Les petits pays insulaires envisagent de poursuivre en justice les émetteurs de carbone !

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Si on exclut les riches expatriés et les fonctionnaires anglais, australiens et français le Vanuatu, ancien condominium franco-anglais des Nouvelles-Hébrides, est classé parmi les pays les plus pauvres du monde. À Port-Vila, la capitale, il y a un parlement, le palais du Président de la République et des ministères disséminés dans la ville. Autour de celle-ci, encore une fois en excluant les quartiers résidentiels de luxe peuplés d’expatriés, il y a dissimulés dans la forêt des quartiers peuplés de « Ni-vans » venus de toutes les îles de l’archipel, attirés par les opportunités d’emploi dans les restaurants, les hôtels ou simplement comme domestiques chez un riche expatrié installé dans ce pays car c’est un des paradis fiscaux les plus opaques du monde. Quand il y a un cyclone ces accumulations de cases construites avec toutes sortes de matériaux récupérés ici ou là sont alors exposées au regard et on se demande comment toutes ces familles peuvent vivre ainsi. Surtout à Port-Vila et après un cyclone ce contraste entre les riches et les pauvres est presque insupportable.

L’archipel se trouve exactement dans la trajectoire des cyclones souvent dévastateurs sans oublier les tremblements de terre, les tsunamis et les volcans dont certains sont particulièrement dangereux. Bref, compte tenu de cette pauvreté de la population indigène, le gouvernement du Vanuatu, pays vivant de revenus inavouables et de confortables subventions de la Grande-Bretagne, de la France, les anciens pays colonisateurs, et aussi de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de la Chine et des USA, a toujours besoin d’argent et il vient d’émettre l’hypothèse d’un dépôt de plainte à l’encontre des grandes compagnies pétrolières et des plus importants pays émetteurs de carbone car l’archipel est menacé par le réchauffement climatique d’origine humaine. Rien que ça !

Le Ministre des Affaires étrangères du Vanuatu, un certain Ralph Regenvanu, a déclaré qu’il allait mettre sa menace à exécution. Le souci est que son voisin, l’Australie, l’un des pays les plus émetteurs de carbone par habitant et très important exportateurs de charbon, a immédiatement déclaré qu’il refuserait de payer un quelconque dollar (australien) s’il comptait parmi les pays poursuivis. Greenpeace qui est partie prenante dans ce genre de combat contre les producteurs de pétrole, de gaz et de charbon a immédiatement assuré de son soutien le gouvernement du Vanuatu, selon Jennifer Morgan, Directrice exécutive de Greenpeace International. Attendons d’assister au déroulement de cette future « class-action » car le Vanuatu cherche déjà d’autres petits pays qui « risquent » leur survie en raison du réchauffement du climat qui, pourtant, ne cesse de jouer au chat et à la souris depuis près de 20 ans …

Source et illustration : The Guardian. Selon toute vraisemblance il s’agit de la plage de Mélé avec en arrière plan les faubourgs ouest de Port-Vila lors du cyclone dévastateur Pam (2015, catégorie 5) mais que mes lecteurs se rassurent car lors d’un cyclone de catégorie 5 personne ne sort à découvert et la photo a été probablement prise alors que la dépression était déjà partie vers le sud. J’écris ceci car j’ai vécu trois cyclones dans ce pays dont deux de catégorie 5 …

Note. Le Vanuatu compte 275000 habitants autochtones d’origine mélanésienne répartis dans 82 îles et îlots volcaniques, dont 65 d’entre eux sont inhabités, disséminés sur un axe nord-sud de 1285 km entre les Îles Fiji et la Nouvelle-Calédonie. Il y a 22 volcans pour la plupart actifs dont 4 sous-marins dans l’archipel du Vanuatu. Pour l’anecdote il existe dans ce pays environ 150 dialectes différents hors le bislama, langue vernaculaire, l’anglais et le français, les trois langues officielles. Une partie de la population indigène vit encore isolée dans la forêt bien qu’alphabétisée. Les cultes catholiques et anglicans, réminiscences de l’occupation franco-anglaise, sont menacés par le prosélytisme évangéliste très actif. Enfin, mises à part les villes de Port-Vila et Luganville dans l’île de Santo, peu d’autres agglomérations disposent de l’électricité. L’action du gouvernement du Vanuatu est de profiter d’une opportunité « climatique » pour donner un peu d’oxygène aux finances du pays.

