Quand les vautours se nourrissent de la bête avant qu’elle ne meure …

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Selon le Wall Street Journal de dimanche dernier (28 mai 2017) Goldman-Sachs (G-S) a acheté pour 2,8 milliards de dollars d’obligations – en valeur faciale – de la Banque Centrale du Vénézuela, non pas des obligations d’Etat mais de la PDVSA (Petroleos de Venezuela SA) émises en 2014 et arrivant à échéance en 2022. Comme PDVSA est la seule société du pays qui permet encore à l’Etat vénézuélien de disposer de devises il est facile de comprendre l’intérêt de G-S dans cet arrangement qui a été mis au point par des banquiers européens. La situation financière du pays n’est pas reluisante puisqu’il reste un peu moins de 11 milliards de devises dans les caisses. L’inflation est galopante, le FMI estime qu’elle atteindra 720 % cette année. Les troubles sociaux alimentés par la faim et le dénuement total de la population ont déjà fait plus de 60 morts …

Goldman-Sachs n’a déboursé que 865 millions de dollars pour boucler cette transaction potentiellement ultra-rentable à terme et c’est facile à comprendre en raison des risque de défaut du Vénézuela. Maduro s’est engagé à honorer la dette du pays quel qu’en soit le coût mais seulement en 2017 il devra trouver 4,6 milliards de dollars. Golman-Sachs se repaît du sang de la bête pour accélérer sa mort, pariant très gros sur un changement de régime à la faveur du mécontentement populaire qui va grandissant …

Source : Wall Street Journal

Billet d’humeur politique : La France vue d’Espagne

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Vus d’Espagne les évènements français de mai 2016 alimentent une certaine stupeur de la part de l’homme de la rue. L’Espagne a traversé depuis fin 2008 une très grave crise économique avec un chômage massif qui plombe toujours la reprise économique et une dette galopante pour faire face aux engagements « sociaux » mis en place par les gouvernements socialistes depuis près de 40 ans. Quelques mesures ont été récemment prises pour tenter de réduire le chômage, en particulier une profonde réforme de la législation relative au travail, aux indemnités de chômage et de maladie et enfin une très légère diminution des charges sociales des entreprises. Il faudra peut-être encore plusieurs années pour que le chômage régresse significativement et que le tissu industriel se restructure pour observer une embellie économique. Les syndicats ne font plus recette auprès de l’opinion publique qui considère à juste titre que leur idéologie n’est plus adaptée au monde moderne.

C’est exactement l’inverse en France. Le principal syndicat fauteur de trouble d’obédience marxiste pure et dure s’en tient toujours à la stricte doctrine léniniste de lutte des classes et de prise du pouvoir par « les travailleurs ». Les outils pour parvenir à prendre le pouvoir et bien décrits par Lénine dès 1905 sont un contrôle des transports, des communications et de l’énergie afin de paralyser le pays, ouvrant la porte toute grande à un état insurrectionnel initialement fomenté par des groupes violents et éventuellement armés. Les rares salariés affiliés à la CGT sont des nantis car ils sont tous payés par l’Etat. Il est donc urgent et vital pour ce syndicat de défendre ces fonctionnaires pour pouvoir survivre. Voilà le résultat encore une fois des ordonnances de 1946 qui ont institué les nationalisations, une toute puissance des syndicats, un état dans l’État qui bloque statutairement toute réforme et toute restructuration du tissu social. Une réforme profonde du code du travail remettrait en cause le rôle, le financement et le pouvoir des syndicats et c’est la seule raison expliquant le désordre social actuel en France.

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Si le gouvernement cède à la pression des syndicats la France s’enfoncera irrémédiablement dans la récession, la misère et la « tiers-mondisation » comme le Vénézuela avec la doctrine marxiste-léniniste de Chavez. C’est exactement ce que redoutent les Espagnols : voir le parti Podemos devenir un acteur de la vie politique madrilène incontournable lors des élections de juin prochain. Podemos, un ramassis de trotskistes ultra-gauchistes, s’inspire des idées de Chavez, en d’autres termes du système soviétique qui comme chacun sait a fait ses preuves dans le temps et n’a survécu qu’à la faveur du massacre organisé de millions d’opposants. Si l’Espagne bascule dans le « chavisme » le 23 juin prochain, alors les Espagnols montreront qu’ils ne peuvent être gouvernés que par un régime autoritaire comme du temps de Franco … Et la France avec un Mélenchon comme président, lui qui ne jure que par Chavez et Maduro ?

Illustrations : Lenine à Moscou en 1920, Philippe Martinez secrétaire général de la CGT, il y a une ressemblance n’est-il pas ?

