« The Nixon Shock » et ses conséquences

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Quand Richard Nixon prit les commandes des USA à la Maison-Blanche le 20 janvier 1969, l’économiste en chef de l’époque Arthur Burns remarqua que Nixon semblait très fier de lui-même mais selon ses termes « je me serais senti mieux s’il (Nixon) avait baissé la tête et tremblé un peu ». Nixon héritait d’une économie américaine en surchauffe et l’inflation était déjà un souci. Burns, à 64 ans, allait rejoindre l’administration américaine comme unique conseiller en économie. En 1960, alors vice-président, Nixon visait déjà la Maison-Blanche et Burns l’avait incidemment averti que si la Réserve Fédérale augmentait les taux d’intérêt, son avenir vers la Maison-Blanche serait compromis. Il avait présenté les choses ainsi. La FED resserra les crédit, l’économie entra en récession et Nixon fut battu par Kennedy. Depuis lors Nixon n’oublia jamais la puissance de la FED et se souvint aussi de Burns comme un économiste politiquement avisé.

Burns fut appointé à la direction de la FED dès l’élection de Nixon en 1969 en lui disant à peu près ceci : « voyez tout ça, surtout pas de récession ». En décembre 1969 l’inflation atteignit 6 %, son plus haut niveau depuis la guerre de Corée et cette inflation avait des conséquences internationales fâcheuses car dans le système de Bretton Woods en vigueur depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les USA s’étaient engagé à respecter la convertibilité des dollars détenus par les pays étrangers en or au taux fixe de 35 dollars pour une once d’or. Les autres monnaies étaient attachées au dollar et le dollar attaché à l’or, ce qui était LE facteur ayant permis d’établir la suprématie du dollar dans le monde (qui est toujours la monnaie d’échange aujourd’hui).

Durant les premières années qui suivirent la fin de la guerre, le système de Bretton Woods, la petite ville du New-Hampshire où les délégués des 44 nations alliées se réunirent en 1944, marcha à peu près correctement. Le Japon et l’Europe étaient en pleine reconstruction et tous ces pays étaient avides de dollars pour acheter des voitures américaines, de l’acier américain et des machines américaines ! Si tous ces pays accumulaient des réserves en dollars ils étaient également satisfaits de disposer de dollars qui leur rapportaient quelques intérêts plutôt que de posséder de l’or, un métal inerte (qui ne rapportait rien puisque sa parité avec le dollar était fixe). Et enfin, puisque les Américains disposaient des plus grandes réserves (officielles) d’or du monde – 574 millions d’onces à la fin de la guerre – le système de Bretton Woods semblait pourvoir perdurer en toute sécurité.

Mais entre 1950 et 1969, alors que le Japon et les pays européens dont l’Allemagne reconstruisaient leurs économies, la part de l’économie américaine dans le monde chuta de 35 à 27 %. Les autres économies avaient de moins en moins besoin de dollars et de plus en plus besoin de yens, de deutsche marks et de francs. Dans le même temps, la guerre du Vietnam et les programmes domestiques américains inondèrent le monde de dollars. Et ce qui devait arriver arriva, les alliés des USA (au sein du système de Bretton Woods) commencèrent à présenter des dollars contre de l’or métal. Paul Volcker était alors chargé de suivre l’or et les échanges internationaux et depuis quelques temps il était vraiment soucieux de la tournure que prenait soudainement le marché de l’or. Si le cours officiel de l’or était de 35 dollars l’once, il existait un autre marché de l’or à Londres fournissant les joailliers et les dentistes. En 1960, alors que Volcker travaillait à la Chase Manhattan, quelqu’un entra précipitamment dans son bureau pour lui communiquer que le cours de l’or à Londres avait atteint 40 dollars. Même si le prix de l’or finit par reculer, c’était un avertissement clair d’un risque majeur d’inflation.