L’impact des éruptions volcaniques sur le comportement des hommes.

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La légende orale dans le nord de l’île d’Efate au Vanuatu décrit un cataclysme volcanique qui eut lieu 25 générations avant aujourd’hui. « La montagne s’ouvrit comme les cuisses d’une femme, du feu jaillit de ses entrailles puis elle se reposa comme après avoir enfanté« . Les peuples qui se vivaient dans une île au nord d’Efate sur les flancs d’un volcan prirent la fuite dans leurs pirogues avant l’éruption emportant avec eux leurs cochons et quelques biens dont en particulier des hameçons pour pouvoir pêcher afin de se nourrir et des sagaies pour éventuellement se défendre.  » Ils savaient que leur île allait « enfanter » car elle était depuis plusieurs lunes agitée de soubresauts presque quotidiens« . Ils se réfugièrent donc sur l’île d’Efate, mirent leurs pirogues à l’abri sur des hauteurs et partirent dans les montagnes massacrant au passage quelques tribus locales pour s’approprier leurs jardins, leurs femmes et leurs cochons. Quand la montagne explosa il y eut probablement un gigantesque tsunami comme il y en a encore dans cet archipel presque chaque année. Cette légende fut transcrite bien plus tard lorsque les premiers missionnaires arrivèrent dans l’archipel. J’en ai cité quelques brefs passages de mémoire.

Cette éruption fut par la suite documentée en étudiant les carottes glaciaires du Pôle Sud et du Groenland. Elle eut lieu en 1453 et il ne reste aujourd’hui de l’île qui disparut presque totalement que quelques îlots dispersés appelés les Shepherds dont certains furent utilisés par la marine américaine en 1942 comme cibles pour régler le tir des canons des navires qui allaient appareiller pour les îles Salomon. Un volcan sous-marin actif émettant des gaz et des pierres ponces est la seule preuve d’une forte activité volcanique dans cette partie de l’archipel. D’ailleurs les marins Nivans (le nom des habitants du Vanuatu) évitent de naviguer dans cette zone car l’eau bouillonnante constitue un danger mortel où les bateaux peuvent couler à pic en une fraction de seconde.

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Quelques 500 ans plus tôt, presque aux antipodes, eut lieu l’éruption de l’Eldgja en Islande et cet évènement fut décrit dans les sagas poétiques des occupants de l’île car ils maîtrisaient l’écriture contrairement aux Nivans. Cet évènement volcanique fut tout aussi puissant que celui des Shepherds durant lequel environ 100 millions de tonnes d’oxydes de soufre furent émis dans l’atmosphère. Cette éruption débuta dans une fissure d’environ 75 km de long du système volcanique sous-glaciaire du volcan Katla. Elle émit près de 20 km3 de lave dont certaines coulées arrivèrent jusqu’à la mer. Les analyses des carottes glaciaires du Groenland ont permis de dater cette éruption au courant de l’automne de l’année 939 et elle dura plus de 6 mois. Cette datation corrobore les chroniques irlandaises (et non pas islandaises) faisant état cette année-là d’un Soleil « rouge-sang » dans le ciel.

Dans ces mêmes carottes glaciaires les spécialistes ont retrouvé la signature de l’éruption volcanique du Changbaishan situé à la frontière entre la Chine et la Corée du Nord qui eut lieu précisément à la fin de l’année 946 selon les registres officiels chinois. Il existe également toutes sortes de traces historiques écrites en Europe décrivant la rudesse des hivers qui suivirent cette éruption de l’Eldgja depuis la Chine jusqu’à la Sicile :

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La première illustration est la fissure près de la mer au sud de l’Islande près de la bourgade d’Ofaerufoss d’où le nom de la cascade en premier plan.

La calibration des carottes glaciaires a donc pu être précisément établie en se calant sur l’éruption chinoise de la fin 946. L’illustration ci-dessous ( https://doi.org/10.1007/s10584-018-2171-9 en accès libre) mérite quelques explications. À chaque hiver correspondent des pics de calcium et de chlore d’origine marine retrouvés dans la glace en raison des tempêtes sévissant aux latitudes comprises entre 60 et 75 degrés-nord. Le soufre d’origine non marine (nssS) évolue normalement erratiquement et le pic élevé de chlore succédant de quelques mois celui du soufre (volcanique) a été attribué à l’évaporation de quantités considérables d’eau de mer lorsque la coulée de lave est entrée par deux fois au moins en contact avec l’océan.

