Comment le « Gaucho » tue les abeilles : le voile enfin levé !

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Le néonicotinoïde imidacloprid, un insecticide matière active du Gaucho. est considéré comme un neurotoxique puisqu’il est connu pour agir sur les récepteurs de l’acétylcholine, neurotransmetteur essentiel. De plus les néonicotinoïdes sont systémiques, c’est-à-dire qu’ils se répandent dans toute la plante. Cette remarque est importante puisque toutes les parties aériennes de la plante, dont les fleurs, le nectar et le pollen deviennent toxiques pour les insectes butineurs. Cependant, les quantités retrouvées sont tellement infimes que les fabricants de néonicotinoïdes ont utilisé cet argument pour affirmer – et on va le constater à tort – leur innocuité pour les populations d’abeilles en réorientant leurs arguments vers d’autres causes comme les virus ou d’autres parasites. Je me suis intéressé dans mon blog sur ce point particulier en ne mâchant pas mes propos : il suffit d’entrer « abeilles » dans l’onglet recherche pour retrouver mes billets. Puisque les néonicotinoïdes sont des neurotoxiques, le débat est-il clos ? Il n’en est rien, bien au contraire, et c’est même inquiétant à la vue des résultats qui viennent d’être publiés dans la revue PlosOne datée du 2 juillet obtenus par une équipe de biologistes de l’Université de Nottingham en Grande-Bretagne. Si l’imidacloprid est un neurotoxique, il est également un puissant perturbateur de l’expression des gènes, et en particulier des larves des abeilles, ce qui est beaucoup plus grave qu’on ne le supposait. L’étude a été réalisée minutieusement en mettant dans la hausse d’une ruche du sirop de sucre contenant 2 microgrammes d’imidacloprid par litre pendant quinze jours et en comparant l’expression des gènes et les profils des acides gras des larves avec celle d’une ruche témoin. C’est grâce à la puissance d’analyse des machines modernes que la découverte a pu être obtenue en analysant 300 ARN messagers de transcription différents et en analysant finement par spectrographie de masse couplée à un chromatographe en phase liquide les acides gras que l’effet de l’imidacloprid sur l’expression des gènes a pu être montré de manière non équivoque. L’expression de certains gènes est altérée et l’inverse a aussi été noté. Par exemple l’enzyme P450 impliqué dans de nombreux processus de détoxification est sur-exprimé, on pouvait un peu s’y attendre, mais d’autres enzymes du métabolisme central des sucres ou des acides gras voient leur expression complètement modifiée conduisant à un développement défectueux et à la mort des larves comme à une espérance de vie abrégée des abeilles adultes par une fragilisation de leur activité musculaire puisque le métabolisme des sucres est altéré, non pas au niveau des activités enzymatiques elles-mêmes mais de l’expression des gènes correspondants. Puisque les activités enzymatiques n’ont pas été isolément étudiées, une analyse des acides gras des larves a permis de corréler ces perturbations avec le profil des acides gras (voir les figures 2 et 4 de l’article de Kamila Derecka et al.) profondément modifié dans le cas de l’exposition à l’imidacloprid. Les auteurs de cette étude parfaitement documentée en déduisent que les néonicotinoïdes non seulement tuent en raison de leurs propriétés neurotoxiques mais également en perturbant l’expression des gènes et donc l’ensemble du métabolisme des abeilles, une observation jusque là inconnue qui explique parfaitement l’affaiblissement des ruchers même en présence de traces infimes de produit. Cette mauvaise santé induite rend les abeilles plus sensibles à d’autres facteurs de stress. Les auteurs insistent sur le fait que l’on pourrait assister à brève échéance à l’extinction pure et simple des insectes pollinisateurs. Quant à l’effet de l’imidacloprid sur les abeilles adultes, le fait qu’elles tardent à revenir dans la ruche peut parfaitement s’expliquer par une perturbation du métabolisme énergétique, les abeilles se fatigant tout simplement plus rapidement, comme l’analyse des ARN messagers des larves l’a clairement montré. Les néonicotinoïdes sont autorisés dans 120 pays et représentent aujourd’hui près du tiers de tous les insecticides utilisés, afin de préserver les insectes pollinisateurs, dont les abeilles, il est urgent de décider de leur totale interdiction sur l’ensemble de la planète quoique puissent en penser les agro-chimistes dont les mensonges répétés commencent à devenir insupportables surtout en regard de ces nouveaux résultats, car pourquoi ces substances n’auraient-elles pas aussi un effet analogue chez les vertébrés dont l’homme ? Sur la photo, les larves que l’on voit dans les alvéoles sont condamnées à une mort lente …

 

Lien vers l’article :

http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0068191