Quand Nixon arriva à la Maison-Blanche, Volcker avertit le Secrétaire au Trésor David Kennedy qu’ils avaient deux ans pour sauver le dollar. Le déficit de la balance des paiements américaine avait atteint en 1969 sept milliards de dollars, un rien aujourd’hui mais un montant astronomique à l’époque. Cela voulait dire que de plus en plus de dollars s’accumulaient en Europe et au Japon. Volcker pressa les Européens de réévaluer leurs monnaies car si par exemple les Américains voulaient acheter du vin français moins de dollars s’accumuleraient en France. L’Allemagne réévalua modestement le deutsche mark mais les autres pays refusèrent. Les Européens comme le Japon étaient pris au piège : d’un côté ils ne supportaient pas de détenir des dollars (dont ils voulaient se débarrasser contre de l’or) et d’un autre côté il ne voulaient pas non plus tirer un trait sur la dépendance de leurs économies à leurs exportations vers l’Amérique. Nixon avait une patience minimale des choses de la finance internationale. Quand un de ses conseillers l’informa que l’Italie traversait une grave crise monétaire, il répondit « j’en ai rien à foutre de la lire italienne » (sic). Il était préoccupé par l’économie de son pays et en particulier par le problème politiquement sensible du chômage car en dépit des instructions précises données à Burns, l’économie américaine était, en 1970, en récession et avait un chômage qui avait atteint 6 %, le taux le plus élevé depuis dix ans.

Nixon était furieux que Burns n’aie rien pu faire. Il demanda au secrétaire d’Etat au travail George Shultz son avis. Il lui fut répondu que Burns avait limité l’expansion de la masse monétaire à moins de 4 %. Shultz était un ami proche de Milton Friedman, l’architecte de l’école d’économie de Chicago. Selon Friedman le seul outil dont disposait la FED était la monnaie. Il considérait la monnaie en termes d’offre et de demande. Si la FED imprimait des dollars, ceux-ci perdraient de leur valeur, les biens deviendraient plus coûteux et l’inflation apparaîtrait par voie de conséquence. Il savait également que pas assez de monnaie disponible avait aggravé la Grande Dépression de 1929. Burns était proche de Friedman qui avait été son élève à la Rutgers University mais il ne partageait pas pour autant les vues de Friedman et de Shultz qui considéraient que la monnaie était le seul remède possible. Il considérait que d’autres facteurs étaient à considérer comme par exemple le pouvoir croissant des syndicats de travailleurs. La récession de 1970 ne mit pas un terme à l’inflation et Burns écrivit alors « Ce que les gars à la Maison-Blanche ne voient pas c’est que le pays est en face d’un problème entièrement nouveau, une inflation importante en plein milieu d’une récession, les règles de l’économie ne fonctionnent plus comme elles le devraient ». Les prix augmentaient alors que l’économie était au point mort. En dépit de cette inflation galopante, Nixon pressa Burns d’assouplir la politique monétaire. L’indépendance de la FED fut carrément violée sous la pression constante et inimaginable de Richard Nixon. Le climat était devenu très tendu.

En 1971, l’économie américaine vit une timide embellie et Burns accepta une augmentation de la masse monétaire à 8 % le premier trimestre, puis 10 % les trimestres suivants. C’était sauvagement expansionniste. Burns fit peut-être de grossières erreurs d’appréciation mais l’évaluation de la masse monétaire est un exercice particulièrement difficile. Toujours est-il que Nixon persécuta littéralement Burns afin d’obtenir de lui des assouplissement substantiels de la politique monétaire de la FED. Toujours est-il aussi qu’à la fin de l’année 1970 Burns, lors d’une conférence de presse, suggéra l’instauration d’une mécanisme de contrôle des salaires et des prix afin de contenir l’inflation. Friedman considéra cette décision comme une trahison et se brouilla à jamais avec Burns. Au début de l’année 1971 les syndicats du cuivre, de l’acier et du téléphone négocièrent 30 % d’augmentation salariale sur trois ans avec de surcroit des ajustements liés à l’inflation. Ça peut paraître curieux aujourd’hui que le Gouverneur de la FED n’ait pas augmenté les taux avec une inflation à deux chiffres, mais à cette époque la vision moderne du pouvoir d’une banque centrale de contrôler l’inflation n’était pas dans les esprits. L’équilibre budgétaire était considéré comme plus important. Peu d’Américains étaient capables d’associer inflation et chômage. En d’autres termes une fois que l’inflation a démarré aucun gouvernement ne peut accepter une sévère récession et le chômage nécessaire pour mettre un terme à cette inflation. La FED n’avait donc pas de pouvoir.