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Pourquoi ai-je mentionné le Vanuatu et sa légende au début de ce billet ? C’est tout simplement parce que la tradition écrite islandaise relate cet évènement de l’Eldgja dans le poème V Luspa. Ce poème décrit comment le dieu païen Odin enlève une prophétesse des morts. Elle annonce la fin du panthéon païen et l’arrivée d’un dieu nouveau dans une série de présages, l’un d’eux étant l’existence d’un monstrueux loup qui avale le Soleil. Il y a là une allusion à l’obscurcissement du Soleil par les fumées volcaniques. Plus précisément : « Le loup est rempli du sang de la vie des hommes condamnés, rougit les habitations avec des puissances horribles. Les rayons du Soleil deviennent noirs les étés suivants, le temps est tout triste. Vous savez encore quoi ? le Soleil commence à noircir, la terre s’enfonce dans la mer. La vapeur jaillit avec ce avec quoi se nourrit la vie, la flamme vole haut contre même le ciel« . Ce poème catalysa la conversion de l’Islande au christianisme qui eut lieu au tournant de l’an 1000. Faut-il que des évènements naturels violents aient suffisamment marqué les hommes pour qu’ils se réfugient dans une religion salvatrice alors que les dieux du panthéon scandinaves étaient tous plus ou moins maléfiques … les Nivans attendront plusieurs siècles l’arrivée des missionnaires pour se convertir au christianisme.

Source et illustrations : doi cité dans le texte, carte d’une partie de l’archipel du Vanuatu : Wikipedia.

Les kava-bars reviennent à la mode … à New-York

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Lorsque j’habitais à Port-Vila (Vanuatu) j’avais été sollicité par une petite société pour mettre en place un laboratoire d’analyses chimiques pour certifier la qualité du kava (Piper methysticum) qui était exporté vers l’Europe et les USA. Outre le tourisme c’était la seule activité locale rapportant des devises à ce petit pays, les anciennes Nouvelles-Hébrides, rare condominium franco-britannique issu de l’ « Entente Cordiale » mise en place entre le Royaume-Uni et la France au début du XXe siècle. Le kava, un arbuste de la famille du poivrier, présente une richesse d’alcaloïdes particuliers dans ses racines, tous très amers et dont l’un est de couleur jaune intense. Etant le seul biologiste présent dans ce pays j’avais acquis une certaine notoriété auprès des exportateurs de kava et j’avais été reçu par le Ministre de l’Industrie locale pour me féliciter de mon activité bénéfique pour le pays.

J’avais au cours de cet entretien situé dans les anciens locaux de l’hôpital français de Port-Vila mis en garde le Ministre au sujet de la dégradation de la qualité du kava – ce nom signifie « amer » dans la langue des Îles Marquises – exporté vers l’Europe. Bien que les racines séchées au sol provenaient d’arbustes sains des exportateurs peu scrupuleux bâclaient ce séchage pour augmenter leurs profits puisque la matière était facturée au poids. Il en résultait au cours du transport, bien qu’aérien, l’apparition de moisissures et il arriva ce qui devait arriver : plusieurs personnes consommatrices régulières de kava moururent à la suite de graves problèmes hépatiques provoqués par la présence d’aflatoxines ou d’autres mycotoxines produites par ces moisissures. Le kava fut donc interdit en Europe et les « kava-bars » parisiens ou allemands, pâles reproductions des nakamals du Vanuatu disparurent au grand dam des amateurs qui prisaient les vertus relaxantes de ce breuvage (photo, source AFP).

Les alcaloïdes du kava furent incriminés à tort car la consommation quotidienne d’une décoction des racines de cette plante répandue des Marquises jusqu’en Nouvelle-Calédonie, un gros consommateur de kava du Vanuatu, n’a jamais été décrite comme toxique pour le foie. La presse à grand tirage s’accapara de cette affaire et l’interdiction du kava fut entérinée alors qu’aucune base scientifique ne pouvait appuyer une telle décision. Jamais le rôle des aflatoxines ne fut évoqué dans cette histoire déplorable. Comme j’étais moi-même exportateur de kava avec mon associé local je finis par plier bagages à la suite de cette interdiction.