Du nouveau dans la résistance aux bactéries pathogènes : le cas des Indiens Yanomami

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C’est une très intéressante découverte, qui plus est inattendue, qui a été réalisée par une large collaboration entre diverses universités et institutions de recherche américaines et l’Université Centrale du Venezuela à Caracas. Les Indiens Yanomami vivent dans les régions montagneuses de la forêt amazonienne du Vénézuela et n’ont que très peu de contacts avec le monde que nous qualifions de civilisé. Ce sont des chasseurs-cueilleurs comme nos très lointains ancêtres l’étaient encore il y a plus de 6000 ans, avant l’apparition des premières tentative d’agriculture qui bouleversèrent les modes de vie. Les Yanomami sont en effet des nomades car leur mode de vie les y obligent dans la mesure où il ne leur est pas permis d’épuiser le gibier ou de sur-exploiter les plantes et racines comestibles dans un endroit donné. Les écologistes diraient qu’ils pratiquent une économie cent pour cent renouvelable, mais ce n’est pas le sujet de ce billet. L’occidentalisation du monde dans lequel nous vivons a progressivement modifié notre relation, disons intime, avec les bactéries qui vivent sur nous et à l’intérieur de notre corps. Non seulement l’alimentation a déséquilibré ce qu’on a coutume d’appeler maintenant notre microbiome et l’utilisation relativement récente d’antibiotiques a contribué à ce déséquilibre. Or une interaction équilibrée entre notre organisme, du moins la peau, les orifices naturels et leurs muqueuses et les intestins, est importante pour préserver l’ensemble de notre physiologie y compris nos réponses immunitaires, notre homéostase métabolique et même notre comportement. On pratique ainsi depuis peu des transplantations de « microbiote » pour rééquilibrer l’état physiologique de certaines personnes. Ce qui a été découvert chez ces Indiens est tout à fait surprenant et mérite qu’on s’y attarde tant les développements envisageables sont porteurs d’une multitude d’espoirs pour la médecine.

Les Indiens Yanomami habitent dans des contrées qui ne sont toujours pas cartographiées précisément et n’ont aucun contact durable avec l’extérieur et ils ont un style de vie qui ne les a jamais exposés aux antibiotiques. Ils ont donc développé leurs propres défenses. On sait que des bactéries résistantes aux antibiotiques modernes existaient déjà en des temps reculés par analyse du génome de certaines bactéries retrouvées dans des dents de nos lointains ancêtres. Il s’agit de gènes codant pour des enzymes préexistants qui ont évolué au cours du temps pour produire de véritables machines à détruire les nouvelles molécules inventées dans les laboratoires. L’analyse de prélèvements effectués dans la bouche, les mains et les selles d’une vingtaine d’habitants d’un village encore inconnu de la haute vallée de l’Orénoque et tout à fait stupéfiant. Les analyses ont été effectuées comme c’est devenu une routine par séquençage de l’ARN ribosomal 16S et comparées avec ce qui existe dans les banques de données de séquences. Il se trouve que les bactéries prélevées présentent la diversité la plus élevée qu’on n’ait jamais encore rencontré pour la peau et les selles dans le monde depuis la généralisation de cette technique rapide et très fine de taxonomie. Pour ce qui concerne les bactéries intestinales des Yanomami il a été observé une grande richesse en Prevotella mais une pauvreté d’espèces du genre Bacteroides comme les Indiens Guahibo et des peuplades de chasseurs-cueilleurs du Malawi. En ce qui concerne les bactéries retrouvées dans la sphère buccale peu de différences avec un Américains lambda ont été notées et pour la peau les bactéries dominantes se sont trouvées être des staphylocoques, des corynébactéries, des neisseria et des propionibactéries, toutes connues pour leur pouvoir pathogène. Encore plus intéressant, parmi les souches d’E.coli identifiées toutes étaient sensibles à 23 antibiotiques testés au cours de cette étude mais 24 autres étaient résistantes à 8 antibiotiques, une résistance essentiellement conséquente à une sur-expression d’un gène particulier. Ces populations n’ont jamais été en contact avec un quelconque antibiotique tel que ceux utilisés dans le « monde civilisé » et pourtant les bactéries étudiés quant à leur génome possédaient les informations génétiques – et donc l’équipement enzymatique correspondant – pour prendre en charge efficacement les antibiotiques de dernière génération, nommément les céphalosporines et un monobactam.