Friedman insistait sur la nécessité de maîtriser l’inflation qui (basiquement) correspond à la création de monnaie papier car sur le long terme il n’y aurait pas de création d’emplois. Cette prise de position de Friedman devint par la suite une véritable loi économique. Pourtant, à cette époque beaucoup d’économistes considéraient qu’augmenter la masse monétaire pouvait relancer la croissance. Burns supplia presque Nixon de décider de mesures contraignantes pour l’industrie en mettant en place une sorte de comité de sages qui dicteraient une ligne de conduite mais le Président avait politiquement peur que l’électorat considère ces décisions comme des contraintes imposées par la Maison-Blanche. Nixon était plutôt favorable à un équilibre budgétaire malgré les précisions répétés de son proche conseiller Herbert Stein, persuadé qu’il n’y aurait aucun résultat tangible. Ce dernier était persuadé que Nixon ferait tout pour être réélu.

L’inflation américaine s’exporta à l’Europe et au Japon et aux pays dont la monnaie était liée au dollar en vertu du système de Bretton Woods et les pays européens et le Japon se mirent à acheter massivement des dollars. Et pendant ce temps-là arriva ce qui devait arriver, les stocks d’or américains diminuèrent de moitié par rapport à ceux de 1960. Le standard or n’existait plus que par son nom car les banques centrales étrangères détenaient beaucoup plus de dollars que les USA ne détenaient d’or (à 35 dollars l’once). Cette situation rendit l’Amérique particulièrement vulnérable. Au début de l’année 1971 Nixon remplaça le Secrétaire au Trésor par John Connally, un conservateur de la première heure qui considérait les tentatives infructueuses pour remettre l’économie nationale sur les rails, l’inflation, la pression internationale sur le dollar et le déficit commercial en augmentation comme autant d’humiliations pour l’Amérique. De plus les mouvements de protestation contre la guerre du Viet-Nam étaient à leur paroxysme et Connally était au pied du mur et malgré sa méconnaissance des choses de la finance il fit en sorte de combiner les avis de Shultz, Burns et Volcker en une politique cohérente. Il y avait quelques possibilités pour sauver le dollar, une dévaluation vis-à-vis des autres monnaies de par exemple 10 à 15 % mais ça ne marcherait pas parce que les autres pays en feraient immédiatement autant, dévaluer le dollar par rapport à l’or ce qui ne marcherait pas non plus parce les autres pays liés par le système de Bretton Woods en feraient tout autant, enfin geler la convertibilité du dollar en or temporairement. La pression sur le dollar s’intensifia en avril et mai. Les spéculateurs vendirent massivement leurs dollars contre des deutsche marks. L’Allemagne dut acheter début mai 1971 cinq milliards de dollars pour stabiliser les taux de change. Et le 5 mai la banque centrale allemande décida de laisser le deutsche mark flotter. C’était aller dans le sens des idées de Milton Friedman de monnaies librement négociables mais cela ne résolut pas la crise.

L’exode de l’or américain continua et pour couronner le tout, le déficit commercial américain se creusait critiquement avec un chômage qui ne diminuait pas malgré les fermes mesures prises par la Maison-Blanche au début de l’année. Devant cette situation critique Shultz et Volcker préconisaient d’abandonner la parité du dollar avec l’or mais Burns s’y opposait en déclarant que le dollar ne serait alors que … du papier.