J’avais pourtant mis au point une technique de préparation d’extraits secs de kava qui servaient à fabriquer des petits gâteaux genre sablés en remplaçant une partie de la farine avec cet extrait. Chaque petit gâteau contenait l’équivalent en kavalactones d’une bolée du jus amer préparé par simple macération des racines broyées dans de l’eau et l’effet amplifié par la présence de beurre, un excellent « solvant » des kavalactones, avait pour un temps seulement assuré ma subsistance à Port-Vila car ma production avait remporté un vif succès auprès des touristes australiens ou néo-calédoniens mais aussi des consommateurs locaux de kava. C’était pour l’anecdote.

Depuis lors le Vanuatu, le plus gros exportateur de kava, en particulier vers la Nouvelle-Calédonie et l’Australie, a mis en place dès l’année 2002 un contrôle strict de la qualité des lots exportés. Aux USA, la FDA a mis en garde les consommateurs de kava à propos de l’éventuel effet hépatotoxique du kava. Cette plante est tolérée et la mode des « kava-bars » a récemment refait surface à New-York. Il est important pour les curieux d’ajouter que les kavalactones présentent le même effet pharmacologique global que le valium mais ne provoque pas d’accoutumance comme cette benzodiazépine. Ceci explique sa popularité soudaine à New-York et il serait intéressant qu’en France, le plus gros consommateur d’anxiolytiques d’Europe les kava-bars réapparaissent et proposent des bolées ou des petits sablés contenant ces principes actifs du kava. Note : les aflatoxines sont des substances produites par certains champignons du genre penicillium qui outre le fait qu’elles sont cancérigènes provoquent une nécrose du tissu hépatique par ingestions répétées à des doses infinitésimales de l’ordre de quelques dizaines de parties par milliard.

Source très partielle et illustration : AFP

Confirmation : c’est le changement climatique !!!

Confirmation du billet précédent :

Vanuatu: le changement climatique a contribué à la puissance de Pam

Le président du Vanuatu, Baldwin Lonsdale, a estimé lundi que le changement climatique avait « contribué » à la puissance dévastatrice du cyclone Pam. L’ouragan a rasé des villages entiers de l’archipel et fait « six morts et plus de 30 blessés » à Port Vila.

L’ampleur de la catastrophe restait très difficile à évaluer, plus de 48 heures après le passage de Pam, cyclone de catégorie 5, la plus élevée, avec des rafales de vent ayant dépassé les 320 km/h.

M. Lonsdale a fait état de « six morts confirmés et plus de 30 blessés seulement » dans la capitale. Mais les autorités, qui ont décrété l’état d’urgence samedi, redoutent un bilan plus lourd.

L’ONU a pour sa part évoqué la mort non confirmée de 44 personnes dans cet archipel du Pacifique sud aux 80 îles, l’un des pays les plus pauvres au monde, où commencent à atterrir des avions militaires étrangers chargés de nourriture et de matériel de secours.

(ats / 16.03.2015 03h06) <br /><br /><br /> (ATS / 16.03.2015 03:06)^

Billet d’humeur politique : cyclone sur le Vanuatu

Durant mon séjour au Vanuatu qui remonte maintenant à 15 années en arrière, j’ai vécu trois cyclones et deux dépressions tropicales. J’en garde un souvenir toujours vivant tant la peur est irraisonnée et intense, aussi intense que les vents et les précipitations. Il y eut d’abord Susan début 1998 un beau truc de catégorie 5 qui étêta pas mal de banians et déracina des tamanus peut-être centenaires. Les pluies dévastèrent un grand nombre de ponts et ruinèrent par endroits les pistes durablement. Le mouillage de plaisance de Port-Vila fut dévasté : 85 voiliers coulèrent dans les fonds séparant l’îlot d’Erakor de la ville. Ils n’ont jamais été récupérés car la profondeur y atteint plus d’une centaine de mètres. Les bidon-villes éparpillés dans la forêt jouxtant la ville de Port-Vila furent mis au jour et on s’aperçut de la misère dans laquelle vivaient les migrants des autres îles de l’archipel traités comme des parias par les natifs du coin. Il faut dire que dans ce pays surprenant l’entente n’est pas toujours bien huilée entre tribus … Les vents de plus de 240 km/h déversèrent au sol un mélange d’eau de pluie et d’eau de mer. Le sel défolia tous les arbres plus encore que le vent ou la pluie, aussi efficace que l’agent Orange. Le patron de la banque d’Hawaï retrouva des poissons dans son bureau au cinquième étage du building sur le front de mer, la grande baie vitrée de son luxueux office avait explosé sous la pression du vent combiné à la pluie.