Comment donc se développe cette résistance aux antibiotiques puisque ces Indiens Yanomami n’ont jamais été en contact avec des molécules dont l’inefficacité pose de réels problèmes ? Et comment ces mêmes personnes sont insensibles à des bactéries qui ravageraient des populations entières dans le monde évolué dans lequel nous vivons ? La réponse se trouve très probablement, selon les résultats de cette étude, dans l’extrême diversité, pour ne pas dire exotique (ce serait d’ailleurs un terme parfaitement approprié), de leur flore bactérienne commensale. Il semblerait dans une première approche que l’explication puisse se trouver dans la diversité du régime alimentaire car, à l’évidence, les chasseurs-cueilleurs ne mangent pas tous les jours les mêmes aliments. Un autre résultat intéressant de cette étude concerne la similarité étrange entre les flores bactériennes buccales de ces Amérindiens et les Américains – sans jeu de mots – qui a priori ne trouve pas d’explication. Pourtant, si les Yanomami ne se brossent pas les dents énergiquement plusieurs fois par jour mais se limitent à quelques gargarismes avec l’eau d’une rivière voisine, ils ont l’habitude de chiquer du tabac dès le plus jeune age ! Peut-être est-ce un indice de la faible diversité de leur flore bactérienne buccale.

L’intérêt de cette étude provient aussi du fait que les Yanomami sont restés isolés du monde pendant plus de 11000 ans, c’est-à-dire depuis l’arrivée de leurs ancêtres en Amazonie. Des divergences génétiques des bactéries seront nécessairement observées car en supposant un temps de doublement d’environ une heure pour les bactéries il y eut depuis cet isolement 100 millions de générations bactériennes sans beaucoup de migrations au sein de cette petite communauté contrairement à ce qui se passe dans le monde occidental. Il s’agit en quelque sorte d’une archive unique qui permettra d’expliquer les causes de l’apparition des gènes de résistance aux antibiotiques puisqu’ils se retrouvent déjà inscrits pour partie dans le génome de ces bactéries. Et ces résistances aux nouvelles molécules « modernes » peuvent résulter d’une adaptation génétique ou provenir d’un transfert horizontal à partir d’autres microorganismes du sol ou des végétaux ou encore par mutation des régions de l’ADN dites régulatrices induisant une sur-expression de ces gènes de résistance.

http://advances.sciencemag.org/content/1/3/e1500183

http://advances.sciencemag.org/content/advances/suppl/2015/04/14/1.3.e1500183.DC1/1500183_SM.pdf

Billet d’humeur politique

 

À qui profite la chute spectaculaire du brut ? Voilà une question qui agite les neurones de bien des journalistes mais personne ne trouve de réponse satisfaisante. Le Brent à 59 dollars n’arrange pas les affaires des frackers nord-américains et encore moins les chercheurs d’or noir en eaux profondes. La récession économique généralisée peut être une explication mais l’économie européenne tirera en partie son épingle du jeu puisque l’euro n’a pas autant chuté par rapport au dollar que le baril de pétrole. L’Arabie Saoudite se moque de cette situation puisqu’elle brûle plus de la moitié du pétrole qu’elle pompe pour ses besoins domestiques … Restent donc les trois bêtes noires des USA : l’Iran, la Russie et le Vénézuela qui sont les première victimes de cette chute du prix du pétrole. On pourrait aussi mentionner l’ « Etat Islamique » qui tire une grande partie de ses revenus du marché occulte du pétrole depuis les gisements tant irakiens que syriens qu’il a mis sous sa coupe.

La réponse à la question n’ayant pas de réponse claire, on peut alors se demander si cette situation n’est pas tout simplement orchestrée par les Américains avec l’appui des Saoudiens pour satisfaire leur dessein d’hégémonie mondiale …

Vénézuela … Espagne

Je discutais récemment avec une Vénézuélienne récemment (le Vénézuela est la huitième île des Canaries) ici à Tenerife et elle me disait que Chavez avait acheté les voix des plus démunis en distribuant des cadeaux et du cash à son peuple bien-aimé mais que cela n’avait duré qu’un temps. Aujourd’hui, elle envoie un partie de son salaire de misère chèrement gagné à sa famille pour qu’elle puisse survivre. Je lui ai demandé comment elle transférait l’argent. Etonnée par ma question, elle m’a répondu qu’elle allait dans un locutorio (alias internet café) et qu’elle faisait le transfert avec Western Union. Quelle ne fut pas sa surprise quand je lui appris que WU prélevait 8 % de commission sur le transfert et qu’il fallait qu’elle travaille un jour de plus tous les 12 jours pour engraisser WU ! Je lui ai alors demandé si elle avait un compte en banque parce qu’un transfert par swift ou IBAN n’est pas taxé plus de 4 %. La réponse fut négative. Un peu surpris à mon tour, je découvris qu’elle travaillait exclusivement au noir pour ne pas payer d’impôts et de taxes. Je compris qu’il était inutile d’aller plus avant dans la conversation mais je compris aussi que l’Espagne survit sans heurts et troubles sociaux avec plus de 25 % de chômage parce que les chômeurs travaillent tous au noir. Mais ces chômeurs qui ne votent pas ne manifesteront jamais dans la rue, ce sont les nouveaux esclaves du XXIe siècle qui n’ont qu’une chose à faire : fermer leur gueule…