La leptine aviaire enfin identifiée

J’ai déjà disserté de la leptine, cette hormone sécrétée par les tissus adipeux qui est un anorexigène naturel (voir les liens). Cette hormone fut découverte par hasard en analysant le pourquoi du comment de l’obésité de souris mutantes qui se goinfraient compulsivement et sans limite au point de devenir monstrueusement grosses. Elles sont mutantes sur les deux allèles du gène codant pour cette petite protéine qui a pour rôle de signaler à l’organisme que « c’est bon, plus besoin de manger, ça suffit pour le moment ». Le rôle physiologique de la leptine est de maintenir un équilibre de la balance énergétique de l’organisme et de controler le stockage de l’énergie sous forme d’acides gras dans le tissu adipeux en inhibant l’appétit.

Mais qu’en est-il des autres espèces animales et en particulier les oiseaux ? Pourquoi les oiseaux, tout simplement parce qu’interférer avec la fonction de la leptine en supprimant partiellement son action anorexigène permettrait d’améliorer les élevages de poulets qui se gaveraient tous seuls. Pas de chance, on n’a pas encore identifié de leptine chez les poulets. Pour les autres oiseaux qui comme chacun sait sont des descendants des dinosaures et donc des reptiles en général, on n’a pas pu identifier les gènes correspondant à la leptine mais on sait qu’il existe un gène relativement bien conservé correspondant au récepteur de la leptine en de nombreux aspects similaire à celui de l’homme. En toute logique il devrait également exister une leptine chez les oiseaux.

Havterne

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Une équipe de biologistes de l’Université d’Akron dans l’Ohio a effectué une recherche dans la banque de séquences d’ADN du NCBI car leur préoccupation était d’expliquer comment certains oiseaux migrateurs géraient leurs réserves d’énergie. Par exemple la sterne arctique (Sterna paradisaea) migre du cercle polaire arctique jusqu’aux confins de l’Antarctique et retour. Le faucon pèlerin (Falco peregrinus) migre des steppes arctiques jusqu’aux tropiques sans problème. L’oiseau mouche de Rufous (Selasphorus rufus) se contente de migrer de la Colombie britannique jusqu’au Mexique mais quand on sait qu’il ne pèse que quelques grammes et que pendant la durée de ce long périple il ne se nourrit pratiquement pas, vivant sur ses réserves, il était impensable que le métabolisme énergétique de ces oiseaux soit indépendant d’un système de régulation ressemblant à celui de la leptine chez d’autres vertébrés. L’analyse des séquences a finalement montré qu’il existait bien un système similaire chez les oiseaux et que la structure des leptines aviaires était plus proche de celle des reptiles que des mammifères.

Le gène de la leptine du faucon pèlerin a alors pour la première fois été clôné et séquencé et la protéine correspondante (la leptine authentique) exprimée in vitro et son interaction avec son récepteur étudiée en détail. La voie est maintenant ouverte pour préciser le rôle de cette leptine dans le métabolisme énergétique des oiseaux et en particulier des oiseaux migrateurs. Selon les résultats publiés dans PlosOne (voir le lien) la séquence de l’ADN proche de celui du gène de la leptine du faucon pèlerin est très riche guanine et celà pourrait expliquer que ce gène ne soit pas exprimé car l’ADN interagirait trop fortement avec la chromatine. Par contre, l’identification de gènes homologues tant chez le poulet que la dinde ou l’oie s’est révélée impossible et ce dernier résultat laisse les scientifiques perplexes. L’arbre philogénétique (PlosOne) indique clairement que les oiseaux sont plus proches des reptiles et des poissons que des mammifères, s’il fallait le confirmer encore …

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Sources : Université d’Akron, illustrations Wikipedia et PlosOne

http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0092751

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/01/14/fructose-il-vaut-mieux-sabstenir/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/02/10/faim-et-satiete-au-meme-endroit-dans-le-cerveau/