L’année suivante, en janvier 1999 ce fut Dany, seulement force 4 avec des vents d’un peu plus de 200 km/h mais moins de pluie. Les dégâts furent donc moins importants et enfin en janvier 2000 ce fut Paula, force 4 également mais avec des précipitations tellement abondantes, plus de 700 litres d’eau par mètre carré en 12 heures que les dégâts furent beaucoup plus importants que ceux prévus par les services météo du Pacifique Sud. Des pans entiers de routes furent rayés de la carte. Des ponts pourtant en béton et apparemment solides disparurent, emportés au loin ou dans la mer par des flots gigantesques. La piste de l’aéroport de Bauerfield fut transformée en lagune avec près de deux mètres d’eau glauque et toute l’électronique et les éclairages de la piste furent endommagés, un spectacle de désolation. Il n’y eut aucune liaison aérienne possible pendant dix jours.

Le Vanuatu, comme les Fiji ou les Salomon est un habitué des cyclones, il y en a plusieurs chaque année et presque au moins un dévastateur. Cependant la fréquence et surtout l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes a tendance à diminuer depuis une quinzaine d’années et ce phénomène ne s’observe pas seulement dans le Pacifique Sud mais également dans d’autres zones de cet océan et plus encore dans l’Atlantique Nord. Quant aux tornades tant médiatisées qui s’abattent sur le Middle-West américain la tendance est aussi à la baisse.

On est donc étonné de lire dans les colonnes « électroniques » du Figaro la déclaration tonitruante et péremptoire de François Hollande :

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( http://www.lefigaro.fr/international/2015/03/14/01003-20150314ARTFIG00098-cyclone-pam-les-premiers-secours-attendus-dimanche.php ) et d’ajouter :

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La photo (Le Figaro) est prise depuis la plage de Mélé avec en arrière plan l’îlot d’Hideaway …

On comprend donc que cet événement a donné une occasion à François Hollande pour préparer les esprits au grand Concile de l’Eglise de Scientologie Climatique qui se tiendra à Paris en décembre prochain avec Mademoiselle Royal comme grande Prêtresse. La méthode Coué alimentant la peur séculaire des catastrophes naturelles – ça remonte à la Bible – c’est payant. S’il pouvait y avoir une invasion de criquets dans le Sud-Ouest de la France ce printemps ou un tsunami sur les plages du Languedoc puisque le dérèglement climatique favorise aussi les tsunami (dixit Hollande), ce serait parfait !

Du nouveau sur les Lapita

La civilisation Lapita encore très largement méconnue vient de connaître un renouveau d’intérêt après la découverte fortuite, lors de travaux de terrassement, d’un cimetière près de la localité de Teouma au sud-est de l’île d’Efate au Vanuatu. Les premières traces de cette civilisation ont été trouvées dans la péninsule de Foué en Nouvelle-Calédonie mais très peu de restes purent être rassemblés en dehors de quelques fragments de poteries grossièrement décorées d’ocre et de coquillages ouvragés tout aussi grossièrement. D’où venaient ces hommes, très probablement de Taïwan ou d’une autre contrée d’Asie du Sud-Est, et ils partirent pour de longs voyages sur les immenses étendues parsemées d’îlots du Pacifique occidental sur des pirogues avec leurs animaux domestiques. On suppose que les Lapita arrivèrent dans l’archipel de Bismark, à l’est et au sud de la Papouasie-Nouvelle-Guinée il y aurait une trentaine de milliers d’années pour ensuite « coloniser » l’ensemble de la Mélanésie jusqu’à Tonga (voir la carte, Wikipedia) mais s’ils poussèrent jusqu’à la Polynésie, rien ne peut l’affirmer puisque jamais aucun reste ne fut retrouvé jusqu’à ce jour.

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Des fouilles conséquentes permirent de retrouver de multiples fragments de poteries dans une île des Samoa dans les années cinquante mais tant aux Îles Salomon qu’au Vanuatu la rareté des restes archéologiques ne permettait pas de se faire une idée du peuplement de ces archipels très étendus et comprenant des centaines d’îles dispersées sur des milliers de kilomètres ni comment ces gens vivaient leur quotidien.