Le problème était que si le gouvernement devait à tout prix préserver la parité du dollar avec l’or comment l’administration pourrait-elle en finir avec l’inflation. Devant ce dilemme, la seule solution restante étant de renforcer les contrôles sur l’économie, en d’autres termes forcer les marchés à aller dans une direction vers laquelle ils ne voulaient pas aller. Pour Connally il fallait faire montre d’autorité et jouer les apparences jusqu’au Labor Day (début septembre) pour ne pas créer de remous. Le 12 août la Banque d’Angleterre présenta 750 millions de dollars à garantir contre de l’or. Cet événement provoqua une réunion d’urgence à Camp David le lendemain, la situation devenant critique. Le Secrétaire au Trésor demanda s’il fallait fermer les banques ou abandonner la parité or. Connally fit preuve d’autorité et proposa que les USA abandonnent la convertibilité du dollar en or, de combattre l’inflation qui pourrait résulter de cette décision en gelant les prix et les salaires pendant trois mois et enfin d’instituer une surtaxe de 10 % sur tous les produits importés. Connally pensait que cette surtaxe forcerait les partenaires commerciaux des USA à renégocier les taux de change de leurs monnaies nationales respectives avec le dollar. C’était la fin de l’étalon or et la fin du système de Bretton Woods et c’est Connally qui sortit vainqueur de la confrontation car il présenta cet événement comme une prise de responsabilité des USA devant la crise. Il transforma la chute du dollar, qui aurait pu paraître un immense déshonneur, comme une moment de bravoure. L’aide américaine à l’étranger fut diminuée de 5 % dans la foulée. Restait à trouver un moyen de faire passer la pilule aux Américains. Nixon fit une apparition à la télévision le dimanche soir à l’heure de grande écoute en blâmant les spéculateurs et les taux de change injustes plutôt que la politique monétaire désastreuse du pays qui avaient conduit la Maison-Blanche à prendre cette décision, un véritable morceau de bravoure ! Le lendemain Wall Street fit un bon spectaculaire comme pour accueillir favorablement la nouvelle politique économique décidée par Nixon. Les séquelles du Nixon Shock se font toujours sentir aujourd’hui avec entre autres problèmes l’incapacité de l’administration américaine à régler ses problèmes fiscaux et budgétaires et c’est certainement ce dernier point qui fait que les négociations monétaires avec la Chine ne peuvent toujours pas trouver d’issue favorable. C’en était définitivement terminé du système de Bretton Woods et en 1973 toutes les monnaies flottaient.

La prédiction de Friedman que finalement les taux de change finiraient par s’ajuster d’eux-mêmes se révéla rapidement complètement incorrecte. Le dollar plongea de 30 % en quelques années et la volatilité des monnaies nationales a mis à mal un certain nombre d’économies. En 1997 plusieurs pays d’Amérique latine et d’Asie se retrouvèrent ruinés. Jusqu’à aujourd’hui Volcker regrette encore que le système de Bretton Woods ait été abandonné, il considère que plus personne n’est responsable et il ne mâche pas ses mot en déclarant que « les Européens ne pouvant pas vivre dans l’incertitude ont créé leur propre monnaie et elle a maintenant des problèmes ». La décision de l’abandon de l’étalon or fut dévastatrice pour l’économie américaine qui força finalement la FED fin 1971 à augmenter la masse monétaire malgré le fait que Burns y était formellement opposé. Encore une fois Nixon passa outre.

