritable monopole intellectuel»

Le processus de certification part de bonnes intentions. Il est censé accroître la transparence pour les consommateurs. Mais il protège davantage les producteurs existants que les consommateurs. A son apparition, en 1908, la loi définit les frontières des régions (Bourgogne, Cognac, etc.). Ces dénominations deviendront les appellations d’origine (AOC) en 1935. La qualité devient ainsi fonction du lieu d’origine. Pour obtenir un AOC – il en existe 368 en France –, les producteurs doivent passer par un Organisme de défense et de gestion (ODG) et obtiennent le privilège d’être les seuls à étiqueter leur vin du nom de l’appellation.

Mais le cahier des charges constitue «un véritable monopole intellectuel qui peut se retourner contre tous ceux qui n’acceptent pas les règles», selon l’étude. En cas de refus, le producteur ne peut que produire du «vin de France», soit en qualité d’entrée de gamme. Les règlements définissent par exemple des rendements maximaux, des interdictions de cultiver certains cépages ou d’utiliser certaines pratiques de vinification. C’est un moyen de lutte contre l’innovation. Les décisions des ODG étant prises à la majorité, les initiatives minoritaires sont pénalisées.

«La cartellisation des AOC permet un contrôle des prix», critique l’IREF. Ce système explique aussi la faible productivité des vins européens. Le rendement moyen est de 55 hectolitres par hectare (hl/ha) en France contre plus de 90 hl/ha en Nouvelle-Zélande, en Chine et au Chili et plus de 110 hl/ha aux Etats-Unis.

Besoin de libéralisation

La réglementation sur l’irrigation est également problématique. En France, elle est interdite sur tout le territoire entre la floraison et la véraison. L’Italie et l’Espagne sont nettement plus souples. Logiquement, 4% du vignoble français est irrigué, contre 21% en Espagne, 26% en Italie. Aux Etats-Unis, au Chili ou en Nouvelle-Zélande, la puissance publique se contente de favoriser les exportations en multipliant les traités commerciaux et en subventionnant la promotion.

Le système européen «profite aux acteurs qui connaissent le mieux les démarches administratives ou qui ont des compétences juridiques réservées aux grandes entreprises», observe l’IREF. Le groupe Les Grands Chais de France, leader de l’exportation, a reçu 1,3 million d’euros de subvention de la PAC. Au total, le contribuable français verse une enveloppe de 1,4 milliard entre 2014 et 2018.

L’IREF propose de supprimer toutes les formes de contrôle des prix par le contrôle de l’offre, la libéralisation des autorisations de plantation et la suppression des subventions. Les monopoles intellectuels associés aux AOC peuvent être abolis au profit d’une certification privée. Les certifications doivent être mises en concurrence.

Note. Le Prosecco est un vin blanc sec pétillant orginaire de la région de Trieste en Italie. Il est considéré comme un excellent substitut des champagnes français mais à un prix abordable pour toutes les bourses. Les créments du Jura et de Bourgogne ainsi que les « mousseux » de Catalogne sont ses proches cousins.

Vendanges 2017 catastrophiques en Europe

 

En raison du « réchauffement climatique d’origine humaine » (c’est de l’humour …) de nombreux vignobles européens et en particulier français ont souffert de gelées tardives en ce millésime 2017 qui accuse une diminution de la production européenne de 8,2 % pour atteindre seulement 246 millions d’hectolitres de vin ou encore 3 milliards de bouteilles de vin. C’est l’Office International du Vin basé à Paris qui l’affirme et le chiffre d’affaire global du vin européen atteindra seulement 75 milliards d’euros ! L’Italie, pays qui a le plus souffert de gels tardifs passe donc en cette année 2017 leader mondial de la production de vin malgré une diminution de la récolte de 23 %. En Espagne la production a chuté de 15 % et en France de 19 %. Mais le réchauffement climatique d’origine humaine n’est pas aussi global qu’on pourrait le penser puisqu’il n’a pas affecté l’Argentine, le Chili ou encore l’Afrique du Sud, pays qui ont tous bénéficié de récoltes en progression. L’Australie est maintenant cinquième producteur mondial de vin, belle embellie pour ces vins goûteux et de qualité, alors que la production de vin argentin a progressé de 25 %. Les vignerons européens ont aussi souffert de la sécheresse au moment de la croissance des grappes de raisin – toujours à cause du réchauffement climatique – peut-être vont-ils réclamer un peu de subsides auprès des gouvernements au nom de ce réchauffement climatique, allez savoir …

Source : Bloomberg

Billet d’humeur vineuse

 

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On nage dans le surréalisme au Sénat, cette institution inutile, coûteuse et surannée. Puisque ces brontosaures plus ou moins fossilisés de la politique n’ont pas grand chose à faire, il leur faut faire preuve de beaucoup d’imagination pour justifier leurs mirobolantes rentes de situation. Leur dernière idée en date, ce samedi 12 avril, après s’être gavés aux frais de la princesse avec force bons vins pour diluer les délices gustatifs servis par les cuisines de l’honorable institution qui comptent parmi les meilleures de France, la trogne rougie par des vins de haut terroir, les sénateurs ont décrété que les vignobles, les vignes, les pressoirs, les cépages et les crus, les châteaux et autres appellations d’origine faisaient partie du patrimoine hexagonal. C’est décidé, c’est entériné, et si par hasard les vignerons ont besoin d’un petit coup de pouce financier, comme leurs tracteurs, leurs épandeurs de pesticides, leurs sécateurs et les casseroles de leur cuisine font aussi partie du patrimoine national, les contribuables buveurs de vin ou non se feront un plaisir de contribuer financièrement et généreusement à cette industrie aussi considérable que l’industrie fromagère qui toutes deux font honneur à la France dans le monde entier. Pourquoi pas immédiatement classer tous les vignobles de France dans la catégorie hautement honorifique des monuments historiques ? Ils devaient avoir franchement picolé pour accoucher d’une décision aussi ridicule.