La découverte du cimetière de Teouma à une quinzaine de kilomètres à l’est de Port-Vila a permis de se faire une idée précise du mode de vie de ces premiers habitants de l’île qui comme on va le voir mangeaient déjà ce dont se nourrissent toujours aujourd’hui les indigènes de cet archipel.

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L’étude parue dans PlosOne est le résultat d’une collaboration entre l’Université de Canberra en Australie, de l’Université d’Otago en Nouvelle-Zélande, de l’Université d’Aix-Marseille et du pôle d’archéologie du CNRS à Nanterre. Pourquoi des Français ont participé à cette étude, tout simplement parce la France reste encore très active au Vanuatu avec une implantation notoire de l’IRD et de nombreuses collaborations dans les domaines agronomique et culturel, c’est normal, la moitié de la population parle un excellent français.

Le site de Teouma se trouve dans une zone composite comprenant de la forêt tropicale humide, des collines recouvertes d’herbes hautes et de fougères et des marécages traversés par une rivière assez imprévisible lors de la saison des pluies (voir la carte, PlosOne, ci-dessus). Le petite baie proche du site où se déverse la rivière dont j’ai oublié le nom s’appelle localement « Shark Bay » et cette dénomination est anecdotique mais peut intéresser mes lecteurs. Du temps des Nouvelles-Hébrides, un gros fermier français installé à Teouma avait coutume d’abattre ses animaux de la plus pure race charolaise, il faut le signaler, au bord de cette baie et jetait les abats, tripes et autres ossements dans la mer. Cette abondance constante de nourriture attira naturellement des requins qui restèrent dans les parages et le nom de « Shark Bay » est resté dans les mémoires.

Mais revenons à ce cimetière dans lequel furent trouvés 68 squelettes. L’analyse isotopique du collagène des ossements a permis de se faire une idée précise de la nourriture de ces occupants anciens puisqu’ils ont été précisément datés à environ 3000 ans avant notre ère. Ils mangeaient des roussettes, ces grosses chauve-souris frugivores dont le corps mesure près de 40 centimètres et qu’on déguste toujours dans certains restaurants de Port-Vila, des tortues qui viennent toujours nidifier le long des plages de sable corallien mais dont l’abattage est interdit, encore que les locaux ne se privent pas pour piller les nids et manger les œufs, et enfin des poulets et des cochons que les Lapita avaient certainement apporté avec eux sur leurs pirogues. Les Lapita devaient aussi probablement se ménager des jardins au milieu de la forêt pour cultiver des bananiers, du taro, du manioc et plus rarement du yam, une forme de production de subsistance toujours active aujourd’hui dans les villages isolés qu’il m’est arrivé de visiter au nord de l’île d’Efate et dans d’autres îles de l’archipel.

Ce cimetière a été remarquablement préservé pour deux raisons. Il se trouve dans une zone de sable corallien qui a été périodiquement recouverte des cendres volcaniques provenant du Kuwae, un volcan certainement imposant et en perpétuelle éruption pendant des milliers d’années jusqu’à son explosion au début de l’année 1453 et dont il ne reste aucune trace visible aujourd’hui au nord de l’île d’Efate sinon quelques petits îlots appelés les Sheperds et un volcan sous-marin actif. L’analyse isotopique fine du collagène osseux des squelettes a permis de reconstituer quelle était l’alimentation des Lapita en prenant en compte le fait que certains isotopes du carbone ou du soufre sont enrichis selon la provenance de la nourriture végétale ou carnée et aussi selon le régime alimentaire des cochons, des chauve-souris ou encore des tortues et enfin des poissons. Les Lapita de Teouma mangeaient donc leurs cochons d’élevage, qu’ils soient parqués ou en semi-liberté, des tortues, des chauve-souris, des poissons de récif et diverses plantes à tubercules ainsi que des noix de coco. Il n’y avait certainement pas d’arbre à pain car cette espèce fut importée au XVIIIe siècle des îles Marquises mais il y avait probablement de la canne à sucre qui n’apporte pratiquement pas de protéine et n’a pas laissé de traces dans le collagène analysé.

