Poésie et musique ne sont pas de la prose …

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Quand Monsieur Jourdain découvre qu’il maîtrise la prose :

« Par ma foi ! il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m’avoir appris cela »

il ignorait effectivement qu’il écrivait et parlait en prose mais il ignorait aussi que son cerveau faisait appel à une partie de son cerveau différente de celle qu’il aurait utilisé s’il avait discouru et écrit en vers. C’est ce qu’a découvert par imagerie fonctionnelle par résonance magnétique nucléaire le Professeur Adam Zeman et son équipe de l’Université d’Exeter. Treize volontaires de l’Université étudiant ou enseignant la littérature anglaise se sont soumis à cette technique d’imagerie puissante alors qu’ils lisaient une notice technique d’un appareil de chauffage, des passages de romans, des sonnets en vers ou leurs poèmes favoris. On connaissait déjà les zones du cerveau qui sont sollicitées quand on écoute ou qu’on joue un morceau de musique. Elles se situent majoritairement dans l’hémisphère droit et ont été clairement reliées à l’émotion que l’on ressent quand on écoute les yeux fermés le quatuor D. 956 de Schubert, par exemple et que j’écoute en rédigeant ce billet. L’écoute ou la lecture d’un poème fait appel aux mêmes régions cérébrales ce qui n’est pas vraiment le cas quand on lit la notice technique de l’appareil de chauffage que l’on vient d’acheter en prévision de l’hiver plus rude que prévu par les théoriciens du climat. Entre la prose et les vers, il est aussi apparu une différence notoire, la poésie stimule une zone du cerveau appelée le cortex cingulaire postérieur ou gyrus cingulaire postérieur ainsi qu’une zone bien précise située dans le lobe temporal médian, deux régions cérébrales liées à l’introspection. Comme le dit très justement le Professeur Zeman « certaines personnes pensent qu’il est impossible de réconcilier la science et l’art, cependant les nouvelles techniques d’imagerie cérébrale prouvent au contraire à l’évidence que le cerveau réagit spécifiquement à la lecture d’un texte en prose mais que les régions citées sont plus sollicitées à la lecture d’un poème, et ces travaux aident à comprendre anatomiquement et biologiquement le sens artistique« . Monsieur Jourdain n’avait donc pas vraiment fait travailler, sans le savoir, le cortes cingulaire postérieur de son cerveau. Dans l’illustration jointe (University of Exeter Medical School) les zones frontales sont celles normalement sollicitées pour la lecture.