En être arrivé à un tel point de délitement intellectuel est proprement affligeant et cette énième pitrerie ne va certainement pas faire honneur à l’image de la France mais rendre au contraire les étrangers hilares. Comme le répète H16 à longueur de billets dans son blog, ce pays est complètement foutu et ses politiciens donnent l’impression d’être en coma éthylique permanent. Abus de pinard, peut-être …

Source : AFP

On est tombé dans le panneau !

Pour caresser dans le sens du poil les écolos, le gouvernement français a obtenu de l’Union européenne de taxer les panneaux solaires « Made in PRC ». Et comme on pouvait s’y attendre les Chinois n’ont pas aimé. Ils vont donc taxer de manière punitive les vins, en particulier les champagnes dont ils sont friands, et pour mettre tous les exportateurs de vins dans l’embarras, les dossiers de mise en conformité devant les décisions du gouvernement chinois doivent être déposés avant le 21 juillet 2013, autant dire que c’est mission impossible. Passé ce délai, plus question d’exporter la moindre goutte de pinard en Chine. Les heureux bénéficiaires de l’autorisation d’exportation seront néanmoins tellement taxés qu’ils risquent fort de travailler à perte. Par conséquent, ce sont des centaines de millions de bouteilles qu’il faudra vendre ailleurs et comme la crise, l’augmentation des impôts en tous genres et l’incertitude sur l’avenir ne sont pas vraiment des facteurs favorables à une reprise de la consommation de vin en France, à moins d’avoir envie de se prendre une bonne biture pour tout oublier, alors à n’en pas douter ce sera une crise profonde dans le secteur de la viticulture puisque les pinardiers français s’étaient habitué à une progression constante de leurs exportations vers la Chine depuis plus de 10 ans. Les Allemands risquent de se retrouver dans la même situation avec leurs grosses berlines très prisées également dans la République populaire puisqu’ils ont applaudi l’initiative (timidement, alors qu’ils auraient dû véhémentement s’y opposer) pour tenter de sauver leur propre filière de panneaux solaires sous perfusion de l’Etat et déjà moribonde. Mais il y a aussi les avions d’Airbus et les centrales nucléaires, le gouvernement français a complètement oublié cet aspect, c’est dire à quel point il fait n’importe quoi. Au final c’est la Chine qui sortira gagnante et l’Europe qui prendra une bonne claque. Conclusion, à trop vouloir flatter les Verts, ils finiront par obtenir ce qu’ils veulent secrètement, une bonne récession, l’appauvrissement général et l’éclairage à la chandelle au coin du feu. Merci les Verts ! 

Le bon vin du Pays d’Oc …

Il y a près de 2500 ans on cultivait déjà la vigne pour faire du vin dans le sud de la France. La vigne fut « importée » dans ce qui était alors le sud de la Gaule, le Pays d’Oc, par les marchands venus de l’Etrurie, une ancienne région de la botte italienne comprenant la Toscane, le Latium et l’Ombrie. Mais la vigne était en réalité endémique du Moyen-Orient et cultivée déjà depuis des milliers d’années pour faire du vin, on ne sait pas précisément dans quel endroit, Turquie ou Iran, mais elle fut apportée en Etrurie par les Phéniciens qui transportaient le vin dans des amphores à fond de cale. On a retrouvé des graines de vigne dans des épaves datant de l’époque où les Phéniciens et les Grecs dominaient le commerce maritime de la Méditerranée. Les Etrusques commerçaient activement avec ces marchands et le vin constituait en quelque sorte une monnaie d’échange. Il est probable que le même genre de commerce eut lieu dans le sud de la France car on a retrouvé près de Lattes, dans les environs de Montpellier, un complexe commercial avec une sorte d’entrepôt à amphores datant de 525 années avant notre ère. Une analyse chimique fine des résidus préservés dans les amphores prouva qu’elles contenaient bien du vin comme l’attesta la présence d’acides tartrique, succinique, malique et citrique. Ces vins on dirait aujourd’hui un peu trafiqués contenaient aussi du romarin, du thym et du basilic et également de la résine de pin d’où le nom de ce vin grec appelé résiné. Mais la résine était ajoutée au vin pour le préserver de fermentations secondaires plutôt que pour le goût rappelant l’essence de térébenthine.

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A l’endroit où fut découvert l’entrepôt à amphores un pressoir en grès d’environ 70 centimètres de diamètre a été également mis à jour, mais on ignore s’il était utilisé pour presser des grappes de raisin ou des olives puisque l’huile d’olive était déjà connue à cette époque, probablement pour les deux. Ce fut bien des années plus tard que la Gaule devenue la France devint un pays producteur de vin sous l’impulsion des moines cisterciens qui répandirent la culture de la vigne et sélectionnèrent le Chardonnay et le Pinot noir comme étant les meilleurs cépages pour faire du bon vin, en particulier en Bourgogne, tout ça un peu après l’an 1000 quand le climat chaud, ensoleillé et juste assez humide permettait d’agrémenter un cuisseau de sanglier ou de chevreuil d’un vin légèrement capiteux, pas trop lourd et de belle couleur. C’est donc grâce aux Etrusque puis aux moines cisterciens que la France peut encore s’enorgueillir d’avoir promu cette boisson appréciée dans le monde entier …

Sources : livescience.com, crédit photo Unité de Recherches Archéologiques de Lattes (la règle est longue de 50 cm)