L’aspect le plus étonnant de cette étude réside dans le fait que l’alimentation était différente selon la hiérarchie dans le groupe, probablement un village comme on en trouve toujours aujourd’hui au Vanuatu, que ce soit près de la mer ou en pleine forêt. Les hommes et les femmes ne mangeaient tout simplement pas la même chose aussi incroyable que cela puisse paraître pour nous occidentaux modernes. En réalité, encore aujourd’hui les villages « ni-van » sont strictement hiérarchisés. Il y a un chef qui a tout pouvoir, de justice et de police en particulier, un genre de pouvoir régalien. La famille très proche du chef, fils ou cousins, occupe les hauts postes du village et ceux-ci possèdent les plus gros élevages de cochons. Il faut ajouter aussi que l’un des fils du chef deviendra chef à son tour et l’organisation de cette société patriarcale devait probablement déjà exister du temps des Lapita. Les membres haut placés hiérarchiquement avaient une nourriture plus riche en protéines, cochons, tortues et poissons, que les femmes et à un moindre degré les enfants. Les femmes trouvaient leur nourriture dans leurs jardins et ce qu’elles pouvaient glaner ici ou là. Les hommes chassaient et pêchaient et se goinfraient de cochons, excellents d’ailleurs encore aujourd’hui. Un cochon nourri avec des noix de coco est un vrai régal, croyez moi ! Une question qui n’a pas été soulevée dans cet article est de savoir si les Lapita possédaient encore, 2000 ans avant notre ère, le savoir-faire pour la construction de pirogues qui a été progressivement oublié au cours des siècles suivants et qui était essentiel pour capturer des poissons autres que les poissons de récif.

Tout compte fait la vie des femmes dans ces villages ne devait pas être très réjouissante, elles devaient faire des enfants, les élever et manger les restes des agapes du chef et de son proche entourage. Juste pour illustrer l’organisation de cette société patriarcale et l’importance du cochon encore aujourd’hui dans cette société : si vous voulez prendre femme dans un village il vous en coutera sept cochons si elle est encore vierge et seulement six si elle a été déflorée malencontreusement, le cochon est en quelque sorte une monnaie d’échange. La dent de cochon figure également sur le drapeau du Vanuatu (voir l’illustration, Wikipedia) et un bracelet fait d’une dent de cochon est une valeur sûre dans ce pays, à condition de pouvoir y faufiler sa main !

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Source : http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0090376

Vivax et Duffy, l’entente pas très cordiale …

Je me souviens de ce que me racontait un vieux médecin australien qui avait sévi durant toute sa carrière dans des pays peu hospitaliers comme la Papouasie-Nouvelle-Guinée ou encore les Iles Salomon, des contrées infestées de moustiques, de serpents, de scolopendres et de toutes sortes d’insectes dénués de tout respect pour les primates quels qu’ils soient dont nous faisons partie. Pour ce vieil ami, parce qu’il était devenu un ami, j’étais pour lui en quelque sorte une exception à Port-Vila puisque je comprenais ce qu’il me racontait, j’étais aussi une exception après lui avoir décrit tout ce que mon organisme avait enduré. D’abord les séances d’extraction d’épines dans les pieds quand j’étais enfant. Nous marchions pieds nus et le soir, après une douche sommaire plus froide que tiède, notre mère inspectait nos pieds, ceux de mes sœurs et les miens, et extirpait avec une fine pince les épines de la veille, celles du jour n’ayant pas encore assez mûri, en d’autres termes leur extraction était facilitée par une petite infection.

C’est ainsi que dès ma plus tendre enfance mon organisme fut accoutumé à résister au moindre petit bobo. Puis vint l’adolescence, après les maladies variées qu’on contracte dans l’enfance, et la pension dans une institution au dessus de tout soupçon, sauf que les curés avaient par charité admis un élève dans ma classe dont les parents étaient notoirement tuberculeux, et peut-être alcooliques mais l’histoire ne le dit pas. Comme six autres de mes camarades, nous nous retrouvèrent dans un sanatorium, les poumons ravagés par le vilain bacille, subissant toutes sortes de traitements dont des administrations massives de streptomycine qui était supposée, à l’époque, rendre sourd, sans parler des fortes doses de rayons X auxquelles nous étions soumis au moins une fois par semaine afin de surveiller la progression ou la stabilisation de notre mal. Depuis cette époque j’en ai toujours voulu aux curés qui, en dehors de leur supposée charité, étaient aussi penchés sur la rondeur fessière des jeunes pensionnaires, tout pédophiles qu’ils étaient, bandant sous leur soutane chaque fois qu’on se hasardait pour leur demander une précision sur le devoir de mathématique qu’on devait rendre le lendemain. Puis vint la vie adulte et ses vicissitudes variées. Je ne sais pas comment j’ai attrapé deux hépatites, A et B, je ne sais pas non plus comment je me suis retrouvé positif pour l’hépatite C. Quand je décrivais mon pedigree à ce vieil australien il semblait de plus en plus intéressé. J’avais aussi souffert d’une grave crise de dengue à la suite d’un séjour aux Iles Marquises et après avoir été complètement abattu par une dysenterie due à une amibe plutôt bénigne au Vanuatu, le coup de grâce fut la malaria.