La politique économique de contrôle strict des prix et des salaires porta ses fruits sur le court terme puisque l’inflation fut maitrisée jusqu’à la fin de l’année 1972, ce qui permit la réélection de Nixon. Les contrôles se révélèrent difficiles à supprimer et perdurèrent jusqu’à la fin de l’année 1974 alors qu’ils étaient prévus pour ne durer que trois mois. La politique de monnaie facile (on appelle ça QE ou quantitative easing aujourd’hui) alimenta la cocotte-minute et l’inflation reprit de plus belle puisqu’au cours de l’été 1974, quand Nixon fut forcé à démissionner (affaire du Watergate), elle atteignait 11 %. L’augmentation des prix et des salaires était devenue consubstantielle avec le système monétaire et fiscal américain. Le Nixon Shock fut en réalité la cause centrale de la grande inflation qui sévit ensuite plusieurs années. Il signait également la fin des relation fixes qui avaient gouverné le monde de la finance internationale. Avant le Nixon Shock, les gens empruntaient pour des périodes fixes à des taux fixes. Ils n’avaient virtuellement pas d’autres alternatives pour leur épargne que de faire appel à leur banque qui rétribuait cette épargne à des taux définis. Le flottement des monnaies entre elles introduisit un nouvel univers de risque et d’instabilité. Pour la première fois les investisseurs avaient la possibilité de spéculer sur les taux d’intérêt ou sur le Franc Suisse. Toutes sortes de nouveaux instruments financiers et d’outils de spéculation se mirent à proliférer. Le monde entier, privé des certitudes du système de Bretton Woods, dut se résigner à vivre des cycles économiques et à faire avec l’instabilité des marchés qu’on vit depuis 1971. Certes l’étalon or était condamné à terme mais le monde de la finance doit retrouver aujourd’hui un autre étalon aussi solide que l’or. Et comme les banques (centrales) ne peuvent faire autrement que de plaire aux politiques en repoussant les récessions il existe un immense risque de gonfler dangereusement les bulles d’actifs financiers.

Jimmy Carter releva Burns de ses fonctions en 1978. L’année suivante, avec une inflation proche de 15 % Burns fit un discours lapidaire fustigeant les banquiers centraux qui ne jouaient pas leur rôle parce que les leaders politiques refusaient qu’ils prennent des décisions douloureuses pouvant déplaire à leurs électeurs. Volcker, devenu patron de la FED, jugula effectivement l’inflation américaine mais au prix d’une très sévère récession. Le dilemme jamais résolu consiste à trouver un compromis entre l’augmentation de la masse monétaire et les aspirations des populations.

(Comme on peut l’observer et presque le prédire à la suite de l’analyse de ces évènements qui changèrent le monde, la monnaie facile qui n’est appuyée sur aucun standard tangible accepté par tous les pays ne pourra que se terminer par une catastrophe planétaire. Il faut ajouter qu’au jour d’aujourd’hui il faut 35 fois plus de dollars qu’en 1971 pour acheter une once d’or, autant dire que le dollar est devenu une monnaie de singe qui emporte toutes les autres monnaies dans son sillage. Et pendant ce temps la on parle de climat aux Nations-Unies, c’est tout simplement affligeant ! Il est maintenant évident que les USA feront tout pour que la suprématie mondiale du dollar dans les échanges internationaux ne soit pas attaquée comme elle le fut par Saddam Hussein. On sait quelles furent les conséquences. Les accords de SWIFT et de swap (je viens de faire un jeu de mot inattendu) entre le Japon et la Chine, annoncés à grands renforts de publicité sont resté lettre morte sous la pression américaine. Il ne reste plus finalement que les armes aux Américains pour défendre leur dollar dont plus personne ne veut. Que par exemple la Russie se tourne vers la Chine et conclue des accords d’échange monétaire avec ce pays très gros demandeur en matières premières, que pourra bien faire l’Amérique sinon allumer un conflit nucléaire qui signera la fin de l’humanité … )

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Traduction aussi fidèle que possible d’un article paru dans Bloomberg Magazine écrit par Roger Lowenstein. Les mentions entre parenthèses sont des ajouts explicatifs et à la fin du texte un commentaire de mon cru. Illustrations Arthur Burns et Richard Nixon avec Mao, Wikipedia.

