La controverse du virus de la grippe

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Les journalistes toujours en quête d’informations à sensation (le poids des mots, le choc …) se sont accaparé d’une publication parue le 11 juin dans le journal scientifique Cell Host & Microbe qui relate les similitudes entre les six gènes du virus H5N1 avec leurs homologues du virus de la grippe de 1918. Le Guardian, jamais en reste dans le registre de l’alarmisme, titre : « Des scientifiques condamnent la création folle et dangereuse du virus mortel transmissible de la grippe ». Puisque c’est Lord May, ce vieux fossile ancien président de la Royal Society, qui le dit, non seulement on peut mais on doit le croire. La réalité est toute autre car le professeur Yoshihiro Kawaoka, travaillant entre les Universités de Tokyo et de Madison, Wisconsin, n’a pas du tout reconstruit le virus de la grippe dite espagnole mais identifié par génétique inverse à partir des bases de données disponibles quelles étaient les mutations qui différenciaient le virus actuel H5N1 de celui de la pandémie de 1918.

Il faut dire un mot de la génétique inverse car cette approche est utilisée pour réaliser certains vaccins en particulier celui de la grippe. Il s’agit d’étudier les effets sur l’organisme du produit d’un gène après modifications ponctuelles de ce dernier, artificiellement ou telles que ces modifications ont été observées par analyse de séquences. Dans le cas de la grippe il s’agit des séquences d’ARN. La confection du vaccin annuel de la grippe s’effectue ainsi :

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En réalisant des études dans un laboratoire de biologie de haute sécurité classé P4 celles-ci ont eu pour seul but de déterminer quelle pouvait être la tendance dans l’évolution à venir du virus. Ce qui a été montré ce sont de très discrètes mutations sur les produits de 8 des 11 gènes que comporte le virus qui accroissent la virulence, la vitesse de réplication du virus et ses modes d’infection. L’étude n’avait pas pour but de reconstruire le virus de 1918 ou de le disséminer mais au contraire d’affiner et d’orienter les travaux futurs tant au niveau de la mise au point des vaccins que de l’amélioration des molécules antivirales.

Kawaoka prévient tout de même qu’il y a un pool génétique naturel susceptible d’aboutir à un événement pandémique et qu’il faut y être préparé. C’est la raison pour laquelle le virus construit en laboratoire n’est pas celui de 1918 puisqu’il diffère de ce dernier de 3 % ! Pour un journaliste ce n’est rien du tout, donc les deux virus sont quasiment identiques, mais en termes de biologie et surtout de virulence quelques mutations suffisent à inactiver totalement par exemple l’hémagglutinine et le virus devient alors inoffensif. A contrario la virulence dépend aussi de l’efficacité de l’équipement enzymatique qui convertit l’ARN du virus, son support génétique, en ARN messager susceptible d’être capable de dévier le métabolisme de la cellule hôte pour initier la réplication. Et la virulence est le résultat de l’ensemble de ces facteurs. Ce que Kawaoka a pu déterminer avec son équipe c’est le nombre de mutations nécessaires pour que le virus actuel devienne aussi dangereux que celui de 1918 et là où ce travail pourrait faire peur c’est le résultat de ses travaux : sept mutations réparties sur trois gènes feraient que le virus actuel pourrait devenir aussi dangereux que celui de 1918. Comme le virus de la grippe est un virus à ARN la fréquence de mutation est beaucoup plus élevée que chez les virus à ADN alors la probabilité de voir émerger un HxNy meurtrier est loin d’être nulle.

Cependant la même étude a montré que le vaccin contre la souche H1N1 de 2009 est efficace contre ce virus artificiellement construit en laboratoire. Il y a donc tout lieu d’espérer que toutes les personnes vaccinées alors et celles qui ont été en contact avec cette souche pourraient se trouver protégées contre une nouvelle pandémie de type 1918. Enfin, cette étude a permis d’éclairer le mécanisme de transmission par voie orale étudiée chez le furet. En conclusion l’alarmisme des journalistes est plutôt mal venu car cette étude est une contribution importante pour la lutte contre le virus de la grippe et sa prévention.

Source : University of Wisconsin at Madison News, illustrations : génétique inverse NIH via Wikipedia et DOI: 10.1016/j.chom.2014.05.006

et pour mémoire : https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/05/03/la-grippe-espagnole/