J’ai relaté dans un billet il y a quelques semaines que mon « ami vivax » me tenait toujours compagnie …

Ce vieux médecin ne put que constater que j’avais échappé à tellement d’infections et autres maladies que j’étais blindé mais que j’avais la malchance d’être un Duffy.

Je crus que cet ami médecin m’insultait en me disant que j’étais un Duffy, puisque nous les Français avions l’habitude de traiter les Australiens d’Aussies ou encore de « Poken ». En réalité un Duffy est une personne qui est sensible au Plasmodium vivax, ce que je découvris quand il précisa son propos. Le qualificatif de Poken est un terme du bislama qui signifie en réalité english spoken, cette précision est utile pour une bonne compréhension et le bislama est la langue vernaculaire de tous les pays papous depuis la Papouasie-Nouvelle-Guinée jusqu’au Vanuatu.

Le terme Duffy semble vaguement rappeler le fait qu’il s’agit d’une glycoprotéine Fy, une hémagglutinine présente à la surface des globules rouges mais en réalité ce terme provient du nom d’un patient hémophile multi-transfusé chez lequel il fut découvert et il s’agit aussi du premier antigène des groupes sanguins qui fut caractérisé au milieu des années 1950. Cette glycoprotéine située à la surface des globules rouges se trouve être le point d’attache du Plasmodium vivax et le gène codant pour elle est localisé sur le bras long du chromosome 1. Si on n’exprime pas cette protéine on est alors insensible au vivax et c’est le cas pour pratiquement 100 % des Africains à la peau noire. Je fais cette précision pour ne pas être taxé de racisme, d’autant plus que mon discours est strictement scientifique, ce n’est qu’une constatation comme d’ailleurs la couleur de peau des papous tout aussi sombre que celle des Africains. Le Duffy a permis d’identifier de par le monde pourquoi certaines peuplades étaient porteurs sains du Plasmodium vivax à la suite d’études génétiques complexes qui ont montré que la présence d’allèles différents était liée à cette résistance. Sans entrer dans les détails compliqués ni de la génétique ni de la biologie moléculaire, il faut en quelques mots préciser que dans les régions du globe où cet antigène n’est pas exprimé la malaria due au vivax n’existe pas même s’il existe des porteurs sains, et c’est tant mieux.

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Mais cette conclusion est hâtive car on vient de montrer que cette saleté de parasite est arrivé à s’adapter non seulement aux drogues qui ont été couramment utilisées pour le combattre comme des dérivés de la quinine mais qu’il est maintenant capable de détourner l’absence de l’antigène Duffy en dupliquant un gène présent chez d’autres sous-types de Plasmodium. Duffy ou pas Duffy, le vivax est devenu potentiellement capable maintenant d’infecter quelque deux milliard et demi de personnes dans le monde qui se trouvaient pourtant génétiquement protégées car n’exprimant pas l’antigène, en d’autres termes la serrure se trouvant à la surface des globules rouges dans laquelle le Plasmodium enfonce la clé qui lui permet de pénétrer à l’intérieur et de se multiplier. Le parasite a trouvé d’autres clés pour entrer dans les globules rouges ! La mutation est apparue à Madagascar et se répand très rapidement puisqu’on vient de la retrouver au Cambodge, au Soudan, au Brésil, en Mauritanie et même en Corée du Nord et c’est un phénomène récent puisqu’elle était encore inconnue en 2008. Si le parasite arrive à entrer en Afrique orientale ou pratiquement 100 % de la population n’exprime pas l’antigène Duffy, alors ce serait une catastrophe sanitaire. Comme il est quasiment impossible de cultiver le vivax en laboratoire, les chances d’arriver à mettre au point un vaccin ou une médication nouvelle permettant de le combattre sont très minces. Longue vie à mon ami vivax …

Source : Case Western University