Billet d’humeur politique très pessimiste

 

Puisque inconsidérément l’Union Européenne applique depuis le premier août des sanctions économiques à la Russie, suivant les ordres express de la Maison-Blanche, cela risque bien d’endommager l’ensemble de l’économie de l’Union, si tant est qu’on peut encore parler d’Union. En effet, la Finlande se rebiffe déjà ! La Russie est l’un des principaux partenaires commerciaux de ce pays et envisage d’exiger des compensations du reste de l’Union. Quid des Pays Baltes ? Il y a des « russophones » dans ces petits Etats rattachés à l’Union Européenne et les échanges commerciaux avec la Russie sont également mis à mal après le diktat d’Obama. Ces russophones n’ont pas demandé de sécession comme la Crimée l’a fait démocratiquement. Quid de l’Allemagne qui risque encore plus gros avec ses implantations industrielles nombreuses et variées en Russie, notamment Volkswagen, ou encore les machines outils. En dehors de la vodka, les Russes sont de grands consommateurs de Coca-Cola ou de Pepsi, une fermeture des centres de production de ces boissons en Russie serait préjudiciable à ces sociétés … Cerise sur le gâteau, je ne parle pas du gaz mais d’un point plus préoccupant, la fermeture de l’espace aérien russe aux avions civils assurant les liaisons Europe-Asie ! On se demande bien par où les centaines d’avions qui survolent la Sibérie quotidiennement entre l’Europe et l’Asie pourront bien passer ! Au dessus de la Syrie et de l’Irak : non, merci ! Et puis la Russie peut tout aussi bien décider, et il en est sérieusement question, de clouer au sol ses fusées de ravitaillement de la station spatiale internationale. Pire encore, la Russie peut instituer des barrières douanières infranchissables à toutes sortes de denrées alimentaires allant des poulets au vin, en passant par les fromages et les McDonalds.

Reste le gaz et le pétrole dont la Russie peut brutalement interrompre les exportations au cas où la situation se détériorait. Il s’agit d’une arme à double tranchant puisqu’ils constituent l’essentiel des ressources en devises du pays. De plus les exportations entrent dans le cadre de contrats à long terme. Mais si l’Europe persistait à soutenir les mensonges réitérés de la Maison-Blanche, il se pourrait bien que l’hiver soit rude en Europe avec une flambée insensée du prix de l’énergie et une raréfaction du gaz naturel dans une grande partie de l’Union.

On peut aisément comprendre que l’Union Européenne a pris une décision hautement dommageable à sa santé économique, inconsidérément, en suivant servilement les injonctions de cet abruti de Kerry qui est l’un des pires diplomates que les USA aient jamais mis en poste. Il faut s’attendre tout simplement à une récession de l’Union Européenne bien plus sévère que celle de 2008-2009 … Préparez vos mouchoirs, ça va être très douloureux mais on l’aura bien cherché en prenant pour vérité les mensonges réitérés d’Obama !

L’Ukraine : un avenir sombre pour l’Europe

 

J’ai écrit dans mon blog deux petits posts sur la situation en Ukraine (voir les liens) parce que je ne suis pas vraiment dans mes souliers quand j’ose exprimer mon opinion sur un sujet géopolitique qui me dépasse. Les évènements d’Ukraine dépassent d’ailleurs aussi la plupart des analystes, d’une manière générale en Europe et en particulier en France qu’ils soient de gauche ou de droite, d’extrême gauche ou d’extrême droite, c’est dire d’ailleurs à quel point la France se replie sur son polygone à six côtés et ne regarde même plus ce qui se passe au delà de ses frontières, tout simplement parce que la France ne compte plus que pour du beurre mou dans la scène géopolitique et est complètement asservie par les USA comme d’ailleurs le reste de l’Europe.

