Marcher à quatre pattes, sur deux jambes et/ou grimper aux arbres ?

Au moment où mon petit-fils découvre dans son baby-trotte qu’il a deux jambes et que celles-ci sont probablement configurées pour marcher, ce que les scientifiques appèlent le bipédisme – nous sommes depuis Lucy, il y a 3,5 millions d’années, des bipèdes – par opposition au quadri-pédisme des chimpanzés et autres orangs-outans, mais pas toujours, j’ai par hasard lu un article sur les cueilleurs de miel qui grimpent aux arbres et écouté une émission sur l’origine de la bipédie.

Des chercheurs de l’université de Dartmouth ( http://now.dartmouth.edu/2012/12/did-lucy-walk-on-the-ground-or-stay-in-the-trees/ ) ont montré en étudiant des cueilleurs de miel qui grimpent aisément aux arbres avec la plante des pieds posée à plat sur l’arbre ont adapté les muscles du mollet pour cette posture (voir le film dans le lien ci-dessus). En comparant la longueur des fibres musculaires de ces cueilleurs avec celle des agriculteurs voisins d’une autre tribu tant au Philippines qu’en Afrique qui, eux, ne grimpent pas aux arbres, ils ont pu montrer clairement une adaptation des muscles et des tendons.

Or quand on sait que Lucy se mettait à l’abri des prédateurs en grimpant dans les arbres, le bipédisme est peut-être le résultat d’une longue adaptation musculaire. Et comme par un effet du hasard, Christine Tardieu du MNHN expliquait aujourd’hui très clairement au micro de France Inter cette évolution ( http://www.franceinter.fr/emission-la-tete-au-carre-la-bipedie-comment-ca-marche ) en insistant sur un effet méconnu des non-spécialistes, comme moi, qu’est celui de la pesanteur au moment des premiers pas d’un enfant ayant comme conséquences le redressement du pied par rapport au tibia vers un angle droit en façonnant les os du talon et leurs attaches musculaires et la modification définitive de l’articulation de la hanche.

Mais comme le souligne cette biologiste du Muséum, la bipédie apparaît aussi au cours d’un apprentissage, l’enfant suivant en quelque sorte l’exemple des parents qui marchent sur leurs deux jambes. Christine Tardieu cite comme preuve le cas des enfants-loups qui ont eu beaucoup de peine à apprendre à marcher normalement après avoir été recueillis dans la forêt alors qu’ils avaient déjà une dizaine d’années et marchaient à quatre pattes comme la louve qu’ils avaient eu comme seul exemple pour marcher.

Lucy a appris à ses descendants à marcher et courir mais aussi à l’occasion à grimper dans les arbres, les parents de mon petit-fils lui apprennent sans le savoir à marcher sur ses deux jambes. Il grimpera peut-être un jour dans les arbres des parcs de Tokyo, mais c’est une autre histoire …