Cette Europe, emmenée par l’Allemagne avec les USA en sous-main, a voulu faire une OPA sur l’Ukraine pour satisfaire les visées stratégiques américaines mais elle a négligé les attendus historiques et politiques de ce pays qui sont brièvement les suivants : l’ouest du pays est rural et catholique, l’est est industriel et chrétien orthodoxe, l’ouest de l’Ukraine penche pour une fusion avec l’Europe, l’est se sent dans la sphère d’influence russe, l’ouest parle une langue plus proche du polonais que du russe, l’est est russophone. De plus l’Ukraine est le résultat d’un découpage géographique et politique totalement artificiel et inadapté aux réalités du terrain car c’est un pays défini par une longue histoire qui n’a pas toujours été très reluisante.

Ce qui est inquiétant c’est l’attitude de l’Europe, poussée au cul par les Américains pour fomenter des révoltes populaires dans le but de renverser un président « pro-Russie » démocratiquement élu puis financer une campagne électorale bidonnée en plaçant un candidat pro-Occident qui est un épouvantable fasciste traitant les Russes de sous-hommes et qui n’a d’autre mission que de favoriser une guerre civile qui ne mènera à rien parce que la Russie contrôle ce pays avec le gaz, l’énergie et l’industrie d’une manière générale. Que veulent les Américains dans cette histoire sinon faire en sorte que l’Europe souffre d’un approvisionnement aléatoire en gaz naturel afin d’affaiblir son économie, qu’elle se décrédibilise politiquement et diplomatiquement et c’est là la seule et unique préoccupation de la Maison-Blanche, sous couvert d’une action diplomatique susceptible de promouvoir une démocratie dans ce pays.

Le seul homme d’état visionnaire de l’après-guerre fut De Gaulle quand il déclara oui à une Europe de l’Atlantique à l’Oural, sous-entendant un rapprochement de l’Europe avec la Russie. La chute du mur de Berlin est passée par là et l’occasion d’un rapprochement avec la Russie a été perdue surtout parce que les Américains ne voulaient pas en entendre parler.

C’est franchement risible ! De mon modeste point de vue, personne n’a rien compris à cette manœuvre presque grossière des Américains qui n’ont jamais vraiment brillé en politique étrangère, d’ailleurs la diplomatie américaine c’est de la diplomatie par les armes, les dollars et rien d’autre …

Il n’y a qu’à observer ce qui se passe en Irak que les Américains ont abandonné à son sort qu’ils ont largement contribué à créer en éliminant Saddam Hussein parce qu’il ne représentait pas le modèle démocratique américain. Il faut reconnaître que Saddam Hussein avait le mérite de faire régner l’ordre, peut-être par des moyens un peu éloignés de ceux des démocraties occidentales, mais au moins les chiites et les sunnites ne s’entretuaient pas. L’Iran propose ses services pour combattre les fous de dieu sunnites ultra-violents qui prétendent rétablir dans ce pays et dans une partie de la Syrie un ordre inspiré de la plus pure et dure charia à la mode sunnite telle qu’elle est de rigueur en Arabie Saoudite.

Est-ce que quelque part les Américains ont compris la situation irakienne un seul instant depuis le début de la guerre du Golfe ? Que nenni ! Pour l’Ukraine la situation est tout aussi incomprise depuis les abords du Mall de Washington, DC, mais ce qui est certain c’est que l’Union Européenne va laisser un gros paquet de plumes dans cette histoire à commencer par les 4 milliards de dollars de dette de l’Ukraine envers Gasprom et naturellement d’autres et multiples rallonges parce que l’Ukraine est en situation de banqueroute. Vos impôts vont encore augmenter, ça c’est sûr, car il faudra bien payer dans un premier temps pour la dette énergétique de l’Ukraine pour calmer le jeu puisque l’Europe a tout fait pour l’intégrer dans son giron afin de plaire aux Américains, mais ensuite ce sera comme le tonneau des Danaïdes et au final il est bien possible que le château de cartes, pardon de billets d’euros, qu’est l’Union Européenne s’effondre d’un seul coup !

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/03/08/ukraine-qui-a-tort-qui-a-raison/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/03/01/billet-dhumeur-politiquement-incorrect-ukraine/